Réconcilier Histoire et Fantastique – Manga « Thermae Romae »

Bien chers lecteurs,

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Ma collection complète de Thermae Romae

Encore une fois, toutes mes excuses pour le peu de créations postées sur ce blog ces temps-ci. Heureusement qu’il reste ce que j’aime à considérer comme mes proto-chroniques… 🙂 Cette semaine, je reste dans le fantastique et l’exotisme. Comme je m’en vais d’ici quelques minutes rejoindre le Parc Expo de Rouen où le Japon est à l’honneur, j’ai choisi de vous présenter la bande dessinée, avec le manga historico-fantastique Thermae Romae, signé Mari Yamazaki. C’est le tout premier manga de ma vie, le tout premier que j’aie lu. J’ai dévoré ses six volumes il y a quelques semaines. Il se classe parmi les mangas seinen – donc en théorie, les mangas pour jeunes adultes de sexe masculin (c’est ce que j’ai pu pêcher comme renseignement, je ne suis pas du tout une spécialiste du manga, et je n’étais pas très attirée par ce type de lecture jusqu’à récemment…).

De quoi s’agit-il? Cette bande dessinée nous amène dans la Rome du IIe siècle après J.C. sous le règne d’Hadrien. On y fait la connaissance du jeune architecte Lucius Modestus, spécialiste des bains, qui se trouve dans une mauvaise passe. Boudé par la profession, il ne s’entend plus non-plus avec son épouse, et cherche de nouvelles idées. Or un jour, alors qu’il se délasse aux thermes avec son ami Marcus, sculpteur, il se plonge sous l’eau chaude avant d’émerger en un lieu inconnu, qu’il va appeler le pays des « visages-plats »… le Japon contemporain. Il y découvre la culture des bains, les habitudes – alimentaires, ludiques… – associées, ainsi que les technologies du monde moderne. A chacun de ses retours à Rome, il en rapporte des idées originales – visière de bain, échoppes de nourriture où l’on sert des plats inspirés de la gastronomie nipponne (d’un coup j’ai une envie de sushi). Ces innovations vont lui apporter la faveur de l’empereur Hadrien lui-même. Mais au cours de ses voyages et de ses rencontres avec les Japonais, il va faire la connaissance de la belle et délicate Satsuki, une jeune universitaire spécialiste de la Rome antique…

Inutile de vous le préciser: c’est un véritable O.V.N.I. une histoire des plus originales qui à mon humble avis, va ravir les fous de fantastique et d’histoire. On y assiste à un véritable choc des cultures, et cette pénétration de la culture japonaise dans les moeurs romaines prête souvent à sourire. On le retrouve dans le parti pris graphique des couvertures qui reproduisent des statues gréco-romaines occupés avec des artéfacts modernes – sèche-cheveux, visière de bain – ou typiquement japonais – comme un yukata. Outre différents sub-plots intéressants (jalousies, rivalités, maladie de l’empereur, divorce de Lucius, affaires de Marcus…), il s’agit d’une jolie romance entre un Romain de l’Ancien temps, pétri de principes moraux strictes qui re-découvre sa capacité à aimer, et une jeune femme qui trouve enfin un homme qu’elle considère comme son égal et qui fera tout pour le retrouver.

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Tranches des différents volumes de Thermae Romae

Les dessins sont fins et détaillés, les décors soignés. J’y ai été particulièrement sensible, car adolescente, j’apprenais le Latin au collège, et j’ai eu l’occasion de visiter Rome, Pompéi et Herculanum – dont les Thermes avec ses mosaïques noires sont remarquablement conservées – avec ma classe de Latin. et le héros Lucius Modestus, ma foi… Grand, gaulé comme un Michel Ange, fin de traits, blond… Il est plutôt canon. Du moins, tout à fait mon type! J’allais émettre une réserve quant à la cible initiale de ce manga – les jeunes hommes – puisqu’étant une femme, j’ai beaucoup apprécié, et pense que bien des jeunes filles et femmes apprécieraient – mais je me demande si culturellement, le personnage de Satsuki n’est pas un fantasme masculin typiquement japonais. En effet, on apprend que cette belle jeune femme, instruite, rompue aux arts traditionnels japonais, très douce, est très courtisée et… toujours vierge. Elle est parfaite car elle n’est pas immature comme une adolescente, mais à encore ce « cadeau » (!) à offrir à celui qu’elle aime. Bien sûr, on ne trouverait pas ce genre de personnages féminins dans des fictions occidentales, car chez nous la virginité tardive est plutôt vue avec suspicion… – vous noterez que le cliché de la vierge tardive rejoint un peu celui de la vieille fille ou de l’intello, souvent soit une niaise de service trop romantique, archaïque et soumise aux hommes, soit une chieuse hyper exigeante aux yeux de laquelle nul homme ne trouve grâce, ou encore une geek moche et binoclarde qui vit chez ses parents. La vieille pucelle, moquée aussi bien par les hommes que par les femmes, c’est tout sauf un fantasme! 🙂

Cela dit, je vous le conseille, car si l’histoire est plaisante et prenante, j’ai re-découvert l’un de mes amours de jeunesse, à savoir la Rome Antique, et ai découvert une infime partie de la fascinante culture nipponne. En bref, c’est peu commun, un véritable petit bijou!

Titre: Thermae Romae (6 vol.)
Auteur: Mari Yamazaki
Editions: Casterman
Parution: Mars 2012
Prix: 7,50 € le volume

N.B.: Les photographies montrées ici proviennent d’une édition différente de celle indiquée dans les références de l’ouvrage, où deux volumes sont assemblés dans un seul et même livre.

Blanche Mt.-Cl.

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