Savoir ou sorcellerie – Le Malleus: Les Sorcières de Sarry (Marie-Laure König)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Je reviens aujourd’hui avec une nouvelle chronique livre (mais c’est de la boulimie, ce mois-ci, ma parole… comme vous le verrez dans le futur bilan mensuel!), dédiée à un premier roman auto-édité.

Si vous suivez ce blog depuis un moment, le nom de son auteure, Marie-Laure König, ne vous est pas inconnue, car j’ai déjà parlé de son site Ecrivons un livre, où j’ai eu parfois l’occasion d’intervenir. Aussi lorsque son premier roman, Les Sorcières de Sarry, est paru, j’y ai jeté un coup d’œil.

Je vous emmène dans la France du XVe, dans le village de Sarry, aux alentours de Châlons, et à Paris, où la chasse aux sorcières fait rage… Continuer la lecture de Savoir ou sorcellerie – Le Malleus: Les Sorcières de Sarry (Marie-Laure König)

Règle N°1: On ne parle jamais du… – Fight Club (Chuck Palahniuk)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Je vous salue bien bas aujourd’hui!

J’espère que vous allez bien et que vous avez passé une excellente semaine. Je m’excuse de m’être un peu plantée sur les chroniques cette semaine, et d’avoir pris du retard en général sur le programme du blog, mais là je suis un peu crevée! En effet, j’ai eu quelques ennuis de trains ces jours derniers et j’ai eu un programme chargé au boulot… donc, grosse, grosse fatigue! 😣

Je reviens avec vous avec un roman cultissime, moi qui avais besoin de légèreté après Silence qui m’avait un peu remuée, à savoir le légendaire livre de Chuck Palahniuk Fight Club. Je vous emmène donc, le temps d’une très brève chronique, à la rencontre de Tyler Durden… Continuer la lecture de Règle N°1: On ne parle jamais du… – Fight Club (Chuck Palahniuk)

Le retour du Bourbon Kid – L’Œil de la Lune

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

J’ai le grand plaisir de revenir aujourd’hui avec une toute nouvelle chronique littéraire. Car oui, alors que je me débattais avec mes devoirs graphiques, je suis tout de même parvenue à avancer un peu dans mes lectures! 🙂

Peut-être vous rappelez-vous ma chronique du Livre sans Nom, premier volet des aventures du Bourbon Kid. Les trois premiers livres m’avaient été offerts lors de mon pot de départ, à la fin de mon stage de 2015, et sont restés dans ma PAL un moment. Je vous présente aujourd’hui la suite, L’Œil de la Lune.

Nous retournons à Santa Mondega, à la veille d’Halloween!

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Adaptation – « Hunger Games » au cinéma (2012-2015)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Affiche du premier opus d’Hunger Games – Source: AlloCiné

Une fois n’est pas coutume, je reviens avec du très, très récent! En effet, je suis allée au cinéma ce week-end, voir la conclusion de la série Hunger Games, trilogie transformée en tétralogie dans la version filmée. Je ne vous cacherai pas que je suis assez fan des livres, que j’ai déjà traités sur ce blog (en même temps, j’ai aimé Battle Royale et Wang, il fallait bien s’attendre à ce que j’adhère!). Il est vrai que j’aime bien les O.V.N.I.s et les curiosités, mais je m’intéresse aussi aux sagas populaires car je suis curieuse de ce que les autres aiment.

À dire vrai, le premier volet était déjà sorti au cinéma quand j’ai pris connaissance de la trilogie de Susanne Collins. Les bande-annonces que j’avais vues me paraissaient assez tentantes, aussi ai-je décidé que je verrais le film, mais pas avant d’avoir lu les bouquins. Ils ont dormi dans ma PAL jusqu’en janvier dernier, et je me suis hâtée d’acquérir les Blu-Ray des trois premiers films. À la maison, ils étaient ravis d’avoir enfin quelque chose d’inédit à regarder le soir. Seul mon frère, un peu snob quand il s’agit de cinéma, s’est refusé à visionner la saga Hunger Games.

Comme dans ma critique littéraire, je traiterai la série dans son entier. Emploi du temps de ministre oblige, je serai aussi concise que possible dans ce topo en ce qui concerne le pitch, pour me concentrer sur une courte présentation des films et sur la « direction artistique », si j’ose dire. Et il n’y aura pas de fiche technique, comme je le fais d’habitude.

Prêts à entrer dans l’arène? Comme disait la dame: « Puisse le sort vous être favorable! »

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Gladiateurs du Futur – Wang, t. 1: Les Portes d’Occident (P. Bordage)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Couverture – Source: Amazon.fr

Je reviens cette semaine avec un opus lu il y a déjà un bon moment.

Petite anecdote pour commencer. 🙂 Au début de mes études, alors que j’avais déjà lu la saga culte Dune, je lisais encore en majorité de l’historique. Mais lassée par des intrigues qui me semblaient se répéter, transposées dans des lieux et des époques différentes, je voulais me remettre en douceur à la S.F. avec une histoire agréable à lire qui me captiverait. J’ai donc, pendant l’été qui a suivi ma première année de fac, fait un tour à l’espace culturel Leclerc du coin auvergnat où je passais mes vacances, opté pour les deux volumes de l’oeuvre de Pierre Bordage, Wang.

Dans cette chronique assez concise, je reviendrai sur le premier tome, Les Portes d’Occident. Préparez-vous à découvrir un monde aussi exaltant que perturbant…

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Education à la dure – « Battle Royale » (Kōshun Takami, 1999)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Comme je suis en plein dans ma « période japonaise » (j’ai découvert le manga il y a quelques mois seulement et je dévore allègrement Monster et Death Note), j’ai décidé de vous présenter un livre que j’ai lu il y a quelques temps déjà, j’ai nommé Battle Royale, de Kōshun Takami, sorti au Japon en 1999. Livre violent à souhait, qui aurait (je dis bien « aurait », au conditionnel) inspiré les Hungers Games, déjà présentés sur ce blog. Mais âmes sensibles, laissez-moi vous prévenir: les Hunger Games sont un véritable parcours de santé comparés à la Battle Royale. Il s’agit, d’après ce que j’ai tiré de mes recherches, d’un terme de catch, la battle royale désignant un combat à plusieurs, au cours duquel il est possible de s’allier temporairement… jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un.

Ceci dit, j’avoue avoir lu le livre après avoir vu le film, qu’une camarade de fac m’avait prêté.

Maintenant que ce principe est posé, accrochez-vous, parce que ça va décoiffer…

  • La survie à tout prix
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Couverture du livre en édition de poche

L’histoire se passe dans un futur proche, dans un état fictif connu sous le nom de République d’Extrême-Orient. Dans une société où circulation des biens, des humains et des informations est strictement contrôlée, la population s’est soumise à un gouvernement autoritaire, qui a donné un pouvoir sans égal à l’armée et à la police. Dans le cadre d’une politique de la terreur éprouvée et très bien rodée, s’est installée une sorte une méfiance, voire une haine générationelle qui a pour cible la jeunesse, et les adolescents en particulier.

Ainsi, chaque année, cinquante classes de seconde sont sélectionnées pour participer à un programme spécial lancé en 1947 – j’aurais dû préciser que nous étions dans le futur d’une réalité alternative – une expérimentation militaire, donc sans caméra de télé-réalité comme dans Hunger Games, destinée à « recueillir des statistiques » sur les capacités de survie des « champions », c’est à dire sur la vitesse à laquelle ils exterminent leurs camarades de classe. En effet, ce programme consiste à emmener, dans le plus grand secret, une classe sur une île, et d’ordonner aux élèves de s’entretuer. Le dernier survivant gagne ainsi le droit de vivre aux frais de l’Etat et un mot de la main du président. Les règles sont les suivantes: une fois arrivé sur l’île, chaque élève reçoit un numéro et une arme, ainsi qu’un collier avec balise, qui explose si son porteur tente de s’enfuir ou si celui-ci se trouve à un moment donné dans un secteur interdit.

Le roman suit une classe de seconde d’une trentaine d’élève, dont deux « éléments perturbateurs »: Shôgo Kawada,  et Kasuo Kiriyama. Les adolescents croient partir en voyage scolaire, et ne comprenant pas la présence des militaires, s’affolent, ce qui donne lieu à des catastrophes quand on leur explique le véritable objet de leur excursion. Une fois le début de la compétition lancée, on assiste à différentes stratégies de survie. Le personnage principal du roman, Shûya Nanahara, qui refuse la tuerie et voit son meilleur ami Yoshitoki Kuninobu tué des mains de leur professeur principal M. Sakamochi au début du programme, cherche à s’allier avec d’autres élèves. Il décide de protéger la douce Noriko Nakagawa, le béguin de son ami assassiné. Le chemin des deux adolescents va bientôt croiser celui de Shôgo Kawada, dont ils apprennent qu’il a survécu à une précédente édition du programme. Avec lui, ils vont tenter d’échapper au redoutable Kasuo Kiriyama, un tueur particulièrement retors…

Les alliances se font et se défont, chacun lutte pour sa survie, choisit de se rebeller ou de jouer le jeu. Mais il ne devra en rester qu’un…

  • Une violence institutionnalisée

Je n’aime pas trop parler politique car mon esprit passionné s’échauffe vite, et j’ai trop tâté des ressorts de la science politique pendant la dernière partie de mes études pour ne pas être écoeurée par le sujet. Mais il faut quand même l’aborder, même très succinctement.

Dans les recherches que j’ai pu faire sur Battle Royale, les critiques et bloggueurs littéraires se sont beaucoup perdus en réflexion sur le système politique de la République d’Extrême-Orient. Si l’on en croit les « exégètes » de Battle Royale, cette république qui tient plus que l’empire serait le résultat d’un véritable sentiment de revanche suite à la défaite de 1945. Ainsi on suppose que la famille impériale a été renversée par l’armée, qui exalte les vertus guerrières, jusqu’à glorifier la plus extrême violence.

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Petit aperçu des pages

Dans la politique de la terreur instaurée par cet état, les jeunes font partie des ennemis de l’intérieur et ont, à travers le programme, le privilège de montrer leurs propres mérites mais aussi de prouver par une victoire l’efficacité du système dans lequel ils ont grandi. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec l’éducation des jeunes Spartiates dans l’Antiquité: pour simplifier, la cité de Sparte, Etat militaire de la Grèce antique, donnait une solide éducation sportive et militaire aux jeunes garçons (aussi un peu aux filles) et à un certain âge, les livrait à une sorte d’épreuve connue sous le nom de la Kryptie – je crois qu’il en est fait mention dans les 300. Ce rite de passage consistait à laisser seul, en pleine nature et livré à lui-même, l’adolescent spartiate, pendant toute une année. La société spartiate étant extrêmement élitiste, ils n’étaient pas nombreux, recrutés parmi les plus hautes castes de la cité. Ainsi, durant un an, tous les coups étaient, paraît-il, permis pour survivre – vol, meurtres… Selon certaines interprétations extrêmes de l’éducation spartiate, on estimait que ceux qui ne survivaient pas n’étaient tout simplement pas dignes de vivre. Cela est bien sûr à relativiser, car les sources à ce sujet sont divergentes, et les historiens ne sont pas sûrs de son caractère solitaire. Et si certains y voient une préparation à la vie militaire, d’autres un genre de rite d’initiation comme on en trouve dans les sociétés secrètes. Beaucoup de mythes entourent donc cette épreuve.

Mais comme dans Battle Royale, cela est orchestrée par les autorités, et l’enjeu en est de prouver sa capacité à se débrouiller seul. Certains régimes politiques autoritaires, comme le IIIe Reich par exemple, s’en sont inspiré: en effet, on apprenait aux jeunes garçons des Jeunesses Hitlériennes, non seulement à s’endurcir physiquement pour devenir un redoutable combattant, mais aussi à mépriser toute forme de faiblesse. Tant et si bien que vers la fin du IIIème Reich, certains garçons jugés trop « faibles » n’étaient plus intégrés et leurs parents mis au ban de la société. Battle Royale n’est qu’une autre des interprétations de ces mythes d’éducation poussés à leur extrême.

Mais si le but de ces « exercices » pour les régimes susmentionnés étaient de gommer l’individualité pour faire corps avec le reste de l’armée – n’oubliez pas, comme je l’ai dit, qu’on n’est toujours pas sûr que la Kryptie se faisait en solitaire… Pour le coup, j’ai vraiment du mal à saisir le but de ce massacre dans Battle Royale. Au contraire des autres systèmes, cette compétition pousse l’individualisme à son extrême. Il s’agit d’exterminer des personnes qui ont pu être vos camarades, vos amis… comment apprendre à faire corps avec quelque organisme que ce soit?

  • Violence – Absurdité ou logique imparable?

Dans Battle Royale, la violence nous parait d’autant plus absurde qu’elle touche aux enfants. Ces enfants – on a beau dire, à quatorze ou quinze ans, on se conduit encore et on pense encore certaines choses comme des gamins – auxquels on aime à associer l’innocence et l’insouciance. Et ces êtres délicats et rêveurs se révèlent être de véritables machines à tuer. C’est déjà un point qui pose problème à la plupart des lecteurs, qui n’aiment pas se confronter à cela, et qui n’aiment pas plus voir des enfants maltraités et tués. Encore moins par leurs pairs. Ce massacre paraît atrocement inutile. Même dans une société telle que celle de Battle Royale: pourquoi s’amuser à zigouiller la jeunesse puisqu’elle représente l’avenir et la pérennité du système, plutôt qu’à lui laver le cerveau?

Dans le roman, on a une ébauche de réponse, lors de conversations entre le héros, Shûya et Shôgo, le survivant du programme. Après l’épreuve qu’il a traversée, il en est venu à penser qu’il s’agit d’une façon de briser l’esprit de résistance en acculant les « concurrents » à leur propre mort. Bien sûr, quand on voit la façon dont le professeur des enfants, M. Sakamochi, prend plaisir à les regarder se massacrer, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a là une bonne dose du sadisme de la part des adultes. Et pourtant, même si cela est très malheureux à dire… ces actes innommables ont une part de logique.

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Quatrième de couverture. Comme vous le voyez, j’ai un peu étoffé le pitch car on n’apprend pas grand chose pour le moment…

Je m’explique. Il ne s’agit absolument pas de cautionner ce survival morbide orchestré par un état dictatorial! Il y a presque trois ans, quand j’étais rédactrice en Angleterre et que je rédigeais des articles d’introduction à la géopolitique pour des jeunes, j’ai pondu un topo sur les enfants soldats. En fait, dans certaines pays en guerre, les chefs recrutent ou raflent des enfants pour en faire des soldats pour différentes raisons – pas d’obligation de les pays, plus insouciants et moins conscients de la mort, plus malléables. Pour s’assurer leur loyauté, les chefs de guerre  exploitent la volonté de survie de ces jeunes recrues et les soumettent souvent ces enfants à des épreuves terribles – par exemple à les obligeant à exécuter des proches, en les soumettant à des traitements dégradants pour s’assurer leur loyauté. Ainsi, le traumatisme de la violence subie et infligée – les psychologues insistent souvent sur le fait que la plupart d’entre nous ne prennent aucun plaisir à infliger la violence – brise les jeunes moralement, et en fait des marionnettes entre les mains de ceux qui sont à la fois leurs supérieurs et leurs bourreaux.

Battle Royale suit quelque peu la même logique. Ces lycéens deviennent des enfants guerriers par la force des choses, se voient obligés de reconsidérer leur système de valeurs, de choisir entre leur propre vie et celle d’amis proches. Certains ne supportent pas cet état de fait et se suicident (c’est le cas d’un petit couple d’amoureux qui saute de la falaise de l’île), et tentent tout de même de créer des alliances avec des camarades. Je pense à la bande de filles réfugiées dans le phare, ou aux geeks qui magouillent pour fuir. Quant aux autres… malheureusement, la situation fait aussi ressortir la bassesse de certains écoliers. Cela représente pour eux l’occasion d’écraser les autres, de prendre de petites revanches. On découvre ainsi quelques sadiques, garçons ou filles, prêts à toutes les brutalités et à toutes les ruses pour prendre les autres au piège. Car l’une des caractéristiques des enfants guerriers, du fait de leur jeunesse, est qu’il n’ont pas de limites…

  • Des personnages attachants et une narration qui vous tient en haleine

De courses poursuites en scènes intimistes, entre de nombreux personnages, on pourrait ne plus savoir où donner de la tête! Mais que nenni. L’histoire est terriblement bien ficelée, menée avec une rare énergie. Si la violence nous effraie, les aventures des différents protagonistes crée une sorte d’addiction, et ce jusqu’au final éclatant.

On assiste à plusieurs intrigues parallèles qui sortent un peu du lot, et nous amènent à mieux connaître certains des personnages: les progrès de Shûya pour amener Shôgo de son côté, peut-être la naissance d’un profond attachement entre Shûya et Noriko, les tentatives pour faire la jonction avec Shinji Mimura qui lui aussi est un ami de Shûya.

Ah… Shinji Mimura. Shinji Mimura, le nerd surdoué, populaire et mignon de la classe (dans la version filmée, l’interprète était si mignon que je me suis demandé dans chaque séquence où il apparaissait: « Mais pourquoi diable n’ai-je pas eu un gars comme ça dans ma classe au lycée? » – en même temps, nul ne sert de se faire du mal… jamais un gars comme ça n’aurait même posé les yeux sur moi! 😉 ) , s’installe quant à lui avec sa bande de copains dans un local informatique pour tenter de détourner le système de sécurité de l’île, s’échapper et libérer leurs camarades survivants, tout en tentant d’échapper au pervers sadique qu’est Kasuo Kiriyama.

Car oui, certains personnages sont extrêmement attachants. Ne serait-ce que le duo formé par Noriko et Shûya, handicapés par les pauvres « armes » qu’on leur a fournies, deux jeunes gens plutôt doux de nature, et même le côté rebelle et écorché vif de Shûya se révèle très touchant. Quant à leur improbable allié, le très dur et taciturne Shôgo, on découvre au fur et à mesure de ses révélations une personnalité tourmentée qui a cherché à s’endurcir à cause des épreuves traversées.

Concernant les personnages secondaires, vous avez dû comprendre que j’avais beaucoup apprécié la bande de Shinji et de ses potes. Et en plus, sérieusement, un SURDOUÉ, MIGNON, NERD ET POPULAIRE, ça nous change du bon élève qui se fait casser la gueule à la récré qui sert souvent de souffre-douleurs aux personnages plus « en vue » que lui. Plus l’histoire progresse plus on en apprend sur l’histoire du famille de ce petit génie, un peu plus vulnérable qu’il en a l’air, avec ses regrets…

  • Conclusion – Un brin dérangeant quand même
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Envie de vous y plonger plus en avant?

Pour les questions qu’il pose, et aussi pour cette bande d’adolescents qui essaient de rester intègres envers et contre tout, j’ai ADORÉ ce livre que j’ai dévoré en moins de trois jours. Il m’a tenue accrochée de bout en bout à ses pages.

Au final, je trouve qu’il pourrait également se lire comme une critique de notre société où la violence, si elle n’est pas physique, est aussi morale. Cela peut paraître un peu personnel comme grille de lecture, mais je ne peux m’empêcher de constater à quel point notre environnement est violent. Nous ne sommes pas dans un pays en guerre, donc j’entends MORALEMENT violent. Il faut toujours montrer qu’on est le plus fort, se battre, même pour quelque chose d’aussi basique qu’un job, pour se faire aimer – à titre amical ou romantique. Les gens se font culpabiliser dès qu’ils échouent quelque part ou que tout simplement ils ne fait pas les mêmes choix que les autres, ils sont moqués dès qu’ils ont des idées un peu différentes, ou parce qu’ils n’ont pas les dernières fringues à la mode… Bref, tous les coups sont permis, tout semble pensé pour écraser et encourager la malveillance. Cela donne à réfléchir sur ce à quoi nous sommes prêts ou non pour « survivre » et « exister » en ce monde.

Pour cette raison, Battle Royale est dérangeant car il nous met face à notre propre bassesse. Je n’en suis pas exempte, car moi-même en lisant ces lignes, je m’imaginais dans le jeu avec ma classe de terminale, faisant payer à toutes ces personnes qui m’avaient rabaissée (ça paraît bateau dit comme ça, mais je n’étais pas vraiment populaire à l’école et j’ai un peu souffert de mes goûts différents, de mes bonnes notes… c’est tellement cliché, quand j’y pense! 😉 ) les souffrances qu’elles m’avaient infligées. Bref, de quoi me poser la question de ma propre moralité! J’ai dépassé ce cap depuis longtemps, mais à cette époque, ces pensées m’avaient faite un peu flipper. Comme quoi finalement, même la littérature de fiction, et en plus des sous-genres comme l’anticipation, mène à la réflexion! 🙂

Ce livre a été décliné en deux films Battle Royale et Battle Royal II. A part la fin qui part un peu en sucette avec un Takeshi Kitano complètement barré, le premier opus est relativement fidèle au livre… Mais quand j’ai vu le début du deuxième, ça sentait tellement le réchauffé et la surenchère, à coup d’éclaboussures de sang et de gamines qui gueulent comme des ânes, que je n’ai pas tenu dix minutes… En revanche, maintenant que j’ai commencé à lire des mangas, je suis très curieuse de la déclinaison manga de Battle Royale, et de Blitz Royale, sa suite…  Si vous les avez lus, je serai très curieuse de connaitre votre avis à ce sujet!

Sinon, j’espère vous avoir donner envie de découvrir Battle Royale, le roman, et d’ouvrir ces pages qui vont vous électriser!

Titre: Battle Royale (バトル・ロワイアル, Batoru Rowaiaru)
Auteur: Kōshun/Koushun Takami
Editions: Le Livre de Poche
Collection: Littérature et Documents
864 p.
Parution: Mars 2008
Prix: 8,60 €

Blanche Mt.-Cl.

Ultra-violence fascinante et « krovvinolante » – L’Orange Mécanique d’Anthony Burgess

Chers Drougs et vaillants lecteurs de ce blog,

Je reviens ce dimanche avec un livre à ne pas mettre entre les mains des enfants, mais un grand classique néanmoins: L’Orange Mécanique d’Anthony Burgess. Vous le connaissez fort probablement, du moins de nom, par l’adaptation cinématographique, esthétiquement très marquée par les années 1970 et accompagnée par une bande originale inoubliable, de Stanley Kubrick. Je l’ai lu il y a quelques années, à dix-sept ans… C’est bien simple: lycéenne solitaire, je trainais silencieusement ma carcasse dans la cours de récré, attendant la reprise des cours avec un livre à la main. Et L’Orange Mécanique, oeuvre dérangeante au possible, fait partie de ces livres qui m’ont accompagnée alors!

  • De quoi s’agit-il?

Dans un Londres futuriste (l’ouvrage est paru au début des années 60), fait de grands ensembles déshumanisés, où les jeunes aiment à écouter de la guimauve à la radio, Alex DeLarge passe des soirées entières avec ses trois drougs Pierrot, Jo et Momo (Pete, Gorgie et Dim dans la version originale). Ils commencent avec un verre de lait mélangé à diverses drogues au Korova Milk Bar, avant de arpenter la ville à la recherche de victimes à voler, à battre, à torturer, et même à violer. Le livre s’ouvre donc sur une nuit d’ultra-violence, d’agressions gratuites sur des commerçants et sur un universitaire quittant une bibliothèque, avant un règlement de compte avec une bande rivale et une excursion à la campagne à bord d’une voiture volée. Alex et ses acolytes trouvent alors un cottage isolé où vit un jeune couple: ils battent l’homme quasiment à mort et violent la femme sous ses yeux. Et l’adolescent rentre ensuite tranquillement chez lui pour écouter du Mozart et du Beethoven – qu’il affectionne particulièrement. Car la musique classique est son plus grand plaisir dans la vie, elle lui permet de s’évader et de se perdre dans des rêveries extrêmement violentes qui lui procurent un plaisir immense… Des tensions existent pourtant au sein de son petit groupe. Alex, trahi  et abandonné par ses compagnons au cours d’un cambriolage, est arrêté. Il est condamné à quatorze ans d’emprisonnement…

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Couverture de L’Orange Mécanique

C’est alors que les choses intéressantes commencent, dans la seconde partie du roman. Au bout de deux ans, alors qu’il travaille à l’église de la prison, protégé par l’aumônier qui le croit en pleine repentance, Alex se retrouve impliqué dans une bagarre violente avec un compagnon de cellule. En conséquence, il est sélectionné pour participer à un programme de ré-éducation drastique, la « méthode Ludovico », censée le dégoûter de la violence et du sexe pour lui permettre une ré-insertion plus rapide. Le garçon y voit l’occasion de quitter la prison plus rapidement. Durant des heures et des journées entières, Alex reçoit donc des injections tandis qu’on le force à regarder des films violents. S’il est tout d’abord amusé – comme le laisse supposer sa description imagée d’un documentaire sur la torture japonaise et ses giclures de « krovvi (sang) rouge rouge » – il a bientôt de plus en plus de mal à supporter ces visions, qui lui provoquent douleur physique et nausées. C’est sans compter qu’un jour la musique de Beethoven est utilisée en fond sonore, et Alex en vient à ne plus pouvoir la supporter non-plus. Déclaré « guéri » une fois que se confirme son aversion pour la violence, il est relâché.

Mais la vie dehors va le confronter à ses vieux drougs, ainsi qu’à certaines de ses anciennes victimes…

  • Le sens de la formule

L’Orange Mécanique est rédigé à la première personne, du point de vue d’Alex, un jeune de ce futur étrange où l’on parle un argot appelé le Nadsat, qui empreinte à l’anglais cockney et au russe – Anthony Burgess était aussi un linguiste. Ce vocabulaire particulier – je vous rassure, il y a un lexique à la fin du livre! – participe au « charme » (si j’ose dire) particulier du roman. En effet, ce parler assez familier et imagé, additionné au joyeux badinage d’Alex, qui s’amuse bien à nous raconter ses séances de torture et sa vie sexuelle débridée, m’a parfois faite sourire, voire rire (la description « krovvinolante » du film sur la torture japonaise m’a vraiment, vraiment faite hurler de rire). Mon frère et moi avons même repris du vocabulaire nadsat quand nous voulions délirer – les zoubies (dents), les cancerettes (cigarettes),  les drougs (amis), la bidonske (rigolade)… Autant de termes que nous aimions à ré-utiliser dans nos « moments » et qui, pour notre plus grand plaisir, restaient obscurs pour les non-initiés! Ce qui est tout de même assez dérangeant, c’est qu’en fin de compte, c’est ce sens de la formule qui fait que l’on finit par s’attacher au monstre qu’est Alex, et même par s’amuser avec lui.

Le titre en lui-même est assez énigmatique. Pourquoi une orange mécanique? J’ai fait quelques recherches pour en apprendre un peu plus à ce sujet, car jusqu’à récemment ce point demeurait obscur… Tout d’abord, Burgess aurait un jour entendu une vielle expression cockney: « He’s as queer as a clockwork orange » (Il est aussi bizarre qu’une orange mécanique). Le titre pourrait donc en fait désigner un être marginal – ce qu’est Alex. Autre explication: Burgess a travaillé et vécu en Malaisie, où le mot malais « orang » désigne l’être humain. Il pourrait donc être question de l' »homme mécanique » qu’est devenu Alex. L’Orange mécanique reste donc un titre ambigu…

  • Violence et éthique
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La Méthode Ludovico dans Orange Mécanique de Stanley Kubrick – Source: Imdb.com

Il est difficile de savoir, à la lecture du roman, si l’auteur condamne les actions de son personnage, ou s’il le considère juste comme un cobaye. Mais une chose est sûre: à travers les pensées d’Alex, qu’il s’agisse de ses bagarres, de ses viols, de ses larcins, de ses fantasmes violents lorsqu’il écoute Beethoven, on assiste à une véritable esthétisation de la violence. Burgess a réussi un coup de maître. En effet, on suit avec fascination le parcours de délinquant d’Alex, qui s’amuse comme un petit fou à faire subir toute sorte de traitement dégradant, et à nous en livrer, à nous lecteurs, une description détaillée.

Le fait est que, comme je le disais dans les paragraphes précédents, on en vient à goûter l’humour particulier de ce sociopathe cultivé amateur de bonne musique. Cela est d’autant plus dérangeant qu’il n’a aucune circonstance atténuante – il n’est pas issu d’un milieu particulièrement violent ou défavorisé, il ne semble pas mal-aimé, il ne correspond pas à l’archétype de la grosse brute sans cervelle qui agit plus par stupidité et ignorance… Alex DeLarge est un manipulateur, un pervers, diablement intelligent, qui oeuvre avec méthode pour faire souffrir les autres, et ce par pur plaisir. Je l’ai lu il y a longtemps, et avec le recul, je me suis posé quelques questions sur ma propre moralité en réalisant que je m’attachais à ce personnages somme toute assez effrayant. « L’Archange du Mal à l’état pur », comme le dit l’accroche du roman.

Le fait est que le livre pose des questions pertinentes… Les actes d’Alex sont certes odieux, mais qu’en est-il de ceux qui le « ré-intègrent ». A un moment, l’aumônier de la prison, discutant avec le jeune homme, pose la question suivante: qui, de lui ou de ces médecins, psychologues et politiciens, est le plus mauvais? Est-il plus mauvais de choisir ouvertement le chemin du « mal » en vivant selon ses principes, ou d’obliger, par la manipulation de l’esprit, à être bon?

Car L’Orange Mécanique met en lumière l’hypocrisie et les doubles standards présents dans notre société. Alex se conduit monstrueusement mal, c’est un fait, mais on ne peut guère lui reprocher son hypocrisie. Il a déjà eu des démêlés et a un contrôleur judiciaire, mais il ne se cache pas d’être une véritable raclure. En revanche, quid de ces gens qui lui proposent la ré-insertion?… Au final, ce ne sont pas les individus qui leur importent, mais les statistiques de la délinquance, pour servir un gouvernement et légitimer son programme. C’est vrai pour bien des systèmes politiques qui se sont posés la question du traitement de la délinquance, de la récidive et de la ré-insertion des anciens prisonniers, mais Burgess pousse le raisonnement à son extrême: ôter toute velléité de violence en niant ce qui fait d’eux des êtres libres, leur capacité de choisir. Pour ces gouvernements soi-disant préoccupés du bien-être de leurs citoyens, cela revient à faire des économies d’effort puisqu’il n’y aura plus à se poser les questions de la ré-insertion, de la récidive, et des raisons qui auront poussé les gens à faire de « mauvais choix ». C’est comme planquer un tas de poussière sous le tapis. Le sol n’est pas propre, mais ça n’est pas grave, parce que ça ne se voit pas…

Quant à Alex, ses actions et leurs conséquences se VOIENT. Il a toujours choisi de suivre sa voie violente, sans s’en cacher, parce que cela lui plait. Mais son renoncement à la violence n’est pas le résultat d’un processus de réflexions, ou d’un choc personnel qui aura changé sa façon de penser. NON. Il ne peut faire autrement que d’éviter toute pensée violente, s’il ne veut pas souffrir atrocement. Or, cela peut paraître une platitude, mais à moins d’être masochiste, nul n’aime avoir mal. C’est une CONTRAINTE PHYSIQUE, ce qu’il y a de plus primaire comme méthode puisque touchant à l’intégrité de l’humain, à la sensation pure et aux instincts de l’humain. Et pour finir, Alex, devenu un être incomplet, ne pourra même plus écouter la musique qu’il aime (j’ose à peine imaginer comment vivre sans ma petite dose de Beethoven de temps en temps!) et se trouvera, lui aussi, victime du monde qui l’entoure, incapable de se défendre, et pion au service de causes diverses. C’est certes un salopard à la base, mais j’avoue que son sort n’est pas du tout enviable…

  • Conclusion

Un livre aussi fascinant que sordide, parfois cocasse, car il nous présente autour d’Alex toute une galerie de personnages secondaires hypocrites, voire carrément ridicule, car s’ils semblent pétris de bonnes intentions, leurs actions n’en sont pas moins discutables et ont aussi des conséquences très graves. Ce qui dérange est qu’il est tout sauf manichéen, et bouscule nos valeurs, notre perception du bien et du mal, du bon et du mauvais.

Le seul regret que je pourrais avoir, c’est d’avoir vu le film de Stanley Kubrick AVANT d’avoir lu le livre, ainsi que les visuels de couvertures toujours marqués par l’esthétique ce ce même film. J’ai moi-même eu du mal à m’en défaire, jusqu’à imaginer une ambiance résolument plus sombre – car finalement Stanley Kubrick a édulcoré bien des aspects de la vie débridée d’Alex, et puis on entend plus de Rossini que de Beethoven dans son adaptation! 😉 J’attends donc avec impatience l’adaptation (certainement interdite aux mineurs) qui nous fera oublier Kubrick, mais il sera difficile de trouver quelqu’un d’aussi doué que le GRAND, le MAGISTRAL Malcom Mc Dowell dans le rôle d’Alex!

En tout cas, je vous le recommande vivement, car c’est une véritable perle. Je suis très certainement tombée sur une bonne traduction de l’oeuvre, car le style en est brillant, l’histoire très prenante et sombre à souhait. Et si vous n’avez pas vu le film avant, c’est encore mieux! 🙂 L’édition que je vous indique ici est différente de celle que j’ai en ma possession (Pocket):

Titre: L’Orange Mécanique
Auteur: Anthony Burgess
Editions: Robert Laffont
Collection: Pavillon Poches
315 p.
Parution: Juin 2010
Prix: 9,00 €

Passez un bon dimanche, et remplissez bien votre bibliothèque! Je vous retrouve bientôt avec de nouvelles créations, de nouveaux livres et films!

Blanche Mt.-Cl.