TAG pour l’heure du thé – « De A à Z » imaginaire avec Les Mondes de Blanche

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

IMG_20151220_172016Tout d’abord, je tiens à vous adresser mes excuses pour ces quelques jours sans activité sur le blog. En effet, je vous avais prévenus, mais ces derniers jours ont été encore plus trépidants que prévus, et je rentrais du travail si fatigué que je n’ai rien pu écrire. Ensuite, je tiens à vous remercier car malgré tout, la fréquentation du site n’a pas été aussi basse que je l’aurais pensé. 🙂 Par contre, avec les deux chroniques écrites coup sur coup hier soir, je n’ai pas pu préparer la chronique lecture du lundi!

Je reviens donc aujourd’hui avec un nouveau tag fort sympathique pour mes débuts de « vacances »… Noël approche doucement, et j’avais envie de poster à nouveau quelque chose d’amusant pour un moment chaleureux entre blogueurs et blogueuses à l’heure du « goûter ». J’ai trouvé ce tag sur plusieurs blogs, dont La Couleur des Mots, et j’ai eu envie de m’y prêter…

Je pensais dédier mes réponses uniquement aux genres de l’imaginaire… Mais je ne pourrai le faire que dans  la mesure du possible, car j’ai lu bien d’autres choses dans ma vie, mon renouveau d’intérêt pour son genre ne datant que d’il y a trois ou quatre ans. Mais je vous laisse vous préparer un petit thé, piocher dans vos réserves pour trouver de quoi grignoter, et je me lance…

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Gladiateurs du Futur – Wang, t. 1: Les Portes d’Occident (P. Bordage)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Couverture – Source: Amazon.fr

Je reviens cette semaine avec un opus lu il y a déjà un bon moment.

Petite anecdote pour commencer. 🙂 Au début de mes études, alors que j’avais déjà lu la saga culte Dune, je lisais encore en majorité de l’historique. Mais lassée par des intrigues qui me semblaient se répéter, transposées dans des lieux et des époques différentes, je voulais me remettre en douceur à la S.F. avec une histoire agréable à lire qui me captiverait. J’ai donc, pendant l’été qui a suivi ma première année de fac, fait un tour à l’espace culturel Leclerc du coin auvergnat où je passais mes vacances, opté pour les deux volumes de l’oeuvre de Pierre Bordage, Wang.

Dans cette chronique assez concise, je reviendrai sur le premier tome, Les Portes d’Occident. Préparez-vous à découvrir un monde aussi exaltant que perturbant…

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Une enquête dans l’Allemagne nazie des années 60 – « Fatherland » (Robert Harris)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Je reviens ce lundi avec une chronique express consacrée à un roman que j’ai lu pendant un été, à l’époque où j’étais en fac d’allemand. Vous comprendrez pourquoi à cette époque il m’avait beaucoup intriguée… J’ai donc fait l’acquisition, par curiosité, de cet ouvrage mélangeant policier et uchronie: Fatherland. Initialement publié en 1992 sous le titre Le sous-marin noir en français, il est rédigé par l’auteur britannique Robert Harris, connu pour ses thrillers et romans historiques (dont le très sympathique Pompéi qui m’a agréablement surprise) avant de reprendre son titre original lors d’une réédition.

C’est la toute première uchronie que j’aie lue, alors que je ne connaissais pas le concept, D’abord curieuse, je me suis très vite laissée prendre par l’ambiance et l’intrigue de ce livre…

  • Un monde où les Nazis ont gagné la guerre

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Couverture de l’édition de poche – Source: Amazon.fr

Berlin ou plutôt Germania, 1964. L’Allemagne nazie a gagné la Seconde Guerre mondiale. Le Reich s’apprête à célébrer en grande pompe l’anniversaire du vieil Hitler, toujours Führer, par une visite du président Kennedy – Joseph, le père de John – qui a pour but de mettre fin à la Guerre Froide qui oppose les deux nations. Les journalistes du monde entier se pressent dans la capitale allemande pour couvrir cet événement historique. C’est dans ce contexte que Xavier March, inspecteur de la Kriminal Polizei – la « Kripo » – est chargé d’enquêter sur l’assassinat d’un grand dignitaire nazi, Josef Bühler.

Mais alors qu’il progresse et réalise que Bühler n’est qu’un membre important du parti parmi d’autres à être tué, la Gestapo décide de l’écarter et de prendre le relais. Suite à sa rencontre avec la journaliste d’investigation américaine Charlie Maguire, elle aussi désireuse d’en savoir plus sur ces assassinats, March comprend que l’on cherche à effacer des indices capitaux, afin d’effacer toute trace de l’un des plus grands crimes de l’histoire, à l’heure où le Reich est sous le feu des projecteurs… Et il découvre des vérités qui l’horrifient. C’est une course contre la montre qui s’engage en compagnie de Charlie pour révéler au monde ce que le gouvernement du Reich tente de cacher…

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Education à la dure – « Battle Royale » (Kōshun Takami, 1999)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Comme je suis en plein dans ma « période japonaise » (j’ai découvert le manga il y a quelques mois seulement et je dévore allègrement Monster et Death Note), j’ai décidé de vous présenter un livre que j’ai lu il y a quelques temps déjà, j’ai nommé Battle Royale, de Kōshun Takami, sorti au Japon en 1999. Livre violent à souhait, qui aurait (je dis bien « aurait », au conditionnel) inspiré les Hungers Games, déjà présentés sur ce blog. Mais âmes sensibles, laissez-moi vous prévenir: les Hunger Games sont un véritable parcours de santé comparés à la Battle Royale. Il s’agit, d’après ce que j’ai tiré de mes recherches, d’un terme de catch, la battle royale désignant un combat à plusieurs, au cours duquel il est possible de s’allier temporairement… jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un.

Ceci dit, j’avoue avoir lu le livre après avoir vu le film, qu’une camarade de fac m’avait prêté.

Maintenant que ce principe est posé, accrochez-vous, parce que ça va décoiffer…

  • La survie à tout prix
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Couverture du livre en édition de poche

L’histoire se passe dans un futur proche, dans un état fictif connu sous le nom de République d’Extrême-Orient. Dans une société où circulation des biens, des humains et des informations est strictement contrôlée, la population s’est soumise à un gouvernement autoritaire, qui a donné un pouvoir sans égal à l’armée et à la police. Dans le cadre d’une politique de la terreur éprouvée et très bien rodée, s’est installée une sorte une méfiance, voire une haine générationelle qui a pour cible la jeunesse, et les adolescents en particulier.

Ainsi, chaque année, cinquante classes de seconde sont sélectionnées pour participer à un programme spécial lancé en 1947 – j’aurais dû préciser que nous étions dans le futur d’une réalité alternative – une expérimentation militaire, donc sans caméra de télé-réalité comme dans Hunger Games, destinée à « recueillir des statistiques » sur les capacités de survie des « champions », c’est à dire sur la vitesse à laquelle ils exterminent leurs camarades de classe. En effet, ce programme consiste à emmener, dans le plus grand secret, une classe sur une île, et d’ordonner aux élèves de s’entretuer. Le dernier survivant gagne ainsi le droit de vivre aux frais de l’Etat et un mot de la main du président. Les règles sont les suivantes: une fois arrivé sur l’île, chaque élève reçoit un numéro et une arme, ainsi qu’un collier avec balise, qui explose si son porteur tente de s’enfuir ou si celui-ci se trouve à un moment donné dans un secteur interdit.

Le roman suit une classe de seconde d’une trentaine d’élève, dont deux « éléments perturbateurs »: Shôgo Kawada,  et Kasuo Kiriyama. Les adolescents croient partir en voyage scolaire, et ne comprenant pas la présence des militaires, s’affolent, ce qui donne lieu à des catastrophes quand on leur explique le véritable objet de leur excursion. Une fois le début de la compétition lancée, on assiste à différentes stratégies de survie. Le personnage principal du roman, Shûya Nanahara, qui refuse la tuerie et voit son meilleur ami Yoshitoki Kuninobu tué des mains de leur professeur principal M. Sakamochi au début du programme, cherche à s’allier avec d’autres élèves. Il décide de protéger la douce Noriko Nakagawa, le béguin de son ami assassiné. Le chemin des deux adolescents va bientôt croiser celui de Shôgo Kawada, dont ils apprennent qu’il a survécu à une précédente édition du programme. Avec lui, ils vont tenter d’échapper au redoutable Kasuo Kiriyama, un tueur particulièrement retors…

Les alliances se font et se défont, chacun lutte pour sa survie, choisit de se rebeller ou de jouer le jeu. Mais il ne devra en rester qu’un…

  • Une violence institutionnalisée

Je n’aime pas trop parler politique car mon esprit passionné s’échauffe vite, et j’ai trop tâté des ressorts de la science politique pendant la dernière partie de mes études pour ne pas être écoeurée par le sujet. Mais il faut quand même l’aborder, même très succinctement.

Dans les recherches que j’ai pu faire sur Battle Royale, les critiques et bloggueurs littéraires se sont beaucoup perdus en réflexion sur le système politique de la République d’Extrême-Orient. Si l’on en croit les « exégètes » de Battle Royale, cette république qui tient plus que l’empire serait le résultat d’un véritable sentiment de revanche suite à la défaite de 1945. Ainsi on suppose que la famille impériale a été renversée par l’armée, qui exalte les vertus guerrières, jusqu’à glorifier la plus extrême violence.

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Petit aperçu des pages

Dans la politique de la terreur instaurée par cet état, les jeunes font partie des ennemis de l’intérieur et ont, à travers le programme, le privilège de montrer leurs propres mérites mais aussi de prouver par une victoire l’efficacité du système dans lequel ils ont grandi. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec l’éducation des jeunes Spartiates dans l’Antiquité: pour simplifier, la cité de Sparte, Etat militaire de la Grèce antique, donnait une solide éducation sportive et militaire aux jeunes garçons (aussi un peu aux filles) et à un certain âge, les livrait à une sorte d’épreuve connue sous le nom de la Kryptie – je crois qu’il en est fait mention dans les 300. Ce rite de passage consistait à laisser seul, en pleine nature et livré à lui-même, l’adolescent spartiate, pendant toute une année. La société spartiate étant extrêmement élitiste, ils n’étaient pas nombreux, recrutés parmi les plus hautes castes de la cité. Ainsi, durant un an, tous les coups étaient, paraît-il, permis pour survivre – vol, meurtres… Selon certaines interprétations extrêmes de l’éducation spartiate, on estimait que ceux qui ne survivaient pas n’étaient tout simplement pas dignes de vivre. Cela est bien sûr à relativiser, car les sources à ce sujet sont divergentes, et les historiens ne sont pas sûrs de son caractère solitaire. Et si certains y voient une préparation à la vie militaire, d’autres un genre de rite d’initiation comme on en trouve dans les sociétés secrètes. Beaucoup de mythes entourent donc cette épreuve.

Mais comme dans Battle Royale, cela est orchestrée par les autorités, et l’enjeu en est de prouver sa capacité à se débrouiller seul. Certains régimes politiques autoritaires, comme le IIIe Reich par exemple, s’en sont inspiré: en effet, on apprenait aux jeunes garçons des Jeunesses Hitlériennes, non seulement à s’endurcir physiquement pour devenir un redoutable combattant, mais aussi à mépriser toute forme de faiblesse. Tant et si bien que vers la fin du IIIème Reich, certains garçons jugés trop « faibles » n’étaient plus intégrés et leurs parents mis au ban de la société. Battle Royale n’est qu’une autre des interprétations de ces mythes d’éducation poussés à leur extrême.

Mais si le but de ces « exercices » pour les régimes susmentionnés étaient de gommer l’individualité pour faire corps avec le reste de l’armée – n’oubliez pas, comme je l’ai dit, qu’on n’est toujours pas sûr que la Kryptie se faisait en solitaire… Pour le coup, j’ai vraiment du mal à saisir le but de ce massacre dans Battle Royale. Au contraire des autres systèmes, cette compétition pousse l’individualisme à son extrême. Il s’agit d’exterminer des personnes qui ont pu être vos camarades, vos amis… comment apprendre à faire corps avec quelque organisme que ce soit?

  • Violence – Absurdité ou logique imparable?

Dans Battle Royale, la violence nous parait d’autant plus absurde qu’elle touche aux enfants. Ces enfants – on a beau dire, à quatorze ou quinze ans, on se conduit encore et on pense encore certaines choses comme des gamins – auxquels on aime à associer l’innocence et l’insouciance. Et ces êtres délicats et rêveurs se révèlent être de véritables machines à tuer. C’est déjà un point qui pose problème à la plupart des lecteurs, qui n’aiment pas se confronter à cela, et qui n’aiment pas plus voir des enfants maltraités et tués. Encore moins par leurs pairs. Ce massacre paraît atrocement inutile. Même dans une société telle que celle de Battle Royale: pourquoi s’amuser à zigouiller la jeunesse puisqu’elle représente l’avenir et la pérennité du système, plutôt qu’à lui laver le cerveau?

Dans le roman, on a une ébauche de réponse, lors de conversations entre le héros, Shûya et Shôgo, le survivant du programme. Après l’épreuve qu’il a traversée, il en est venu à penser qu’il s’agit d’une façon de briser l’esprit de résistance en acculant les « concurrents » à leur propre mort. Bien sûr, quand on voit la façon dont le professeur des enfants, M. Sakamochi, prend plaisir à les regarder se massacrer, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a là une bonne dose du sadisme de la part des adultes. Et pourtant, même si cela est très malheureux à dire… ces actes innommables ont une part de logique.

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Quatrième de couverture. Comme vous le voyez, j’ai un peu étoffé le pitch car on n’apprend pas grand chose pour le moment…

Je m’explique. Il ne s’agit absolument pas de cautionner ce survival morbide orchestré par un état dictatorial! Il y a presque trois ans, quand j’étais rédactrice en Angleterre et que je rédigeais des articles d’introduction à la géopolitique pour des jeunes, j’ai pondu un topo sur les enfants soldats. En fait, dans certaines pays en guerre, les chefs recrutent ou raflent des enfants pour en faire des soldats pour différentes raisons – pas d’obligation de les pays, plus insouciants et moins conscients de la mort, plus malléables. Pour s’assurer leur loyauté, les chefs de guerre  exploitent la volonté de survie de ces jeunes recrues et les soumettent souvent ces enfants à des épreuves terribles – par exemple à les obligeant à exécuter des proches, en les soumettant à des traitements dégradants pour s’assurer leur loyauté. Ainsi, le traumatisme de la violence subie et infligée – les psychologues insistent souvent sur le fait que la plupart d’entre nous ne prennent aucun plaisir à infliger la violence – brise les jeunes moralement, et en fait des marionnettes entre les mains de ceux qui sont à la fois leurs supérieurs et leurs bourreaux.

Battle Royale suit quelque peu la même logique. Ces lycéens deviennent des enfants guerriers par la force des choses, se voient obligés de reconsidérer leur système de valeurs, de choisir entre leur propre vie et celle d’amis proches. Certains ne supportent pas cet état de fait et se suicident (c’est le cas d’un petit couple d’amoureux qui saute de la falaise de l’île), et tentent tout de même de créer des alliances avec des camarades. Je pense à la bande de filles réfugiées dans le phare, ou aux geeks qui magouillent pour fuir. Quant aux autres… malheureusement, la situation fait aussi ressortir la bassesse de certains écoliers. Cela représente pour eux l’occasion d’écraser les autres, de prendre de petites revanches. On découvre ainsi quelques sadiques, garçons ou filles, prêts à toutes les brutalités et à toutes les ruses pour prendre les autres au piège. Car l’une des caractéristiques des enfants guerriers, du fait de leur jeunesse, est qu’il n’ont pas de limites…

  • Des personnages attachants et une narration qui vous tient en haleine

De courses poursuites en scènes intimistes, entre de nombreux personnages, on pourrait ne plus savoir où donner de la tête! Mais que nenni. L’histoire est terriblement bien ficelée, menée avec une rare énergie. Si la violence nous effraie, les aventures des différents protagonistes crée une sorte d’addiction, et ce jusqu’au final éclatant.

On assiste à plusieurs intrigues parallèles qui sortent un peu du lot, et nous amènent à mieux connaître certains des personnages: les progrès de Shûya pour amener Shôgo de son côté, peut-être la naissance d’un profond attachement entre Shûya et Noriko, les tentatives pour faire la jonction avec Shinji Mimura qui lui aussi est un ami de Shûya.

Ah… Shinji Mimura. Shinji Mimura, le nerd surdoué, populaire et mignon de la classe (dans la version filmée, l’interprète était si mignon que je me suis demandé dans chaque séquence où il apparaissait: « Mais pourquoi diable n’ai-je pas eu un gars comme ça dans ma classe au lycée? » – en même temps, nul ne sert de se faire du mal… jamais un gars comme ça n’aurait même posé les yeux sur moi! 😉 ) , s’installe quant à lui avec sa bande de copains dans un local informatique pour tenter de détourner le système de sécurité de l’île, s’échapper et libérer leurs camarades survivants, tout en tentant d’échapper au pervers sadique qu’est Kasuo Kiriyama.

Car oui, certains personnages sont extrêmement attachants. Ne serait-ce que le duo formé par Noriko et Shûya, handicapés par les pauvres « armes » qu’on leur a fournies, deux jeunes gens plutôt doux de nature, et même le côté rebelle et écorché vif de Shûya se révèle très touchant. Quant à leur improbable allié, le très dur et taciturne Shôgo, on découvre au fur et à mesure de ses révélations une personnalité tourmentée qui a cherché à s’endurcir à cause des épreuves traversées.

Concernant les personnages secondaires, vous avez dû comprendre que j’avais beaucoup apprécié la bande de Shinji et de ses potes. Et en plus, sérieusement, un SURDOUÉ, MIGNON, NERD ET POPULAIRE, ça nous change du bon élève qui se fait casser la gueule à la récré qui sert souvent de souffre-douleurs aux personnages plus « en vue » que lui. Plus l’histoire progresse plus on en apprend sur l’histoire du famille de ce petit génie, un peu plus vulnérable qu’il en a l’air, avec ses regrets…

  • Conclusion – Un brin dérangeant quand même
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Envie de vous y plonger plus en avant?

Pour les questions qu’il pose, et aussi pour cette bande d’adolescents qui essaient de rester intègres envers et contre tout, j’ai ADORÉ ce livre que j’ai dévoré en moins de trois jours. Il m’a tenue accrochée de bout en bout à ses pages.

Au final, je trouve qu’il pourrait également se lire comme une critique de notre société où la violence, si elle n’est pas physique, est aussi morale. Cela peut paraître un peu personnel comme grille de lecture, mais je ne peux m’empêcher de constater à quel point notre environnement est violent. Nous ne sommes pas dans un pays en guerre, donc j’entends MORALEMENT violent. Il faut toujours montrer qu’on est le plus fort, se battre, même pour quelque chose d’aussi basique qu’un job, pour se faire aimer – à titre amical ou romantique. Les gens se font culpabiliser dès qu’ils échouent quelque part ou que tout simplement ils ne fait pas les mêmes choix que les autres, ils sont moqués dès qu’ils ont des idées un peu différentes, ou parce qu’ils n’ont pas les dernières fringues à la mode… Bref, tous les coups sont permis, tout semble pensé pour écraser et encourager la malveillance. Cela donne à réfléchir sur ce à quoi nous sommes prêts ou non pour « survivre » et « exister » en ce monde.

Pour cette raison, Battle Royale est dérangeant car il nous met face à notre propre bassesse. Je n’en suis pas exempte, car moi-même en lisant ces lignes, je m’imaginais dans le jeu avec ma classe de terminale, faisant payer à toutes ces personnes qui m’avaient rabaissée (ça paraît bateau dit comme ça, mais je n’étais pas vraiment populaire à l’école et j’ai un peu souffert de mes goûts différents, de mes bonnes notes… c’est tellement cliché, quand j’y pense! 😉 ) les souffrances qu’elles m’avaient infligées. Bref, de quoi me poser la question de ma propre moralité! J’ai dépassé ce cap depuis longtemps, mais à cette époque, ces pensées m’avaient faite un peu flipper. Comme quoi finalement, même la littérature de fiction, et en plus des sous-genres comme l’anticipation, mène à la réflexion! 🙂

Ce livre a été décliné en deux films Battle Royale et Battle Royal II. A part la fin qui part un peu en sucette avec un Takeshi Kitano complètement barré, le premier opus est relativement fidèle au livre… Mais quand j’ai vu le début du deuxième, ça sentait tellement le réchauffé et la surenchère, à coup d’éclaboussures de sang et de gamines qui gueulent comme des ânes, que je n’ai pas tenu dix minutes… En revanche, maintenant que j’ai commencé à lire des mangas, je suis très curieuse de la déclinaison manga de Battle Royale, et de Blitz Royale, sa suite…  Si vous les avez lus, je serai très curieuse de connaitre votre avis à ce sujet!

Sinon, j’espère vous avoir donner envie de découvrir Battle Royale, le roman, et d’ouvrir ces pages qui vont vous électriser!

Titre: Battle Royale (バトル・ロワイアル, Batoru Rowaiaru)
Auteur: Kōshun/Koushun Takami
Editions: Le Livre de Poche
Collection: Littérature et Documents
864 p.
Parution: Mars 2008
Prix: 8,60 €

Blanche Mt.-Cl.

B.D Science-Fiction et Uchronie – « Space Reich – Tome 1: Duel d’Aigles »

Très chers lecteurs,

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Couverture de Space Reich

Me voici de retour… Le moins que l’on puisse dire que cette semaine fut très « spatiale« , puisque pour cette lecture du dimanche, je reviens avec un opus consacré à la conquête spatial. Comme vous le savez, je m’intéresse aux uchronies, et j’en ai découverte une autre récemment, dans la veine de Zeppelin’s War – déjà présenté sur ce blog. Il s’agit du premier tome de Space Reich, Duel d’Aigles. Sur fond de Seconde Guerre mondiale, on y assiste à la naissance des programmes spatiaux et de la course à l’espace.

En 1941, l’histoire a pris un autre tournant que celui que nous connaissons. Le Royaume-Uni est gouverné par le roi Edward VII, pro-nazi avec son épouse Wallis, tandis que Churchill, face à la montée du fascisme en Angleterre, a émigré au Canada. Au cours des ans, le Reich avance à l’Est et parvient à écraser l’URSS grâce aux missiles conçus par Wernher von Braun qui lui, ne rêve que d’atteindre le cosmos. Le Reich s’étend donc de Vladivostok à Brest. C’est à cette même période que les Etats-Unis, dirigés par Charles Lindbergh devenu président, déclarent pouvoir gagner l’espace avant l’Allemagne. Et pour cela, ils ont une carte en main: lors d’une mission commando dans le Pacifique Nord, ils interceptent un navire allemand transportant des prisonniers plus que précieux… l’auteur et ingénieurJacques Bergier (qui a existé!), et un certain ingénieur soviétique: Sergueï Korolev.

Voici une uchronie au thème pour le moins original et très bien documenté – je sais de quoi je parle, dans ma « vie précédente », lorsque je faisais des études de géopolitique, mon domaine de spécialité était la coopération spatiale internationale entre l’Europe et la Russie. En effet, la plupart des programmes spatiaux qui ont vu le jour en Europe et aux Etats-Unis après la Seconde Guerre mondiale découlent des travaux balistiques de Wernher von Braun, et que les fusées sont nées des missiles. Selon certaines théories plus ou moins fumeuses (vous avez peut-être déjà entendu parler des fameuses armes secrètes ou des « O.V.N.Is nazi…), et même plus sérieuses, les Allemands, de par leur avance dans la balistique, auraient pu être les premiers dans l’espace, et également sur la Lune. Quant à Sergueï Korolev, on lui doit les premiers succès du programme spatial soviétique. L’histoire contée dans Space Reich est donc intéressante car elle remonte d’une façon quelque peu inattendue aux origines du spatial, et en fait un des enjeux de la lutte contre les Nazis. C’est devenu une arme psychologique, quelque chose dont on doit parler dans les actualités filmées, car il faut toujours surenchérir pour montrer qu’on peut faire mieux que l’adversaire. D’ailleurs, le spatial – et les auteurs de la bande dessinée ne sont pas passés à côté de cet aspect – est certes une technologie stratégique, mais aussi un instrument de prestige. En effet, les efforts sont si importants, d’un point de vue technologique, financier et politique (seule des institutions nationales ont les ressources nécessaires pour mobiliser argent et scientifiques), la mise en place est chronophage et peut prendre des retards de plusieurs années, les risques sont si énormes, que chaque succès n’en est que plus grand. C’est le symbole du génie de ceux qui ont chapeauté le programme.

Petits bémols cependant, au niveau de la narration: de trop nombreux sauts dans le temps qui donnent parfois l’impression d’une succession de scènes sans grand lien les uns avec les autres. Je préfère mettre ça sur le compte du fait qu’il s’agit d’un premier tome, donc d’une exposition de la situation. Car le final en lui-même est assez saisissant, et donne très envie de lire la suite… Donc, affaire à suivre…

Titre: Space Reich – Tome 1: Duel d’Aigles
Auteurs: Richard D. Nolane, Maza, Marko Nikolic
Editions: Soleil Productions
Collection: Wunderwaffen
62 p.
Parution: Janvier 2015
Prix: 14,95 €

Blanche Mt.-Cl.

B.D. Science-Fiction et Uchronie – « Zeppelin’s War – Tome 1: Les Raiders de la Nuit »

Me voici de retour avec ce qui est en passe de devenir la « Chronique Lecture du Dimanche », pour vous présenter… une BD. Et oui, car il s’agit de lecture également! 🙂 Et les histoires captivantes sont à prendre partout! J’ai donc l’honneur de revenir sur le premier tome d’une BD  relativement récente, puisque parue l’an dernier: Zeppelin’s War – Tome 1: Les Raiders de la Nuit.

On y retrouve un genre qui m’intéresse beaucoup: l’uchronie, c’est-à-dire la réécriture de l’histoire telle qu’elle ne s’est jamais déroulée. Celle-ci se déroule sur fond de Première Guerre mondiale, alors que l’on assiste à l’essor de l’aviation et de la guerre aérienne. Dans ce 1916 « parallèle » si j’ose dire, la guerre s’est enlisée et Paris subit les raids incessants d’escadrons de zeppelins, devenus de véritables forteresses volantes et des porte-avions des airs. Parmi les officiers gradés de ces escadres, on retrouve des personnages historiques tels qu’Adolf Hitler et Hermann Goering, dont l’un rêve de domination du monde, et l’autre de la victoire sur l’as français Guynemer – qui lui aussi a existé. Mais pendant que ceux-ci se préoccupent de leurs rivalités, le destin du monde se joue dans un empire russe en pleine déliquescence, Raspoutine fait une découverte qui pourrait faire basculer le cours de la guerre….

Avec le centenaire de la Première Guerre Mondiale l’an dernier, le moins que l’on puisse dire est que je m’en sui donné à coeur joie entre les livres et revues consacrées au sujet, et qui m’ont fait redécouvrir ma passion de l’histoire, et de cette période en particulier. Plus précisément en ce qui concerne l’aviation – comme vous l’avez vu dans la présentation de ce blog, je suis littéralement FOLLE des zeppelins dont je connais assez bien l’histoire (dans une « vie précédente », j’ai rédigé un mémoire de fin d’étude sur la technologie dans la perception de la « menace allemande » avant la Première Guerre mondiale, avec pour exemple… le Zeppelin). Il faut savoir que ces dernières années, plusieurs BD ont été consacrées à l’aviation, souvent sur fond de Première ou Deuxième Guerre mondiale (je pense au Pilote à l’Edelweiss qui m’a passionnée, notamment). Pour le coup, je me concentrerai plus sur le sujet que sur l’illustration. Le dessin est, en effet, de facture assez « classique », quoiqu’assez expressif.

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Couverture de Zeppelin’s War

L’univers et ce contexte technologique revisité, m’ont passionnée. J’ai ADORÉ les Zeppelins de cette histoire, de véritables forteresses volantes qui servent de porte-avion (le système d’arrimage d’avions a bel et bien existé, les pilotes devant viser pour s’accrocher au vol en-dessous du dirigeable, mais plus tard. Et des plans existaient pour faire des dirigeables de véritables cuirassés du ciel… avant que les dirigeables, jugés trop fragiles, ne soient tous affecté à la Marine pour le bombardement des côtes anglaises!).
L’avantage est que, contrairement à d’autres uchronies – c’est un défaut qui est propre à ce genre, Zeppelin’s War n’est pas élitiste. Nul besoin d’en connaître un rayon sur la Première Guerre mondiale, puisque la plupart d’entre nous savons qu’il y avait un tsar en Russie, qui étaient Raspoutine, qui étaient Hitler et Goering et la façon dont ils ont par la suite pesé dans l’histoire du monde. Je concède que pour Guynemer, on ne sait pas forcément qu’il ait pu exister et qu’il fut un « as ». Mais on n’est pas trop perdu dans l’histoire et il est possible à un profane de faire la différence entre ce qui a été ou non.
Il y est également question des prémisses de l’idéologie nazie, avec les « trips ésotériques » du jeune Hitler… Sans compter qu’en parallèle, avec le personnage de Raspoutine, on entre dans le surnaturel. Magnétiseur et guérisseur auprès du jeune prince Alexis, hémophile, Raspoutine est à la recherche d’un mystérieux objet…
Ce premier volume se termine donc sur une image forte, mais en dire plus serait un spoiler… et je ne tiens pas à en dire trop à ce sujet, je vous laisse le plaisir de la découverte! Et j’espère que cet article, un peu plus court que ceux auxquels je vous ai habitués, vous donnera l’envie d’y voir d’un peu plus près!

Titre: Zeppelin’s War – Tome 1: Les Raiders de la Nuit
Auteurs: Richard D. Nolane et Vicenç Villagrasa Jovensà
Editions: Soleil
Collection: SOL.AVENTURES
56 p.
Parution: Juin 2014
Prix: 14,50 €

Blanche Mt.-Cl.

Science-fiction uchronique: « La Trilogie de la Lune » de Johann Heliot

Très chers lecteurs et petits curieux avides de quelque chose de nouveau à ajouter à votre bibliothèque personnelle,

J’ai l’honneur de vous présenter l’une des oeuvres qui m’a le plus marquée ces dernières années où je n’ai, hélas, pas eu le temps de lire autant que je le désirais: La Trilogie de la Lune signée Johann Heliot, dont l’intégralité a été ré-éditée en un seul volume chez Memnos en 2011, regroupant La Lune seule le sait, La Lune n’est pas pour nous et La Lune vous salue bien. Je l’ai lue, ou plus exactement dévorée il y a un peu plus de deux ans, quand je l’ai emmené dans mes bagages lors de mon stage en Angleterre. 🙂 De quoi s’agit-il? En substance d’une uchronie teintée de steampunk.

  • Quelques notions

Une uchronie, addition du préfixe privatif grec ou- et chronos, le temps, pourrait se traduire par « non-temps ». C’est donc une époque qui n’existe pas. Dans la science-fiction, et récemment dans les milieux historique, cet exercice consiste à ré-écrire, ou plutôt à réinventer le passé en bidouillant des faits historiques. Tout part de la question: et si tel événement s’était passé autrement, quelles conséquences cela aurait-il eu? C’est ce qu’a fait Johann Heliot, en partant du postulat complètement délirant, selon lequel le règne de Napoléon III se serait trouvé prolongé par l’accès de l’empereur à une technologie d’origine extraterrestre.

Quant au steampunk, littéralement le « punk à vapeur », il s’agit de recréer des époques passées qui auraient poussé jusqu’au bout le potentiel de leur technologie, le tout dans une esthétique très XIXe siècle faite de métaux et engrenages apparents, dans les grandes mégalopoles européennes survolées par des dirigeables. Bien sûr, je caricature. Nous parlerons donc de « rétro-futurisme ».

  • Les livres

L’histoire commence dans La Lune seule le sait, alors qu’à la fin du XIXe siècle, Napoléon III règne en despote sur toute l’Europe occidentale, maintenu en vie suite à un grave attentat anarchiste par tout un système de machines élaborés par les Ishkiss, extraterrestres débarqués sur terre quelques années auparavant. Depuis, ceux-ci se sont installés sur la Lune, devenue un camp de détention pour les ennemis de l’Empire, ainsi qu’un lieu de villégiature privilégié pour les élites européennes. Napoléon est devenu un tyran paranoïaque, à la tête d’une escouade de zeppelins lourdement armés, et de services de police traquant le moindre opposant. Pourtant, la résistance s’organise, avec à sa tête un vieil auteur français exilé sur l’Ile de Jersey, connu sous le pseudonyme de Babirossa. Celui-ci à un plan pour se défaire du joug de l’empereur: envoyer son ami et allié Jules Verne récupérer Louise Michel, emprisonnée sur la Lune, et contacter les Ishkiss pour leur demander leur aide. Mais celui-ci est suivi de près par l’inspecteur Jaume, policier très scrupuleux des directives… Dis comme ça, ça parait complètement loufoque. Et ça l’est à certains égards. Je dois avouer qu’à la lecture du premier chapitre, j’ai craint un instant que le style d’écriture ne soit un peu trop sec, à l’image de certains romans de Jules Verne, justement. Mais j’ai très vite changé d’avis, séduite par la verve de ces petits papis qui veulent sauver le monde, par le comique de certaines situations et notamment par les efforts de ce pauvre Jaume pour mener sa mission à bien… Et fascinée par la description de cet environnement fait de chair et de métal, de ces hôtels de luxe à la mode Belle Epoque sur la Lune. Comme vous pouvez vous en douter, le voyage de nos héros est tout, sauf reposant! C’est donc finalement un premier opus à la fois sombre et plein d’humour que nous offre Heliot.

IMG_3914Je n’en dirai pas plus sur ce premier volume pour vous parler de la suite, fort différente mais toujours aussi savoureuse. Bond dans le temps jusque dans les années 1930 pour La Lune n’est pas pour nous. Là encore, Heliot s’en est donné à coeur joie et nous entraîne dans les bas-fonds de Paris et dans les milieux du cinéma officiel allemand. En effet, suite à une guerre qui a ravagé l’Europe, les habitants de la Lune ont fait secession avec leurs camarades de la Terre, et vivent dans la paix et et la prospérité grâce à la technologie Ishkiss. Mais en Europe, c’est la catastrophe: le continent est sous la botte de l’Allemagne, gouvernée par Hitler et ses compagnons de l’Ordre de Thulé, dont le grotesque Goering, et Leni Riefenstahl qui s’occupe de la comm’ gouvernementale, de la télévision (oui, Laval et ses potes reçoivent la télévision allemande à Paris dans les années 30!) et du cinéma. C’est dans ce contexte crépusculaire que se débat Léo Malet (oui, l’écrivain qui normalement a créé Nestor Burma!), un voleur à la petite semaine qui lors de l’un de ses cambriolages, découvre dans un coffre une substance étrange et vivante. Il vient de mettre la main sur un trésor qui l’entraîne, avec l’aide d’Albert Londres, d’abord sur la Lune, puis en mission d’infiltration en Allemagne, dans un festival cinématographique de Germania, mené grand train par la blonde Leni, alors qu’au Tibet, les Allemands sont sur le point de faire une découverte capable d’asseoir pour toujours leur domination sur le reste du monde… On retrouve également l’acteur – du moins celui que nous connaissons aujourd’hui en tant qu’acteur – Erich von Stroheim en pilote de zeppelin rescapé de la Guerre mondiale. Quand bien même on retrouve énormément d’humour de la part de l’auteur, ainsi que des comiques de situation, cet opus est beaucoup plus sombre que le premier: en effet, l’Europe porte les stigmates de ce conflit qui ressemble à notre Première Guerre mondiale, dont les cortèges de vétérans maintenus en vie par des machines, qui ressemblent à d’étranges monstres de chair et d’acier aux visages brûlés, ne sont pas sans rappeler les tableaux et dessins des artistes qui ont connu le Front et qui en ont retranscrit la cruauté, tels Otto Dix.

Je termine avec le troisième volume, La Lune vous salue bien. Ressortez jupons et jupes plissées de vos mamies quand elles étaient jeunes filles, la gomina de papi, et tables en formica toujours de chez vos grand-parents nourris de rêve américain, nous voici dans les Etats-Unis des années 1950. Dans les critiques que j’ai pu lire sur Internet, ce livre-ci est assez mal aimé comparé aux deux précédents… et je trouve cela injuste. Certes, il est très différent, mais pour ma part, je trouve qu’il fonctionne très bien. Après les événements de La Lune n’est pas pour nous, la Lune a quitté l’orbite terrestre, jetant la Terre dans le marasme des Années Sombres, alors que de nombreux enfants nés à cette période souffrent du lunatisme, un mal mystérieux mis sur le compte de l’absence de lune, remplacée par des miroirs mis en orbite pour éclairer l’obscurité de la nuit. Quant aux habitant de la Lune, partis sur Mars et surnommés « Rouges » par le gouvernement américain, ils sont décrétés Axe du Mal et combattus par le mystérieux Général Bob. Agent des services secrets français après un voyage en Afrique où il était chargé de débusquer le Maréchal Rommel devenu lui aussi « lunatique », Boris Vian est envoyé aux Etats-Unis pour savoir quel plan machiavélique se trame dans les hautes sphères du pouvoir. Entre la communauté artistique new-yorkaise et le désert du Nouveau-Mexique, ses découvertes vont le surprendre… Il est amusant de voir comment la terminologie de la Guerre Froide est ré-utilisée dans un contexte totalement différent. On est également ravi de rencontrer Walt Disney et John Wayne dans les rouages de la politique américaine et aux débuts de la culture de masse.

  • Ma petite synthèse

Inutile de vous dire que j’ai adoré cette trilogie de bout en bout. Elle m’a vraiment dépaysée, et l’univers complètement hallucinant créé par Heliot est une véritable ode à l’imagination. C’est un peu le roman que j’aurais aimé écrire, mais cela est une autre histoire. Et je suis sûre que les amateurs d’histoire curieux de science-fiction y trouveront leur compte.

Quelque chose me trouble cependant, et je pense que c’est une des faiblesses du genre uchronique en général. Tout d’abord, plus on s’éloigne de l’instant t où les événements ont basculé, moins les événements semblent crédibles, puisque l’histoire s’éloigne de celle que nous connaissons et qu’on nous avons apprise. J’imagine que cela pourrait en chagriner plus d’un.

Autre bémol, et ma foi, de taille. La Trilogie de la Lune est un brin élitiste. En effet, si en France nous connaissons à peu près la chronologie menant de la fin du Second Empire à la Guerre Froide, en passant par les deux guerres mondiales, je ne suis pas certaine que tout le monde sache qui sont Albert Londres ou Léo Mallet (pour Albert Londres, je ne dois ma connaissance qu’à mes études histoires, à l’époque où j’épluchais des archives), ou que les gens de ma génération qui ne sont pas férus de cinéma sachent qui était Erich von Stroheim. Alors que certaines connaissances sont requises pour apprécier la saveur de cette série. C’est bien dommage, car cette histoire est réellement palpitante et passionnante, et elle mériterait d’être vraiment accessible à tous.