Une passionnante redécouverte – Contes choisis (les frères Grimm)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

J’espère que vous allez tous bien depuis la dernière chronique livre, et que, si vous avez participé à la « FAQ » Sang des Wolf, les réponses à vos questions vous ont satisfaits.

Je reviens aujourd’hui avec une nouvelle chronique livre. Si vous suivez ce blog depuis le début, mon intérêt pour l’univers des contes ne vous a sans doute pas échappé, puisque tout au long de l’année 2016, j’ai dédié une semaine thématique aux adaptations de contes, ainsi que divers articles aux contes « classiques » – ceux de Perrault (amusants avec leurs doubles morales), d’Andersen (parfois d’une tristesse absurde) – et un petit topo d’histoire littéraire dédiée aux contes de Grimm. Plus que des contes en eux-mêmes, il s’agissait de les remettre en contexte.

Et récemment, j’ai voulu en redécouvrir quelques uns, avec des Contes choisis par les frères Grimm. Le livre en comprend de très connus, mais aussi de moins connus, sur lesquels j’ai un peu envie de m’attarder, quitte à faire un article un peu plus court que les précédents dédié à l’univers des contes. Sortez le thé et les petits gâteaux car c’est parti… Continuer la lecture de Une passionnante redécouverte – Contes choisis (les frères Grimm)

Faites pas chier le Bourbon Kid – Le Livre sans Nom

« Première leçon: à Santa Mondega, quand quelqu’un tient des propos un peu délirants, il y a fort à parier que c’est vrai. »

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Enfin, enfin une chronique livre, après ce looooooong moment sans!

Je reviens cette semaine, et brièvement, avec un opus que plusieurs d’entre vous devez déjà connaître, à savoir… Le Livre sans Nom. Ma mère, qui avait beaucoup apprécié, m’en avait parlé à plusieurs reprises… Et quelque chose m’a plus ou moins obligée à le lire: on me l’a offert! 🙂 En effet, lors du pot de départ qui a clôturé mon précédent stage (ah qu’ils me manquent) en décembre dernier, mes collègues m’ont offert cet ouvrage, avec deux de ces suites.

J’étais très curieuse, malgré mon appréhension car on m’avait souvent comparé ce livre à des films de Tarentino – et franchement, à part une ou deux exception, je ne suis pas du tout une inconditionnelle de Tarentino dont les auto-clins d’œil ont plutôt tendance à me gonfler. Mais bon! 🙂 Je me devais tout de même d’y jeter un coup d’œil, car on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise… La chronique sera brève, car si j’ai bien aimé (je n’écris jamais sur ce que je n’aime pas…), je ne pense pas que cet ouvrage se prête à une véritable analyse. D’autant plus que l’auteur est anonyme et qu’il est difficile de savoir quelles sont ses motivations, quelle interprétation donner à son texte.

Suivez-moi donc à Santa Mondega, pour boire un verre au Tapioca, servi par Sanchez…

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Roi, enchanteur et prophète – Merlin (Stephen R. Lawhead)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Tout d’abord, je tiens à vous remercier pour avoir continuer à suivre ce blog malgré les nombreux loupés de ces dernières semaines. Et enfin nous y arrivons: je vais pouvoir enfin partager cette lecture avec vous après moult rebondissements dans mon emploi du temps de ministre! 🙂

Sans doute vous souvenez-vous, au travers de différentes chroniques dédiées au sujet, de mon intérêt pour la légende arthurienne et ce qui s’y rapporte. J’ai récemment entamé Le Cycle de Pendragon et chroniqué son premier tome, Taliesin, qui suivait le destin de la princesse atlante Charis et du barde breton Taliesin, les parents du célèbre enchanteur Merlin… qui donne son titre au livre.

Je l’ai terminé récemment, après que de nombreux endormissements lors de mes voyages en train quotidien m’aient empêchée d’avancer aussi vite que je l’aurais souhaité! Et pourtant, dès que j’ai été plus en forme, je l’ai dévoré… Ainsi que vous ramène dans « L’Île des Forts », surnom de la Bretagne antique, auprès d’un jeune garçon très particulier…

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Une nouvelle chronique dédiée à mes écrits sur « Lectures Familiales » – Merci Magali!

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Potentiels lecteurs du Sang des Wolf, 🐺

Comme vous le savez si vous fréquentez le blog depuis quelques temps, je suis également auteur aspirant, et j’ai mis mon roman Le Sang des Wolf en ligne sous forme de blog. Le texte est complet et remis à jour, et j’ai, en milieu de semaine dernière, mis en ligne une nouvelle issue de l’univers de ce texte, La Nuit de Wolf. Si je vous ai annoncé hier la présence d’une chronique dédiée sur La Bibliothèque de Sev, la semaine se termine également en beauté avec une nouvelle chronique…

L'évadé aux yeux de loup

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Psychanalyse par la mort – L’Expérience interdite (Joel Schumacher, 1990)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Affiche du film - Source: Imdb.com
Affiche du film – Source: Imdb.com

Comme cela faisait longtemps que je n’avais pas traité d’un film fantastique à proprement parler depuis La Mouche, j’ai cherché dans ma mémoire un opus qui m’avait marquée. Encore une fois, il s’agit d’un film qui n’est pas tout récent, puisque je me suis rappelée avoir revu L’Expérience interdite de Joel Schumacher il y a quelques temps.

Je l’avais visionné pour la première fois quand j’étais enfant, lors de l’une des proverbiales sessions vidéo de mes parents un vendredi ou samedi soir (nous ne pouvions pas partir en vacances, mais mes parents aimant le cinéma, ils remplissaient notre vidéothèque! 😉 ). De temps en temps, ils nous laissaient, mon frère et moi, nous coucher en même qu’eux pour regarder un deuxième film jusque tard dans la nuit. Ce fut le cas avec L’Expérience interdite qui, à l’époque, m’avait beaucoup impressionnée.

Maintenant que je l’ai revu avec des yeux d’adulte, je vous livre ici mes impressions…

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L’esprit du Samouraï – Le Fantôme de la Tasse de Thé (Lafcadio Hearn)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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La très jolie couverture du livre…

Me voici de retour pour le livre du lundi, avec quelque chose d’un peu plus follichon que mon histoire de homard de jeudi! 🙂 Car croyez-moi, ce n’est pas un livre comme ceux que j’ai présentés jusqu’ici. Et c’est une sortie relativement récente! J’ai bon espoir qu’un peu de sang neuf et d’exotisme sur ce blog ne seront pas pour vous déplaire.

Comme vous le savez, je m’intéresse, sans être une experte, au Japon. Cet intérêt m’a amenée à lire le magazine Japan Lifestyle, et c’est entre ces pages fort édifiantes que j’ai appris l’existence du Fantôme de la Tasse de Thé.

Il s’agit en effet d’un ouvrage jeunesse basé sur Dans une tasse de thé, un récit inachevé de l’auteur Lafcadio Hearn, l’un des premiers étrangers à avoir pris la nationalité japonaise à la fin du XIXe siècle, et amoureux inconditionnel de son pays d’adoption. Trois auteurs en imaginent la suite, nous emmenant du Japon féodal au Japon contemporain. Ce projet n’a pas manqué d’éveiller ma curiosité, du moins pour l’exercice d’écriture, et c’est ce qui m’a poussée à faire l’acquisition de ce petit ouvrage. S’agissant donc d’un genre d’anthologie, ma chronique aura un plan un peu plus traditionnel que d’habitude. Je présenterai le récit originel, les suites… et je vous donnerai enfin mon avis.

Le moins que l’on puisse dire est que le titre en lui-même est déjà assez surprenant… Mais de quoi s’agit-il au juste?

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Découverte dans les Abysses – The Wake (Scott Snyder, Sean Murphy)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Couverture – Source: Amazon

Je reviens aujourd’hui avec ma première chronique livre depuis un moment, la première après Noël… En effet, ces jours ayant été chargés, je me suis contentée d’un petit bilan des acquisitions et cadeaux. 🙂 C’est d’ailleurs de l’un de mes cadeaux de Noël qu’il s’agit ici, puisque je vais vous présenter de façon assez succincte le comic The Wake, signée Scott Snyder au scénario et Sean Murphy à l’illustration.

À dire vrai, je suis tombée par hasard dessus à la Fnac, à côté de la pile de Watchmen (que je rêve également de lire!). Je n’avais encore jamais entendu parler de The Wake, mais la couverture et le résumé m’ont immédiatement attirée. D’une part, j’adore les baleines, de deux, vous savez de par mes chroniques, en particulier celle consacrée à 20,000 lieues sous les mers, que j’aime beaucoup ce qui se rapporte à la vie marine. Mes parents m’ayant vue captivée, ils m’ont donc fait la surprise de cette très intéressante bande dessinée que j’ai trouvée au pied du sapin.

(Je me rends soudain compte qu’écrire ça à mon âge, ça craint un peu… « J’ai vingt-neuf ans et mes parents m’offrent des comics! » 🙂 Ne nage-t-on pas en plein cliché, par hasard?)

Qu’à cela ne tienne, je vais vous dire de quoi il s’agit… avec bien sûr, le moins de spoilers possible.

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Top Ten Thursday – Dix dessins animés aux génériques « magiques » qui ont bercé notre enfance

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Ne me dites pas que vous n’avez jamais regardé Capitaine Planète… – Source: Coup de vieux

En règle général, je n’aime pas trop publier des contenus dont je ne serais pas l’auteur. Mais là, j’avais envie de partager avec vous quelque chose de vraiment « rigolo », si j’ose dire! Nous sommes en décembre, Noël approche, les catalogues de jouets arrivent dans les boîtes aux lettres et les coupures pub deviennent une vraie ode à l’univers du jouet. Certains d’entre nous retombent en enfance…

Il m’a donc paru sympathique de revenir sur ces dessins animés, toujours dans les genres de l’imaginaire, qui ont bercé notre enfance, et de vous remettre des étoiles dans les yeux à l’écoute de leurs génériques… magiques. Car s’il est une chose qui envoyait du pâté dans les dessins animés des années 90, et dans les rediffs de ceux des années 80, c’était, si j’ose dire, la « puissance » de leurs génériques! Eh oui, il y a bien un moment où nous nous sommes retrouvés à fredonner ces mélodies mythiques et à délirer sur des paroles qui, à défaut d’être intello ou poétiques, étaient bigrement efficaces! L’idée me tarabustait depuis cette été. En même temps, j’y ai pensé pendant un épisode insomniaque, pas forcément le moment où l’on a un éclair de génie! 🙂

En tant que fichue geekette qui assume ce côté « adulescent » comme on aimait à dire il y a une période, je me devais de revenir sur ces « monuments » qui m’ont marquée, avant et même après que je prenne l’habitude de lire! Il s’agit bien sûr de genres de l’imaginaire – science-fiction, fantasy, super héros, aventure… et ce sera une bonne occasion de présenter brièvement ces dessins animés.

Et comme j’ai loupé ce mardi, ce ne sera pas un Top Ten Tuesday, mais un Top Ten Thursday! Après tout, les trois T fonctionnent, et c’est tout aussi fun! Prêts pour un voyage qui n’a pas vocation à vous donner un coup de vieux, mais à éveiller en vous le gosse ou le geek qui sommeille?… Je vous souhaite en tout cas de rire autant que moi!

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Fantômes du passé – « La Maison des Ombres » (Nick Murphy, 2011)

Titre: La Maison des Ombres (The Awakening)
Année de production: 2011
Réalisation: Nick Murphy
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h46
Distribution: Rebecca Hall, Dominic West, Imelda Staunton, Isaac Hempstead-Wright, Joseph Mawle…

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Affiche du film – Source: Wikipedia

Je reviens avec le « Film du jeudi » pour une chronique « express ». Cette semaine, j’ai décidé de revenir avec une histoire fantastique… que j’ai vu pour la première fois sur le câble il y a peut-être trois ans, à un moment où je passais beaucoup de temps à bosser et où je ne pouvais regarder que les secondes, voire les troisièmes parties de soirée. Il s’agit de La Maison des Ombres, qui vous emmène dans l’Angleterre post-Première Guerre mondiale, dans un pensionnat isolé…

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Pari risqué avec le Diable – « Faust » de Goethe

« Dans un tel esprit tu peux te hasarder : engage-toi ; tu verras ces jours-ci tout ce que mon art peut procurer de plaisir ; je te donnerai ce qu’aucun homme n’a pu même encore entrevoir. »
Mephistopheles, in: Goethe, Faust

 Très chers lecteurs,

J’ai l’honneur de vous présenter un très grand classique de la littérature et du théâtre… Faust de Goethe. De par son sujet qui touche aux forces occultes et au surnaturel, j’ai songé que le grand classique de Johann Wolfgang von Goethe était un choix pertinent pour la chronique lecture de ce blog. Le grand auteur allemand n’est pas l’inventeur du mythe de Faust, puisqu’il était présent dans la culture populaire germanique… En effet, la « légende » s’inspire d’un personnage réel, le docteur Johan Georg Faust, un alchimiste, magicien et astrologue allemand ayant vécu au XVIe siècle. Il serait mort dans une explosion, alors qu’il menait une expérience alchimique dans une auberge. D’après les rumeurs, ce monsieur aurait pactisé avec des forces démoniaques…

Sa légende a été popularisée en Europe par le dramaturge anglais Christopher Marlowe à la fin du XVIe siècle,dans La Tragique Histoire du docteur Faust. Cette oeuvre sera bientôt détrônée, dans la première moitié du XIXe siècle, par celle de Goethe, un Faust écrit en deux temps, dont le livre que je vais vous présenter ne constitue que la première partie, nettement distincte de la seconde et qui à elle seule est un chef d’oeuvre. J’ai eu la chance de la découvrir en fac d’allemand et de la lire dans le texte, mais je vous indiquerai en fin d’article une très bonne édition en français.

  • L’histoire
Couverture d’une édition de poche spéciale (un joli petit livre relié en cuir rouge), en langue allemande

Dans une ville universitaire allemande du XVIe siècle, Heinrich Faust est un érudit admiré de tous, loué pour son savoir (théologie, droit, médecine, philosophie) et sa sagesse. Mais le grand savant s’ennuie. Il a tant étudié, mais a l’impression de ne rien savoir, et d’être passé à côté de la « vraie vie » pour rien… Dans son sombre cabinet, il s’adonne, mélancolique, à l’alchimie et invoque des esprits bienfaisants, sans que cela lui apporte des réponses satisfaisantes…

Survient alors Mephistopheles, envoyé du Diable ou diable lui-même, qui lui fait une offre alléchante: à savoir d’obtenir tout ce qu’il désire, accomplir des prouesses, et ce grâce au pouvoir de son esprit maléfique. Là où les résumés se trompent, c’est qu’il décrivent cet épisode comme un pacte avec le Diable, alors qu’il s’agit en fait d’un pari entre Mephistopheles et Faust, où le démon doit convaincre le savant de conclure ce fameux pacte avec lui. Tout au long de l’histoire, « Mephisto » de son petit surnom entraîne son improbable compagnon dans des aventures rocambolesques tour à tour drôles – l’envol sur un tonneau depuis une auberge, rencontre avec la sorcière – ou sombre – le sabbat des sorcières pour la nuit de Sainte Walburge, au cours duquel Faust a une vision terrifiante – pour le convaincre de son pouvoir et des possibilités qui s’offrent à lui. C’est ainsi que l’esprit démoniaque rend à Faust sa jeunesse. Le savant croise alors la route de la très belle et innocente Margarete… entrainant la jeune fille dans une profonde déchéance.

Voici l’une des très, très rares lectures imposées que j’aie vraiment aimée durant mes années d’études, et l’une des rares pièces de théâtre que j’aie aimé lire. D’autant plus qu’en allemand, les mots d’esprit et la poésie de Goethe sont un réel délice. J’ai beaucoup aimé cette ambiance sombre et surnaturelle, vaguement gothique. Je m’imaginais dans une de ces villes germaniques aux rues sombres et tortueuses bordées de maisons à colombages, dans cette atmosphère propice aux légendes et aux contes qui ont bercé notre enfance. Avec en prime un Faust barbu dans une longue tunique d’érudit, et un diable, ma foi…

  • Un diable tentateur et séducteur
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Mephistopheles, séducteur, tel que j’aime à le représenter

Que dire si ce n’est que j’ai eu l’un de mes coups de foudre littéraire avec Mephistopheles? Car s’il est un personnage qui met de l’ambiance dans la morne existence d’Heinrich Faust, c’est bien LUI.

Ce qui est amusant, c’est de voir que Faust lui-même est l’objet d’un pari entre Dieu et le diable. En effet, le prologue, sorte de pendant au Livre de Job dans la Bible met en scène Dieu et les anges au Paradis. Dieu loue la sagesse et la bonté d’Heinrich Faust, l’un de ses plus honorables serviteurs. Survient alors notre ami Mephistopheles qui tel « le Satan » de l’Ancien Testament, déclare que si Faust honore tant le Seigneur, c’est parce qu’il n’a jamais été tenté, et fait le pari de le séduire. Le Seigneur le laisse repartir, lui disant qu’un homme égaré, lorsqu’il est vraiment bon, reste conscient de s’être engagé sur le mauvais chemin. Mais Mephisto va tout mettre en oeuvre pour égarer Faust.

Ce personnage est une création littéraire PASSIONNANTE, beaucoup moins simpliste et plus complexe que les nombreuses représentations du Diable et des démons en cours dans la culture populaire. On les dépeint laids et grotesques, plus ridicules que terrifiants face à la grandeur de Dieu et de ses anges. Là, c’est tout le contraire. Mephistopheles est tout sauf ridicule. Il peut changer d’apparence comme il le désire, jusqu’à celle d’un homme bien de sa personne pour occuper Martha, la nourrice de Margarete quand celle-ci a une entrevue avec Faust. Il est fin, a le sens de l’humour et de la formule, joue des tours à tout le monde, pour le plus grand amusement des lecteurs… qui se laisseraient bien tenter par un tel démon.

C’est là toute l’habileté de Goethe. Il rend crédible cette séduction du Diable, en en faisant un être totalement irrésistible, que TOUS veulent suivre. Il exerce, hormis sur la très innocente Maragarete qui éprouve à sa vue une répulsion qu’elle ne s’explique pas, un attrait puissant. Et lui, ce démon, est très attiré par la beauté et l’innocence de Margarete, n’hésitant pas à provoquer Faust à ce sujet – j’ai souvenir d’une scène où il lui propose de prendre le relai avec la jeune dame si Faust ne va pas la voir en vitesse. En ce sens, j’irai jusqu’à dire, même si je m’avance, qu’il joue un rôle positif, puisqu’il encourage Faust à vivre une vie d’homme et à ne pas rester cloîtré dans sa salle d’étude, et lui fait prendre conscience de la profondeur de ses sentiments envers Margarete.

Goethe nous livre donc, avec ce diable somme toute plaisant qui pousse un homme à se dépasser et à prendre ce qu’il veut dans la vie, une vision intéressante de ce processus de séduction par le Diable. Mais nous aurions tort de ne voir en Faust qu’un pauvre homme frustré, et une victime passive du Malin…

  • Conclusion: le choix du « Mal »
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Couverture – Source: Amazon.fr

Car s’il est une chose sur laquelle l’histoire met l’accent, c’est le libre-arbitre. Dès le début, le Seigneur prévient Mephistopheles que l’homme bon est conscient de s’engager sur la mauvaise voie. Et pourtant, Faust a le choix, dès le début. Ceci est symbolisé dans les premières rencontres entre les deux protagonistes. Quand Mephistopheles frappe à la porte de Faust, et lui explique qu’il doit lui dire trois fois d’entrer avant de s’exécuter – c’est donc l’homme qui invite le démon chez lui. Tout comme il a le pouvoir de le retenir: en effet, Faut a inscrit sur son seuil un pentacle pour se protéger du Mal, que Mephistopheles a pu franchir à cause d’un angle mal refermé vers l’extérieur. Mais le démon ne peut le franchir pour ressortir, puisque les angles sont parfaitement dessinés et fermés à l’intérieur de la maison. Faust aurait pu le retenir prisonnier chez lui pour l’empêcher de nuire, il le dit lui-même. Mais il efface finalement le symbole pour laisser partir l’envoyé du Diable. Il va le suivre dans ses pérégrinations, tout d’abord de mauvaise grâce, jusqu’à sa rencontre avec Margarete: c’est, à mon sens, le moment où tout bascule pour l’érudit qui vient de retrouver sa jeunesse. Faust déclare à Mephisto qu’il VEUT cette jeune fille et ORDONNE au démon de tout faire pour qu’il puisse l’avoir. Il trouve finalement une façon d’utiliser « l’art » de Mephisto pour son propre intérêt, pour ses désirs.

Je parlais plus haut du rôle positif de Mephistopheles dans cette histoire… Je réitère en disant que l’intervention de ce démon met en lumière l’hypocrisie de l’homme lui-même, de Faust qui fait la fine bouche mais qui au fond, ne se préoccupera pas des conséquences de ses choix sur celle qu’il désire – jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour elle – quand il ordonnera à Mephistopheles d’user de tous ses artifices afin qu’il possède Maragarete. Il sera lâche envers elle jusqu’à ce que Mephistopheles le provoque. Je n’irai donc pas jusqu’à faire de Faust le héros de la tragédie, l’héroïne tragique étant Margarete elle-même, qui par amour va se compromettre mais qui, malgré sa situation terrible, se refusera jusqu’au bout à l’influence de Mephisto. Je pense d’ailleurs que le démon, qui admet n’avoir aucune prise sur elle, l’admire profondément pour cela… Mais ce n’est que ma lecture à moi, bien sûr! 🙂

J’espère donc, en ce dimanche, vous avoir donné l’envie de découvrir, ou de redécouvrir ce classique magnifique, plein de magie et de noirceur. Passez une bonne fin de weekend! 🙂

Titre: Faust
Auteur: Johann Wolfgang von Goethe
Editions: Folio
Collection: Folio Théâtre
224 p.
Parution: Octobre 1995
Prix: 4,60 €

Blanche Mt.-Cl.