Lettres martiennes – En Terre étrangère (Robert Heinlein)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Je reviens aujourd’hui avec une nouvelle chronique livresque, de la vraie science fiction cette fois-ci, dédiée à un ouvrage que j’ai mis plus de temps que prévu à lire – tout d’abord à cause de mes préoccupations, et aussi parce que cet ouvrage me laisse une fort étrange impression.

En effet, je vais aujourd’hui vous parler d’un classique de Robert Heinlein, sorti dans les années 1960 et ré-édité récemment en livre de poche: En Terre étrangère. En effet, il m’avait attirée de par sa couverture un peu flashy, et de par son résumé qui sentait bon le flower power, étant donné qu’il est devenu un ouvrage culte sur les campus des années 1960.

Je vous invite donc à découvrir un monde futur, au côté d’un humain né sur Mars et revenu sur Terre, un lieu des plus étranges pour ce jeune homme innocent…

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Prussiens sur Mars – Le Château des Étoiles, t.3: Les Chevaliers de Mars (Alex Alice)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

J’espère que le week-end fut bon!

Je me propose, pour la chronique livre de cette semaine, de faire une incursion dans le monde de la BD, avec le troisième tome d’une série que j’affectionne beaucoup: Le Château des Étoiles, d’Alex Alice, qui nous emmène dans un XIXe siècle fantasmé où les puissants de ce monde essaient de s’emparer du savoir de Marie Dulac, exploratrice de l’Ether, qui avait mené son ballon à la limite de l’Espace…

Nous suivons dans le tome 3, Les Chevaliers de Mars, la suite des aventures de l’époux de Marie, Archibald, et de leur jeune fils Séraphin, à la conquête de l’Espace…

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À la conquête d’un monde nouveau – Mars la Rouge (Kim Stanley Robinson)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

la-trilogie-martienneCela faisait longtemps que je n’étais pas venue avec une chronique digne de ce nom… Et je pense que ce sera chose faite avec l’opus que je vous présente ici: Mars la Rouge de Kim Stanley Robinson, premier tome d’une trilogie qui narre l’arrivée des premiers colons, puis la terraformation de Mars.

Pour anecdote, j’avais déjà entendu parler de ces livres, et surtout vu leurs couvertures qui m’avaient tapé dans l’œil alors que j’étais une pré-ado dans la seconde moitié des années 1990! 😉 Et alors ces titres si énigmatiques… Mars la Rouge, Mars la Verte, Mars la Bleue… De quoi éveiller ma curiosité et d’étranges rêves de conquête spatiale. Je ne les ai lu que cette année, car mes parents faisant partie d’un club littéraire et ayant l’obligation de commander un ouvrage, ils m’ont demandé si un livre pouvait m’intéresser puisqu’ils ne trouvaient pas leur bonheur. C’est ainsi que m’a été offerte la Trilogie martienne.

Je vous embarque donc dans le tome I, en route vers une planète vierge qui ne va pas le rester bien longtemps, et pour la plus extraordinaire des aventures humaines…

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Explorer Mars – De la S.F. à la réalité

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Tout d’abord, je tiens à m’excuser des perturbations récentes qui auront des répercussions encore quelques temps sur mes chroniques. À dire vrai, j’ai consacré un peu de temps à mes écrits, quelque chose que j’aimerais partager avec vous d’ici peu, et j’avoue avoir eu un peu de mal avec le recueil de nouvelles de Lovecraft que je suis en train de lire. Aussi, plutôt que de forcer les choses, je vais lire quelque chose de léger pour rédiger une chronique livre sympa la semaine prochaine (j’ai trouver un petit bouquin qui m’a l’air bien drôle!), et à la place d’une chronique bâclée, je vous propose aujourd’hui un article à thème. 🙂 Une sorte d’écrit de fond pour vous faire passer le week-end!

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Vue sur la planète Mars – Source: Wikipedia

Comme vous l’avez appris il y a quelques mois, lorsque j’ai posté ma description de la Lune de Sang, l’espace, c’est un peu mon dada! 🙂 Je suis même abonnée aux alertes de vol d’Arianespace et je reçois toutes les notifications de succès, de retard ou de décalage de décollage d’Ariane, Soyouz ou Vega. Je ne saurais vous dire si l’espace m’a fascinée avant la S.F., si la S.F. m’a intéressée avant, ou si les deux phénomènes se sont alimentés.

Certains d’entre vous, férus de S.F. ou simplement curieux de l’actualité spatiale, ont dû constater un fait: l’intérêt porté à Mars par les agences spatiales du monde entier, que des programmes d’exploration sont régulièrement lancés, tout comme des sondes et des rovers en direction de la planète rouge, qui nous envoient des photographies de désert à couper le souffle. Et si ce n’était que ça: Mars est également présente dans la culture populaire, notamment par le biais de la S.F. …

Mais quels sont aujourd’hui les enjeux d’une telle exploration? La réalité va-t-elle rattraper la S.F.? Et autre question, plus amusante: quels facteurs prendre en compte pour écrire un Mars opera crédible de nos jours? Cet article ne se veut bien sûr pas scientifique, mais je souhaite qu’il vous donne envie d’approfondir le sujet, qu’il s’agisse de connaissance pure, ou de S.F.!

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Aventures dans un monde nouveau – « Axis » de Robert Charles Wilson

Très chers lecteurs de ce blog

Nouveaux abonnés,

Bien le bonjour.

Tout d’abord, encore une fois, je m’excuse pour ce nouveau retard, car je suis un peu occupée en ce moment – comme vous le savez j’entame un stage de graphiste qui m’occupe et me passionne, mais j’espère trouver vite ma vitesse de croisière, m’occuper des blogs, des devoirs, et reprendre l’écriture du tome 2 de mon roman (et pourquoi pas trouver un éditeur?). Bref. Vous aurez vos deux chroniques par semaine, quel que soit le jour. Me voici donc de retour avec la suite de Spin de Robert Charles Wilson, Axis. Si vous vous souvenez du résumé du précédent tome, vous devez en déduire que l’humanité a survécu au « Spin »…

Attention, pour ceux qui n’auraient pas lu le premier volume, aux spoilers!

  • Une quête dans le désert

A la fin du phénomène Spin est apparu sur Terre une sorte d’Arc qui, depuis l’Océan indien, permet de passer instantanément sur une autre planète. Ce nouveau monde, où se sont installées différentes colonies humaines, a été baptisé Equatoria. Il s’agit d’un vaste continent unique, comme le fut la Pangée sur Terre, avec des vastes baies qui ont permis l’aménagement de ports et étendues désertiques d’où sont extraites du pétrole. Quelques êtres humains ont eu accès à la technologie et aux médecines martiennes (des hommes installés sur Mars dans le premier opus), ce qui prolonge leur vie en un Quatrième Âge, ce qui est censé les rendre non-violent et plus sage, mais la plupart de ces « Quatrièmes Âges » vouent un véritable culte aux Hypothétiques qui ont créé la membrane « Spin » et cherchent par tous les moyens d’en apprendre plus sur eux, tandis que le Gouvernement américain, par le bras du Département de Sécurité Génomique (DSG), les traque.

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Couverture – Source: Amazon.fr

L’histoire commence environ Quarante ans après la fin du Spin. Lise Adams, jeune divorcée d’avec un fonctionnaire du DSG, est revenue sur Equatoria, d’où sa mère et elle sont parties quinze ans auparavant, après la disparition du père de la jeune fille. En effet le docteur Adams, pourrait avoir été victime de ses propres recherches sur les Hypothétiques et sur les Quatrièmes Âges qui le fascinaient. Aidée par un ancien amant, le pilote Turk Findley, elle se lance sur la piste d’une mystérieuse femme qui semblait avoir connu son père, ainsi que sur celle du Docteur Avram Dvali, un savant Quatrième Âge proche de son père. Mais à ce moment-là, une étrange chute de cendres à l’odeur de souffre et aux formes mécaniques s’abat sur Port-Magellan et le reste d’Equatoria, plus intense dans le désert.

Ce que Lise ignore, c’est que cette femme mystérieuse que Turk a avancé en avion jusqu’à un bourg en bordure du désert d’Equatoria, Sulean Moï, a déjà retrouvé le docteur, qui dirige une mystérieuse communauté soudée autour du petit Isaac, fruit d’une expérience menée pour communiquer avec les Hypothétiques. Cet enfant imprévisible et vaguement asocial n’a qu’une obsession: rejoindre le désert qui l’attire irrémédiablement. Obsession qui se fait de plus en plus intense suite à la chute de cendre. Lui et ses mystérieux protecteurs vont bientôt, par l’intermédiaire de la Quatrième Âge dite ibu Diane, vont bientôt croiser la route de Lise et Turk poursuivis par les hommes de la DSG.

  • Une agréable surprise

Après mon avis quelque peu mitigé sur Spin qui m’avait laissée sur ma faim, j’appréhendais la lecture de ce second opus. En effet, mon frère m’avait dit ne pas avoir trop accroché, et la plupart des avis que j’avais lus sur Le Forum de la Littérature Fantastique me faisaient un peu peur. J’ai donc remis la lecture d’Axis – après un essai sur Jérusalem et Player One – à plus tard pour laisser mon cerveau digérer ce que j’avais appris dans le premier volume. Et contre toute attente, j’ai bien aimé Axis. Il ne m’a pas mis de grosse claque, puisque l’on sait déjà ce qui s’est passé avec le « Spin » et la surprise est un peu moins là. Mais le monde, ou plutôt l’univers que l’on découvre est fascinant.

Port-Magellan, ville cosmopolite avec ses habitants issus de cultures différents, où des bidonvilles côtoient des villas cossues, et le désert dont les paysages hypnotiques ne sont pas sans rappeler l’atmosphère de Dune de Frank Herbert, constituent un décor absolument idéal pour ce récit qui s’apparente autant à l’aventure qu’à la science-fiction. On assiste à la jonction de deux « quêtes », si j’ose dire – celle de Lise qui cherche des réponses quant à son père, celle d’Avram Dvali et même celle de Sulean Moï. J’ai même pris plaisir à retrouver Diane elle-même qui est à présent une très vieille femme, une sorte de sage capable de prendre autre chose que les décisions désastreuses qui ont manqué de la mener à sa perte dans Spin.

Au niveau de la narration, ma foi, on est loin de cette alternance de flashbacks et de « temps présent », et on suit un récit d’aventure de facture assez classique, mais efficace, avec différents sub-plots, comme la course-poursuite avec les hommes du DSG, les tentatives de l’ex-mari de Lise pour l’éloigner du danger, la « romance » avec Turk, la fascination de Lise pour Diane – dont on apprend qu’elle a fini par épouser Tyler sur le tard – et Sulean Moï. Quant à l’environnement lui-même, il est juste extraordinaire. On assiste à des bouleversement fascinants et flamboyants, spectaculaires – comme l’apparition de fleurs mécaniques émergeant de la cendre et qui semblent appeler le petit Isaac, ou d’une forêt synthétique au fin fond du désert. Si en soi le suspense n’est pas haletant, on se laisse volontiers aller à la rêverie en lisant ces pages…

Bref, je ne serai pas aussi catégorique et dure avec Axis, car je m’y suis laissée prendre plus facilement qu’au premier. En fait, il n’est pas comparable, car il plante un tout nouveau décor et ne s’articule pas de la même façon, quand bien même il est fait plusieurs fois référence aux protagonistes de Spin. Je vous conseillerais presque de le prendre plus comme un spin-off que comme une suite à proprement parler… et il est bien plus distrayant et « léger » que le premier volume. Ce n’est pas du tout péjoratif, car avec mon emploi du temps chargé, j’ai eu peu de temps pour lire et j’ai dû m’y coller en pointillés, et j’avais besoin de lire quelque chose qui m’accrochait bien et qui me tenait d’une fois sur l’autre. Axis ne me semble donc pas aussi raté qu’on me l’avait dit, et je souhaite rassurer les lecteurs de Spin. Axis s’en différencie certes, mais le plaisir de la lecture n’en est pas pour autant absent.

Et pour ceux qui l’ont lu, qu’en avez-vous pensé?

Titre: Axis
Auteur: Robert Charles Wilson
Editions: Folio
Collection: Folio SF
496 p.
Parution: Mars 2015 (pour l’édition de poche)
Prix: 8,50 €

Blanche Mt.-Cl.

Décalage temporel et chaos – « Spin » de Robert Charles Wilson

Très chers lecteurs de ce blog, bien le bonjour.

Pour commencer cette semaine, me voici de retour avec un livre relativement récent, tout juste lu et que m’avait chaudement recommandé mon frère… qui a des goûts assez spéciaux concernant la science-fiction. Mais ce qu’il m’en avait dit m’ayant beaucoup intriguée, j’ai très vite fait l’acquisition du bouquin, lu il y a peu: Spin de Robert Charles Wilson, qui ouvre une trilogie de science fiction (avec Axis et Vortex) basée sur le nouveau monde chaotique qui voit le jour dans ce premier opus. Mais au lieu de nous étendre, entrons dans le vif du sujet…

  • Le postulat de départ

Etats-Unis, dans un futur très proche. Fils d’une employée de maison, le jeune Tyler Dupree, douze ans, se trouve dans le parc entourant la demeure des Lawton, en compagnie des jumeaux Jason et Diane. Ils assistent alors à un spectacle troublant: dans le ciel, les étoiles s’éteignent toutes d’un seul coup. Si le phénomène affole le monde entier, le jeune Jason Lawton, surdoué réfugié dans la rationalité, décide d’en apprendre plus sur les raisons de cet étrange phénomène. Il ne tarde pas à savoir, par son père E.D. Lawton, puissant industriel proche du pouvoir, qu’une étrange membrane, appelée la « membrane Spin » occultant les étoiles entoure le globe… et qu’à l’extérieur de celle-ci, le temps passe des millions de fois plus vite. L’univers et le système solaire vieillissent donc à tout allure: en une dizaine d’années de vie humaine, des étoiles meurent, des galaxies entrent en collision, et le soleil approche du point où, épuisé, il deviendra une géante rouge et se dilatera au point d’absorber la Terre. Il ne resterait donc que quelques décennies à vivre à l’humanité…

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Couverture de l’édition poche – Source: Amazon

Pourtant, les années passant, les personnages prennent différents chemins: Tyler devient médecin, Diane, qu’il aime depuis l’enfance, se réfugie dans la religion et épouse Simon, un membre d’une secte chrétienne millénariste, tandis que Jason, véritable génie, est bientôt nommé à la tête du programme spatial Périhélie en Floride. Il parvient à faire employer son ami Tyler comme médecin du projet en Floride. Jason n’a plus qu’un seul but: trouver les origines et la raison du Spin. Or de plus en plus, il s’avère que la membrane entourant la Terre, alimentée par d’étranges artéfacts positionnés aux pôles terrestres serait le fruit d’une intelligence extérieure, les « Hypothétiques »…

Au fur et à mesure que l’obsession ronge Jason et qu’il perd l’appui de son père, que la secte de Diane se radicalise et que le monde sombre dans le chaos dans l’attente de la fin du monde, Tyler assiste aux efforts de son génial ami pour lancer un projet censé sauvé l’humanité de sa prochaine extinction…

  • Les partis pris de l’histoire

L’histoire est racontée à la première personne par Tyler Dupree, en flashbacks. En effet, le lecteur oscille entre les chapitres sur-titrés 4 000 000 000 ap. J.C. – donc le moment où l’humanité est censée être proche de sa fin, le temps de la narration, où l’on voit Tyler malade, fuir quelque chose et se cacher en compagnie de Diane… et saisi de crises de « graphomanie » qui le poussent à écrire ses mémoires.

Dans les autres chapitres, il nous fait le récit de ce qui s’est passé depuis cette nuit où à douze ans, il a vu les étoiles s’éteindre. Il nous parle des évolutions complètement antagonistes de Jason dit Jase, et de sa soeur Diane. Il décrit le monde et le chaos engendré par le Spin, et ses conséquences dans la vie des individus, la soif de savoir de Jason et l’attente du salut de Diane. A cet égard, j’ai apprécié que l’auteur ne cède pas aux raccourcis faciles concernant les surdoués: bien souvent, dans les séries et les films, ils sont soit de petits binoclard/es boutonneux qui ont peur de tout et socialement incapables, ou particulièrement arrogants, et les auteurs semblent confondre intelligence et savoir, ou intelligence et pure rationalité. Bref, souvent le surdoué est surtout un cerveau sur pattes et on se soucie peu de ce qu’il ressent. C’est d’ailleurs assez agaçant et c’est ce qui rend bien souvent les surdoués fictifs absolument détestables, quand dans le monde réelle, ce sont des personnes qui ont certes des facilités, mais aussi des êtres de chair et de sang, qui s’ils peuvent avoir des problèmes d’intégration avec les autres enfants, s’amusent et souffrent comme tout un chacun, même s’ils ont une manière parfois peu conventionnelle de le faire. Bref, Jason et Diane sont des enfants intellectuellement précoces qui connaissent des évolutions contraires. Jason est visiblement un petit génie, bricoleur, débrouillard, fou de gadgets et de sciences, et qui parvient, grâce à son talent et aux relations de son père, à réussir dans son domaine. Il n’est pas asocial, mais sa soif de savoir et de compréhension, son goût pour les choses rationnelles et les faits, vont lui faire renoncer à un semblant de vie personnel et à le mettre en danger. Quant à Diane, c’est l’inverse, c’est la jeune fille émotive qui n’arrive pas à gérer émotionnellement toutes ces choses qu’elle comprend et qui l’angoissent. Aussi vire-t-elle vers l’irrationalité la plus complète, et se consacrant à la religion, allant d’un mouvement millénariste à l’autre, avec son époux Simon, lecteur assidu de la Bible attendant que les prophéties de l’Apocalypse se réalisent. A tel point que Diane va peu à peu s’isoler et se couper de ceux qui l’aiment, jusqu’à se mettre en danger.

Quant au narrateur, on peut dire que Tyler, dit Ty par son ami Jason, est le confident du frère et de la soeur, une sorte de tampon entre eux. C’est « l’homme ordinaire » de la bande, un peu perdu au milieu de tout ça, qui lutte contre ses sentiments pour Diane et tente du mieux qu’il peut de protéger Jason de lui-même. Il accepte le destin de l’humanité sans s’affoler, parfois même avec, je trouve, une certaine apathie qui m’a exaspérée à la lecture du livre, quand on voit les personnages extraordinaires qu’il côtoie: d’abord Jason, qui se révèle étrangement attachant de par sa vulnérabilité qu’il veut à tout prix ignorer et par sa foi en la science qui pourrait déplacer des montagnes, puis E.D. Lawton, l’industriel parvenu et le père tyrannique qui s’il a d’abord voulu mettre en avant son héritier va ensuite tout faire pour l’évincer. Et également l’énigmatique Wun Ngo Wen… Et s’il n’y avait que les personnages: les découvertes faites par Jason dans le cadre du programme Périhélie, les événements « historiques » et l’émergence d’une nouvelle société d’humains sur Mars, la quête des Hypothétiques pour comprendre leurs objectifs en emprisonnant la Terre…

  • De la « science »-fiction

Car Spin est vraiment de la pure science-fiction dans le sens où, outre certains ingrédients « classiques » ré-explorés par l’auteur, il nous dépeint un futur possible avec pour postulat de départ un événement assez improbable – à savoir ce champ de dilatation temporelle autour de la Terre. Cela donne parfois lieu à des scènes  extraordinaires, quand par exemple la membrane Spin perd de son opacité après une frappe militaire sur sa source d’énergie, et que Tyler, alors seul avec Diane, voit dans le ciel une succession de flashes lumineux, l’univers changeant en accéléré dans un ciel d’habitude obscur.

Mais si ce n’était que ça! Les phénomènes qui suivent la disparition des étoiles sont très bien relatés, ce qui amène le lecteur à se poser des questions – je pense au phénomène décrit par l’astronaute de l’ISS de retour sur Terre qui dit avoir passé trois semaines d’angoisse en orbite quand son module s’est écrasé la nuit-même du Spin, entre autres. On assiste à un grand retour en force et à une radicalisation des mouvements chrétiens et millénaristes, à des flambées de violence initiées par des êtres qui se savent condamnés et pensent ne plus rien avoir à perdre… Quand d’autres comme Tyler, se contentent juste de continuer leur routine sans s’affoler, ou comme Jason, cherchent à connaître les raisons du Spin et consacrent leur temps à chercher des solution.

La science est très présente – c’est pourquoi je parle de pure « science »-fiction – puisque la vie de l’un des principaux protagonistes tourne autour d’elle, qu’il lance des projets et fait des découvertes absolument hallucinantes qui rendraient fou n’importe qui! Car Jason et le comité d’experts ont une idée brillante: tirer partie de l’accélération de l’univers à l’extérieur du Spin pour trouver de l’aide. En effet, un processus de terraformation est enclenché sur Mars, dans l’espoir d’y envoyer une colonie humaine qui, en dix ans seulement sur Terre, pourrait se développer en une véritable civilisation et acquérir de nouvelles connaissances pouvant aider l’humanité à comprendre les motivations des Hypothétiques, mais aussi à sauver l’humanité. C’est là qu’intervient Wun Ngo Wen, l’homme de Mars… lorsqu’il arrive avec des connaissances en biologie et bio-mécaniques remarquables, et même avec une médecine qui va valoir quelques ennuis à ceux qui, comme Jason, vont vouloir en user.

Les luttes de pouvoir sont également un thème récurrent. Entre Jason et son père, entre scientifiques et politiques, entre savants et industriels et même entre les différents gouvernements du monde. Car le Spin affecte tout le monde et exacerbe les conflits. D’ailleurs, fait assez intéressant et qui ne ferait que flatter la fibre anti-américaine primaire de certains d’entre nous, on voit le gouvernement américain, qui abrite Wun Ngo Wen, l’homme de Mars, faire de la rétention d’information concernant les savoirs martiens, considérés comme stratégiques, lorsqu’ils le partagent avec les autres Etats. Bref, tous les coups foireux permis dans notre monde prennent une toute autre dimension après l’arrivée du Spin.

  • L’individu dans toute sa solitude

Je mentionnais plus haut les conséquences du Spin sur les individus. Je vais certainement débiter une platitude, mais avouez qu’apprendre que la fin du monde est pour bientôt a de quoi terrifier. Imaginez. La peur pour sa propre vie, mais se dire en plus qu’après il n’y aura absolument plus rien, plus aucun être humain sur Terre. Et même plus de Terre du tout. Il y a de quoi flipper sévèrement. C’est un moment où chacun, même très entouré, ne peut qu’être seul face à ses démons et à ses questions. Et ce livre dépeint différentes sortes de réactions, qui vont du pétage de plomb à la recherche acharnée d’une solution.

Je parlais de Jason et de Diane, qui prennent des chemins opposés dans leur quête de salut – l’un par la science, l’autre par la religion. Deux formes de foi très différentes. On assiste aussi à des réactions plus égoïstes, tel la copine de Ty – pas vraiment une histoire d’amour, puisqu’il ne peut oublier ses sentiments pour Diane qui a toujours entretenu avec lui une relation ambigüe – qui décide de partir s’exiler dans un endroit isolé et confortable au bord de la mer, pour absorber du poison dès que la fin viendra. Les êtres se replient sur eux-mêmes ou sur leurs proches, voire sur leur petite communauté comme celle de Diane. Quoiqu’il se passe, il en ressort une terrible impression de solitude, une sorte de nostalgie et une tristesse qui rend l’atmosphère très pesante.

Ceci est renforcé par le fait que Tyler, qui pourtant raconte l’histoire, ne semble avoir aucune prise sur ce qui se passe. Il suit tel un spectateur, l’ascension puis la déchéance de Jason, ainsi que la descente aux enfers de la belle Diane enterrée au fin fond d’un ranch de l’Utah où un pasteur fanatique cherche à mettre au monde une génisse rouge pour un ultime sacrifice. Tyler est le confident, qui entend et qui voit tout, mais qui au final, s’il respire et pense, ne vit pas l’action et n’y prend pas réellement part, se contentant d’être. Cela donne au livre une dimension assez contemplative.

  • Conclusion – Un livre culte?

Spin cumule les ingrédients qui font la bonne, et même la très bonne science fiction: postulat de départ captivant, univers foisonnant et crépusculaire, une certaine reflexion empreinte de nostalgie, mais aussi l’éloignement de certaines frontières puisque l’on touche au cosmos lui-même. Certains passages sont vraiment fascinants, telle l’arrivée de Wun Ngo Wen a donné un nouveau souffle à l’histoire. Et pourtant, j’avoue en avoir gardé une impression mitigée, comme si j’étais restée sur ma faim.

Mais là je pense qu’il s’agit plus d’une affaire de goût personnel qu’autre chose… En effet, j’ai eu un problème avec le storytelling. Notamment avec ce narrateur qui paraît transparent, fade en comparaison de personnages comme Jason et même carrément passif, juste bon à obéir aux demandes de ses amis: il faut quand même attendre deux chapitres avant la fin pour qu’enfin il se secoue le burnous de lui-même, révélant une ressource qu’on ne lui connaissait pas! Et je trouve cela bien dommage, car j’ai du mal à accrocher complètement à une histoire quand je ne peux m’attacher aux personnages principaux. Tyler Dupree m’a royalement ennuyée… C’est parfois le risque dans les écrits à la première personne. Et puis, je me suis habituée à la science-fiction « d’action » pleine de rebondissements, donc forcément, quand certaines choses me paraissent un peu statique, je ne peux pas totalement adhérer!

Pour ma part, j’aurais voulu savoir ce qui se passait dans la tête de Diane, et surtout de Jason – s’il est une chose que Tyler a tout de même réussi, c’est à me communiquer sa fascination pour ce génie vulnérable qui a tout fait pour rendre son père fier de lui, mais qui va finalement s’en éloigner pour poursuivre sa propre quête. De plus, j’ai trouvé la nostalgie ambiante pesante au point qu’elle alourdissait le récit, le faisant trainer sur plus de six-cents pages quand tout aurait pu être dit de façon plus concise, et peut-être même plus puissante. Après, c’est un parti pris comme un autre… certains apprécient cet esprit et y voient de la poésie. Pourquoi pas?

Il va sans dire que Spin est plébiscité par la critique, et par de nombreux lecteurs. Il n’y a qu’à voir sur le Forum de la Littérature Fantastique, dans le sujet consacré au roman, j’ai été la seule à avoir un avis mitigé dessus, donc c’est un signe! Je le conseille donc aux curieux, avide de littérature, car ils y trouveront un contenu dense qui va de l’individu au monde entier, avec tous les ingrédients qui peuvent rendre une histoire culte. Par contre, il est si dense, justement, que je vous le déconseille dans une période où vous n’avez le temps de ne lire qu’en pointillés. Mieux vaut pouvoir se poser tranquillement pour s’y plonger… Pour ma part, j’ai dû lire deux livres qui n’avaient rien à voir avant d’entamer la suite, mais c’est promis, je reviens très vite avec Axis! Je viens de le commencer après avoir longtemps repoussé. J’appréhendais car mon frère m’avait dit l’avoir beaucoup moins aimé, mais contre toute attente, j’aime assez ce que je lis… Je vous en dirai plus très bientôt!

Titre: Spin
Auteur: Robert Charles Wilson
Editions: Folio
Collection: Folio SF
624 p.
Parution: Mars 2015 (pour l’édition de poche)
Prix: 9,00 €

Blanche Mt.-Cl.

S-F. à l’ancienne – D’une « Princesse de Mars » à « John Carter » – Mars 2015

Il y a un peu plus de deux ans, alors que je travaillais en Angleterre, j’ai eu l’occasion de lire Une Princesse de Mars, un vieux coucou de science-fiction publié en 1912, et écrit par Edgar Rice Burrows. En effet, ma curiosité avait été éveillée par un film de 2012… John Carter, l’adaptation de ce même roman, realisé par Andrew Stanton. Comme j’avais un chèque cadeau chez Waterstone, je me suis empressée d’acquérir Une Princesse de Mars.

Un tel titre a quelque chose de kitsch, et n’est pas sans nous évoquer le desert rouge de Mars, le ciel orange (en fait, rosé), ces extraterrestres étrangement humanoïdes aux brushings laqués et aux vêtements moulants, ces courageux voyageurs de l’espace avec de gros pistolets bruyant qui envoient des décharges… En résumé, tous les clichés véhiculés par la science-fiction des années 50 et 60, films et comics réunis. C’est en partie vrai, car il est à parier que ce livre a dû inspirer le space opera par la suite… mais quand vous lirez ce roman, il vaut mieux oublier absolument tout ce que vous savez sur la science-fiction « à l’ancienne », et laisser complètement aller votre imagination.

Le livre comme le film sorti un siècle plus tard, nous raconte l’histoire de John Carter, un vétéran de la Guerre de Secession, qui se retrouve instantanément transporté sur Mars – Barsoom en langage martien. Je vais commencer par la présentation du livre…

  • L’oeuvre d’Edgar Rice Burroughs : Un roman d’aventures avant toute chose

A l’époque où Une Princesse de Mars a été publié, il était courant de donner à un roman d’aventure ou à un roman l’apparence de la vérité, en impliquant l’auteur lui-même. Je m’explique: l’histoire est présentée comme un fait réel, comme le témoignage d’Edgar Rice Burroughs à propos de John Carter, un ami de sa famille qui aurait vécu de nombreuses aventures à travers le monde. Burroughs nos présente Carter comme un homme fort, bien de sa personne, bon et chevaleresque, le parfait type du gentlemen de Virginie – ce qui, pour le lecteur actuel, sonnerait comme un oxymore, mais nous y reviendrons plus tard. Burroughs rapporte en tout début de roman que Carter, qu’il considère comme son oncle, l’a mandé auprès de lui pour une affaire importante. Or quand enfin le jeune homme arrive sur place, le grand homme est mort et son corps, retrouvé sans vie mais aussi sans aucune marque de violence, a été enfermé dans un mausolée. En inspectant ses affaires, Burroughs découvre alors un vieux manuscrit qui va constituer la trame du roman…

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Couverture d’une édition anglaise publiée chez Penguin

Alors que John Carter, un courageux vétéran de la Guerre de Sécession, prospecte à la recherche d’or dans le désert d’Arizona avec un ami, ils sont attaqués par des Indiens. Alors que son compagnon est tué, il parvient à trouver refuge dans une grotte. Il s’y retrouve bientôt engourdi et incapable de bouger… avant de se réveiller sur Mars, avec la pleine conscience d’où il se trouve.

Et ce n’est que le début de l’aventure… Car Carter découvre un monde nouveau, exotique, sur une planète chaude, désertique et mourante, avec différentes tribus se livrant une guerre sans merci. Il se découvre également un nouveau « talent »: à cause de la faible gravité régnant sur Mars, il n’est jamais entravé dans ses mouvements. Le voici donc doué d’une force étonnante et de la capacité de bondir à plusieurs mètres de haut. Peu après son réveil, il est capturé par la tribu des Martiens verts, les Tharks, une bande de guerriers insectoïdes de plus de trois mètres de haut, avec quatre bras. Ils sont extrêmement violents et ignorent tout sentiment d’amour et de compassion, mais Carter gagne leur respect grâce à ses dons incroyables. Il apprend auprès d’eux la langue de Barsoom et devient un grand guerrier, gagnant peu à peu ses ornements métalliques qui témoignent de son rang – car j’ai oublié de vous dire que sur Mars, tout le monde va nu à cause de la chaleur, à l’exception de ces bijoux placés aux endroits stratégiques.

Il fait pourtant la connaissance de « dissidents » parmi les Tharks: le jed (un noble guerrier) Tars Tarkas, plus juste, plus raisonnable et moins violent que ses congénères, capable d’empathie et ouvert d’esprit, et Sola, une jeune femme verte extrêmement douce qui prend soin de lui à son arrivée, mais qui est aussi victime de brimades de la part des autres. Elle cache également un terrible secret qu’elle va bientôt révéler à Carter… mais que je vous laisse découvrir si la lecture de l’ouvrage vous tente.

Mais les Tharks ont des ennemis: les deux tribus humanoïdes de Mars, les « hommes rouges » – les Héliumites et les Zodangans, habitant de deux cités rivales qui se combattent également. La situation se complique donc quand les Tharks capturent un vaisseau volant d’Hélium transportant à son bord la petite-fille du roi, la splendide princesse à peau rouge appelée Dejah Thoris – la fameuse « princesse de Mars ». John Carter en tombe immédiatement amoureux et s’arrange pour l’intégrer dans sa suite avec Sola qui les protège. Auprès de sa belle compagne, il apprend les secrets de ce monde mourant, en particulier celui de la production d’atmosphère dans des usines dédiées, enjeu de la guerre entre Hélium et Zodanga. Quand les tourtereaux décident de quitter les Tharks en compagnie de Sola qui n’a plus de place parmi les siens, ils sont alors pourchassés par la tribu et séparés au beau milieu du désert. Désespéré, capturé par les Tharks blancs, encore plus brutaux que les Verts, John Carter décide alors de mettre tout en oeuvre pour retrouver celle qu’il aime, et ses aventures le mèneront jusqu’aux plus grandes cités de la planète rouge…

Et je ne vous en dirai pas plus, pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, car ce livre est FOISONNANT, plein d’intrigues et de combats, de cités et de populations plus exotiques les unes que les autres. De plus, Edgar Rice Burrough a rédigé de nombreuses suites, créant ainsi le « cycle de Barsoom » aussi connu en français sous le titre de Sous les Lunes de Mars et relatant les péripéties des enfants de John Carter sur Mars.

  • Adapter de la S.-F. à l’ancienne

Je ne vous mentirai pas, John Carter, la récente adaptation d’Andrew Stanton pour les studios Disney, bien que les personnages soient les mêmes – on y retrouve Carter (Taylor Kitsch), Dejah Thoris (Lynn Collins), Kantos Kan (James Purefoy), Tars Takas (doublé par Willem Defoe), le prince de Zodanga Sab Than (Dominic West), et une trame sensiblement similaire – un type planqué dans une grotte qui se réveille sur Mars, avant d’être attrapé par les Tharks verts et de vivre de grandes aventures – est assez différente de l’ouvrage d’origine.

On pourrait dire, au vu du résumé que je vous ai fait, qu’Une Princesse de Mars  suit un schéma classique. Hormis le Cycle de Tschaï de Jack Vance et Dune de Frank Herbert, je n’avais pas lu énormément de Space Opera quand j’ai abordé les aventures de John Carter. J’étais vraiment très curieuse de savoir ce que donnerait un space opera de 1912, avant l’ère de l’exploration spatiale. Il est clair que l’oeuvre de Burroughs a vieilli, et peut paraître très exotique à un lecteur contemporain. Comme je l’ai lu après avoir vu le film, j’ai été très surprise par ce héros sans le moindre défaut, capable d’apprendre tout à une rapidité tout sauf crédible – comme la langue de Barsoom – et par le caractère de Dejah Thoris, très passive en comparaison de la brunette combattive du film. Je sais que certains trouveront qu’il s’agit juste d’un macho sur Mars combattant pour une belle femme dont la « possession » le mettrait en valeur, et tuant à tour de bras des bonshommes verts comme il zigouillerait sans état d’âme toute une troupe d’Appaches. Mais ce serait, selon moi, beaucoup trop réducteur: il faut prendre en compte la mentalité de l’époque où le livre a été écrit, en particulier concernant les relations homme-femme. J’ajouterais que Dejah Thoris, en comparaison d’autres héroïnes créées à cette période, n’est pas dépourvue de caractère. Elle est courageuse et résolue, capable de prendre des décisions difficiles de son propre chef. Quant à dire qu’Une Princesse de Mars est raciste, je ne suis pas vraiment d’accord: John Carter va tout de même encourager la paix entre les différents peuples de Mars qui se méprisent les uns les autres, et être capable de tomber amoureux d’une femme issue d’un peuple et d’une planète différents, et dont la physionomie n’est pas sans rappeler celle de certaines tribus amérindiennes.

johncarter001Selon certains experts du cycle de Barsoom (et oui, pour ça aussi il y a des experts…), cités dans la préface de l’édition de chez Penguin, Une Princesse de Mars est une sorte de transposition de l’histoire américaine, avec ce mythe du final frontier typique de la mentalité pionnière. Carter est donc une sorte de John Smith mythifié, un pionnier qui part à la découverte d’un monde inconnu, et Dejah Thoris sa Pocahontas. Pour moi, cela paraît capilotracté, mais l’idée est là: Carter est un combattant et un médiateur. J’ai éprouvé un grand plaisir à partager l’étonnement du héros, à me plonger dans sa description des peuplades martiennes, de leurs mentalités, des paysages colorés et des cités chamarrées de la planète rouge, de la surprise du héros. C’est peut-être bien ce côté kitsch qui fait le charme du livre… Et j’ajouterais que j’ai été positivement surprise par la description de la planète Mars quand on sait où en étaient les connaissances de l’époque à ce sujet – en particulier le problème de la gravité.

Il est clair que le lecteur du XXIe siècle aura du mal à s’identifier au personnage créé en 1912. Il a beau être un aventurier courageux et dans son genre, assez chevaleresque, vétéran de la Guerre de Sécession (1861-1865), sa description en tant que « gentleman du Sud » venant de Virginie ne nous parle pas vraiment. De plus, nous associons les Sudistes avec l’esclavagisme, le racisme et le conservatisme, donc tout sauf des valeurs positives. Quand bien même John Carter est un archétype, il véhicule pourtant des idées positives, prenant la défense des faibles, et n’aimant pas spécialement la violence, capable de douceur et de gentillesse… Mais pouvez-vous vous l’imaginer en héros de film, à notre époque? Ressentiriez-vous de l’empathie envers un type qui fait des bonds sur Mars, qui n’a peur de rien et paraît invulnérable? Honnêtement… Si vous voulez qu’un film marche, il faut s’adapter aux goûts du public… Cela s’applique particulièrement aux personnages.

Depuis longtemps, les studios Disney souhaitaient s’atteler à une adaptation d’Une Princesse de Mars, afin de faire concurrence à de gros succès comme Star Wars ou Conan le Barbare, mais adapté au public de Disney. Dans John Carter, le héros est toujours un vétéran, mais c’est un homme tourmenté: il a perdu femme et enfant, il n’a plus rien, souffre d’un gros problème avec l’autorité et quand il se cache dans une grotte au beau milieu du désert, c’est pour fuir la cavalerie qui le poursuit après son évasion d’une prison militaire. Il est donc plus proche de nos critères moraux actuels, il est plus vulnérable – ce qui offre plus de possibilités d’identification. Il nous est ainsi plus sympathique, et Stanton le décrit volontiers comme un « Indiana Jones sur Mars ».

Quant à Dejah Thoris, elle est devenue une charmante brunette athlétique et tatouée, avec un tempérament de feu, une combattante farouche, capable de se défendre par elle-même, capturée par les Tharks alors qu’elle a volé un vaisseau pour fuir un mariage arrangé avec un ennemi d’Hélium, le prince Zan Than. Sa jolie apparence cache également une grande instruction puisqu’elle est aussi membre de l’académie des sciences d’Hélium et est en train de mettre au point une arme capable de mettre fin à la guerre et à la faim sur Barsoom. Plus que la demoiselle en détresse – qu’elle est aussi à l’occasion – c’est une femme du XXIe siècle, instruite et indépendante, mais aussi désireuse de dégoter un compagnon digne d’elle, et pas le sale con qu’on lui impose.

Dans cette adaptation, je suis particulièrement fan de Tars Tarkas, le guerrier des Tharks verts. Je sais, les Tharks sont censés être incapables d’amour et plus portés sur la baston et les coups tordus, mais je m’en fiche. J’ADORE CE TARS TARKAS. C’est en quelque sorte l’adversaire éclairé, qui montre plus de curiosité que d’hostilité à l’égard de Carter lorsqu’il le voit faire ses sauts de cabri pour lui échapper. Il joue un rôle plus important que dans le livre, tout comme Sola. D’ailleurs, dans le film, Tars Tarkas connaît les secrets de cette jeune femme qu’à de diverses occasions, il protège des brimades de la tribu, au risque de se compromettre. Il va jusqu’à couvrir son évasion avec John Carter et Dejah Thoris. Il n’est donc pas seulement l’adversaire sympathique, mais aussi le protecteur.

  • Une histoire sensiblement différente
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Affiche du film John Carter (AllôCiné)

Hormis le fait – notable à l’écran – que les personnages ne sont pas nus (c’est un Disney, après tout!), il y a d’autres variations dans la trame de l’histoire. Si certains éléments demeurent, comme l’intervention du jeune Edgar Rice Burroughs (Daryl Sabara) au début du film, que l’on voit explorer l’étrange collection d’objets archéologiques rassemblée par John Carter qui, apprend-on, a passé les dix dernières années de sa vie à arpenter le monde à la recherche d’un mystérieux artéfact. C’est ainsi que le jeune homme se plonge dans le journal de Carter.

D’autres protagonistes sont ajoutés, les Therns – une sorte de prêtres protéiformes aux crânes rasés et aux robes blanches, dirigés par un certain Matai Shang (Mark Strong – le méchant de Kick-Ass). Ces personnages ne sont pas présents dans le premier volet du cycle de Barsoom et on ne les voit jamais dans Une Princesse de Mars.  C’est d’ailleurs après avoir tué l’un de ces Therns dans la grotte où il se cache, que Carter, en lui prenant son bijou, se retrouve transporté sur Mars. Ce bijou devient un élément de l’histoire à part entière puisque Tars Tarkas s’en emparera comme trophée quand il capturera John Carter. Celui-ci n’aura de cesse de chercher à le récupérer, car il y voit la clé de son retour sur Terre. De plus, on y voit le Prince Zan Than, prétendant malheureux de la belle Dejah Thoris, soutenu par les Therns qui s’emploient à faire échouer les recherches de la belle. C’est en fuyant la perspective de ce mariage qu’elle vole un vaisseau et passe au-dessus du camp Tark où elle est faite prisonnière et gardée par John Carter et Sola. C’est après que la Princesse ait aidé Carter à déchiffrer de vieilles inscriptions dans les ruines d’un temple interdit à la recherche d’une solution pour retourner sur Terre qu’ils sont jetés en prison, d’où Tars Tarkas va les tirer. Les fuyards seront rattrapés après avoir visité l’antique caverne d’Iss, puis séparés pour que l’histoire reprenne son cours comme dans le livre, l’intervention des Therns en plus.

Quant au twist final, ma foi, je ne vous en dirai pas plus, mais il était vraiment pas mal, surprenant, et en même temps celui que les spectateurs attendaient. Il laissait même penser à une suite qui malheureusement, n’a pas été tournée.

  • Conclusion

Comme vous l’avez constaté, le film, assez différent du livre, pourrait presque passer pour une création originale impliquant des personnages littéraires. Je dois même admettre que je préfèrerais presque l’histoire telle que l’a ré-écrite Disney, puisqu’elle aurait paru trop linéaire et un peu trop « macho » si elle avait été suivie à la lettre. Car si cette dimension surannée et kitsch participe du charme du livre, tout comme les nombreuses descriptions anthropologiques des différentes cultures et peuplades de Barsoom qui sont un vrai plaisir à lire. Mais dans un film, cela ne fonctionnerait pas.

Il faut prendre en compte les changements dans notre culture, dans nos goûts: nous sommes plus enclins à aller au cinéma pour en avoir plein les yeux, pour des histoires palpitantes, de l’action, de belles images, des rebondissements qu’on ne trouve pas forcément dans une histoire suivant un schéma classique. Surtout quand certaines sections du livre ne sont qu’une succession de combats gores contre de grosses bêtes martiennes, et de rencontres étranges. C’est intéressant et spectaculaire, mais peut-être pas suffisant pour produire un film hollywoodien et pour s’attacher aux personnages. De plus, les filles et les femmes aiment également les films d’action, et ne sont plus seulement là pour faire office d’épouse et de mère, tout comme les hommes ne sont pas censés être le prototype du mâle alpha comme un héros du XIXe siècle tel que l’est le John Carter du livre. Si vous avez lu des livres de Jules Verne, vous vous êtes aperçu qu’ils ne comptaient que peu de femmes, et que celles-ci, hormis Nadia dans Michel Strogoff, ne sont jamais impliquées dans les aventures des héros. Mais dans certaines adaptations télévisuelles et cinématographiques, des personnages féminins ont été étoffés ou ajoutés comme la veuve du Docteur Göteborg dans Voyage au Centre de la Terre qui accompagne le professeur Lindenbrook, Hans et Alex dans leur périple. De même, dans son Seigneur des Anneaux, Peter Jackson a donné plus d’importance aux personnages féminins, plus combattifs et plus présents, tout comme Stanton l’a fait avec Dejah Thoris et Sola qui se découvre un courage insoupçonné.

johncarter003Et pourtant, ré-adapter l’histoire et les personnages était-il suffisant?… Le film n’est pas fidèle à cent pour cent au livre, et des puristes ont détesté le résultat, dénonçant la dimension trop commerciale de l’adaptation. Le fait est que le film a été un échec, et a reçu des critiques mitigées. En général, je ne m’axe jamais sur les critiques dans mes choix cinématographiques, parce que j’aime bien, de temps en temps, regarder de gros nanars avec mon frère, plutôt que des films qui me paraissent intellos, prétentieux ou surfaits. J’ai entendu John Carter qualifié de nanar – critique que je trouve un peu dur quand on prend en compte la direction artistique de qualité – mais j’ai eu la surprise de lire des critiques positives dans une certaine presse française habituellement réputée pour son exigence intellectuelle, et qui prend un malin plaisir à démonter les productions hollywoodiennes, le qualifiant de divertissement agréable. Et pour ma part, je suis assez d’accord: quand bien même il prend des libertés avec l’histoire originale, il est visuellement plaisant – que ce soit les paysages désertiques de Mars ou ses cités immenses, les créatures vertes comme les Tarks et autres bébêtes étranges… L’histoire est efficace, les personnages attachants et l’interprétation des acteurs plutôt bonne! Pour preuve, quand je l’ai vu, je n’ai pas senti ses deux heures passer! Et même mes grand-parents ont bien accroché!

Mais je pense qu’adapter de la vieille science-fiction est un exercice difficile. Je ne suis pas certaine, par exemple, qu’un film adapté d’un roman de Jules Verne aurait le même impact aujourd’hui que dans les années 1950, car notre monde, nos technologies, ont très vite évolué et ont changé notre vie. Il en est de même du point de vue des connaissances. Cela pourrait expliquer la réception mitigée de John Carter: si l’histoire se passe à la fin du XIXe siècle, et quand bien même l’auteur était très bien informé des connaissances de son temps sur la planète rouge, cela ne semble pas fonctionner. En effet, nous savons maintenant que Mars est bel et bien morte, avec une atmosphère très mince, et surtout FROIDE. Mais à l’époque d’Edgar Rice Burroughs, on avait eu vent de canaux observés par Schiaparelli à la surface de Mars, qui pouvaient laisser penser que des civilisations de bâtisseurs étaient à l’oeuvre sur la planète. Burroughs avait beaucoup lu sur la planète, sur sa faible gravité et sur son atmosphère trop mince.

C’est le même problème avec l’oeuvre de Jules Verne. En revanche, elle a su, de nos jours, inspirer le rétro-futurisme, les uchronies et la mouvance steampunk. Peut-être aurait-il été intéressant de prendre l’histoire de John Carter sous cet angle?… Pour ma part, je ne serais pas si dure dans mon jugement avec John Carter, et j’espère vous avoir donné l’envie d’y voir de plus près, aussi bien avec le livre que le film.

Blanche Mt.-Cl.

Si le coeur vous en dit:

Titre: John Carter
Année de production: 2012
Réalisation: Andrew Stanton
Origine: Etats-Unis
Durée: 2h13
Distribution: Taylor Kitsch, Lynn Collins, Willem Dafoe, Mark Strong, James Purefoy, Ciarán Hinds…