Le retour du loser magnifique – Don Quichotte, tome II (Miguel de Cervantès)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Comment vous portez-vous? Et comment se portent vos lectures depuis ma dernière chronique? De mon côté, le ravissement littéraire se fait de nouveau sentir et vous allez très vite comprendre pourquoi. 😍

Vous souvenez-vous, en mai dernier, d’une magnifique chronique dédiée à l’une des plus grandes œuvres écrites du monde, qui m’a valu beaucoup de rire et de joie? Comment, vous n’avez jamais lu mon article dédié à Don Quichotte de Cervantès?…

Si tel n’est pas le cas, malandrins, je vous invite à y jeter prestement un œil, et même les deux, ajouterait Sancho, avant de lire ce qui suit. Car j’ai tout récemment achevé une lecture aussi fabuleuse que rocambolesque, à savoir la suite des aventures du naïf écuyer et de son maître sévèrement siphonné… Nous repartons maintenant dans la Manche, où Don Quichotte et Sancho Panza n’ont décidément pas dit leur dernier mot! Continuer la lecture de Le retour du loser magnifique – Don Quichotte, tome II (Miguel de Cervantès)

« Le cupcake ne sera à personne! » – Prime Time (Jay Martel)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

51snlxx-ymlMe revoici avec – enfin! – une vraie chronique livre sur le blog, et pas un petit appât pour vous faire patienter en attendant autre chose! Cela  me manquait un brin, les p’tits loups. Mais miracle, j’ai réussi pour la première fois depuis un moment à finir un roman en moins de deux semaine! Youhouh!

Je l’avais mentionné dans quelques bilans et divers posts, mais le voilà: j’ai achevé ce week-end la lecture de Prime Time de Jay Martel, un opus parodique de science-fiction dont la couverture au design vintage m’avait au moins autant attirée que son résumé. Je l’avais dégoté par hasard lors d’un petit tour à l’espace culturel non-loin de chez mes parents, alors que je recherchais quelque divertissement…

Et je peux vous dire que j’ai été grandement servie avec cet ouvrage! Je vous embarque tout de suite pour un voyage rocambolesque avec un scénariste raté et une belle extraterrestre…

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Leprechauns venus de l’espace – Martiens, go home! (Fredric Brown)

« Quelle piaule minable! Est-ce que tous les Terriens vivent là-dedans ou est-ce que c’est ce qu’on appelle un taudis? Et ce mobilier… Par Argeth, c’est d’un miteux! »
Fredric Brown, Martiens, go home!

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

51QCJf+KjSL._SX300_BO1,204,203,200_Je reviens aujourd’hui avec un peu de sang neuf dans mes chroniques. En effet, je prévoyais de terminer le recueil Le Mythe de Cthulhu, mais ces derniers jours j’ai eu beaucoup de mal à poursuivre ces récits (en fait, je m’attendais à autre chose en commençant Lovecraft, et à part le premier récit du recueil consacré à Cthulhu, eh bien j’ai un peu de mal à accrocher!), j’ai voulu souffler avec quelque chose de léger.

Aussi ce vendredi, quand je suis sortie à l’espace culturel du coin à la rechercher d’un ouvrage court et efficace, je suis tombée sur un présentoir dédié à la collection Folio SF, et là… Martiens, go home! m’a tout de suite interpelée. Le titre, déjà, qui sonnait film américain de la Guerre Froide, m’a attirée, et le résumé m’a convaincue. Et puis, avec la Mission ExoMars qui décolle aujourd’hui depuis Baïkonour, c’est le jour idéal pour évoquer la Planète Rouge! (N.B. La transmission commence à 10h, heure de Paris, sur le site du CNES, entre autres!)

Préparez-vous à une rencontre du troisième type avec des envahisseurs que vous n’attendiez pas!

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Alunissage psychédélique – Moonwalkers (Antoine Bardou-Jacquet, 2015)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Affiche du film, pour vous mettre dans l’ambiance… Source: Wikipedia

Je reviens aujourd’hui avec une chronique un peu exceptionnelle, parce que d’une part, je vous présente l’article ciné avant celui dédié au livre, et d’autre parce parce que le film que je vais vous présenter aujourd’hui n’est ni un film fantastique, ni un film d’horreur, ni un film de S.F. à proprement parler. Mais je le traite ici car il traite indirectement le thème de la science-fiction, sous l’angle de la comédie.

Il s’agit de Moonwalkers, « basé sur une théorie du complot réelle » (based on a true conspiracy theory) réalisé par Antoine Bardou-Jacquet, avec Ron Pearlman et Rupert Grint dans les rôles principaux, sorti récemment en salles.

J’ai pu le voir grâce à mon frère qui connaît mon intérêt pour l’histoire de la conquête spatiale et du programme Apollo, et qui pensait que le sujet du film, ainsi que son casting, pourrait me plaire. C’est donc en famille que j’ai visionné cette comédie spatiale déjantée, sur fond de complot, d’espionnage et de rock psychédélique.

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SEMAINE THÉMATIQUE: FRANKENSTEIN – Pastiche d’un classique avec « Frankenstein Junior » (Mel Brooks, 1974)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Affiche du film – Source: Wikipedia

Je reviens terminer cette semaine thématique dédiée à Frankenstein avec une chronique express. Si j’ai évoqué le roman ainsi que deux adaptations notables, j’aimerais revenir avec vous sur une comédie largement inspirée de l’oeuvre de Mary Shelley ainsi que des vieux classiques de l’horreur.

Vous connaissez très probablement Mel Brooks, en particulier pour des comédies loufoques comme La Folle histoire de l’espace, Sacré Robin des Bois ou encore Dracula, mort et heureux de l’être. Eh bien sachez que j’ai fait la découverte il y a quelques années, par l’un de mes oncles qui avait ramené le DVD en vacances pour nous le montrer, Frankenstein Junior. Succès critique d’après une idée originale de l’acteur Gene Wilder qui participe à l’écriture du scénario et interprète le rôle titre, cette comédie est en son temps un véritable succès couronné de plusieurs récompense.

Vous êtes curieux de ce que peut donner une comédie sur un tel sujet?… Suivez-moi et bouclez vos ceinture, car ce n’est pas triste!

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Quand la Turquie parodie les classiques S.F. – « G.O.R.A. – A Space Movie » (Ömer Faruk Sorak)

Titre: G.O.R.A. – A Space Movie (G.O.R.A. – Bir Uzay Filmi)
Année de production: 2004
Réalisation: Ömer Faruk Sorak
Origine: Turquie
Durée: 2h05
Distribution: Cem Yılmaz, Özge Özberk, Rasim Öztekin, Özkan Uğur, Ozan Güven…

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche, attention, attention…

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Affiche de G.O.R.A. – Source: Imdb.com

Le film que je vais vous présenter ici n’est pas pour les petits joueurs. En effet, il nécessite des conditions spéciales de visionnage, avec quelques neurones au repos, une bonne bande de potes ou de frangins, le saladier de M&M’s et le pack de bière. Si vous cherchez de quoi passer une soirée philosophique et vous égarer dans les hautes sphères de la pensée… alors G.O.R.A. n’est pas fait pour vous. À la base, mes parents l’avaient vu sur le câble un soir, et nous avaient conseillé, morts de rire, à mon frère et à moi-même, d’en regarder une rediff’.

Comme vous l’avez sans doute déjà vu avec Iron Sky, j’aime parfois à regarder des films à l’humour pas très fin et au mauvais goût assumé pour me détendre (au passage, vous avez regardé les Sharknado sur SyFy?… Leur bêtise confine presque au génie!). Et sauf cas exceptionnel, je n’écrirais pas sur quelque chose que je n’aime pas.

Bref, laissez-moi vous présenter, si cette introduction ne vous a pas refroidis, une curiosité cinématographique qui ne m’a pas, et vous embarquer sur un vaisseau spatial vers les confins de la galaxie…

  • Un marchand de tapis dans le cosmos

Arif (Cem Yılmaz) est une grande gueule à la petite moustache, qui porte des chemises fantaisistes, un escroc à la petite semaine tour à tour marchand de tapis, guide touristique et bricoleur de fausses photos d’OVNIs. Un beau jour, il se fait enlever par des extraterrestres et se retrouve, en compagnie d’hommes des quatre coins de la planète, à bord d’un immense vaisseau spatial à l’équipage turcophone (!) en route vers la planète GORA, commandé par le « méchant » commandant Logar (interprété lui aussi par Cem Yılmaz).

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Parce qu’Arif, c’est aussi une classe et un style inimitables… – Source: Kino.de

Une fois arrivé à destination, Arif ne se départ pas de sa décontraction habituelle et sympathiqe avec d’autres esclaves, ainsi qu’avec un adorable androïde gay, 216 (Ozan Güven). Mais ses aventures ne font que commencer, quand un météore approche la planète et menace de tout détruire. Logar, décidément diabolique et machiavélique, profite de la panique pour faire chanter le maître de GORA, Tocha: il lui demande sa fille, la belle princesse Ceku (Özge Özberk), en mariage s’il réussit à sauver leur planète de la destruction. Tout cela dans le but d’accéder au pouvoir suprême. Mais après son échec à arrêter le météore, c’est par l’intervention d’Arif qui embrasse Ceku au milieu d’un cercle de pierres sacrées (ça ne vous rappelle pas un film de Luc Besson avec Bruce Willis?), que le danger est écarté. Notre sympathique escroc est, malgré sa prouesse, condamné à mort à cause du chantage exercé par Logar sur Tocha, qui lui promet la main de sa fille.

Mais la jeune femme ne l’entend pas de cette oreille et décide de fuir avec Arif et 216. Durant leur cavale, ils découvriront en eux une force et un courage qui devrait leur permettre de renverser Logar…

  • Un gros succès
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Ceku, Arif et un autre personnage, Bob Marley Faruk, en cavale – Source: Kino.de

Il est assez difficile de trouver des informations sur ce film si vous ne lisez pas le turc ou l’allemand – et encore… Je vais donc rester assez concise. G.O.R.A. – A Space Movie a été réalisé par  Ömer Faruk Sorak, qui est aussi l’auteur de plusieurs comédies. Superproduction sortie en 2004, il a été un très grand succès au box-office et est même sorti en Allemagne où vit une importante communauté turque. C’est bien sûr un cas exceptionnel en Europe de l’Ouest, où, outre nos propres productions, nous diffusons comédies et blockbusters américains, et où la connaissance du cinéma turc ou moyen-oriental se cantonne aux films d’auteurs – donc beaucoup plus intellectuels comme des documentaires, des critiques de la société et certainement pas des comédies ou de la science-fiction.

J’ajouterais qu’au vu des quelques extraits de cinéma fantastique turcs des années 70 et 80 que j’ai vus dans Escale à Nanarland (je ne suis pas du tout une grande connaisseuse de cinéma turc, je le reconnais), il n’est pas étonnant que la mayonnaise n’ait pas pris avec le public occidental, habitués aux gros budgets et à des effets spéciaux plus élaborés. En même temps, il est très possible que cela soit dû aux différences culturels et que nous ne comprenions pas certaines références ou traits d’esprit que seuls nos amis turcs peuvent saisir et apprécier.

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216, le confident de la princesse Ceku – Source: Kino.de

Mais selon plusieurs critiques, G.O.R.A.  permis de réintroduire les films de genre turcs sur le marché international. L’une des raisons de ce succès à l’étranger peut s’expliquer par des références à la culture populaire et à de gros succès de la science-fiction comme Star Wars, La Folle Histoire de l’Espace, Matrix (d’ailleurs, j’adore la façon dont Arif allume sa cigarette « à la Néo ») ou encore Le Cinquième Elément. Il permet donc au public occidental de s’y retrouver. Sans compter que les effets spéciaux sont plutôt beaux, le design et l’ambiance visuelle du monde de GORA plutôt recherchés et la direction artistique de qualité. Même si le reste du film nous paraît pour le moins… « exotique ».

  • Schémas narratifs et clichés

Outre ses effets spéciaux et ses références, G.O.R.A. reprend également des schémas narratifs présents dans des films qui « marchent », allant à l’essentiel. On y retrouve donc des thèmes comme l’escroc sympathique – ou plutôt le combinard – qui devient un héros à l’image de Han Solo dans Star Wars, le méchant directement reconnaissable à sa tenue sombre et à ses rires machiavéliques quand il médite un plan diabolique avec son assistant, la belle princesse courageuse et déterminée… Et naturellement, tout se termine bien.

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Le méchant Logar avec son assistant personnel (et amant), entouré de leurs gardes du corps – Source: Kino.de

Outre cette construction efficace émaillée de scènes parodiant des films cultes, les personnages sont aussi de vrais clichés, voire des caricatures, qui facilitent encore la lecture de l’histoire, mais qui prêtent plus à sourire qu’autre chose. Arif, le héros, est quand même marchand de tapis – un peu le cliché du Turc en Europe de l’Ouest, soyons honnêtes – et tente d’escroquer son entourage, mais il nous est quand même sympathique, avec cette décontraction et cette légère provocation qui ne le quitte jamais. Je disais que l’évolution de son personnage rappelle un peu celle de Han Solo, mais Arif incarne aussi ce que certains aiment à appeler le « bon sens populaire »: son côté escroc le rend débrouillard, et il est le seul à qui le spectateur puisse vraiment s’identifier, c’est l’homme ordinaire qui ne fait que réagir à des circonstances extraordinaire, prenant les choses avec calme. De même, on a Logar, l’archétype du méchant, tout de noir vêtu (vous avez noté que les méchants, depuis quelques années, on toujours des looks de « métalleux » un peu comme les Wraiths de Stargate: Atlantis? Je proteste!), qui fait le mal pour le plaisir et soigne ses entrées, les acolytes faire-valoir comme l’assistant de Logar ou encore 216 – une sorte de C3PO maquillé comme l’homme de Fer-Blanc du Magicien d’Oz, qui sont là pour servir de ressorts comiques, ou encore le « vieux sage », Garavel (Özkan Uğur – présent dans la seconde partie du film, quand Arif et Ceku partent en cavale), une sorte de mentor à la maître Yoda ou Morpheus qui enseigne aux héros à se battre. Ce sont finalement ces clichés qui nous amusent, d’autant plus que le scénario les a un peu « épicés » de quelques excentricités (auriez-vous imaginé un personnage nommé « Bob Marley Faruk »?).

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216, Bob Marley Faruk et Arif suivant les enseignements de Garavel – Source: Kino.de

J’imagine que certains n’apprécieraient pas franchement cette dimension du film, mais pour ma part, cela contribue à son impact: en effet, je ne pense pas que cela soit une carence, mais qu’au contraire, cela a été prévu dès le début. N’oublions pas qu’on est dans le registre de la comédie, et que le plus simple est encore d’utiliser des archétypes que tous vont reconnaître.

  • Conclusion

Plus qu’une simple parodie, G.O.R.A. – A Space Movie est un divertissement peu ordinaire, avec des acteurs qui visiblement s’en donnent à coeur joie, et qui  s’il les utilise et les détourne de façon plutôt jouissive, change des standards hollywoodiens. Certes, il ne révolutionne en rien le genre (comme la plupart des films que je présente ici, d’ailleurs), mais il a le mérite d’être différent de ce que nous avons l’habitude de voir. Je pense qu’il est à visionner au moins une fois, par curiosité, et pour passer un bon moment. Ainsi  G.O.R.A., malgré la simplicité de son scénario et quelques poncifs de bon aloi, se révèle être une bonne surprise, avec ses décors colorés. Il y a fort probablement des subtilités – si j’ose dire – que je n’ai pas saisies, et je ne prétends pas en faire un film intello, mais je pense que la comédie et la science-fiction ne sont pas les seuls enjeux de ce film: plusieurs fois, les personnages font allusion aux difficultés de l’industrie du cinéma turque face aux productions hollywoodiennes. Cela sonne donc, quand on connaît le succès de ce film, une petite revanche sur la toute-puissance d’Hollywood. Et pour une fois dans l’univers de la science-fiction, la galaxie parle turc et non anglais!

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Que de chemin parcouru pour Arif depuis ses chemises chatoyantes… – Source: Imdb.com

Toujours dans cet esprit, G.O.R.A. est particulièrement rafraichissant quand on le compare à certaines productions américaines au caractère assez manichéen, avec des personnages physiquement et moralement parfaits, aux scénars prévisibles et débordants de bons sentiments qui se prennent un peu trop au sérieux.(Ceci dit, j’aime le cinéma américain – mes parents m’ont élevée avec les films d’action avec Schwarzie en vedette… c’est juste que je préfère quand ce genre de film, grosse production d’action ou de SF ne se prennent pas trop au sérieux!).

Enfin, si vous avez envie deux heures à tuer avec de bons potes (avec qui on peut rire de tout, j’entends!), j’espère vous avoir donné envie d’y regarder de plus près. Pas sûre que vous adhériez, c’est comme toujours avec ce genre de films, ou on aime, ou on déteste, mais pour vous faire une idée… Moi je dis que ce réalisateur quand même été gonflé, il a OSÉ et … moi, j’ose dire que je me suis bidonnée!

Je vous souhaite donc de passer un aussi agréable moment que moi!

Bonne journée!

Blanche Mt.-Cl.

 

Des Morts-Vivants chez Jane Austen – « Orgueil et Préjugés et Zombies », Seth Grahame-Smith

Très chers lecteurs de ce blog,

Pour commencer cette semaine en beauté, je continue de surfer sur la vague « loufoque » initiée avec ma critique d’Iron Sky

Je vous propose une lecture pour le moins rigolote… puisau’il s’agit d’une ré-écriture, entre le parodique et le fantastique, du chef d’oeuvre de Jane Austen Orgueil et Préjugés, ré-écrit par Seth Grahame-Smith, à qui l’on doit aussi Abraham Lincoln – Chasseur de Vampires (je ne l’ai pas lu, et j’avoue avoir eu du mal à regarder le film, perturbée par une ressemblance troublante entre l’interprète principal et Gaspard Proust). Je vous emmène donc dans une Angleterre fin XVIIIe, dévastée par des hordes de zombies…

  •  Les Benett et Darcy, pourfendeurs de macchabées mangeurs de cervelle

De quoi s’agit-il? Certains d’entre vous, ont peut-être goûté les classiques de la littérature anglaise à un moment ou à un autre. Outre Oscar Wilde, Charles Dickens ou encore William Makepeace (vous parlez d’un nom!) Thackeray, vous n’avez pu éviter l’oeuvre de Jane Austen, abondamment adaptée pour la télévision (on retiendra la scène de la chemise mouillée plaquée au corps de Darcy, interprété par le jeune Colin Firth pour la BBC en 1995) ou le cinéma, avec divers degrés de réussite.

Tout d’abord, retour obligé sur Orgueil et Préjugé. Ce roman psychologique, social et aussi sentimental, retrace l’histoire des filles Bennett, que la mère cherche à bien marier car elles ne peuvent hériter le domaine de Netherfield, près bourg campagnard de Meryton, et risquent de se retrouver sans rien si leur père, le caustique Monsieur Bennett, venait à mourir. Nous suivons principalement les pérégrinations des deux aînées, la douce et belle Jane, et la très spirituelle et charmante Elizabeth dite Lizzie. Leur routine vole en éclats lorsqu’un jeune gentleman, Monsieur Bingley, affable et enthousiaste de tout, vient s’installer dans un manoir voisin, et apparaît lors d’un bal de campagne, flanqué de ses soeurs et de son très sombre et arrogant ami, Monsieur Darcy. Si Bingley et Jane se plaisent instantanément, Darcy et Elizabeth font forte impression l’un sur l’autre. Mais pas une impression des plus agréables, et ils passeront tout une partie du roman à se provoquer mutuellement et à se lancer de véritables horreurs à la figure, alimentées par leur orgueil et les préjugés quant à la classe sociale de l’autre. Cependant les affaires de Jane et Lizzie seront contrariées par les interventions répétées des soeurs Bingley prêtes à tout pour les éloigner de leur frère, et par l’arrivée inopinée de Monsieur Collins, leur cousin, révérend de son état, qui décide d’épouser l’une des filles Bennett…

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Couverture de l’édition poche

Eh bien le fil conducteur d’Orgueil et Préjugées et Zombies est sensiblement le même – à savoir les romances des deux soeurs, contrariées par les familles de leurs soupirants respectifs et par la leur – il faut dire que leur mère est très mal élevée! A ceci près que l’Angleterre connaît un étrange fléau: une maladie transformant les Britanniques en zombies, transmissible par morsure, sévit et les « Innommables », comme on les appelle, arpentent les routes. Dans toutes les familles un peu aisées, dont les Benett, les demeures comprennent un dojo pour s’entraîner aux arts guerriers, et les enfants, filles comme garçons, sont envoyés en Asie pour étudier les Arts guerriers auprès de maîtres orientaux. Alors que dans les salons on débat de la meilleure façon de se débarrasser des zombies ou des mérites des maitres japonais et chinois, et qu’on ne sort pas sans un bon pistolet ou un sabre, les filles Bennett sont réputées être les meilleures combattantes de morts-vivants du pays. Leur père a veillé à leur éducation, mais malheureusement, celles-ci ne pouvant hériter de sa demeure à sa mort, elles doivent faire de bons mariages pour se mettre à l’abri du besoin – quand bien même Lizzie songe à offrir ses services de guerrière contre rémunération.

Les choses se corsent quand arrivent Charles Bingley, piètre combattant adepte du « vivre-ensemble » avec les zombies, et son ami Fitzwilliam Darcy, qui lui, pourfend avec adresse le moindre mangeur de cervelle avec ses katanas. Charles et Jane se plaisent, mais si Lizzie et Fitzwilliam ne s’aiment pas, ils doivent faire contre mauvaise fortune bon coeur et combattre côte à côte quand les morts-vivants s’introduisent dans les maisons et perturbent les bals de Meryton et Longwood… Et Lizzie se voit bien obligée, si elle n’apprécie que moyennement la mollesse de Bingley, de reconnaître les talents et la valeur de Darcy au combat…

  • Détails amusants

Ce contexte particulier crée quelques détails incongrus dans l’histoire, qui prêtent à sourire.

Pas un trajet entre Netherfield et Meryton sans une bonne petite attaque zombie. Quoi de tel qu’un petit bain de sang avant l’heure du thé après tout? Nous voyons dans ce livre des gentlemen gentiment guindés qui sans état d’âme réduisent en bouillie le moindre zombie importun, tout comme de jeunes femmes que l’on imagine délicates se mettre en formation de combat et découper en rondelles leurs adversaires. Il n’en reste pas moins que Miss Lizzie Bennett est une brute épaisse, qui a un sens de l’honneur bien particulier et qui rêve plus d’une fois de trancher la gorge de Darcy… Tant est si bien que la mythique scène de mariage devient un véritable pugilat au cours de laquelle le très cher Darcy manque de se casser le nez sur le manteau d’une cheminée en marbre! Quant aux personnages, ils ont des hobbies particuliers – comme la tante de Darcy, Lady Catherine de Bourgh qui essaie de mettre au point un sérum anti-zombie et qui, grosse dondon anglaise, excelle dans les arts guerriers et défie régulièrement Lizzie. Quant à la meilleure amie de Lizzie, Charlotte, celle-ci a une raison bien particulière de vouloir épouser Collins et quitter Meryton… Il est également marrant de s’imaginer les grandes demeures de Darcy et de sa famille décorées à la japonaise.

Mais cela, c’est à découvrir dans le livre…

  • Conclusion

Ainsi, Orgueil et Préjugés et Zombie est une petite lecture assez sympathique et divertissante, à défaut d’être surprenante, à la fois pour les amateurs de Jane Austen – peut-être même un peu décevant pour ceux qui connaissent l’oeuvre originale. Pour ma part, je n’ai pas le temps de lire autant que je le voudrais, et j’ai parfois besoin, pour décompresser, de petites bêtises de ce genre qui se lisent vite, pour ne pas perdre la main. En revanche, si vous alignez les lectures, je vous conseille cet ouvrage pour une transition légère entre deux lectures plus consistantes (pour ma part, j’ai entamé Les Contes de Crimes peu après). Vous passerez un bon moment, et certains passages incongrus dignes de films de sabre japonais, vous feront très certainement sourire.

La seule chose qui me chagrine réellement, c’est cette impression que l’effort d’imagination n’a pas été assez poussé, et que les zombies et les arts martiaux ne sont qu’en arrière-plan, un simple prétexte pour ré-écrire un classique au demeurant excellent à la base. Pour preuve: l’histoire a été reprise telle quelle, reproduisant des passages entiers du livre original ou des dialogues entiers de la série BBC de 1995… Or si l’humour est au rendez-vous et sicertains twists sont amusants (je ne vais pas vous spoiler les aventures de Collins avec son épouse « infectée »…), j’aurais préféré que cela affecte un peu plus l’histoire – un peu à la manière de l’arrivée d’Amanda Price, Londonienne du XXIe siècle, dans l’univers de son roman préféré, qui chamboule complètement les destinées de Jane, Lizzie et autres dans la mini-série Orgueil et Quiproquos. Je regrette donc le manque de surprise de cet ouvrage, que j’aurais aimé traité avec plus de noirceur, peut-être. Quand bien même il est plaisant à lire, ce ne sera pas forcément un must dans votre bibliothèque.

Titre: Orgueil et Préjugés et Zombies

Auteur: Seth Grahame-Smith

Editions: Pocket

Collection: Pocket Science-Fiction

348 p.

Parution: Janvier 2014 (Pour l’édition poche)

Prix: 7,70 €