Entre humour noir et mauvais goût assumé – « Iron Sky » (2012)

Titre: Iron Sky
Année de production: 2012
Réalisation: Timo Vuorensola
Origine: Finlande, Allemagne, Australie
Durée: 1h29
Distribution: Julia Dietze, Götz Otto, Christopher Kirby…

Très chers lecteurs,

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Affiche – Source: Allociné.fr

Ma chronique cinéma de cette semaine, a pour objet un film pour le moins curieux que m’a fait découvrir mon frère il y a environ deux ans, quand je suis rentrée d’Angleterre. Il est vrai que l’un de nos hobbies, quand nous sommes ensemble, consiste à regarder toute sorte de films, du péplum au film de SF en passant parfois par de gros nanars. Ainsi, connaissant mon intérêt pour l’histoire germanique et mon sens de l’humour très sombre, il m’a un soir proposé de regarder Iron Sky, une sorte de comédie d’anticipation où les Nazis revenaient de la Lune pour prendre leur revanche et régner sur le monde…

Avez-vous entendu parler de ces théories fumeuses selon lesquelles les dirigeants nazis, au lieu d’avoir été anéantis à la fin de la Seconde Guerre mondiale, n’avaient que disparu pour préparer en secret leur revanche sur le monde?… En vérité, je me renseigne régulièrement sur les théories du complot, histoire d’avoir matière à des écrits de SF, ou seulement pour me détendre les neurones (quoique j’aime assez celle du « facteur exogène »). N’en déduisez pas que je méprise les « complotistes » – il faut bien que les gens se posent des questions, et j’admire assez ceux qui vont jusqu’au bout pour y répondre. Ceci dit, vous avez peut-être eu vent des « secrets » nazis.

J’ai beaucoup lu dessus pendant que je faisais des recherches pour mon roman: selon « certaines sources », les Nazis auraient ainsi créé des sortes soucoupes volantes, autopropulsées et émettant des lumières colorées, qu’ils auraient cachées dans une base secrète en Antarctique… Un peu flippant quand on y pense. Mais imaginez qu’ils aient pu s’en servir pour partir sur la Lune et y installer une base secrète, où leur communauté aurait pu s’épanouir et leur idéologie se radicaliser davantage (si c’est encore possible!), et puiser leur énergie dans l’Hélium 3 présent sur l’astre… en attendant leur grand retour sur Terre. C’est le postulat sur lequel repose Iron Sky, la comédie de science-fiction finlandaise réalisée par Timo Vuorensola en 2012.

  • Le pitch

Tout commence en 2018, quand une expédition est envoyée sur la lune, pour sonder le sol à la recherche de gisements d’hélium 3 (il s’agit d’un isotope, d’une « variante » instable de l’hélium, qui pourrait effectivement devenir une source d’énergie si nous décidions d’exploiter le sol lunaire). Mais tout ne va pas comme prévu, quand l’équipe est décimée pour avoir approché de trop près une étrange base en forme de svastika géant. Le seul survivant du groupe, James Washington (Christopher Kirby), fait face à toute une cité de Nazis avec un calme admirable… Un calme d’autant plus étonnant que Washington est afro-américain – déjà moi, avec tronche qui ne trahit ABSOLUMENT RIEN de mes origines allemandes, je n’aimerais pas rencontrer des Nazis, mais j’ose à peine imaginer si j’avais un teint d’ébène! Bref. James essaie de s’échapper, pourchassé par une troupe menée par un officier très blond du nom de Klaus Adler (Götz Otto). Mais il est sauvé de justesse d’une évasion périlleuse et sans espoir de survie par la jeune et jolie Renate Richter (Julia Dietze), une idéaliste élevée dans le « dogme » nazi, qui enseigne l’idéologie aux enfants de la colonie. C’est également une spécialiste de la Terre, et James Washington, qui en vient, la fascine. Elle l’emmène à son père, le Docteur Richter (Tilo Brückner), et le soumet aux étranges lubies du savant. Celui-ci découvre avec enthousiasme le téléphone portable de Washington, une technologie qui manque au Quatrième Reich – à savoir la cybernétique – pour permettre l’envol du vaisseau de guerre le Götterdämmerung (« Le Crépuscule des dieux », comme l’opéra de Wagner). Mais le pire reste à venir: il teste sur le pauvre astronaute un traitement censé le rendre… blanc et blond.

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Renate Richter, James Washington (après « traitement ») et Klaus Adler de retour sur Terre – Source: Allôciné.fr

Un problème survient cependant: quand Richter présente le mobile de Washington au Führer en exercice Wolfgang Kortzfleisch (Udo Kier), la batterie se décharge, ce qui retarde encore le lancement du Götterdämmerung et l’invasion de la Terre. Des mesures draconiennes sont alors prises. Le gouvernement nazi décide d’envoyer sur Terre, Klaus Adler – destiné à épouser Renate et rêvant en secret de devenir le nouveau Fürhrer – pour collecter des batteries de Smartphone (!). Il se dirige alors vers la Terre avec Washington, censé le guider une fois arrivés, dans une vieille soucoupe volante. Renate se joint clandestinement au voyage. Quant à Adler, il voudrait que Washington, choisi personnellement par la Présidente des Etats-Unis pour aller sur la Lune, la lui présente. Mais le pauvre astronaute, dévasté lorsqu’il réalise qu’il est devenu blanc et blond, prend la fuite. Ce qui n’empêche pas les deux Nazis de la Lune de joindre la Présidente (Stephanie Paul) par le biais de sa responsable comm’, Vivian Wagner (Peta Sergeant). Adler décide alors de se faire un allié des Etats-Unis, en offrant son aide pour faire ré-élire la présidente, pour assassiner le Führer lors de sa prochaine visite sur Terre et devenir le leader sur la Lune.

Quant à Renate, elle finit par retrouver James Washington, devenu SDF. Les convictions de la jeune femme, déjà ébranlées par un visionnage du Dictateur de Chaplin, vacillent quand elle tombe en pleine rue sur un groupe de néo-Nazis… Elle se lie d’amitié avec Washington, et commence alors une véritable course pour sauver le monde de la destruction…

  • L’humour

Lorsque j’ai visionné Iron Sky, je ne m’attendais pas, et je ne voulais surtout pas voir un film « intello ». Je savais qu’il s’agissait avant tout d’une comédie sur un sujet très, très sombre. La question est donc: peut-on rire de tout? Personnellement, je pense que oui, mais pas avec tout le monde. Donc, un film à prendre avec précaution et à ne pas regarder avec tout le monde, tant certains ressorts comiques reposent sur de véritables clichés. Quelques exemples: James Washington nous est dépeint comme l’Afro-Américain décontracté et empreint de « cool-attitude » qui ne se démonte jamais quelle que soit la situation, Renate est une jeune idéaliste naïve qui croit dure comme fer que le nazisme est une idéologie de paix et d’amour (après tout peut-être, si on ne reste qu’entre blondinets et que l’on peut prouver une ascendance germanique sur plusieurs générations), Klaus Adler un fanatique, le Docteur Richter un fêlé en puissance qui met son savoir au service d’une cause discutable. Quant à la Présidente, c’est un quasi-sosie de Sarah Palin, une caricature de républicaine partisane de la libre circulation des armes à feux, avec son bureau envahi par des bestioles empaillées qu’elle a zigouillées pendant des parties de chasse, et son assistante Vivian Wagner est juste un cliché de salope carriériste en tailleur moulant. Il faut dire que les femmes sont particulièrement insupportables, et qu’il n’y a pas de juste milieu entre une oie blanche comme l’est Renate et une poufiasse comme la Wagner.

Bref, hormis Washington, finalement assez sympa du fait qu’il se trouve pris dans cette histoire alors qu’il n’a rien demandé, ils sont tous assez ridicules. Leurs motivations sont grandioses mais la façon dont ils les mettent en oeuvre sont pathétiques – franchement, récolter des batteries de portable! Finalement, on se moque plus de ces archétypes en eux-même et de leur caractère prévisible que du reste. Pour peu que l’on soit capable de second degré – ce n’est pas le cas de tout le monde, je connais des personnes qui pourraient trouver ce film carrément immonde et offensant – on peut s’amuser des situations absurdes dans lesquelles se mettent les personnages, et des proportions que prend la farce à l’échelle mondiale. Ce n’est donc pas un film d’une finesse extrême, les insultes et les gros mots pleuvent, les bagarres qui tournent de manière inattendue, et même un des personnages qui aura une mort stupide à souhait.

Mais ce qui prête vraiment à sourire, ce sont les « références » culturelles. Pour ma part, je ne suis pas sûre que je me serais autant amusée si je n’avais pas, en plus d’un humour parfois douteux, un solide background de germaniste et une bonne connaissance de l’histoire germanique. Cela m’a probablement aidée à faire preuve de second degré et d’avoir un recul que d’autres spectateurs n’auraient pas forcément. Ce qui est dommage, car l’histoire recèle un réel potientiel.

  •  Des questions pertinentes
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Vaisseaux de guerre au design rappelant des Zeppelins se dirigeant vers la Terre – Source: Allôciné.fr

En effet, tout n’est pas à jeter au milieu de ce fouillis. Quand bien même vous ne seriez pas friand de théories de complot, il était intéressant de partir sur les bases d’un repli des Nazis pour débuter une bonne histoire de science-fiction. Il n’est par ailleurs pas si insensé que cela d’imaginer qu’ils auraient pu se retrancher dans l’espace, puisque comme je le disais dans le post consacré à la BD uchronique Space Reich, les programmes spatiaux des années 1950 et 60 découlent directement des travaux de pionniers de la balistique allemands tels Wernher von Braun. Certains historiens des sciences et techniques, versés dans les réflexions uchroniques, s’accordent à dire que les Allemands auraient sans doute été les premiers sur la Lune s’ils avaient gagné la guerre… Ces théories ont donc un très grand potentiel en termes d’uchronie.

Et puis si nous aimons la SF, c’est parce que nous aimons aussi nous faire peur. Avouez! Elle nous met en garde en dépeignant le plus souvent des futurs effrayants – alors pourquoi pas le retour des Nazis? De plus, on pourrait être curieux de voir quelle réaction auraient les chefs d’Etat vis-à-vis de cela…

Partir dans les méandres de la communication politique était une pure bonne idée, puisque le spectateur contemporain peut s’y retrouver. A notre époque où médias et médias sociaux sont omniprésents, nous vivons déjà un peu dans Iron Sky. Nous faisons tous les jours l’expérience de la dictature de l’image et du paraître, du matraquage médiatique permanent,. Quant aux dirigeants d’états démocratiques, ils mettent le paquet pour communiquer et tenter de nous rallier à leurs vues – avec succès ou non, avec plus ou moins de ridicule que les Etats totalitaires, cela est une autre histoire. Nous voyons sans arrêt des présidents et des ministres condamner l’action de tel ou tel dictateur dans un pays lointain, ce qui ne les empêche pas d’accueillir en grande pompe lesdits « monstres », de s’exhiber fièrement avec eux lors de la signature d’un accord ou d’un contrat juteux, ou de leur vendre des armes. Donc… sans vouloir faire trop de politique, force nous est de constater, que nous entendons en permanence un double discours. Qu’en serait-il s’il y avait sur Terre si apparaissait un pouvoir aussi inquiétant que celui des Nazis (n’oublions pas que quand Hitler a commencé à ré-armer la Ruhr, puis à réclamer des territoires, nul chef d’Etat européen n’a, à cette époque, bougé le petit doigt!) avec des moyens colossaux pour se faire entendre? Nos dirigeants seraient-ils assez burnés pour les envoyer paître en face, ou se rallieraient-ils par intérêt comme la Présidente, avec les terribles conséquences que cela implique? Bien que nous n’ayons pas affaire à un film d’auteur ou à une oeuvre de reflexion, il n’en reste pas moins que la question mérite tout de même d’être posée.

Par ailleurs, nous voyons se jouer dans Iron Sky une énorme farce à échelle mondiale, quand les Nations Unies s’entredéchirent et se disputent le monopole de l’exploitation de l’hélium 3 sur la Lune une fois le projet d’invasion nazie sur la Terre éventé. Finalement, alors qu’ils devraient faire front uni face à une terrible menace, ils ne pensent chacun qu’à leurs propres intérêts. Constat amer et sans appel, quand on sait par exemple que dans le monde réel, à l’heure du réchauffement climatique qui nous concerne tous, certains Etats refusent de limiter leurs émissions de gaz à effet de serre, arguant que cela freinerait leur développement et en jetant à la figure des autres qu’ils souhaitent ainsi les garder dans une position subalterne sur la scène internationale. Donc là encore, le film met en lumière une certaine hypocrisie de ceux qui ont le pouvoir et la bassesse humaine, sur fond de guerre pour les matériaux rares.

Sachant cela, mon jugement sur la « bêtise » du film est plus nuancé. D’autant plus qu’il a un autre atout: son atmosphère.

  • L’esthétique
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L’atmosphère confinée du laboratoire de Richter sur la Lune – Source: Allôciné.fr

S’il est une chose que j’ai appréciée dans Iron Sky, c’est son esthétique, son ambiance. L’atmosphère confinée et sombre de cette base lunaire qui, vue du bord du cratère où Washington et son équipe la découvrent, a la forme d’un svastika géant, m’a carrément emballée tant elle pouvait faire froid dans le dos. Il semble que tous les efforts des metteurs et scènes et décorateurs aient été faits pour donner à l’ensemble un air « germanique » et « dictatorial ». Il n’y a qu’à voir les uniformes sombres et inquiétant des troupes d’assaut, avec leurs soldats dont on ne voit pas les visages, dissimulés derrière des masques à gaz. Il semble que parmi ces Nazis exilés volontairement sur la lune, le temps se soit arrêté sur un décor pour le moins rétro-futuriste: les lignes des vaisseaux spatiaux rappellent celles des zeppelins géants des années 1930, et sur la base, des câbles trainent dans tous les sens pour maintenir des machineries et des mécanismes de survie complexes occupant des pans de mur entiers, et on écrit à la craie sur des tableaux noir en classe… Alors qu’entretemps, sur Terre, on vit à l’heure de la miniaturisation et du Smartphone. Autre petit détail vintage savoureux: Renate écoute du Wagner sur un grammophone. (D’ailleurs, avez-vous noté que dans les films se passant durant la Seconde Guerre mondiale et impliquant les Nazis, ceux-ci écoutent toujours, soit de la musique de fanfare, soit du Wagner?)

Transition pour en arriver à un point que je trouve particulièrement réussi: l’utilisation de la musique. Les morceaux de Wagner ont été ré-arrangés de manière parfois surprenante mais toujours seyante. J’ai souvenir d’un extrait (en revanche impossible de me rappeler de quel opéra il s’agissait) joué au saxophone lors d’une scène un peu hot impliquant Klaus Adler et Vivian Wagner. Mais si vous aimez Wagner – le compositeur, pas l’autre poufe du film – vous pourrez aisément reconnaître le prélude de Perceval arrangé au piano lors des séquences romantiques impliquant Renate. Et vous reconnaîtrez sans doute la « Marche funèbre de Siegfried » extraite du Crépuscule des Dieux lorsque la base est découverte au début du film. Vous savez, le morceau que l’on entend au début, puis à la fin d’Excalibur, quand Perceval rend l’épée à la Dame du Lac après la mort du roi Arthur (tiens, tiens, une idée de film à présenter prochainement)…

  • Conclusion
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Les troupes de choc – Source: Allôciné.fr

La plupart des critiques d’Iron Sky ont été assez, voire très mauvaises, décrivant le film comme un véritable nanar à regarder seulement après avoir bu plusieurs litres de bières. Pour ma part, je dirais qu’il faut effectivement être en conditions pour le regarder – en bonne compagnie, surtout. Pour ma part, je l’ai regardé avec mon frère et un saladier rempli de M&M’s, et en prenant la chose avec humour. Je ne vais pas prétendre être une intello qui n’aime que les films d’auteur et qui intellectualise autour du moindre film fantastique un peu chiant en le qualifiant de « cinéma de genre », et honnêtement, j’ai donc passé un très bon moment en regardant Iron Sky. J’ai beaucoup ri, je le reconnais. En revanche, même si sa connerie et son mauvais goût assumé confinent presque au génie, je ne dirais pas qu’il soit très bon.

Je m’explique. Il y a de très bons points dans le postulat de départ et dans l’histoire, dans l’ambiance créée et dans la critique assez acerbe du monde qui nous entoure. Mais Iron Sky m’a laissé une impression mitigée. En effet, si la première heure du film voit nombre de gags et de situations loufoques à la South Park, la fin du film – ALERTE spoiler – prend une tournure vraiment sombre. Voire très sombre, car si les personnages principaux s’en sortent, le sort de la Terre est peu enviable. Aussi, j’y vois un certain manque de cohérence qui me laisse penser qu’un tel sujet aurait pu être traité autrement. Soit en assumant jusqu’au bout le côté comédie avec un joyeux bordel final, soit en ayant fait du film quelque chose de sombre dès le début. D’ailleurs, je pense que si la réalisation avait pris le parti d’un vrai film de science-fiction, sans la dimension parodique, et en étoffant les personnages, il y avait de quoi créer un univers réellement fascinant et s’attacher à certains protagonistes. Et peut-être de quoi faire un film culte et vraiment dérangeant.

Je vous le recommande tout de même si vous passez une soirée entre amis ou en famille (j’entends frangins, frangines et cousins, cousines), parce que je trouve que l’ambiance vaut à elle seule le déplacement et parce que rire ne fait pas de mal. Et si vous avez un jour encore du temps, figurez-vous qu’une suite est en cours de préparation, Iron Sky: The Coming Race. Je ne vois pas ce qu’on pourrait raconter de plus, mais je suis tout de même assez curieuse. Et qui sait si ce second opus ne nous réservera pas une agréable surprise?

Sur ces bonnes paroles, je vous laisse méditer sur le sujet et vous souhaite une agréable séances, si le coeur vous en dit!

Blanche Mt.-Cl.

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S-F. à l’ancienne – D’une « Princesse de Mars » à « John Carter » – Mars 2015

Il y a un peu plus de deux ans, alors que je travaillais en Angleterre, j’ai eu l’occasion de lire Une Princesse de Mars, un vieux coucou de science-fiction publié en 1912, et écrit par Edgar Rice Burrows. En effet, ma curiosité avait été éveillée par un film de 2012… John Carter, l’adaptation de ce même roman, realisé par Andrew Stanton. Comme j’avais un chèque cadeau chez Waterstone, je me suis empressée d’acquérir Une Princesse de Mars.

Un tel titre a quelque chose de kitsch, et n’est pas sans nous évoquer le desert rouge de Mars, le ciel orange (en fait, rosé), ces extraterrestres étrangement humanoïdes aux brushings laqués et aux vêtements moulants, ces courageux voyageurs de l’espace avec de gros pistolets bruyant qui envoient des décharges… En résumé, tous les clichés véhiculés par la science-fiction des années 50 et 60, films et comics réunis. C’est en partie vrai, car il est à parier que ce livre a dû inspirer le space opera par la suite… mais quand vous lirez ce roman, il vaut mieux oublier absolument tout ce que vous savez sur la science-fiction « à l’ancienne », et laisser complètement aller votre imagination.

Le livre comme le film sorti un siècle plus tard, nous raconte l’histoire de John Carter, un vétéran de la Guerre de Secession, qui se retrouve instantanément transporté sur Mars – Barsoom en langage martien. Je vais commencer par la présentation du livre…

  • L’oeuvre d’Edgar Rice Burroughs : Un roman d’aventures avant toute chose

A l’époque où Une Princesse de Mars a été publié, il était courant de donner à un roman d’aventure ou à un roman l’apparence de la vérité, en impliquant l’auteur lui-même. Je m’explique: l’histoire est présentée comme un fait réel, comme le témoignage d’Edgar Rice Burroughs à propos de John Carter, un ami de sa famille qui aurait vécu de nombreuses aventures à travers le monde. Burroughs nos présente Carter comme un homme fort, bien de sa personne, bon et chevaleresque, le parfait type du gentlemen de Virginie – ce qui, pour le lecteur actuel, sonnerait comme un oxymore, mais nous y reviendrons plus tard. Burroughs rapporte en tout début de roman que Carter, qu’il considère comme son oncle, l’a mandé auprès de lui pour une affaire importante. Or quand enfin le jeune homme arrive sur place, le grand homme est mort et son corps, retrouvé sans vie mais aussi sans aucune marque de violence, a été enfermé dans un mausolée. En inspectant ses affaires, Burroughs découvre alors un vieux manuscrit qui va constituer la trame du roman…

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Couverture d’une édition anglaise publiée chez Penguin

Alors que John Carter, un courageux vétéran de la Guerre de Sécession, prospecte à la recherche d’or dans le désert d’Arizona avec un ami, ils sont attaqués par des Indiens. Alors que son compagnon est tué, il parvient à trouver refuge dans une grotte. Il s’y retrouve bientôt engourdi et incapable de bouger… avant de se réveiller sur Mars, avec la pleine conscience d’où il se trouve.

Et ce n’est que le début de l’aventure… Car Carter découvre un monde nouveau, exotique, sur une planète chaude, désertique et mourante, avec différentes tribus se livrant une guerre sans merci. Il se découvre également un nouveau « talent »: à cause de la faible gravité régnant sur Mars, il n’est jamais entravé dans ses mouvements. Le voici donc doué d’une force étonnante et de la capacité de bondir à plusieurs mètres de haut. Peu après son réveil, il est capturé par la tribu des Martiens verts, les Tharks, une bande de guerriers insectoïdes de plus de trois mètres de haut, avec quatre bras. Ils sont extrêmement violents et ignorent tout sentiment d’amour et de compassion, mais Carter gagne leur respect grâce à ses dons incroyables. Il apprend auprès d’eux la langue de Barsoom et devient un grand guerrier, gagnant peu à peu ses ornements métalliques qui témoignent de son rang – car j’ai oublié de vous dire que sur Mars, tout le monde va nu à cause de la chaleur, à l’exception de ces bijoux placés aux endroits stratégiques.

Il fait pourtant la connaissance de « dissidents » parmi les Tharks: le jed (un noble guerrier) Tars Tarkas, plus juste, plus raisonnable et moins violent que ses congénères, capable d’empathie et ouvert d’esprit, et Sola, une jeune femme verte extrêmement douce qui prend soin de lui à son arrivée, mais qui est aussi victime de brimades de la part des autres. Elle cache également un terrible secret qu’elle va bientôt révéler à Carter… mais que je vous laisse découvrir si la lecture de l’ouvrage vous tente.

Mais les Tharks ont des ennemis: les deux tribus humanoïdes de Mars, les « hommes rouges » – les Héliumites et les Zodangans, habitant de deux cités rivales qui se combattent également. La situation se complique donc quand les Tharks capturent un vaisseau volant d’Hélium transportant à son bord la petite-fille du roi, la splendide princesse à peau rouge appelée Dejah Thoris – la fameuse « princesse de Mars ». John Carter en tombe immédiatement amoureux et s’arrange pour l’intégrer dans sa suite avec Sola qui les protège. Auprès de sa belle compagne, il apprend les secrets de ce monde mourant, en particulier celui de la production d’atmosphère dans des usines dédiées, enjeu de la guerre entre Hélium et Zodanga. Quand les tourtereaux décident de quitter les Tharks en compagnie de Sola qui n’a plus de place parmi les siens, ils sont alors pourchassés par la tribu et séparés au beau milieu du désert. Désespéré, capturé par les Tharks blancs, encore plus brutaux que les Verts, John Carter décide alors de mettre tout en oeuvre pour retrouver celle qu’il aime, et ses aventures le mèneront jusqu’aux plus grandes cités de la planète rouge…

Et je ne vous en dirai pas plus, pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, car ce livre est FOISONNANT, plein d’intrigues et de combats, de cités et de populations plus exotiques les unes que les autres. De plus, Edgar Rice Burrough a rédigé de nombreuses suites, créant ainsi le « cycle de Barsoom » aussi connu en français sous le titre de Sous les Lunes de Mars et relatant les péripéties des enfants de John Carter sur Mars.

  • Adapter de la S.-F. à l’ancienne

Je ne vous mentirai pas, John Carter, la récente adaptation d’Andrew Stanton pour les studios Disney, bien que les personnages soient les mêmes – on y retrouve Carter (Taylor Kitsch), Dejah Thoris (Lynn Collins), Kantos Kan (James Purefoy), Tars Takas (doublé par Willem Defoe), le prince de Zodanga Sab Than (Dominic West), et une trame sensiblement similaire – un type planqué dans une grotte qui se réveille sur Mars, avant d’être attrapé par les Tharks verts et de vivre de grandes aventures – est assez différente de l’ouvrage d’origine.

On pourrait dire, au vu du résumé que je vous ai fait, qu’Une Princesse de Mars  suit un schéma classique. Hormis le Cycle de Tschaï de Jack Vance et Dune de Frank Herbert, je n’avais pas lu énormément de Space Opera quand j’ai abordé les aventures de John Carter. J’étais vraiment très curieuse de savoir ce que donnerait un space opera de 1912, avant l’ère de l’exploration spatiale. Il est clair que l’oeuvre de Burroughs a vieilli, et peut paraître très exotique à un lecteur contemporain. Comme je l’ai lu après avoir vu le film, j’ai été très surprise par ce héros sans le moindre défaut, capable d’apprendre tout à une rapidité tout sauf crédible – comme la langue de Barsoom – et par le caractère de Dejah Thoris, très passive en comparaison de la brunette combattive du film. Je sais que certains trouveront qu’il s’agit juste d’un macho sur Mars combattant pour une belle femme dont la « possession » le mettrait en valeur, et tuant à tour de bras des bonshommes verts comme il zigouillerait sans état d’âme toute une troupe d’Appaches. Mais ce serait, selon moi, beaucoup trop réducteur: il faut prendre en compte la mentalité de l’époque où le livre a été écrit, en particulier concernant les relations homme-femme. J’ajouterais que Dejah Thoris, en comparaison d’autres héroïnes créées à cette période, n’est pas dépourvue de caractère. Elle est courageuse et résolue, capable de prendre des décisions difficiles de son propre chef. Quant à dire qu’Une Princesse de Mars est raciste, je ne suis pas vraiment d’accord: John Carter va tout de même encourager la paix entre les différents peuples de Mars qui se méprisent les uns les autres, et être capable de tomber amoureux d’une femme issue d’un peuple et d’une planète différents, et dont la physionomie n’est pas sans rappeler celle de certaines tribus amérindiennes.

Selon certains experts du cycle de Barsoom (et oui, pour ça aussi il y a des experts…), cités dans la préface de l’édition de chez Penguin, Une Princesse de Mars est une sorte de transposition de l’histoire américaine, avec ce mythe du final frontier typique de la mentalité pionnière. Carter est donc une sorte de John Smith mythifié, un pionnier qui part à la découverte d’un monde inconnu, et Dejah Thoris sa Pocahontas. Pour moi, cela paraît capilotracté, mais l’idée est là: Carter est un combattant et un médiateur. J’ai éprouvé un grand plaisir à partager l’étonnement du héros, à me plonger dans sa description des peuplades martiennes, de leurs mentalités, des paysages colorés et des cités chamarrées de la planète rouge, de la surprise du héros. C’est peut-être bien ce côté kitsch qui fait le charme du livre… Et j’ajouterais que j’ai été positivement surprise par la description de la planète Mars quand on sait où en étaient les connaissances de l’époque à ce sujet – en particulier le problème de la gravité.

Il est clair que le lecteur du XXIe siècle aura du mal à s’identifier au personnage créé en 1912. Il a beau être un aventurier courageux et dans son genre, assez chevaleresque, vétéran de la Guerre de Sécession (1861-1865), sa description en tant que « gentleman du Sud » venant de Virginie ne nous parle pas vraiment. De plus, nous associons les Sudistes avec l’esclavagisme, le racisme et le conservatisme, donc tout sauf des valeurs positives. Quand bien même John Carter est un archétype, il véhicule pourtant des idées positives, prenant la défense des faibles, et n’aimant pas spécialement la violence, capable de douceur et de gentillesse… Mais pouvez-vous vous l’imaginer en héros de film, à notre époque? Ressentiriez-vous de l’empathie envers un type qui fait des bonds sur Mars, qui n’a peur de rien et paraît invulnérable? Honnêtement… Si vous voulez qu’un film marche, il faut s’adapter aux goûts du public… Cela s’applique particulièrement aux personnages.

Depuis longtemps, les studios Disney souhaitaient s’atteler à une adaptation d’Une Princesse de Mars, afin de faire concurrence à de gros succès comme Star Wars ou Conan le Barbare, mais adapté au public de Disney. Dans John Carter, le héros est toujours un vétéran, mais c’est un homme tourmenté: il a perdu femme et enfant, il n’a plus rien, souffre d’un gros problème avec l’autorité et quand il se cache dans une grotte au beau milieu du désert, c’est pour fuir la cavalerie qui le poursuit après son évasion d’une prison militaire. Il est donc plus proche de nos critères moraux actuels, il est plus vulnérable – ce qui offre plus de possibilités d’identification. Il nous est ainsi plus sympathique, et Stanton le décrit volontiers comme un « Indiana Jones sur Mars ».

Quant à Dejah Thoris, elle est devenue une charmante brunette athlétique et tatouée, avec un tempérament de feu, une combattante farouche, capable de se défendre par elle-même, capturée par les Tharks alors qu’elle a volé un vaisseau pour fuir un mariage arrangé avec un ennemi d’Hélium, le prince Zan Than. Sa jolie apparence cache également une grande instruction puisqu’elle est aussi membre de l’académie des sciences d’Hélium et est en train de mettre au point une arme capable de mettre fin à la guerre et à la faim sur Barsoom. Plus que la demoiselle en détresse – qu’elle est aussi à l’occasion – c’est une femme du XXIe siècle, instruite et indépendante, mais aussi désireuse de dégoter un compagnon digne d’elle, et pas le sale con qu’on lui impose.

Dans cette adaptation, je suis particulièrement fan de Tars Tarkas, le guerrier des Tharks verts. Je sais, les Tharks sont censés être incapables d’amour et plus portés sur la baston et les coups tordus, mais je m’en fiche. J’ADORE CE TARS TARKAS. C’est en quelque sorte l’adversaire éclairé, qui montre plus de curiosité que d’hostilité à l’égard de Carter lorsqu’il le voit faire ses sauts de cabri pour lui échapper. Il joue un rôle plus important que dans le livre, tout comme Sola. D’ailleurs, dans le film, Tars Tarkas connaît les secrets de cette jeune femme qu’à de diverses occasions, il protège des brimades de la tribu, au risque de se compromettre. Il va jusqu’à couvrir son évasion avec John Carter et Dejah Thoris. Il n’est donc pas seulement l’adversaire sympathique, mais aussi le protecteur.

  • Une histoire sensiblement différente
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Affiche du film John Carter (AllôCiné)

Hormis le fait – notable à l’écran – que les personnages ne sont pas nus (c’est un Disney, après tout!), il y a d’autres variations dans la trame de l’histoire. Si certains éléments demeurent, comme l’intervention du jeune Edgar Rice Burroughs (Daryl Sabara) au début du film, que l’on voit explorer l’étrange collection d’objets archéologiques rassemblée par John Carter qui, apprend-on, a passé les dix dernières années de sa vie à arpenter le monde à la recherche d’un mystérieux artéfact. C’est ainsi que le jeune homme se plonge dans le journal de Carter.

D’autres protagonistes sont ajoutés, les Therns – une sorte de prêtres protéiformes aux crânes rasés et aux robes blanches, dirigés par un certain Matai Shang (Mark Strong – le méchant de Kick-Ass). Ces personnages ne sont pas présents dans le premier volet du cycle de Barsoom et on ne les voit jamais dans Une Princesse de Mars.  C’est d’ailleurs après avoir tué l’un de ces Therns dans la grotte où il se cache, que Carter, en lui prenant son bijou, se retrouve transporté sur Mars. Ce bijou devient un élément de l’histoire à part entière puisque Tars Tarkas s’en emparera comme trophée quand il capturera John Carter. Celui-ci n’aura de cesse de chercher à le récupérer, car il y voit la clé de son retour sur Terre. De plus, on y voit le Prince Zan Than, prétendant malheureux de la belle Dejah Thoris, soutenu par les Therns qui s’emploient à faire échouer les recherches de la belle. C’est en fuyant la perspective de ce mariage qu’elle vole un vaisseau et passe au-dessus du camp Tark où elle est faite prisonnière et gardée par John Carter et Sola. C’est après que la Princesse ait aidé Carter à déchiffrer de vieilles inscriptions dans les ruines d’un temple interdit à la recherche d’une solution pour retourner sur Terre qu’ils sont jetés en prison, d’où Tars Tarkas va les tirer. Les fuyards seront rattrapés après avoir visité l’antique caverne d’Iss, puis séparés pour que l’histoire reprenne son cours comme dans le livre, l’intervention des Therns en plus.

Quant au twist final, ma foi, je ne vous en dirai pas plus, mais il était vraiment pas mal, surprenant, et en même temps celui que les spectateurs attendaient. Il laissait même penser à une suite qui malheureusement, n’a pas été tournée.

  • Conclusion

Comme vous l’avez constaté, le film, assez différent du livre, pourrait presque passer pour une création originale impliquant des personnages littéraires. Je dois même admettre que je préfèrerais presque l’histoire telle que l’a ré-écrite Disney, puisqu’elle aurait paru trop linéaire et un peu trop « macho » si elle avait été suivie à la lettre. Car si cette dimension surannée et kitsch participe du charme du livre, tout comme les nombreuses descriptions anthropologiques des différentes cultures et peuplades de Barsoom qui sont un vrai plaisir à lire. Mais dans un film, cela ne fonctionnerait pas.

Il faut prendre en compte les changements dans notre culture, dans nos goûts: nous sommes plus enclins à aller au cinéma pour en avoir plein les yeux, pour des histoires palpitantes, de l’action, de belles images, des rebondissements qu’on ne trouve pas forcément dans une histoire suivant un schéma classique. Surtout quand certaines sections du livre ne sont qu’une succession de combats gores contre de grosses bêtes martiennes, et de rencontres étranges. C’est intéressant et spectaculaire, mais peut-être pas suffisant pour produire un film hollywoodien et pour s’attacher aux personnages. De plus, les filles et les femmes aiment également les films d’action, et ne sont plus seulement là pour faire office d’épouse et de mère, tout comme les hommes ne sont pas censés être le prototype du mâle alpha comme un héros du XIXe siècle tel que l’est le John Carter du livre. Si vous avez lu des livres de Jules Verne, vous vous êtes aperçu qu’ils ne comptaient que peu de femmes, et que celles-ci, hormis Nadia dans Michel Strogoff, ne sont jamais impliquées dans les aventures des héros. Mais dans certaines adaptations télévisuelles et cinématographiques, des personnages féminins ont été étoffés ou ajoutés comme la veuve du Docteur Göteborg dans Voyage au Centre de la Terre qui accompagne le professeur Lindenbrook, Hans et Alex dans leur périple. De même, dans son Seigneur des Anneaux, Peter Jackson a donné plus d’importance aux personnages féminins, plus combattifs et plus présents, tout comme Stanton l’a fait avec Dejah Thoris et Sola qui se découvre un courage insoupçonné.

Et pourtant, ré-adapter l’histoire et les personnages était-il suffisant?… Le film n’est pas fidèle à cent pour cent au livre, et des puristes ont détesté le résultat, dénonçant la dimension trop commerciale de l’adaptation. Le fait est que le film a été un échec, et a reçu des critiques mitigées. En général, je ne m’axe jamais sur les critiques dans mes choix cinématographiques, parce que j’aime bien, de temps en temps, regarder de gros nanars avec mon frère, plutôt que des films qui me paraissent intellos, prétentieux ou surfaits. J’ai entendu John Carter qualifié de nanar – critique que je trouve un peu dur quand on prend en compte la direction artistique de qualité – mais j’ai eu la surprise de lire des critiques positives dans une certaine presse française habituellement réputée pour son exigence intellectuelle, et qui prend un malin plaisir à démonter les productions hollywoodiennes, le qualifiant de divertissement agréable. Et pour ma part, je suis assez d’accord: quand bien même il prend des libertés avec l’histoire originale, il est visuellement plaisant – que ce soit les paysages désertiques de Mars ou ses cités immenses, les créatures vertes comme les Tarks et autres bébêtes étranges… L’histoire est efficace, les personnages attachants et l’interprétation des acteurs plutôt bonne! Pour preuve, quand je l’ai vu, je n’ai pas senti ses deux heures passer! Et même mes grand-parents ont bien accroché!

Mais je pense qu’adapter de la vieille science-fiction est un exercice difficile. Je ne suis pas certaine, par exemple, qu’un film adapté d’un roman de Jules Verne aurait le même impact aujourd’hui que dans les années 1950, car notre monde, nos technologies, ont très vite évolué et ont changé notre vie. Il en est de même du point de vue des connaissances. Cela pourrait expliquer la réception mitigée de John Carter: si l’histoire se passe à la fin du XIXe siècle, et quand bien même l’auteur était très bien informé des connaissances de son temps sur la planète rouge, cela ne semble pas fonctionner. En effet, nous savons maintenant que Mars est bel et bien morte, avec une atmosphère très mince, et surtout FROIDE. Mais à l’époque d’Edgar Rice Burroughs, on avait eu vent de canaux observés par Schiaparelli à la surface de Mars, qui pouvaient laisser penser que des civilisations de bâtisseurs étaient à l’oeuvre sur la planète. Burroughs avait beaucoup lu sur la planète, sur sa faible gravité et sur son atmosphère trop mince.

C’est le même problème avec l’oeuvre de Jules Verne. En revanche, elle a su, de nos jours, inspirer le rétro-futurisme, les uchronies et la mouvance steampunk. Peut-être aurait-il été intéressant de prendre l’histoire de John Carter sous cet angle?… Pour ma part, je ne serais pas si dure dans mon jugement avec John Carter, et j’espère vous avoir donné l’envie d’y voir de plus près, aussi bien avec le livre que le film.

Blanche Mt.-Cl.

Si le coeur vous en dit:

Titre: John Carter
Année de production: 2012
Réalisation: Andrew Stanton
Origine: Etats-Unis
Durée: 2h13
Distribution: Taylor Kitsch, Lynn Collins, Willem Dafoe, Mark Strong, James Purefoy, Ciarán Hinds…