Terreur dans le Maine – L’Année du Loup-Garou (Stephen King)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

71hz5ui8bxlJe reviens très brièvement avec une petite chronique livre. Celle prévue à l’origine devant être un peu étoffée, je vous propose en attendant de découvrir celle dédiée à un court ouvrage que je viens de finir. J’ai nommé L’Année du Loup-Garou de Stephen King, illustré par Berni Wrightson.

J’ai pris connaissance de l’ouvrage, si j’ai bonne mémoire, en me baladant sur Instagram pour « épier » les nouvelles sorties littéraires. Désireuse de parfaire ma connaissance de l’œuvre de Stephen King (je n’en ai lu qu’un en trente ans d’existence… 😉) et amatrice d’illustrations typées, je me suis donc jetée sur ce petit livre…

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Vengeance et secrets dans l’Angleterre du XIXe – « La Nuit de l’Infamie » (Michael Cox)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Je reviens aujourd’hui avec, une fois n’est pas coutume, un livre qui n’appartient pas à la littérature de l’imaginaire, mais qui par son histoire et son ambiance fascinantes qui peuvent ravir les amateurs de fantastique et de thriller. Il s’agit de La Nuit de l’Infamie, où l’on suit Edward Glyver dans ses pérégrinations entre le brouillard de Londres et la magnificence des manoirs campagnards. Comme je l’ai dit dans mon précédent post, j’essaie, pour la régularité, d’être un peu plus concise.

Vous êtes prêts? Tout commence avec un coup de poignard…

  • Vengeance

Par une sombre nuit de 1854, quand dans une ruelle de Londres, un homme est froidement assassiné par un inconnu. Le défunt a eu la malchance de servir de test à Edward Glyver qui, par ce geste, souhaitait s’assurer de sa capacité à tuer… Car depuis des années, il prépare sa vengeance. Contre le poète Phoebus Daunt. Glyver revient sur sa propre histoire, sur les raisons de cette haine qui le consume, sur le chemin parcouru pour devenir un meurtrier…

Bien des années auparavant, Edward Glyver, un jeune boursier amoureux de livres et de littérature (comme la plupart d’entre nous ici…), est accepté dans une prestigieuse université et passe son temps à la bibliothèque à classer et répertorier des livres. C’est sans compter sur un jeune homme arrogant et sans talent, Phoebus Daunt, à cause de qui la vie d’Edward bascule. Suite à un mensonge de Daunt qui l’accuse d’avoir dérobé un précieux ouvrage, il est renvoyé. Cela met fin à ses espoirs de mener la vie d’universitaire à laquelle il aspirait… Obligé de travailler à Londres, loin du confort du monde académique, il prend un faux nom et parvient à s’approcher de la famille de Lord Tansor, aristocrate mécène, sans héritier et surtout… protecteur de l’odieux Phoebus Daunt qui a su se frayer un chemin dans le monde alors que Glyver évolue encore au bas de l’échelon.

Car à la mort de sa mère, Edward a découvert un secret. Un terrible secret. Car non-content de lui avoir volé son destin, Daunt pourrait bien aussi lui avoir volé sa vie…

  • Pourquoi je le recommande
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Couverture de l’édition de poche de La Nuit de l’Infamie – Source: Amazon.fr

À la base, je l’avais plus ou moins pris par dépit en même temps qu’un Grangé, parce que pour bénéficier de je ne sais plus trop quelle remise, il me fallait un second livre et ma mère avait attiré mon attention sur cet ouvrage. Je me suis alors dit: « Pourquoi pas? » en m’attendant au plus à un agréable passe-temps. C’est finalement le Grangé qui m’a déçue, alors que La Nuit de l’Infamie m’a véritablement captivée.

L’auteur, Michael Cox, décédé en 2009, étant à la base un universitaire qui a produit des essais et des études, a signé avec cette oeuvre son tout premier roman. On aurait pu craindre que le style d’écriture soit un peu sec, comme c’est parfois le cas quand des historiens ou autres intellectuels se lancent dans la fiction – pour avoir un peu testé, certains sont si habitués à s’adresser à des spécialistes que même leurs romans sont obscurs, ou atrocement mal écrits!… Je n’ai pas eu l’honneur de lire La Nuit de l’Infamie en VO, mais au vu de la traduction, je pense que Michael Cox devait avoir une très belle plume.

En effet, il arrive, à travers ce récit à la première personne, à capter l’attention du lecteur en le plongeant dès le début au coeur de l’action avec ce meurtre gratuit, mais aussi directement dans l’esprit de l’assassin. Ainsi, j’ai suivi avec une fascination mêlée d’effroi, et même de tristesse, le pourrissement de cette âme. Car c’est cela, un véritable chemin vers la damnation, pour ce héros tragique qu’est Edward Glyver. C’est un homme qui n’a plus rien à perdre, qui hait sa vie et qui a perdu sa mère, la seule personne qui ait véritablement compté pour lui. On sent la mélancolie, la tristesse et la frustration de cet homme à qui la route du succès a été fermée, et cela à la suite d’une terrible injustice, dans une société où il était déjà difficile de s’élever quand on n’était pas « bien né ». Et c’est finalement là qu’est le tour de force de Cox: si dans les premières pages nous voyons un monstre qui tue un autre home, nous nous prenons finalement à ressentir de l’empathie pour cet être en souffrance, à se demander ce qui aurait pu l’empêcher de se laisser envahir par ce désir de revanche.

Cette empathie que nous ressentons à la lecture des mésaventures d’Edward Glyver, privé de la vie qu’il espérait avoir, et d’une autre vie que celle qu’il avait toujours eue, nous mène à nous poser cette question dérangeante: et nous-même, comment aurions-nous réagi en perdant tout cela?

Cette histoire parait bien éloignée des livres que je présente d’habitude. Et pourtant… L’ambiance feutrée et sombre, des somptueuses bibliothèques des universités anglaises dont les rayons croulent sous les livres anciens, des demeures aristocratiques avec leurs parcs et leurs folies, de la maison d’enfance non-loin de la mer, et du brouillard londonien, a une dimension quasi-surnaturelle qui ne déparerait pas dans un roman fantastique, ou un film d’horreur. Je parlais de Wolfman, cette semaine… eh bien ces décors auraient tout à fait convenu à une telle histoire. Cette atmosphère est d’autant plus captivante que le personnage principal, tout occupé à ses sombres desseins et à sa souffrance, semble y flotter comme dans une réalité parallèle… C’est peut-être mon imagination qui me joue des tours, mais ce livre me donnait parfois l’impression d’un délire onirique, vaguement « romantique » (au sens littéraire et non pas amoureux du terme!) et propice aux apparitions inquiétantes de nos cauchemars.

Quant à la personnalité d’Edward Glyver, elle n’est pas sans rappeler celle de créatures fantastiques que nous avons croisés dans la littérature, vampires, loups-garou ou autre « monstres » qui se sont soit battu contre leur propre nature, soit abandonnés à elle par amertume et mépris de leur propre condition.

En conclusion, donc, un opus brillant, tout en passion, mais aussi en nuances et en descriptions si nettes qu’on croirait voir l’histoire se dérouler sous nos yeux, et également très surprenant, qui peut aussi convenir à des inconditionnels du fantastique. J’espère en tout cas vous avoir envie de regarder d’un peu plus près dans ces pages envoûtantes, quasi-hypnotiques…

Blanche Mt.-Cl.

Titre: La Nuit de l’Infamie – Une Confession (The Meaning of Night)
Auteur: Michael Cox
Editions: Points
Collection: Points Thriller
567 p.
Parution: Mai 2008
Prix: 8,60 €

Blanche Mt.-Cl.

Education à la dure – « Battle Royale » (Kōshun Takami, 1999)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Comme je suis en plein dans ma « période japonaise » (j’ai découvert le manga il y a quelques mois seulement et je dévore allègrement Monster et Death Note), j’ai décidé de vous présenter un livre que j’ai lu il y a quelques temps déjà, j’ai nommé Battle Royale, de Kōshun Takami, sorti au Japon en 1999. Livre violent à souhait, qui aurait (je dis bien « aurait », au conditionnel) inspiré les Hungers Games, déjà présentés sur ce blog. Mais âmes sensibles, laissez-moi vous prévenir: les Hunger Games sont un véritable parcours de santé comparés à la Battle Royale. Il s’agit, d’après ce que j’ai tiré de mes recherches, d’un terme de catch, la battle royale désignant un combat à plusieurs, au cours duquel il est possible de s’allier temporairement… jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un.

Ceci dit, j’avoue avoir lu le livre après avoir vu le film, qu’une camarade de fac m’avait prêté.

Maintenant que ce principe est posé, accrochez-vous, parce que ça va décoiffer…

  • La survie à tout prix
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Couverture du livre en édition de poche

L’histoire se passe dans un futur proche, dans un état fictif connu sous le nom de République d’Extrême-Orient. Dans une société où circulation des biens, des humains et des informations est strictement contrôlée, la population s’est soumise à un gouvernement autoritaire, qui a donné un pouvoir sans égal à l’armée et à la police. Dans le cadre d’une politique de la terreur éprouvée et très bien rodée, s’est installée une sorte une méfiance, voire une haine générationelle qui a pour cible la jeunesse, et les adolescents en particulier.

Ainsi, chaque année, cinquante classes de seconde sont sélectionnées pour participer à un programme spécial lancé en 1947 – j’aurais dû préciser que nous étions dans le futur d’une réalité alternative – une expérimentation militaire, donc sans caméra de télé-réalité comme dans Hunger Games, destinée à « recueillir des statistiques » sur les capacités de survie des « champions », c’est à dire sur la vitesse à laquelle ils exterminent leurs camarades de classe. En effet, ce programme consiste à emmener, dans le plus grand secret, une classe sur une île, et d’ordonner aux élèves de s’entretuer. Le dernier survivant gagne ainsi le droit de vivre aux frais de l’Etat et un mot de la main du président. Les règles sont les suivantes: une fois arrivé sur l’île, chaque élève reçoit un numéro et une arme, ainsi qu’un collier avec balise, qui explose si son porteur tente de s’enfuir ou si celui-ci se trouve à un moment donné dans un secteur interdit.

Le roman suit une classe de seconde d’une trentaine d’élève, dont deux « éléments perturbateurs »: Shôgo Kawada,  et Kasuo Kiriyama. Les adolescents croient partir en voyage scolaire, et ne comprenant pas la présence des militaires, s’affolent, ce qui donne lieu à des catastrophes quand on leur explique le véritable objet de leur excursion. Une fois le début de la compétition lancée, on assiste à différentes stratégies de survie. Le personnage principal du roman, Shûya Nanahara, qui refuse la tuerie et voit son meilleur ami Yoshitoki Kuninobu tué des mains de leur professeur principal M. Sakamochi au début du programme, cherche à s’allier avec d’autres élèves. Il décide de protéger la douce Noriko Nakagawa, le béguin de son ami assassiné. Le chemin des deux adolescents va bientôt croiser celui de Shôgo Kawada, dont ils apprennent qu’il a survécu à une précédente édition du programme. Avec lui, ils vont tenter d’échapper au redoutable Kasuo Kiriyama, un tueur particulièrement retors…

Les alliances se font et se défont, chacun lutte pour sa survie, choisit de se rebeller ou de jouer le jeu. Mais il ne devra en rester qu’un…

  • Une violence institutionnalisée

Je n’aime pas trop parler politique car mon esprit passionné s’échauffe vite, et j’ai trop tâté des ressorts de la science politique pendant la dernière partie de mes études pour ne pas être écoeurée par le sujet. Mais il faut quand même l’aborder, même très succinctement.

Dans les recherches que j’ai pu faire sur Battle Royale, les critiques et bloggueurs littéraires se sont beaucoup perdus en réflexion sur le système politique de la République d’Extrême-Orient. Si l’on en croit les « exégètes » de Battle Royale, cette république qui tient plus que l’empire serait le résultat d’un véritable sentiment de revanche suite à la défaite de 1945. Ainsi on suppose que la famille impériale a été renversée par l’armée, qui exalte les vertus guerrières, jusqu’à glorifier la plus extrême violence.

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Petit aperçu des pages

Dans la politique de la terreur instaurée par cet état, les jeunes font partie des ennemis de l’intérieur et ont, à travers le programme, le privilège de montrer leurs propres mérites mais aussi de prouver par une victoire l’efficacité du système dans lequel ils ont grandi. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec l’éducation des jeunes Spartiates dans l’Antiquité: pour simplifier, la cité de Sparte, Etat militaire de la Grèce antique, donnait une solide éducation sportive et militaire aux jeunes garçons (aussi un peu aux filles) et à un certain âge, les livrait à une sorte d’épreuve connue sous le nom de la Kryptie – je crois qu’il en est fait mention dans les 300. Ce rite de passage consistait à laisser seul, en pleine nature et livré à lui-même, l’adolescent spartiate, pendant toute une année. La société spartiate étant extrêmement élitiste, ils n’étaient pas nombreux, recrutés parmi les plus hautes castes de la cité. Ainsi, durant un an, tous les coups étaient, paraît-il, permis pour survivre – vol, meurtres… Selon certaines interprétations extrêmes de l’éducation spartiate, on estimait que ceux qui ne survivaient pas n’étaient tout simplement pas dignes de vivre. Cela est bien sûr à relativiser, car les sources à ce sujet sont divergentes, et les historiens ne sont pas sûrs de son caractère solitaire. Et si certains y voient une préparation à la vie militaire, d’autres un genre de rite d’initiation comme on en trouve dans les sociétés secrètes. Beaucoup de mythes entourent donc cette épreuve.

Mais comme dans Battle Royale, cela est orchestrée par les autorités, et l’enjeu en est de prouver sa capacité à se débrouiller seul. Certains régimes politiques autoritaires, comme le IIIe Reich par exemple, s’en sont inspiré: en effet, on apprenait aux jeunes garçons des Jeunesses Hitlériennes, non seulement à s’endurcir physiquement pour devenir un redoutable combattant, mais aussi à mépriser toute forme de faiblesse. Tant et si bien que vers la fin du IIIème Reich, certains garçons jugés trop « faibles » n’étaient plus intégrés et leurs parents mis au ban de la société. Battle Royale n’est qu’une autre des interprétations de ces mythes d’éducation poussés à leur extrême.

Mais si le but de ces « exercices » pour les régimes susmentionnés étaient de gommer l’individualité pour faire corps avec le reste de l’armée – n’oubliez pas, comme je l’ai dit, qu’on n’est toujours pas sûr que la Kryptie se faisait en solitaire… Pour le coup, j’ai vraiment du mal à saisir le but de ce massacre dans Battle Royale. Au contraire des autres systèmes, cette compétition pousse l’individualisme à son extrême. Il s’agit d’exterminer des personnes qui ont pu être vos camarades, vos amis… comment apprendre à faire corps avec quelque organisme que ce soit?

  • Violence – Absurdité ou logique imparable?

Dans Battle Royale, la violence nous parait d’autant plus absurde qu’elle touche aux enfants. Ces enfants – on a beau dire, à quatorze ou quinze ans, on se conduit encore et on pense encore certaines choses comme des gamins – auxquels on aime à associer l’innocence et l’insouciance. Et ces êtres délicats et rêveurs se révèlent être de véritables machines à tuer. C’est déjà un point qui pose problème à la plupart des lecteurs, qui n’aiment pas se confronter à cela, et qui n’aiment pas plus voir des enfants maltraités et tués. Encore moins par leurs pairs. Ce massacre paraît atrocement inutile. Même dans une société telle que celle de Battle Royale: pourquoi s’amuser à zigouiller la jeunesse puisqu’elle représente l’avenir et la pérennité du système, plutôt qu’à lui laver le cerveau?

Dans le roman, on a une ébauche de réponse, lors de conversations entre le héros, Shûya et Shôgo, le survivant du programme. Après l’épreuve qu’il a traversée, il en est venu à penser qu’il s’agit d’une façon de briser l’esprit de résistance en acculant les « concurrents » à leur propre mort. Bien sûr, quand on voit la façon dont le professeur des enfants, M. Sakamochi, prend plaisir à les regarder se massacrer, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a là une bonne dose du sadisme de la part des adultes. Et pourtant, même si cela est très malheureux à dire… ces actes innommables ont une part de logique.

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Quatrième de couverture. Comme vous le voyez, j’ai un peu étoffé le pitch car on n’apprend pas grand chose pour le moment…

Je m’explique. Il ne s’agit absolument pas de cautionner ce survival morbide orchestré par un état dictatorial! Il y a presque trois ans, quand j’étais rédactrice en Angleterre et que je rédigeais des articles d’introduction à la géopolitique pour des jeunes, j’ai pondu un topo sur les enfants soldats. En fait, dans certaines pays en guerre, les chefs recrutent ou raflent des enfants pour en faire des soldats pour différentes raisons – pas d’obligation de les pays, plus insouciants et moins conscients de la mort, plus malléables. Pour s’assurer leur loyauté, les chefs de guerre  exploitent la volonté de survie de ces jeunes recrues et les soumettent souvent ces enfants à des épreuves terribles – par exemple à les obligeant à exécuter des proches, en les soumettant à des traitements dégradants pour s’assurer leur loyauté. Ainsi, le traumatisme de la violence subie et infligée – les psychologues insistent souvent sur le fait que la plupart d’entre nous ne prennent aucun plaisir à infliger la violence – brise les jeunes moralement, et en fait des marionnettes entre les mains de ceux qui sont à la fois leurs supérieurs et leurs bourreaux.

Battle Royale suit quelque peu la même logique. Ces lycéens deviennent des enfants guerriers par la force des choses, se voient obligés de reconsidérer leur système de valeurs, de choisir entre leur propre vie et celle d’amis proches. Certains ne supportent pas cet état de fait et se suicident (c’est le cas d’un petit couple d’amoureux qui saute de la falaise de l’île), et tentent tout de même de créer des alliances avec des camarades. Je pense à la bande de filles réfugiées dans le phare, ou aux geeks qui magouillent pour fuir. Quant aux autres… malheureusement, la situation fait aussi ressortir la bassesse de certains écoliers. Cela représente pour eux l’occasion d’écraser les autres, de prendre de petites revanches. On découvre ainsi quelques sadiques, garçons ou filles, prêts à toutes les brutalités et à toutes les ruses pour prendre les autres au piège. Car l’une des caractéristiques des enfants guerriers, du fait de leur jeunesse, est qu’il n’ont pas de limites…

  • Des personnages attachants et une narration qui vous tient en haleine

De courses poursuites en scènes intimistes, entre de nombreux personnages, on pourrait ne plus savoir où donner de la tête! Mais que nenni. L’histoire est terriblement bien ficelée, menée avec une rare énergie. Si la violence nous effraie, les aventures des différents protagonistes crée une sorte d’addiction, et ce jusqu’au final éclatant.

On assiste à plusieurs intrigues parallèles qui sortent un peu du lot, et nous amènent à mieux connaître certains des personnages: les progrès de Shûya pour amener Shôgo de son côté, peut-être la naissance d’un profond attachement entre Shûya et Noriko, les tentatives pour faire la jonction avec Shinji Mimura qui lui aussi est un ami de Shûya.

Ah… Shinji Mimura. Shinji Mimura, le nerd surdoué, populaire et mignon de la classe (dans la version filmée, l’interprète était si mignon que je me suis demandé dans chaque séquence où il apparaissait: « Mais pourquoi diable n’ai-je pas eu un gars comme ça dans ma classe au lycée? » – en même temps, nul ne sert de se faire du mal… jamais un gars comme ça n’aurait même posé les yeux sur moi! 😉 ) , s’installe quant à lui avec sa bande de copains dans un local informatique pour tenter de détourner le système de sécurité de l’île, s’échapper et libérer leurs camarades survivants, tout en tentant d’échapper au pervers sadique qu’est Kasuo Kiriyama.

Car oui, certains personnages sont extrêmement attachants. Ne serait-ce que le duo formé par Noriko et Shûya, handicapés par les pauvres « armes » qu’on leur a fournies, deux jeunes gens plutôt doux de nature, et même le côté rebelle et écorché vif de Shûya se révèle très touchant. Quant à leur improbable allié, le très dur et taciturne Shôgo, on découvre au fur et à mesure de ses révélations une personnalité tourmentée qui a cherché à s’endurcir à cause des épreuves traversées.

Concernant les personnages secondaires, vous avez dû comprendre que j’avais beaucoup apprécié la bande de Shinji et de ses potes. Et en plus, sérieusement, un SURDOUÉ, MIGNON, NERD ET POPULAIRE, ça nous change du bon élève qui se fait casser la gueule à la récré qui sert souvent de souffre-douleurs aux personnages plus « en vue » que lui. Plus l’histoire progresse plus on en apprend sur l’histoire du famille de ce petit génie, un peu plus vulnérable qu’il en a l’air, avec ses regrets…

  • Conclusion – Un brin dérangeant quand même
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Envie de vous y plonger plus en avant?

Pour les questions qu’il pose, et aussi pour cette bande d’adolescents qui essaient de rester intègres envers et contre tout, j’ai ADORÉ ce livre que j’ai dévoré en moins de trois jours. Il m’a tenue accrochée de bout en bout à ses pages.

Au final, je trouve qu’il pourrait également se lire comme une critique de notre société où la violence, si elle n’est pas physique, est aussi morale. Cela peut paraître un peu personnel comme grille de lecture, mais je ne peux m’empêcher de constater à quel point notre environnement est violent. Nous ne sommes pas dans un pays en guerre, donc j’entends MORALEMENT violent. Il faut toujours montrer qu’on est le plus fort, se battre, même pour quelque chose d’aussi basique qu’un job, pour se faire aimer – à titre amical ou romantique. Les gens se font culpabiliser dès qu’ils échouent quelque part ou que tout simplement ils ne fait pas les mêmes choix que les autres, ils sont moqués dès qu’ils ont des idées un peu différentes, ou parce qu’ils n’ont pas les dernières fringues à la mode… Bref, tous les coups sont permis, tout semble pensé pour écraser et encourager la malveillance. Cela donne à réfléchir sur ce à quoi nous sommes prêts ou non pour « survivre » et « exister » en ce monde.

Pour cette raison, Battle Royale est dérangeant car il nous met face à notre propre bassesse. Je n’en suis pas exempte, car moi-même en lisant ces lignes, je m’imaginais dans le jeu avec ma classe de terminale, faisant payer à toutes ces personnes qui m’avaient rabaissée (ça paraît bateau dit comme ça, mais je n’étais pas vraiment populaire à l’école et j’ai un peu souffert de mes goûts différents, de mes bonnes notes… c’est tellement cliché, quand j’y pense! 😉 ) les souffrances qu’elles m’avaient infligées. Bref, de quoi me poser la question de ma propre moralité! J’ai dépassé ce cap depuis longtemps, mais à cette époque, ces pensées m’avaient faite un peu flipper. Comme quoi finalement, même la littérature de fiction, et en plus des sous-genres comme l’anticipation, mène à la réflexion! 🙂

Ce livre a été décliné en deux films Battle Royale et Battle Royal II. A part la fin qui part un peu en sucette avec un Takeshi Kitano complètement barré, le premier opus est relativement fidèle au livre… Mais quand j’ai vu le début du deuxième, ça sentait tellement le réchauffé et la surenchère, à coup d’éclaboussures de sang et de gamines qui gueulent comme des ânes, que je n’ai pas tenu dix minutes… En revanche, maintenant que j’ai commencé à lire des mangas, je suis très curieuse de la déclinaison manga de Battle Royale, et de Blitz Royale, sa suite…  Si vous les avez lus, je serai très curieuse de connaitre votre avis à ce sujet!

Sinon, j’espère vous avoir donner envie de découvrir Battle Royale, le roman, et d’ouvrir ces pages qui vont vous électriser!

Titre: Battle Royale (バトル・ロワイアル, Batoru Rowaiaru)
Auteur: Kōshun/Koushun Takami
Editions: Le Livre de Poche
Collection: Littérature et Documents
864 p.
Parution: Mars 2008
Prix: 8,60 €

Blanche Mt.-Cl.

Un grand classique entre horreur et science-fiction – La Mouche Noire (1958)

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Affiche – Source: Imdb.com

Titre: La Mouche Noire (The Fly)
Année de production: 1958
Réalisation: Kurt Neumann
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h33
Distribution: Vincent Price, Al Hedison, Patricia Owens, Herbert Marshall…

Et oui, il y a eu des contretemps cette semaine, mais je m’étais juré que vous auriez tout de même cette chronique, même en retard!

Vous connaissez sans doute La Mouche, film de David Cronenberg sorti en 1986 où l’on voyait Jeff Goldblum se décomposer littéralement pour fusionner avec une mouche (quel gâchis!… Oui bon, quand j’étais gamine et ado, Jeff était l’un de mes grands amours), mais saviez-vous qu’il s’agissait du remake d’un film plus ancien?… Je l’ai appris il y a quelques années quand mon frère, fan de La Mouche, a reçu pour Noël un coffret DVD contenant ce film culte, et la version ancienne de celui-ci, avec ses suites. C’est ainsi que pendant des vacances de Noël, j’ai découvert La Mouche Noire

Nous allons voir maintenant de quoi il retourne…

NB: Les images de meilleure qualité que j’aie trouvées sont en noir et blanc. Or, le film est en couleur.

  • Une expérience qui tourne mal

L’histoire se passe à Montréal. Elle commence quand le corps du professeur André Delambre (Al Hedison) est retrouvé, la tête et un bras écrasé sous une presse hydraulique. Son épouse Helen (Patricia Owens) avoue le crime, mais refuse de donner son mobile, déclarant que son époux était devenu étrange, obsédé par une mouche à tête blanche qu’il l’avait chargée de trouver. Pour la faire parler, son beau-frère, François Delambre (Vincent Price) lui ment et affirme avoir trouvé ladite mouche. Soulagée et persuadée qu’il connaît la vérité, Helen, lui raconte alors les derniers jours de son époux…

Flashback. André Delambre vit une vie heureuse avec sa femme et leur petit garçon Philippe. André est un scientifique prometteur qui, dans son laboratoire, effectue diverses expériences relatives à la téléportation dans des modules de désintégration et de ré-intégration. Il téléporte d’abord des objets et de petits animaux, dont le chat de son fils qui ne ré-apparaît pas mais dont on entend encore le miaulement, comme flottant dans l’air. Après plusieurs essais réussis, il décide de créer des capsules à taille humaine pour tester l’installation sur lui-même.

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Le jeune Philippe et son oncle François, découvrant la fameuse mouche à tête blanche – Source: Imdb.com

Mais sa femme Helen ne le voyant pas ré-apparaître, elle s’inquiète et descend dans le sous-sol où se trouve le laboratoire de son époux. Elle le trouve, un bras déformé, et le visage dissimulé par un sac noir. Il ne parle pas, et communique avec Helen par des notes écrite. Il lui avoue s’être téléporté par mégarde avec une mouche, et commencer à fusionner avec une partie d’elle. Il lui demande alors de trouver une mouche à tête blanche, qui lui permettrait d’inverser le processus. Helen se lance dans cette recherche avec ardeur, au fur et à mesure que les instincts de la mouche prennent le pas sur l’intellect de son mari qui, bientôt, ne parvient plus même à écrire…

  • Un thème classique entre science-fiction et horreur

Que dire?… Entre science-fiction et horreur, La Mouche Noire est, comme Frankenstein ou autres légendes impliquant une métamorphose, une classique histoire d’expérience qui tourne mal, adaptée d’une nouvelle. Donc en soi, ce petit film n’a rien de vraiment révolutionnaire et suit des schémas, explore des thèmes maintes fois abordés dans la science-fiction et l’épouvante. Le mythe de Faust faisait déjà référence à des savant jouant avec des forces qui les dépassaient, et le labo souterrain de Delambre n’est pas sans rappeler le cabinet de Faust ou le sombre moulin où officiait le docteur Frankenstein. Donc, on reste là encore dans un registre fantastique assez classique.

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La métamorphose d’André Delambre – Source: le-multivers.forumpro.fr

La science reste présente, avec cette idée d’étude sur la téléportation, quand bien même on entre dans l’histoire de « monstre », si l’on prend en compte la transformation d’André Delambre. En effet, on voit un homme qui a eu le courage (ou la folie?) de donner de sa personne dans ses recherches. Si dans le film de Cronenberg, c’est la transformation physique qui frappe (en même temps, quand on choisit un acteur aussi sex’ que l’était Goldblum dans sa jeunesse – désolée, mais comme on dit en anglais, he was totally messing my female hormones – ça fait forcément de la peine de voir cette détérioration physique totalement gore), ici c’est la perte progressive des facultés humaines qui crée l’empathie l’empathie du spectateur. Peu à peu, on mesure la solitude et l’isolement de cet homme qui ne peut plus communiquer avec les personnes qu’il aime… et heureusement qu’il y a a ça, car pour nous, spectateurs du XXIe siècle, l’apparition de cet homme avec une tête et une patte de mouche sur fond de musique dramatique peut prêter à sourire.

En revanche, le storytelling avec enquête policière et flashbacks est impeccable. J’aime beaucoup ce mélange d’éléments de plusieurs genres, avec un inspecteur, Charas (Herbert Marshall) qui enquête avec la collaboration de François Delambre, frère du défunt – brillant Vincent Price, qui sort de son registre habituel de personnage inquiétant – et découvre des faits qui dépassent son entendement. D’ailleurs, quand j’y pense, c’est un peu comme ça que j’ai procédé dans mon roman Le Sang des Wolf, puisque l’enquête policière permet de confronter un personnage rationnel, dont le job consiste à se baser sur des FAITS, à des événements extraordinaires qui permettent de prendre toute la dimension du surnaturel, et du récit de la veuve Delambre.

Le film pose également la question suivante avec le personnage d’Helen Delambre: jusqu’où aller par amour, quand on sait que la personne que l’on aime souffre le martyr? C’est un peu ma fibre romantique qui parle, mais au final, c’est une question qui touche également à l’éthique. Régulièrement, on en parle dans les médias, quand des époux ou des parents sont prêts à accepter la mort d’un proche qui souffre trop… quitte à commettre l’irréparable.

Petit spoiler (à moitié spoiler, en fait)… 🙂 La fin, oh mon Dieu, la fin est tout à fait surprenante, aussi bien en termes de narration que des effets spéciaux… J’avoue avoir eu un fou-rire, tant j’ai été déconcerté, et tant je ne m’attendais pas à ça. Toujours est-il que la scène finale est culte, et comprend une des réplique qui fait partie du top cent des AFI’s 100 Year Movie Quotes: « Help Me! Help Me! »

  • Conclusion
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Helen Delambre à l’oeuvre… – Source: Sci-Fi-Movies.com

Après avoir vu le film de 1986, apprendre qu’il s’agissait d’un remake m’a vraiment déconcertée, et je ne m’attendais pas à ça quand je me suis posée pour regarder La Mouche Noire. On y retrouve les ingrédients qui font les vieux films d’horreur hollywoodiens, ainsi que des éléments plus intéressants, comme une narration impeccable qui vous tient en haleine et vous fascine du début à la fin, et ses effets spéciaux quelque peu surannés font aussi le charme de cette oeuvre très distrayante.

J’ai découvert une histoire simple et efficace, mais assez riche de par les thèmes explorés et le mélange des genres opérées entre l’horreur, la science-fiction, le polar… et également la tragédie de cette femme amoureuse, dévouée et somme toute assez forte, qui cherche à sauver son époux (ah, la force de l’amour dans les films…). Bref, je le conseille aux curieux et aux amateurs de bons films à l’ancienne.

Et voilà! 🙂 Encore une fois, je m’excuse pour le retard, mais cette semaine fut assez mouvementée pour moi. Maintenant, la question est de savoir si je vais écrire un avis comparé sur le film La Mouche de Cronenberg… et comment, si je le fais, ne pas trop m’attarder sur la plastique du jeune Goldblum et me lamenter sur son enlaidissement au fur et à mesure que le film avance. Sur ce, je vous souhaite à tous une bonne soirée, ainsi qu’un bon visionnage de La Mouche Noire!

Blanche Mt.-Cl.

Froide nuit d’hiver dans un cimetière en ruines… – Extrait de mes écrits: « Le Sang des Wolf » – Avril 2015

Très chers lecteurs de ce blog,

Voici le premier de mes écrits créatifs partagés sur ce blog! 🙂 Je l’avais annoncé, c’est chose faite! Cet extrait commémore ce jour où, il y a deux ans, je posais le point final au premier jet de mon roman Le Sang des Wolf. S’il a été depuis ré-écrit et si je l’ai mis en ligne sous forme de blog, je suis toujours à la recherche de nouveaux lecteurs, amateurs de fantastique, de polar, de surnaturel, d’humour et de meurtres en série sur fond de secrets de famille. Par ailleurs, j’ai eu des lecteurs de quinze à plus de quatre-vingts ans qui ont pareillement apprécié. Je profite donc de ce dimanche, où vous aurez peut-être du temps à tuer, installés sur votre canapé ou votre terrasse, armés de votre tablette ou de votre ordi portable… Prêts pour une incursion dans un cimetière en ruines?… C’est par ici!

PRÉLUDE: WOLFSBLUT

Des jurons brisèrent le silence. Des faisceaux lumineux balayèrent les arbres dénudés et les buissons noirâtres à travers le rideau de neige. Les bottes s’enfonçaient dans une boue grise, tandis qu’un vent glacé mordait les visages. Quatre soldats, armés de leurs torches et de leur révolver, suivaient les deux officiers de police s’aventurant en ces lieux obscurs.

« Si on m’avait dit que je pataugerais en pleine forêt vierge à Vienne…

− Mac Intosh, on vous a rien demandé !

− Bien, mon lieutenant. »

L’inspecteur Terwull menait la marche à travers le dédale végétal, écoutant distraitement les propos des soldats. Il avait appris un peu d’anglais lorsque la ville avait été libérée, et qu’il avait pu reprendre sa carrière dans la police en plein secteur américain. Cette nuit, on l’avait tiré de sa rêverie dans son bureau miteux pour l’amener avec son collègue Dorn au beau milieu de la jungle froide laissée par les Nazis en lieu et place du cimetière juif de Währing.

« J’aime pas ça, Rolf… » murmura Dorn entre ses dents, soufflant un léger panache cristallin devant lui.

Terwull demeurait silencieux. Il n’aimait plus vraiment parler depuis que de beaux messieurs blonds en long manteau noir étaient venus le chercher chez lui pour faire la causette, quelques années auparavant. Sur son passage, il scruta quelques pierres tombales brisées, à moitié couvertes de végétation morte, et scintillantes de givre à la lueur des lampes. Il y reconnut quelques étoiles de David. Il ne savait trop ce qu’il ressentait en ces lieux – indifférence, compassion envers les Juifs dont il avait en partie partagé le sort pendant la guerre, colère ou peur de ce qu’il allait découvrir.

« Que s’est-il passé exactement lieutenant Baker ? demanda Dorn aux Américains dans un anglais hésitant.

− On rentrait d’une patrouille, répondit Baker, un grand costaud avec une gueule d’affiche de cinéma. On s’est fait arrêter par deux types qui voulaient du feu pour leurs cigarettes. On est restés causer un moment avec eux, et c’est là qu’on a entendu… »

Il s’interrompit.

« C’était horrible. J’ai combattu dans la région en quarante-cinq, je sais reconnaître le cri presque inhumain d’un homme blessé…

− Je vous crois… » soupira Dorn d’un air las.

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Illustration du Sang des Wolf

Ah les cris, songea Terwull, encore fallait-il avoir encore la force de crier, pas comme ces pauvres diables qui s’étaient faits massacrer sans piper mot au camp… Il s’immobilisa soudain. Son regard s’était arrêté sur une traînée rouge maculant un tas pierreux entremêlé de racines et de croûtes de glace. Il s’écarta afin que ses compagnons admirassent le spectacle.

« Approchez-vous… Dirigez la lampe par là… asséna-t-il sèchement aux Américains, lorsqu’il contourna l’amas de pierres souillées.

− Il faut suivre ces traces ! » s’exclama Baker, tandis que ses trois hommes levaient leurs torches en tremblant, perçant une trouée lumineuse devant eux.

Quelle perspicacité, les Yankees ! Terwull réprima un sourire amer. Allemands ou Alliés, les occupants se ressemblaient sur un point : ils savaient toujours tout faire mieux que les flics ! Non sans malice, l’inspecteur s’avança en bondissant sur la pierraille, évitant comme il pouvait la bouillasse dans laquelle pataugeaient les Américains. L’un d’entre eux jura lorsqu’une branche basse lui gifla le visage. L’inspecteur retrouva des éclaboussures écarlates dans la boue à moitié gelée. Il regarda aussi loin que portait la lumière des lampes, et remarqua que la végétation se clairsemait. Dans cette direction, le sang semblait avoir dessiné un ruban rouge serpentant entre les fourrés. Terwull accéléra le pas, n’attendant même pas ses compagnons qui peinaient à le suivre.

« Attends, Rolf ! » lui intima Dorn qui courait presque sur ses jambes courtes.

Terwull se figea quand enfin il déboucha sur un terrain dégagé. Dorn et les Américains le rattrapèrent, puis s’arrêtèrent à sa hauteur. Le silence tomba comme une chape de plomb. Le cimetière, ou du moins ce qu’il en restait, s’étendait devant eux. Des fosses sombres dont nul ne voulait connaître le contenu, alternaient avec des monticules pierreux et des stèles gisant dans la neige boueuse. On s’était tant acharné sur ce sol qu’il semblait ne plus rien supporter de ce que l’homme avait pu y construire ou y enterrer, comme frappé d’indigestion. Terwull entendit Dorn claquer des dents. Ils ne devaient pas s’appesantir, ils étaient là pour quelque chose…

Quelque chose qui se rappela à eux par un léger éboulis. L’inspecteur, Dorn, le lieutenant et ses troufions sursautèrent comme un seul homme. Ils tournèrent la tête et dirigèrent leurs torches dans la direction d’où leur semblait provenir le bruit.

« Là ! » s’écria un soldat.

Terwull s’élançait déjà à l’assaut d’un mausolée tombé en ruine, couvert de gel et de sang. Baker lui courut derrière, tandis que ses hommes et Dorn se tinrent prudemment en retrait, torche et révolver braqués sur les ténèbres environnantes, au bout de leurs bras tremblants. A présent, ils entendaient tous clairement un grondement. Terminant difficilement leur courte ascension, l’inspecteur et le lieutenant se hissèrent sur les restes d’une tombe gravée de signes hébraïques. Une piste sanglante s’offrit à leurs yeux en contrebas, là d’où montait toujours ce grondement obsédant. Ils virent d’abord comme deux billes luisant dans le noir, au-delà du cercle lumineux dispensé par la lampe de Baker. Retenant son souffle, Terwull regarda la lumière glisser sur une imposante stèle artistement sculptée. Un grand loup y gisait, le flanc se soulevant et se rabaissant au rythme de sa respiration saccadée, la fourrure rouge de sang.

« Quoi ? s’étonna Baker. Tout ça… pour un loup ?

− Oui, mais comment est-il arrivé ici ? » répliqua l’inspecteur, sous le coup d’un étrange pressentiment.

Il regarda attentivement autour de lui.

« C’était quoi ça ? cria soudain Dorn derrière.

− De quoi ? lui jeta Terwull avec irritation.

− Là-bas, ça bouge, mon lieutenant ! » renchérit un soldat.

Pour lire la suite, c’est par ici! Je vous invite à vous reporter au résumé et à la table des matières! N’hésitez pas à commenter et à me faire part de vos impressions! Je vous souhaite une bonne lecture à tous, et un excellent dimanche! A bientôt pour d’autres extraits ou sur le site Le Sang des Wolf!
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Blanche Mt.-Cl.

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