Libérés, délivrés de Disney – La Reine des Neiges et autres contes (Hans Christian Andersen)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Dites donc, les p’tits loups, ça commence à faire un petit moment que les Aventures de Kyla dans Effacée et les contes squattent la chronique livre!… Mais ne vous en faites pas car bientôt…

… Vous serez LIBÉRÉÉÉÉÉÉÉÉS, DÉLIVRÉÉÉÉÉÉÉÉS… Car oui, en ce jour férié, je vais conclure mon exploration du monde des contes d’Andersen avec le recueil contenant La Reine des Neiges, histoire qu’on ne présente plus depuis le succès de Disney, adaptation de l’histoire éponyme parue au XIXe siècle – et certainement inspirée de récits folkloriques bien plus anciens. Mais en vous présentant cette histoire, je ne vous délivrerai pas seulement de l’univers des contes, mais aussi de cette soupe infâme en laquelle Disney a transformé ce récit à renfort de grosses ficelles tout sauf subtiles! 🙂 L’objet ne sera pas de cracher sur un dessin animé que vous avez peut-être aimé, mais de vous montrer un peu à quel point l’original est différent.

Je reviendrai également sur les autres récits qui émaillent le recueil, à savoir La Petite Poucette, La Cloche, Les Fleurs de la petite Ida et Les Cygnes sauvages, pour votre plus grand plaisir, je l’espère!

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Roi, enchanteur et prophète – Merlin (Stephen R. Lawhead)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Tout d’abord, je tiens à vous remercier pour avoir continuer à suivre ce blog malgré les nombreux loupés de ces dernières semaines. Et enfin nous y arrivons: je vais pouvoir enfin partager cette lecture avec vous après moult rebondissements dans mon emploi du temps de ministre! 🙂

Sans doute vous souvenez-vous, au travers de différentes chroniques dédiées au sujet, de mon intérêt pour la légende arthurienne et ce qui s’y rapporte. J’ai récemment entamé Le Cycle de Pendragon et chroniqué son premier tome, Taliesin, qui suivait le destin de la princesse atlante Charis et du barde breton Taliesin, les parents du célèbre enchanteur Merlin… qui donne son titre au livre.

Je l’ai terminé récemment, après que de nombreux endormissements lors de mes voyages en train quotidien m’aient empêchée d’avancer aussi vite que je l’aurais souhaité! Et pourtant, dès que j’ai été plus en forme, je l’ai dévoré… Ainsi que vous ramène dans « L’Île des Forts », surnom de la Bretagne antique, auprès d’un jeune garçon très particulier…

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Espiègleries en armure et roi de légende – Merlin (série, 2008-2012)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Tout d’abord, je tiens à m’excuser du retard accusé avec cette chronique. Le fait est que j’ai été plus fatiguée que prévu cette semaine, et je n’ai pas réussi à veiller assez longtemps le soir pour écrire… Mais qu’à cela ne tienne, voici une petite chronique tout en légèreté! Après la noirceur de ma dernière lecture, je vous emmène dans un « pays de légende, au temps de la magie », où tout commence par trois lettres magiques: B… B… C…

Peut-être cela vous donnera-t-elle l’envie de vous lancer dans une session de rattrapage ce week-end, qui sait? 😉 Bref, tout ça pour vous dire que j’ai décidé de m’y coller, suite à la lecture, sur le blog Mon Univers en Séries et en Livres, d’un article dédié au château de Pierrefonds, où fut partiellement tournée ladite série: Merlin.

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Arthur (mon futur mari) et Merlin, duo de choc de la série – Source: Allociné.fr

Série fantasy de cinq saisons diffusée entre 2008 et 2012 sur BBC One, elle a été créée par Julian Jones, Jake Michie, Johnny Capps et Julian Murphy, inspirés par le principe de Smallville (que je n’ai jamais regardé), dédié à la jeunesse de Superman. Ainsi, Merlin explore de manière très libre la légende arthurienne, par le biais de la jeunesse de deux personnages mythiques: le sorcier Merlin et le roi Arthur Pendragon. Pour anecdote, ce n’est pas moi qui ai commencé à suivre la série, mais mes parents, quand j’étais étudiante. Si eux ont tout de suite accroché lors de la première diffusion sur SyFy, j’ai d’abord eu du mal à adhérer avant de devenir la fan numéro un à la maison.

Je vous emmène donc dans un pays de légende, pour l’une de mes meilleurs surprises TV de ces dernières années…

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Humour – On sait enfin ce que Lucius Malefoy faisait de sa jeunesse…

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Une fois n’est pas coutume… Voici un peu d’humour ce dimanche, pour les « Potterheads » et les connaisseurs de science-fiction. Vous vous souvenez sans doute de la redoutable famille Malefoy, avec ses membres visiblement peroxydés dans les films de la saga Harry Potter. Vous êtes-vous déjà imaginé Lucius Malefoy en mode plus… comment dire? « Cool »?… Eh bien même si cool paraît un terme excessif concernant la famille Malfoy, vous ne pourrez plus vous empêcher de rire des Malefoy après ça…

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Finalement, Drago avait un… Daddy, Daddy Cool.

Mais d’où vient cette image? me demanderez-vous. C’est donc aussi un petit quart d’heure « culture » que je vous propose avec cette touche d’humour.

Il est clair que seul de gros aficionados ou geeks addicts de science-fiction peuvent reconnaître cet univers chatoyant. Il s’agit d’un extrait de Cosmos: 1999 (Space: 1999), une ancienne série de science-fiction déjà rediffusée quand j’étais petite, et en ce moment-même rediffusée sur le câble – ce qui m’a permis de meubler quelques nuits d’insomnie ces derniers temps. Le concept: en 1999, des humains se sont installés sur la base lunaire Alpha. Mais après une explosion nucléaire, la Lune quitte son orbite et dérive dans l’espace, emportant ladite base et ses habitants. Ils tombent régulièrement sur des civilisations extraterrestres aux looks improbables!

Si le postulat de départ est scientifiquement discutable, la série vaut surtout pour ses effets spéciaux quasi-inexistants et ses décors kitschissimes, elle est parfois à peine regardable et m’a valu quelques bons fou-rires, notamment avec des petits cousins pré-ado qui ont cru que la base Alpha était construite en Légo. Et quand j’ai vu cet alien décoloré tout de noir vêtu avec un maquillage sorti des années disco, je n’ai pas pu m’empêcher de noter la ressemblance avec ce bon Malefoy… Je me suis dit qu’il y avait de quoi rire un bon coup…

Si cette touche d’humour vous a plu, et si vous souhaitez explorer ce blog plus en avant, vous êtes les bienvenus! Sur ce, je m’en vais profiter de mes dernières heures de vacances, et vous souhaite un bon dimanche!

Blanche Mt.-Cl.

Si la magie était un film – « L’Illusionniste » (Neil Burger, 2006)

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Affiche du film – Source: Wikipedia.org

Titre: L’Illusionniste (The Illusionist)
Année de production: 2006
Réalisation: Neil Burger
Origine: Etats-Unis, République tchèque
Durée: 1h50
Distribution: Edward Norton, Jessica Biel, Paul Giamatti, Rufus Sewell

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Certains d’entre vous sont en vacances, et ont probablement envie de buller devant un bon film… Voici donc une nouvelle chronique cinéma. Comme vous l’avez déjà vu sur ce blog, je ne fais pas nécessairement l’apologie de grands classiques, car j’ai des goûts plutôt étranges. Donc voici un film qui pourrait faire figure d’OVNI sur ce blog… J’ai nommé L’Illusionniste, réalisé par Neil Burger en 2006. Une histoire de magie, de jalousie et de meurtre dans la Vienne impériale…

  • Le pitch

L’Illusionniste nous amène dans le Vienne de 1900, à l’époque de l’empire austro-hongrois. Les foules se passionnent pour les numéros d’Eisenheim (Edward Norton). L’inspecteur en chef Walter Uhl (Paul Giamatti), ne fait pas exception à cette règle et assiste régulièrement aux spectacles de cette illusionniste à la notoriété grandissante. Mais un soir l’héritier présomptif du trône, le prince Léopold (Rufus Sewell), présent à une représentation, envoie sur scène sa fiancée, l’archiduchesse Sophie von Teschen (Jessica Biel) quand Eisenheim cherche un volontaire pour l’un de ses tours. Mais si sur scène Eisenheim ne veut rien laisser paraître, il a bien reconnu Sophie, son amour d’adolescence dont il avait été séparé à cause de leurs rangs respectifs. La jeune femme l’a elle aussi reconnu, et décide de le revoir en secret, d’abord à titre amical.

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En coulisses, Uhl demande ses « trucs » à Eisenheim… – Source: Imdb.com

Quant à l’ombrageux prince Léopold, d’abord admiratif du talent d’Eisenheim, devient peu à peu jaloux de sa notoriété. D’autant plus que d’un naturel soupçonneux, il a chargé Uhl de faire suivre sa fiancé et a découvert que celle-ci avait des fréquentations peu adaptées à son rang. Léopold ne recule devant rien pour décrédibiliser Eisenheim et le faire passer pour un imposteur aux yeux de tous, et l’éloigner de Sophie. Celle-ci n’a jamais oublié son amour d’adolescence et entame bientôt une liaison avec lui. L’inspecteur Uhl, pour sa part, est mal à l’aise. En effet, il ne souhaite pas causer le moindre tort à un homme de spectacle qu’il admire, et n’a de cesse de le mettre en garde sur ses amitiés avec une dame de haut rang, et sur les conséquences de celles-ci.

Eisenheim semble prendre la chose avec sérénité… Jusqu’à ce qu’une tragédie arrive, et que la capitale bruisse de rumeurs sur ses pouvoirs surnaturels… Alors, l’illusionniste est-il détenteur de dons particulier, ou bien, comme il aime à le rappeler à Uhl, tout n’est-il qu’illusion?

  • Un film d’ambiance
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Retrouvailles scéniques d’Eisenheim et Sophie von Teschen – Source: Imdb.com

Comme le savent certains lecteurs, je suis fan d’histoire germanique, Allemagne et Autriche comprises. J’aime l’Art Nouveau et son pendant viennois, le Jugendstil emmené par le célèbre Gustav Klimt, dont les tableaux dégoulinant d’or et de sensualité me séduisent, j’aime l’architecture d’Otto Wagner… Donc je ne pouvais qu’être séduite par le contexte global du film, qui s’ancre dans les dernières années du régime impérial, à l’époque de Freud et de Klimt, quand Vienne était une ville pionnière dans bien des domaines de la culture et des arts. Certes, le film a principalement été tourné en République tchèque, à Tábor et à Prague. Mais la République tchèque est, au niveau de l’environnement et de l’architecture, ce qui ressemble le plus au Vienne du début XXe. Donc la plupart des films se déroulant à Vienne à l’époque impériale sont tournés en République tchèque – ce fut par exemple, le cas du monumental Amadeus de Milos Forman.

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Le mystérieux et fascinant Eisenheim – Source: Imdb.com

Ainsi, ce film vaut surtout pour son atmosphère si particulière. Visuellement, cela se trahit par un passage d’images extrêmement lumineuse à d’autres plus sombres, avec un effet, presque brumeux qui, hormis pour les dorés et les rouges, donne à certaines séquences un aspect rappelant les photos sépia. On y retrouve l’influence du mouvement Jugendstil, ce qui donne des décors extrêmement typés. Le début du film est très lumineux, chaleureux et certaines ambiances semblent correspondre aux personnages. Les ors et la lumière pour Eisenheim, paré d’une aura sombre dans les scènes intimistes et au fur et à mesure qu’il sombre dans la mélancolie. La belle Sophie – Jessica Biel est juste sublime dans ce rôle avec son sourire adorable – apparait toujours dans des tenues 1900 très claires, tandis que son fiancé Léopold porte toujours des uniformes et vit dans un château sombre décoré de morbides trophées de chasse (personnellement, je déteste ça, pour moi ça revient à exposer un cadavre dans son salon, ça me fout les boules). Quant à l’inspecteur Uhl, qui fait un peu l’intermédiaire entre les autres personnages, ses couleurs sont plus froides et plus nuancées.

On passe des intérieurs somptueux et des flashbacks bucoliques dans la jeunesse d’Eisenheim et de Sophie,  à des perspectives droites très « viennoises », à des scènes de spectacles flamboyantes, puis à un environnement forestier très brumeux très surnaturel. Le tout est servi par une bande originale magnifique signée Philip Glass. Auteur de plusieurs musiques de film, il est aussi l’un des compositeurs contemporains les plus influents, chantre de la musique minimaliste qui a influencé de grands noms comme Danny Elfman ou encore… Depeche Mode à leurs débuts. D’ailleurs, de générique de début nous hypnotise dès les premières mesures.

Je vous laisse donc, pour cette partie avec une scène qui pour moi reste la plus belle du film. Image, musique… tout y est! C’est en V.O. non-sous-titré, mais qu’importe. L’image parle d’elle-même. C’est magique!

  • Une intrigue bien ficelée qui capte l’attention

Heureusement, l’ambiance n’est pas tout. L’intrigue elle-même est fascinante. Je ne l’ai appris qu’il y a peu, mais L’Illusionniste est adapté d’une nouvelle signée Steven Milhauser, « Eisenheim the Illusionist ». Je ne l’ai malheureusement pas lue, mais d’après ce que j’ai compris, certaines libertés ont été prises avec l’histoire. Ne vous attendez pas à des scènes d’action, à des courses poursuites et à de la bagarre dans ce film somme toute assez contemplatif. Mais contemplatif ne veut pas nécessairement statique et ennuyeux. En effet, le film a un schéma narratif très particulier, qui joue avec les questionnements du spectateur, reconstituant le fil du mystère sur lequel enquête Uhl – la fameuse tragédie que je mentionnais – ainsi que l’histoire personnelle d’Eisenheim par le biais d’habiles flashbacks qui renforcent encore la légende autour de l’illusionniste. Bref, il ne fait que renforcer l’énigme Eisenheim quand on croit l’avoir déchiffrée.

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Le vénéneux prince Léopold – Source: Imdb.com

Des intrigues secondaires intéressantes permettent de garder le spectateur en haleine jusqu’au plan final (un final surprenant, d’ailleurs!). Nous avons bien sûr cet acharnement de Léopold envers Eisenheim qui, discrètement provocateur, prend un malin plaisir à titiller le chanceux fiancé à son grand amour, et la romance entre Sophie et son magicien. Quant à l’enquête d’Uhl, on nage en plein rêve.

Mais ce ne sont pas les seuls. Une sorte de complicité se noue peu à peu entre l’inspecteur Uhl et Eisenheim – je ne parlerai pas de bromance, ce serait tiré par les cheveux! Mais leur relation va bien plus loin que la simple fascination de la part de l’inspecteur pour un homme de talent, car on sent qu’ils n’ont rien l’un contre l’autre et s’estiment mutuellement. Cela permet également d’aborder la question sociale. En effet, tous deux sont des roturiers évoluant au milieu des « grands » – puisque les performances d’Eisenheim attirent l’aristocratie viennoise, et parce que l’inspecteur chef Uhl est en charge de la sécurité du prince Léopold. Tout au long de l’histoire, le policier n’a de cesse de rappeler au grand prodige de l’illusion qu’il souffrira nécessairement de cet amour pour une femme de haut rang, que des hommes comme eux ne pourront jamais nouer d’amitié sincère avec des gens de ce milieu. Je cite Uhl: « Ils n’oublieront jamais que je ne suis que le fils d’un boucher. »

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L’inspecteur Walter Uhl, songeur – Source: Imdb.com

Entre ces deux hommes qui peuvent se parler librement, la magie devient elle aussi un enjeu. Je vous montrais la fameuse scène de l’oranger qui émerveillait l’inspecteur, que l’on voit s’extasier dans le public. Eh bien le « truc » de l’oranger, ce numéro magnifique, fait l’objet d’un pari entre eux… mais vous n’en saurez l’issue qu’à la fin du film!

  • Des personnages captivants campés par des acteurs au poil

Pour finir les personnages sont eux aussi captivants, portés par des acteurs convaincus et convaincants.

Edward Norton est un acteur que j’aime beaucoup, capable de jouer sur des registres variés et qui incarne un Eisenheim… disons-le, sombre, magnétique et même sexy – alors qu’en soi, Ed’ n’est pas laid mais il n’est pas non-plus Apollon. Il magnifie ce personnage mélancolique et tourmenté, mais également espiègle et sûr de ses prouesses. Son seul point faible, qui nous rend ce « sur-homme » plus sympathique et humain, est son amour pour Sophie von Teschen.

Sophie, ah Sophie. Merveilleuse Jessica Biel. Bon, soyons honnêtes, je l’ai toujours trouvée très jolie. Dans L’Illusionniste, elle l’est encore plus lorsqu’elle sourit, délicate dans ses robes crème. Notre empathie vient du fait qu’aristocrate, elle se doit de faire un mariage d’intérêt et Elle campe une jeune archiduchesse très douce mais aussi déterminée et lucide sur les difficultés auxquelles elle doit faire face pour voir celui qu’elle aime réellement.

Car danger il y a… Je soulignais la personnalité difficile de Son Altesse Léopold. Dans le rôle nous retrouvons une vraie « tête de méchant/tête de con » – rappelez-vous Jasper dans The Holiday, ou Adhémar dans ChevalierRufus Sewell. Le fait est que cet homme, avide de pouvoir et de contrôle, complote non-seulement contre son oncle l’empereur, mais est aussi un véritable tyran dans l’intimité. C’est là que nous pouvons craindre pour la vie de la belle Sophie: en effet, ses deux précédentes fiancées seraient mortes rouées de coups… Bref, Rufus Sewell est au mieux de sa forme dans ce rôle d’enfoiré que l’on adore détester.

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La belle Sophie von Teschen – Source: Imdb.com

Enfin, le seul personnage réellement ou devrais-je dire, inconditionnellement sympathique est sans conteste l’inspecteur Walter Uhl, incarné par un Paul Giamatti débordant de bonhomie. Il a beau être lucide et méfiant, il n’en est pas blasé pour autant. Confronté de par son métier à des faits graves, il garde pourtant sa capacité d’émerveillement. Il n’est pas qu’un sous-fifre ou une machine au service du froid Léopold, il ne pousse jamais son professionnalisme jusqu’à faire un zèle injustifié, mais les conventions sociales du régime impérial ne lui donnent pas vraiment le choix. D’autant plus qu’il a à rendre des comptes aux membres de la famille impériale, dont le pouvoir est alors absolu. Je ne dirais pas qu’il incarne le « bon sens populaire » (en plus je n’aime pas cette expression) Sa lucidité l’oblige à se rappeler d’où il vient, et à appréhender les risques qu’il prend s’il venait à manquer à ses devoirs. Il respecte son « adversaire » par obligation, Eisenheim, tout en essayant de conserver sa froide distance d’enquêteur, et en se montrant bienveillant. Même s’il ne distille pas autant de mystère qu’Eisenheim, il reste un personnage profondément humain aux multiples facettes, ce qui le rend aussi complexe que l’illusionniste, quand bien même la distance entre lui et le spectateur est moindre.C’est finalement à lui que le spectateur est le plus susceptible de s’identifier, dont il partage les inquiétudes et la fascination.

  • Conclusion

J’ai pu voir sur Internet que les avis sur ce film sont assez mitigés, mais qu’il est généralement mieux noté par les spectateurs que par la presse (en même temps, hormis quelques magazines sympas, la presse culturelle se plait souvent à « péter plus haut que son cul »). Pour ma part, je ne trouve pas que L’Illusionniste révolutionne le genre, mais pour en avoir parlé avec quelques amis, j’ai pu constater que nous avions tous été séduits par les mêmes choses – l’atmosphère, la prestation des acteurs et ce final déroutant. Bref, c’est un tour de magie d’une heure cinquante, esthétiquement plaisant qui nous berce et nous fait passer une bonne soirée dans un univers feutré, agrémenté d’images oniriques et hors du temps.

Bref, j’espère vous avoir donné l’envie de découvrir, ou de redécouvrir cette histoire à la beauté fascinante, qui vous emmène dans un univers sombre et beau…

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Eisenheim en pleine réflexion – Source: Imdb.com

Et en plus, je me rends compte, à écrire dessus, que dès que j’ai les moyens, j’aurais bien envie de me refaire un petit voyage en Autriche, et de visiter Vienne sur la trace du Sang des Wolf. Arpenter ces belles avenues et voir ces belles perspectives, m’émerveiller devant la magie des lieux et imaginer Eisenheim quelque part là-bas… D’autant plus que ça me ferait retrouver un peu d’inspiration pour mes écrits, car je bloque un petit peu en ce moment… Et un voyage créatif sur ces terres légendaires d’Europe Centrale, ce serait un super sujet de post, non? 🙂

Mais en attendant, que diriez-vous d’un film de loup-garou pour la prochaine chronique ciné?

Blanche Mt.-Cl.

Une romance intemporelle? – « La Belle et la Bête » (1740/1757)

Très chers lecteurs et lectrices des Mondes de Blanche,

Voici, je l’espère pour votre plus grand plaisir, la présentation de l’un des contes les plus connus, dont il existe des variantes dans le monde entier. J’ai nommé cette fameuse histoire que nous connaissons en Europe sous le titre de la Belle et la Bête, qui nous raconte comment une belle et douce jeune fille s’est finalement attachée à une bête hideuse.

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Couverture de mon exemplaire personnel de La Belle et la Bête (Les illustrations présentées ensuite en sont extraites)

Avec la sortie de l’adaptation cinématographique signée Christophe Gans l’an dernier, le conte est redevenu à la mode et a été ré-édité dans différentes collections, ce qui n’est pas pour déplaire aux curieux avides de « folklore » et de littérature… Fascinée par les histoires de métamorphose comme la lycanthropie, et me questionnant sur la part d’animalité en chaque être humain, je n’ai évidemment pas pu résister à redécouvrir une histoire qui pour moi, est une des plus romantiques jamais écrites – et aussi l’un des seuls Disney que j’aime vraiment. Je me suis donc offert une très belle édition, avec des reproductions d’illustrations anciennes.

Mais qu’y ai-je découvert?

  • Un conte fixé au XVIIIe siècle

Mais de quel conte, ou plus exactement, de quelle version du conte s’agit-il? Dans l’intitulé des livres pour enfant, vous avez probablement déjà lu « d’après Madame Leprince de Beaumont ». Il s’agit en effet de la version la plus simple et la plus connue du conte, publiée vers 1757. Jeanne-Marie Leprince (1711-1780), qui ajoute à son nom de plume celui de son époux, avec qui elle n’est restée mariée que peu de temps avant annulation de leur mariage. Vivant une vie mouvementée comme gouvernante à l’étranger et en France après une éducation au couvent, elle est reconnue pour ses talents d’éducatrice et de femme du monde qui lui ouvrent des portes. Femme en avance sur son temps, elle entend par ses écrits promouvoir la femme par l’éducation, et dans un recueil destiné aux enfants, son Magasin des enfants, elle abrège l’histoire déjà existante de la Belle et la Bête, pour en faire la version la plus simple et la plus populaire que nous connaissons tous.

En effet, La Belle et la Bête a été publié pour la première fois en France par Madame Gabrielle-Suzanne de Villeneuve (1685-1755), femme issue de la noblesse Rochelaise, qui après dilapidation de sa dot par un époux joueur et un veuvage qui la laisse sans ressource, décide de se lancer dans la carrière littéraire pour s’assurer un revenu, ce qui lui attire les faveurs d’un dramaturge de l’époque, Crébillon père (1674-1762) – que nous avons oublié aujourd’hui. Elle aurait entendu pour la première fois le récit de la Belle et la Bête par l’une de ses femmes de chambre, au cours d’un voyage en bateau vers l’Amérique. L’histoire est alors publié en 1740, dans un recueil intitulé La Jeune Américaine et les contes marins. Le récit comprend une longue partie dédiée à l’histoire passée de la Bête, à ses origines, qui est passée sous silence par Madame Leprince de Beaumont.

  • Quelques différences dans le récit
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Le père de la Belle surpris par la Bête – Illustration en lithographie coloriée – ©RMN-Grand Palais (MuCEM)/ Franck Raux

Un riche marchand perd toute sa fortune et se voit contraint de partir vivre à la campagne avec ses trois fils et ses trois filles. Si les deux aînées sont capricieuses et futiles, la plus jeune cumule les qualités. Non-contente d’être une maitresse de maison accomplie capable de garder viable la modeste demeure, elle est d’un caractère à la fois doux et volontaire, mais cultive également son esprit par de nombreuses lectures et l’apprentissage de la musique. Et ce qui ne gâche rien, la demoiselle est plutôt jolie, d’où son surnom de la Belle. Si son père et ses frères l’adorent, ses soeurs en sont terriblement jalouses.

Mais un jour, leur père reçoit une bonne nouvelle: des navires à lui, avec à leur bord une cargaison précieuse, ont été retrouvés, lui assurant ainsi un grand retour de fortune. Avant son départ pour la ville, ses filles aînées lui réclament des présents – robes, bijoux, animaux de compagnie, etc. … Quant à la Belle, elle lui demande une simple rose. Malheureusement, le père apprend que ses navires se sont abîmés en mer. Désespéré, le pauvre homme reprend le chemin du retour mais se perd en forêt. Quelle n’est pas sa surprise quand il se trouve face à un somptueux château. En rentrant pour demander l’hospitalité, il trouve une table prête et se rassasie, avant de se retirer dans une chambre et de dormir. Le lendemain matin, il parcourt les jardins et découvre un magnifique massif de roses. Il décide d’en prendre une pour la ramener à la Belle, mais à peine la touche-t-il qu’une bête affreuse apparaît, l’accusant de voler ses fleur après qu’elle lui ait offert son hospitalité pour la nuit. Suppliant pour garder la vie sauve, l’homme lui apprend qu’il tient à faire ce présent à sa plus jeune fille. La bête lui propose de rentrer faire ses adieux et de revenir vers lui, ou d’envoyer l’une de ses filles à sa place.

Effrayé, le marchand rentre chez lui et raconte l’histoire à ses enfants. Belle s’offre alors de repartir à sa place. Selon les versions, elle part seule ou accompagnée de son père. Une fois seule, elle découvre les merveilles du palais de la Bête. Chaque soir au dîner, elle rencontre la Bête qui lui demande de l’épouser, ou dans la version de Villeneuve, de coucher (!) avec elle. A chaque fois, la Belle, si elle assure le seigneur des lieux de son amitié, se refuse à lui. Sur son séjour, Madame de Villeneuve est plus bavarde. La jeune fille découvre des objets animés, de petits singes et des perroquets qui lui tiennent compagnie en attendant l’arrivée de la Bête au dîner, des miroirs magiques lui offrant une fenêtre sur les contrées les plus exotiques. La nuit, elle rêve d’un bel inconnu qui l’appelle à l’aide et dont elle s’éprend, bien qu’il s’agisse d’une vision.

Pourtant, aussi bien chez Madame de Villeneuve que chez Madame Leprince de Beaumont, la Belle se languit de sa famille et particulièrement de son père qu’elle voit dépérir de chagrin dans un miroir magique. Elle demande alors à la Bête de lui rendre visite. Celle-ci la laisse faire, contre la promesse de revenir très vite, sinon, la Bête en mourrait. La jeune fille promet de revenir et se met en route. Elle revoit sa famille et son père se rétablit quasiment… instantanément. Alors que la Belle se prépare à rejoindre la Bête, ses soeurs, jalouses de la beauté de ses vêtements et du confort qu’elle connaît au château de la Bête, la piègent pour l’empêcher de partir. Désemparée, la Belle parvient à s’enfuir et à rejoindre sa Bête, mais elle ne la trouve pas au palais. Elle l’attend, la cherche, l’appelle. Mais la Bête n’apparaît pas. La Belle finit par la trouver dans ses jardin, couchée et mourante de chagrin. Elle jure alors à la Bête de demeurer avec elle, de l’épouser car elle s’est rendue compte de ses sentiments. La Bête devient alors un beau prince.

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La Belle réconfortant la Bête – Illustration par Adolphe Mouilleron, 1844. ©Collection Jonas/Kharbine-Tapabor

Et voici que les deux versions divergent… car Madame Leprince de Beaumont achève son histoire ici, quand la Belle épouse la Bête devenu prince. Mais Madame de Villeneuve en fait le fameux amoureux onirique de la Belle, qui l’appelait à l’aide dans ses rêves, car il ne pouvait le faire sous l’apparence de la Bête. On apprend donc que ce prince a été victime d’une malédiction dans sa jeunesse, car sa mère, une fée, a commis la folie de s’unir à un humain – le roi et père du prince. Et alors là… rebondissement capillotracté s’il en est! En effet, la mère du prince ne veut pas de l’union entre son fils et la Belle, qu’elle n’estime pas digne de lui. Et à travers un autre récit, on découvre que la jeune fille n’est finalement autre qu’une enfant des fées, cousine du prince, cachée dans une famille humaine pour fuir la vindicte de méchante fée. Et cela explique bien sûr sa beauté et sa nature bienveillante, et sa destinée royale au côté d’un prince.

  • La morale de l’histoire

J’avais entendu parler de la psychanalyse des contes de fées par Bettelheim, et je m’attendais à percevoir, derrière des propos très innocents, une certaine tension sexuelle entre les personnages – à savoir l’attraction de la Belle pour cette bestialité en face d’elle. Je connaissais de plus les ré-interprétation d’Angela Carter dans son recueil La Compagnie des Loups, colorée d’un érotisme très subtil. Or, hormis cette demande de la Bête de dormir auprès de la Belle – certes osée pour l’époque – dans la version de Madame de Villeneuve, je n’ai rien vu de tout cela. Il en est de même pour le côté romantique du conte, toujours présenté comme « une histoire d’amour légendaire », impression confortée par les différentes adaptations que j’aie pu en voir.

J’ai été très étonnée de n’y déceler aucun romantisme, et de voir que les sentiments des protagonistes ne soient pas plus mis en avant. Sans doute à cause de mon point de vue de lectrice du XXIe siècle. De plus, il y était clairement dit dans la morale de l’histoire que la vertu d’une jeune femme était toujours récompensée. J’y ai donc vu une sorte d’injonction aux femmes du XVIIIe siècle, avec cet attachement de la Belle à son geôlier, à épouser le premier mari qu’on leur imposerait, et de supporter patiemment ses approches, même si le larron était vilain comme un cul de singe, car l’amour « pouvait toujours venir »… Bref, rien de très, très ragoutant et glamour pour moi, rien qui puisse flatter ma fibre romantique. Finalement, au vu des parcours des deux auteurs, j’ai quelque peu révisé mon jugement.

Tout d’abord, dans ses écrits relatifs à l’élaboration de La Belle et la Bête, Madame Leprince de Beaumont, très pédagogue et intéressée à l’édification de la jeunesse, expliquait vouloir apprendre à ses jeunes élèves à faire la distinction entre beauté extérieure et beauté intérieure, entre laideur extérieure et laideur intérieure, à admettre que derrière une apparence affreuse pouvait se cacher un être digne d’intérêt de par ses grandes qualités morales. En soi, c’est encore quelque chose qu’on nous apprend quand on est enfant. Cependant, j’ai fait l’erreur de ne voir en la Belle qu’une petite fille soumise à un père indigne qui la laisse se sacrifier à sa place, atteinte d’un fichu syndrome de Stockholm.

Mais j’ai découvert – cela n’engage que moi – une autre façon de lire le conte. Je mentionnais dans la première partie de ce post les idées de Madame Leprince de Beaumont concernant l’éducation des filles et leur émancipation. Mais si l’on prend en compte la situation des femmes en ces temps-là, elles n’étaient pour la plupart considérées que comme des marchandises et mariées selon les projets et intérêts des familles, comme les jeunes hommes car personne ne s’appartenait vraiment dans les sociétés occidentales d’Ancien Régime. Mais à la différence des hommes, leur éducation ne les poussait pas à développer leurs capacités ou à s’épanouir dans un métier, mais juste à devenir épouse et maitresse de maison. Nous avons aussi pu voir que mesdames de Villeneuve et Leprince de Beaumont ont toute deux fait des mariages malheureux et ont oeuvré pour garder leur indépendance financière. Je me demande donc si par « vertu », elle n’entendrait pas, outre cette « sacro-sainte » virginité imposée aux filles de l’époque, non-seulement les qualités morales, mais aussi les capacités intellectuelles. N’oubliez pas que la Belle, douce et compatissante, ne néglige pas de lire et de faire de la musique. Dans l’opus rédigé par Madame de Villeneuve, elle s’intéresse au monde qui l’entoure et voit des pièces de théâtre à travers les fenêtres magiques de la Bête. Elle n’est donc pas aussi unidimensionnelle qu’elle peut le paraître au début, à l’instar de la Blanche-Neige du conte de Grimm.

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La Belle s’émerveillant devant la volière de la Bête – Illustration pour Contes de fées, Hachette, 1866. © Collection Kharbine-Tapabor

Je n’aurai malheureusement jamais l’opportunité de poser la question à ces dames de Villeneuve ou de Beaumont… mais finalement, c’est bien la Belle qui fait tourner la baraque, si j’ose dire. Son père est devenu pauvre et doit s’exiler dans une chaumière à la campagne?… Qu’à cela ne tienne, comme un bonhomme, elle n’hésite pas à se salir les mains pour aller s’occuper du jardin et du potager, pour soutenir son père, quand ses deux soeurs, des enragées coquettes, se complaisent dans leur malheur et refusent de mettre la main à la patte. Quant à ses frères, ma foi, les auteures ne développent pas sur ce point, et je n’ai aucune idée de ce qu’ils font vraiment. C’est donc la Belle le pilier de la maisonnée, le « soutien de famille », comme on le dit aujourd’hui. Et quand bien même elle paraît vulnérable face à la puissance de la Bête, elle n’est plus, à la fin, la demoiselle en détresse qui attend après son prince, mais c’est elle qui par sa détermination va partir retrouver la Bête et la sauver de l’infâme malédiction dont elle est victime.

De même, lorsqu’elle se refuse à la Bête, outre cet « honneur » de jeune fille qu’elle pourrait souhaiter conserver, la Belle exprime plus un sentiment personnel – à savoir qu’elle s’excuse auprès de la Bête de son incapacité à pouvoir lui offrir autre chose que son amitié… car elle ne trouve pas son compagnon attirant. D’ailleurs, dans la version de Madame de Villeneuve, la transformation du prince en bête, n’est pas que physique, mais aussi mentale. Son âme est emprisonnée dans la sauvagerie et la « stupidité » de l’animal, d’où l’obligation de communiquer par des rêves avec la Belle. La Bête est donc doublement repoussante pour une jeune fille avec de la jugeotte. Cette honnêteté m’a bien plu. D’ailleurs, les filles, on a beau être adorables et bienveillantes, soyons honnêtes… vous partageriez votre plumard avec la Bête? Surtout si en plus d’être laid, difforme, velu, cornu ou tout ce que vous voulez, il vous paraît bébête? On peut être gentille, mais il y a un moment où ça ne doit pas devenir dégradant non-plus!

Fait intéressant: si la Belle finit par développer un réel attachement pour la Bête, elle n’y est pas contrainte. Je pense donc qu’en un sens, Madame de Villeneuve comme Madame Leprince de Beaumont, femmes de lettre à la vie peu conformiste, veulent montrer aux jeunes filles qu’elles sont des individus à part entière, qu’elles n’ont pas à céder, qu’elles peuvent développer leurs capacités et leur personnalité, et peut-être avoir la chance de trouver un compagnon digne d’elles, avec qui partager leur vie, et et avec des qualités propres à les rendre heureuses – il faut savoir que les deux auteures ont aussi eu, une fois leurs mariages malheureux terminés, une vie sentimentale… digne d’un roman. J’ai donc nuancé mon jugement quant au message adressé aux filles dans ce conte, quand bien même il ne suit pas une certaine conception de l’amour romantique, passionné et déraisonnable, et ne s’attarde pas sur les sentiments.

  • Conclusion – Réinterprétation et adaptations

Ce sont finalement les adaptations du conte qui ont influencé notre perception de ce conte très populaire.

Jean Cocteau en a fait en 1946 une sorte de fable onirique à la beauté formelle inégalée, nous emmène dans un manoir où les objets murmurent et s’animent, ou passer une porte transforment une tenue de fille de ferme en robe somptueuse, où les bougies s’allument seules pour éclairer la route du visiteur. Cocteau s’est également penché sur les travers des protagonistes de l’entourage de Belle: ceux-ci, entre la lâcheté du frère de Belle, Ludovic, et l’arrogance et l’avidité d’Avenant, le beau jeune homme (incarné par Jean Marais) amoureux de Belle, qui souhaite récupérer à la fois la fille et la fortune de la Bête, mettent l’accent sur cette différence entre beauté physique et beauté morale. Cocteau est donc resté dans l’optique du conte de fée avec sa morale, et après cette oeuvre, je m’attendais à trouver dans le conte « original » la même magie.

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La Belle retrouvant la Bête mourante – Illustration en lithographie coloriée – ©RMN-Grand Palais (MuCEM)/ Franck Raux

Cette magie a été également mise en avant dans La Belle et la Bête réalisé par Christophe Gans en 2014, dans des décors colorés et foisonnants, qui font la part belle à la végétation et aux objets luxueux, tout en explorant librement le passé de la Bête, par rapport à la version de Madame de Villeneuve. Quand bien même cette intrigue secondaire n’existe pas dans les contes, j’ai apprécié le retour sur cette histoire d’amour malheureuse entre ce prince et sa précédente épouse, et sur cette punition des dieux pour la bestialité dont faisait preuve ledit prince lors de ses parties de chasse. C’est d’ailleurs le seul point qui m’ait plu, avec cette présence de Vincent Cassel, dont le magnétisme animal collait parfaitement au rôle de la Bête, car je n’ai pas adhéré au jeu des acteurs – en particulier Léa Seydoux qui n’a pas vraiment rendu la Belle attachante malgré son petit côté effronté qui aurait pu la rendre intéressante – et à la débauche d’effets spéciaux dans la scène finale de l’attaque du Palais. C’est bien dommage, car il y avait vraiment de quoi donner un souffle à cette très belle histoire.

Etrangement, pour moi, l’une des meilleures adaptations qui en a été faite date de 1991… Il s’agit du dessin animé de Disney, La Belle et la Bête. Peut-être parce qu’il a réussi à mettre l’accent à la fois sur la magie des lieux, avec la création d’objets animés inspirés du film de Cocteau, sur le contraste entre la douceur potentielle de la Bête et la bêtise et la violence humaines incarnées par ce gros con de Gaston (imaginez Avenant du film de Cocteau avec le Q.I. de Johnny Bravo…), et sur la force des sentiments qui unissent les deux protagonistes principaux. La Belle y est une sorte d’alter-ego de la Bête, dans le sens où elle est différente – le nez dans les bouquins, la tête dans la lune, une sorte de proto-geek, peu encline à céder aux avances de Gaston considéré comme beau mais qu’elle trouve inintéressant – isolée et somme toute assez solitaire. Elle ne peut que compatir à la situation de la Bête, qu’elle pousse à donner le meilleur d’elle-même. Elle est à mon sens la parfaite synthèse entre la Belle des dames de Villeneuve et de Beaumont et d’une jeune fille moderne, forte et sûre de ses choix (quand bien même elle devient une princesse à la fin…) qui n’hésitera pas à faire la première une déclaration d’amour passionnée et désespérée. Finalement, et de façon inattendue car les productions Disney ne brillent pas nécessairement par leur subtilité, ce sont bien les studios du bon vieux Walt qui ont su capter l’essence du sentiment amoureux – dans les gestes des personnages, c’est flagrant! – et donner à cette histoire le souffle romantique qu’il lui manque au lecteur moderne dans les deux versions présentées ci-dessus. Car il faut aussi comprendre que c’est bien plus tard, avec la vague romantique, que les sentiments ont fait leur grand retour en littérature!

En revanche, elles sont une véritable mine d’or pour qui est curieux de littérature et d’histoire des mentalités. Et surtout, j’espère vous avoir donné quelques clés pour ne pas commettre la même erreur que moi en jugeant trop sévèrement ces oeuvres. Sur ce, je vous laisse avec les références de mon livre pour le plaisir des yeux, et vous souhaite une bonne lecture!

Titre: La Belle et la Bête
Auteur: Madame de Villeneuve/ Madame Leprince de Beaumont
Editions: Editions du Chêne
Collection: Littérature
160 p.
Parution: Octobre 2013
Prix: dès 10,90 € en occasion

Blanche Mt.-Cl.

Film Fantastique Jeunesse – « L’Apprentie Sorcière » (1971)

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Affiche (Source: Disney.fr)

Titre: L’Apprentie Sorcière (Bedknocks and Broomsticks)
Année de production: 1971
Réalisation: Robert Stevenson
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h53 (2h14 pour la version rallongée
Distribution: Angela Lansbury, David Tomlinson, Cindy O’Callaghan, Ian Weighill, Roy Snart…

Comme c’est mercredi, certains enfants n’ont peut-être pas école cet après-midi. En réalité, j’ai du mal à retenir le nouveau rythme scolaire. Mais peu importe. Si vous souhaitez distraire vos têtes blondes, voici l’un des films que je préférais étant enfant: L’Apprentie Sorcière, adaptations de livres pour enfants britannique, sorti bien avant les adaptations cinéma de Narnia ou Harry Potter, mais un peu après Mary Poppins… mais qui ravira les amateurs de ces différents genres. Et pourtant, il fut un échec commercial relatif, qui fit que les studios Disney ne produisirent plus de comédies musicales. Le film eut plus de succès lorsqu’il ressortit à la fin des années 1970 et au début des années 1980.

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Carrie, Charlie et Paul lors de leur première rencontre avec Miss Price (Source: Notonbluray.com)

De quoi est-il question? Durant la Seconde Guerre Mondiale, Carrie, Charlie et leur petit frère Paul, sont, comme des milliers d’enfants britanniques, envoyés à la campagne pour échapper aux bombardements des grandes villes. Après la mort de leur tante dans une explosion, ils arrivent dans un charmant village côtier et confiés contre son gré à Miss Eglantine Price (Angela Lansbury), une jeune femme légèrement excentrique, mais aussi appréciée que convoitée, qui, au grand étonnement de son entourage, ne s’est jamais mariée. Ce qu’ils ne savent pas, et que les enfants vont bientôt découvrir alors qu’ils tentent de s’enfuir de chez elle, c’est que la dame s’amuse, pendant la nuit, à voler sur des balais et à pratiquer la magie dans sa remise. Ils décident de rester et de lui faire acheter leur silence quant à son secret. En effet, Miss Price suit des cours de sorcellerie par correspondance, afin de développer de nouveaux talents de magicienne et de contribuer ainsi à l’effort de guerre. Mais quand elle apprend par courrier qu’en raison de la guerre, ses cours vont cesser, elle ne peut accepter d’interrompre son cursus de sorcière et d’abandonner ses projets pour repousser les Allemands. La lettre est signée professeur Emélius Browne (David Tomlinson – vous savez, Monsieur Banks dans Mary Poppins!)Elle use un sort pour gagner Londres avec Carrie, Charlie et Paul à bord d’un lit volant et de chercher le professeur… qui se révèle être un imposteur et un pleutre, un escroc qui squatte une maison abandonnée à Londres, et qui n’a fait dans ses « cours » que recopier les sorts d’un vieux grimoire. Or il manque une partie du livre – la vraie raison de la fin des cours. Commence alors une folle aventure à travers Londres et autres lieux magiques, à la recherche des pages manquantes et du fameux sort qu’elles abritent…

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Eglantine Price et Emélius Browne, dansant sous l’océan (Source: Fanpop.com)

Voici donc, à mon avis, une histoire prenante qui n’a rien à envier à certains chefs d’oeuvre de la littérature jeunesse! Pour ma part, je pense qu’on peut l’apprécier aussi bien quand on est enfant qu’adulte! Dans la veine de Mary Poppins, ce film mélange habilement quelques séances musicales – dont la mémorable scène de Portobello Road avec ces numéros de danses exotiques dont nous gratifient les régiments du Commonwealth stationnés à Londres, un peu cliché mais sympathique, ou la séquence en animation sous la mer – film traditionnel et animation – les aventures sur l’île magique de Naboombu et cet hilarant match de foot avec des animaux parlants, arbitré par Emelius Browne!

Les personnages sont très sympathiques, et comme d’habitude, Angela Lansbury joue très bien. Elle y campe une « vieille fille » convoitée et excentrique, avec du caractère, qui n’hésite pas à recourir à des sorts pour obtenir ce qu’elle veut. Cela lui vaut d’ailleurs quelques déconvenues, puisque n’usant pas de magie noire, ses sorts ne sont pas bien méchants, et ont, au vu de sa maladresse de débutante, des résultats parfois inattendus. Elle évolue beaucoup, puisqu’elle découvre ce qu’est la « vie de famille » avec les trois garnements qu’on lui a confiés, et à qui, au fil de ses aventures, elle finit par s’attacher. J’ai d’ailleurs pu lire qu’elle était bien plus charmante dans le film que dans le livre… Les trois enfants sont, quant à eux, plutôt futés: Charlie, l’aîné sceptique et pragmatique marqué par la guerre qui redécouvre son âme d’enfant et un papa de substitution avec le professeur, la douce et coquette Carrie (la petite a une bobine trop mignonne!), et le plus jeune, Paul, qui s’émerveille de tout. Quant au professeur Emelius Browne, comme on s’y attend, il s’améliore au fur et à mesure de l’histoire… sous l’influence d’Eglantine et de leur idylle naissante, bien sûr!

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Miss Price expérimentant le sort de « substitutiari-locomotion » sur ses propres affaires (Source: Pinterest.com)

Le film a reçu un Oscar pour ses effets spéciaux en 1972 et je dois avouer que ces fameux effets – hormis le défilé de lumières psychédéliques lors du voyage en lit – n’ont pas pris une ride. Ce qui est étonnant quand on compare à certains films plus récents! D’ailleurs, sur ce sujet, je ne peux pas vous en dire plus sans un léger petit spoiler, mais certaines scènes sont vraiment du grand art, comme celle où Eglantine anime des objets! Après des années j’aime toujours autant Emelius Browne se battre avec une paire de gants de jardinages pour danser avec la chemise de nuit d’Eglantine! Quant à la scène finale… elle est vraiment à couper le souffle, et à elle seule vaut la peine de voir le film!

Bref, c’est un film que je vous recommande vivement, pour vous, vos petits frères, vos petits cousins ou vos enfants… et même pour vous-même, histoire d’animer vos soirées ou après-midi! Pour ma part, même lorsque j’étais enfant, mon frère et moi ne voyions pas les deux heures du film passer! Je vous laisse avec sa bande annonce, et vous souhaite de passer un bon moment avec Miss Price et ses chenapans:

(A noter que l’image est bien plus belle sur l’édition DVD…)

Blanche Mt.-Cl.