Retrouvailles avec l’Ange de la Musique – Le Fantôme de l’Opéra (Gaston Leroux)

Le fantôme de l’Opéra a existé. Ce ne fut point, comme on l’a cru longtemps, une inspiration d’artistes, une superstition de directeurs, la création falote des cervelles excitées de ces demoiselles du corps de ballet, de leurs mères, des ouvreuses, des employés du vestiaire et de la concierge.
Oui, il a existé, en chair et en os, bien qu’il se donnât toutes les apparences d’un vrai fantôme, c’est-à-dire d’une ombre.

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Vous avez vu la petite couv’, violette comme le blog?… C’est le destin, je vous dis, le destin…

J’espère que votre mois de juin a bien commencé! 🙂 C’est qu’il file et j’ai encore repoussé d’autres articles – dont le fameux article illustré sur Star Wars – et j’ai même, horreur suprême, lâché mon MOOC alors que ça m’intéresse, mais pour le coup, il est tombé au mauvais moment. Bref, ma vie est une course contre la montre et une lutte permanente pour ne pas m’endormir n’importe où, ou pour que je ne pleure pas à n’importe quelle broutille. Au bureau notamment, mais rassurez-vous j’ai enfin fait ma demande de congés, et j’espère enfin avancer dans mes projets perso malgré une fatigue persistante. Mais nous y voilà, vous avez enfin une chronique ayant trait à l’une de mes autres grandes lectures d’avril. Ou plutôt relecture.

Car, fait exceptionnel, j’ai relu un ouvrage, à savoir l’une de ces lectures absolument mythiques qui ont bercé mon adolescence : Le Fantôme de l’Opéra, auquel j’avais dédié un article quand ce blog n’en était qu’à ses balbutiements. Suite à quelques petites anecdotes que je vous conterai plus loin dans l’article, j’ai décidé de relire ce roman qui a suscité moult adaptations. Je vous emmène dont dans cette véritable ville dans la ville qu’est le Palais Garnier… Continuer la lecture de Retrouvailles avec l’Ange de la Musique – Le Fantôme de l’Opéra (Gaston Leroux)

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Si la magie était un film – « L’Illusionniste » (Neil Burger, 2006)

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Affiche du film – Source: Wikipedia.org

Titre: L’Illusionniste (The Illusionist)
Année de production: 2006
Réalisation: Neil Burger
Origine: Etats-Unis, République tchèque
Durée: 1h50
Distribution: Edward Norton, Jessica Biel, Paul Giamatti, Rufus Sewell

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Certains d’entre vous sont en vacances, et ont probablement envie de buller devant un bon film… Voici donc une nouvelle chronique cinéma. Comme vous l’avez déjà vu sur ce blog, je ne fais pas nécessairement l’apologie de grands classiques, car j’ai des goûts plutôt étranges. Donc voici un film qui pourrait faire figure d’OVNI sur ce blog… J’ai nommé L’Illusionniste, réalisé par Neil Burger en 2006. Une histoire de magie, de jalousie et de meurtre dans la Vienne impériale…

  • Le pitch

L’Illusionniste nous amène dans le Vienne de 1900, à l’époque de l’empire austro-hongrois. Les foules se passionnent pour les numéros d’Eisenheim (Edward Norton). L’inspecteur en chef Walter Uhl (Paul Giamatti), ne fait pas exception à cette règle et assiste régulièrement aux spectacles de cette illusionniste à la notoriété grandissante. Mais un soir l’héritier présomptif du trône, le prince Léopold (Rufus Sewell), présent à une représentation, envoie sur scène sa fiancée, l’archiduchesse Sophie von Teschen (Jessica Biel) quand Eisenheim cherche un volontaire pour l’un de ses tours. Mais si sur scène Eisenheim ne veut rien laisser paraître, il a bien reconnu Sophie, son amour d’adolescence dont il avait été séparé à cause de leurs rangs respectifs. La jeune femme l’a elle aussi reconnu, et décide de le revoir en secret, d’abord à titre amical.

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En coulisses, Uhl demande ses « trucs » à Eisenheim… – Source: Imdb.com

Quant à l’ombrageux prince Léopold, d’abord admiratif du talent d’Eisenheim, devient peu à peu jaloux de sa notoriété. D’autant plus que d’un naturel soupçonneux, il a chargé Uhl de faire suivre sa fiancé et a découvert que celle-ci avait des fréquentations peu adaptées à son rang. Léopold ne recule devant rien pour décrédibiliser Eisenheim et le faire passer pour un imposteur aux yeux de tous, et l’éloigner de Sophie. Celle-ci n’a jamais oublié son amour d’adolescence et entame bientôt une liaison avec lui. L’inspecteur Uhl, pour sa part, est mal à l’aise. En effet, il ne souhaite pas causer le moindre tort à un homme de spectacle qu’il admire, et n’a de cesse de le mettre en garde sur ses amitiés avec une dame de haut rang, et sur les conséquences de celles-ci.

Eisenheim semble prendre la chose avec sérénité… Jusqu’à ce qu’une tragédie arrive, et que la capitale bruisse de rumeurs sur ses pouvoirs surnaturels… Alors, l’illusionniste est-il détenteur de dons particulier, ou bien, comme il aime à le rappeler à Uhl, tout n’est-il qu’illusion?

  • Un film d’ambiance
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Retrouvailles scéniques d’Eisenheim et Sophie von Teschen – Source: Imdb.com

Comme le savent certains lecteurs, je suis fan d’histoire germanique, Allemagne et Autriche comprises. J’aime l’Art Nouveau et son pendant viennois, le Jugendstil emmené par le célèbre Gustav Klimt, dont les tableaux dégoulinant d’or et de sensualité me séduisent, j’aime l’architecture d’Otto Wagner… Donc je ne pouvais qu’être séduite par le contexte global du film, qui s’ancre dans les dernières années du régime impérial, à l’époque de Freud et de Klimt, quand Vienne était une ville pionnière dans bien des domaines de la culture et des arts. Certes, le film a principalement été tourné en République tchèque, à Tábor et à Prague. Mais la République tchèque est, au niveau de l’environnement et de l’architecture, ce qui ressemble le plus au Vienne du début XXe. Donc la plupart des films se déroulant à Vienne à l’époque impériale sont tournés en République tchèque – ce fut par exemple, le cas du monumental Amadeus de Milos Forman.

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Le mystérieux et fascinant Eisenheim – Source: Imdb.com

Ainsi, ce film vaut surtout pour son atmosphère si particulière. Visuellement, cela se trahit par un passage d’images extrêmement lumineuse à d’autres plus sombres, avec un effet, presque brumeux qui, hormis pour les dorés et les rouges, donne à certaines séquences un aspect rappelant les photos sépia. On y retrouve l’influence du mouvement Jugendstil, ce qui donne des décors extrêmement typés. Le début du film est très lumineux, chaleureux et certaines ambiances semblent correspondre aux personnages. Les ors et la lumière pour Eisenheim, paré d’une aura sombre dans les scènes intimistes et au fur et à mesure qu’il sombre dans la mélancolie. La belle Sophie – Jessica Biel est juste sublime dans ce rôle avec son sourire adorable – apparait toujours dans des tenues 1900 très claires, tandis que son fiancé Léopold porte toujours des uniformes et vit dans un château sombre décoré de morbides trophées de chasse (personnellement, je déteste ça, pour moi ça revient à exposer un cadavre dans son salon, ça me fout les boules). Quant à l’inspecteur Uhl, qui fait un peu l’intermédiaire entre les autres personnages, ses couleurs sont plus froides et plus nuancées.

On passe des intérieurs somptueux et des flashbacks bucoliques dans la jeunesse d’Eisenheim et de Sophie,  à des perspectives droites très « viennoises », à des scènes de spectacles flamboyantes, puis à un environnement forestier très brumeux très surnaturel. Le tout est servi par une bande originale magnifique signée Philip Glass. Auteur de plusieurs musiques de film, il est aussi l’un des compositeurs contemporains les plus influents, chantre de la musique minimaliste qui a influencé de grands noms comme Danny Elfman ou encore… Depeche Mode à leurs débuts. D’ailleurs, de générique de début nous hypnotise dès les premières mesures.

Je vous laisse donc, pour cette partie avec une scène qui pour moi reste la plus belle du film. Image, musique… tout y est! C’est en V.O. non-sous-titré, mais qu’importe. L’image parle d’elle-même. C’est magique!

  • Une intrigue bien ficelée qui capte l’attention

Heureusement, l’ambiance n’est pas tout. L’intrigue elle-même est fascinante. Je ne l’ai appris qu’il y a peu, mais L’Illusionniste est adapté d’une nouvelle signée Steven Milhauser, « Eisenheim the Illusionist ». Je ne l’ai malheureusement pas lue, mais d’après ce que j’ai compris, certaines libertés ont été prises avec l’histoire. Ne vous attendez pas à des scènes d’action, à des courses poursuites et à de la bagarre dans ce film somme toute assez contemplatif. Mais contemplatif ne veut pas nécessairement statique et ennuyeux. En effet, le film a un schéma narratif très particulier, qui joue avec les questionnements du spectateur, reconstituant le fil du mystère sur lequel enquête Uhl – la fameuse tragédie que je mentionnais – ainsi que l’histoire personnelle d’Eisenheim par le biais d’habiles flashbacks qui renforcent encore la légende autour de l’illusionniste. Bref, il ne fait que renforcer l’énigme Eisenheim quand on croit l’avoir déchiffrée.

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Le vénéneux prince Léopold – Source: Imdb.com

Des intrigues secondaires intéressantes permettent de garder le spectateur en haleine jusqu’au plan final (un final surprenant, d’ailleurs!). Nous avons bien sûr cet acharnement de Léopold envers Eisenheim qui, discrètement provocateur, prend un malin plaisir à titiller le chanceux fiancé à son grand amour, et la romance entre Sophie et son magicien. Quant à l’enquête d’Uhl, on nage en plein rêve.

Mais ce ne sont pas les seuls. Une sorte de complicité se noue peu à peu entre l’inspecteur Uhl et Eisenheim – je ne parlerai pas de bromance, ce serait tiré par les cheveux! Mais leur relation va bien plus loin que la simple fascination de la part de l’inspecteur pour un homme de talent, car on sent qu’ils n’ont rien l’un contre l’autre et s’estiment mutuellement. Cela permet également d’aborder la question sociale. En effet, tous deux sont des roturiers évoluant au milieu des « grands » – puisque les performances d’Eisenheim attirent l’aristocratie viennoise, et parce que l’inspecteur chef Uhl est en charge de la sécurité du prince Léopold. Tout au long de l’histoire, le policier n’a de cesse de rappeler au grand prodige de l’illusion qu’il souffrira nécessairement de cet amour pour une femme de haut rang, que des hommes comme eux ne pourront jamais nouer d’amitié sincère avec des gens de ce milieu. Je cite Uhl: « Ils n’oublieront jamais que je ne suis que le fils d’un boucher. »

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L’inspecteur Walter Uhl, songeur – Source: Imdb.com

Entre ces deux hommes qui peuvent se parler librement, la magie devient elle aussi un enjeu. Je vous montrais la fameuse scène de l’oranger qui émerveillait l’inspecteur, que l’on voit s’extasier dans le public. Eh bien le « truc » de l’oranger, ce numéro magnifique, fait l’objet d’un pari entre eux… mais vous n’en saurez l’issue qu’à la fin du film!

  • Des personnages captivants campés par des acteurs au poil

Pour finir les personnages sont eux aussi captivants, portés par des acteurs convaincus et convaincants.

Edward Norton est un acteur que j’aime beaucoup, capable de jouer sur des registres variés et qui incarne un Eisenheim… disons-le, sombre, magnétique et même sexy – alors qu’en soi, Ed’ n’est pas laid mais il n’est pas non-plus Apollon. Il magnifie ce personnage mélancolique et tourmenté, mais également espiègle et sûr de ses prouesses. Son seul point faible, qui nous rend ce « sur-homme » plus sympathique et humain, est son amour pour Sophie von Teschen.

Sophie, ah Sophie. Merveilleuse Jessica Biel. Bon, soyons honnêtes, je l’ai toujours trouvée très jolie. Dans L’Illusionniste, elle l’est encore plus lorsqu’elle sourit, délicate dans ses robes crème. Notre empathie vient du fait qu’aristocrate, elle se doit de faire un mariage d’intérêt et Elle campe une jeune archiduchesse très douce mais aussi déterminée et lucide sur les difficultés auxquelles elle doit faire face pour voir celui qu’elle aime réellement.

Car danger il y a… Je soulignais la personnalité difficile de Son Altesse Léopold. Dans le rôle nous retrouvons une vraie « tête de méchant/tête de con » – rappelez-vous Jasper dans The Holiday, ou Adhémar dans ChevalierRufus Sewell. Le fait est que cet homme, avide de pouvoir et de contrôle, complote non-seulement contre son oncle l’empereur, mais est aussi un véritable tyran dans l’intimité. C’est là que nous pouvons craindre pour la vie de la belle Sophie: en effet, ses deux précédentes fiancées seraient mortes rouées de coups… Bref, Rufus Sewell est au mieux de sa forme dans ce rôle d’enfoiré que l’on adore détester.

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La belle Sophie von Teschen – Source: Imdb.com

Enfin, le seul personnage réellement ou devrais-je dire, inconditionnellement sympathique est sans conteste l’inspecteur Walter Uhl, incarné par un Paul Giamatti débordant de bonhomie. Il a beau être lucide et méfiant, il n’en est pas blasé pour autant. Confronté de par son métier à des faits graves, il garde pourtant sa capacité d’émerveillement. Il n’est pas qu’un sous-fifre ou une machine au service du froid Léopold, il ne pousse jamais son professionnalisme jusqu’à faire un zèle injustifié, mais les conventions sociales du régime impérial ne lui donnent pas vraiment le choix. D’autant plus qu’il a à rendre des comptes aux membres de la famille impériale, dont le pouvoir est alors absolu. Je ne dirais pas qu’il incarne le « bon sens populaire » (en plus je n’aime pas cette expression) Sa lucidité l’oblige à se rappeler d’où il vient, et à appréhender les risques qu’il prend s’il venait à manquer à ses devoirs. Il respecte son « adversaire » par obligation, Eisenheim, tout en essayant de conserver sa froide distance d’enquêteur, et en se montrant bienveillant. Même s’il ne distille pas autant de mystère qu’Eisenheim, il reste un personnage profondément humain aux multiples facettes, ce qui le rend aussi complexe que l’illusionniste, quand bien même la distance entre lui et le spectateur est moindre.C’est finalement à lui que le spectateur est le plus susceptible de s’identifier, dont il partage les inquiétudes et la fascination.

  • Conclusion

J’ai pu voir sur Internet que les avis sur ce film sont assez mitigés, mais qu’il est généralement mieux noté par les spectateurs que par la presse (en même temps, hormis quelques magazines sympas, la presse culturelle se plait souvent à « péter plus haut que son cul »). Pour ma part, je ne trouve pas que L’Illusionniste révolutionne le genre, mais pour en avoir parlé avec quelques amis, j’ai pu constater que nous avions tous été séduits par les mêmes choses – l’atmosphère, la prestation des acteurs et ce final déroutant. Bref, c’est un tour de magie d’une heure cinquante, esthétiquement plaisant qui nous berce et nous fait passer une bonne soirée dans un univers feutré, agrémenté d’images oniriques et hors du temps.

Bref, j’espère vous avoir donné l’envie de découvrir, ou de redécouvrir cette histoire à la beauté fascinante, qui vous emmène dans un univers sombre et beau…

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Eisenheim en pleine réflexion – Source: Imdb.com

Et en plus, je me rends compte, à écrire dessus, que dès que j’ai les moyens, j’aurais bien envie de me refaire un petit voyage en Autriche, et de visiter Vienne sur la trace du Sang des Wolf. Arpenter ces belles avenues et voir ces belles perspectives, m’émerveiller devant la magie des lieux et imaginer Eisenheim quelque part là-bas… D’autant plus que ça me ferait retrouver un peu d’inspiration pour mes écrits, car je bloque un petit peu en ce moment… Et un voyage créatif sur ces terres légendaires d’Europe Centrale, ce serait un super sujet de post, non? 🙂

Mais en attendant, que diriez-vous d’un film de loup-garou pour la prochaine chronique ciné?

Blanche Mt.-Cl.