Semaine « Parade des Monstres » – La fiancée de Frankenstein (James Whales, 1935)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,
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Affiche du film – Source: Imdb.com

Je poursuis sur la lancée de cette semaine « Parade des Monstres », avec un autre classique des studios Universal: La Fiancée de Frankenstein, sorti en 1935 et dirigé par James Whales.

C’est à ce même réalisateur que l’on doit le succès du premier opus de la série, Frankenstein, en 1931, adapté du roman culte de Mary Shelley. Forts de ce bon accueil, dû à la fois à la réalisation expressive de Whales, au maquillage de Jack Pierce et à la prestation de Boris Karloff en créature, les studios Universal décident de produire une suite…

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Fantasy historique, gore et bit-lit – « La Louve et la Croix » (S.A. Swann)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Amoureux des loups,

Tout d’abord, je tiens à m’excuser pour le retard avec lequel je publie cette chronique: j’ai eu du travail ce week-end, et mon excursion sur Paris avec mon frère m’a tellement lessivée que je n’avais pas la force d’écrire sur un livre en rentrant…

Mais après une semaine sous le signe de « l’artillerie lourde » avec Dune de Frank Herbert, me voici de retour avec une chronique express pour un livre relativement RÉCENT et aussi pour ma première incursion (est-ce que Twilight, ça compte vraiment?) dans le monde du bit-lit. Eh oui, le bit-lit – une sorte de romance impliquant au moins une créature paranormale. À dire vrai, si j’avais su qu’il s’agissait de cela, j’aurais sans doute négligé l’ouvrage que je vais vous présenter ici, car j’ai, je dois l’admettre, pas mal de préjugés sur le bit-lit (et en plus je n’aime pas le chick-lit, bref, ce qui se termine en lit, quoi…) et je me serais certainement attendu à une histoire un peu gnangnan. Mais il se trouve que j’avais besoin de quelque chose de léger à « me mettre sous la dent », alors que j’essayais me remettre de ma déception de Vortex. Et puis il était question de loups, alors forcément j’ai craqué 🙂 …

J’ai donc manqué à tous mes devoir en lisant un livre hors-PAL emprunté à ma mère… La Louve et la Croix, signé S.A. Swann, décrit comme « la rencontre entre le bit-lit et le médiéval ». Mais trêve de verbiage et de babillage, et venons-en au fait…

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Décalage temporel et chaos – « Spin » de Robert Charles Wilson

Très chers lecteurs de ce blog, bien le bonjour.

Pour commencer cette semaine, me voici de retour avec un livre relativement récent, tout juste lu et que m’avait chaudement recommandé mon frère… qui a des goûts assez spéciaux concernant la science-fiction. Mais ce qu’il m’en avait dit m’ayant beaucoup intriguée, j’ai très vite fait l’acquisition du bouquin, lu il y a peu: Spin de Robert Charles Wilson, qui ouvre une trilogie de science fiction (avec Axis et Vortex) basée sur le nouveau monde chaotique qui voit le jour dans ce premier opus. Mais au lieu de nous étendre, entrons dans le vif du sujet…

  • Le postulat de départ

Etats-Unis, dans un futur très proche. Fils d’une employée de maison, le jeune Tyler Dupree, douze ans, se trouve dans le parc entourant la demeure des Lawton, en compagnie des jumeaux Jason et Diane. Ils assistent alors à un spectacle troublant: dans le ciel, les étoiles s’éteignent toutes d’un seul coup. Si le phénomène affole le monde entier, le jeune Jason Lawton, surdoué réfugié dans la rationalité, décide d’en apprendre plus sur les raisons de cet étrange phénomène. Il ne tarde pas à savoir, par son père E.D. Lawton, puissant industriel proche du pouvoir, qu’une étrange membrane, appelée la « membrane Spin » occultant les étoiles entoure le globe… et qu’à l’extérieur de celle-ci, le temps passe des millions de fois plus vite. L’univers et le système solaire vieillissent donc à tout allure: en une dizaine d’années de vie humaine, des étoiles meurent, des galaxies entrent en collision, et le soleil approche du point où, épuisé, il deviendra une géante rouge et se dilatera au point d’absorber la Terre. Il ne resterait donc que quelques décennies à vivre à l’humanité…

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Couverture de l’édition poche – Source: Amazon

Pourtant, les années passant, les personnages prennent différents chemins: Tyler devient médecin, Diane, qu’il aime depuis l’enfance, se réfugie dans la religion et épouse Simon, un membre d’une secte chrétienne millénariste, tandis que Jason, véritable génie, est bientôt nommé à la tête du programme spatial Périhélie en Floride. Il parvient à faire employer son ami Tyler comme médecin du projet en Floride. Jason n’a plus qu’un seul but: trouver les origines et la raison du Spin. Or de plus en plus, il s’avère que la membrane entourant la Terre, alimentée par d’étranges artéfacts positionnés aux pôles terrestres serait le fruit d’une intelligence extérieure, les « Hypothétiques »…

Au fur et à mesure que l’obsession ronge Jason et qu’il perd l’appui de son père, que la secte de Diane se radicalise et que le monde sombre dans le chaos dans l’attente de la fin du monde, Tyler assiste aux efforts de son génial ami pour lancer un projet censé sauvé l’humanité de sa prochaine extinction…

  • Les partis pris de l’histoire

L’histoire est racontée à la première personne par Tyler Dupree, en flashbacks. En effet, le lecteur oscille entre les chapitres sur-titrés 4 000 000 000 ap. J.C. – donc le moment où l’humanité est censée être proche de sa fin, le temps de la narration, où l’on voit Tyler malade, fuir quelque chose et se cacher en compagnie de Diane… et saisi de crises de « graphomanie » qui le poussent à écrire ses mémoires.

Dans les autres chapitres, il nous fait le récit de ce qui s’est passé depuis cette nuit où à douze ans, il a vu les étoiles s’éteindre. Il nous parle des évolutions complètement antagonistes de Jason dit Jase, et de sa soeur Diane. Il décrit le monde et le chaos engendré par le Spin, et ses conséquences dans la vie des individus, la soif de savoir de Jason et l’attente du salut de Diane. A cet égard, j’ai apprécié que l’auteur ne cède pas aux raccourcis faciles concernant les surdoués: bien souvent, dans les séries et les films, ils sont soit de petits binoclard/es boutonneux qui ont peur de tout et socialement incapables, ou particulièrement arrogants, et les auteurs semblent confondre intelligence et savoir, ou intelligence et pure rationalité. Bref, souvent le surdoué est surtout un cerveau sur pattes et on se soucie peu de ce qu’il ressent. C’est d’ailleurs assez agaçant et c’est ce qui rend bien souvent les surdoués fictifs absolument détestables, quand dans le monde réelle, ce sont des personnes qui ont certes des facilités, mais aussi des êtres de chair et de sang, qui s’ils peuvent avoir des problèmes d’intégration avec les autres enfants, s’amusent et souffrent comme tout un chacun, même s’ils ont une manière parfois peu conventionnelle de le faire. Bref, Jason et Diane sont des enfants intellectuellement précoces qui connaissent des évolutions contraires. Jason est visiblement un petit génie, bricoleur, débrouillard, fou de gadgets et de sciences, et qui parvient, grâce à son talent et aux relations de son père, à réussir dans son domaine. Il n’est pas asocial, mais sa soif de savoir et de compréhension, son goût pour les choses rationnelles et les faits, vont lui faire renoncer à un semblant de vie personnel et à le mettre en danger. Quant à Diane, c’est l’inverse, c’est la jeune fille émotive qui n’arrive pas à gérer émotionnellement toutes ces choses qu’elle comprend et qui l’angoissent. Aussi vire-t-elle vers l’irrationalité la plus complète, et se consacrant à la religion, allant d’un mouvement millénariste à l’autre, avec son époux Simon, lecteur assidu de la Bible attendant que les prophéties de l’Apocalypse se réalisent. A tel point que Diane va peu à peu s’isoler et se couper de ceux qui l’aiment, jusqu’à se mettre en danger.

Quant au narrateur, on peut dire que Tyler, dit Ty par son ami Jason, est le confident du frère et de la soeur, une sorte de tampon entre eux. C’est « l’homme ordinaire » de la bande, un peu perdu au milieu de tout ça, qui lutte contre ses sentiments pour Diane et tente du mieux qu’il peut de protéger Jason de lui-même. Il accepte le destin de l’humanité sans s’affoler, parfois même avec, je trouve, une certaine apathie qui m’a exaspérée à la lecture du livre, quand on voit les personnages extraordinaires qu’il côtoie: d’abord Jason, qui se révèle étrangement attachant de par sa vulnérabilité qu’il veut à tout prix ignorer et par sa foi en la science qui pourrait déplacer des montagnes, puis E.D. Lawton, l’industriel parvenu et le père tyrannique qui s’il a d’abord voulu mettre en avant son héritier va ensuite tout faire pour l’évincer. Et également l’énigmatique Wun Ngo Wen… Et s’il n’y avait que les personnages: les découvertes faites par Jason dans le cadre du programme Périhélie, les événements « historiques » et l’émergence d’une nouvelle société d’humains sur Mars, la quête des Hypothétiques pour comprendre leurs objectifs en emprisonnant la Terre…

  • De la « science »-fiction

Car Spin est vraiment de la pure science-fiction dans le sens où, outre certains ingrédients « classiques » ré-explorés par l’auteur, il nous dépeint un futur possible avec pour postulat de départ un événement assez improbable – à savoir ce champ de dilatation temporelle autour de la Terre. Cela donne parfois lieu à des scènes  extraordinaires, quand par exemple la membrane Spin perd de son opacité après une frappe militaire sur sa source d’énergie, et que Tyler, alors seul avec Diane, voit dans le ciel une succession de flashes lumineux, l’univers changeant en accéléré dans un ciel d’habitude obscur.

Mais si ce n’était que ça! Les phénomènes qui suivent la disparition des étoiles sont très bien relatés, ce qui amène le lecteur à se poser des questions – je pense au phénomène décrit par l’astronaute de l’ISS de retour sur Terre qui dit avoir passé trois semaines d’angoisse en orbite quand son module s’est écrasé la nuit-même du Spin, entre autres. On assiste à un grand retour en force et à une radicalisation des mouvements chrétiens et millénaristes, à des flambées de violence initiées par des êtres qui se savent condamnés et pensent ne plus rien avoir à perdre… Quand d’autres comme Tyler, se contentent juste de continuer leur routine sans s’affoler, ou comme Jason, cherchent à connaître les raisons du Spin et consacrent leur temps à chercher des solution.

La science est très présente – c’est pourquoi je parle de pure « science »-fiction – puisque la vie de l’un des principaux protagonistes tourne autour d’elle, qu’il lance des projets et fait des découvertes absolument hallucinantes qui rendraient fou n’importe qui! Car Jason et le comité d’experts ont une idée brillante: tirer partie de l’accélération de l’univers à l’extérieur du Spin pour trouver de l’aide. En effet, un processus de terraformation est enclenché sur Mars, dans l’espoir d’y envoyer une colonie humaine qui, en dix ans seulement sur Terre, pourrait se développer en une véritable civilisation et acquérir de nouvelles connaissances pouvant aider l’humanité à comprendre les motivations des Hypothétiques, mais aussi à sauver l’humanité. C’est là qu’intervient Wun Ngo Wen, l’homme de Mars… lorsqu’il arrive avec des connaissances en biologie et bio-mécaniques remarquables, et même avec une médecine qui va valoir quelques ennuis à ceux qui, comme Jason, vont vouloir en user.

Les luttes de pouvoir sont également un thème récurrent. Entre Jason et son père, entre scientifiques et politiques, entre savants et industriels et même entre les différents gouvernements du monde. Car le Spin affecte tout le monde et exacerbe les conflits. D’ailleurs, fait assez intéressant et qui ne ferait que flatter la fibre anti-américaine primaire de certains d’entre nous, on voit le gouvernement américain, qui abrite Wun Ngo Wen, l’homme de Mars, faire de la rétention d’information concernant les savoirs martiens, considérés comme stratégiques, lorsqu’ils le partagent avec les autres Etats. Bref, tous les coups foireux permis dans notre monde prennent une toute autre dimension après l’arrivée du Spin.

  • L’individu dans toute sa solitude

Je mentionnais plus haut les conséquences du Spin sur les individus. Je vais certainement débiter une platitude, mais avouez qu’apprendre que la fin du monde est pour bientôt a de quoi terrifier. Imaginez. La peur pour sa propre vie, mais se dire en plus qu’après il n’y aura absolument plus rien, plus aucun être humain sur Terre. Et même plus de Terre du tout. Il y a de quoi flipper sévèrement. C’est un moment où chacun, même très entouré, ne peut qu’être seul face à ses démons et à ses questions. Et ce livre dépeint différentes sortes de réactions, qui vont du pétage de plomb à la recherche acharnée d’une solution.

Je parlais de Jason et de Diane, qui prennent des chemins opposés dans leur quête de salut – l’un par la science, l’autre par la religion. Deux formes de foi très différentes. On assiste aussi à des réactions plus égoïstes, tel la copine de Ty – pas vraiment une histoire d’amour, puisqu’il ne peut oublier ses sentiments pour Diane qui a toujours entretenu avec lui une relation ambigüe – qui décide de partir s’exiler dans un endroit isolé et confortable au bord de la mer, pour absorber du poison dès que la fin viendra. Les êtres se replient sur eux-mêmes ou sur leurs proches, voire sur leur petite communauté comme celle de Diane. Quoiqu’il se passe, il en ressort une terrible impression de solitude, une sorte de nostalgie et une tristesse qui rend l’atmosphère très pesante.

Ceci est renforcé par le fait que Tyler, qui pourtant raconte l’histoire, ne semble avoir aucune prise sur ce qui se passe. Il suit tel un spectateur, l’ascension puis la déchéance de Jason, ainsi que la descente aux enfers de la belle Diane enterrée au fin fond d’un ranch de l’Utah où un pasteur fanatique cherche à mettre au monde une génisse rouge pour un ultime sacrifice. Tyler est le confident, qui entend et qui voit tout, mais qui au final, s’il respire et pense, ne vit pas l’action et n’y prend pas réellement part, se contentant d’être. Cela donne au livre une dimension assez contemplative.

  • Conclusion – Un livre culte?

Spin cumule les ingrédients qui font la bonne, et même la très bonne science fiction: postulat de départ captivant, univers foisonnant et crépusculaire, une certaine reflexion empreinte de nostalgie, mais aussi l’éloignement de certaines frontières puisque l’on touche au cosmos lui-même. Certains passages sont vraiment fascinants, telle l’arrivée de Wun Ngo Wen a donné un nouveau souffle à l’histoire. Et pourtant, j’avoue en avoir gardé une impression mitigée, comme si j’étais restée sur ma faim.

Mais là je pense qu’il s’agit plus d’une affaire de goût personnel qu’autre chose… En effet, j’ai eu un problème avec le storytelling. Notamment avec ce narrateur qui paraît transparent, fade en comparaison de personnages comme Jason et même carrément passif, juste bon à obéir aux demandes de ses amis: il faut quand même attendre deux chapitres avant la fin pour qu’enfin il se secoue le burnous de lui-même, révélant une ressource qu’on ne lui connaissait pas! Et je trouve cela bien dommage, car j’ai du mal à accrocher complètement à une histoire quand je ne peux m’attacher aux personnages principaux. Tyler Dupree m’a royalement ennuyée… C’est parfois le risque dans les écrits à la première personne. Et puis, je me suis habituée à la science-fiction « d’action » pleine de rebondissements, donc forcément, quand certaines choses me paraissent un peu statique, je ne peux pas totalement adhérer!

Pour ma part, j’aurais voulu savoir ce qui se passait dans la tête de Diane, et surtout de Jason – s’il est une chose que Tyler a tout de même réussi, c’est à me communiquer sa fascination pour ce génie vulnérable qui a tout fait pour rendre son père fier de lui, mais qui va finalement s’en éloigner pour poursuivre sa propre quête. De plus, j’ai trouvé la nostalgie ambiante pesante au point qu’elle alourdissait le récit, le faisant trainer sur plus de six-cents pages quand tout aurait pu être dit de façon plus concise, et peut-être même plus puissante. Après, c’est un parti pris comme un autre… certains apprécient cet esprit et y voient de la poésie. Pourquoi pas?

Il va sans dire que Spin est plébiscité par la critique, et par de nombreux lecteurs. Il n’y a qu’à voir sur le Forum de la Littérature Fantastique, dans le sujet consacré au roman, j’ai été la seule à avoir un avis mitigé dessus, donc c’est un signe! Je le conseille donc aux curieux, avide de littérature, car ils y trouveront un contenu dense qui va de l’individu au monde entier, avec tous les ingrédients qui peuvent rendre une histoire culte. Par contre, il est si dense, justement, que je vous le déconseille dans une période où vous n’avez le temps de ne lire qu’en pointillés. Mieux vaut pouvoir se poser tranquillement pour s’y plonger… Pour ma part, j’ai dû lire deux livres qui n’avaient rien à voir avant d’entamer la suite, mais c’est promis, je reviens très vite avec Axis! Je viens de le commencer après avoir longtemps repoussé. J’appréhendais car mon frère m’avait dit l’avoir beaucoup moins aimé, mais contre toute attente, j’aime assez ce que je lis… Je vous en dirai plus très bientôt!

Titre: Spin
Auteur: Robert Charles Wilson
Editions: Folio
Collection: Folio SF
624 p.
Parution: Mars 2015 (pour l’édition de poche)
Prix: 9,00 €

Blanche Mt.-Cl.