L’Âge de Cristal (Micheal Anderson, 1976) – La dystopie du plaisir

Titre: L’Âge de Cristal (Logan’s Run)
Année de production: 1976
Réalisation: Michael Anderson
Origine: Etats-Unis
Durée: 2h
Distribution: Micheal York, Jennifer Agutter, Richard Jordan, Farrah Fawcett, Peter Ustinov…

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Affiche du film (Source: Imdb.com)

Synopsis: Au XXIIIe siècle, après une guerre nucléaire meurtrière, les survivant se sont regroupés dans une immense cité souterraine. Les enfants naissent en pouponnière et sont élevés par la cité, avant de mener une vie entièrement dédié au plaisir et à la satisfaction des désirs. Mais il y a un hic: pour lutter contre la surpopulation, les habitants de la cité doivent mourir le jour de leurs trente ans, lors d’une cérémonie appelée le « carrousel ». L’indicateur de leur âge, ou plus précisément leur horloge de vie, réside en un cristal incrusté dans la paume de leur main, d’abord clair, puis noir quand l’échéance approche, et avec lui, l’espoir d’une renaissance après le carrousel… Mais certains ne l’entendent pas de cette oreille, et voient dans cette cérémonie une exécution pure et simple. Ces « fugitifs » (runners en V.O.) décident de se rebeller en quittant la cité avant que leur cristal ne vire au noir, à la recherche d’un endroit appelé le Sanctuaire… C’est alors que Logan 5, gardien du système et limier de la cité, mandaté pour infiltrer les fugitifs, décide de fuir avec Jessica 6, une jeune fille qui porte un pendentif en forme d’ankh, symbole de la rébellion. Commence alors le début d’une aventure qui va tout changer pour eux…

Pour les débuts de cette chronique cinéma qui aurait dû être postée hier (je m’en excuse), j’ai l’honneur de vous présenter encore un « vieux coucou », un film de science fiction, L’Âge de Cristal, réalisé en 1976, plein de couleurs vives, de jeunes femmes aux brushings ébouriffants et aux tenues légères . Il est adapté du livre de Georges Clayton Johnson et de William F. Nolan, Quand ton cristal mourra – j’avoue ne JAMAIS avoir trouvé le livre, et les quelques critiques que j’ai pu en lire m’ont quelque peu refroidie. La geek en moi n’abandonne pourtant pas l’idée de le lire un jour. Pourtant, j’aime assez ce film, qui a reçu plusieurs récompenses en son temps (dont deux Oscars et le Saturn Award du meilleur film de science-fiction). Je l’ai découvert après la série L’Âge de Cristal, dont j’avais, avec mon frère, pu voir des rediffusions sur le câble. J’y reviendrai.

Tout d’abord, le contexte du film a quelque chose de fascinant. Je le décrirais comme une sorte de dystopie. Qu’est-ce qu’une dystopie? On la définit souvent comme la « contre-utopie », l' »anti-utopie » ou la conséquence malheureuse d’un projet utopique. En général la dystopie décrit une société sans égard pour les individus, leur personne physique et morale, pour leurs aspirations et leurs envies. On pourrait, dans la littérature, citer les exemples de 1984, du Meilleur des Mondes ou de Farenheit 451 et au cinéma, une bonne série B comme Equilibrium, sur lequel je reviendrai. Dans L’Âge de Cristal, il s’agit d’assurer la survie de l’humanité dans un cadre protégé, en garantissant la paix sociale par la satisfaction immédiate du moindre désir et la recherche du plaisir, et en évitant la surpopulation par la mort à trente ans, au cours d’une cérémonie-spectacle  durant laquelle ils sont vaporisé sous les yeux du public. C’est donc une obligation du plaisir. On retrouve un schéma narratif classique, comme dans 1984 ou Farenheit 451, à savoir celui d’un gardien du système qui se rebelle.

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Logan et Jessica dans la Cité (Source: Imdb.com)

Développons un peu l’histoire…

En effet, les limiers forment la garde du système et pourchassent les « fugitifs » qui ne croient pas en la renaissance et qui souhaitent échapper au Carrousel.  Au début du film, Logan 5 (Michael York – vous le connaissez certainement sous les traits de Basil dans les Austin Powers) et son ami Francis 7 (Richard Jordan), tous les deux limiers, tuent un fugitif aux limites de la cité. Logan assiste ensuite à une cérémonie de Carrousel avant de rentrer dans ses appartements pour se connecter au réseau de la cité – une sorte de site de rencontre avec téléportation: il rencontre alors Jessica 6 (Jennifer Agutter), une jeune fille triste et mélancolique après la perte d’un ami lors du dernier Carrousel, et qui pose beaucoup de questions. Si cela amuse tout d’abord Logan qui met ces doutes sur le compte de sa jeunesse, il réalise qu’elle porte au cou un pendentif en forme d’ankh, la croix de vie égyptienne, un symbole qu’il a trouvé dans les affaires d’un fugitif qu’il a exécuté. Demandant des renseignements au sujet de ce symbole à l’ordinateur central de la cité, où il apprend que ces par ce signe que communiquent les rebelles aidant les fugitifs à trouver un refuge appelé le « Sanctuaire ». Il reçoit alors comme instruction d’infiltrer les fugitifs. Or pour que ceux-ci soient convaincus de son engagement, l’ordinateur retire à Logan quatre ans de vie, afin que son cristal noircisse. Le limier va alors retrouver Jessica et lui demander de rejoindre la rébellion. Avec Francis sur leurs traces, Jessica va le mettre en contact avec les rebelles et quitter la cité avec lui. Ils vont alors voir pour la première fois un coucher de soleil, découvrir les ruines d’une métropole et la façon de vivre de ses anciens habitants… ainsi que de nouvelles aspirations, autres que ce que leur cité avait à leur offrir.

Malgré ses récompenses, le film a reçu un accueil assez mitigé. Il a eu la malchance de sortir après le succès critique de 2001: L’Odyssée de l’espace (j’avoue que malgré mes efforts, je ne suis encore jamais parvenue à le voir en entier, car je me suis endormie à chaque fois…) ou La Planète des Singes… Il a par exemple été reproché à L’Âge de Cristal de s’être trop focalisé sur les scènes d’action et l’ambiance visuelle, au détriment des vraies questions du film, tout en le qualifiant de très bon divertissement.

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Logan face à l’ordinateur central (Source: Imdb.com)

Pour nous, spectateurs du XXI siècle, son style clairement marqué par les années 1970 prête à sourire: la cité est clairement une maquette sous lumière artificielle, et l’architecture avec ses balcons, ses sols luisants en lino et ses escalators qui rappellent un centre commercial, une gare ou une station de métro. D’ailleurs, dans les scènes précédent l’évasion de Logan et Jessica, la cité donne l’impression d’un immense centre de loisir doublé d’une galerie marchande, où s’enchaînent couloirs blancs comme des laboratoires, clubs, salles dédiées à divers plaisirs à lumière tamisée, et cabinets de chirurgie esthétique qui vous offrent un nouveau visage comme on s’achète une nouvelle chemise. Quant aux jeunes hommes et femmes qui peuplent cette cité, ils semblent vivre en plein rêve. A l’abri de tout besoin, ils vaquent entre amis, vêtus de tenues légères, tout sourire… D’ailleurs, leur style vestimentaire est indéniablement seventies – qu’il s’agisse des petites robes vagues de Jessica qui laissent peu de place à l’imagination, ou des petits pulls des limiers, et c’est encore plus flagrant dans les coupes de cheveux, particulièrement dans le brushing de la jeune et jolie Farrah Fawcett qui fait une brève apparition dans le film. Mais cet environnement, s’il nous fait d’abord sourire, a quelque chose d’aseptisé, de lisse et d’oppressant. On ne peut s’empêcher de se demander quel est le but de tout ça, de cette vie de poisson rouge tournant dans un bocal. De plus, cette mort programmée à trente ans fait froid dans le dos au spectateur de maintenant: en effet, de nos jours, trente ans est un âge relativement jeune, auquel certains d’entre nous commencent à peine à voler de leurs propres ailes et à vivre leur propre vie. Et si c’était le seul aspect effrayant… Ces jeunes adultes ont absolument tout ce qu’ils veulent et désirent, mais ils semblent évoluer dans leur petit cocon avec un sourire béat, dénués de personnalité et de centres d’intérêt qui leur sont propres, incapable de se concentrer sur quoi que ce soit à long terme. Même leurs relations aux autres semblent superficielles, et l’amitié forte qui lie Francis à Logan, ainsi que la tristesse de Jessica après la perte de son ami, paraissent être une exception au milieu de cette futilité ambiante, ou l‘individu n’est qu’une source de divertissement pour l’autre – comme l’est Jessica lors de sa première rencontre avec Logan. J’arrive donc au point suivant…

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Jessica et Logan découvrant un univers hostile, loin du confort de la Cité (Source: Imdb.com)

Ce qui m’a également pu dans L’Âge de Cristal, c’est que l’histoire est parvenue à me toucher, car s’il s’agit avant tout de se rebeller contre un système qui sacrifie inutilement ses sujets. Cela peut passer pour de la sensiblerie, mais l’histoire prend un nouveau sens quand il touche à l’humain, quand on arrive à saisir l’individualité des protagonistes. Tout d’abord, ce désir de vivre chez les fugitifs – je repense à cette jeune femme suppliant Logan de la laisser partir, tentant de lui dire que son cristal est endommagé, qu’elle n’a pas trente ans, qu’elle ne peut mourir maintenant – se retrouve également chez les limiers. Je pense d’ailleurs que c’est ce qui va décider Logan à se mettre du côté des rebelles, lorsqu’il comprend que les années qu’on lui a retiré – quatre ans, sur seulement trente ans, c’est tout de même beaucoup – ne lui seront jamais rendues.

L’humain passant pour un animal social, un animal de meute, il est intéressant de voir que l’humanité se manifeste, dans ce film, par l’envie d’attachement et d’affection. Ce discours sonne un peu bateau ou conservateur, mais ces êtres attendent autre chose qu’une vie, certes agréable et sans souci, mais dépourvue d’accomplissement, d’émotion et d’aspirations. À quoi bon s’amuser lorsque l’on se sent seul? En même temps, comment faire des projets quand on meurt à trente ans? Qu’il s’agisse de Logan qui dans une pouponnière, regarde attendri le bébé issu de ses gènes mais qu’il ne pourra jamais élever, ou de Francis qui lui déclare son amitié pour le dissuader de quitter la cité, ou encore de Jessica qui se demande comment cela aurait été d’être élevée et de vivre avec ses parents. Ce qu’elle et Logan vont découvrir des anciens habitants de la terre – une conception plus romantique de l’amour, le fait de fonder une famille et de voir ses enfants grandir, de faire des projets à long terme, la possibilité de compter sur les autres – font naître en eux de nouvelles aspirations, de nouvelles perspectives qui combleraient leurs attentes. On assiste d’ailleurs à une véritable romance entre les deux personnages, au fur et à mesure qu’ils doivent se soutenir pour affronter le froid, le chaud et la faim tous les deux, loin du confort de la Cité, et au fur et à mesure qu’ils apprennent à vivre sans la perspective de leur cristal qui s’assombrit – en effet, une fois sortis de la cité le cristal dans la paume de leur main est devenu transparent. Il est donc intéressant de suivre cette évolution, et l’ouverture de ces personnages qui découvrent, de façon certes naïve mais enthousiaste, une alternative à la vie qu’ils mènent, et qu’ils voudraient partager avec ceux qu’ils ont connus – dont Francis toujours sur leurs traces. Ils évoluent d’un hédonisme égoïste à un désir de donner et partager, de s’attacher à des gens qu’ils auront à leurs côtés pendant des années. C’est un sujet assez galvaudé, mais efficace puisqu’on s’y laisse volontiers prendre.

Entre le contexte et le visuel marqué 1970, et des personnages somme toute attachant nous font passer un très bon moment. En revanche, sans être complètement « con-con », ce n’est pas un film « intello » – loin de là. En effet, il aurait été intéressant d’ajouter quelques intrigues secondaires et d’étoffer l’univers du film, pour mieux comprendre les motivations des dirigeants de la cité, et même celles des rebelles, ainsi que les ressorts de cette société. A ce niveau, le film peut laisser sur leur faim les amoureux de science-fiction dystopique, mais il n’en reste pas moins que les amateurs de films S.F. un peu kitsch seront ravis… Et si vraiment vous voulez vous plonger plus en avant dans l’univers de Logan et Jessica, je vous conseille également la série tirée du film, L’Âge de Cristal diffusée entre 1977 et 1978, et plusieurs fois rediffusée sur le câble. On en apprend plus sur le « gouvernement » de la « Cité des Dômes », et la série se focalise sur les aventures de Logan (Gregory Harrisson), et Jessica (Heather Menzies), et de leur compagnon de route, un sympathique androïde rencontré lors du premier épisode, REM (Donald Moffat). Ils arpentent la surface du monde à bord d’une voiture à énergie solaire – en fait, on voit vraiment trop à l’écran qu’il s’agit d’une VRAIE voiture affublée d’une « jupette ». Le kitsch est encore là, mais les intrigues des quatorze épisodes sont vraiment prenantes, toutes de rencontres étranges en péripéties inquiétantes.

Et en prime, vous aurez une musique de générique REDOUTABLE signée Laurence Rosenthal’s! 😉 (Entre nous, quand mon frère et moi étions ados, nous nous disions que si le gars qui l’avait composé s’était entrainé dans son garage, ses voisins avaient du l’assassiner….)

Blanche Mt.-Cl.

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Petite Annonce – Des livres, des films et de l’inspiration sur Z-86 Blanche Mt.-Cl. …

Très chers lecteurs,

Bien le bonjour! Je viens de me poser devant mon ordinateur, car une idée me trotte dans la tête depuis quelques jours. Je n’ai pas le temps de dessiner autant que je le voudrais en ce moment et je consacre beaucoup de temps à m’améliorer en graphisme, donc je pensais nourrir pendant quelques temps ce blog avec des critiques littéraires et cinématographiques. Je ne vais pas beaucoup au cinéma, mais j’ai vu, pour ainsi dire… des tonnes de films de science-fiction, de films fantastiques, de parodies, de films pour la jeunesse et même quelques uns d’horreurs. En fait, je ne suis pas friande de l’horreur qui m’amuse plus qu’elle me fait peur en général… Par exemple, j’ai récemment vu une adaptation de Simetierre de Stephen King, et j’ai plus ri qu’autre chose!

Cependant, je reviendrai également sur des lectures que j’ai faites – fantastique, science-fiction, dont des classiques à l’ancienne (je suis folle d’Edgar Poe et de Jules Verne), et également des contes. Il pourra s’agir d’un livre à la fois, d’une série ou d’une saga, d’une lecture comparée entre deux livres sur le même thème (par exemple, je compte faire une présentation parallèle des Contes de Crimes de Pierre Dubois et de la Compagnie des Loups d’Angela Carter), ou de comparer le livre à une adaptation ciné ou télé.

Je pensais insuffler une certaine régularité à ces rubriques, comme par exemple les livres le dimanche et les films le mercredi, ou à un autre moment dans la semaine quand livre et cinéma se rejoignent. Que pensez-vous de cela?

Je vous souhaite un excellent samedi à tous,

Blanche Mt.-Cl.

Sacrilège pour « briller » en société: « Non, ‘Twilight’ n’est pas si nul! »

« Dire qu’un livre est moral ou immoral n’a pas de sens, un livre est bien ou mal écrit c’est tout. »
Oscar Wilde

Voilà une sagesse à méditer, venant de l’un des plus brillants esprits d’Angleterre – ce cher Oscar Wilde, auteur du brillant Portrait de Dorian Gray déjà présenté sur ce blog. Pour compléter cette maxime, si un livre est bien ou mal écrit « et c’est tout », j’ajouterais qu’un livre, surtout s’il s’agit d’une fiction, n’est donc ni bon ni mauvais, mais qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, et qu’il peut être bien ou mal écrit.

Qu’en est-il donc de cette saga que se sont arrachée adolescents (oui, parce que même s’ils ne l’assument pas nécessairement, des garçons l’ont lu…) et adultes curieux, j’ai nommé Twilight? Tour à tour encensé et bousillé, il est difficile de ce faire une opinion sur une saga, voire sur un phénomène, qui ont déchainé tant de passions. « Romantique », « Bien imaginé », « Niais », « Crétin », « pour les midinettes »… On aura tout entendu, et le sujet semble épuisé. Aussi je souhaite revenir sur ces quatre livres, avec le recul des années. Il ne s’agit pas de raconter l’histoire, mais de revenir sur quelques thèmes abordés dans la série.

  • Pourquoi je l’ai lu?

parallon-le-nouveau-twilightIl y a cinq ans, alors que les premiers films étaient déjà sortis, j’ai mis à profit un intersemestre pour lire les quatre volumes – Fascination, Tentation, Hésitation et Révélation (respectivement Twilight, New Moon, Eclipse et Breaking dawn en V.O.). En effet j’avais constaté que plusieurs personnes de mon entourage lançaient des critiques acerbes sur le travail de Stephenie Meyer, sans pour autant l’avoir lu. La meilleure étant que ces livres étaient « cons », « tartes » ou « pour les midinettes » – de la part de personne se prenant pour de grands penseurs et aimant la « vraie » littérature et pas des inepties pour pré-pubères avides de sensations. J’ai donc décidé de me faire mon propre avis sur la question, alors qu’à la base, je ne suis pas très fan d’histoire de vampires.

Petit rappel, bref, car la plupart d’entre vous connaissez déjà l’histoire. Il s’agit donc d’une romance entre Bella, une jeune fille assez solitaire et introvertie, qui arrive à Forks pour vivre chez son père, et Edward, un « jeune » (à peine plus de cent ans, ce n’est rien à l’échelle de l’éternité) vampire installé dans les environs avec sa famille. L’affaire se transforme en triangle amoureux avec la mise en avant de Jacob, un jeune Indien de la réserve d’à côté, descendant d’une lignées de loups-garou et proche ami de Bella. Au fur et à mesure, des complications apparaissent avec les Volturi, ancienne famille de vampires soucieux du respect des lois vampiriques, qui voient d’un mauvais oeil la relation d’Edward avec une fille de « l’extérieur »…

N.B. : Je tiens d’abord à préciser qu’hormis Dracula de Bram Stocker que j’aime beaucoup, les histoires de vampire ne me fascinent pas plus que ça. Je n’ai pas lu l’oeuvre d’Ann Rice, pas plus que la série des True Blood – j’ai arrêté l’adaptation télé au bout de deux épisodes car je n’aimais pas l’héroïne et trouvais ces vampires dépravés plus comiques que glamour. Et comme je préfère les histoires de loup-garou, adolescente, j’ai lâché Buffy contre les vampires quand Oz est parti, à l’époque où toutes mes copines fantasmaient sur cet emmerdeur de Spike…

  • Ce que j’en ai pensé, finalement…
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Un petit conseil, si je peux me permettre: ne pas regarder les films avant de lire les livres…

J’ai eu une période de rejet, environ deux-trois ans après la lecture de Twilight, sans doute quand je me suis décidée à regarder le premier film – que j’ai détesté. À mon humble avis, il y avait des erreurs de casting en cascades, et le choix pour l’héroïne d’une actrice que je trouve aussi expressive qu’une douzaine d’huîtres. Certains effets, comme la peau scintillante des vampires, rendent vraiment très mal à l’écran, et les cheveux de la famille vampirique ne sont pas sans rappeler des versions blondes de ces perruques dont on affublait les acteurs de films d’arts martiaux hong-kongais des années 60 et 70.

Et pourtant, j’ai passé un agréable moment en lisant ces lignes. Et le plaisir de voir des regards méprisants quand je me baladais, avec mes vêtements noirs de poupée gothique, et le livre en évidence dans le métro parisien, n’était pas des moins. C’était vraiment intéressant du point de vue de l’étude de l’attitude humaine. Certains de mes amis, et même les deux ados auxquelles je donnais des cours d’allemand à cette époque, se sont ouvertement moqués de moi, arguant que je lisais de la merde alors qu’eux-mêmes n’avaient pas même ouvert ces pages! Et alors quand en plus je disais que ce n’était pas le torchon que j’attendais et que ce n’était pas si mal, j’ai vu bien des visages se décomposer.

Je pense avoir eu accès à une bonne traduction, car j’ai trouvé l’histoire relativement bien écrite. J’ai bien sûr apprécié certains personnages – au début, j’aimais bien Jacob aussi, mais sa jalousie et son amertume m’a très vite saoulée. C’est le problème des amis masculins, dans les fictions… L’histoire d’amour est bien sûr l’enjeu central de cette histoire, mais il y en a d’autres – ne pas révéler sa nature au grand jour, lutter contre ses pulsions de prédateur, être bloqué entre une communauté exigeante et son propre bonheur, la rivalité entre vampires et loups, l’épée de Damoclès des Volturi qui peuvent décider à tout moment que Bella est une nuisance. Somme toute, cette histoire a un bon potentiel, même si j’ai regretté quelques baisses de rythme qui l’ont rendue un peu « molle du genoux », et un certain manque d’humour.

Bien sûr, il ne faut pas oublier que ces ouvrages s’adressent avant tout à la jeunesse, et à une génération qui comme nous n’avait pas vu Buffy contre les Vampires ou Entretien avec un vampire, et les dépravations vampiriques qui vont avec.

  • L’effort d’imagination sur des vieux mythes

Mais toutes les idées de Stephenie Meyer ne sont pas bonnes à jeter, loin s’en faut, et j’ai moi-même eu quelques surprises.

Et la première n’était pas des moindres: où étaient passés ces vampires tout de sombre vêtus qui se terrent dans des cryptes et dorment dans des cercueils? Cette noirceur m’a un peu manqué, mais l’auteur a tout de même brisé un sacré cliché en faisant de la fratrie Cullen des ados presque comme les autres, si l’on exclut leur fascinante beauté et le fait qu’il soient riches, qui portent des couleurs claires et vivent dans une maison ouverte sur l’extérieur par de grandes baies vitrées. Il est clair que cette famille modèle de vampires a quelque chose d’agaçant dans sa perfection, mais ils ne me semblaient pas plus grotesques que l’archétype du vampire juste méchant qui prend plaisir à tuer ses victimes. Le vampire est devenu fréquentable, et tout à fait capable de maîtriser ses instincts de prédateur pour vivre parmi les humains, voire pour aimer un être humain.

Autre variation du mythe du vampire: cette peau marmoréenne qui à la lumière brille comme les veines de certaines pierres – et qui malheureusement n’est pas du tout bien rendue à l’écran – et cette idée de prédation. Le vampire est un prédateur, génétiquement parlant, comme l’est un lion, un requin ou un serpent: il est attirant pour mieux attraper ses proies, émet des phéromones et transforme sa victime grâce au venin sécrété par des glandes près de ses canines. La victime se transforme donc si elle ne s’est pas vidée de son sang. Par ailleurs, les gens qui avaient des prédispositions particulières en tant qu’humains en trouvent ces capacités décuplées en devant vampire – la télépathie d’Edward, la clairvoyance d’Alice… C’est un peu tiré par les cheveux, mais après tout, pourquoi pas. On a déjà lu plus étrange.

57794085Concernant les loups-garou. J’adore les loups-garous, pour diverses raisons que j’étofferai plus tard sur ce blog et parce que j’ai fait de la lycanthropie l’un des enjeux de mes écrits de fiction. Si j’avais déjà vu la métamorphose « homme-loup » liée aux Amérindiens dans la série Wolf Lake, j’ai aimé découvrir dans le second volume de Twilight que certains habitants de la réserve indienne en étaient. Même si cela peut paraître clichesque, qui mieux que les Indiens, dont on sait que leur culture les porte vers le respect et la compréhension de la nature qui les entoure et des animaux, pouvaient être des loups-garous?… Et cela donne un souffle nouveau à Tentation qui commençait méchamment à trainer en longueur. Evidemment, mon enthousiasme a été quelque peu émoussé par les crises de jalousie de Jacob, son amertume et son attitude détestable envers Edward. A sa décharge, il semble génétiquement déterminé à le détester, il n’y peut rien… en même temps, ce déterminisme a quelque chose de très dérangeant quand on y pense. Avec le recul, je me rend compte que l’auteur a aussi dépeint un mode de vie influencé par ce penchant pour la vie de meute Jacob, de ses amis et de ses cousins qui rappellent parfois ces images de louveteaux en train de batifoler en pleine nature. En ce sens, la « société » de ces « loups » est intéressante et surprenante.

Enfin, les trouvailles se poursuivent avec les lois vampiriques incarnées par les Volturi, toute cette législation liée à la « création » de vampires à un âge beaucoup trop jeune – je parle de « vampiriser » des enfants, par exemple. Elle sert bien sûr de prétexte à l’affrontement du quatrième opus, lui donnant un souffle nouveau, plus noir et un peu plus mâture.

  • Un roman moralisateur, réducteur, aseptisé et édulcoré?

J’en arrive aux critiques un peu plus « intellectualisantes » que j’ai connues, notamment en ce qui concerne l’image de la femme et la sexualité. Attention, attention… Pour ma part, je trouve que Bella est un brin passive, surtout dans les trois premiers tomes où son père, Edward et Jacob passent leur temps à la couver. Quant à sa dépression suite à la rupture avec Edward… Ma foi… Si la tristesse de la jeune fille est palpable, quel exemple affreux pour les ados faisant face à un chagrin d’amour! Est-ce à mettre sur le compte de sa jeunesse et de sa vulnérabilité? Mystère. Seule l’auteure pourrait nous en dire plus. Il n’en reste pas moins que de nombreuses jeunes filles manquant d’assurance – être un héros est tout de même très difficile! – pourraient s’identifier à Bella. Ce qui est déjà capital pour qu’une histoire fonctionne.

Qui plus est, j’ai entendu plusieurs jeunes adultes exprimer leur frustration quant à l’absence d’érotisme jusqu’au mariage de Bella et Edward dans le quatrième opus. J’ai moi-même été un peu frustrée sur ce point. Certains ont pointé l’appartenance de Stephenie Meyer à la mouvance mormonne pour en faire une méchante conservatrice transmettant l’image de la jeune fille soumise à sa famille et aux hommes obligée de rester sage et pure jusqu’à ses noces… Paradoxalement, celles – j’ai surtout abordé cette question avec des femmes – qui formulent cette critique sont aussi celles qui disent que les hommes ne sont que de gros pervers avec qui ils ne faut pas coucher… et qui rient de celles qui justement ne couchent pas car elles les pensent incapables de se faire plaisir (ou trop moches pour attirer un mec). Donc là, il y a double standard dans la pensée de certaines de mes contemporaines.

S’il est claie que Stephenie Meyer nous offre une image fort romancée et un brin vieillotte de l’accouplement comme ultime preuve d’amour après l’officialisation par le mariage, elle n’en ignore pas moins la sexualité et le désir dans les trois premiers opus. Plusieurs fois l’héroïne en ressent. Elle est frustrée et ne se prive pas de le faire savoir à son compagnon, et j’ai souvenir d’une scène où les deux tourtereaux échangent des papouilles sur un lit et où elle invite clairement Edward à coucher avec elle. Bella Swan est une jeune femme de chair et de sang, qui éprouve du désir, ce n’est pas une bonne soeur. Confirmation lors du voyage de noces lorsqu’elle fait tout pour allumer Edward qui après leur première nuit ne veut plus rien faire avec elle avant sa transformation, de peur de la blesser. Donc Bella n’est pas totalement niaise. Elle révèle d’ailleurs des ressources insoupçonnées dans le quatrième opus, en devenant une jeune femme forte et capable d’initiative. C’est une évolution sur le long terme.

Twilight-hesitationBien que je trouve moi aussi cette approche du sexe dans le mariage très réductrice, je ne suis pas du tout choquée par le fait que l’héroïne soit encore vierge – elle fait ce qu’elle veut de son corps, merde! De plus, si Edward n’a pas voulu coucher avec Bella, il tenait aussi à elle de « le faire » avec Jacob derrière son dos. Or, elle n’en a rien fait (Je sais, c’est peut-être aussi l’idéal mormon de l’auteure qui parle…) – alors qu’entre nous, il serait plus tentant de partager son lit avec un loup-garou au corps chaud et au coeur palpitant qu’avec un vampire dont la température corporelle doit avoisiner les 11°C. Si tant est qu’un vampire puisse « mécaniquement » être capable de cela. (J’ai une théorie sur la question, dans une réponse humoristique à Twilight dans le Chapitre IX de mon roman Le Sang des Wolf…) De plus, quand bien même un peu d’érotisme n’aurait pas nui, il ne s’agissait pas d’un livre érotique et l’abondance de scènes crues et détaillées n’aurait rien apporté à l’histoire.

Et pour information, la saga reste dans l’air du temps, puisqu’on a une cougar dans Twilight. Il s’agit de Renée, la mère de Bella, qui après un mariage désastreux avec le père de sa vie, partage sa vie avec un homme plus jeune qui la rend heureuse. C’est un point de détail, mais si ce n’est pas un personnage important, ça n’en fait pas une femme de moins de valeur car Bella aime tendrement sa mère.

  • Un petit divertissement sympathique

Je ne vais pas vous mentir, ce n’est peut-être pas mon livre préféré, et entretemps, j’ai lu d’autres ouvrages qui m’ont réellement transportée et autrement marquée. Il souffre de quelques faiblesses, quand bien même il peut faire passer un bon moment à qui le lit. Mais je voulais vraiment revenir sur ce phénomène car encore maintenant, dans la bouche de beaucoup, la comparaison à Twilight sonne comme une insulte. Alors que la plupart des gens qui la profèrent n’ont même pas lu la saga, comme une personne qui a, après un seul chapitre comparé mon roman l’oeuvre de Stephenie Meyer (puisse mes écrits remporter autant de succès, je touche du bois!) sans savoir de quoi il retournait et sans se dire que j’essayais peut-être de brouiller les pistes. Surtout qu’elle est très différente et comporte de nombreux enjeux absents de la série vampirique, et que le surnaturel n’y est pas aussi « hollywoodien ».

J’ai rarement vu une histoire autant décriée que celle de Twilight, et il est devenu de bon ton de la mépriser. Au fond, je pense qu’avant de juger sans savoir, il convient de prendre cette saga pour ce qu’elle est: une romance destinée à de très jeunes lecteurs. Et se souvenir que certains d’entre nous ont rêvé de vivre un amour absolu comme celui-ci.

On pourrait dire que l’histoire est stéréotypée, mais à bien y regarder, c’est un peu ce qui a remis le vampire à la mode ces dernières années, donc il n’est pas étonnant que livres pour la jeunesse et séries reprennent les mêmes ingrédients, puisque c’est devenu très vendeur.

Pour ma part, je ne trouve pas l’histoire de Bella et Edward plus grotesque que ces vampires qui passent leur temps à copuler à tort et à travers dans chaque extrait de True Blood sur lequel j’ai zappé par hasard en dernière partie de soirée (alors que bon… il suffit de se souvenir de ses cours de biologie du collège pour savoir qu’un vampire ne peut, en théorie, pas avoir d’érection!). Un peu d’érotisme n’aurait pas été du luxe, mais il n’y avait pas besoin d’en faire des caisses à ce niveau non-plus. Qui plus est, outre l’amour, d’autres thèmes y sont abordés, comme la différence, le rapport à l’autre – qui il est vrai, auraient mérité un traitement plus en profondeur.

Mais essayez un soir pour voir. 🙂 Essayez de placer, dans une conversation lecture avec des proches ou des amis, que vous avez, apprécié Twilight à l’époque où vous l’avez lu. Et je peux vous garantir que vous allez voir des visages s’allonger et des narines se pincer! 😉

Sur ce, je vous souhaite un bon dimanche.

Blanche Mt.-Cl.

Guerre Froide et Science-Fiction: Le Jour où la Terre prit Feu (1961)

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Affiche du film (AllôCiné)

Titre: Le Jour où la Terre prit Feu (The Day the Earth Caught Fire)
Année de production: 1961
Réalisation: Val Guest
Origine: Grande-Bretagne
Durée: 1h28
Distribution: Janet Munro, Leo McKern, Edward Judd…

Synopsis: Lorsque les Etats-Unis et l’Union Soviétique procèdent simultanément à une série d’explosions nucléaires, le London Daily Express rapporte de curieux changements climatiques partout dans le monde. Mais lorsque les journalistes creusent un peu plus profondément, ils découvrent que les explosions qui ont frappé la Terre l’on déplacée de son axe, la propulsant tout droit vers le soleil. Alors que la chaleur empire et que les inondations dévastent la planète, que les villes explosent dans le chaos, l’humanité forme un dernier espoir : créer une nouvelle et massive détonation qui pourra ré-équilibrer l’orbite de la Terre ou la détruire à jamais…

Je suis fière, pour cette première critique cinématographique, de vous présenter ce film qui m’a beaucou marquée. Plus que de la science-fiction, il s’agit d’une anticipation sombre et d’une fiction politique dérangeante, profondément marquée par le contexte politique de l’époque. Le Jour où la Terre Prit Feu est sorti pendant la Guerre Froide, alors que la rivalité idéologique entre les Etats-Unis et l’URSS menait à une véritable course aux armements axée sur l’armement nucléaire. Avec l’émergence de nouveaux médias comme la télévision, l’actualité s’invitait dans les foyers avec des images frappantes telles que Krouchtchev tapant avec sa chaussure sur son pupitre lors d’un rassemblement de l’ONU, et répandait la peur de l’Holocauste nucléaire. En effet, avec la bombe A, puis la bombe H, il était possible, par le jeu des représailles, de détruire l’humanité. Le Jour où la Terre prit Feu s’inscrit donc dans cette lignée de films, livres et BD de science-fiction évoquant les conséquences catastrophiques d’un conflit nucléaire.
Mais si vous vous attendez à l’une de ces réalisations kitsch et colorées comme on en faisait à Hollywood dans les années 1950-60, vous risquez d’être un peu déçu… Tout d’abord, c’est un film britannique, plus axé sur un scénario prenant et une ambiance étouffante que sur du grand spectacle et des greluches qui hurlent à plein poumon à la vue d’un monstre.

 

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Stenning arpentant Londres devenue une ville fantôme… Vous pouvez voir le fameux filtre orange. (Voir: carlosnightman.wordpress.com)

Le film s’ouvre sur une séquence apocalyptique: on y voit un homme seul marcher à travers les ruines de Londres, sous un soleil brûlant. Il gagne la salle de presse du London Daily Express. Il s’agit en fait du reporter Peter Stenning. Cette ouverture est d’autant plus impressionnante qu’elle est l’une des seules « colorisées » – le film est en noir et blanc, mais la pellicule est teintée grâce à un film orange qui suggère la chaleur suffocante. Il fait chaud, terriblement chaud. Si chaud que tout, absolument tout, des rubans à encre des machines à écrire à la Bakélite des téléphones, est en train de fondre. C’est alors que le journaliste raconte l’histoire qui l’a mené jusque là…
C’est là que je vais développer quelque peu l’histoire… Attentions aux spoilers! 🙂 Quelques jours auparavant, Stenning, au fond du gouffre après son divorce, passe plus de temps à se saouler qu’à écrire des articles. Désireux de lui remettre le pied à l’étrier, son collègue et ami Bill McGuire qui dirige la rubrique scientifique du Daily Express l’envoie au British Meteorological Office pour enquêter. En effet, d’étranges phénomènes climatiques – hausses de températures, un étrange brouillard de chaleur sur Londres et Brighton – affectent l’Angleterre et le reste du globe suite aux essais nucléaires simultanés organisés par les Etats-Unis et l’URSS. Si les autorités ne lâchent aucune information, Peter Stenning fait la connaissance d’une jeune standardiste, Jeannie, qui craque pour lui au premier regard et promet de lui faire passer quelques tuyaux si elle entend quelque chose d’intéressant.
Bien évidemment, comme le spectateur l’attend, une idylle va naître entre eux, sur fond de réchauffement climatique et de panique généralisée. L’amour donne des ailes à Peter qui retrouve tout l’intérêt qu’il avait pour son job et cherche la vérité. Et c’est grâce à Jeannie que lui et son ami McGuire apprennent que les changements climatiques sont liés à une « nutation », à savoir une déviation de l’axe de rotation de la Terre à cause des explosions nucléaires simultanées. Les spécialistes penseraient cependant qu’après un temps d’adaptation, le climat devrait revenir à la normale. Mais les catastrophes vont en empirant quand un cyclone frappe l’Angleterre et que la Tamise s’assèche. Et les scientifiques eux-mêmes doivent alors faire face à un fait déroutant et angoissant au possible: la Terre n’a pas seulement dévié de son axe, mais aussi de son orbite, et se rapproche inexorablement du soleil… La loi martiale est alors déclarée, l’eau rationnée. A Londres, la bataille pour l’eau fait rage et le marché noir s’organise. C’est grâce à cette ambiance qu’une histoire qui nous ferait aujourd’hui sourire devient prenante.
Les dirigeants du monde décident finalement de faire sauter plusieurs bombes en Sibérie, après qu’un comité d’expert ait déclaré que c’était l’unique solution pour ramener la Terre dans son orbite. Quant à Jeannie, Peter et McGuire, ils attendent avec angoisse le résultat de cette expérience risquée, jusqu’à ce que l’onde de choc secoue le monde entier. Retour sur la scène du début, avec le filtre orange: dans les bureaux du Daily Express, Peter Stenning en haillons dicte un éditorial alors que le téléphone lui fond entre les mains… Le film se termine sur une fin ouverte, très dérangeante, avec un dernier plan frappant, que je vais guère révélée ici. Mais il donne à l’oeuvre toute sa puissance.

 

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La une annonçant la déviation de l’axe de la Terre (Voir: disastermovieworld.com)

Que dire au sujet du Jour où la Terre prit Feu? On ne peut nier les incohérences scientifiques, et j’ai moi-même quelques difficultés à comprendre pourquoi des explosions nucléaires dévieraient la Terre de son orbite. Et je me demande également comment, si la Bakélite des téléphones et les touches des machines à écrire fondent, comment les protagonistes n’ont pas rôti sur place.
Mais malgré ces quelques invraisemblances, l’histoire et le visuel sont très efficace. Le scénario est très bien ficelé, et n’a pas besoin de grands effets spéciaux en renfort. Aussi, chaque représentation de phénomène naturel est sobre et relativement crédible.Hormis les plans larges sur Londres dévasté, on n’assiste pas à des scènes apocalyptiques à grand spectacle comme on en voit dans les films hollywoodiens. Quelques scènes ont également été tournées dans la capitale britanniques, et même dans les locaux du Daily Express sur Fleet Street.
L’histoire est un flashback, et le spectateur suit les pérégrinations de quelques protagonistes dans le microcosme journalistique. Vous n’en savez jamais plus que le personnage principale qui mène son enquête et qui n’a aucune prise sur les enjeux de l’intrigue qui le dépassent. Ainsi, cela fait du Jour où la Terre prit Feu une oeuvre intéressante, un film d’ambiance, entre le film noir et la science-fiction. Stenning apprend les informations au compte-goutte et ne prend jamais parti, même quand il tombe sur une rixe entre partisans et ennemis de l’arme nucléaire. Il n’est pas un héros, c’est un homme avec ses soucis et avec sa mission journalistique qu’il veut mener à bien, un homme auquel un spectateur pourrait s’identifier. Ce n’est pas un gars qui appuie sur un bouton pour sauver le monde, mais un témoin dont la vie est affectée par un contexte extraordinaire et inquiétant. Et pourtant, il continue de vivre et finit par partager son appartement avec Jeannie alors que la température monte…

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Notre Jeannie pas très couverte… (Voir: monstermoviemusic.blogspot.fr)

Et elle monte dans tous les sens du terme, c’est moi qui vous le dis! A l’écran, le résultat de cette romance dans Londres frappé par une vague de chaleur est une sorte d’érotisme un brin poisseux, une sensualité baignée de sueur qu’il est impossible d’imaginer dans des films hollywoodiens de la même époque. Et le sex-appeal de l’interprète de Jeannie, Janet Munro, est bien mis en évidence. J’ai en tête deux plans particulièrement frappants. Le premier est un plan serré sur Jeannie qui regarde Peter par-dessus la baignoire où elle a « mariné » toute la journée en attendant le retour de son compagnon – c’est l’image couramment utilisée dans les programmes télés pour présenter le film. Un autre plan est beaucoup plus « osé » pour l’époque: on y voit Jeannie lascivement étendue sur le lit, le drap cachant à peine ses « attributs ». Je sens que je vous ai rendu le film plus attrayant tout à coup, non?
Quant à la fin du film évoquée plus haut, j’ose à peine imaginer à quel point elle était dérangeante pour un spectateur vivant au temps de la Guerre Froide. Je pense d’ailleurs que c’est ce contexte particulier qui lui a donné toute sa force, outre le fait que l’audience se trouve dans la même expectative que les protagonistes. Le réalisateur a tout de même déclaré à ce sujet qu’il avait superposé un son de cloche dans la scène finale pour la distribution aux Etats-Unis afin de suggérer un happy end, mais il souhaitait garder ce dénouement pour le moins ambigu qui laisse le spectateur avec ses interrogations.

 

Y a-t-il un message dans cette fiction?… J’ai lu dans les quelques critiques que j’ai pu trouver – et il n’y en a pas des masses – que le réalisateur, Val Guest, n’avait jamais clairement pris position pour ou contre l’arme nucléaire, mais une chose est néanmoins certaine: même s’il apparaît que des explosions nucléaires ne peuvent suffire à dévier la Terre de son axe de rotation, et encore moins de son orbite, l’histoire sonne comme un avertissement en un temps où les grands de ce monde aimaient à faire étalage de leur force à coup d’essais nucléaires. Le Jour où la Terre prit Feu joue avec les inquiétudes, et même avec les angoisses de l’époque, avec les questionnements des individus face aux déclarations officielles et aux médias leur faisant savoir que « l’ennemi » pouvait déclencher la fin du monde à tout moment.

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Peter Stenning, Jeannie et Bill McGuire attendant le salut ou la fin… (Voir: theguardian.com)

Les médias sont d’ailleurs au centre du film, avec ces journalistes se battant pour la bonne diffusion de l’information et de la vérité, et non pour le scoop du siècle qui fera vendre leur journal. En termes d’éthique, on ne peut nier qu’ils jouent parfaitement leur rôle. Mais je n’arrive pas à me faire une opinion tranchée sur la chose: s’agit-il de conservatisme montrant à quel point les journalistes devraient prendre exemple sur l’attitude irréprochable des héros du film – ou à une admiration sincère de Guest pour le métier de journaliste. Cet aspect de l’histoire est donc à prendre avec précaution.
Pour ma part, je considère que Le Jour où la Terre prit Feu est une preuve de plus de cette capacité toute britannique à raconter et mettre en scène des histoire captivantes, hors des poncifs hollywoodiens, et à créer de très bon scénarios fantastiques et/ou de science-fiction. Il faut savoir que le Royaume-Uni a produit quelques petites perles comme Le Village des Damnés, ou une série qui cartonne encore aujourd’hui comme Doctor Who. J’ai d’ailleurs noté, par le biais de certaines fictions britanniques, une récurrence du motif de la loi martiale ou de l’état de guerre, de ces mesures extrêmes prises dans des circonstances exceptionnelles. J’avoue me demander s’il s’agit d’une peur toute britannique, présente dans la mémoire collective depuis la Seconde Guerre mondiale, lorsque les denrées étaient rationnées et que des bombes ennemies pouvaient tomber à tout moment de la journée, et d’une autre peur, celle d’abdiquer ses libertés individuelles pour des questions de cohérence et de survie.
Toujours est-il que pour moi, malgré ses moyens limités et ses décors parfois un peu cheap qui pourraient prêter à sourire, et malgré un scénario marqué par le contexte de l’époque, l’atmosphère du Jour où la Terre prit feu est toujours aussi captivante et dotée d’un certain charme. De plus, je ne dirais pas qu’il est actuel, mais avec la résurgence des tensions internationales dans différentes parties du monde, et les déclaration enflammées de certains dirigeants, relayées par la presse, internet et la télévision, nous sommes, nous Terriens du XXe siècle, plus que jamais conscients que ceux qui nous gouvernent cèdent assez facilement à la tentation de jouer à « qui pisse le plus loin » avec leurs voisins, et risquent, du moins au sens métaphorique, de faire prendre feu à notre monde.

 

Je recommande donc ce film à tous les amateurs de science-fiction et d’anticipation à l’ancienne, et je vous laisse avec sa bande-annonce:

Blanche Mt.-Cl.

Le Fantôme de l’Opéra – Roman et adaptations

« Il est d’une prodigieuse maigreur et son habit noir flotte sur une charpente squelettique. Ses yeux sont si profonds qu’on ne distingue pas bien les prunelles immobiles. On ne voit, en somme, que deux grands trous noirs comme au crâne des morts. »
Gaston Leroux, Le Fantôme de l’Opéra, 1910

S’il est une histoire qui m’aura inspirée et marquée pour longtemps… c’est bien celle du Fantôme de l’Opéra. Après les nombreux dessins que j’y ai consacrés, je ne pouvais passer à côté de cette présentation! Vu les nombreuses adaptations qui en ont été faites, vous en avez très certainement eu vent! Mais avant d’être un film ou une comédie musicale, Le Fantôme de l’Opéra était un roman. Ecrit par Gaston Leroux entre 1909 et 1910, il est d’abord paru comme feuilleton dans un journal avant d’être édité en un volume chez Pierre Lafitte.

  • Le roman
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Couverture de l’édition « Livre de Poche » – Avec l’image du film de 2004 pour un visuel plus « glamour »

Paris, fin XIXe siècle. Alors que deux nouveaux directeurs arrivent à la tête de l’Opéra Garnier, les événements étranges s’accumulent dans ce cadre somptueux – les deux hommes reçoivent des demandes incongrues émanant d’un inconnu signant F. de l’O., on retrouve l’un des techniciens pendus dans les sous-sols, le lustre de la salle de spectacle se décroche en pleine représentation, et Christine Daaé, une jeune et prometteuse soprano susceptible d’éclipser la grande Carlotta, disparaît mystérieusement.
Elle a en fait été enlevée par l’auteur de ces méfaits, le fameux Fantôme, qui se présente à elle sous le simple nom d’Erik. Il la retient dans sa demeure, dans les sous-sols de l’Opéra. Celui-ci, musicien et inventeur de génie qui cache son visage sous un masque, est tombé fou amoureux de Christine et de sa voix. Il souhaite se faire aimer de la jeune fille, mais réalise, lorsqu’elle parvient à lui retirer son masque et voit sa laideur, qu’elle ne l’aimera jamais. Comptant d’abord la garder près de lui, il la laisse repartir mais lui fait promettre de lui rester fidèle et de porter la bague qu’il lui offre. C’est sans compter sur le vicomte Raoul de Chagny, ami et amour d’enfance de Christine, à qui celle-ci avoue sa mésaventure, qui est bien déterminé à libérer sa belle de l’emprise de son mystérieux protecteur.
Quand Christine disparaît à nouveau, Raoul met tout en oeuvre pour aller la récupérer dans les sous-sols de l’Opéra, en se faisant aider d’un individu mystérieux: le Persan…

Bien sûr, le style narratif est gentiment suranné, on oscille constamment entre les points de vue des différents personnages, extraits des journaux de ceux-ci. C’est un vieux roman avec ce qui va avec – notamment dans les rapports homme-femme et la description assez simpliste des personnages féminins avec d’un côté cette garce gâtée qu’est la Prima Dona Carlotta, et la blanche colombe qu’est Christine (c’est mon seul bémol concernant l’intrigue).
L’histoire compte également de nombreux personnages secondaires – l’ouvreuse Madame Giry, le rat d’opéra Meg Giry, les deux directeurs de l’Opéra, Philippe, frère de Raoul et mécène – aussi truculents et comiques les uns que les autres. En fait, le devant de la scène – si j’ose dire – est occupé par la présence fascinante du Fantôme, un être dont la monstruosité n’a d’égale que la cruauté dont la vie a fait preuve envers lui depuis son enfance, à cause de sa laideur. C’est une individualité forte, pleine de noirceur et de profondeur, qui à travers son amour fou pour Christine, redécouvre une part de lumière en lui-même.
Bref, si le début de l’intrigue est quelque peu déroutant, voire angoissant (la nuit où j’ai commencé le livre, j’avais jeté sur la chaise près de mon lit la robe blanche que je portais qui, dans la semi-pénombre, ressemblait à un spectre – je suppose que ça n’aidait pas) s’y plonger devient un vrai plaisir au bout de quelques pages. On se laisse captiver par le décor somptueux, la musique classique et cette noirceur qui reste toujours présente en arrière-plan.

  • Les adaptations

Quand j’ai fini par lire le livre à quinze ans, je connaissais plus ou moins l’histoire. J’avais vu Babar et le Fantôme de l’Opéra, ainsi qu’une adaptation télévisuelle assez luxueuse de 1990. J’avais même eu vent d’une certaine comédie musicale… qui fut adaptée en 2004 par Joel Schumacher.

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Affiche du film britannique de 1962, par Hammer Production

Bien sûr, l’histoire ne pouvait être adaptée telle quelle. D’autant plus qu’elle a beaucoup vieilli, notamment en ce qui concerne les rapports amoureux et la perception de la femme, qui a acquis un peu plus de caractère et de volonté dans au fil du temps. Et hormis le passage du lustre, l’ambiance somme toute assez feutrée des lieux n’offre pas assez d’adrénaline aux spectateurs du XXe et du XXIe siècle…
On compte cependant quelques adaptations très fidèles et de facture classique comme celles de 1925 et 1943 (tout en technicolor, où Christine a des anglaises bien blondes à la limite du jaune…) où les noms sont changés pour leur donner un air un peu plus « français ». Dans la version de 1962 réalisée par Terence Fisher et produite par les studios Hammer, les noms sont anglicisés et l’histoire transposée dans le Londres victorien. Par contre, entre les décors en carton-pâte, un éclairage complètement blafard qui donne un teint grisâtre aux acteurs, et un manque d’imagination navrant au niveau de la mise en scène, ce film a très, TRÈS mal vieilli… Mais bon, il reste tout de même distrayant, et la fin du Fantôme est un peu plus spectaculaire que dans le livre.

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L’esthétique kitsch et colorée du film de De Palma

Or comme vous vous en doutez, étant donné le contexte et les nombreuses références à la musique classique, les adaptations sous forme d’opéra ou de comédies musicales ne se sont pas faite attendre, sur scène et ensuite au cinéma. L’une des plus notables en est la ré-interprétation de Brian de Palma, Phantom of the Paradise (1974). Dans cette transposition dans les Etats-Unis des années 1970, Swan, un producteur mégalo qui a conclu un pacte avec le Démon, cherche des musiciens pour inaugurer sa salle de spectacle, le Paradise, et fait passer de nombreuses auditions: il y croise Leach, un jeune compositeur de génie très maladroit et piètre interprète, et la rafraichissante Phoenix qui tape également dans l’oeil de Leach. Mais celui-ci est évincé par Swan, qui lui vole sa musique et s’arrange, après l’avoir fait défigurer et perdre sa voix, pour le faire emprisonner. Mais Leach, passionné de musique jusqu’à la folie, revient, masqué et tout de cuir vêtu, assoiffé de vengeance, hanter les couloirs du Paradise et saboter les numéros des groupes médiocres qui s’enchaînent en ces lieux… et tenter de conquérir Phoenix. Et le mélange de rivalité musicale et amoureuse est explosif. Bien que l’esthétique du film soit un peu datée, il n’en reste pas moins un classique.

En effet, on trouve dans cette adaptation, non-seulement une dimension fantastique, mais également parodique dans tous ces groupes grotesques produisant une musique alors standardisée – mais dont le son gentiment rétro ne déplait pas au spectateur d’aujourd’hui – ou cette scène hilarante où le Fantôme cloue le bec d’un faux angelot grassouillet affublé d’une charlotte sous sa douche pour ne pas mettre à mal sa permanente, à l’aide d’une ventouse débouche-chiottes. Mais la bande originale est tout simplement inoubliable, et nous offre quelques beaux morceaux mélancoliques et très sobres, aux paroles très touchante. Elle est d’ailleurs composée et interprétée par Paul Williams… qui joue le rôle du méchant Swan. Et fait intéressant: Phoenix, notre « Christine », n’a rien de l’oie blanche de l’histoire originelle. Sous ses airs frais et naturels, la demoiselle sait ce à quoi elle est prête pour réussir…

Les années 80 voient démarrer un autre monument consacré au Fantôme de l’Opéra: la comédie musicale signée Andrew Lloyd Webber, sortie en fanfare en 1986, The Phantom of the Opera. Il avait à l’origine écrit le rôle de Christine pour la chanteuse Sarah Brightman, son épouse de l’époque, qui a failli me tuer avec le sirupeux « Time to say goodbye » que ma prof de musique du collège s’efforçait de nous faire apprendre, et qui me restait dans la tête. Vous imaginez la tête de mes parents fans de Pink Floyd et Depeche Mode quand ils m’entendaient fredonner une telle guimauve? Bref, je m’égare. 🙂 The Phantom of the Opera simplifie considérablement l’histoire, et oublie certains personnages pour se concentrer sur le triangle amoureux Christine-le Fantôme-Raoul. Le succès a été tel que le spectacle a été adapté dans plusieurs langues et se joue encore à guichet fermé à Londres et à New York. Andrew Lloyd Webber s’est même permis il y a quelques années – et je lui en veux d’avoir dénaturé l’histoire à ce point – de composer la suite, Love Never Dies dont l’histoire – des retrouvailles en Amérique avec le Fantôme et la fille Giry, une salle de spectacle, un rejeton du Fantôme et de Christine – est complètement capillotractée.

Ceci dit, la chanson-titre est un tel carton, d’une efficacité tellement redoutable, qu’elle a été maintes fois reprises, et ce même par des groupes de metal symphonique comme Nightwish, ou, pour ma version préférée, par Lacrimosa. Et la voix éraillée du chanteur, presque d’outre-tombe, Tilo, se prête merveilleusement à l’univers noir et froid du Fantôme… Mmmmm… En même temps, c’est une histoire tellement rock’n’roll…

Ceci dit, Andrew Lloyd Webber a pris un autre compositeur de vitesse, Arthur Kopit, dont le spectacle Phantom, n’a jamais pu être monté. Sa comédie musicale est finalement adaptée sous forme d’une mini-série en 1990, où le personnage du Fantôme est quelque peu adouci, sa relation avec Christine approfondie et le personnage de Raoul remplacé par celui de son frère aîné Philippe. Cette adaptation somptueuse est la seule véritablement tournée à Paris, entre les murs de l’Opéra Garnier… Et c’est celle qui m’a fait découvrir la merveilleuse histoire d’un génie défiguré hantant les sous-sols de l’Opéra…
Quant à l’oeuvre de Webber, elle a été finalement adaptée au cinéma en 2004 par Joel Schumacher. Son Phantom of the Opera, quand bien même ce n’est pas un chef d’oeuvre, est un bon moyen de découvrir la comédie musicale, et on y voit l’acteur Gerard Buttler (vous savez, le roi Leonidas dans les 300, le truand de Rock’n’Rolla…) dans un registre complètement différent, puisqu’on découvre sa belle voix de ténor dans le rôle du Fantôme. Quant aux décors et aux costumes, ils sont très luxueux, ce qu’il faut pour une série B haut de gamme. Ni plus, ni moins.

  • Conclusion

Pour ma part, j’attends encore l’adaptation qui me fera complètement chavirer, complètement rock et déjantée, noire au possible, et toujours proche de l’esprit du texte d’origine… (Si vous cherchez une scénariste, je suis preneuse, j’ai de pures idées à ce sujet) et je ne désespère pas de produire une nouvelle série de dessins consacrés à cette histoire intemporelle qui fait sa part belle à la musique.
En attendant, je peux toujours aller vérifier la légende selon laquelle, chaque soir à l’Opéra Garnier, une loge est, comme dans le roman, laissée libre à l’attention d’Erik… et je vous souhaite de beaux rêves avec ce bon vieux morceau d’Iron Maiden, « Phantom of the Opera ».

Blanche Mt.-Cl.

Blanche-Neige à travers les âges…

Ceci est une traduction et une réécriture d’un article déjà rédigé pour mon tout premier blog en anglais. J’espère que vous apprécierez… Par contre, prenez garde aux spoilers!

Le moins que l’on puisse dire est que Blanche-Neige est l’un des contes les plus adaptés du répertoire Grimm – livres, séries et films d’animations, téléfilms, films… Et la plupart offrent des interprétations différentes de la même histoire. Pour faire un petit tour d’horizon des adaptations du conte, je citerai Blanche-Neige et les Sept Nains (Etats-Unis – 1937) bien sûr, Blanche-Neige et les Sept Chevaliers (URSS – 1951), Blanche-Neige: Le plus horrible des contes (Etats-Unis – 1997), ainsi que deux adaptation récentes qui ont prouvé que la princesse brunette a encore le vent en poupe, Blanche-Neige (Etats-Unis, 2012) et Blanche-Neige et le Chasseur (Etats-Unis, 2012). J’explorerai plusieurs thèmes abordés par le conte et comment leur traitement a évolué au cours du temps.

Mais commençons aux origines…

  • Blanche-Neige par les frères Grimm

L’histoire de Blanche-Neige est probablement très ancienne, il existe plusieurs variante autour de ce conte – une jeune princesse fuyant une belle-mère malfaisante et jalouse qui souhaite sa mort – en Europe et même en Afrique. Mais la version la plus connu est sans conteste celle fixée par les frères Grimm au XIXe siècle. Jacob (1785-1863) et Wilhelm (1786-1859) Grimm, deux érudits et éminents germanistes (ils ont notamment mis au point un dictionnaire!), ont gravité dans les mêmes sphères que des écrivains romantiques comme Brentano et von Armin à l’université de Marbourg. Durant cette période, les romantiques avaient un penchant marqué pour la tradition orale et le folklore germanique, convaincu qu’ils forgeaient l’âme d’une nation (on est en pleine émergence du nationalisme allemand). Ils montrent un grand intérêt pour la tradition orale et diverses légendes transmises de génération en génération. Les frères Grimm se sont donc mis en tête de les collecter, puis de les compiler, expliquant que des paysans les leur avaient racontées – il s’agissait de donner une couleur authentiques aux récits, pour la plupart collectés auprès de la conteuse Dorothea Viehmann, une femme cultivée de Hesse. Il est également possible que les deux frères aient inventé certaines histoires, mais il est sûr que la plupart aient été « arrangées » pour correspondre à la sensibilité de leur époque, et à une certaine perception du folklore germanique. Le premier volume de leurs Contes est paru en 1812.

L’un de ces plus fameux contes n’est autre que Blanche-Neige (Schneewittchen en allemand). L’histoire commence avec ce voeu d’une reine, d’avoir un enfant au teint aussi blanc que la neige, aux cheveux aussi noirs que l’ébène et aux lèvres aussi rouges que le sang… Mais son souhait n’est pas plus tôt exaucé qu’elle meurt en couches, donnant ainsi naissance à une petite fille appelée Blanche-Neige. Le roi finit par se remarier à une autre femme, très belle mais vaniteuse, imbue d’elle-même et obsédée par son apparence. Elle possède un miroir magique, auquel elle demande chaque matin qui est la plus belle femme du royaume. Elle l’est évidemment jusqu’à ce que le miroir lui annonce qu’elle est éclipsée par Blanche-Neige, alors âgée de sept ans. Folle de jalousie, elle décide de se débarrasser de l’enfant, et l’envoie au fin fond de la forêt avec un chasseur ayant ordre de la tuer. Celui-ci, pris de pitié et touché par la beauté de la petite, la laisse filer et rapporte à la reine les poumons et le foie d’un sanglier au lieu de ceux de Blanche-Neige. La petite file a, entretemps, trouvé refuge dans une chaumière vide. Elle touche aux sept couverts disposés à table et essaie les sept lits avant d’en trouver un à sa convenance. Elle s’endort enfin… pour se réveiller entourée par les sept nains habitant les lieux. Après qu’elle leur expose sa situation, ils acceptent de la garder chez eux. Elle leur promet de tenir la maison, et de n’ouvrir à aucun inconnu lorsque ceux-ci seront partis travailler à la mine. Cependant, la méchante reine finit par apprendre que Blanche-Neige est bien vivante… et toujours la plus belle de toutes.

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Ancienne Illustration du Conte, montrant Blanche-Neige s’éveillant dans son cercueil de verre quand le Prince l’emporte

Les adaptations du conte se concentrent sur la pomme empoisonnée – ce qui ne rend pas justice à l’opiniâtreté de la reine qui essaie tout de même par trois fois d’envoyer sa belle-fille ad patres. Lorsqu’il s’avère que le chasseur n’a pas rempli sa mission, elle prend tout en main pour tuer elle-même Blanche-Neige. Elle se déguise en colporteuse et se rend à la demeure des nains, au moment où Blanche-Neige s’y trouve seule. Elle lui présente quelques jolis rubans de soie pour son corsage (euh, j’espère que le temps a passé car porter le corset à sept ans, quand même…). La jeunette se laisse quand la reine la corsette si serrée qu’elle s’évanouit. Les nains parviennent à la sauver en rentrant du travail, lorsqu’ils tranchent les fameux rubans. Quand la reine apprend par son miroir qu’elle est encore en vie, elle décide de réitérer sa tentative. Elle se grime de manière différente et retourne chez les nains où l’accueille une Blanche-Neige hésitante… qui finalement ne résiste pas à la vue de jolis peignes. La reine en profite pour brosser sa chevelure avec un peigne empoisonné. La jeune princesse perd connaissance, encore une fois – en même temps, elle n’est pas très prudente! Les nains parviennent à la sauver en lui retirant le peigne des cheveux, mais ils la mettent bien en garde cette fois-ci. Toujours grace au miroir, la reine apprend que la jeune fille n’est pas morte. Elle décide de retourner la voir mais d’y aller plus subtilement avec la pomme empoisonnée… En effet, Blanche-Neige est bien plus méfiante cette fois-ci, lorsque que la reine, déguisée en fermière, lui montre y panier rempli de pommes et lui propose d’y goûter. Elle refuse poliment. Mais la reine insiste et lui propose de mordre dans la même pomme qu’elle. Blanche-Neige, se sentant en sécurité, accepte alors et mort dans la pomme… dont seule une moitié a été empoisonnée. Elle s’écroule, apparemment morte. Les nains, à leur retour, tentent de la ranimer, mais rien ne semble marcher. Ils doivent donc accepter un terrible fait: leur Blanche-Neige est morte. Quant à la reine, depuis que son miroir lui a confirmé qu’elle est de nouveau la plus belle du royaume, elle jubile.

Dévastés, les nains n’ont pas le coeur d’enterrer leur jeune compagne. Ils lui fabriquent alors un cercueil de verre afin de pouvoir contempler encore sa beauté. Un beau jour, un prince (comme par hasard) voyageant à travers le pays, passe par là et tombe amoureux de la belle défunte. Il réussit à convaincre les nains de le laisser emmener le cercueil (c’est un peu glauque, quand j’y pense). Mais lorsqu’un des membres de sa suite, qui porte le cercueil, butte sur une racine dans la forêt, le morceau de pomme coincé dans la gorge de Blanche-Neige est expulsé. Elle se réveille alors, et le prince décide de l’épouser. Il invite la méchante reine aux noces… Mais celle-ci hésite en apprenant par son miroir que la jeune mariée sera plus belle qu’elle. Elle s’y rend tout de même et reconnaît Blanche-Neige. Pour les maux dont a souffert son épouse, le prince condamne la reine à danser devant eux sur des semelles de fer chauffées à blanc, jusqu’à ce que mort s’en suite. Le « Prince Charmant » se révèle surtout sans pitié.

  • Des adaptations relativement fidèles… à la modernisation du conte

Quelles sont donc les variations sur les aventures de la princesse? Il faut savoir que c’est l’un des contes les plus adaptés, déjà à l’époque du cinéma muet. Voici ma petite sélection:

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L’inoubliable robe jaune de la Blanche-Neige de Disney

1) L’adaptation la plus connue, sans doute parce qu’elle a marqué l’histoire de cinéma en devenant le tout premier long-métrage d’animation. Il s’agit bien sûr de Blanche-Neige et les Sept Nains, produits par les studios Walt Disney et sorti en 1937. C’est un classique, très marqué visuellement par le vieux style Disney tout en arrondis. La plupart des gens que je connais trouvent ce film magnifique: il est visuellement très beau, les décors soignés – en ce qui me concerne, j’apprécie surtout l’ambiance sombre du château de la Reine et le masque fantomatique qui apparaît dans le miroir magique. Le tout est relativement fidèle au conte de Grimm, quand bien même les deux première tentatives de meurtre passent à la trape. La Méchante Reine est très belle, l’une des plus belles méchantes de Disney (après Maléfique qui a une classe folle, à mon humble avis). Il existe cependant des différences: Blanche-Neige est une jeune fille que sa belle-mère traite comme une servante – on la voit au début du film laver les sols du palais, et elle rencontre le Prince avant son réveil miraculeux lorsque, lors de son ménage au château, elle le croise en chantant près d’un puits. Quant à la marâtre, transformée en vieille femme laide pour sa livraison de pommes, elle meurt aplatie par un rocher lorsqu’elle tente d’échapper aux nains venus à la rescousse de leur Blanche-Neige adorée. Quant au Prince, il reconnait Blanche-Neige dans son cercueil avant de l’embrasser. Ce qui, m’est d’avis, rend l’histoire un petit peu moins glauque.

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Blanche-Neige à la sauce russe

2) Un autre film d’animation, assez intéressant, est Blanche-Neige et les Sept Chevaliers, une production soviétique de 1951. Il se base sur une ré-interprétation du conte de Grimm par le poète Alexandre Pouchkine (1799-1837) parue en 1833. Kokoshniks, toques en fourrure et tuniques brodées sont au rendez-vous et donnent une couleur russe somptueuse à l’histoire. Dans ce film à l’animation et aux décors soignés, c’est sa femme de chambre que la Reine envoie dans la forêt pour se débarrasser de la princesse. Mais la femme se contente de l’abandonner pour la laisser se perdre dans les bois. Blanche-Neige, après un moment d’errance, tombe sur un fort, habité par sept chevaliers qui décident de l’appeler leur « petite soeur ». Après que la Reine soit parvenue à lui faire mordre dans la pomme empoisonnée, les chevaliers placent Blanche-Neige dans un cercueil en cristal qu’ils cachent dans une grotte de montagne. Le fait est que Blanche-Neige est fiancée au prince Yelisei – on les voit ensemble au début du film – qui dès sa disparition, part à sa recherche. Après sept mois à courir les forêts et les montagnes, il parvient, avec l’aide des sept chevaliers, à lui donner le baiser qui la sauve. Lorsque la Reine, invitée aux noces, reconnaît la mariée, elle meurt d’une crise cardiaque. Mais cette version va vous paraître bien naïve en comparaison de celles qui viennent…

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Sigourney Weaver en reine très, très méchante… et surtout avec de sérieux désordres psychiatriques.

3) Blanche-Neige: Le plus horrible des contes, est un téléfilm réalisé en 1997… Il est peut-être l’une de mes adaptations favorites, avec Sigourney Weaver en « Méchante Reine » Claudia Hoffmann. Je vais détailler un peu ici, car c’est une version extrêmement… différente. L’histoire se passe au XVIe siècle, quelque part en Allemagne si j’en crois les noms des protagonistes, dans une famille aristocratique. Frederick Hoffmann (Sam Neill), après la mort de son épouse dans un accident de carrosse alors qu’elle est sur le point d’accoucher. Il gâte leur petite Liliana jusqu’à ce que le besoin de se remarier se fasse sentir. Il épouse donc Claudia. C’est le début d’une relation difficile entre elle et Liliana qui la rejette. Les années passent et Liliana devient cette jolie jeune fille au teint blanc et aux cheveux noirs (Monica Keena, très crédible dans ce rôle), qui ressemble beaucoup à sa mère. Elle est fiancée avec le docteur Gutenberg (David Conrad), un érudit voyageant à travers l’Europe. Tout semble aller bien jusqu’à ce que Claudia perde l’enfant qu’elle porte, après un malaise provoqué par la vue de Liliana dans une robe de sa mère. Malgré les efforts de la jeune fille pour établir une meilleure relation avec sa belle-mère, celle-ci, la tenant pour responsable de la perte de son bébé, décide de se débarrasser d’elle. Elle envoie alors son frère Gustav (Miroslav Táborský) tuer Liliana. Elle parvient à échapper à son bourreau, et erre dans la forêt jusqu’à trouver refuge dans une maisonnette. Mais les habitants ne sont pas aussi hospitaliers que les nains de Disney… En effet, ces sept mineurs vivent dans une misère terrible et n’ont que faire des attentes et des caprices de la demoiselle. Elle reste finalement avec eux pour partager leurs déboires, et finit par se lier d’amitié avec certains membres de la bande. Pendant ce temps-là, Claudia – j’ai oublié de le préciser, un peu sorcière sur les bords – apprend par son reflet dans le miroir que la petite pimbêche est toujours en vie. Par quelques tours de passe-passe que je ne détaillerai pas, elle tente à distance de les éliminer, elle et ses étranges protecteurs. Elle finit par envoyer Gutenberg, le fiancé de Liliana à sa recherche, tandis qu’elle essaie de ressusciter son fils mort-né. Mais bien sûr, l’inévitable arrive: Liliana s’éprend de l’un de ses compagnons, Will (Gil Bellows). Claudia accélère les choses et après s’être transformée en vieille paysage fort repoussante, elle part à la rencontre de sa belle-fille dans la forêt. Elle la trouve en chemise, au bord de la rivière, et jouant la grand-mère bienveillante, entame la conversation avec elle, l’encourageant à parler de son « bon ami »… ce que Liliana fait avec bonne grâce, avant de mordre dans la pomme que lui offre la vieille. Le poison est insidieux: il maintient la jeune fille dans un état de mort apparente, tandis qu’elle est encore consciente et peut voir Will et ses compagnons la pleurer. C’est pour la déclarer morte que Gutenberg arrive enfin chez les mineurs. Ceux-ci fabriquent à leur « jolie princesse » un cercueil en vitrail. Mais au moment de la mise en terre, Will voit ses yeux se rouvrir… Ne faisant ni une ni deux, il se précipite dans la fosse, ouvre le cercueil et secoue Liliana jusqu’à ce qu’elle recrache le morceau de pomme bloqué dans sa gorge. A son réveil, Gutenberg décide de la ramener chez son père. En arrivant, tous deux constate que le domaine de Frederick Hoffmann est comme dévasté par la magie noire de Claudia. Will, qui a suivi de loin sa dulcinée, leur offre son aide… Pendant qu’il secourt le père de Liliana, ligoté dans sa chapelle pour un rituel de magie noire, Gutenberg est tué par Claudia. Celle-ci défie sa belle-fille qui la vainc… en poignardant son reflet dans le miroir magique. Elle finit par rejoindre Will et son père.

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Blanche-Neige (2012)

4) Blanche-Neige (Mirror, Mirror, 2012) est clairement une comédie se déroulant dans un royaume kitsch plongé dans un hiver perpétuel depuis que le roi (Sean Bean) a disparu. Sa veuve, la Méchante Reine (interprétée par Julia Roberts, irrésistible!), adepte de la magie noire et obsédée par son apparence, règne d’une main de fer et prélève taxe sur taxe pour mener son train de vie luxueux, ses toilettes somptueuses et ses soins anti-âge. Elle garde Blanche-Neige (la rafraichissante Lily Collins avec ses faux airs d’Audrey Hepburn…) enfermée dans ses appartements. Mais la jeune fille parvient à s’échapper pour se rendre compte par elle-même de ce qui se joue dans son royaume. En chemin, elle fait une rencontre inattendue: le prince Alcott (Armie Hammer), à moitié nu et suspendu à un arbre (en réalité, il s’est fait détrousser avec son serviteur par sept nains). La jeune princesse, sensible à son charme, les détache et rentre au palais… où le prince devait justement se rendre. La reine, en le voyant si attirant avec ses vêtements manquants, passe en mode cougar: elle décide de le séduire et de l’épouse, et organise ainsi un bal en son honneur. Il y a cependant un problème: Alcott reconnaît Blanche-Neige lors du bal, car elle est la jeune femme qui lui a tant plu dans les bois. Il dédaigne la reine pour danser avec elle. La Reine, folle de rage, envoie Brighton (Nathan Lane), son chambellan, chercher Blanche-Neige pour la conduire dans les bois et l’abandonner à la terrible Bête qui hante les lieux. Il se contente de planter là la princesse qui s’enfuie en courant. Elle atterrit dans le repaire des sept nains bandits qui ont détroussé le prince et les officiers royaux qui prélèvent la taxe. Blanche-Neige est bientôt acceptée par ses nouveaux compagnons qui la relookent et lui apprennent l’art de détrousser. Pendant ce temps-là, la reine a ensorcelé le prince avec un filtre d’amour puissant aux effets inattendus… Après différentes aventures Blanche-Neige et les nains parviennent à kidnapper le prince alors qu’il s’apprête à épouser la reine. La princesse brise le sortilège d’un baiser – c’est donc elle qui sauve le prince. La Reine furieuse finit par invoquer la Bête de la forêt qui attaque Blanche-Neige, les nains et le prince. La princesse part l’affronter seule mais le prince court à sa rescousse. Durant le combat, la princesse remarque que le collier de l’animal ressemble étrangement à celui que porte sa belle-mère. Elle coupe la chaine retenant le pendentif qui permettait à la reine de la garder sous son contrôle… Et la Bête se révèle être le Roi disparu, le père de Blanche-Neige (c’est de ma vie, la première fois que je vois Sean Bean ressusciter et non pas mourir avant la fin). Pour la Reine, c’est la fin: elle paie le prix pour la magie et sa beauté se flétrit instantanément. Mais le printemps refleurit sur le royaume, et le film sur une séquence musicale joyeuse et colorée pour le mariage de Blanche-Neige.

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Affiche du somptueux « Blanche-Neige et le Chasseur »

5) Enfin, j’arrive à Blanche-Neige et le Chasseur, une version sombre et visuellement très riche du conte, avec une jeune princesse très combattive (Kristen Stewart, à mon avis pas le meilleur choix pour ce rôle au vu de son jeu… pas très expressif) et une Méchante Reine, Ravenna (Charlise Theron) absolument merveilleuse. Alors que Blanche-Neige est encore enfant, son père tombe amoureux d’une prisonnière rencontrée sur un champ de bataille. Il l’épouse immédiatement, et celle-ci l’assassine durant leur nuit de noces, prenant ainsi le pouvoir avec son frère Finn (Sam Spruell) et jetant la jeune Blanche-Neige en prison. Ravenna se révèle être une puissante sorcière qui enlève régulièrement de jolies jeunes femmes pour s’emparer de leur beauté et garder de sa jeunesse. Après plusieurs années de règne, elle apprend par son miroir que la plus belle femme du royaume n’est autre que la princesse prisonnière qui doit la détruire. Elle envoie son frère Finn s’occuper du cas de Blanche-Neige. Mais quand celui-ci tente d’abuser d’elle dans sa cellule, la jeune fille parvient à s’enfuir et gagne la forêt. Telle qu’on la voit, elle est beaucoup moins propre sur elle que son homonyme de chez Disney! Si bien que Ravenna envoie un ivrogne veuf, le chasseur Eric (Chris Hemworth… Mmmmm… Je veux bien qu’il me chasse, moi!): elle lui ordonne de lui ramener Blanche-Neige – sans lui révéler qui elle est vraiment – et lui promet de ressusciter sa défunte femme. Il se lance donc à la poursuite de la prisonnière, mais se détourne de son but quand Finn lui confirme que Ravenna ne lui ramènera jamais son épouse. Se sentant trahi, il décide de s’échapper avec Blanche-Neige qui lui demande de l’amener jusque chez le Duc de Hammond, un allié fidèle de son défunt père, et père de son amour d’enfance, William (Sam Claflin) alors que Ravenna et Finn lancent des mercenaires à sa poursuite. Eric quant à lui réalise qui est Blanche-Neige lorsqu’il trouve refuge avec elle dans un village de femmes qui la reconnaissent. Ils y sont rattrapés et doivent fuir… mais tombent sur un groupe de sept nains en voyage vers un sanctuaire féérique. Encore une fois, ils sont attaqués par Finn et ses hommes, infiltrés par William alors à la recherche de la princesse. Pendant l’affrontement, Eric tue Finn et William se dévoile, se joignant à Blanche-Neige et Eric. Il leur propose de les conduire au château de son père. Or Ravenna, opiniâtre, prend l’apparence du jeune homme et parvient à se trouver seule avec sa belle-fille à qui elle offre une pomme empoisonnée. William et Eric trouvent Blanche-Neige inconsciente et la croient morte. C’est dévastés qu’ils ramènent son corps au Duc. Mais alors que tout semble perdu, Eric, seul, vient à la princesse morte et lui parle, pleurant sur son cadavre et l’embrassant. Elle s’éveille, alors que le baiser de William n’avait eu aucun effet. La jeune princesse prend alors le commandement d’une armée avec le Duc pour marcher sur le château de Ravenna et reprendre son trône. Ils parviennent à prendre le contrôle de la place tandis que Blanche-Neige bat Ravenna en combat singulier, grâce à des mouvements appris par Eric. Elle devient alors reine et restaure la paix dans son royaume.

Je m’excuse pour ces présentations un peu longues, mais elles me paraissaient nécessaires à dégager les principaux thèmes explorés par ce conte de fée. Bien qu’il paraisse un peu vieux, il a pu être adapté à nos goûts et aux moeurs contemporaines. Ainsi, nous pouvons voir comment des thèmes tels que l’apprentissage de la vie, l’image de la femme et de l’homme et la beauté ont été mis au goût du jour.

  • Devenir une femme
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Blanche-Neige embrassant le crâne de Simplet

Cela va de pair avec la façon dont la femme est perçue: en effet, on se rend compte que Blanche-Neige grandit pour devenir ce qu’une femme accomplie est censée être aux yeux de ses contemporains.

Comme vous l’avez noté au vu des différentes versions du conte que j’ai évoquées, le personnage de Blanche-Neige en lui-même a beaucoup évolué. Souvenez-vous de l’histoire transcrite par les frères Grimm: la jeune princesse est une enfant, naïve, innocente et pure, victime de la vanité de sa belle-mère. Elle est la même jeune fille chez Disney et chez les Soviétiques (mon Dieu, si un maccarthyste lisait ça, j’en prendrais pour mon grade!). Le destin de Blanche-Neige est la preuve que la vertu, le travail et la modestie d’une femme paient un jour ou l’autre, qu’elles permettent de trouver un époux digne et du même rang. Et dans le cas de Blanche-Neige, qu’elle aura enfin du personnel pour la servir à son tour. Sa beauté n’est donc pas qu’une question d’apparence, elle est aussi morale – ce que l’on attend d’une épouse parfaite. Au XIXe siècle, lorsque Grimm et Pouchkine on publié leurs versions du conte, et dans la première moitié du XXe siècle, Blanche-Neige est la femme au foyer parfaite. En plus, rendez-vous compte: elle vit avec sept hommes, mais il ne se produit jamais rien de déplacé avec l’un d’entre eux: elle est une brise fraiche, une petite soeur qui prend soin de ses messieurs et leur rend la vie plus simple en faisant leur ménage et leur cuisine. Et avec le sourire en plus. C’est une princesse, mais elle n’a pas peur de se salir les mains pour « ses hommes ». A ce sujet, je trouve très étrange ce parti pris dans la version soviétique inspirée de Pouchkine, alors que l’idéologie socialiste – du moins en théorie – voit la femme comme une travailleuse, à l’égal de l’homme. Donc le destin de la princesse, dévouée à ses grands frères les chevaliers, puis à son époux Yeliseï n’est pas très, très soviétique.

Si l’on y regarde bien, aucune de ces version ne prête attention à la personnalité de Blanche-Neige. Elle n’est pas un individu à part entière, mais un archétype, un cas d’étude, si j’ose dire, pour montrer comment doit agir une jeune fille pour trouver un bon époux, vivre heureuse et avoir beaucoup d’enfants. Rideau. Elle a beau être la fille d’un roi, au final, cette histoire concerne toutes les filles. Blanche-Neige est l’allégorie des différentes étapes de la vie d’une femme – d’un point de vue traditionnel et « biologique », même si je n’aime pas ce terme. Des intellectuels ont sérieusement planché sur le sujet, et je me demande comment ce psychothérapeute nommé Eric Pigani en est arrivé à cette conclusion – peut-être a-t-il juste trouvé ce qu’il voulait trouver. Mais regardons un instant la structure de l’histoire… Dans la première scène, on voit la mère de Blanche-Neige enceinte formulant des voeux pour l’apparence de son enfant. Elle cout à la fenêtre et se pique le doigt. Les gouttes de sang tombant sur la neige représenteraient le futur cycle menstruel de la princesse et même le début de sa sexualité (argh!). Une fois née, Blanche-Neige apprend à devenir une épouse vertueuse et une bonne maîtresse de maison en tenant la demeure des nains, n’attendant que le prince assez aimable pour la libérer de ses désirs enfouis symbolisés par la pomme empoisonnée. Désir que les nains ne peuvent combler (techniquement parlant, je ne vois pas ce qu’il leur manque pour…). Donc selon cette analyse, Blanche-Neige raconte comment passer de la fille à la femme, comment devenir adulte…

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Quand Liliana croque la pomme…

Le désir et l’amour sont donc d’autres enjeux de ce processus. Dans Blanche-Neige: Le plus horrible des contes, la jeune Liliana tombe amoureuse de l’un de ses compagnons d’infortune, Will. Et je pense que cette idylle ne reste pas chaste. En témoigne la séquence de la pomme empoisonnée: alors qu’elle parle de Will à Claudia, elle mort dans le fruit avec avidité, comme si elle mangeait Will. Je m’excuse pour cette métaphore à deux balles, mais vous connaissez l’expression « croquer la pomme »…

Mais le sexe et les sentiments ne sont pas les seuls enjeux. Il s’agit également pour la jeune fille de s’améliorer, de surmonter ses propres défauts et de devenir un individu plus mature. Le fait est que Blanche-Neige est belle dehors et dedans. Si elle en est consciente, elle peut céder à la tentation de la vanité. Si vous vous souvenez le premier conte de Grimm, elle se met en danger à chaque fois qu’elle agit par coquetterie, comme avec le ruban ou le peigne empoisonné. Elle doit donc mettre de côté ces faiblesse pour se consacrer à des choses utiles comme le ménage ou la cuisine…

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Lily Collins en version « bandit » de Blanche-Neige

Dans les versions les plus récentes, la personnalité de la princesse est plus étoffée. Elle a du caractère et de la volonté, fait preuve d’indépendance et est capable de se débrouiller seule, comme les femmes d’aujourd’hui, et même de régner comme dans Blanche-Neige et le Chasseur et réparer le mal causé par un prédécesseur tyrannique. Dans Blanche-Neige: Le plus horrible des contes, on voit une gamine pourrie-gâtée, jalouse, arrogante mais néanmoins naïve, faire face au danger dans sa propre demeure, à la misère, au désir masculin, à la faim et aux écroulements dans une mine. A la fin, c’est une jeune femme capable d’empathie et courageuse, qui comprend ce dont sa condition l’a protégée.

Dans le Blanche-Neige de 2012, Lily Collins campe une princesse brave mais physiquement vulnérable et incapable de se défendre par elle-même. C’est ainsi que les nains la coachent, lui apprennent à combattre et la relookent pour lui donner l’air plus menaçant. Elle se révèle ainsi plus forte, et convainc ses maîtres de rendre leurs rapines au peuple, elle en fait de véritables héros. Son entraînement a bien sûr une dimension parodique qui se rit de la délicate jeune fille dépeinte par Disney dans les années 1930. Car c’est elle qui finit par sauver son père et restaure la prospérité du royaume.

Dans Blanche-Neige et le Chasseur, elle hérite tout naturellement du trône de son père, et l’on imagine aisément qu’après avoir vu son peuple souffrir, elle fera tout pour réparer le mal causé par sa belle-mère, et deviendra une reine sage et juste. Il est intéressant de voir que certains critiques ont vu une dimension féministe à cette adaptation: Ravenna prend le pouvoir en tuant le roi, ce qui est une revanche sur un homme qui n’a vu en elle que sa beauté comme pour un vulgaire ornement et non une partenaire potentielle, et qui n’a voulu que satisfaire un désir. Blanche-Neige est l’héritière, elle est combattive, se bat pour ses droits et est capable de mener une armée au combat… Je dirais que la séquence dans le village des femmes pourrait aller dans ce sens, puisque que pour échapper à la vindicte de Ravenna, elles renoncent à leur beauté en se mutilant. Cela n’a plus rien à voir avec la jeune fille soumise du conte de Grimm ou du dessin animé de Disney qui « siffle en travaillant »…

  • Un homme fort pour une femme forte

Dans l’univers traditionnel des contes, devenir une femme, c’est aussi apprendre à gérer les relations avec l’autre sexe (je parle de l’autre sexe, car je ne connais pas encore de version où Blanche-Neige part avec la Princesse Charmante – dites-moi si je me trompe). Et il y a des choses à dire sur les compagnons masculins de Blanche-Neige – son père, son prince, son chasseur, ses nains ou ses chevaliers. Et même si cela paraît bateau, les figures masculines évoluent en même temps que celle de la princesse.

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Le Prince Charmant, Mister Perfect 1937

Dans la version de Grimm, Blanche-Neige rencontre deux types d’hommes: les nains et le Prince. Les nains sont un cas particulier, car ils semblent… asexués. Il n’y aucune attirance et leurs relations sont pures, peut-être parce qu’elle est encore une enfant au moment où elle les rencontre. D’une certaine façon, ils sont sa famille de substitution, des mentors participant à son éducation en développant ses talents de maitresse de maison. (Après, on ne va pas se mentir: certains cinéastes ont vu le potentiel pornographique de cette situation: en effet, qu’est-ce qui nous dit que sept hommes seuls au fin fond de la forêt, seront capables de se tenir en voyant arriver la plus belle jeune femme du royaume?). Ils la protège des dangers, prennent soin d’elle et lui offrent l’affection que sa belle-mère jalouse lui a refusée. Le prince, quant à lui, est un parfait étranger – d’ailleurs, quelle heureuse coïncidence que le péquin passant par là et tombant amoureux de la beauté refroidie dans son cercueil de verre soit prince et non paysan! Lui aussi est un cliché, une abstraction, la récompense, le trophée pour la vie vertueuse menée par la princesse, lui offrant amour et sécurité. C’est le beau gosse en collant qui arrive sur son beau cheval blanc. Quand bien même le personnage de Yeliseï est semblable dans Blanche-Neige et les Sept Chevaliers, il a au moins le mérite de ne pas être un inconnu et de tenir à sa princesse, puisqu’il l’a recherchée de par le royaume.

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Le maladroit Prince Alcott

La mode du parfait inconnu qu’on épouse sur-le-champ semble aujourd’hui passée. Dans Blanche-Neige: Le plus horrible des contes, Liliana connaît également son fiancé Gutenberg, un jeune homme brillant et plein d’avenir, ce n’est pas une simple tocade, elle pense sincèrement l’aimer jusqu’à cette attirance pour Will. Ils passent du temps ensemble, ont de réelles conversations. Dans Blanche-Neige et le Chasseur, la princesse a William, son ami d’enfance qui semble sincèrement épris puisqu’il passe des mois à la rechercher comme Yeliseï l’a fait dans la version soviétique. Dans la version avec Lily Collins, Blanche-Neige fait la connaissance du Prince Alcott dans des circonstances particulières: il l’attire dès leur première rencontre, mais il est bourré de défauts – un brin arrogant, prétentieux, maladroit – mais sincère. C’est quand leur relation devient tendue, alors qu’elle est devenue voleuse de grand chemin et qu’elle le croit du côté de sa belle-mère, qu’elle devient un véritable ressort comique. Et la jeune fille continue de l’aimer malgré son air ridicule lorsqu’il est ensorcelé par la Reine… On est donc bien loin de cet exemple de perfection, de cette « apparition » que la Blanche-Neige de Disney épouse à la fin du film!

Et nous y voilà. Si Blanche-Neige est devenue plus forte et capable de gérer une relation avec un homme plein de défauts, elle mérite un partenaire à sa mesure. A Blanche-Neige plus couillue, homme plus couillu. Un homme fort, avec plus de personnalité que l’archétype du Prince Charmant – un homme torturé, qui a bataillé, et pas une andouille en collants blancs qui risquent de se salir en forêt.

Je vais détailler les versions récentes.

Dans Blanche-Neige: Le plus horrible des contes, le fiancé si parfait se révèle faible puisqu’il se laisse tenter par la belle-mère jalouse et ne part pas à la recherche de Liliana jusqu’à ce qu’elle lui en donne l’ordre… Notre « princesse » ne peut même pas conter sur son « prince » qui couche avec la Méchante Reine alors que la jeune fille n’a disparu que depuis deux jours! J’avoue cependant que les scénaristes ont été bien inspirés dans leur solution: si Liliana ne peut compter sur une figure rassurante… elle va être attirée par un homme qui lui fait peur. Et bim! comme dirait mon frère. Et en termes de storytelling et d’intérêt dramatique, j’ai trouvé l’idée brillante, puisque la jeune fille sort de sa « zone de confort » en ce qui concerne la gent masculine. Et pour une fois, celui qui brise le sort n’est pas un noble ou un héros dans une armure étincelante.

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Will et Liliana – L’amour né de la promiscuité

Il est vrai que cette version du conte m’a beaucoup marquée et est une de mes favorites, et j’avais adoré cette romance avec le « nain » pas si petit que ça, surtout quand on sait que les relation entre Blanche-Neige et ses compagnons sont extrêmement tendues, puisqu’ils lui en veulent pour sa conditions et ses privilèges quand eux triment pour une misère. Ils lui sont même très hostiles, l’accusant de voler leur nourriture et arguant que la faim n’est pas une excuse. Ils parlent même de la rançonner. Mais au fur et à mesure qu’elle prend connaissance de la précarité de leur existence, elle s’attache à eux. Quant à Will, le leader du groupe, peu enclin à tolérer son arrogance, il la remet sans arrêt à sa place et ne va pas lui accorder de traitement de faveur parce que c’est une petite princesse. Il ne s’arrête qu’en constatant qu’elle le craint.

Mais que craint-elle vraiment en lui? Son attitude agressive, ou le simple fait d’être un homme? En effet, elle a été élevée dans un milieu protégé, au milieu de gentlemen propres sur eux, avec le sens des convenances, et elle se retrouve à partager des paillasses avec des hommes qui travaillent et se baladent torse nu. Quel choc! L’un d’entre eux tente même de la violer avant que Will le jette dehors – ce qui est sa manière de se montrer chevaleresque. Liliana s’attache finalement à lui en apprenant à le connaître, quand l’aîné du groupe lui raconte le passé tourmenté de leur leader. C’est la jeune demoiselle qui prend l’initiative, alors qu’ils font le deuil d’un compagnon mort. Elle va vers lui et établit le contact physique, et Will, d’abord méfiant, l’embrasse. Elle semble donc déçue quand Gutenberg la récupère. Il est clair qu’après avoir partagé le danger avec cet homme un peu moins « convenable », qui s’avère finalement avoir un coeur et être capable de lui montrer son amour de façon plus spontanée, son docteur peut franchement paraître insipide.

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Eric le Chasseur protégeant Blanche-Neige

On pourrait établir une comparaison avec Blanche-Neige et le Chasseur, la princesse a beau avoir un amoureux d’enfance, il semble qu’elle soit plus réceptive au charme du « mec à problèmes » qui cherche tout d’abord à remplir son contrat pour la reine, et qui rejette la jeune fille pour ne pas s’impliquer personnellement avec elle. Il est même prêt à l’abandonner, et Blanche-Neige hésite à lui faire confiance, mais il se montre prêt à lui apprendre comment se défendre. Bien qu’ils développent des sentiments évidents l’un pour l’autre, et qu’il la ranime d’un baiser et de ses larmes, ils n’échangent rien de plus qu’une oeillade lors de la cérémonie de couronnement de Blanche-Neige, rien n’est dit sur une possible romance entre eux. En même temps, cela aurait paru un brin naïf. Quand bien même le spectateur espère qu’Eric, après ses tourments, trouvera quelqu’un à aimer pour le sortir de sa solitude.

Dans tous les cas, Blanche-Neige brise le schéma pré-établi du conte: après qu’elle ait connu l’adversité, des changements irréversibles se sont produits en elle, et son prince charmant change également.

  • Rivalité: La Beauté comme prétexte
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La Méchante Reine à son miroir

Le motif de la rivalité entre les deux femmes – la beauté – semble de prime abord assez trivial. Mais souvenons-nous qu’au temps des frères Grimm, la condition féminine était autre. Hormis sa beauté ou sa dot, une femme n’avait pas grand-chose à offrir. Seules deux choses assuraient un statut véritable à une femme: garder l’affection de son époux, et donner un héritier mâle. La beauté pourrait donc être liée à ces enjeux, selon l’interprétation qui est faite du conte. Comme elle évolue avec le temps, au fur et à mesure que Blanche-Neige devient un individu et non un archétype, une simple question de jalousie est devenue un ressort dramatique de plus en plus complexe.

Dans Blanche-Neige: Le plus horrible des contes, on pourrait penser que Dame Claudia Hoffmann a quelques problèmes psychiatriques: elle est narcissique, perverse, manipulatrice, elle a des conversations avec son reflet dans le miroir et sa souffrance en tant que femme attendant désespérément de concevoir un héritier est palpable. Elle va jusqu’à exprimer un sentiment de revanche envers sa propre mère qu’elle espère dépasser socialement grâce à sa beauté. Elle aime passionnément son époux, Frederick, et souffre de l’amour qu’il portait à sa première épouse. Elle fait tout pour capter son attention, quand il a une enfant extrêmement gâtée qui la méprise ouvertement. Il lui faut plusieurs années pour tomber enceinte quand son époux semble s’être habitué à sa beauté, et quand Liliana devient une jolie jeune femme qui souhaite porter de belles toilettes et non-plus des robes d’enfant. Lorsque sa beauté et sa jeunesse en font le centre de l’attention, Claudia ne peut le supporter. C’est lors d’une crise de jalousie qu’elle perd son enfant à naître. Son chagrin touche Liliana qui cherche à faire amende honorable, mais c’est déjà trop tard. En effet, Claudia, devenue stérile après sa fausse couche, n’a plus de statut. Quant à Liliana, elle a beau être gâtée et arrogante, elle n’est pas assez tordue pour imaginer un instant que sa belle-mère lui envie sa beauté et la voit comme une rivale… et c’est la raison pour laquelle les spectateurs s’attachent finalement à la jeune fille.

Dans Blanche-Neige et le Chasseur, Ravenna fait payer à son époux le prix fort pour le désir qu’il a éprouvé en la voyant, et prend une revanche injuste sur Blanche-Neige qui ne lui a causé aucun mal, tout cela pour prendre le pouvoir. Elle aussi paie un prix élevé pour rester jeune et belle, elle ne connait aucun repos tant qu’elle ne sera pas sûre que l’adolescente censée causer sa perte ne peut plus nuire. Derrière la beauté se cachent donc d’autres enjeux de rivalité. La beauté de Blanche-Neige est aussi la beauté du coeur, qui ferait d’elle une reine plus sage et plus juste, capable de mobiliser des foules pour mettre fin au règne tyrannique de Ravenna. C’est donc un combat pour le pouvoir, l’honneur et la justice.

  • Conclusion: Un conte toujours actuel?
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La triste fin de Ravenna

Peu de temps avant de quitter l’Angleterre, je lisais dans un article qu’être beau pouvait s’avérer plus difficile qu’on le croyait. Selon l’étude mentionnée dans l’article, même s’il est de menus plaisirs plus faciles à obtenir (compliments, flirt, une vie sexuelle plus satisfaisante) chez les individus physiquement attirants, ils en paient aussi le prix. En 2010, il a été prouvé qu’une jolie femme avait moins de chance d’être embauchée en envoyant un CV avec photo – en particulier si le personnel des ressources humains est essentiellement féminin. De plus la beauté chez les femmes, et également chez les hommes, est plus souvent associée à des défauts comme la vanité, la suffisance, la prétention. Je n’échappe pas à ce genre de préjugé: par exemple, lorsque j’étais plus jeune, dès que je trouvais un garçon attirant, je décidait que c’était un sale con. C’était sans doute injuste et guidé par mes complexes de jeunesse, mais je tendais à penser que le larron en question devait être conscient de son apparence avantageuse et en profiter, et surtout qu’ils ne considèrerait jamais une fille comme moi comme assez bien pour lui. Et en même temps, j’ai connu des filles très belles qui ne savaient que penser de leur succès auprès des hommes, s’ils les appréciaient pour elles ou pour ce qu’elles représentaient. Ce doit être terrible de ne pas se sentir confiant dans l’attachement de l’autre… J’imagine qu’avec la mode des toy boys, la questions se pose aussi chez certains membres de la gent masculine. Ne les jetons pas tous, ils ont eux aussi un coeur après tout. Mais il est vrai qu’on a parfois une vision biaisée des talents ou des capacités d’un garçon attirant… Tout ça pour dire qu’en ce qui concerne la beauté et l’apparence, Blanche-Neige reste d’une actualité brûlante.

Il n’y a qu’à demander combien d’entre nous ont un compte Twitter ou un profil Facebook avec une photo flatteuse… Ce n’est pas qu’un « truc de nana », comme diraient certains, car j’ai pu voir que quelques jeunes hommes aimaient poser dans leurs plus beaux atours ou en exhibant leurs muscles, quand ils ne tentent pas seulement de poster une photo originale. Je dirais que de nos jours, certaines personnes de ma génération et encore plus les plus jeunes, sont prises entre le désir de paraitre à leur avantage et celui d’être aimé, entre la peur de ne pas être aimé pour soi et le sentiment de devoir se plier à des critères de beauté ou de mode. Les photos sur nos « murs », le nombres de nos « followers » ou d’ « amis » font de nos réseaux sociaux une sorte de miroir magique, qui nous donne une certaine perception de notre importance en tant qu’individu. C’est à peu près la même chose sur les réseaux sociaux professionnels où l’on doit se montrer à son avantage en termes d’expérience, de compétence et d’apparence – quand bien même la recruteuse qui vous trouvera trop jolie ne voudrait pas de vous.

Aujourd’hui, les lecteurs et spectateurs intéressés par le monde des contes ont donc l’expérience nécessaire à éprouver de l’empathie à la fois pour une Blanche-Neige persécuté pour être née belle et pour une Méchante Reine qui se ronge à l’idée de perdre sa beauté. Cette histoire n’a jamais eu autant de potentiel… Mais je persiste à penser qu’il ne faut jamais oublier la dimension sombre et magique de cette légende. L’adapter d’une façon trop réaliste serait donc une grossière erreur. C’est un conte de fée qui en dit long sur l’esprit du temps, mais un conte de fée tout de même. Et même dans ses versions les plus sombres, un conte est autant capable de mettre en lumière les failles de notre monde comme la science-fiction le fait, que de nous donner de l’espoir et nous faire rêver.

Blanche Mt.-Cl.