Mon Top 5 des films à voir en période de Fêtes

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Gremlins (1984) Directed by Joe Dante Shown: Gremlins
Une chorale de Noël un peu particulière… – Source: Bloody Disgusting

Je reviens ce mercredi, un peu en avance par rapport aux proverbiales chroniques film du jeudi, avec une petite sélection spéciale pour les Fêtes de fin d’année. Car qui dit Noël et Nouvel An dit programmes spécifiques à la télévision – les traditionnels comédies poussives et téléfilms « romantiques » de M6, The Holiday qui me dépriment plus qu’autre chose, les énièmes redifusions des Astérix et des Sissi… Si certains se plaisent à s’installer devant ces programmes avec du chocolat, je me contente de les mettre en fond sonore quand je fais autre chose.

En général,  je n’aime pas tellement regarder des films axés sur Noël comme Miracle sur la 34ème Rue, La Vie est Belle ou encore Le Pôle Express (animation) qui, j’ignore pourquoi, me rendent toujours un peu triste. À croire que c’est la période pour faire pleurer dans la chaumière alors qu’on aimerait pendant un court laps de temps oublier les difficultés de l’année pour se concentrer sur des choses plus fun… Donc de mon côté, Noël est l’époque des dessins animés et des blockbusters!

Il n’y aura pas de casting ou de fiche technique, mais je vous laisse tranquillement jeter un oeil à mon petit Top Five

Continuer la lecture de Mon Top 5 des films à voir en période de Fêtes

Publicités

Bâtisseurs de rêves – « Inception » (Christopher Nolan, 2010)

Inception-wordmark.svg
Logo du film – Source: Wikipedia

Titre: Inception
Année de sortie: 2010
Réalisation: Christopher Nolan
Origine: Etats-Unis, Royaume-Uni
Durée: 2h28
Distribution: Leonardo DiCaprio, Joseph Gordon-Levitt, Ken Watanabe, Michael Caine, Ellen Page, Tom Hardy, Cillian Murphy, Tom Berenger, Marion Cotillard…

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Me voici de retour avec la chronique cinéma de la semaine qui va vous plonger en plein rêve… Vous l’avez deviné, il s’agit bien sûr de l’un des plus gros succès cinématographiques de ces dernières années, Inception. J’avais déjà fait la connaissance de Christopher Nolan quelques temps auparavant grâce à Batman: Begins (ben oui, Batman et Christian Bale dans le même film, vous ne croyiez quand même pas que j’allais résister!) et Memento.

Très fan de sa puissante ré-interprétation du mythe de Batman, et subjuguée par les bande-annonces, j’ai décidé d’aller le voir au cinéma à sa sortie. Suivez-moi au royaume des rêves, dans une autre réalité, celle de l’esprit, où absolument TOUT est possible…

Continuer la lecture de Bâtisseurs de rêves – « Inception » (Christopher Nolan, 2010)

Fantômes du passé – « La Maison des Ombres » (Nick Murphy, 2011)

Titre: La Maison des Ombres (The Awakening)
Année de production: 2011
Réalisation: Nick Murphy
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h46
Distribution: Rebecca Hall, Dominic West, Imelda Staunton, Isaac Hempstead-Wright, Joseph Mawle…

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

TheAwakening2011Poster
Affiche du film – Source: Wikipedia

Je reviens avec le « Film du jeudi » pour une chronique « express ». Cette semaine, j’ai décidé de revenir avec une histoire fantastique… que j’ai vu pour la première fois sur le câble il y a peut-être trois ans, à un moment où je passais beaucoup de temps à bosser et où je ne pouvais regarder que les secondes, voire les troisièmes parties de soirée. Il s’agit de La Maison des Ombres, qui vous emmène dans l’Angleterre post-Première Guerre mondiale, dans un pensionnat isolé…

Continuer la lecture de Fantômes du passé – « La Maison des Ombres » (Nick Murphy, 2011)

Une sombre et classique affaire de Loup-Garou – « Wolfman » (Joe Johnston, 2010)

Wolfman-final-small
Affiche – Source: Wikipedia

« Même celui dont le cœur est pur
Qui chaque soir dit sa prière
Peut se changer en Bête
Lorsque fleurit la mort-aux-loups
Et resplendit la lune d’Automne. »

Titre: Wolfman (The Wolfman)
Année de production: 2010
Réalisation: Joe Johnston
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h43
Distribution: Edward Norton, Benicio del Toro, Hugo Weaving, Anthony Hopkins, Emily Blunt…

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche et amateurs de métamorphoses,

Je reviens avec une nouvelle chronique cinéma un peu plus courte que d’habitude. En effet, je suis un peu chargée en ce moment, accaparée par mon stage et par ma formation, par mes essais de création, par la re-correction de mon roman et d’autres projets, je vais devoir essayer d’être un peu plus concise si je veux garder une certaine régularité. J’espère que la qualité de mes posts ne va pas en souffrir! Mais trêve de parlotte – ou plutôt d’écrivotte 😉 – et venons-en au fait: le film de la semaine, Wolfman de Joe Johnston. A l’origine, je l’avais vu sur le câble peu après sa sortie, avant de faire l’acquisition du DVD. Et c’est, comme son nom l’indique, une histoire de loup-garou… Prêts? C’est parti…

  • Le « pitch »
19012147
Lawrence, Gwen et le redoutable Sir John aux funérailles de Ben – Source: Allôciné.fr

1891. Lawrence Talbot (Benicio del Toro) est un acteur mondialement connu pour son jeu si particulier dans le répertoire de Shakespeare, qui voyage à travers le monde et n’a plus aucun contact avec sa famille en Angleterre. Or, il reçoit un jour une lettre désespérée de Gwen Conliffe (Emily Blunt), la fiancée de son frère Ben, lui annonçant que celui-ci est mort dans d’atroces circonstances. L’acteur se voit donc obligé de retourner au domaine familial de Blackmoor. Il y retrouve la troublante Gwen, ainsi que son père, Sir John Talbot (Anthony Hopkins) avec lequel les rapports sont très tendus, et voit enfin le corps atrocement mutilé de son frère. Tandis que son retour éveille en lui des souvenirs douloureux – la mort de sa mère, suicidée quand il était enfant, son père debout près du corps de sa mère, puis l’expédiant dans un asile d’aliénés – Lawrence a vent de rumeurs accusant des gitans présents dans les environs de Blackmoor, ainsi que d’autres, plus étranges, au sujet de meurtres et de la présence d’un loup-garou quelques décennies auparavant.

Par une nuit de pleine lune, Lawrence décide alors de se rendre auprès des gitans pour en avoir le coeur net. Mais alors qu’il est sur place, des locaux arrivent pour confisquer l’ours danseur de la troupe, suspecté d’avoir déchiqueté Ben Talbot. Et soudain, une créature effrayante fait irruption sur le bivouac: un loup-garou! Durant le combat, Lawrence est grièvement blessé et une matrone gitane soigne ses plaies. De retour dans la demeure familiale, il récupère très vite, contre toute attente. Il est pourtant torturé par des cauchemars particulièrement intense… et des meurtres sont bientôt commis dans le voisinage. C’est sans compter sur l’arrivée de l’inspecteur Aberline (Hugo Weaving), mandaté pour enquêter sur ces crimes, qui suspecte immédiatement Lawrence du fait de ses anciens séjours en asile. Celui-ci, inquiet et désemparé, renvoie la belle Gwen, dont il s’est épris, à Londres pour sa sécurité.

19162374
L’Inspecteur Albertine cherchant des noises à Lawrence – Source: Allôciné.fr

Et l’acteur n’est pas loin de découvrir de terribles secrets de famille, avant qu’Aberline le retrouve un matin nu et couvert de sang. Arrêté, enfermé dans un asile de Londres, Lawrence est soumis à des traitements horribles qui éveillent définitivement la bête en lui…

  • Une histoire classique… avec un casting de haut vol tout de même!

Le film a souffert de nombreux retards et de désaccords artistiques entre studios et réalisateurs, le design des effets spéciaux et même la composition de la B.O. sont passé de main en main avant de voir finalement le jour et de sortir au cinéma. Loin de révolutionner le genre, on y retrouve les ingrédients classiques d’une histoire de loup-garou. Une bourgade avec des meurtres, la peur, des bois et de la brume, un « seigneur des lieux », Sir Talbot, isolé comme un sauvageon, des nuits de pleine lune éblouissante… Au niveau de l’ambiance, tous les « clichés », si j’ose dire, sont là. Ainsi, à ce niveau, Wolfman ne révolutionne pas vraiment le genre. Mis à part qu’au niveau effets spéciaux, les images de synthèse ont remplacé les animatroniques.

19162369
Traitement de choc dans un asile victorien – Source: Allôciné.fr

Le film a reçu un accueil assez mitigé, et certains critiques ont déploré le manque de suspense du scénario. En même temps, les histoires de loup-garou sont très difficiles à ré-explorer, et tournent souvent à l’eau de rose comme on a pu le voir ces dernières années. Or l’avantage de ce loup-garou-là, c’est qu’il est vraiment AFFREUX, et n’a rien de très sexy. Plus qu’attirante, son animalité est effrayante, et une fois transformé, Lawrence n’a pas la grâce et la majesté du loup, mais comme dans les films fantastiques des années 80, rappelle un mix de Hulk, du Fauve des X-Men et d’un orang-outang. Dit comme ça, je reconnais que ça ne donne pas très envie de voir le film… mais honnêtement, pensez-vous vraiment que je perdrais mon temps à écrire un texte long comme le bras pour un film que je n’aurais pas aimé? 🙂 Que nenni.

Car histoire « classique » ne signifie pas nécessairement « mauvaise ». Tout d’abord, j’évoquais l’atmosphère du film – la bourgade anglaise de campagne, la forêt, la brume, le manoir délabré des Talbot qui évoque plus une tanière qu’une demeure aristocratique. Sur ce dernier point, visuellement, l’effet est saisissant. C’est ce simple détaille qui éveille les questions du spectateur, qui réalise que quelque chose, dans cette famille, ne va pas. On comprend très vite, entre cette maison oppressante dirigée par l’homme dur et malsain qu’est Sir John – interprété par un Anthony Hopkins toujours très à l’aise dans un rôle de fêlé – que quelque chose cloche. Sir John est un père peu affectueux que Lawrence a voulu fuir. C’est ce mystère familial qui fait tout l’attrait du scénario, car on se demande ce qui s’est passé dans l’enfance de Lawrence, quel secret cache Sir John sur la mort de son épouse, la raison de sa brusquerie et de son comportement étrange.

Quant à Lawrence, on ne peut que développer de l’empathie pour ce personnage tourmenté qui a subi l’asile dès son enfance – et quand on sait comment on traitait les pensionnaires des asiles au XIXe siècle, on n’ose imaginer les dégâts que cela a pu avoir sur un petit garçon. Et qui en plus, lui qui avait tout fait pour ne pas revenir à Blackmoor, paie très cher son retour par une transformation qu’il n’avait pas demandé, par une arrestation et de nouveaux mauvais traitements. En plus, même si Benicio del Toro est très loin d’être mon style, j’apprécie son expressivité. Son apparence peu engageante, sa posture voûtée, son air sombre, tout concourt à rendre le mal-être du personnage palpable.

Son seul espoir de paix: la douceur de Gwen. le fait est que j’aime beaucoup Emily Blunt. Elle a un petit je-ne-sais-quoi entre la chieuse (sans doute à cause de son rôle dans Le Diable s’habille en Prada) et la fille vulnérable. Elle est particulièrement mystérieuse et déterminée, courageuse, mais aussi étrangement fragile au milieu de toute cette bestialité. J’ai apprécié que son ébauche de romance avec Lawrence ne soit pas traitée de manière complètement niaise, d’ailleurs que l’accent n’ait pas été mis dessus – à part en toute fin de film – mais je ne peux rien dire là-dessus sans spoiler.

Quant à Hugo Weaving, ma foi, on le trouve encore dans un rôle de type que l’on aime détester, car Albertine, pousse très loin le « professionnalisme ». C’est un peu le cliché de cette époque qui voulait que quelqu’un de mentalement fragile ne soit jamais vraiment traité avec considération. Mais vous savez ce qu’on dit: rira bien qui rira le dernier…

19158483
Gwen et la Bête – Source: Allôciné.fr
  • Conclusion – Une série B divertissante

Comme on l’a vu, le genre « loup-garou » est quelque chose de très difficile à mettre au goût du jour. Je parlais de l’apparence du loup-garou, mais au final, je pense qu’éviter de le « glamouriser » était un bon choix. Tout comme rester dans un schéma d’histoire classique a permis de ne pas sombrer dans le ridicule comme l’on fait des comédies du genre de Teen Wolf dans les années 1980. Donc, au final, même si les effets spéciaux sont trop spectaculaires – je pense à la scène de Londres notamment – et qu’elle ne surprend pas, le résultat n’est pas si mal, avec un scénario relativement simple mêlant surnaturel et secrets de famille, avec une petite pincée de romance bienvenue au milieu de tout ce bazar. Après tout, il faut bien que quelqu’un montre un peu de gentillesse à ce pauvre Lawrence, que diable! Et puis le final compense largement certains raccourcis et « clichés » pas si dérangeants du film. Je vous laisse la bande-annonce pour vous faire une idée…

Pour ma part, j’ai apprécié cette atmosphère sombre et cette relation compliqué entre le héros et son père complètement mégalo, qui ont capté mon attention. Je ne me suis pas ennuyée une seule minute et ai passé un très agréable moment. Pour peu que comme moi, on s’intéresse à la lycanthropie, c’est un petit film sympa à regarder en deuxième partie de soirée, une fois que l’on est bien posé, tout seul ou accompagné, toute lumière éteinte! 🙂

Sur ce, je serais ravie de vous avoir intéressée à ce petit film, ou de recueillir vos commentaires si vous l’avez déjà vu. Je m’excuse de l’aspect un peu « brouillon » et décousu de cet article, mais voilà, je me force à la concision! 🙂 Je reviendrai la semaine prochaine avec une « oeuvre » – si j’ose dire – radicalement différente… A très vite donc, pour de nouvelles aventures au pays des films mineurs et des séries B!

Blanche Mt.-Cl.

Si la magie était un film – « L’Illusionniste » (Neil Burger, 2006)

The_Illusionist_Poster
Affiche du film – Source: Wikipedia.org

Titre: L’Illusionniste (The Illusionist)
Année de production: 2006
Réalisation: Neil Burger
Origine: Etats-Unis, République tchèque
Durée: 1h50
Distribution: Edward Norton, Jessica Biel, Paul Giamatti, Rufus Sewell

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Certains d’entre vous sont en vacances, et ont probablement envie de buller devant un bon film… Voici donc une nouvelle chronique cinéma. Comme vous l’avez déjà vu sur ce blog, je ne fais pas nécessairement l’apologie de grands classiques, car j’ai des goûts plutôt étranges. Donc voici un film qui pourrait faire figure d’OVNI sur ce blog… J’ai nommé L’Illusionniste, réalisé par Neil Burger en 2006. Une histoire de magie, de jalousie et de meurtre dans la Vienne impériale…

  • Le pitch

L’Illusionniste nous amène dans le Vienne de 1900, à l’époque de l’empire austro-hongrois. Les foules se passionnent pour les numéros d’Eisenheim (Edward Norton). L’inspecteur en chef Walter Uhl (Paul Giamatti), ne fait pas exception à cette règle et assiste régulièrement aux spectacles de cette illusionniste à la notoriété grandissante. Mais un soir l’héritier présomptif du trône, le prince Léopold (Rufus Sewell), présent à une représentation, envoie sur scène sa fiancée, l’archiduchesse Sophie von Teschen (Jessica Biel) quand Eisenheim cherche un volontaire pour l’un de ses tours. Mais si sur scène Eisenheim ne veut rien laisser paraître, il a bien reconnu Sophie, son amour d’adolescence dont il avait été séparé à cause de leurs rangs respectifs. La jeune femme l’a elle aussi reconnu, et décide de le revoir en secret, d’abord à titre amical.

MV5BMTI3Nzc5Njc1Ml5BMl5BanBnXkFtZTYwMDc2MTY2._V1__SX1234_SY584_
En coulisses, Uhl demande ses « trucs » à Eisenheim… – Source: Imdb.com

Quant à l’ombrageux prince Léopold, d’abord admiratif du talent d’Eisenheim, devient peu à peu jaloux de sa notoriété. D’autant plus que d’un naturel soupçonneux, il a chargé Uhl de faire suivre sa fiancé et a découvert que celle-ci avait des fréquentations peu adaptées à son rang. Léopold ne recule devant rien pour décrédibiliser Eisenheim et le faire passer pour un imposteur aux yeux de tous, et l’éloigner de Sophie. Celle-ci n’a jamais oublié son amour d’adolescence et entame bientôt une liaison avec lui. L’inspecteur Uhl, pour sa part, est mal à l’aise. En effet, il ne souhaite pas causer le moindre tort à un homme de spectacle qu’il admire, et n’a de cesse de le mettre en garde sur ses amitiés avec une dame de haut rang, et sur les conséquences de celles-ci.

Eisenheim semble prendre la chose avec sérénité… Jusqu’à ce qu’une tragédie arrive, et que la capitale bruisse de rumeurs sur ses pouvoirs surnaturels… Alors, l’illusionniste est-il détenteur de dons particulier, ou bien, comme il aime à le rappeler à Uhl, tout n’est-il qu’illusion?

  • Un film d’ambiance
MV5BMTk3NTQ4MzM4MV5BMl5BanBnXkFtZTcwMzE5ODQzNA@@._V1__SX1234_SY584_-2
Retrouvailles scéniques d’Eisenheim et Sophie von Teschen – Source: Imdb.com

Comme le savent certains lecteurs, je suis fan d’histoire germanique, Allemagne et Autriche comprises. J’aime l’Art Nouveau et son pendant viennois, le Jugendstil emmené par le célèbre Gustav Klimt, dont les tableaux dégoulinant d’or et de sensualité me séduisent, j’aime l’architecture d’Otto Wagner… Donc je ne pouvais qu’être séduite par le contexte global du film, qui s’ancre dans les dernières années du régime impérial, à l’époque de Freud et de Klimt, quand Vienne était une ville pionnière dans bien des domaines de la culture et des arts. Certes, le film a principalement été tourné en République tchèque, à Tábor et à Prague. Mais la République tchèque est, au niveau de l’environnement et de l’architecture, ce qui ressemble le plus au Vienne du début XXe. Donc la plupart des films se déroulant à Vienne à l’époque impériale sont tournés en République tchèque – ce fut par exemple, le cas du monumental Amadeus de Milos Forman.

MV5BMTY3MzY4NzkwOF5BMl5BanBnXkFtZTcwNTE5ODQzNA@@._V1__SX1234_SY584_
Le mystérieux et fascinant Eisenheim – Source: Imdb.com

Ainsi, ce film vaut surtout pour son atmosphère si particulière. Visuellement, cela se trahit par un passage d’images extrêmement lumineuse à d’autres plus sombres, avec un effet, presque brumeux qui, hormis pour les dorés et les rouges, donne à certaines séquences un aspect rappelant les photos sépia. On y retrouve l’influence du mouvement Jugendstil, ce qui donne des décors extrêmement typés. Le début du film est très lumineux, chaleureux et certaines ambiances semblent correspondre aux personnages. Les ors et la lumière pour Eisenheim, paré d’une aura sombre dans les scènes intimistes et au fur et à mesure qu’il sombre dans la mélancolie. La belle Sophie – Jessica Biel est juste sublime dans ce rôle avec son sourire adorable – apparait toujours dans des tenues 1900 très claires, tandis que son fiancé Léopold porte toujours des uniformes et vit dans un château sombre décoré de morbides trophées de chasse (personnellement, je déteste ça, pour moi ça revient à exposer un cadavre dans son salon, ça me fout les boules). Quant à l’inspecteur Uhl, qui fait un peu l’intermédiaire entre les autres personnages, ses couleurs sont plus froides et plus nuancées.

On passe des intérieurs somptueux et des flashbacks bucoliques dans la jeunesse d’Eisenheim et de Sophie,  à des perspectives droites très « viennoises », à des scènes de spectacles flamboyantes, puis à un environnement forestier très brumeux très surnaturel. Le tout est servi par une bande originale magnifique signée Philip Glass. Auteur de plusieurs musiques de film, il est aussi l’un des compositeurs contemporains les plus influents, chantre de la musique minimaliste qui a influencé de grands noms comme Danny Elfman ou encore… Depeche Mode à leurs débuts. D’ailleurs, de générique de début nous hypnotise dès les premières mesures.

Je vous laisse donc, pour cette partie avec une scène qui pour moi reste la plus belle du film. Image, musique… tout y est! C’est en V.O. non-sous-titré, mais qu’importe. L’image parle d’elle-même. C’est magique!

  • Une intrigue bien ficelée qui capte l’attention

Heureusement, l’ambiance n’est pas tout. L’intrigue elle-même est fascinante. Je ne l’ai appris qu’il y a peu, mais L’Illusionniste est adapté d’une nouvelle signée Steven Milhauser, « Eisenheim the Illusionist ». Je ne l’ai malheureusement pas lue, mais d’après ce que j’ai compris, certaines libertés ont été prises avec l’histoire. Ne vous attendez pas à des scènes d’action, à des courses poursuites et à de la bagarre dans ce film somme toute assez contemplatif. Mais contemplatif ne veut pas nécessairement statique et ennuyeux. En effet, le film a un schéma narratif très particulier, qui joue avec les questionnements du spectateur, reconstituant le fil du mystère sur lequel enquête Uhl – la fameuse tragédie que je mentionnais – ainsi que l’histoire personnelle d’Eisenheim par le biais d’habiles flashbacks qui renforcent encore la légende autour de l’illusionniste. Bref, il ne fait que renforcer l’énigme Eisenheim quand on croit l’avoir déchiffrée.

MV5BMjA4MDM2MzczMF5BMl5BanBnXkFtZTcwNzE5ODQzNA@@._V1__SX1234_SY584_
Le vénéneux prince Léopold – Source: Imdb.com

Des intrigues secondaires intéressantes permettent de garder le spectateur en haleine jusqu’au plan final (un final surprenant, d’ailleurs!). Nous avons bien sûr cet acharnement de Léopold envers Eisenheim qui, discrètement provocateur, prend un malin plaisir à titiller le chanceux fiancé à son grand amour, et la romance entre Sophie et son magicien. Quant à l’enquête d’Uhl, on nage en plein rêve.

Mais ce ne sont pas les seuls. Une sorte de complicité se noue peu à peu entre l’inspecteur Uhl et Eisenheim – je ne parlerai pas de bromance, ce serait tiré par les cheveux! Mais leur relation va bien plus loin que la simple fascination de la part de l’inspecteur pour un homme de talent, car on sent qu’ils n’ont rien l’un contre l’autre et s’estiment mutuellement. Cela permet également d’aborder la question sociale. En effet, tous deux sont des roturiers évoluant au milieu des « grands » – puisque les performances d’Eisenheim attirent l’aristocratie viennoise, et parce que l’inspecteur chef Uhl est en charge de la sécurité du prince Léopold. Tout au long de l’histoire, le policier n’a de cesse de rappeler au grand prodige de l’illusion qu’il souffrira nécessairement de cet amour pour une femme de haut rang, que des hommes comme eux ne pourront jamais nouer d’amitié sincère avec des gens de ce milieu. Je cite Uhl: « Ils n’oublieront jamais que je ne suis que le fils d’un boucher. »

MV5BMTczMjU2MTI3Nl5BMl5BanBnXkFtZTcwODE5ODQzNA@@._V1__SX1234_SY584_
L’inspecteur Walter Uhl, songeur – Source: Imdb.com

Entre ces deux hommes qui peuvent se parler librement, la magie devient elle aussi un enjeu. Je vous montrais la fameuse scène de l’oranger qui émerveillait l’inspecteur, que l’on voit s’extasier dans le public. Eh bien le « truc » de l’oranger, ce numéro magnifique, fait l’objet d’un pari entre eux… mais vous n’en saurez l’issue qu’à la fin du film!

  • Des personnages captivants campés par des acteurs au poil

Pour finir les personnages sont eux aussi captivants, portés par des acteurs convaincus et convaincants.

Edward Norton est un acteur que j’aime beaucoup, capable de jouer sur des registres variés et qui incarne un Eisenheim… disons-le, sombre, magnétique et même sexy – alors qu’en soi, Ed’ n’est pas laid mais il n’est pas non-plus Apollon. Il magnifie ce personnage mélancolique et tourmenté, mais également espiègle et sûr de ses prouesses. Son seul point faible, qui nous rend ce « sur-homme » plus sympathique et humain, est son amour pour Sophie von Teschen.

Sophie, ah Sophie. Merveilleuse Jessica Biel. Bon, soyons honnêtes, je l’ai toujours trouvée très jolie. Dans L’Illusionniste, elle l’est encore plus lorsqu’elle sourit, délicate dans ses robes crème. Notre empathie vient du fait qu’aristocrate, elle se doit de faire un mariage d’intérêt et Elle campe une jeune archiduchesse très douce mais aussi déterminée et lucide sur les difficultés auxquelles elle doit faire face pour voir celui qu’elle aime réellement.

Car danger il y a… Je soulignais la personnalité difficile de Son Altesse Léopold. Dans le rôle nous retrouvons une vraie « tête de méchant/tête de con » – rappelez-vous Jasper dans The Holiday, ou Adhémar dans ChevalierRufus Sewell. Le fait est que cet homme, avide de pouvoir et de contrôle, complote non-seulement contre son oncle l’empereur, mais est aussi un véritable tyran dans l’intimité. C’est là que nous pouvons craindre pour la vie de la belle Sophie: en effet, ses deux précédentes fiancées seraient mortes rouées de coups… Bref, Rufus Sewell est au mieux de sa forme dans ce rôle d’enfoiré que l’on adore détester.

MV5BNjQ5NzU5ODE4NV5BMl5BanBnXkFtZTcwNjE5ODQzNA@@._V1__SX1234_SY584_
La belle Sophie von Teschen – Source: Imdb.com

Enfin, le seul personnage réellement ou devrais-je dire, inconditionnellement sympathique est sans conteste l’inspecteur Walter Uhl, incarné par un Paul Giamatti débordant de bonhomie. Il a beau être lucide et méfiant, il n’en est pas blasé pour autant. Confronté de par son métier à des faits graves, il garde pourtant sa capacité d’émerveillement. Il n’est pas qu’un sous-fifre ou une machine au service du froid Léopold, il ne pousse jamais son professionnalisme jusqu’à faire un zèle injustifié, mais les conventions sociales du régime impérial ne lui donnent pas vraiment le choix. D’autant plus qu’il a à rendre des comptes aux membres de la famille impériale, dont le pouvoir est alors absolu. Je ne dirais pas qu’il incarne le « bon sens populaire » (en plus je n’aime pas cette expression) Sa lucidité l’oblige à se rappeler d’où il vient, et à appréhender les risques qu’il prend s’il venait à manquer à ses devoirs. Il respecte son « adversaire » par obligation, Eisenheim, tout en essayant de conserver sa froide distance d’enquêteur, et en se montrant bienveillant. Même s’il ne distille pas autant de mystère qu’Eisenheim, il reste un personnage profondément humain aux multiples facettes, ce qui le rend aussi complexe que l’illusionniste, quand bien même la distance entre lui et le spectateur est moindre.C’est finalement à lui que le spectateur est le plus susceptible de s’identifier, dont il partage les inquiétudes et la fascination.

  • Conclusion

J’ai pu voir sur Internet que les avis sur ce film sont assez mitigés, mais qu’il est généralement mieux noté par les spectateurs que par la presse (en même temps, hormis quelques magazines sympas, la presse culturelle se plait souvent à « péter plus haut que son cul »). Pour ma part, je ne trouve pas que L’Illusionniste révolutionne le genre, mais pour en avoir parlé avec quelques amis, j’ai pu constater que nous avions tous été séduits par les mêmes choses – l’atmosphère, la prestation des acteurs et ce final déroutant. Bref, c’est un tour de magie d’une heure cinquante, esthétiquement plaisant qui nous berce et nous fait passer une bonne soirée dans un univers feutré, agrémenté d’images oniriques et hors du temps.

Bref, j’espère vous avoir donné l’envie de découvrir, ou de redécouvrir cette histoire à la beauté fascinante, qui vous emmène dans un univers sombre et beau…

MV5BMTIyNTAzMzcyMV5BMl5BanBnXkFtZTYwNDc2MTY2._V1__SX1234_SY584_-2
Eisenheim en pleine réflexion – Source: Imdb.com

Et en plus, je me rends compte, à écrire dessus, que dès que j’ai les moyens, j’aurais bien envie de me refaire un petit voyage en Autriche, et de visiter Vienne sur la trace du Sang des Wolf. Arpenter ces belles avenues et voir ces belles perspectives, m’émerveiller devant la magie des lieux et imaginer Eisenheim quelque part là-bas… D’autant plus que ça me ferait retrouver un peu d’inspiration pour mes écrits, car je bloque un petit peu en ce moment… Et un voyage créatif sur ces terres légendaires d’Europe Centrale, ce serait un super sujet de post, non? 🙂

Mais en attendant, que diriez-vous d’un film de loup-garou pour la prochaine chronique ciné?

Blanche Mt.-Cl.

Chef d’oeuvre fantastique et romantique – « L’Aventure de Madame Muir » (1947)

« Eh bien mon enfant, que personne ne s’avise de dire que vous n’êtes pas joliment carénée! »

L'aventure de madame muir The ghost of mrs muir 1947 rŽal : Joseph L. Mankiewicz COLLECTION CHRISTOPHEL
Madame Muir et son fantôme – Source: AllôCiné.fr

Titre: L’Aventure de Madame Muir (The Ghost and Mrs Muir)
Année de production: 1947
Réalisation: Joseph L. Mankiewicz
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h44
Distribution: Gene Tierney, Rex Harrison, George Sanders…

Très chers lecteurs,

J’ai cette semaine l’honneur de vous présenter un classique que j’affectionne particulièrement, un film fantastique, une romance qui sort véritablement du lot. Exit Ghost et autres joyeusetés, quand on visionne L’Aventure de Madame Muir, réalisé par un géant du cinéma, Mankiewicz (à qui l’on doit notamment l’inoubliable Cléopâtre avec Elizabeth Taylor, Rex Harrison et Richard Burton). Je l’ai vu alors que j’étais étudiante. Ma mère m’en avait parlé et je l’ai regardé par curiosité, car j’aime savoir ce qui s’est fait dans le passé – ainsi j’aime le fantastique et la science-fiction « à l’ancienne ».

  • De quoi est-il question?

Au début du XXe siècle, Lucy Muir (Gene Tierney), jeune veuve, en a assez d’avoir sa belle-mère et sa belle-soeur, une vieille fille acariâtre, sur le dos. Elle décide donc de quitter Londres avec sa fille Anna (Natalie Wood, alors enfant) et son employée de maison, Martha (Edna Best), pour mener une vie plus simple au bord de la mer. Elle loue alors le cottage Les Mouettes à Whitecliff, dont le prix modique ne parvient guère à attirer les locataires. Cela s’explique par… d’étranges rumeurs. En effet, on raconte dans le voisinage que les occupants de la maison n’ont jamais pu rester, celle-ci étant hantée par le fantôme de son ancien propriétaire, un capitaine de marine qui se serait suicidée.

critique-l-aventure-de-mme-muir-mankiewicz5
Lucy Muir découvrant un portrait de Daniel Gregg à la lumière d’une chandelle – Source: dvdclassik.com

Mais malgré des phénomènes étranges ayant leu dans sa demeure, la belle Lucy ne cède pas à la panique. Par une nuit de tempête, seule dans la cuisine, elle apostrophe courageusement ce qu’elle croit être un intrus… Elle reconnaît alors, d’après un portrait dans la maison, le fantôme de l’ancien propriétaire, le capitaine Daniel Gregg (Rex Harrison), qui se révèle être non-seulement mort par accident, mais aussi espiègle et inoffensive. Réalisant qu’elle n’a pas peur de lui, Daniel se montre bientôt accueillant et sympathique envers sa nouvelle locataire, la protégeant à l’occasion des incursions de sa belle-famille en effrayant les deux harpies Muir. Si bien que quand Lucy se trouve en butte à des problèmes d’argent, Daniel lui propose de lui dicter ses mémoires afin d’en faire un best-seller. Au fur et à mesure qu’ils se connaissent, la belle veuve et le fantôme éprouvent un attachement de plus en plus profond, mais la « condition » du marin mort pose problème. Ce n’est pourtant que le début des ennuis. Alors que Lucy va à Londres apporter son manuscrit chez un éditeur, elle tombe sous le charme du très doux Miles Fairley (George Sanders). Daniel Gregg, pourtant très préoccupé du bonheur de sa protégée, se montre jaloux et déteste le nouvel amour de Lucy. Il décide donc de ne plus jamais lui apparaître…

  • Et non, ça n’est pas de la guimauve!

Je vois déjà quelques mesquins ricaner et dire qu’il s’agit d’un film « de nana » (arrêtez, les gars, on sait que vous avez pleuré devant Le Pianiste et que vous ne pouvez pas vous empêcher de jeter un oeil quand votre copine ou votre frangine regarde une adaptation de Jane Austen!), d’une mièvrerie sans nom pour faire rêver les pucelles et les célibataires au grand amour, à un dégoulinement de sentiments à grand renfort de jeu théâtral comme dans certains films de cette époque… Ce n’est pas plus une bluette insipide qu’un déballage d’effets spectaculaires visant à nous faire apparaître le fantôme dans toute son horreur face à une greluche qui se met à hurler à plein poumon… Donc rangez vos préjugés nourris de mélos et de nanars d’horreur, car nous nous trouvons face à tout autre chose.

critique-l-aventure-de-mme-muir-mankiewicz3
Le paysage pittoresque à la porte de Mrs Muir – Source: dvdclassik.com

Et tout cela grâce à une mise en scène simple et toute en nuance. Le contexte en lui-même, celui d’une lumineuse petite ville côtière anglaise ne prête pas à la peur ou à l’horreur – du moins si vous n’avez pas regardé Broadchurch. Il fait beau, la vue sur la mer est imprenable, et Lucy Muir sait dès le début qu’elle se sentira bien à Whitecliff. Aussi décide-t-elle de ne pas prêter attention à ces rumeurs de maison hantée. Mais dans toute la première partie du film, les scènes d’intérieur sont oppressantes et sombres – couloir étroits, coins d’ombre où aime à apparaître le fantôme du capitaine Gregg. Sans doute pour tromper le spectateur, car jamais le film ne bascule dans l’horreur, et retrouve sa luminosité une fois la présence du spectre révélée.

On assiste donc à une alternance de scènes en extérieur, où l’on assiste à la vie presque idyllique de la belle Lucy Muir (désolée, je suis folle de Gene Tierney! d’ailleurs, mon frère avait également flashé sur elle!)  qui alterne entre repos dans sa chambre et baignades dans la mère, et de scènes intimistes où ce cher capitaine Gregg fait la dictée à sa protégée. Tout semble simple et parfait. On notera cependant qu’à partir du moment où Daniel Gregg décide de disparaître et de ne plus se montrer à Lucy, il émane de l’image une mélancolie, presque une tristesse. Les bords de mer deviennent venteux, les vagues deviennent de grands rouleaux agités. Comme si sans ce bon fantôme, plus rien ne pouvait aller…

Car s’il est bien une chose qui nous tient en haleine à partir du moment où Rex Harrison apparaît à l’écran, c’est sans aucun doute la relation qu’il entretient avec la belle Lucy, interprétée par Gene Tierney.

  • Un couple vedette magnifique
critique-l-aventure-de-mme-muir-mankiewicz8
Lucy Muir et Daniel Gregg, un couple à la beauté troublante – Source: dvdclassik.com

A la base, The Ghost and Mrs Muir, est un livre de R.A. Dick paru en 1945 qui est, paraît-il, devenu un classique. Pour ma part, je n’ai vu que le film, cette romance très prenante portée par un duo d’acteurs excellents, qui campent des personnages hauts en couleurs. A chacun des plans les impliquant, on ne peut les quitter des yeux, qu’il s’agisse du visage doux et de l’apparente fragilité de Gene Tierney, ou de la séduction dégagée par Rex Harrison dans ce rôle en particulier. Il est absolument fascinant, bien que je ne sois pas du tout une adepte du physique de bellâtre de bien des acteurs de ce temps.

Dès le début, on assiste à des échanges tendus mais savoureux entre une jeune femme qui se découvre du caractère et un marin à l’humour caustique qui n’y va jamais par quatre chemins pour dire ce qu’il pense. Ainsi, leurs premières conversations se font sous le signe de l’humour. C’est ainsi que l’on apprend, après que Lucy demande naïvement au capitaine pourquoi il s’est suicidé, qu’il s’agit en fait d’un bête accident: dans son sommeil, ses pieds ont tourné le robinet d’un radiateur, ce qui a engendré la fuite de gaz qui l’a tué… Ok, j’admets avoir un sens de l’humour douteux et bien malgré moi, les histoires de mort stupide me font toujours beaucoup rire (surtout celle de mon arrière-arrière-grand-père… bref.)

critique-l-aventure-de-mme-muir-mankiewicz11
Lucy et Miles Fairley lui comptant fleurette – Source: dvdclassik.com

D’abord méfiants, ils se lient d’amitié et ses histoires de marin qui a fait le tour du monde émerveillent Lucy qui, elle, si elle a rêvé d’aventure, a mené une vie très conventionnelle et ennuyeuse au côté de son défunt époux. Elle se découvre en compagnie de Daniel qui prend un malin plaisir à la faire sortir de ses gonds. La jeune femme rêveuse se prend à jurer comme un marin, à exploser de colère comme elle ne l’avait sans doute jamais fait avant, et se révèle être une femme de caractère. Daniel donne tout d’abord l’impression d’un « mâle alpha », d’un gros macho qui infantilise la si gentille Lucy – je ne sais pas comment il l’appelle dans la version originale, mais en français, il la gratifie d’irritants « mon p’tit » et « mon enfant ». Il lui trouve bientôt un surnom de « femme forte », Lucia, car selon lui, Lucy sonne comme un « nom de victime » – de toute évidence, il aime bien mieux les femmes de tête, et fait ressortir le meilleur en elle-même. Et – chose sexy au possible – il la déchiffre et lui assène des vérités sur elle-même qu’elle ne veut pas entendre. Et c’est bien ce qui la perturbe et l’attire!

19049135
Lucy et Daniel confortablement installés dans le train alors qu’il la suit à Londres – Source: AllôCiné.fr

Quant à cet amour qui les unit, il est plus suggéré qu’autre chose. On ne part pas dans des envolées lyriques empruntes de grands sentiments, ou dans le mélo larmoyant. Et c’est peut-être ce qui fait la puissance de cette romance, qui la rend si touchante. Les deux héros sont des adultes, un homme et une femme qui ont déjà vécu, qui vivent sous le même toit et partageraient presque une intimité de couple – je n’oublierai jamais cette réplique du capitaine la voyant en corset et jupon: « Eh bien mon enfant, que personne ne s’avise de dire que vous n’êtes pas joliment carénée! » Nul besoin de grandes déclaration, car tout est déjà dit sans leurs expressions, dans ce que j’aime à appeler le « sourire de l’homme qui a tout compris » de Daniel, dans les fou-rires q’ils partagent, ou dans la décontraction de leurs posture quand ils se trouvent ensemble, dans l’intimité d’un compartiment de train.

Je pense également que L’Aventure de Madame Muir nous touche car le chagrin y est exprimé de manière assez sobre et silencieuse, de façon somme toute assez réaliste. Car c’est aussi l’histoire d’une déception, d’une relation qui ne peut s’épanouir dans le monde des vivants, car si Lucy est un être de chair et de sang, Daniel, s’il est capable de ressentir quelque chose pour elle, ne peut vraisemblablement pas lui offrir une vie de couple ordinaire. Ses réactions restent humaines, puisque la jalousie le ronge à partir du moment où Miles Fairley apparaît dans la vie de Lucy, et qu’il doit assister, impuissant, à leur idylle naissante. À tel point qu’il choisit de déserter la maison – non sans avoir fait une déclaration sobre et poignante à sa bien-aimée alors qu’elle dort, lui expliquant les raisons de son départ. La tragédie de Lucy sera de ne jamais avoir entendu ces mots. En même temps, à quoi bon déclarer sa flamme à quelqu’un dont on sait qu’on ne pourra jamais rien vivre avec? Quant à elle, elle en viendra à croire que cette affaire avec le fantôme n’était qu’un rêve et s’enfermera dans la solitude après une déception sentimentale. Ce film explore dont la complexité de l’amour, d’un sentiment si bizarre qu’il peut nous faire tomber amoureux de quelqu’un avec qui on ne peut être, qui peut nous faire perdre le sens commun et nous briser durablement. Il explore également les choix des protagonistes face à une telle situation, qui fatalement ne peut déboucher sur rien dans cette vie. Mais le tout, sans cri et sans larme.

  • Conclusion: l’amour au-delà de la mort
critique-l-aventure-de-mme-muir-mankiewicz7
Daniel faisant sa déclaration à Lucy pendant qu’elle dort – Source: dvdclassik.com

Mise en scène sobre qui ne force jamais le trait, acteurs impeccables capables d’attirer l’attention du spectateur pendant plus d’une heure et demie sur la relation des deux protagonistes, et surtout une émotion très forte qui parvient à sourdre derrière leur retenue et les mots d’esprit du capitaine, L’Aventure de Madame Muir est un chef d’oeuvre de la romance fantastique. Peut-être est-ce justement parce qu’il ne sombre pas dans le larmoyant qu’à moi, il parvient toujours à tirer une petite larme, car maintenant, avec l’âge adulte, il me touche beaucoup plus qu’avant.

Je le recommande avant tout au curieux et aux cinéphiles, pour la beauté de cette histoire et pour son final lumineux. Parce que vous ne pourrez pas ne pas sourire en entendant les expressions imagées du capitaine Daniel Gregg tout comme vous ne pourrez que ressentir une profonde empathie pour lui. Parce que vous ne pourrez résister au joli minois de Gene Tierney et au caractère emporté du marin campé par Rex Harrison, vraiment magnifique dans ce rôle, qui cache un homme éperdument amoureux. La littérature et le cinéma ont beau regorger d’exemples d’amour absolu, je n’ai jamais vu une histoire captant avec autant de justesse, d’humour et de poésie la complexité du sentiment amoureux. A voir, et même à revoir…

Et si le coeur vous en dit, je vous laisse regarder la bande-annonce

Blanche Mt.-Cl.