Entre « Moi, Renart » et « BoJack Horseman » – Loup métrosexuel et louve « fashion » – Mai 2015

Bien chers lecteurs de ce blog,

Voici les derniers résultats de mes expérimentations « lupines ». Nul besoin de sortir de Saint-Cyr pour voir à quel point les loups sont présents sur ce blog… et ils m’occupent beaucoup en ce moment – pour preuve, mon post précédent. J’ai donc continué sur ma lancée avec ces nouveaux loups. (Ne serais-je pas, par hasard, en train d’essayer de créer une mascotte pour le site?)

En fait, depuis que je fais du graphisme, de plus en plus d’idées saugrenues me passent par la tête – déjà que je n’avais pas besoin de ça! Mais j’essaie d’explorer à fond chaque possibilité, et je m’amuse avec les logiciels de création graphique – tout comme j’use le papier à vitesse grand V à force de croquis à l’encre. J’adore l’encre et la puissance qu’elle confère au trait de mes dessins.

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Une petite louve gentiment ‘hipster » (Encre et feutre)

Donc, donc, donc… Voici la première louve de ma série, une sorte de louve « hipster » avec ses lunettes – et avec sa barbiche, elle est dans le ton (désolée pour le cliché, je n’ai pas résisté!). Elle est un peu cartoonesque, à dire vrai. Je l’imagine volontiers bosser dans une agence de design à Paris! Le fait est que depuis l’an dernier, quand je travaillais et devais « présenter », je suis passé d’un look encore vaguement étudiant – jean, baskets – aux « déguisements de fille ». Je n’aime pas dire ça, étant donné que je n’aime pas non-plus tous ces clichés con-con avec ces attitudes futiles que l’on nous prête, à nous les femmes. Ceci dit, depuis que j’ai réalisé que j’étais super en robe et talons hauts, j’ai du mal à m’en passer. Je suis presque devenue une fashion victim, et j’ai hâte d’avoir un nouvel entretien et de trouver un stage, rien que pour le plaisir d’ouvrir ma penderie et de me préparer le matin…

Mais je m’égare. Je me suis donc inspirée de mon expérience personnelle pour créer ces loups, et également, dans un instant de nostalgie, de deux séries animées tout simplement FANTASTIQUES.

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Un loup métrosexuel (Encre)

Vous souvenez-vous des mercredis après-midis devant M6 Kid, et donc des diffusion de… Moi, Renart? Vous savez, ce dessin animé qui mettait en scène des animaux anthropomorphes, avec un charmant renard détective, qui en pinçait pour une renarde reporter à l’abondante chevelure blonde… Le générique était tout simplement inoubliable! Une série récente, un peu plus « adulte », m’y a fait penser: BoJack Horseman. Horseman est un cheval anthropomorphe, dans un monde où animaux et humains se côtoient, sortent et couchent ensemble. Il est une star quelque peu has-been d’une sitcom des années 1990. Bref, j’ai trouvé ça brillant par son côté absurde (le présentateur des émissions de potins à la télé est une baleine en costard-cravate! Le fou-rire quand je l’ai vu!).

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Louve « fashion victim » (Encre)

Ces deux univers visuels m’ont donc beaucoup inspirée pour créer ces deux petites bébêtes… Le loup est élégant et racé – je ne pouvais pas créer un loup moche non-plus, je les aime trop, ces animaux-là! Ce serait une taupe ou un chimpanzé, encore… Je plaisante! Mais le loup porte un costume cintré très tendance, un peu à la Benedict Cumberbatch dans Sherlock et nous transperce de son regard énigmatique, esquissant une sorte de sourire. J’en suis folle! 🙂

Quant à la louve, elle semble beaucoup plus douce, ses yeux un peu agrandis, avec le tapis clair bien en évidence pour mieux les mettre en avant. Bref, elle est elle aussi assez hypnotique dans son genre. Je l’imagine bien graphiste ou créative, comme j’aimerais le devenir! Croisons les doigts pour que la force du Loup m’accompagne!

J’espère que vous aurez aimé ces petites bêtes, et que je vous gratifierai bientôt de nouvelles créations graphiques et autres!

Bonne fin de journée à tous!

Blanche Mt.-Cl.

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Des Morts-Vivants chez Jane Austen – « Orgueil et Préjugés et Zombies », Seth Grahame-Smith

Très chers lecteurs de ce blog,

Pour commencer cette semaine en beauté, je continue de surfer sur la vague « loufoque » initiée avec ma critique d’Iron Sky

Je vous propose une lecture pour le moins rigolote… puisau’il s’agit d’une ré-écriture, entre le parodique et le fantastique, du chef d’oeuvre de Jane Austen Orgueil et Préjugés, ré-écrit par Seth Grahame-Smith, à qui l’on doit aussi Abraham Lincoln – Chasseur de Vampires (je ne l’ai pas lu, et j’avoue avoir eu du mal à regarder le film, perturbée par une ressemblance troublante entre l’interprète principal et Gaspard Proust). Je vous emmène donc dans une Angleterre fin XVIIIe, dévastée par des hordes de zombies…

  •  Les Benett et Darcy, pourfendeurs de macchabées mangeurs de cervelle

De quoi s’agit-il? Certains d’entre vous, ont peut-être goûté les classiques de la littérature anglaise à un moment ou à un autre. Outre Oscar Wilde, Charles Dickens ou encore William Makepeace (vous parlez d’un nom!) Thackeray, vous n’avez pu éviter l’oeuvre de Jane Austen, abondamment adaptée pour la télévision (on retiendra la scène de la chemise mouillée plaquée au corps de Darcy, interprété par le jeune Colin Firth pour la BBC en 1995) ou le cinéma, avec divers degrés de réussite.

Tout d’abord, retour obligé sur Orgueil et Préjugé. Ce roman psychologique, social et aussi sentimental, retrace l’histoire des filles Bennett, que la mère cherche à bien marier car elles ne peuvent hériter le domaine de Netherfield, près bourg campagnard de Meryton, et risquent de se retrouver sans rien si leur père, le caustique Monsieur Bennett, venait à mourir. Nous suivons principalement les pérégrinations des deux aînées, la douce et belle Jane, et la très spirituelle et charmante Elizabeth dite Lizzie. Leur routine vole en éclats lorsqu’un jeune gentleman, Monsieur Bingley, affable et enthousiaste de tout, vient s’installer dans un manoir voisin, et apparaît lors d’un bal de campagne, flanqué de ses soeurs et de son très sombre et arrogant ami, Monsieur Darcy. Si Bingley et Jane se plaisent instantanément, Darcy et Elizabeth font forte impression l’un sur l’autre. Mais pas une impression des plus agréables, et ils passeront tout une partie du roman à se provoquer mutuellement et à se lancer de véritables horreurs à la figure, alimentées par leur orgueil et les préjugés quant à la classe sociale de l’autre. Cependant les affaires de Jane et Lizzie seront contrariées par les interventions répétées des soeurs Bingley prêtes à tout pour les éloigner de leur frère, et par l’arrivée inopinée de Monsieur Collins, leur cousin, révérend de son état, qui décide d’épouser l’une des filles Bennett…

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Couverture de l’édition poche

Eh bien le fil conducteur d’Orgueil et Préjugées et Zombies est sensiblement le même – à savoir les romances des deux soeurs, contrariées par les familles de leurs soupirants respectifs et par la leur – il faut dire que leur mère est très mal élevée! A ceci près que l’Angleterre connaît un étrange fléau: une maladie transformant les Britanniques en zombies, transmissible par morsure, sévit et les « Innommables », comme on les appelle, arpentent les routes. Dans toutes les familles un peu aisées, dont les Benett, les demeures comprennent un dojo pour s’entraîner aux arts guerriers, et les enfants, filles comme garçons, sont envoyés en Asie pour étudier les Arts guerriers auprès de maîtres orientaux. Alors que dans les salons on débat de la meilleure façon de se débarrasser des zombies ou des mérites des maitres japonais et chinois, et qu’on ne sort pas sans un bon pistolet ou un sabre, les filles Bennett sont réputées être les meilleures combattantes de morts-vivants du pays. Leur père a veillé à leur éducation, mais malheureusement, celles-ci ne pouvant hériter de sa demeure à sa mort, elles doivent faire de bons mariages pour se mettre à l’abri du besoin – quand bien même Lizzie songe à offrir ses services de guerrière contre rémunération.

Les choses se corsent quand arrivent Charles Bingley, piètre combattant adepte du « vivre-ensemble » avec les zombies, et son ami Fitzwilliam Darcy, qui lui, pourfend avec adresse le moindre mangeur de cervelle avec ses katanas. Charles et Jane se plaisent, mais si Lizzie et Fitzwilliam ne s’aiment pas, ils doivent faire contre mauvaise fortune bon coeur et combattre côte à côte quand les morts-vivants s’introduisent dans les maisons et perturbent les bals de Meryton et Longwood… Et Lizzie se voit bien obligée, si elle n’apprécie que moyennement la mollesse de Bingley, de reconnaître les talents et la valeur de Darcy au combat…

  • Détails amusants

Ce contexte particulier crée quelques détails incongrus dans l’histoire, qui prêtent à sourire.

Pas un trajet entre Netherfield et Meryton sans une bonne petite attaque zombie. Quoi de tel qu’un petit bain de sang avant l’heure du thé après tout? Nous voyons dans ce livre des gentlemen gentiment guindés qui sans état d’âme réduisent en bouillie le moindre zombie importun, tout comme de jeunes femmes que l’on imagine délicates se mettre en formation de combat et découper en rondelles leurs adversaires. Il n’en reste pas moins que Miss Lizzie Bennett est une brute épaisse, qui a un sens de l’honneur bien particulier et qui rêve plus d’une fois de trancher la gorge de Darcy… Tant est si bien que la mythique scène de mariage devient un véritable pugilat au cours de laquelle le très cher Darcy manque de se casser le nez sur le manteau d’une cheminée en marbre! Quant aux personnages, ils ont des hobbies particuliers – comme la tante de Darcy, Lady Catherine de Bourgh qui essaie de mettre au point un sérum anti-zombie et qui, grosse dondon anglaise, excelle dans les arts guerriers et défie régulièrement Lizzie. Quant à la meilleure amie de Lizzie, Charlotte, celle-ci a une raison bien particulière de vouloir épouser Collins et quitter Meryton… Il est également marrant de s’imaginer les grandes demeures de Darcy et de sa famille décorées à la japonaise.

Mais cela, c’est à découvrir dans le livre…

  • Conclusion

Ainsi, Orgueil et Préjugés et Zombie est une petite lecture assez sympathique et divertissante, à défaut d’être surprenante, à la fois pour les amateurs de Jane Austen – peut-être même un peu décevant pour ceux qui connaissent l’oeuvre originale. Pour ma part, je n’ai pas le temps de lire autant que je le voudrais, et j’ai parfois besoin, pour décompresser, de petites bêtises de ce genre qui se lisent vite, pour ne pas perdre la main. En revanche, si vous alignez les lectures, je vous conseille cet ouvrage pour une transition légère entre deux lectures plus consistantes (pour ma part, j’ai entamé Les Contes de Crimes peu après). Vous passerez un bon moment, et certains passages incongrus dignes de films de sabre japonais, vous feront très certainement sourire.

La seule chose qui me chagrine réellement, c’est cette impression que l’effort d’imagination n’a pas été assez poussé, et que les zombies et les arts martiaux ne sont qu’en arrière-plan, un simple prétexte pour ré-écrire un classique au demeurant excellent à la base. Pour preuve: l’histoire a été reprise telle quelle, reproduisant des passages entiers du livre original ou des dialogues entiers de la série BBC de 1995… Or si l’humour est au rendez-vous et sicertains twists sont amusants (je ne vais pas vous spoiler les aventures de Collins avec son épouse « infectée »…), j’aurais préféré que cela affecte un peu plus l’histoire – un peu à la manière de l’arrivée d’Amanda Price, Londonienne du XXIe siècle, dans l’univers de son roman préféré, qui chamboule complètement les destinées de Jane, Lizzie et autres dans la mini-série Orgueil et Quiproquos. Je regrette donc le manque de surprise de cet ouvrage, que j’aurais aimé traité avec plus de noirceur, peut-être. Quand bien même il est plaisant à lire, ce ne sera pas forcément un must dans votre bibliothèque.

Titre: Orgueil et Préjugés et Zombies

Auteur: Seth Grahame-Smith

Editions: Pocket

Collection: Pocket Science-Fiction

348 p.

Parution: Janvier 2014 (Pour l’édition poche)

Prix: 7,70 €

Changement du nom du blog « Les Mondes de Blanche » et autres annonces…

Très chers lecteurs de ce blog,

A partir de ce soir, Z-86 Blanche Mt.-Cl. devient Les Mondes de Blanche. Pourquoi donc?… Tout d’abord, c’est un nom plus facile à retenir que le précédent, et il convient mieux à la fois à ma toute nouvelle page Facebook éponyme. De plus, comme vous l’avez constaté, divers thèmes sont abordées sur ce blog – littérature, cinéma, graphisme, dessins, illustrations, etc. … – ce qui montre bien que je suis un peu à la croisée des mondes! 🙂 Je songe même à changer le design du site, pour le rendre un peu plus léger et ergonomique… Mais il sera question de cela dans les prochains jours.

De plus, quelques changements sont intervenus concernant ma petite chronique lecture et ma chronique ciné: les livres seront à présent traités le lundi, et les films le jeudi. Ceci pour des raisons pratiques.

Je vous invite également, et comme d’habitude 🙂 , à suivre la page Facebook susmentionnée, ainsi qu’à découvrir mon « roman-blog » Le Sang des Wolf. Il a déjà été « posté » dans son intégralité sur le site (quoi que je songe à republier depuis le début pour rendre le blog plus actif, et plus visible). Il s’agit d’une histoire mélangeant thriller, polar, surnaturel, humour, mais aussi émotion, noirceur, romance et secrets de famille.
Oserez-vous vous lancer sur la piste des « tueurs aux loups » avec Terwull et Wagner? Chercherez-vous à savoir comme la jeune et jolie Zoé, ce qui se cache derrière les lunettes noires de l’arrogant Lukas?

En tout cas, je l’espère! 🙂 Car j’écris en ce moment la suite des aventures de mes héros, et j’adorerais avoir des retours sur le premier opus! Je vous renvoie donc à son résumé, et à la table des matières qui vous dirigera vers les chapitres que vous souhaitez atteindre!

En vous souhaitant à tous une bonne nuit et un bon week-end!

Blanche Mt.-Cl.

Une petite lecture avant de dormir – « Le Sang des Wolf » – Chapitre I (Extrait)

Très chers lecteurs de ce blog,

Je vous offre cette nuit cet extrait de mes écrits, à savoir mon roman d’inspiration fantastique et thriller (j’aime bien les mélanges de genres) Le Sang des Wolf, qui commence sur une note de légèreté avec l’apparition de notre jeune héroïne… Zoé. Il s’agit de la suite du prélude déjà publiée sur ce blog… Je suis toujours à la recherche de nouveaux lecteurs, sachant que le roman est déjà complet sur le site dédié, afin que ceux-ci puissent le faire vivre en me faisant part de leurs impressions… Car un lecteur enthousiaste, c’est une chance en plus de plaire à un éditeur potentiel! 🙂

Voici une mise en bouche pour les petits curieux que vous êtes…

CHAPITRE I

Les stores de la chambre filtraient la lumière automnale, dessinant des raies mordorées sur le bras de la jeune fille qui s’étirait. Une main diaphane, aux doigts fuselés et aux ongles vernis de noir se posa gracieusement sur le radioréveil aluminium, pour le tourner vers une épaisse crinière sombre cachant le visage à moitié enfoncé dans l’oreiller. Entre deux mèches de cheveux, un œil charbonneux et aussi lumineux qu’un trou noir s’ouvrit pour regarder l’heure.

« Putain ! jura la jeune fille avant de se redresser sur ses coudes. Jan… Jan ! »

Elle se retourna sur le lit, rejetant la couette sur le côté et secouant sans grâce aucune son compagnon qui dormait à côté d’elle. Encore en jean et chemise, le jeune homme grommela en repoussant doucement les serres de sa petite poupée toute de sombre vêtue, enfoncées dans son épaule.

« Qu’est-ce qu’il y a, Zoé ?

− Jan, il est neuf heures et demie ! On est en retard ! J’ai mon service qui commence dans une demi-heure, alors que le tien a déjà commencé depuis un bail ! On s’est loupés ! »

SWCH1003Le portable de Jan vibra soudain sur la table de nuit. Bondissant, il s’en empara et décrocha prestement, tout en passant la main dans ses épis châtain.

« Allô Markus ? Oui, oui… Oui… Je sais… Je suis en retard… Tu as raison, oui… »

En contournant le lit, Zoé trébucha sur le boîtier de DVD abandonné parterre la veille au soir et s’étala sur le tapis. Jan se mordit la lèvre inférieure pour ne pas rire au téléphone.

« Je suis sur le trajet ! J’arrive ! » enjoliva-t-il avec un sourire.

Zoé se releva aussi silencieusement qu’elle était tombée, et d’un coup de pied, écarta l’objet importun de son chemin. La jeune fille courut vers le cabinet de toilette, à l’autre bout de la chambre. Allumant l’applique – pourtant flatteuse – elle eut le déplaisir de constater que son reflet était bien pire que ce à quoi elle s’attendait. Ses boucles noires coiffées à la dynamite, son teint extrêmement pâle, et ses yeux cernés de noir qu’elle avait oubliés de démaquiller, lui donnaient l’air de sortir d’un épisode des Contes de la Crypte.

« Mon Dieu ! Je peux pas y aller comme ça !

− Peut-être mais là, on a pas le temps ! la pressa Jan en faisant irruption derrière elle. Markus va encore m’en chier une ! Il est d’une humeur de chien ! »

Zoé se jeta à l’assaut de sa trousse de toilette ornée de têtes de mort, à la recherche de sa pince à cheveux et de sa brosse à dents. Elle remonta ses mèches désordonnées en haut de son crâne et attaqua furieusement son lavage de dents, alors que Jan se rinçait déjà la bouche. Elle détestait cela. Elle détestait se lever en retard et faire le travail à moitié avant de partir – à savoir son délassement sous la douche et son ravalement de façade matinal. Heureusement, Jan ne se souciait pas trop de ce genre de détail : il l’eût trouvée charmante avec un rat crevé sur la tête. Il disparut dans sa chambre – Zoé reconnut le bruit de la penderie qu’il ouvrait tandis que, recrachant son dentifrice, elle jetait un coup d’œil anxieux dans le miroir. Quelle horreur. Elle n’avait pas le temps de se démaquiller, elle se contenta d’effacer les surplus de mascara sous ses yeux avec un kleenex humide. Tant pis. Elle avait déjà travaillé avec une mine plus horrible, et les visiteurs du musée ne faisaient jamais guère attention aux guichetières ou au personnel de salle… Elle sortit enfin du cabinet de toilette et fourra ses affaires dans son sac jeté dans un coin de la pièce. Elle se précipita sur ses bijoux posés sur la commode, en dessous le velux. Elle dut démêler un tas cliquetant de quincaillerie, sous le regard amusé de Jan qui boutonnait sa chemise. Ce salopard avait une apparence des plus avantageuses – grand et svelte sans être un gringalet, le teint clair, des cheveux châtain légèrement ondulés auréolant un visage plutôt fin au nez court et droit, de grands yeux verts et surtout, l’esquisse d’un sourire rêveur qui ne le quittait que rarement. Quand bien même Zoé n’était elle-même pas des plus souriantes et tendait à se méfier des gens trop béats, elle avait découvert quelqu’un d’avenant et heureux de vivre avec qui elle se sentait toujours à l’aise. Leurs deux caractères bien trempés s’accordaient parfaitement. Ils étaient rapidement devenus inséparables.

« Dépêche-toi mignonne, tu peux encore éviter de dépasser le ‘quart d’heure diplomatique’ ! » la taquina-t-il en enfilant sa veste de costume.

C’était une expression qu’elle et ses amis français employaient pour désigner les retards d’un quart d’heure typiques de leurs profs de fac. Elle ne put retenir un sourire, occupée à remettre son collant sous la jupe qu’elle avait gardée pendant la nuit. Le Viennois au joli minois avait bien retenu sa leçon. Zoé enfila son chemisier par-dessus son débardeur, et sauta dans ses ballerines, fin prête à partir.

« On peut y aller je crois… déclara-t-elle en se saisissant de son sac, toute fière de voir Jan agenouillé batailler avec les lacets de ses chaussures.

− Descends avant, je te rejoins en bas dès que j’ai fini. »

Elle bondit jusqu’à la porte, tapotant au passage l’épaule du jeune homme, et ouvrit. A peine sortie dans le couloir, elle eut tout juste le temps d’apercevoir à hauteur de son visage un torse masculin auquel elle se heurta de plein fouet. Le choc la fit vaciller mais une poigne solide la rattrapa par le poignet avant qu’elle ne s’écroulât. Elle ne put réprimer un mouvement de recul lorsqu’elle leva la tête et reconnut le propriétaire de la formidable musculature qu’elle avait le loisir d’observer en détail. Lukas, l’insupportable cousin de Jan. Aussi gênée par ce contact physique un peu trop rapproché qu’irritée par la présence de cet incorrigible abruti, elle tenta néanmoins d’être aimable.

« Euh salut Lukas… »

La belle gueule aux cheveux blonds et soyeux haussa les sourcils et lâcha Zoé. Le bougre devait regretter de ne pas l’avoir laissée tomber de tout son long sur le parquet du couloir. Il se tenait là, toujours en pantalon de pyjama et ses muscles d’athlète fièrement exhibés dans la lumière matinale, le script de sa dernière pièce sous le bras et une moue arrogante aux lèvres.

« Salut Zoé… Bien dormi à ce que je vois…

− Très drôle… Et pardon ça t’arracherait la… »

Faisant irruption derrière elle, Jan attrapa Zoé par le bras et l’entraîna vers les escaliers, l’empêchant de formuler sa diatribe en entier. Lukas les gratifia d’un léger sourire en coin avant de leur tourner le dos pour continuer tranquillement son chemin.

« C’est pas bien de regarder La Quatrième Dimension en semaine, les geeks… » sermonna sa voix grave derrière leur dos.

Zoé voulut se retourner et répliquer à l’ironie, mais Jan ne lui en laissa pas l’opportunité.

« A ce soir Lukas !… – Puis il souffla à l’oreille de sa compagne : On est déjà en retard, tu ne vas pas perdre plus de temps à chipoter avec lui…

− Comment diable fais-tu pour le supporter ? demanda-t-elle un fois qu’ils eurent atteint le rez-de-chaussée.

− Zoé, je suis complètement blasé par tes remarques à son encontre…

− Il se moque de moi, et même de toi, dès qu’il le peut ! Il nous a traité de geeks…

− Zoé, autant nous rendre à l’évidence… Nous en sommes !

− Oui, mais dans sa bouche, ça sonne comme une insulte ! »

Zoé regarda une dernière fois le hall imposant au carrelage en damier noir et blanc, et les escaliers de pierre menant aux étages supérieurs. Jan vivait dans cette magnifique demeure, propriété de son oncle Markus, partageant le dernier étage avec le fils de celui-ci – ce connard arrogant imbu de sa petite personne de plus d’un mètre quatre-vingts et pleine de muscles à faire fondre toutes les pétasses décolorées de Vienne… Jan s’éclaircit la gorge, tirant la jeune fille de ses pensées. Elle se tourna vers lui. Il lui tendait son manteau qu’elle jeta sur ses épaules, sourcils froncés.

« Eh bien, tu es encore sous le charme de ses tablettes de chocolat ? demanda Jan, espiègle.

− Fais pas le con, Jan… soupira-t-elle avant d’ajouter : Je me demandais juste… N’y vois aucun intérêt de ma part… Je ne me souvenais pas, sur ses photos de mode, qu’il ait eu ces cicatrices…

− Le miracle de Photoshop, ma grande !

− Je me disais aussi qu’il devait bien y avoir un vice caché quelque part !

− Tu es vraiment mauvaise ! rit Jan. Aller, viens ! »

Galant, le jeune homme lui ouvrit la porte d’entrée. Zoé lui sourit. Ils descendirent les marches du perron. Un vent frais les cueillit dans la rue. Frissonnante, Zoé serra les pans de son manteau autour d’elle. Jan la prit par l’épaule et déposa un baiser sur sa joue.

« Cours, vole jusqu’à ton poste, ma belle ! On se voit demain soir, mais je t’enverrai un message pour te raconter l’engueulade avec tonton Markus !

− J’espère bien ! »

Ils partirent chacun de leur côté. En courant, comme de juste. Zoé prit tout de même le temps de consulter sa montre et accéléra un peu plus le pas. C’était peut-être bien foutu pour le quart d’heure diplomatique, mais autant limiter les dégâts.

*

Couchée sur le ventre au pied d’un arbre, les bras écartés et les mains délicatement posées sur le sol, sa joue gauche reposait mollement sur un tapis de feuilles mortes. La lumière automnale et les arbres parés de leurs feuilles couleur rouille de Märzpark auraient presque donné une dimension idyllique à la scène, si une fine couche de sang gélifiée et légèrement brillante ne recouvrait pas le corps maigre et complètement nu de la jeune femme, collant ses cheveux sombres les uns aux autres en une masse compacte. La photographie suivante se concentrait sur ses avant-bras, marqués par de profondes blessures. Les reins, les fesses, les cuisses, et même les mollets, portaient les mêmes stigmates : couronnes sanglantes de morsures et lacérations parfaitement parallèles de griffures. A première vue, elle semblait avoir été attaquée par un animal.

SWCH1001Encore une fois, l’inspecteur Georg Terwull parcourait son dossier, à la recherche d’un indice à côté duquel il aurait pu passer. Il étala sur son bureau les photos des autres victimes, toutes dans le même état, masse rouge et molle tenant plus du rebus de boucherie que du modèle de tableau classique. Disposée de la même façon que la petite nymphe de Märzpark, la première victime, retrouvée près du tourniquet de Lorenz Bayer Park était beaucoup plus… charnue. Ses seins certainement très développés débordaient sur les côtés de son corps croulant déjà sous les bourrelets. Une proie sans doute plus appétissante pour la sale bestiole qui l’avait assaillie. Cette Kaja était une prostituée de Thaliastrasse, venue d’Ukraine, formellement identifiée par une collègue. Le second macchabé, un homme barbu, chevelu et maigrichon, semblait s’être un peu plus défendu malgré sa frêle constitution, car les dents et les griffes avaient également attaqué ses épaules. Un jeune drogué du nom de Toni, dont les parents avaient signalé la disparition un mois auparavant, et qui avait traîné du côté de Westbanhof avant d’atterrir dans les fourrées de Reithoffer Park. Quant à la troisième victime, une jeune femme blonde non-encore identifiée, un automobiliste l’avait repérée, couchée comme les deux précédentes, abandonnée dans Linzer Strasse, non-loin de la voie ferrée. Ça ne se bousculerait pas aux portillons pour les identifications, ni pour les résultats du service médico-légal. La patronne de Georg, la commissaire Ulrike Huber, bénéficiant de bonnes relations au sein de la Landespolizeidirektion, voire à l’Intérieur selon certaines rumeurs, avait pu éviter que l’affaire ne devînt par trop médiatique. Et autant être honnête : personne n’en avait rien à foutre des putes et des junkies.

Trois semaines plus tôt, Terwull s’était demandé pourquoi on l’avait envoyé à Lorenz Bayer Park pour une attaque de chien errant… ou bien de loup, puisque quelques rares spécimens avaient été signalés dans le Wienerwald et même dans certains quartiers glauques de Vienne. Bien sûr, les bestioles en question n’avaient jamais été retrouvées, mais étant donné que le loup faisait son retour sur le territoire autrichien, pourquoi pas. Cependant, Georg s’était ravisé en voyant Kaja : aucun chien ou loup, aussi intelligent fût-il, n’avait pu déshabiller une victime en entier et rester sur les lieux de son forfait pour la mettre en position, avant de partir sans laisser de trace. L’humain, le prédateur le plus dangereux entre tous, était impliqué là-dedans. De même, pour avoir discuté avec son pote Paul Klenz, médecin légiste, au sujet des deux premiers corps, les blessures causées par des mâchoires puissantes et des griffes acérées, ne pouvaient avoir causé des saignements aussi important et laissé cette pellicule répugnante de sang gélatineux sur les corps. Klenz était perplexe à ce sujet : il avait expliqué à Georg que non-seulement les victimes avaient été mordues et griffées par de très gros chiens ou des loups – ce qui paraissait le plus probable à l’expert qu’il était, quand bien même cette hypothèse semblât extraordinaire, mais aussi que les corps avaient été soigneusement nettoyés au chlore avant qu’ils ne… Quel mot Klenz avait-il employé ?… Ah oui. Avant qu’ils ne « dégorgent » de leur sang. Il n’avait pu expliquer ces hémorragies, le bilan toxicologique n’avait rien donné – excepté pour Toni qui était accro à l’héroïne. Bref, ces meurtres restaient une énigme.

Georg recula sur son siège de bureau et manqua heurter le mur derrière lui.

« Sperling ! aboya-t-il en direction de la jeune femme assise au bureau en face du sien. Vous pouvez me porter un café, s’il vous plait ? »

Elle cessa de remplir sa paperasse et lui sourit.

« Bien sûr, inspecteur ! »

Elle recula son siège et se leva. Avant de sortir, elle s’adressa à toute la cantonade.

« Ferenczi ? Gruber ? Weber ? Horvat ? Un café ou un thé, ça vous tente ? »

Ils levèrent tous les yeux vers elle et répondirent par monosyllabes, avant qu’elle ne sortît pour aller chercher leur commande, pimpante. En tant que nouvelle recrue, la moindre tâche ingrate l’enthousiasmait et elle délestait de bonne grâce ses collègues et supérieurs des formalités emmerdantes. Par conséquent, tous les velus enfermés dans ce bureau surchauffé l’aimaient – Terwull compris, malgré sa rudesse – et se montraient galants envers elle dès que l’occasion s’en présentait. L’inspecteur souffla bruyamment en rangeant une à une les photos dans leur chemise. Le seul avantage de cette histoire : l’assassin, ou les assassins ne semblaient pas s’en prendre aux gens « normaux », et Terwull n’avait aucun souci à se faire pour sa fille Tristana qui, depuis quelques temps, sortait beaucoup et rentrait tard… Après tout elle devait s’ennuyer, seule avec un vieux père jamais là…

Un nouveau coup d’œil sur le rapport de Klenz – peut-être verrait-il quelque chose. Peut-être Paul était-il passé à côté d’un détail infime… Tandis qu’il parcourait les lignes écrites par son très estimé collaborateur, Georg alluma son ordinateur qui commença à ronronner. Il saisit un petit tas de paperasses pour s’en servir d’éventail – on étouffait là-dedans. Comme si le soleil tapant à travers les fenêtres ne suffisait pas, il fallait en plus que le chauffage soit activé. De l’autre côté de la pièce, assis à la meilleure place près de la fenêtre, Horvat lui lança :

« Tu devrais te pencher sur une autre affaire, Georg !… Ca te changerait les idées, ça sert à rien de s’abrutir de la sorte… Oublie pas l’agression sur l’étudiante, on a une bande de merdeux à coincer. Et ceux-ci sont pas des fantômes…

− Je sais, je sais… Putain, ça me gonfle ! laissa échapper Terwull en s’étirant. Le cul sur une chaise et rien de concret à me mettre sous la dent ! Je me perds en élucubrations pendant qu’un tordu se balade dans la nature avec des animaux dangereux !

− T’as beau être mon supérieur hiérarchique, renchérit Weber avec sa gouaille habituelle, désolé de te dire que ça nous gonfle tous. On est tous désolé pour la pute et pour le gamin, et pour les deux autres filles, mais comme l’a dit Ulrike, on a d’autres priorités tant que l’affaire n’affole personne. C’est triste mais c’est comme ça… »

Georg parcourut les fichiers du vieux PC et dénicha son dernier rapport sur le tueur en série qu’il surnommait l’Entleerer – le « dégorgeur », à défaut d’autre chose. Il ne pouvait s’en empêcher. Jusque là, son flair l’avait aidé à élucider pas mal d’affaires un peu scabreuses, mais là, les idées brillantes peinaient à venir. Une Ukrainienne, un drogué… quelque part, l’inspecteur n’eût pas été étonné d’apprendre que les deux autres victimes venaient de l’Est ou des Balkans. De pauvres filles, arrivées clandestinement, sans lien et dont personne à Vienne ne pouvait signaler la disparition. Un vrai cliché… Mais on ne pouvait totalement exclure les crimes de haine. Pourquoi l’attaque par de gros chiens ou des loups ? Mystère. Le chlore ? Nettoyage avant abandon des corps. Et pourquoi ces hémorragies étranges ? Quel était le malade derrière tout ça ? Un type qui élevait des chiens loups ou assez fort pour domestiquer des loups ? Image fort romantique d’un tueur solitaire diablement intelligent et sacrément débrouillard au vu des problèmes logistiques induits par ses petites mises en scène… Et par cet étrange procédé qui faisait dégorger le sang des victimes…

« Il y a presque une fascination morbide chez toi pour ces meurtres… se risqua Gruber qui, d’un air pensif, visait la corbeille, préparant l’un de ses formidables lancers de papier froissé. L’intérêt avec lequel tu reluques ces photos…

− T’aimes décidément voir des malades partout, toi ! ricana Horvat.

− Il a pas tout à fait tort, admit Terwull. Je ne saurais pas vous dire pourquoi, mais il y a quelque chose qui me trouble dans la… la technique du meurtrier. Je me demande comment il fait. Vous avez vu l’état des corps ?

− C’est à gerber, si je peux me permettre, chef… » répondit une voix flûtée à l’entrée du bureau.

Sperling revenait avec six gobelets fumant sur un plateau.

« Va falloir t’y habituer, ma petite ! lui lança Terwull. Parce que je peux te dire qu’on en a vus des trucs dégueulasses.

− Je sais bien… répliqua-t-elle sans se départir de son allant, et distribuant aussi gracieusement que prestement les cafés. Je n’ai pas oublié vos deux sucres… Ce que je veux dire, c’est que ça ressemble à un mauvais film gore, et qu’ils ont tous l’air recouverts de ketchup, et pour moi cette merde est encore plus dégueu qu’un steak saignant. »

Les gars éclatèrent tous de rire. Terwull de même. Gruber fit mouche avec sa boule de papier.

« Votre thé vert, Horvat…

− Depuis quand tu t’es mis à ces trucs de fiottes ?… plaisanta Ferenczi.

− Depuis que Madame Horvat ne supporte plus que je me lève la nuit à cause de mes aigreurs d’estomac. Je suis le seul de cette pièce pas encore divorcé, autant que ça dure… »

Georg tâta son annulaire, comme à chaque fois que les collègues évoquaient leur vie de couple ou leurs déboires sentimentaux… Il devait se concentrer. Il allait encore une fois écumer la base de données des personnes disparues pour trouver une correspondance avec les deux dernières victimes – ce qui serait plus facile une fois qu’il saurait à quoi elles ressemblaient sans leur masque sanglant. Paul avait récemment été sollicité par l’université, ce qui avait considérablement retardé son travail pour la criminelle. Il avait également eu quelques soucis avec ses collègues de la scientifique, qui le faisaient lanterner depuis qu’il leur avait demandé en termes trop fleuris de se manier sur une affaire précédente… L’inspecteur Terwull espérait néanmoins un élément aussi infime soit-il, sur cette affaire qui le troublait. Son instinct n’avait jamais failli, il l’avait aussi bien servi que toutes les techniques à la pointe sur lesquelles la s’appuyait la police. Et il sentait jusque dans ses tripes qu’il y aurait du nouveau d’ici peu…

La suite ici

Blanche Mt.-Cl.

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Entre humour noir et mauvais goût assumé – « Iron Sky » (2012)

Titre: Iron Sky
Année de production: 2012
Réalisation: Timo Vuorensola
Origine: Finlande, Allemagne, Australie
Durée: 1h29
Distribution: Julia Dietze, Götz Otto, Christopher Kirby…

Très chers lecteurs,

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Affiche – Source: Allociné.fr

Ma chronique cinéma de cette semaine, a pour objet un film pour le moins curieux que m’a fait découvrir mon frère il y a environ deux ans, quand je suis rentrée d’Angleterre. Il est vrai que l’un de nos hobbies, quand nous sommes ensemble, consiste à regarder toute sorte de films, du péplum au film de SF en passant parfois par de gros nanars. Ainsi, connaissant mon intérêt pour l’histoire germanique et mon sens de l’humour très sombre, il m’a un soir proposé de regarder Iron Sky, une sorte de comédie d’anticipation où les Nazis revenaient de la Lune pour prendre leur revanche et régner sur le monde…

Avez-vous entendu parler de ces théories fumeuses selon lesquelles les dirigeants nazis, au lieu d’avoir été anéantis à la fin de la Seconde Guerre mondiale, n’avaient que disparu pour préparer en secret leur revanche sur le monde?… En vérité, je me renseigne régulièrement sur les théories du complot, histoire d’avoir matière à des écrits de SF, ou seulement pour me détendre les neurones (quoique j’aime assez celle du « facteur exogène »). N’en déduisez pas que je méprise les « complotistes » – il faut bien que les gens se posent des questions, et j’admire assez ceux qui vont jusqu’au bout pour y répondre. Ceci dit, vous avez peut-être eu vent des « secrets » nazis.

J’ai beaucoup lu dessus pendant que je faisais des recherches pour mon roman: selon « certaines sources », les Nazis auraient ainsi créé des sortes soucoupes volantes, autopropulsées et émettant des lumières colorées, qu’ils auraient cachées dans une base secrète en Antarctique… Un peu flippant quand on y pense. Mais imaginez qu’ils aient pu s’en servir pour partir sur la Lune et y installer une base secrète, où leur communauté aurait pu s’épanouir et leur idéologie se radicaliser davantage (si c’est encore possible!), et puiser leur énergie dans l’Hélium 3 présent sur l’astre… en attendant leur grand retour sur Terre. C’est le postulat sur lequel repose Iron Sky, la comédie de science-fiction finlandaise réalisée par Timo Vuorensola en 2012.

  • Le pitch

Tout commence en 2018, quand une expédition est envoyée sur la lune, pour sonder le sol à la recherche de gisements d’hélium 3 (il s’agit d’un isotope, d’une « variante » instable de l’hélium, qui pourrait effectivement devenir une source d’énergie si nous décidions d’exploiter le sol lunaire). Mais tout ne va pas comme prévu, quand l’équipe est décimée pour avoir approché de trop près une étrange base en forme de svastika géant. Le seul survivant du groupe, James Washington (Christopher Kirby), fait face à toute une cité de Nazis avec un calme admirable… Un calme d’autant plus étonnant que Washington est afro-américain – déjà moi, avec tronche qui ne trahit ABSOLUMENT RIEN de mes origines allemandes, je n’aimerais pas rencontrer des Nazis, mais j’ose à peine imaginer si j’avais un teint d’ébène! Bref. James essaie de s’échapper, pourchassé par une troupe menée par un officier très blond du nom de Klaus Adler (Götz Otto). Mais il est sauvé de justesse d’une évasion périlleuse et sans espoir de survie par la jeune et jolie Renate Richter (Julia Dietze), une idéaliste élevée dans le « dogme » nazi, qui enseigne l’idéologie aux enfants de la colonie. C’est également une spécialiste de la Terre, et James Washington, qui en vient, la fascine. Elle l’emmène à son père, le Docteur Richter (Tilo Brückner), et le soumet aux étranges lubies du savant. Celui-ci découvre avec enthousiasme le téléphone portable de Washington, une technologie qui manque au Quatrième Reich – à savoir la cybernétique – pour permettre l’envol du vaisseau de guerre le Götterdämmerung (« Le Crépuscule des dieux », comme l’opéra de Wagner). Mais le pire reste à venir: il teste sur le pauvre astronaute un traitement censé le rendre… blanc et blond.

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Renate Richter, James Washington (après « traitement ») et Klaus Adler de retour sur Terre – Source: Allôciné.fr

Un problème survient cependant: quand Richter présente le mobile de Washington au Führer en exercice Wolfgang Kortzfleisch (Udo Kier), la batterie se décharge, ce qui retarde encore le lancement du Götterdämmerung et l’invasion de la Terre. Des mesures draconiennes sont alors prises. Le gouvernement nazi décide d’envoyer sur Terre, Klaus Adler – destiné à épouser Renate et rêvant en secret de devenir le nouveau Fürhrer – pour collecter des batteries de Smartphone (!). Il se dirige alors vers la Terre avec Washington, censé le guider une fois arrivés, dans une vieille soucoupe volante. Renate se joint clandestinement au voyage. Quant à Adler, il voudrait que Washington, choisi personnellement par la Présidente des Etats-Unis pour aller sur la Lune, la lui présente. Mais le pauvre astronaute, dévasté lorsqu’il réalise qu’il est devenu blanc et blond, prend la fuite. Ce qui n’empêche pas les deux Nazis de la Lune de joindre la Présidente (Stephanie Paul) par le biais de sa responsable comm’, Vivian Wagner (Peta Sergeant). Adler décide alors de se faire un allié des Etats-Unis, en offrant son aide pour faire ré-élire la présidente, pour assassiner le Führer lors de sa prochaine visite sur Terre et devenir le leader sur la Lune.

Quant à Renate, elle finit par retrouver James Washington, devenu SDF. Les convictions de la jeune femme, déjà ébranlées par un visionnage du Dictateur de Chaplin, vacillent quand elle tombe en pleine rue sur un groupe de néo-Nazis… Elle se lie d’amitié avec Washington, et commence alors une véritable course pour sauver le monde de la destruction…

  • L’humour

Lorsque j’ai visionné Iron Sky, je ne m’attendais pas, et je ne voulais surtout pas voir un film « intello ». Je savais qu’il s’agissait avant tout d’une comédie sur un sujet très, très sombre. La question est donc: peut-on rire de tout? Personnellement, je pense que oui, mais pas avec tout le monde. Donc, un film à prendre avec précaution et à ne pas regarder avec tout le monde, tant certains ressorts comiques reposent sur de véritables clichés. Quelques exemples: James Washington nous est dépeint comme l’Afro-Américain décontracté et empreint de « cool-attitude » qui ne se démonte jamais quelle que soit la situation, Renate est une jeune idéaliste naïve qui croit dure comme fer que le nazisme est une idéologie de paix et d’amour (après tout peut-être, si on ne reste qu’entre blondinets et que l’on peut prouver une ascendance germanique sur plusieurs générations), Klaus Adler un fanatique, le Docteur Richter un fêlé en puissance qui met son savoir au service d’une cause discutable. Quant à la Présidente, c’est un quasi-sosie de Sarah Palin, une caricature de républicaine partisane de la libre circulation des armes à feux, avec son bureau envahi par des bestioles empaillées qu’elle a zigouillées pendant des parties de chasse, et son assistante Vivian Wagner est juste un cliché de salope carriériste en tailleur moulant. Il faut dire que les femmes sont particulièrement insupportables, et qu’il n’y a pas de juste milieu entre une oie blanche comme l’est Renate et une poufiasse comme la Wagner.

Bref, hormis Washington, finalement assez sympa du fait qu’il se trouve pris dans cette histoire alors qu’il n’a rien demandé, ils sont tous assez ridicules. Leurs motivations sont grandioses mais la façon dont ils les mettent en oeuvre sont pathétiques – franchement, récolter des batteries de portable! Finalement, on se moque plus de ces archétypes en eux-même et de leur caractère prévisible que du reste. Pour peu que l’on soit capable de second degré – ce n’est pas le cas de tout le monde, je connais des personnes qui pourraient trouver ce film carrément immonde et offensant – on peut s’amuser des situations absurdes dans lesquelles se mettent les personnages, et des proportions que prend la farce à l’échelle mondiale. Ce n’est donc pas un film d’une finesse extrême, les insultes et les gros mots pleuvent, les bagarres qui tournent de manière inattendue, et même un des personnages qui aura une mort stupide à souhait.

Mais ce qui prête vraiment à sourire, ce sont les « références » culturelles. Pour ma part, je ne suis pas sûre que je me serais autant amusée si je n’avais pas, en plus d’un humour parfois douteux, un solide background de germaniste et une bonne connaissance de l’histoire germanique. Cela m’a probablement aidée à faire preuve de second degré et d’avoir un recul que d’autres spectateurs n’auraient pas forcément. Ce qui est dommage, car l’histoire recèle un réel potientiel.

  •  Des questions pertinentes
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Vaisseaux de guerre au design rappelant des Zeppelins se dirigeant vers la Terre – Source: Allôciné.fr

En effet, tout n’est pas à jeter au milieu de ce fouillis. Quand bien même vous ne seriez pas friand de théories de complot, il était intéressant de partir sur les bases d’un repli des Nazis pour débuter une bonne histoire de science-fiction. Il n’est par ailleurs pas si insensé que cela d’imaginer qu’ils auraient pu se retrancher dans l’espace, puisque comme je le disais dans le post consacré à la BD uchronique Space Reich, les programmes spatiaux des années 1950 et 60 découlent directement des travaux de pionniers de la balistique allemands tels Wernher von Braun. Certains historiens des sciences et techniques, versés dans les réflexions uchroniques, s’accordent à dire que les Allemands auraient sans doute été les premiers sur la Lune s’ils avaient gagné la guerre… Ces théories ont donc un très grand potentiel en termes d’uchronie.

Et puis si nous aimons la SF, c’est parce que nous aimons aussi nous faire peur. Avouez! Elle nous met en garde en dépeignant le plus souvent des futurs effrayants – alors pourquoi pas le retour des Nazis? De plus, on pourrait être curieux de voir quelle réaction auraient les chefs d’Etat vis-à-vis de cela…

Partir dans les méandres de la communication politique était une pure bonne idée, puisque le spectateur contemporain peut s’y retrouver. A notre époque où médias et médias sociaux sont omniprésents, nous vivons déjà un peu dans Iron Sky. Nous faisons tous les jours l’expérience de la dictature de l’image et du paraître, du matraquage médiatique permanent,. Quant aux dirigeants d’états démocratiques, ils mettent le paquet pour communiquer et tenter de nous rallier à leurs vues – avec succès ou non, avec plus ou moins de ridicule que les Etats totalitaires, cela est une autre histoire. Nous voyons sans arrêt des présidents et des ministres condamner l’action de tel ou tel dictateur dans un pays lointain, ce qui ne les empêche pas d’accueillir en grande pompe lesdits « monstres », de s’exhiber fièrement avec eux lors de la signature d’un accord ou d’un contrat juteux, ou de leur vendre des armes. Donc… sans vouloir faire trop de politique, force nous est de constater, que nous entendons en permanence un double discours. Qu’en serait-il s’il y avait sur Terre si apparaissait un pouvoir aussi inquiétant que celui des Nazis (n’oublions pas que quand Hitler a commencé à ré-armer la Ruhr, puis à réclamer des territoires, nul chef d’Etat européen n’a, à cette époque, bougé le petit doigt!) avec des moyens colossaux pour se faire entendre? Nos dirigeants seraient-ils assez burnés pour les envoyer paître en face, ou se rallieraient-ils par intérêt comme la Présidente, avec les terribles conséquences que cela implique? Bien que nous n’ayons pas affaire à un film d’auteur ou à une oeuvre de reflexion, il n’en reste pas moins que la question mérite tout de même d’être posée.

Par ailleurs, nous voyons se jouer dans Iron Sky une énorme farce à échelle mondiale, quand les Nations Unies s’entredéchirent et se disputent le monopole de l’exploitation de l’hélium 3 sur la Lune une fois le projet d’invasion nazie sur la Terre éventé. Finalement, alors qu’ils devraient faire front uni face à une terrible menace, ils ne pensent chacun qu’à leurs propres intérêts. Constat amer et sans appel, quand on sait par exemple que dans le monde réel, à l’heure du réchauffement climatique qui nous concerne tous, certains Etats refusent de limiter leurs émissions de gaz à effet de serre, arguant que cela freinerait leur développement et en jetant à la figure des autres qu’ils souhaitent ainsi les garder dans une position subalterne sur la scène internationale. Donc là encore, le film met en lumière une certaine hypocrisie de ceux qui ont le pouvoir et la bassesse humaine, sur fond de guerre pour les matériaux rares.

Sachant cela, mon jugement sur la « bêtise » du film est plus nuancé. D’autant plus qu’il a un autre atout: son atmosphère.

  • L’esthétique
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L’atmosphère confinée du laboratoire de Richter sur la Lune – Source: Allôciné.fr

S’il est une chose que j’ai appréciée dans Iron Sky, c’est son esthétique, son ambiance. L’atmosphère confinée et sombre de cette base lunaire qui, vue du bord du cratère où Washington et son équipe la découvrent, a la forme d’un svastika géant, m’a carrément emballée tant elle pouvait faire froid dans le dos. Il semble que tous les efforts des metteurs et scènes et décorateurs aient été faits pour donner à l’ensemble un air « germanique » et « dictatorial ». Il n’y a qu’à voir les uniformes sombres et inquiétant des troupes d’assaut, avec leurs soldats dont on ne voit pas les visages, dissimulés derrière des masques à gaz. Il semble que parmi ces Nazis exilés volontairement sur la lune, le temps se soit arrêté sur un décor pour le moins rétro-futuriste: les lignes des vaisseaux spatiaux rappellent celles des zeppelins géants des années 1930, et sur la base, des câbles trainent dans tous les sens pour maintenir des machineries et des mécanismes de survie complexes occupant des pans de mur entiers, et on écrit à la craie sur des tableaux noir en classe… Alors qu’entretemps, sur Terre, on vit à l’heure de la miniaturisation et du Smartphone. Autre petit détail vintage savoureux: Renate écoute du Wagner sur un grammophone. (D’ailleurs, avez-vous noté que dans les films se passant durant la Seconde Guerre mondiale et impliquant les Nazis, ceux-ci écoutent toujours, soit de la musique de fanfare, soit du Wagner?)

Transition pour en arriver à un point que je trouve particulièrement réussi: l’utilisation de la musique. Les morceaux de Wagner ont été ré-arrangés de manière parfois surprenante mais toujours seyante. J’ai souvenir d’un extrait (en revanche impossible de me rappeler de quel opéra il s’agissait) joué au saxophone lors d’une scène un peu hot impliquant Klaus Adler et Vivian Wagner. Mais si vous aimez Wagner – le compositeur, pas l’autre poufe du film – vous pourrez aisément reconnaître le prélude de Perceval arrangé au piano lors des séquences romantiques impliquant Renate. Et vous reconnaîtrez sans doute la « Marche funèbre de Siegfried » extraite du Crépuscule des Dieux lorsque la base est découverte au début du film. Vous savez, le morceau que l’on entend au début, puis à la fin d’Excalibur, quand Perceval rend l’épée à la Dame du Lac après la mort du roi Arthur (tiens, tiens, une idée de film à présenter prochainement)…

  • Conclusion
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Les troupes de choc – Source: Allôciné.fr

La plupart des critiques d’Iron Sky ont été assez, voire très mauvaises, décrivant le film comme un véritable nanar à regarder seulement après avoir bu plusieurs litres de bières. Pour ma part, je dirais qu’il faut effectivement être en conditions pour le regarder – en bonne compagnie, surtout. Pour ma part, je l’ai regardé avec mon frère et un saladier rempli de M&M’s, et en prenant la chose avec humour. Je ne vais pas prétendre être une intello qui n’aime que les films d’auteur et qui intellectualise autour du moindre film fantastique un peu chiant en le qualifiant de « cinéma de genre », et honnêtement, j’ai donc passé un très bon moment en regardant Iron Sky. J’ai beaucoup ri, je le reconnais. En revanche, même si sa connerie et son mauvais goût assumé confinent presque au génie, je ne dirais pas qu’il soit très bon.

Je m’explique. Il y a de très bons points dans le postulat de départ et dans l’histoire, dans l’ambiance créée et dans la critique assez acerbe du monde qui nous entoure. Mais Iron Sky m’a laissé une impression mitigée. En effet, si la première heure du film voit nombre de gags et de situations loufoques à la South Park, la fin du film – ALERTE spoiler – prend une tournure vraiment sombre. Voire très sombre, car si les personnages principaux s’en sortent, le sort de la Terre est peu enviable. Aussi, j’y vois un certain manque de cohérence qui me laisse penser qu’un tel sujet aurait pu être traité autrement. Soit en assumant jusqu’au bout le côté comédie avec un joyeux bordel final, soit en ayant fait du film quelque chose de sombre dès le début. D’ailleurs, je pense que si la réalisation avait pris le parti d’un vrai film de science-fiction, sans la dimension parodique, et en étoffant les personnages, il y avait de quoi créer un univers réellement fascinant et s’attacher à certains protagonistes. Et peut-être de quoi faire un film culte et vraiment dérangeant.

Je vous le recommande tout de même si vous passez une soirée entre amis ou en famille (j’entends frangins, frangines et cousins, cousines), parce que je trouve que l’ambiance vaut à elle seule le déplacement et parce que rire ne fait pas de mal. Et si vous avez un jour encore du temps, figurez-vous qu’une suite est en cours de préparation, Iron Sky: The Coming Race. Je ne vois pas ce qu’on pourrait raconter de plus, mais je suis tout de même assez curieuse. Et qui sait si ce second opus ne nous réservera pas une agréable surprise?

Sur ces bonnes paroles, je vous laisse méditer sur le sujet et vous souhaite une agréable séances, si le coeur vous en dit!

Blanche Mt.-Cl.