Entre « Moi, Renart » et « BoJack Horseman » – Loup métrosexuel et louve « fashion » – Mai 2015

Bien chers lecteurs de ce blog,

Voici les derniers résultats de mes expérimentations « lupines ». Nul besoin de sortir de Saint-Cyr pour voir à quel point les loups sont présents sur ce blog… et ils m’occupent beaucoup en ce moment – pour preuve, mon post précédent. J’ai donc continué sur ma lancée avec ces nouveaux loups. (Ne serais-je pas, par hasard, en train d’essayer de créer une mascotte pour le site?)

En fait, depuis que je fais du graphisme, de plus en plus d’idées saugrenues me passent par la tête – déjà que je n’avais pas besoin de ça! Mais j’essaie d’explorer à fond chaque possibilité, et je m’amuse avec les logiciels de création graphique – tout comme j’use le papier à vitesse grand V à force de croquis à l’encre. J’adore l’encre et la puissance qu’elle confère au trait de mes dessins.

EtudeLoup014
Une petite louve gentiment ‘hipster » (Encre et feutre)

Donc, donc, donc… Voici la première louve de ma série, une sorte de louve « hipster » avec ses lunettes – et avec sa barbiche, elle est dans le ton (désolée pour le cliché, je n’ai pas résisté!). Elle est un peu cartoonesque, à dire vrai. Je l’imagine volontiers bosser dans une agence de design à Paris! Le fait est que depuis l’an dernier, quand je travaillais et devais « présenter », je suis passé d’un look encore vaguement étudiant – jean, baskets – aux « déguisements de fille ». Je n’aime pas dire ça, étant donné que je n’aime pas non-plus tous ces clichés con-con avec ces attitudes futiles que l’on nous prête, à nous les femmes. Ceci dit, depuis que j’ai réalisé que j’étais super en robe et talons hauts, j’ai du mal à m’en passer. Je suis presque devenue une fashion victim, et j’ai hâte d’avoir un nouvel entretien et de trouver un stage, rien que pour le plaisir d’ouvrir ma penderie et de me préparer le matin…

Mais je m’égare. Je me suis donc inspirée de mon expérience personnelle pour créer ces loups, et également, dans un instant de nostalgie, de deux séries animées tout simplement FANTASTIQUES.

EtudeLoup011
Un loup métrosexuel (Encre)

Vous souvenez-vous des mercredis après-midis devant M6 Kid, et donc des diffusion de… Moi, Renart? Vous savez, ce dessin animé qui mettait en scène des animaux anthropomorphes, avec un charmant renard détective, qui en pinçait pour une renarde reporter à l’abondante chevelure blonde… Le générique était tout simplement inoubliable! Une série récente, un peu plus « adulte », m’y a fait penser: BoJack Horseman. Horseman est un cheval anthropomorphe, dans un monde où animaux et humains se côtoient, sortent et couchent ensemble. Il est une star quelque peu has-been d’une sitcom des années 1990. Bref, j’ai trouvé ça brillant par son côté absurde (le présentateur des émissions de potins à la télé est une baleine en costard-cravate! Le fou-rire quand je l’ai vu!).

EtudeLoup013
Louve « fashion victim » (Encre)

Ces deux univers visuels m’ont donc beaucoup inspirée pour créer ces deux petites bébêtes… Le loup est élégant et racé – je ne pouvais pas créer un loup moche non-plus, je les aime trop, ces animaux-là! Ce serait une taupe ou un chimpanzé, encore… Je plaisante! Mais le loup porte un costume cintré très tendance, un peu à la Benedict Cumberbatch dans Sherlock et nous transperce de son regard énigmatique, esquissant une sorte de sourire. J’en suis folle! 🙂

Quant à la louve, elle semble beaucoup plus douce, ses yeux un peu agrandis, avec le tapis clair bien en évidence pour mieux les mettre en avant. Bref, elle est elle aussi assez hypnotique dans son genre. Je l’imagine bien graphiste ou créative, comme j’aimerais le devenir! Croisons les doigts pour que la force du Loup m’accompagne!

J’espère que vous aurez aimé ces petites bêtes, et que je vous gratifierai bientôt de nouvelles créations graphiques et autres!

Bonne fin de journée à tous!

Blanche Mt.-Cl.

Des Morts-Vivants chez Jane Austen – « Orgueil et Préjugés et Zombies », Seth Grahame-Smith

Très chers lecteurs de ce blog,

Pour commencer cette semaine en beauté, je continue de surfer sur la vague « loufoque » initiée avec ma critique d’Iron Sky

Je vous propose une lecture pour le moins rigolote… puisau’il s’agit d’une ré-écriture, entre le parodique et le fantastique, du chef d’oeuvre de Jane Austen Orgueil et Préjugés, ré-écrit par Seth Grahame-Smith, à qui l’on doit aussi Abraham Lincoln – Chasseur de Vampires (je ne l’ai pas lu, et j’avoue avoir eu du mal à regarder le film, perturbée par une ressemblance troublante entre l’interprète principal et Gaspard Proust). Je vous emmène donc dans une Angleterre fin XVIIIe, dévastée par des hordes de zombies…

  •  Les Benett et Darcy, pourfendeurs de macchabées mangeurs de cervelle

De quoi s’agit-il? Certains d’entre vous, ont peut-être goûté les classiques de la littérature anglaise à un moment ou à un autre. Outre Oscar Wilde, Charles Dickens ou encore William Makepeace (vous parlez d’un nom!) Thackeray, vous n’avez pu éviter l’oeuvre de Jane Austen, abondamment adaptée pour la télévision (on retiendra la scène de la chemise mouillée plaquée au corps de Darcy, interprété par le jeune Colin Firth pour la BBC en 1995) ou le cinéma, avec divers degrés de réussite.

Tout d’abord, retour obligé sur Orgueil et Préjugé. Ce roman psychologique, social et aussi sentimental, retrace l’histoire des filles Bennett, que la mère cherche à bien marier car elles ne peuvent hériter le domaine de Netherfield, près bourg campagnard de Meryton, et risquent de se retrouver sans rien si leur père, le caustique Monsieur Bennett, venait à mourir. Nous suivons principalement les pérégrinations des deux aînées, la douce et belle Jane, et la très spirituelle et charmante Elizabeth dite Lizzie. Leur routine vole en éclats lorsqu’un jeune gentleman, Monsieur Bingley, affable et enthousiaste de tout, vient s’installer dans un manoir voisin, et apparaît lors d’un bal de campagne, flanqué de ses soeurs et de son très sombre et arrogant ami, Monsieur Darcy. Si Bingley et Jane se plaisent instantanément, Darcy et Elizabeth font forte impression l’un sur l’autre. Mais pas une impression des plus agréables, et ils passeront tout une partie du roman à se provoquer mutuellement et à se lancer de véritables horreurs à la figure, alimentées par leur orgueil et les préjugés quant à la classe sociale de l’autre. Cependant les affaires de Jane et Lizzie seront contrariées par les interventions répétées des soeurs Bingley prêtes à tout pour les éloigner de leur frère, et par l’arrivée inopinée de Monsieur Collins, leur cousin, révérend de son état, qui décide d’épouser l’une des filles Bennett…

10338480_10205397065109015_4945333094013724193_o
Couverture de l’édition poche

Eh bien le fil conducteur d’Orgueil et Préjugées et Zombies est sensiblement le même – à savoir les romances des deux soeurs, contrariées par les familles de leurs soupirants respectifs et par la leur – il faut dire que leur mère est très mal élevée! A ceci près que l’Angleterre connaît un étrange fléau: une maladie transformant les Britanniques en zombies, transmissible par morsure, sévit et les « Innommables », comme on les appelle, arpentent les routes. Dans toutes les familles un peu aisées, dont les Benett, les demeures comprennent un dojo pour s’entraîner aux arts guerriers, et les enfants, filles comme garçons, sont envoyés en Asie pour étudier les Arts guerriers auprès de maîtres orientaux. Alors que dans les salons on débat de la meilleure façon de se débarrasser des zombies ou des mérites des maitres japonais et chinois, et qu’on ne sort pas sans un bon pistolet ou un sabre, les filles Bennett sont réputées être les meilleures combattantes de morts-vivants du pays. Leur père a veillé à leur éducation, mais malheureusement, celles-ci ne pouvant hériter de sa demeure à sa mort, elles doivent faire de bons mariages pour se mettre à l’abri du besoin – quand bien même Lizzie songe à offrir ses services de guerrière contre rémunération.

Les choses se corsent quand arrivent Charles Bingley, piètre combattant adepte du « vivre-ensemble » avec les zombies, et son ami Fitzwilliam Darcy, qui lui, pourfend avec adresse le moindre mangeur de cervelle avec ses katanas. Charles et Jane se plaisent, mais si Lizzie et Fitzwilliam ne s’aiment pas, ils doivent faire contre mauvaise fortune bon coeur et combattre côte à côte quand les morts-vivants s’introduisent dans les maisons et perturbent les bals de Meryton et Longwood… Et Lizzie se voit bien obligée, si elle n’apprécie que moyennement la mollesse de Bingley, de reconnaître les talents et la valeur de Darcy au combat…

  • Détails amusants

Ce contexte particulier crée quelques détails incongrus dans l’histoire, qui prêtent à sourire.

Pas un trajet entre Netherfield et Meryton sans une bonne petite attaque zombie. Quoi de tel qu’un petit bain de sang avant l’heure du thé après tout? Nous voyons dans ce livre des gentlemen gentiment guindés qui sans état d’âme réduisent en bouillie le moindre zombie importun, tout comme de jeunes femmes que l’on imagine délicates se mettre en formation de combat et découper en rondelles leurs adversaires. Il n’en reste pas moins que Miss Lizzie Bennett est une brute épaisse, qui a un sens de l’honneur bien particulier et qui rêve plus d’une fois de trancher la gorge de Darcy… Tant est si bien que la mythique scène de mariage devient un véritable pugilat au cours de laquelle le très cher Darcy manque de se casser le nez sur le manteau d’une cheminée en marbre! Quant aux personnages, ils ont des hobbies particuliers – comme la tante de Darcy, Lady Catherine de Bourgh qui essaie de mettre au point un sérum anti-zombie et qui, grosse dondon anglaise, excelle dans les arts guerriers et défie régulièrement Lizzie. Quant à la meilleure amie de Lizzie, Charlotte, celle-ci a une raison bien particulière de vouloir épouser Collins et quitter Meryton… Il est également marrant de s’imaginer les grandes demeures de Darcy et de sa famille décorées à la japonaise.

Mais cela, c’est à découvrir dans le livre…

  • Conclusion

Ainsi, Orgueil et Préjugés et Zombie est une petite lecture assez sympathique et divertissante, à défaut d’être surprenante, à la fois pour les amateurs de Jane Austen – peut-être même un peu décevant pour ceux qui connaissent l’oeuvre originale. Pour ma part, je n’ai pas le temps de lire autant que je le voudrais, et j’ai parfois besoin, pour décompresser, de petites bêtises de ce genre qui se lisent vite, pour ne pas perdre la main. En revanche, si vous alignez les lectures, je vous conseille cet ouvrage pour une transition légère entre deux lectures plus consistantes (pour ma part, j’ai entamé Les Contes de Crimes peu après). Vous passerez un bon moment, et certains passages incongrus dignes de films de sabre japonais, vous feront très certainement sourire.

La seule chose qui me chagrine réellement, c’est cette impression que l’effort d’imagination n’a pas été assez poussé, et que les zombies et les arts martiaux ne sont qu’en arrière-plan, un simple prétexte pour ré-écrire un classique au demeurant excellent à la base. Pour preuve: l’histoire a été reprise telle quelle, reproduisant des passages entiers du livre original ou des dialogues entiers de la série BBC de 1995… Or si l’humour est au rendez-vous et sicertains twists sont amusants (je ne vais pas vous spoiler les aventures de Collins avec son épouse « infectée »…), j’aurais préféré que cela affecte un peu plus l’histoire – un peu à la manière de l’arrivée d’Amanda Price, Londonienne du XXIe siècle, dans l’univers de son roman préféré, qui chamboule complètement les destinées de Jane, Lizzie et autres dans la mini-série Orgueil et Quiproquos. Je regrette donc le manque de surprise de cet ouvrage, que j’aurais aimé traité avec plus de noirceur, peut-être. Quand bien même il est plaisant à lire, ce ne sera pas forcément un must dans votre bibliothèque.

Titre: Orgueil et Préjugés et Zombies

Auteur: Seth Grahame-Smith

Editions: Pocket

Collection: Pocket Science-Fiction

348 p.

Parution: Janvier 2014 (Pour l’édition poche)

Prix: 7,70 €

Entre humour noir et mauvais goût assumé – « Iron Sky » (2012)

Titre: Iron Sky
Année de production: 2012
Réalisation: Timo Vuorensola
Origine: Finlande, Allemagne, Australie
Durée: 1h29
Distribution: Julia Dietze, Götz Otto, Christopher Kirby…

Très chers lecteurs,

20380369.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx
Affiche – Source: Allociné.fr

Ma chronique cinéma de cette semaine, a pour objet un film pour le moins curieux que m’a fait découvrir mon frère il y a environ deux ans, quand je suis rentrée d’Angleterre. Il est vrai que l’un de nos hobbies, quand nous sommes ensemble, consiste à regarder toute sorte de films, du péplum au film de SF en passant parfois par de gros nanars. Ainsi, connaissant mon intérêt pour l’histoire germanique et mon sens de l’humour très sombre, il m’a un soir proposé de regarder Iron Sky, une sorte de comédie d’anticipation où les Nazis revenaient de la Lune pour prendre leur revanche et régner sur le monde…

Avez-vous entendu parler de ces théories fumeuses selon lesquelles les dirigeants nazis, au lieu d’avoir été anéantis à la fin de la Seconde Guerre mondiale, n’avaient que disparu pour préparer en secret leur revanche sur le monde?… En vérité, je me renseigne régulièrement sur les théories du complot, histoire d’avoir matière à des écrits de SF, ou seulement pour me détendre les neurones (quoique j’aime assez celle du « facteur exogène »). N’en déduisez pas que je méprise les « complotistes » – il faut bien que les gens se posent des questions, et j’admire assez ceux qui vont jusqu’au bout pour y répondre. Ceci dit, vous avez peut-être eu vent des « secrets » nazis.

J’ai beaucoup lu dessus pendant que je faisais des recherches pour mon roman: selon « certaines sources », les Nazis auraient ainsi créé des sortes soucoupes volantes, autopropulsées et émettant des lumières colorées, qu’ils auraient cachées dans une base secrète en Antarctique… Un peu flippant quand on y pense. Mais imaginez qu’ils aient pu s’en servir pour partir sur la Lune et y installer une base secrète, où leur communauté aurait pu s’épanouir et leur idéologie se radicaliser davantage (si c’est encore possible!), et puiser leur énergie dans l’Hélium 3 présent sur l’astre… en attendant leur grand retour sur Terre. C’est le postulat sur lequel repose Iron Sky, la comédie de science-fiction finlandaise réalisée par Timo Vuorensola en 2012.

  • Le pitch

Tout commence en 2018, quand une expédition est envoyée sur la lune, pour sonder le sol à la recherche de gisements d’hélium 3 (il s’agit d’un isotope, d’une « variante » instable de l’hélium, qui pourrait effectivement devenir une source d’énergie si nous décidions d’exploiter le sol lunaire). Mais tout ne va pas comme prévu, quand l’équipe est décimée pour avoir approché de trop près une étrange base en forme de svastika géant. Le seul survivant du groupe, James Washington (Christopher Kirby), fait face à toute une cité de Nazis avec un calme admirable… Un calme d’autant plus étonnant que Washington est afro-américain – déjà moi, avec tronche qui ne trahit ABSOLUMENT RIEN de mes origines allemandes, je n’aimerais pas rencontrer des Nazis, mais j’ose à peine imaginer si j’avais un teint d’ébène! Bref. James essaie de s’échapper, pourchassé par une troupe menée par un officier très blond du nom de Klaus Adler (Götz Otto). Mais il est sauvé de justesse d’une évasion périlleuse et sans espoir de survie par la jeune et jolie Renate Richter (Julia Dietze), une idéaliste élevée dans le « dogme » nazi, qui enseigne l’idéologie aux enfants de la colonie. C’est également une spécialiste de la Terre, et James Washington, qui en vient, la fascine. Elle l’emmène à son père, le Docteur Richter (Tilo Brückner), et le soumet aux étranges lubies du savant. Celui-ci découvre avec enthousiasme le téléphone portable de Washington, une technologie qui manque au Quatrième Reich – à savoir la cybernétique – pour permettre l’envol du vaisseau de guerre le Götterdämmerung (« Le Crépuscule des dieux », comme l’opéra de Wagner). Mais le pire reste à venir: il teste sur le pauvre astronaute un traitement censé le rendre… blanc et blond.

20039423
Renate Richter, James Washington (après « traitement ») et Klaus Adler de retour sur Terre – Source: Allôciné.fr

Un problème survient cependant: quand Richter présente le mobile de Washington au Führer en exercice Wolfgang Kortzfleisch (Udo Kier), la batterie se décharge, ce qui retarde encore le lancement du Götterdämmerung et l’invasion de la Terre. Des mesures draconiennes sont alors prises. Le gouvernement nazi décide d’envoyer sur Terre, Klaus Adler – destiné à épouser Renate et rêvant en secret de devenir le nouveau Fürhrer – pour collecter des batteries de Smartphone (!). Il se dirige alors vers la Terre avec Washington, censé le guider une fois arrivés, dans une vieille soucoupe volante. Renate se joint clandestinement au voyage. Quant à Adler, il voudrait que Washington, choisi personnellement par la Présidente des Etats-Unis pour aller sur la Lune, la lui présente. Mais le pauvre astronaute, dévasté lorsqu’il réalise qu’il est devenu blanc et blond, prend la fuite. Ce qui n’empêche pas les deux Nazis de la Lune de joindre la Présidente (Stephanie Paul) par le biais de sa responsable comm’, Vivian Wagner (Peta Sergeant). Adler décide alors de se faire un allié des Etats-Unis, en offrant son aide pour faire ré-élire la présidente, pour assassiner le Führer lors de sa prochaine visite sur Terre et devenir le leader sur la Lune.

Quant à Renate, elle finit par retrouver James Washington, devenu SDF. Les convictions de la jeune femme, déjà ébranlées par un visionnage du Dictateur de Chaplin, vacillent quand elle tombe en pleine rue sur un groupe de néo-Nazis… Elle se lie d’amitié avec Washington, et commence alors une véritable course pour sauver le monde de la destruction…

  • L’humour

Lorsque j’ai visionné Iron Sky, je ne m’attendais pas, et je ne voulais surtout pas voir un film « intello ». Je savais qu’il s’agissait avant tout d’une comédie sur un sujet très, très sombre. La question est donc: peut-on rire de tout? Personnellement, je pense que oui, mais pas avec tout le monde. Donc, un film à prendre avec précaution et à ne pas regarder avec tout le monde, tant certains ressorts comiques reposent sur de véritables clichés. Quelques exemples: James Washington nous est dépeint comme l’Afro-Américain décontracté et empreint de « cool-attitude » qui ne se démonte jamais quelle que soit la situation, Renate est une jeune idéaliste naïve qui croit dure comme fer que le nazisme est une idéologie de paix et d’amour (après tout peut-être, si on ne reste qu’entre blondinets et que l’on peut prouver une ascendance germanique sur plusieurs générations), Klaus Adler un fanatique, le Docteur Richter un fêlé en puissance qui met son savoir au service d’une cause discutable. Quant à la Présidente, c’est un quasi-sosie de Sarah Palin, une caricature de républicaine partisane de la libre circulation des armes à feux, avec son bureau envahi par des bestioles empaillées qu’elle a zigouillées pendant des parties de chasse, et son assistante Vivian Wagner est juste un cliché de salope carriériste en tailleur moulant. Il faut dire que les femmes sont particulièrement insupportables, et qu’il n’y a pas de juste milieu entre une oie blanche comme l’est Renate et une poufiasse comme la Wagner.

Bref, hormis Washington, finalement assez sympa du fait qu’il se trouve pris dans cette histoire alors qu’il n’a rien demandé, ils sont tous assez ridicules. Leurs motivations sont grandioses mais la façon dont ils les mettent en oeuvre sont pathétiques – franchement, récolter des batteries de portable! Finalement, on se moque plus de ces archétypes en eux-même et de leur caractère prévisible que du reste. Pour peu que l’on soit capable de second degré – ce n’est pas le cas de tout le monde, je connais des personnes qui pourraient trouver ce film carrément immonde et offensant – on peut s’amuser des situations absurdes dans lesquelles se mettent les personnages, et des proportions que prend la farce à l’échelle mondiale. Ce n’est donc pas un film d’une finesse extrême, les insultes et les gros mots pleuvent, les bagarres qui tournent de manière inattendue, et même un des personnages qui aura une mort stupide à souhait.

Mais ce qui prête vraiment à sourire, ce sont les « références » culturelles. Pour ma part, je ne suis pas sûre que je me serais autant amusée si je n’avais pas, en plus d’un humour parfois douteux, un solide background de germaniste et une bonne connaissance de l’histoire germanique. Cela m’a probablement aidée à faire preuve de second degré et d’avoir un recul que d’autres spectateurs n’auraient pas forcément. Ce qui est dommage, car l’histoire recèle un réel potientiel.

  •  Des questions pertinentes
20039420
Vaisseaux de guerre au design rappelant des Zeppelins se dirigeant vers la Terre – Source: Allôciné.fr

En effet, tout n’est pas à jeter au milieu de ce fouillis. Quand bien même vous ne seriez pas friand de théories de complot, il était intéressant de partir sur les bases d’un repli des Nazis pour débuter une bonne histoire de science-fiction. Il n’est par ailleurs pas si insensé que cela d’imaginer qu’ils auraient pu se retrancher dans l’espace, puisque comme je le disais dans le post consacré à la BD uchronique Space Reich, les programmes spatiaux des années 1950 et 60 découlent directement des travaux de pionniers de la balistique allemands tels Wernher von Braun. Certains historiens des sciences et techniques, versés dans les réflexions uchroniques, s’accordent à dire que les Allemands auraient sans doute été les premiers sur la Lune s’ils avaient gagné la guerre… Ces théories ont donc un très grand potentiel en termes d’uchronie.

Et puis si nous aimons la SF, c’est parce que nous aimons aussi nous faire peur. Avouez! Elle nous met en garde en dépeignant le plus souvent des futurs effrayants – alors pourquoi pas le retour des Nazis? De plus, on pourrait être curieux de voir quelle réaction auraient les chefs d’Etat vis-à-vis de cela…

Partir dans les méandres de la communication politique était une pure bonne idée, puisque le spectateur contemporain peut s’y retrouver. A notre époque où médias et médias sociaux sont omniprésents, nous vivons déjà un peu dans Iron Sky. Nous faisons tous les jours l’expérience de la dictature de l’image et du paraître, du matraquage médiatique permanent,. Quant aux dirigeants d’états démocratiques, ils mettent le paquet pour communiquer et tenter de nous rallier à leurs vues – avec succès ou non, avec plus ou moins de ridicule que les Etats totalitaires, cela est une autre histoire. Nous voyons sans arrêt des présidents et des ministres condamner l’action de tel ou tel dictateur dans un pays lointain, ce qui ne les empêche pas d’accueillir en grande pompe lesdits « monstres », de s’exhiber fièrement avec eux lors de la signature d’un accord ou d’un contrat juteux, ou de leur vendre des armes. Donc… sans vouloir faire trop de politique, force nous est de constater, que nous entendons en permanence un double discours. Qu’en serait-il s’il y avait sur Terre si apparaissait un pouvoir aussi inquiétant que celui des Nazis (n’oublions pas que quand Hitler a commencé à ré-armer la Ruhr, puis à réclamer des territoires, nul chef d’Etat européen n’a, à cette époque, bougé le petit doigt!) avec des moyens colossaux pour se faire entendre? Nos dirigeants seraient-ils assez burnés pour les envoyer paître en face, ou se rallieraient-ils par intérêt comme la Présidente, avec les terribles conséquences que cela implique? Bien que nous n’ayons pas affaire à un film d’auteur ou à une oeuvre de reflexion, il n’en reste pas moins que la question mérite tout de même d’être posée.

Par ailleurs, nous voyons se jouer dans Iron Sky une énorme farce à échelle mondiale, quand les Nations Unies s’entredéchirent et se disputent le monopole de l’exploitation de l’hélium 3 sur la Lune une fois le projet d’invasion nazie sur la Terre éventé. Finalement, alors qu’ils devraient faire front uni face à une terrible menace, ils ne pensent chacun qu’à leurs propres intérêts. Constat amer et sans appel, quand on sait par exemple que dans le monde réel, à l’heure du réchauffement climatique qui nous concerne tous, certains Etats refusent de limiter leurs émissions de gaz à effet de serre, arguant que cela freinerait leur développement et en jetant à la figure des autres qu’ils souhaitent ainsi les garder dans une position subalterne sur la scène internationale. Donc là encore, le film met en lumière une certaine hypocrisie de ceux qui ont le pouvoir et la bassesse humaine, sur fond de guerre pour les matériaux rares.

Sachant cela, mon jugement sur la « bêtise » du film est plus nuancé. D’autant plus qu’il a un autre atout: son atmosphère.

  • L’esthétique
20039424
L’atmosphère confinée du laboratoire de Richter sur la Lune – Source: Allôciné.fr

S’il est une chose que j’ai appréciée dans Iron Sky, c’est son esthétique, son ambiance. L’atmosphère confinée et sombre de cette base lunaire qui, vue du bord du cratère où Washington et son équipe la découvrent, a la forme d’un svastika géant, m’a carrément emballée tant elle pouvait faire froid dans le dos. Il semble que tous les efforts des metteurs et scènes et décorateurs aient été faits pour donner à l’ensemble un air « germanique » et « dictatorial ». Il n’y a qu’à voir les uniformes sombres et inquiétant des troupes d’assaut, avec leurs soldats dont on ne voit pas les visages, dissimulés derrière des masques à gaz. Il semble que parmi ces Nazis exilés volontairement sur la lune, le temps se soit arrêté sur un décor pour le moins rétro-futuriste: les lignes des vaisseaux spatiaux rappellent celles des zeppelins géants des années 1930, et sur la base, des câbles trainent dans tous les sens pour maintenir des machineries et des mécanismes de survie complexes occupant des pans de mur entiers, et on écrit à la craie sur des tableaux noir en classe… Alors qu’entretemps, sur Terre, on vit à l’heure de la miniaturisation et du Smartphone. Autre petit détail vintage savoureux: Renate écoute du Wagner sur un grammophone. (D’ailleurs, avez-vous noté que dans les films se passant durant la Seconde Guerre mondiale et impliquant les Nazis, ceux-ci écoutent toujours, soit de la musique de fanfare, soit du Wagner?)

Transition pour en arriver à un point que je trouve particulièrement réussi: l’utilisation de la musique. Les morceaux de Wagner ont été ré-arrangés de manière parfois surprenante mais toujours seyante. J’ai souvenir d’un extrait (en revanche impossible de me rappeler de quel opéra il s’agissait) joué au saxophone lors d’une scène un peu hot impliquant Klaus Adler et Vivian Wagner. Mais si vous aimez Wagner – le compositeur, pas l’autre poufe du film – vous pourrez aisément reconnaître le prélude de Perceval arrangé au piano lors des séquences romantiques impliquant Renate. Et vous reconnaîtrez sans doute la « Marche funèbre de Siegfried » extraite du Crépuscule des Dieux lorsque la base est découverte au début du film. Vous savez, le morceau que l’on entend au début, puis à la fin d’Excalibur, quand Perceval rend l’épée à la Dame du Lac après la mort du roi Arthur (tiens, tiens, une idée de film à présenter prochainement)…

  • Conclusion
20013296
Les troupes de choc – Source: Allôciné.fr

La plupart des critiques d’Iron Sky ont été assez, voire très mauvaises, décrivant le film comme un véritable nanar à regarder seulement après avoir bu plusieurs litres de bières. Pour ma part, je dirais qu’il faut effectivement être en conditions pour le regarder – en bonne compagnie, surtout. Pour ma part, je l’ai regardé avec mon frère et un saladier rempli de M&M’s, et en prenant la chose avec humour. Je ne vais pas prétendre être une intello qui n’aime que les films d’auteur et qui intellectualise autour du moindre film fantastique un peu chiant en le qualifiant de « cinéma de genre », et honnêtement, j’ai donc passé un très bon moment en regardant Iron Sky. J’ai beaucoup ri, je le reconnais. En revanche, même si sa connerie et son mauvais goût assumé confinent presque au génie, je ne dirais pas qu’il soit très bon.

Je m’explique. Il y a de très bons points dans le postulat de départ et dans l’histoire, dans l’ambiance créée et dans la critique assez acerbe du monde qui nous entoure. Mais Iron Sky m’a laissé une impression mitigée. En effet, si la première heure du film voit nombre de gags et de situations loufoques à la South Park, la fin du film – ALERTE spoiler – prend une tournure vraiment sombre. Voire très sombre, car si les personnages principaux s’en sortent, le sort de la Terre est peu enviable. Aussi, j’y vois un certain manque de cohérence qui me laisse penser qu’un tel sujet aurait pu être traité autrement. Soit en assumant jusqu’au bout le côté comédie avec un joyeux bordel final, soit en ayant fait du film quelque chose de sombre dès le début. D’ailleurs, je pense que si la réalisation avait pris le parti d’un vrai film de science-fiction, sans la dimension parodique, et en étoffant les personnages, il y avait de quoi créer un univers réellement fascinant et s’attacher à certains protagonistes. Et peut-être de quoi faire un film culte et vraiment dérangeant.

Je vous le recommande tout de même si vous passez une soirée entre amis ou en famille (j’entends frangins, frangines et cousins, cousines), parce que je trouve que l’ambiance vaut à elle seule le déplacement et parce que rire ne fait pas de mal. Et si vous avez un jour encore du temps, figurez-vous qu’une suite est en cours de préparation, Iron Sky: The Coming Race. Je ne vois pas ce qu’on pourrait raconter de plus, mais je suis tout de même assez curieuse. Et qui sait si ce second opus ne nous réservera pas une agréable surprise?

Sur ces bonnes paroles, je vous laisse méditer sur le sujet et vous souhaite une agréable séances, si le coeur vous en dit!

Blanche Mt.-Cl.