Terreur en Transylvanie – Le Château des Carpathes (Jules Verne)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Je dois vous avouer mon embarras du moment: ma panne de lecture a un peu duré, et je commence tout juste un nouveau livre… qui ne sera donc pas chroniqué de suite. En effet, depuis Le Don du Loup et Belle, j’ai eu du mal à me décider pour un ouvrage de ma PAL, soit parce que j’ai peur d’être déçue, soit parce que je me dis que je devrais lire un ouvrage en rapport avec les recherches pour mes écrits pour avancer, soit parce que je lorgne des livres denses mais que je ne me sens pas assez en forme pour me lancer dedans…

Mais, bonne nouvelle: je vais quand même vous parler de littérature aujourd’hui. Comme je l’avais évoqué l’été dernier, je débarque à nouveau avec Jules Verne… et un roman plutôt « atmosphérique ». J’ai nommé Le Château des Carpathes, qui emmène les lecteurs dans un village est-européen qui est sujet à d’étranges phénomènes… Quant à moi, je vous invite, le temps d’une courte chronique à revenir sur l’un des romans les plus atmosphériques du grand Verne.

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Ouvrez grand votre esprit… – Hypnose (David Koepp, 1999)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

hypnose-film-16855Je reviens enfin avec une vraie chronique cinéma après tout ce temps de tops et de chroniques série… quand ce n’est pas sans chronique tout court! Le fait est que je n’ai pas vraiment consacré d’article avec un film en particulier depuis le mois de mai, figurez-vous! Mine de rien, ça faisait vraiment un bail! Et je ne reviens pas avec n’importe quel opus! En effet, si Hypnose n’est pas considéré comme un film majeur, il est pour moi au cinéma fantastique ce que les histoires de robot sont à la science fiction: le pur coup de flippe!

En effet, je l’ai visionné pour la première fois il y a bien longtemps, peu après sa sortie en vidéo, à l’époque où nous avions encore le VHS à la maison! 😉 Je l’avais regardé dans le salon plongé dans le noir total avec mes parents et mon frère, et j’ai eu quelques soucis pour m’endormir par la suite… 🙂 Ceci dit, je l’avais beaucoup apprécié malgré ce froid dans le dos qu’il me laissait, cette impression de glauque et de danger rampant.

Aussi, j’ai décidé que je devais vous parler brièvement d’Hypnose, un film à mon sens trop souvent négligé…

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L’esprit du Samouraï – Le Fantôme de la Tasse de Thé (Lafcadio Hearn)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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La très jolie couverture du livre…

Me voici de retour pour le livre du lundi, avec quelque chose d’un peu plus follichon que mon histoire de homard de jeudi! 🙂 Car croyez-moi, ce n’est pas un livre comme ceux que j’ai présentés jusqu’ici. Et c’est une sortie relativement récente! J’ai bon espoir qu’un peu de sang neuf et d’exotisme sur ce blog ne seront pas pour vous déplaire.

Comme vous le savez, je m’intéresse, sans être une experte, au Japon. Cet intérêt m’a amenée à lire le magazine Japan Lifestyle, et c’est entre ces pages fort édifiantes que j’ai appris l’existence du Fantôme de la Tasse de Thé.

Il s’agit en effet d’un ouvrage jeunesse basé sur Dans une tasse de thé, un récit inachevé de l’auteur Lafcadio Hearn, l’un des premiers étrangers à avoir pris la nationalité japonaise à la fin du XIXe siècle, et amoureux inconditionnel de son pays d’adoption. Trois auteurs en imaginent la suite, nous emmenant du Japon féodal au Japon contemporain. Ce projet n’a pas manqué d’éveiller ma curiosité, du moins pour l’exercice d’écriture, et c’est ce qui m’a poussée à faire l’acquisition de ce petit ouvrage. S’agissant donc d’un genre d’anthologie, ma chronique aura un plan un peu plus traditionnel que d’habitude. Je présenterai le récit originel, les suites… et je vous donnerai enfin mon avis.

Le moins que l’on puisse dire est que le titre en lui-même est déjà assez surprenant… Mais de quoi s’agit-il au juste?

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Fantômes du passé – « La Maison des Ombres » (Nick Murphy, 2011)

Titre: La Maison des Ombres (The Awakening)
Année de production: 2011
Réalisation: Nick Murphy
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h46
Distribution: Rebecca Hall, Dominic West, Imelda Staunton, Isaac Hempstead-Wright, Joseph Mawle…

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Affiche du film – Source: Wikipedia

Je reviens avec le « Film du jeudi » pour une chronique « express ». Cette semaine, j’ai décidé de revenir avec une histoire fantastique… que j’ai vu pour la première fois sur le câble il y a peut-être trois ans, à un moment où je passais beaucoup de temps à bosser et où je ne pouvais regarder que les secondes, voire les troisièmes parties de soirée. Il s’agit de La Maison des Ombres, qui vous emmène dans l’Angleterre post-Première Guerre mondiale, dans un pensionnat isolé…

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La sublimation du laid et du grotesque – « Histoires Extraordinaires » et « Nouvelles Histoires Extraordinaire » d’Edgar Poe

Très chers lecteurs de ce blog,

Eventuels nouveaux arrivants,

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Couverture – Source: Amazon

Tout d’abord, je tiens à vous présenter mes excuses pour « l’inactivité récente » de ce blog. Je traverse en effet une période un peu chargée et j’ai eu à mettre le blog un peu entre parenthèses. J’espère donc me faire pardonner avec cette nouvelle critique littéraire…

Me voici donc de retour avec deux recueils absolument, comme leur nom l’indique, EXTRAORDINAIRES. A défaut de pouvoir vous gratifier de mes propres créations par manque de temps, j’essaie de varier les plaisirs en termes de littérature, et de vous faire partager la créativité d’auteurs et de conteurs de talents. Permettez-moi de rendre hommage à deux ouvrages abondamment présentés et souvent acclamés, les Histoires Extraordinaires et les Nouvelles Histoires Extraordinaires d’Edgar Allan Poe (1809-1849). Outre le fait qu’il s’agisse de grands classiques, ils mettent en lumière l’imagination débordante et l’esprit torturé d’un auteur que l’on pourrait qualifier de « père de l’horreur ». Et encore, je trouve qu’horreur ne rend pas très bien compte de la chose. Je parlerais plutôt de belle horreur… Mais entrons dans le vif du sujet.

  • Des contes sombres et étranges

Initialement publiés dans des magazines littéraires aux Etats-Unis, les contes d’Edgar Poe sont parus en France après la mort de Poe lui-même. Ainsi, respectivement en 1856 et 1857, l’éditeur Michel Lévy frère publie les Histoires Extraordinaires et les Nouvelles Histoires Extraordinaires, deux anthologies constituées et traduites par un poète fameux… Charles Baudelaire (1821-1867), non moins torturé que Poe lui-même. Et ces deux livres extraordinaires sont restés tels quels aujourd’hui, et ce sont toujours ces traductions de Baudelaire qu’étudient les collégiens et lycéens de France. Pour ma part, je n’ai jamais eu la chance d’étudier Poe à l’école (je me serais moins faite c***r en cours, fort probablement…), seulement de le traduire en cours d’anglais à l’université.

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Couverture – Source: Amazon

En revanche, ces recueils regorgent d’histoires diverses et variés, de la nouvelle policière (surtout dans les Histoires Extraordinaires) qui mettent en scène un détective récurrent, le chevalier Auguste Dupin – Double Assassinat dans la Rue Morgue, La Lettre volée… – des histoires fantastiques – La vérité sur le cas de Monsieur Valdemar, Metzengerstein, Ligeia… – ou d’ambiance – Le Masque de la Mort Rouge, Le Roi Peste… Attendez-vous donc à du mystère à résoudre, à des fins ouvertes où l’on se demande si tout ce qu’on vient de lire n’est pas une vaste arnaque, si cela a été fantasmé, ou encore à des histoires de fantôme absolument envoûtantes.

  • Ecrire comme on peint…

J’ai pour la première fois entendu parler de Poe (et de Vincent Price) dans le court-métrage de Tim Burton Vincent, qui comptait l’histoire d’un petit garçon épris d’histoires d’horreur. Et j’avoue que, au vu de certaines adaptations des Histoires Extraordinaires, que je m’attendais à crever de trouille et à ne pas pouvoir fermer l’oeil de la nuit. Nada! J’ai découvert un univers foisonnant, dont l’esprit était toujours trahi par les adaptations (excepté Le Tombeau de Lady Ligeia, qui, s’il étoffe beaucoup l’histoire originale, n’en est pas moins un film de fantôme très divertissant mettant en scène… Vincent Price, justement!). Et surtout, j’ai aimé cette façon d’écrire, j’ai adoré m’imprégner de ces descriptions imagées et détaillées, qui m’évoquaient autant des tableaux que des histoires. Car voilà ce qui m’a charmée, voire carrément envoûtée dans la plume d’Edgar Poe: il écrivait ses histoires comme s’il peignait des tableaux. C’est extrêmement troublant et captivant, de voir à quel point de simples histoires courtes sans grand suspense peuvent prendre une telle dimension et marquer les esprits – cette scène de banquet du Roi Peste avec ses participants difformes dans une lumière glauque, ou la course de ce cheval aux yeux flamboyants dans Metzengerstein, l’une de mes nouvelles préférés, ou encore l’étrange transformation de Lady Rowena à la fin de Ligeia. De plus, la version française a bénéficié d’une traduction AU POIL, par l’un de mes poètes préférés, Charles Baudelaire.

Il est inutile que je disserte des heures sur la beauté de ces textes ou sur les thèmes abordés – enquêtes, fantômes, grotesque… – mais je ne pouvais passer à côté de ces oeuvres remarquables sorties de l’esprit torturé d’un véritable poète, d’un visionnaire. Et c’est peut-être ce qui m’a séduite aussi bien chez Baudelaire que chez Poe, cette peinture sublimée du « moche », du laid et du grotesque, cette plongée dans la noirceur, qui transforme en véritable beauté les sujets exposés. J’espère de tout coeur que vous vous essaierez à Poe, ou que vous le redécouvrirez un jour avec un oeil nouveau, juste pour le plaisir de l’ambiance… Mes nouvelles préférées en sont, pour les Histoires Extraordinaires: Metzengerstein, La Vérité sur le cas de Monsieur Valdemar et Ligeia et pour les Nouvelles Histoires Extraordinaires: Le Masque de la Mort Rouge, Le Roi Peste et Le Coeur Révélateur.

En attendant, vous pouvez toujours jeter un coup d’oeil à ces deux recueils, que vous trouverez dans différentes éditions.

Titre: Histoires Extraordinaires
Auteur: Edgar Allan Poe
Editions: Livre de Poche
Collection: Classiques
285 p.
Parution: Mars 1972 (pour l’édition de poche, régulièrement réédité)
Prix: 3,00 €

Titre: Nouvelles Histoires Extraordinaires
Auteur: Edgar Allan Poe
Editions: Livre de Poche
Collection: Classique
264 p.
Parution: Mars 1972 (pour l’édition de poche, régulièrement réédité)
Prix: 9,00 €

Blanche Mt.-Cl.

Chef d’oeuvre fantastique et romantique – « L’Aventure de Madame Muir » (1947)

« Eh bien mon enfant, que personne ne s’avise de dire que vous n’êtes pas joliment carénée! »

L'aventure de madame muir The ghost of mrs muir 1947 rŽal : Joseph L. Mankiewicz COLLECTION CHRISTOPHEL
Madame Muir et son fantôme – Source: AllôCiné.fr

Titre: L’Aventure de Madame Muir (The Ghost and Mrs Muir)
Année de production: 1947
Réalisation: Joseph L. Mankiewicz
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h44
Distribution: Gene Tierney, Rex Harrison, George Sanders…

Très chers lecteurs,

J’ai cette semaine l’honneur de vous présenter un classique que j’affectionne particulièrement, un film fantastique, une romance qui sort véritablement du lot. Exit Ghost et autres joyeusetés, quand on visionne L’Aventure de Madame Muir, réalisé par un géant du cinéma, Mankiewicz (à qui l’on doit notamment l’inoubliable Cléopâtre avec Elizabeth Taylor, Rex Harrison et Richard Burton). Je l’ai vu alors que j’étais étudiante. Ma mère m’en avait parlé et je l’ai regardé par curiosité, car j’aime savoir ce qui s’est fait dans le passé – ainsi j’aime le fantastique et la science-fiction « à l’ancienne ».

  • De quoi est-il question?

Au début du XXe siècle, Lucy Muir (Gene Tierney), jeune veuve, en a assez d’avoir sa belle-mère et sa belle-soeur, une vieille fille acariâtre, sur le dos. Elle décide donc de quitter Londres avec sa fille Anna (Natalie Wood, alors enfant) et son employée de maison, Martha (Edna Best), pour mener une vie plus simple au bord de la mer. Elle loue alors le cottage Les Mouettes à Whitecliff, dont le prix modique ne parvient guère à attirer les locataires. Cela s’explique par… d’étranges rumeurs. En effet, on raconte dans le voisinage que les occupants de la maison n’ont jamais pu rester, celle-ci étant hantée par le fantôme de son ancien propriétaire, un capitaine de marine qui se serait suicidée.

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Lucy Muir découvrant un portrait de Daniel Gregg à la lumière d’une chandelle – Source: dvdclassik.com

Mais malgré des phénomènes étranges ayant leu dans sa demeure, la belle Lucy ne cède pas à la panique. Par une nuit de tempête, seule dans la cuisine, elle apostrophe courageusement ce qu’elle croit être un intrus… Elle reconnaît alors, d’après un portrait dans la maison, le fantôme de l’ancien propriétaire, le capitaine Daniel Gregg (Rex Harrison), qui se révèle être non-seulement mort par accident, mais aussi espiègle et inoffensive. Réalisant qu’elle n’a pas peur de lui, Daniel se montre bientôt accueillant et sympathique envers sa nouvelle locataire, la protégeant à l’occasion des incursions de sa belle-famille en effrayant les deux harpies Muir. Si bien que quand Lucy se trouve en butte à des problèmes d’argent, Daniel lui propose de lui dicter ses mémoires afin d’en faire un best-seller. Au fur et à mesure qu’ils se connaissent, la belle veuve et le fantôme éprouvent un attachement de plus en plus profond, mais la « condition » du marin mort pose problème. Ce n’est pourtant que le début des ennuis. Alors que Lucy va à Londres apporter son manuscrit chez un éditeur, elle tombe sous le charme du très doux Miles Fairley (George Sanders). Daniel Gregg, pourtant très préoccupé du bonheur de sa protégée, se montre jaloux et déteste le nouvel amour de Lucy. Il décide donc de ne plus jamais lui apparaître…

  • Et non, ça n’est pas de la guimauve!

Je vois déjà quelques mesquins ricaner et dire qu’il s’agit d’un film « de nana » (arrêtez, les gars, on sait que vous avez pleuré devant Le Pianiste et que vous ne pouvez pas vous empêcher de jeter un oeil quand votre copine ou votre frangine regarde une adaptation de Jane Austen!), d’une mièvrerie sans nom pour faire rêver les pucelles et les célibataires au grand amour, à un dégoulinement de sentiments à grand renfort de jeu théâtral comme dans certains films de cette époque… Ce n’est pas plus une bluette insipide qu’un déballage d’effets spectaculaires visant à nous faire apparaître le fantôme dans toute son horreur face à une greluche qui se met à hurler à plein poumon… Donc rangez vos préjugés nourris de mélos et de nanars d’horreur, car nous nous trouvons face à tout autre chose.

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Le paysage pittoresque à la porte de Mrs Muir – Source: dvdclassik.com

Et tout cela grâce à une mise en scène simple et toute en nuance. Le contexte en lui-même, celui d’une lumineuse petite ville côtière anglaise ne prête pas à la peur ou à l’horreur – du moins si vous n’avez pas regardé Broadchurch. Il fait beau, la vue sur la mer est imprenable, et Lucy Muir sait dès le début qu’elle se sentira bien à Whitecliff. Aussi décide-t-elle de ne pas prêter attention à ces rumeurs de maison hantée. Mais dans toute la première partie du film, les scènes d’intérieur sont oppressantes et sombres – couloir étroits, coins d’ombre où aime à apparaître le fantôme du capitaine Gregg. Sans doute pour tromper le spectateur, car jamais le film ne bascule dans l’horreur, et retrouve sa luminosité une fois la présence du spectre révélée.

On assiste donc à une alternance de scènes en extérieur, où l’on assiste à la vie presque idyllique de la belle Lucy Muir (désolée, je suis folle de Gene Tierney! d’ailleurs, mon frère avait également flashé sur elle!)  qui alterne entre repos dans sa chambre et baignades dans la mère, et de scènes intimistes où ce cher capitaine Gregg fait la dictée à sa protégée. Tout semble simple et parfait. On notera cependant qu’à partir du moment où Daniel Gregg décide de disparaître et de ne plus se montrer à Lucy, il émane de l’image une mélancolie, presque une tristesse. Les bords de mer deviennent venteux, les vagues deviennent de grands rouleaux agités. Comme si sans ce bon fantôme, plus rien ne pouvait aller…

Car s’il est bien une chose qui nous tient en haleine à partir du moment où Rex Harrison apparaît à l’écran, c’est sans aucun doute la relation qu’il entretient avec la belle Lucy, interprétée par Gene Tierney.

  • Un couple vedette magnifique
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Lucy Muir et Daniel Gregg, un couple à la beauté troublante – Source: dvdclassik.com

A la base, The Ghost and Mrs Muir, est un livre de R.A. Dick paru en 1945 qui est, paraît-il, devenu un classique. Pour ma part, je n’ai vu que le film, cette romance très prenante portée par un duo d’acteurs excellents, qui campent des personnages hauts en couleurs. A chacun des plans les impliquant, on ne peut les quitter des yeux, qu’il s’agisse du visage doux et de l’apparente fragilité de Gene Tierney, ou de la séduction dégagée par Rex Harrison dans ce rôle en particulier. Il est absolument fascinant, bien que je ne sois pas du tout une adepte du physique de bellâtre de bien des acteurs de ce temps.

Dès le début, on assiste à des échanges tendus mais savoureux entre une jeune femme qui se découvre du caractère et un marin à l’humour caustique qui n’y va jamais par quatre chemins pour dire ce qu’il pense. Ainsi, leurs premières conversations se font sous le signe de l’humour. C’est ainsi que l’on apprend, après que Lucy demande naïvement au capitaine pourquoi il s’est suicidé, qu’il s’agit en fait d’un bête accident: dans son sommeil, ses pieds ont tourné le robinet d’un radiateur, ce qui a engendré la fuite de gaz qui l’a tué… Ok, j’admets avoir un sens de l’humour douteux et bien malgré moi, les histoires de mort stupide me font toujours beaucoup rire (surtout celle de mon arrière-arrière-grand-père… bref.)

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Lucy et Miles Fairley lui comptant fleurette – Source: dvdclassik.com

D’abord méfiants, ils se lient d’amitié et ses histoires de marin qui a fait le tour du monde émerveillent Lucy qui, elle, si elle a rêvé d’aventure, a mené une vie très conventionnelle et ennuyeuse au côté de son défunt époux. Elle se découvre en compagnie de Daniel qui prend un malin plaisir à la faire sortir de ses gonds. La jeune femme rêveuse se prend à jurer comme un marin, à exploser de colère comme elle ne l’avait sans doute jamais fait avant, et se révèle être une femme de caractère. Daniel donne tout d’abord l’impression d’un « mâle alpha », d’un gros macho qui infantilise la si gentille Lucy – je ne sais pas comment il l’appelle dans la version originale, mais en français, il la gratifie d’irritants « mon p’tit » et « mon enfant ». Il lui trouve bientôt un surnom de « femme forte », Lucia, car selon lui, Lucy sonne comme un « nom de victime » – de toute évidence, il aime bien mieux les femmes de tête, et fait ressortir le meilleur en elle-même. Et – chose sexy au possible – il la déchiffre et lui assène des vérités sur elle-même qu’elle ne veut pas entendre. Et c’est bien ce qui la perturbe et l’attire!

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Lucy et Daniel confortablement installés dans le train alors qu’il la suit à Londres – Source: AllôCiné.fr

Quant à cet amour qui les unit, il est plus suggéré qu’autre chose. On ne part pas dans des envolées lyriques empruntes de grands sentiments, ou dans le mélo larmoyant. Et c’est peut-être ce qui fait la puissance de cette romance, qui la rend si touchante. Les deux héros sont des adultes, un homme et une femme qui ont déjà vécu, qui vivent sous le même toit et partageraient presque une intimité de couple – je n’oublierai jamais cette réplique du capitaine la voyant en corset et jupon: « Eh bien mon enfant, que personne ne s’avise de dire que vous n’êtes pas joliment carénée! » Nul besoin de grandes déclaration, car tout est déjà dit sans leurs expressions, dans ce que j’aime à appeler le « sourire de l’homme qui a tout compris » de Daniel, dans les fou-rires q’ils partagent, ou dans la décontraction de leurs posture quand ils se trouvent ensemble, dans l’intimité d’un compartiment de train.

Je pense également que L’Aventure de Madame Muir nous touche car le chagrin y est exprimé de manière assez sobre et silencieuse, de façon somme toute assez réaliste. Car c’est aussi l’histoire d’une déception, d’une relation qui ne peut s’épanouir dans le monde des vivants, car si Lucy est un être de chair et de sang, Daniel, s’il est capable de ressentir quelque chose pour elle, ne peut vraisemblablement pas lui offrir une vie de couple ordinaire. Ses réactions restent humaines, puisque la jalousie le ronge à partir du moment où Miles Fairley apparaît dans la vie de Lucy, et qu’il doit assister, impuissant, à leur idylle naissante. À tel point qu’il choisit de déserter la maison – non sans avoir fait une déclaration sobre et poignante à sa bien-aimée alors qu’elle dort, lui expliquant les raisons de son départ. La tragédie de Lucy sera de ne jamais avoir entendu ces mots. En même temps, à quoi bon déclarer sa flamme à quelqu’un dont on sait qu’on ne pourra jamais rien vivre avec? Quant à elle, elle en viendra à croire que cette affaire avec le fantôme n’était qu’un rêve et s’enfermera dans la solitude après une déception sentimentale. Ce film explore dont la complexité de l’amour, d’un sentiment si bizarre qu’il peut nous faire tomber amoureux de quelqu’un avec qui on ne peut être, qui peut nous faire perdre le sens commun et nous briser durablement. Il explore également les choix des protagonistes face à une telle situation, qui fatalement ne peut déboucher sur rien dans cette vie. Mais le tout, sans cri et sans larme.

  • Conclusion: l’amour au-delà de la mort
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Daniel faisant sa déclaration à Lucy pendant qu’elle dort – Source: dvdclassik.com

Mise en scène sobre qui ne force jamais le trait, acteurs impeccables capables d’attirer l’attention du spectateur pendant plus d’une heure et demie sur la relation des deux protagonistes, et surtout une émotion très forte qui parvient à sourdre derrière leur retenue et les mots d’esprit du capitaine, L’Aventure de Madame Muir est un chef d’oeuvre de la romance fantastique. Peut-être est-ce justement parce qu’il ne sombre pas dans le larmoyant qu’à moi, il parvient toujours à tirer une petite larme, car maintenant, avec l’âge adulte, il me touche beaucoup plus qu’avant.

Je le recommande avant tout au curieux et aux cinéphiles, pour la beauté de cette histoire et pour son final lumineux. Parce que vous ne pourrez pas ne pas sourire en entendant les expressions imagées du capitaine Daniel Gregg tout comme vous ne pourrez que ressentir une profonde empathie pour lui. Parce que vous ne pourrez résister au joli minois de Gene Tierney et au caractère emporté du marin campé par Rex Harrison, vraiment magnifique dans ce rôle, qui cache un homme éperdument amoureux. La littérature et le cinéma ont beau regorger d’exemples d’amour absolu, je n’ai jamais vu une histoire captant avec autant de justesse, d’humour et de poésie la complexité du sentiment amoureux. A voir, et même à revoir…

Et si le coeur vous en dit, je vous laisse regarder la bande-annonce

Blanche Mt.-Cl.

Peinture (Alerte à la Croûte!) – Chevaliers aux Coeurs Saignants – Juillet 2014

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Chevaliers aux Coeurs Saignants

J’avais envie de peindre, tout bêtement. Quelque chose de plus sombre, d’inspiration médiévale, comme mes précédentes toiles. Cependant, les expérimentations n’ont pas toujours des résultats très heureux… comme le montre ce tableau absolument catastrophique.

Si les détails pris un par un ne sont pas laids – je pense notamment aux nénuphars flottant sur l’eau en bas du tableau, l’ensemble est un peu fouillis et on a du mal à distinguer les couleurs les unes des autres, et les silhouettes fantomatiques des chevaliers, embourbées dans cette affreuse brume d’un bleu brillant, ne ressortent pas du tout…

Donc, la prochaine fois que je voudrai peindre quelque chose de sombre, je m’y prendrai autrement. J’ai honte de vous montrer cette horreur, mais après tout, l’art, c’est aussi des expériences… Enfin… Comme disait Oscar Wilde: « L’expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs. » 😉

Blanche Mt.-Cl.