Cruauté enfantine – Max (Sarah Cohen-Scali)

« Alors… Alors… Ils font ça aussi!… Ils tuent les enfants juifs et ils les remplacent par des… des… (Il renonce à trouver le mot qu’il cherche)… comme toi. »
J’approuve d’un hochement de tête sans équivoque. Il a tout compris.

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

J’espère que vous allez bien et que vous passez un bel hiver. De mon côté, toujours au chômage et pleine de projets, mais cependant avec une grosse baisse de moral et de tonus qui traîne un peu et qui m’inquiète beaucoup – la non-réponse des recruteurs aidant. 😢 Bref. Ça ne m’empêche pas de lire, et l’ouvrage présenté ici a été avalé en un temps record, tant je voulais connaître le fin mot de cette histoire aussi prenante que glaçante.

Je vais donc vous parler d’un roman non-SFF: Max, un roman – désigné parfois comme une fable – historique qui nous entraîne dans les méandres du IIIe Reich et de sa politique eugénique… le tout émaillé de citations qui me paraissent d’une réelle importance pour comprendre la puissance et la portée d’un tel récit. Continuer la lecture de Cruauté enfantine – Max (Sarah Cohen-Scali)

Publicités

Surmonter le déterminisme génétique – « Bienvenue à Gattaca » (1997)

Titre: Bienvenue à Gattaca (Gattaca)
Année de production: 1997
Réalisation: Andrew Niccol
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h46
Distribution: Ethan Hawke, Jude Law, Uma Thurman, Loren Dean, Ernest Borgnine…

18458816.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx
Affiche du film (Source: Allôciné)

Bien le bonjour à tous! C’est avec du retard que je vous présente le film qui aurait dû être celui de mercredi – en fait, je pensais à un autre film, mais le fait est que j’ai vu Bienvenue à Gattaca dans la nuit de mercredi à jeudi – ENFIN! – et j’ai décidé de remplacer le film prévu par celui-ci. J’en avais entendu parler depuis longtemps et le sujet en lui-même m’intriguait. Un film qui ne m’a absolument pas déçue, de par son propos, son atmosphère, son interprétation et l’émotion qui s’en dégage. Car s’il est une chose qui me fait particulièrement froid dans le dos, surtout à l’heure où l’on parle de plus en plus de se faire faire des enfants « sur mesure », c’est bien l’eugénisme, traité dans de nombreux romans ou films de science-fiction.

Car il est question de cela dans Bienvenue à Gattaca. Le titre du film en lui même est une séquence d’ADN dont les quatre bases azotées sont l’adénine, cytosine, thymine et guanine – abrégés en A, C, T et G. Dans une société « parfaite » aux capacités technologiques supérieures aux nôtres, le destin de chacun est déterminé par son patrimoine génétique, et les parents font appel à la science pour engendrer l’enfant « parfait ». Dans ce système, ces « enfants du hasard », considérés comme porteurs de tares et donc « non-validé », n’ont d’autre choix que d’occuper des fonctions subalternes et de servir les « validés ». Les routes de deux hommes vont se croiser. Deux hommes que tout oppose. Vincent Anton Freeman (Ethan Hawke), enfant du hasard myope pouvant développer un problème cardiaque, et Jérôme Eugène Morrow (Jude Law), un spécimen considéré comme génétiquement parfait. Vincent a toujours cherché à repousser ses limites face à son frère Anton (Loren Dean), enfant créé par la science qui fait la fierté de leurs parents, mais vit en récurant des toilettes et en nettoyant des sols chez Gattaca Aerospace Corporation. Jérôme, athlète de haut niveau et champion de natation, est un candidat idéal au vol spatial mais est paralysé suite à un grave accident et boit comme un trou. Condition qu’il cache au monde. Quant à Vincent, il nourrit le rêve d’intégrer un programme spatial malgré son « handicap » génétique, et étudie en secret, tout en améliorant sa condition physique, afin de réaliser ce même rêve. Par l’intermédiaire d’un trafiquant, il contacte Jérôme qui lui fournit tous les échantillons génétiques dont il a besoin – urine, cheveux, peau, sang… Grâce à lui, il est affecté au pilotage du vaisseau de la prochaine mission en direction de Titan. Or, alors que le lancement se rapproche, le directeur du programme spatial meurt assassiné, et un cil de Vincent – le vrai Vincent! – est retrouvé sur les lieux du crime, jetant la police sur la piste d’un « non-validé ». Mais Vincent qui vit en tant que Jérôme sur le site de Gattaca, se rapproche de sa collègue Irène Cassidi (Uma Thurman), secrètement attirée par lui, mais intimidée face à sa perfection car elle souffre elle-même d’une petite imperfection génétique…

Jude Law Uma Thurman
Jérôme Morrow (Jude Law) et Irène Cassidi (Uma Thurman) – Source: Allôciné

Bienvenue à Gattaca est une véritable ode à la volonté et à l’effort, et une dénonciation de la discrimination, quelle qu’elle soit. Être rejeté pour son patrimoine génétique, c’est l’être pour quelque chose qu’on ne peut pas changer… Alors qu’un destin, cela peut se prendre en main, se façonner. De toute évidence, Vincent (Ethan Hawke) a les capacités. Il ne lui manque plus que les gènes. C’est Jérôme (Jude Law) qui va les lui apporter… Être « imparfait » ferme des portes et mène à la frustration, tandis que la « perfection » et l’idée de l’atteindre est elle aussi source de souffrance, comme on le voit avec le personnage d’Irène (Uma Thurman) ou celui de Jérôme à qui sa perfection ne sert plus à grand-chose maintenant qu’il se retrouve paralysé. On assiste également à une rivalité de longue durée entre Vincent et son frère génétiquement parfait que finalement, il surclasse à force de travail. En ce sens, chaque protagoniste nous touche.

J’ai beaucoup aimé la façon dont la mise en scène à la fois classique (vous noterez l’utilisation des codes du film noir, si vous êtes amateurs du genre, ou bien les costumes des personnages – le chapeau et l’imper du flic, par exemple, font très Humphrey Bogart), soignée, glacée, voire aseptisée, explore une telle problématique. Les lieux de tournage en Californie, des extérieurs modernes à l’architecture minimaliste et épurée, un peu style blockhaus, renforcent cette atmosphère oppressante. Cela se transcrit aussi dans la représentation des personnages. D’un côté les « non-validé » comme Vincent qui porte des lunettes et a des épis sur la tête quand un « validé » comme Jérôme porte une chemise sans faux-pli et n’a pas un seul cheveu qui dépasse. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé la métamorphose de Vincent qui a vraiment fière allure dans son costume à la fin du film. Gattaca est propre, symétrique, harmonieux, bien équipé. Vincent, homme de ménage, dort dans une petite chambre sombre et fait ses exercices suspendu au plafond, avec les moyens du bord… en aspirant à autre chose. Et le casting est excellent, l’interprétation d’une justesse qui m’a parfois tiré des larmes tant les acteurs sont criants de vérité. Mention spéciale à Jude Law. En effet, c’est l’un des rares films où je le trouve réellement beau. Je m’explique, c’est au-delà de l’esthétique. Je sais que beaucoup de femmes en sont folles, mais ce n’est pas mon cas, il y a quelque chose qui dans son visage, me dérange. Mais son interprétation de Jérôme Morrow, l’étoile éteinte du sport qui ne pourra jamais aller dans l’espace, fait ressortir quelque chose, et le transfigure.

18458818.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx
Vincent Freeman (Ethan Hawke) dans les corridors de Gattaca (Source: Allôciné)

Autre point intéressant: le parallèle entre  le « manichéisme » affiché des flics  à la relation improbable de Vincent et Jérôme que tout oppose initialement. J’avoue avoir un faible pour les « bromances« , et je ne pense pas trop m’avancer en qualifiant ainsi leur relation. Ils partagent une intimité et en viennent à prendre soin l’un de l’autre, à se confier. Leur histoire me touche plus que la romance entre Vincent et Irène qui pourtant, ne manque pas de profondeur, au vu des secrets de l’astronaute en herbe. Au risque de spoiler, je dois vous avouer mon faible pour la dernière entrevue de Jérôme et Vincent. Quand ce dernier remercie son « prêteur d’ADN » pour tout ce qu’il a fait pour lui. Avec un sourire sans joie et un regard intense à la Jude Law, Jérôme se contente de lui répondre: « J’ai eu la meilleure part. Je t’ai prêté mon corps. Tu m’as prêté ton rêve. »

Rien que pour cette scène, d’une sincérité profonde, pour cette esthétique glacée, pour son ambiance, pour son final grandiose et pour les questions qu’il pose, Bienvenue à Gattaca mérite le coup d’oeil, même pour ceux que la science-fiction ne branche pas, qui apprécieront sans doute la partie polar et le questionnement éthique.

Blanche Mt.-Cl.