Petite trouvaille dans mes archives personnelles – Nouvelle « L’Enigme du Bracelet »

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Me voici de retour avec une trouvaille amusante, issue de ce que j’aime à appeler mes « archives privées ». Il s’agit de mes anciennes « oeuvres » écrites lors de mes années de collège, au cours desquelles j’ai participé à la rédaction de recueils collectifs avec d’autres élèves (je ne les ai pas présentées car sur la couverture figurent le nom de mes camarades de l’époque, que je ne vois plus et dont je ne sais pas s’ils seraient d’accord pour voir leur nom sur mon blog). Tous ces petits livres étaient mis en page, imprimés et reliés par l’atelier d’arts plastiques de l’école.

J’ai retrouvé dans mon bazar (c’est un bazar car depuis mon déménagement, j’ai une chambre sous les combles et je ne peux pas mettre d’étagères, donc mes livres s’entassent dans une bonnetière), la première épreuve, sans illustration d’une petite nouvelle d’une cinquantaine de pages, rédigée quand j’avais treize ans. Avec le recul, je trouve que c’est une daube, mais à l’époque, j’étais si enthousiaste que je me suis dépêché, après ma rentrée en troisième, de l’amener à mon prof de français préféré pour savoir ce qu’il en pensait et si je pouvais en faire un petit livre avec le prof d’arts plastiques. Après plusieurs relectures et élaboration des illustrations par mes soins, il en est bel et bien sorti un charmant petit bouquin vers la fin de la troisième. J’avais donc envie de partager cette petite trouvaille avec vous.

Comme vous pouvez le voir, il y a de petites anomalies sur les photos. J’ai volontairement « gommé » mon nom – mon vrai nom – sur la couverture et le frontispice.

À cette époque, je n’avais que très peu lu de fantastique et de science-fiction, et encore moins de fantasy, et je ne jurais que par l’historique. Ainsi je m’essayais souvent, dans mes heures de loisir, à la rédaction d’historiettes se passant dans l’Antiquité, souvent à Rome ou en Egypte. Celle-ci, L’Enigme du Bracelet, relate l’histoire de Néférou, un jeune Egyptien d’origine grecque, dont la famille était au service de la reine Cléopâtre avant l’annexion de l’Egypte par l’empire romain. Un an après la mort de la reine, alors qu’il se recueille dans les sous-sols d’Alexandrie sur son mausolée, le jeune homme est assommé et le tombeau pillé. On retrouve alors sur les lieux un bracelet appartenant à Sekhi, issue d’une famille d’aristocrates égyptiens, et fiancée à Néférou… D’abord dans le doute et sous le choc, Néférou décide de faire innocenter la jeune fille.

Bref, entre « policier » (c’est vite dit) et romance antique, je m’étais bien amusée. Je trouve aujourd’hui l’histoire très simpliste (voire « simplette »), avec des ressorts dramatiques un peu faciles et des personnages peu creusés, mais avec l’avantage de l’exotisme. Et puis il fallait bien commencer quelque part! De toutes les façons, moins d’un an plus tard, je m’intéressais aux personnages torturés et je redécouvrais un genre que j’avais trop négligé: la science-fiction.

Voilà, j’espère que cette petite parenthèse vous aura au moins distraits! A bientôt pour de nouvelles chroniques et créations!

Blanche Mt.-Cl.

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La sublimation du laid et du grotesque – « Histoires Extraordinaires » et « Nouvelles Histoires Extraordinaire » d’Edgar Poe

Très chers lecteurs de ce blog,

Eventuels nouveaux arrivants,

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Couverture – Source: Amazon

Tout d’abord, je tiens à vous présenter mes excuses pour « l’inactivité récente » de ce blog. Je traverse en effet une période un peu chargée et j’ai eu à mettre le blog un peu entre parenthèses. J’espère donc me faire pardonner avec cette nouvelle critique littéraire…

Me voici donc de retour avec deux recueils absolument, comme leur nom l’indique, EXTRAORDINAIRES. A défaut de pouvoir vous gratifier de mes propres créations par manque de temps, j’essaie de varier les plaisirs en termes de littérature, et de vous faire partager la créativité d’auteurs et de conteurs de talents. Permettez-moi de rendre hommage à deux ouvrages abondamment présentés et souvent acclamés, les Histoires Extraordinaires et les Nouvelles Histoires Extraordinaires d’Edgar Allan Poe (1809-1849). Outre le fait qu’il s’agisse de grands classiques, ils mettent en lumière l’imagination débordante et l’esprit torturé d’un auteur que l’on pourrait qualifier de « père de l’horreur ». Et encore, je trouve qu’horreur ne rend pas très bien compte de la chose. Je parlerais plutôt de belle horreur… Mais entrons dans le vif du sujet.

  • Des contes sombres et étranges

Initialement publiés dans des magazines littéraires aux Etats-Unis, les contes d’Edgar Poe sont parus en France après la mort de Poe lui-même. Ainsi, respectivement en 1856 et 1857, l’éditeur Michel Lévy frère publie les Histoires Extraordinaires et les Nouvelles Histoires Extraordinaires, deux anthologies constituées et traduites par un poète fameux… Charles Baudelaire (1821-1867), non moins torturé que Poe lui-même. Et ces deux livres extraordinaires sont restés tels quels aujourd’hui, et ce sont toujours ces traductions de Baudelaire qu’étudient les collégiens et lycéens de France. Pour ma part, je n’ai jamais eu la chance d’étudier Poe à l’école (je me serais moins faite c***r en cours, fort probablement…), seulement de le traduire en cours d’anglais à l’université.

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Couverture – Source: Amazon

En revanche, ces recueils regorgent d’histoires diverses et variés, de la nouvelle policière (surtout dans les Histoires Extraordinaires) qui mettent en scène un détective récurrent, le chevalier Auguste Dupin – Double Assassinat dans la Rue Morgue, La Lettre volée… – des histoires fantastiques – La vérité sur le cas de Monsieur Valdemar, Metzengerstein, Ligeia… – ou d’ambiance – Le Masque de la Mort Rouge, Le Roi Peste… Attendez-vous donc à du mystère à résoudre, à des fins ouvertes où l’on se demande si tout ce qu’on vient de lire n’est pas une vaste arnaque, si cela a été fantasmé, ou encore à des histoires de fantôme absolument envoûtantes.

  • Ecrire comme on peint…

J’ai pour la première fois entendu parler de Poe (et de Vincent Price) dans le court-métrage de Tim Burton Vincent, qui comptait l’histoire d’un petit garçon épris d’histoires d’horreur. Et j’avoue que, au vu de certaines adaptations des Histoires Extraordinaires, que je m’attendais à crever de trouille et à ne pas pouvoir fermer l’oeil de la nuit. Nada! J’ai découvert un univers foisonnant, dont l’esprit était toujours trahi par les adaptations (excepté Le Tombeau de Lady Ligeia, qui, s’il étoffe beaucoup l’histoire originale, n’en est pas moins un film de fantôme très divertissant mettant en scène… Vincent Price, justement!). Et surtout, j’ai aimé cette façon d’écrire, j’ai adoré m’imprégner de ces descriptions imagées et détaillées, qui m’évoquaient autant des tableaux que des histoires. Car voilà ce qui m’a charmée, voire carrément envoûtée dans la plume d’Edgar Poe: il écrivait ses histoires comme s’il peignait des tableaux. C’est extrêmement troublant et captivant, de voir à quel point de simples histoires courtes sans grand suspense peuvent prendre une telle dimension et marquer les esprits – cette scène de banquet du Roi Peste avec ses participants difformes dans une lumière glauque, ou la course de ce cheval aux yeux flamboyants dans Metzengerstein, l’une de mes nouvelles préférés, ou encore l’étrange transformation de Lady Rowena à la fin de Ligeia. De plus, la version française a bénéficié d’une traduction AU POIL, par l’un de mes poètes préférés, Charles Baudelaire.

Il est inutile que je disserte des heures sur la beauté de ces textes ou sur les thèmes abordés – enquêtes, fantômes, grotesque… – mais je ne pouvais passer à côté de ces oeuvres remarquables sorties de l’esprit torturé d’un véritable poète, d’un visionnaire. Et c’est peut-être ce qui m’a séduite aussi bien chez Baudelaire que chez Poe, cette peinture sublimée du « moche », du laid et du grotesque, cette plongée dans la noirceur, qui transforme en véritable beauté les sujets exposés. J’espère de tout coeur que vous vous essaierez à Poe, ou que vous le redécouvrirez un jour avec un oeil nouveau, juste pour le plaisir de l’ambiance… Mes nouvelles préférées en sont, pour les Histoires Extraordinaires: Metzengerstein, La Vérité sur le cas de Monsieur Valdemar et Ligeia et pour les Nouvelles Histoires Extraordinaires: Le Masque de la Mort Rouge, Le Roi Peste et Le Coeur Révélateur.

En attendant, vous pouvez toujours jeter un coup d’oeil à ces deux recueils, que vous trouverez dans différentes éditions.

Titre: Histoires Extraordinaires
Auteur: Edgar Allan Poe
Editions: Livre de Poche
Collection: Classiques
285 p.
Parution: Mars 1972 (pour l’édition de poche, régulièrement réédité)
Prix: 3,00 €

Titre: Nouvelles Histoires Extraordinaires
Auteur: Edgar Allan Poe
Editions: Livre de Poche
Collection: Classique
264 p.
Parution: Mars 1972 (pour l’édition de poche, régulièrement réédité)
Prix: 9,00 €

Blanche Mt.-Cl.

Une petite lecture avant de dormir – « Le Sang des Wolf » – Chapitre I (Extrait)

Très chers lecteurs de ce blog,

Je vous offre cette nuit cet extrait de mes écrits, à savoir mon roman d’inspiration fantastique et thriller (j’aime bien les mélanges de genres) Le Sang des Wolf, qui commence sur une note de légèreté avec l’apparition de notre jeune héroïne… Zoé. Il s’agit de la suite du prélude déjà publiée sur ce blog… Je suis toujours à la recherche de nouveaux lecteurs, sachant que le roman est déjà complet sur le site dédié, afin que ceux-ci puissent le faire vivre en me faisant part de leurs impressions… Car un lecteur enthousiaste, c’est une chance en plus de plaire à un éditeur potentiel! 🙂

Voici une mise en bouche pour les petits curieux que vous êtes…

CHAPITRE I

Les stores de la chambre filtraient la lumière automnale, dessinant des raies mordorées sur le bras de la jeune fille qui s’étirait. Une main diaphane, aux doigts fuselés et aux ongles vernis de noir se posa gracieusement sur le radioréveil aluminium, pour le tourner vers une épaisse crinière sombre cachant le visage à moitié enfoncé dans l’oreiller. Entre deux mèches de cheveux, un œil charbonneux et aussi lumineux qu’un trou noir s’ouvrit pour regarder l’heure.

« Putain ! jura la jeune fille avant de se redresser sur ses coudes. Jan… Jan ! »

Elle se retourna sur le lit, rejetant la couette sur le côté et secouant sans grâce aucune son compagnon qui dormait à côté d’elle. Encore en jean et chemise, le jeune homme grommela en repoussant doucement les serres de sa petite poupée toute de sombre vêtue, enfoncées dans son épaule.

« Qu’est-ce qu’il y a, Zoé ?

− Jan, il est neuf heures et demie ! On est en retard ! J’ai mon service qui commence dans une demi-heure, alors que le tien a déjà commencé depuis un bail ! On s’est loupés ! »

SWCH1003Le portable de Jan vibra soudain sur la table de nuit. Bondissant, il s’en empara et décrocha prestement, tout en passant la main dans ses épis châtain.

« Allô Markus ? Oui, oui… Oui… Je sais… Je suis en retard… Tu as raison, oui… »

En contournant le lit, Zoé trébucha sur le boîtier de DVD abandonné parterre la veille au soir et s’étala sur le tapis. Jan se mordit la lèvre inférieure pour ne pas rire au téléphone.

« Je suis sur le trajet ! J’arrive ! » enjoliva-t-il avec un sourire.

Zoé se releva aussi silencieusement qu’elle était tombée, et d’un coup de pied, écarta l’objet importun de son chemin. La jeune fille courut vers le cabinet de toilette, à l’autre bout de la chambre. Allumant l’applique – pourtant flatteuse – elle eut le déplaisir de constater que son reflet était bien pire que ce à quoi elle s’attendait. Ses boucles noires coiffées à la dynamite, son teint extrêmement pâle, et ses yeux cernés de noir qu’elle avait oubliés de démaquiller, lui donnaient l’air de sortir d’un épisode des Contes de la Crypte.

« Mon Dieu ! Je peux pas y aller comme ça !

− Peut-être mais là, on a pas le temps ! la pressa Jan en faisant irruption derrière elle. Markus va encore m’en chier une ! Il est d’une humeur de chien ! »

Zoé se jeta à l’assaut de sa trousse de toilette ornée de têtes de mort, à la recherche de sa pince à cheveux et de sa brosse à dents. Elle remonta ses mèches désordonnées en haut de son crâne et attaqua furieusement son lavage de dents, alors que Jan se rinçait déjà la bouche. Elle détestait cela. Elle détestait se lever en retard et faire le travail à moitié avant de partir – à savoir son délassement sous la douche et son ravalement de façade matinal. Heureusement, Jan ne se souciait pas trop de ce genre de détail : il l’eût trouvée charmante avec un rat crevé sur la tête. Il disparut dans sa chambre – Zoé reconnut le bruit de la penderie qu’il ouvrait tandis que, recrachant son dentifrice, elle jetait un coup d’œil anxieux dans le miroir. Quelle horreur. Elle n’avait pas le temps de se démaquiller, elle se contenta d’effacer les surplus de mascara sous ses yeux avec un kleenex humide. Tant pis. Elle avait déjà travaillé avec une mine plus horrible, et les visiteurs du musée ne faisaient jamais guère attention aux guichetières ou au personnel de salle… Elle sortit enfin du cabinet de toilette et fourra ses affaires dans son sac jeté dans un coin de la pièce. Elle se précipita sur ses bijoux posés sur la commode, en dessous le velux. Elle dut démêler un tas cliquetant de quincaillerie, sous le regard amusé de Jan qui boutonnait sa chemise. Ce salopard avait une apparence des plus avantageuses – grand et svelte sans être un gringalet, le teint clair, des cheveux châtain légèrement ondulés auréolant un visage plutôt fin au nez court et droit, de grands yeux verts et surtout, l’esquisse d’un sourire rêveur qui ne le quittait que rarement. Quand bien même Zoé n’était elle-même pas des plus souriantes et tendait à se méfier des gens trop béats, elle avait découvert quelqu’un d’avenant et heureux de vivre avec qui elle se sentait toujours à l’aise. Leurs deux caractères bien trempés s’accordaient parfaitement. Ils étaient rapidement devenus inséparables.

« Dépêche-toi mignonne, tu peux encore éviter de dépasser le ‘quart d’heure diplomatique’ ! » la taquina-t-il en enfilant sa veste de costume.

C’était une expression qu’elle et ses amis français employaient pour désigner les retards d’un quart d’heure typiques de leurs profs de fac. Elle ne put retenir un sourire, occupée à remettre son collant sous la jupe qu’elle avait gardée pendant la nuit. Le Viennois au joli minois avait bien retenu sa leçon. Zoé enfila son chemisier par-dessus son débardeur, et sauta dans ses ballerines, fin prête à partir.

« On peut y aller je crois… déclara-t-elle en se saisissant de son sac, toute fière de voir Jan agenouillé batailler avec les lacets de ses chaussures.

− Descends avant, je te rejoins en bas dès que j’ai fini. »

Elle bondit jusqu’à la porte, tapotant au passage l’épaule du jeune homme, et ouvrit. A peine sortie dans le couloir, elle eut tout juste le temps d’apercevoir à hauteur de son visage un torse masculin auquel elle se heurta de plein fouet. Le choc la fit vaciller mais une poigne solide la rattrapa par le poignet avant qu’elle ne s’écroulât. Elle ne put réprimer un mouvement de recul lorsqu’elle leva la tête et reconnut le propriétaire de la formidable musculature qu’elle avait le loisir d’observer en détail. Lukas, l’insupportable cousin de Jan. Aussi gênée par ce contact physique un peu trop rapproché qu’irritée par la présence de cet incorrigible abruti, elle tenta néanmoins d’être aimable.

« Euh salut Lukas… »

La belle gueule aux cheveux blonds et soyeux haussa les sourcils et lâcha Zoé. Le bougre devait regretter de ne pas l’avoir laissée tomber de tout son long sur le parquet du couloir. Il se tenait là, toujours en pantalon de pyjama et ses muscles d’athlète fièrement exhibés dans la lumière matinale, le script de sa dernière pièce sous le bras et une moue arrogante aux lèvres.

« Salut Zoé… Bien dormi à ce que je vois…

− Très drôle… Et pardon ça t’arracherait la… »

Faisant irruption derrière elle, Jan attrapa Zoé par le bras et l’entraîna vers les escaliers, l’empêchant de formuler sa diatribe en entier. Lukas les gratifia d’un léger sourire en coin avant de leur tourner le dos pour continuer tranquillement son chemin.

« C’est pas bien de regarder La Quatrième Dimension en semaine, les geeks… » sermonna sa voix grave derrière leur dos.

Zoé voulut se retourner et répliquer à l’ironie, mais Jan ne lui en laissa pas l’opportunité.

« A ce soir Lukas !… – Puis il souffla à l’oreille de sa compagne : On est déjà en retard, tu ne vas pas perdre plus de temps à chipoter avec lui…

− Comment diable fais-tu pour le supporter ? demanda-t-elle un fois qu’ils eurent atteint le rez-de-chaussée.

− Zoé, je suis complètement blasé par tes remarques à son encontre…

− Il se moque de moi, et même de toi, dès qu’il le peut ! Il nous a traité de geeks…

− Zoé, autant nous rendre à l’évidence… Nous en sommes !

− Oui, mais dans sa bouche, ça sonne comme une insulte ! »

Zoé regarda une dernière fois le hall imposant au carrelage en damier noir et blanc, et les escaliers de pierre menant aux étages supérieurs. Jan vivait dans cette magnifique demeure, propriété de son oncle Markus, partageant le dernier étage avec le fils de celui-ci – ce connard arrogant imbu de sa petite personne de plus d’un mètre quatre-vingts et pleine de muscles à faire fondre toutes les pétasses décolorées de Vienne… Jan s’éclaircit la gorge, tirant la jeune fille de ses pensées. Elle se tourna vers lui. Il lui tendait son manteau qu’elle jeta sur ses épaules, sourcils froncés.

« Eh bien, tu es encore sous le charme de ses tablettes de chocolat ? demanda Jan, espiègle.

− Fais pas le con, Jan… soupira-t-elle avant d’ajouter : Je me demandais juste… N’y vois aucun intérêt de ma part… Je ne me souvenais pas, sur ses photos de mode, qu’il ait eu ces cicatrices…

− Le miracle de Photoshop, ma grande !

− Je me disais aussi qu’il devait bien y avoir un vice caché quelque part !

− Tu es vraiment mauvaise ! rit Jan. Aller, viens ! »

Galant, le jeune homme lui ouvrit la porte d’entrée. Zoé lui sourit. Ils descendirent les marches du perron. Un vent frais les cueillit dans la rue. Frissonnante, Zoé serra les pans de son manteau autour d’elle. Jan la prit par l’épaule et déposa un baiser sur sa joue.

« Cours, vole jusqu’à ton poste, ma belle ! On se voit demain soir, mais je t’enverrai un message pour te raconter l’engueulade avec tonton Markus !

− J’espère bien ! »

Ils partirent chacun de leur côté. En courant, comme de juste. Zoé prit tout de même le temps de consulter sa montre et accéléra un peu plus le pas. C’était peut-être bien foutu pour le quart d’heure diplomatique, mais autant limiter les dégâts.

*

Couchée sur le ventre au pied d’un arbre, les bras écartés et les mains délicatement posées sur le sol, sa joue gauche reposait mollement sur un tapis de feuilles mortes. La lumière automnale et les arbres parés de leurs feuilles couleur rouille de Märzpark auraient presque donné une dimension idyllique à la scène, si une fine couche de sang gélifiée et légèrement brillante ne recouvrait pas le corps maigre et complètement nu de la jeune femme, collant ses cheveux sombres les uns aux autres en une masse compacte. La photographie suivante se concentrait sur ses avant-bras, marqués par de profondes blessures. Les reins, les fesses, les cuisses, et même les mollets, portaient les mêmes stigmates : couronnes sanglantes de morsures et lacérations parfaitement parallèles de griffures. A première vue, elle semblait avoir été attaquée par un animal.

SWCH1001Encore une fois, l’inspecteur Georg Terwull parcourait son dossier, à la recherche d’un indice à côté duquel il aurait pu passer. Il étala sur son bureau les photos des autres victimes, toutes dans le même état, masse rouge et molle tenant plus du rebus de boucherie que du modèle de tableau classique. Disposée de la même façon que la petite nymphe de Märzpark, la première victime, retrouvée près du tourniquet de Lorenz Bayer Park était beaucoup plus… charnue. Ses seins certainement très développés débordaient sur les côtés de son corps croulant déjà sous les bourrelets. Une proie sans doute plus appétissante pour la sale bestiole qui l’avait assaillie. Cette Kaja était une prostituée de Thaliastrasse, venue d’Ukraine, formellement identifiée par une collègue. Le second macchabé, un homme barbu, chevelu et maigrichon, semblait s’être un peu plus défendu malgré sa frêle constitution, car les dents et les griffes avaient également attaqué ses épaules. Un jeune drogué du nom de Toni, dont les parents avaient signalé la disparition un mois auparavant, et qui avait traîné du côté de Westbanhof avant d’atterrir dans les fourrées de Reithoffer Park. Quant à la troisième victime, une jeune femme blonde non-encore identifiée, un automobiliste l’avait repérée, couchée comme les deux précédentes, abandonnée dans Linzer Strasse, non-loin de la voie ferrée. Ça ne se bousculerait pas aux portillons pour les identifications, ni pour les résultats du service médico-légal. La patronne de Georg, la commissaire Ulrike Huber, bénéficiant de bonnes relations au sein de la Landespolizeidirektion, voire à l’Intérieur selon certaines rumeurs, avait pu éviter que l’affaire ne devînt par trop médiatique. Et autant être honnête : personne n’en avait rien à foutre des putes et des junkies.

Trois semaines plus tôt, Terwull s’était demandé pourquoi on l’avait envoyé à Lorenz Bayer Park pour une attaque de chien errant… ou bien de loup, puisque quelques rares spécimens avaient été signalés dans le Wienerwald et même dans certains quartiers glauques de Vienne. Bien sûr, les bestioles en question n’avaient jamais été retrouvées, mais étant donné que le loup faisait son retour sur le territoire autrichien, pourquoi pas. Cependant, Georg s’était ravisé en voyant Kaja : aucun chien ou loup, aussi intelligent fût-il, n’avait pu déshabiller une victime en entier et rester sur les lieux de son forfait pour la mettre en position, avant de partir sans laisser de trace. L’humain, le prédateur le plus dangereux entre tous, était impliqué là-dedans. De même, pour avoir discuté avec son pote Paul Klenz, médecin légiste, au sujet des deux premiers corps, les blessures causées par des mâchoires puissantes et des griffes acérées, ne pouvaient avoir causé des saignements aussi important et laissé cette pellicule répugnante de sang gélatineux sur les corps. Klenz était perplexe à ce sujet : il avait expliqué à Georg que non-seulement les victimes avaient été mordues et griffées par de très gros chiens ou des loups – ce qui paraissait le plus probable à l’expert qu’il était, quand bien même cette hypothèse semblât extraordinaire, mais aussi que les corps avaient été soigneusement nettoyés au chlore avant qu’ils ne… Quel mot Klenz avait-il employé ?… Ah oui. Avant qu’ils ne « dégorgent » de leur sang. Il n’avait pu expliquer ces hémorragies, le bilan toxicologique n’avait rien donné – excepté pour Toni qui était accro à l’héroïne. Bref, ces meurtres restaient une énigme.

Georg recula sur son siège de bureau et manqua heurter le mur derrière lui.

« Sperling ! aboya-t-il en direction de la jeune femme assise au bureau en face du sien. Vous pouvez me porter un café, s’il vous plait ? »

Elle cessa de remplir sa paperasse et lui sourit.

« Bien sûr, inspecteur ! »

Elle recula son siège et se leva. Avant de sortir, elle s’adressa à toute la cantonade.

« Ferenczi ? Gruber ? Weber ? Horvat ? Un café ou un thé, ça vous tente ? »

Ils levèrent tous les yeux vers elle et répondirent par monosyllabes, avant qu’elle ne sortît pour aller chercher leur commande, pimpante. En tant que nouvelle recrue, la moindre tâche ingrate l’enthousiasmait et elle délestait de bonne grâce ses collègues et supérieurs des formalités emmerdantes. Par conséquent, tous les velus enfermés dans ce bureau surchauffé l’aimaient – Terwull compris, malgré sa rudesse – et se montraient galants envers elle dès que l’occasion s’en présentait. L’inspecteur souffla bruyamment en rangeant une à une les photos dans leur chemise. Le seul avantage de cette histoire : l’assassin, ou les assassins ne semblaient pas s’en prendre aux gens « normaux », et Terwull n’avait aucun souci à se faire pour sa fille Tristana qui, depuis quelques temps, sortait beaucoup et rentrait tard… Après tout elle devait s’ennuyer, seule avec un vieux père jamais là…

Un nouveau coup d’œil sur le rapport de Klenz – peut-être verrait-il quelque chose. Peut-être Paul était-il passé à côté d’un détail infime… Tandis qu’il parcourait les lignes écrites par son très estimé collaborateur, Georg alluma son ordinateur qui commença à ronronner. Il saisit un petit tas de paperasses pour s’en servir d’éventail – on étouffait là-dedans. Comme si le soleil tapant à travers les fenêtres ne suffisait pas, il fallait en plus que le chauffage soit activé. De l’autre côté de la pièce, assis à la meilleure place près de la fenêtre, Horvat lui lança :

« Tu devrais te pencher sur une autre affaire, Georg !… Ca te changerait les idées, ça sert à rien de s’abrutir de la sorte… Oublie pas l’agression sur l’étudiante, on a une bande de merdeux à coincer. Et ceux-ci sont pas des fantômes…

− Je sais, je sais… Putain, ça me gonfle ! laissa échapper Terwull en s’étirant. Le cul sur une chaise et rien de concret à me mettre sous la dent ! Je me perds en élucubrations pendant qu’un tordu se balade dans la nature avec des animaux dangereux !

− T’as beau être mon supérieur hiérarchique, renchérit Weber avec sa gouaille habituelle, désolé de te dire que ça nous gonfle tous. On est tous désolé pour la pute et pour le gamin, et pour les deux autres filles, mais comme l’a dit Ulrike, on a d’autres priorités tant que l’affaire n’affole personne. C’est triste mais c’est comme ça… »

Georg parcourut les fichiers du vieux PC et dénicha son dernier rapport sur le tueur en série qu’il surnommait l’Entleerer – le « dégorgeur », à défaut d’autre chose. Il ne pouvait s’en empêcher. Jusque là, son flair l’avait aidé à élucider pas mal d’affaires un peu scabreuses, mais là, les idées brillantes peinaient à venir. Une Ukrainienne, un drogué… quelque part, l’inspecteur n’eût pas été étonné d’apprendre que les deux autres victimes venaient de l’Est ou des Balkans. De pauvres filles, arrivées clandestinement, sans lien et dont personne à Vienne ne pouvait signaler la disparition. Un vrai cliché… Mais on ne pouvait totalement exclure les crimes de haine. Pourquoi l’attaque par de gros chiens ou des loups ? Mystère. Le chlore ? Nettoyage avant abandon des corps. Et pourquoi ces hémorragies étranges ? Quel était le malade derrière tout ça ? Un type qui élevait des chiens loups ou assez fort pour domestiquer des loups ? Image fort romantique d’un tueur solitaire diablement intelligent et sacrément débrouillard au vu des problèmes logistiques induits par ses petites mises en scène… Et par cet étrange procédé qui faisait dégorger le sang des victimes…

« Il y a presque une fascination morbide chez toi pour ces meurtres… se risqua Gruber qui, d’un air pensif, visait la corbeille, préparant l’un de ses formidables lancers de papier froissé. L’intérêt avec lequel tu reluques ces photos…

− T’aimes décidément voir des malades partout, toi ! ricana Horvat.

− Il a pas tout à fait tort, admit Terwull. Je ne saurais pas vous dire pourquoi, mais il y a quelque chose qui me trouble dans la… la technique du meurtrier. Je me demande comment il fait. Vous avez vu l’état des corps ?

− C’est à gerber, si je peux me permettre, chef… » répondit une voix flûtée à l’entrée du bureau.

Sperling revenait avec six gobelets fumant sur un plateau.

« Va falloir t’y habituer, ma petite ! lui lança Terwull. Parce que je peux te dire qu’on en a vus des trucs dégueulasses.

− Je sais bien… répliqua-t-elle sans se départir de son allant, et distribuant aussi gracieusement que prestement les cafés. Je n’ai pas oublié vos deux sucres… Ce que je veux dire, c’est que ça ressemble à un mauvais film gore, et qu’ils ont tous l’air recouverts de ketchup, et pour moi cette merde est encore plus dégueu qu’un steak saignant. »

Les gars éclatèrent tous de rire. Terwull de même. Gruber fit mouche avec sa boule de papier.

« Votre thé vert, Horvat…

− Depuis quand tu t’es mis à ces trucs de fiottes ?… plaisanta Ferenczi.

− Depuis que Madame Horvat ne supporte plus que je me lève la nuit à cause de mes aigreurs d’estomac. Je suis le seul de cette pièce pas encore divorcé, autant que ça dure… »

Georg tâta son annulaire, comme à chaque fois que les collègues évoquaient leur vie de couple ou leurs déboires sentimentaux… Il devait se concentrer. Il allait encore une fois écumer la base de données des personnes disparues pour trouver une correspondance avec les deux dernières victimes – ce qui serait plus facile une fois qu’il saurait à quoi elles ressemblaient sans leur masque sanglant. Paul avait récemment été sollicité par l’université, ce qui avait considérablement retardé son travail pour la criminelle. Il avait également eu quelques soucis avec ses collègues de la scientifique, qui le faisaient lanterner depuis qu’il leur avait demandé en termes trop fleuris de se manier sur une affaire précédente… L’inspecteur Terwull espérait néanmoins un élément aussi infime soit-il, sur cette affaire qui le troublait. Son instinct n’avait jamais failli, il l’avait aussi bien servi que toutes les techniques à la pointe sur lesquelles la s’appuyait la police. Et il sentait jusque dans ses tripes qu’il y aurait du nouveau d’ici peu…

La suite ici

Blanche Mt.-Cl.

Protection cléoProtégé par Cléo

Une Nouvelle Piste pour Wagner – Le Sang des Wolf – Chapitre XXV – Août 2014

Dans la première partie du Chapitre XV, Wolfgang Wagner et l’Inspecteur Terwull prennent connaissance d’indices plus qu’intéressants qui pourraient les aider à avancer sur leur enquêtes… Ils apprennent l’existence de la fameuse dresseuse de loups…

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Le Sang des Wolf – La Maitresse des Loups décrite par une nouvelle source
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Le Sang des Wolf – Le beau Wolfgang Wagner exulte

Blanche Mt.-Cl.

L’Antre de Wolf – Le Sang des Wolf – Huitième Flashback – Juin 2014

Dans ce huitième flashback, extrait du journal de Terwull l’Ancien, les choses se corsent. En effet, celui-ci se lance dans l’exploration de la clinique du Docteur Wolf, pour faire la lumière sur ses activités. Ce qu’il y trouve dépasse son entendement…

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Le Sang des Wolf – Les gardiens de la clinique
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Le Sang des Wolf – Découvertes dans un vieux poêle
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Le Sang des Wolf – Le bureau de Wolf dans le faisceau d’une torche
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Le Sang des Wolf – Une cuve à moitié enterrée dans les sous-sols de la clinique
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Le Sang des Wolf – Une trouvaille à glacer le sang

Les dessins sont volontairement gribouillés et flous pour rendre l’atmosphère surréaliste de cette scène – que certains de mes lecteurs ont trouvé, je cite, « flippante ». La preuve qu’une partie de mon travail de conteuse est bien faite! 🙂

Blanche Mt.-Cl.

L’Univers de Wolf – Le Sang des Wolf – Quatrième Flashback – Avril 2014

Dans ce quatrième flashback, Terwull l’Ancien, grand-père de notre inspecteur, explore la clinique du Docteur Wolf – l’homme mort retrouvé dans le cimetière de Währing dans le prélude du roman et dont le nom donne son titre au roman, le père de Siegfried et Skadi. On se retrouve alors confronté à des personnages étrange, dévoués, intrigués ou révulsé par les activités du Docteur Wolf que l’on découvre peu à peu…

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Le Sang des Wolf – Theresa Mayer, la secrétaire de Wolf
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Le Sang des Wolf – Blühenthal, le bras droit « suicidé » de Wolf
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Le Sang des Wolf – Fleischer, un hybride d’infirmier et de mouchard particulièrement utile

Blanche Mt.-Cl.