Attaque de calmar géant – Vingt mille lieues sous les mers (Richard Fleischer, 1954)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Affiche du film – Source: Imdb.com

Tout ‘abord… Hello tout le monde, me revoilà enfin! J’avoue que mon travail est un peu prenant et que j’ai encore à m’adapter un peu au niveau du rythme, mais j’ai eu pas mal de souci au niveau des trains récemment. Pas de problème pour arriver tôt à Paris le matin, mais une autre paire de manches pour rentrer le soir, entre retards, problèmes, trajets dans des wagons bondés et surchauffées… Bref, je rentre trop claquée pour écrire une ligne! 🙂 Mais qu’à cela ne tienne: ce week-end, on parle cinéma!

Certains d’entre vous connaissent mon amour de la littérature et du cinéma « à l’ancienne », notamment en ce qui concerne la SFFF. Vous n’êtes donc pas passés à côté des quelques Jules Verne et de l’un des plus beaux romans que j’aie lus, à l’époque où l’océan me fascinait, et que j’ai chroniqué il y a un moment déjà: 20,000 lieues sous les mers, à l’ambiance si captivante, une sorte d’huis clos sous-marin que je vous recommande chaudement.

Le film a été porté à l’écran par les studios Disney dans les années 1950… Aussi, après vous avoir déjà parlé de Voyage au centre de la Terre avec James Mason et Arlene Dahl, qui date de la même décennie (et pressée par une blogueuse qui se reconnaitra sans doute…), ai-je eu envie de traiter 20,000 lieues sous les mers. Embarquez à bord du Nautilus pour un voyage extraordinaire…

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SEMAINE THÉMATIQUE « ADAPTATIONS DE CONTES » – Quand la méchante ne l’est pas…

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Illustration de Gustave Doré pour La Belle au Bois dormant – Source: Wikipedia

Aujourd’hui, pour ce troisième article dédié aux adaptations de contes, je reviens avec des productions Disney qui prennent le contrepied l’une de l’autre: La Belle au Bois Dormant (Clyde Geronimi, 1959) et Maléfique (Robert Stromberg, 2014).

En effet, depuis quelques temps, comme on le voit avec des séries comme Once Upon A Time, il semble qu’on fasse beaucoup plus attention aux figures de méchants. De figures unidimensionnelles justes malveillantes parce que c’est leur nature et que cela leur fait plaisir, on passe à des individus plus complexes, avec leur personnalité et même avec leurs dilemmes et leurs souffrances.

Je reviendrai donc sur les origines du conte de La Belle au Bois dormant avant d’étudier la figure de la méchante de Disney: Maléfique.

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Un Disney sans chanson – « Atlantide: l’Empire Perdu » (2001)

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Affiche – Source: Allôciné.fr

Titre: Atlantide: l’Empire perdu (Atlantis, the Lost Empire)
Année de production: 2001
Réalisation: Kirk Wise, Gary Trousdale
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h31
Distribution: Micheal J. Fox, James Garner, Cree Summer…

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Me voici de retour avec, enfin, une critique cinéma en bonne et due forme. Comme je n’ai guère le temps d’aller au cinéma (c’est dommage, j’adore les critiques « à chaud »! 🙂 ), je fais avec ma DVDthèque! Ainsi, avec les vacances, certains d’entre vous ont sans doute les enfants ou les petits frères et soeurs à la maison. Il est donc temps de leur faire re-découvrir un Disney qui semble pour beaucoup, être passé à la trappe… Atlantide: l’Empire perdu.

Sorti quand j’avais quinze ans, il est le dernier Disney que j’aie été voir au cinéma. Je vais donc vous le présenter…

  • Exploration

Le film s’ouvre sur une séquence catastrophe, alors que l’on voit une immense vague s’approcher d’une cité parcourue par des véhicules volants en forme de poisson, et détruire tout sur son passage. Alors que la panique s’installe dans la population qui essaie d’échapper au désastre, la reine tente de protéger sa petite fille, quand soudain, ses yeux s’illuminent avant qu’elle soit captée puis absorbée par un rayon lumineux. Sa petite fille en pleurs s’accroche à elle, mais le roi, son père, intervient pour lui faire lâcher sa mère. La cité s’enfonce ensuite sous les flots…

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Milo s’imaginant en conférence dans son pauvre placard… – Source: lecinemaestpolitique.fr

Des millénaires plus tard au début du XXe siècle, le jeune Milo Thatch, linguiste et cartographe, gâche son talent dans la chaufferie du Smithonian Institute de Washington. Obsédé tout comme l’était son défunt grand-père, par l’Atlantide, il a mis le doigt sur une erreur de traduction qui situait le Manuscrit du Berger, guide pour atteindre la Cité engloutie, en Irlande. Sûr et certain que celui-ci se trouve en fait en Islande, le jeune homme demande à ses supérieurs au sein de l’institut de financer une expédition. Face à leur refus, il présente sa démission.

Mais – SURPRISE – une blonde sculpturale, Helga Sinclair, l’attend dans son appartement. Sans lui demander son avis, elle l’amène en pleine nuit chez un riche magnat des plus excentriques, Preston Whitmore, un ancien ami de son grand-père. Celui-ci explique à Milo qu’il était proche de son grand-père, et qu’il a, par dette morale, dépêché une équipe de talents en Islande qui a finalement trouvé le Manuscrit du Berger. Mais il leur manque un linguiste pour le déchiffrer et conduire les autres vers l’Atlantide.

Bien sûr, Milo accepte et rejoint l’équipe à bord d’un immense sous-marin extrêmement sophistiqué, l’Ulysse. Il fait la connaissance du commandant Rourke dont Helga Sinclair est la seconde, mais aussi de toute une galerie de personnages hauts en couleur: Gaëtan dit « La Taupe », géologue français, Vincenzo Santorini, expert en explosifs italien (en même temps, avec un nom pareil, il ne pouvait pas être fleuriste!), Amadou Gentil, un médecin afro-américain, Audrey Ramirez, une très jeune mécano surdouée sud-américaine, Madame Placard, l’opératrice téléphonique, et « Cookie », le cuistot du Far West amateur de cuisine bien lourde.

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Le commandant Rourke (au centre) – Source: DisneyWikia.com

Les choses tournent mal quand l’Ulysse est attaqué par un immense poisson métallique, dans lequel Milo reconnaît un Léviathan, ces machines protectrices de l’Atlantide décrites dans le Manuscrit du Berger. Il comprend que l’expédition se rapproche du but… Mais le navire subit de graves avaries, et l’équipage doit évacuer à bord de mini-sous-marins qui se faufilent dans une caverne dont Milo espère qu’elle est le « syphon d’évier » qui doit les mener vers l’Atlantide. Les rescapés de l’Ulysse émergent alors dans une poche d’air sous-terraine. Ils rassemblent l’équipement qu’ils ont pu sauver, comme des foreuses et des proto-jeeps, et se lancent dans l’exploration du dédale de grottes qui s’étend devant eux. Outre un volcan endormi, ils trouvent les ruines de bâtiments cyclopéens, preuves de l’existence d’une civilisation ancienne aux techniques très avancées. A intervalle régulier, on surprend des silhouettes masquées suivant nos explorateurs… Par une nuit, le bivouac est assailli par des insects lumineux qui par contact font s’enflammer les tentes. En fuyant, l’équipe tombe au fond d’une crevasse. Alors qu’il reprend conscience, Milo, blessé, se trouve nez à nez avec une jolie blondinette aux grands yeux qui le soigne en le touchant avec le cristal de son pendentif. Quand Rourke et les autres se remettent en marche, Milo décide de se lancer à la poursuite de la belle blonde… et conduit le reste de l’expédition vers une ouverture qui donne sur une vue imprenable: une cité entourée d’eau et bordée par une végétation luxuriante. L’Atlantide.

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La princesse Kida et son père – Source: Allôciné.fr

La jeune femme blonde qui les accueille sur place, la sauveuse de Milo, n’est autre que Kida, princesse atlante. Si elle est surexcitée et très enthousiaste quant à l’arrivée de ces visiteurs, son royal père considère l’incursion de ces explorateurs armés avec méfiance. Milo, tout heureux de faire connaissance avec les Atlantes et d’en connaître plus sur leur civilisation, se lie d’amitié avec Kida. Il espère en apprendre plus de sa part, car une page manque au Manuscrit du Berger. Il découvre que celle-ci, comme le reste de son peuple, ne sait pas lire, car la soif de connaissance a disparu dans la cité. C’est donc à Milo de décrypter les symboles de ruines englouties pour lui expliquer certains grands enjeux de l’histoire atlante. Il comprend que Kida et les siens sont maintenus en vie par le cristal qu’ils portent autour du cou, alimentés par une source d’énergie très puissante. Il apprend par ailleurs que les motivations de Rourke, Helga et le reste de l’équipe n’étaient pas si pacifiques, quand Rourke, le cueillant au retour de son expédition avec Kida, lui brandit sous le nez la fameuse page manquante illustrée qui montre un cristal géant rayonnant d’énergie. Il comptait sur Milo pour trouver son emplacement et s’en emparer, pour le revendre aux gouvernements européens qui préparent leur entrée en guerre… Or ce cristal est aussi une arme terrible, à partir du moment où il sent un danger planer sur la cité, et peut s’avérer redoutable entre de mauvaises mains.

Milo, Kida, absorbée par le cristal qui la retient prisonnière, et les Atlantes se trouvent alors en grand danger… Milo saura-t-il faire comprendre à ses anciens co-équipiers que la sauvegarde de tout un peuple est plus important que l’argent? Parviendra-t-il à sauver Kida du terrible sort qui l’attend entre les mains de Rourke?

  •  Une production pas comme les autres

Avec Atlantide: l’Empire perdu, Disney s’est aventuré sur un nouveau terrain. En effet, il était question de produire non-pas un conte de fées ponctué de numéros musicaux, mais un récit d’aventures dans la veine d’Indiana Jones autres histoires d’explorateurs. Il va sans dire que l’histoire reprend les ingrédients qui ont fait certains grands films – une quête, une civilisation disparue, de l’exotisme, des décors monumentaux, une galerie de personnages très typés, voire assez cliché mais somme toute sympathiques qui ajoutent un peu de piment, de l’action, des richesses légendaires, une demoiselle en détresse. Bref, des choses que vous pouvez retrouver dans Indiana Jones, que je citais plus haut, Les Mines du roi Salomon ou encore dans les livres de Jules Verne – en particulier Voyage au centre de la Terre ou Vingt Mille Lieues sous les mers.

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Helga Sinclair – Source: Allôciné.fr

Graphiquement, Atlantide: l’Empire perdu marque également sa différence par un dessin plus nerveux et anguleux, très changeant du canon habituel de Disney avec ses princesses aux visages poupins ou aux grands yeux. Le héros, Milo, est affublé d’un menton en galoche et la seule rondeur existant chez ce grand dégingandé, ce sont ses lunettes. Le seul personnage rond, Gaëtan, ressemble à une petite bombonne face à la silhouette filiforme de Vincenzo ou de la carrure d’Amadou, et bien plus face à la musculature et à la mâchoire exagérées de Rourke. De même, chez les femmes, si la silhouette de la princesse Kida accuse quelques rondeur et son visage plus de douceur, les autres sont soit assexuées comme la toute jeune Audrey ou laides comme la vieille placard, et la seule « femme fatale » du lot, Helga Sinclair, est toute en angles, jusque dans le dessin de sa chevelure. La rondeur est donc, soit synonyme de bizarrerie chez Gaëtan, soit de douceur chez Kida, et permet de « lire » dès les premières images du film. Je sais que ce parti pris a perturbé plus d’un amateur de Disney, qui y ont vu du travail bâclé. Pour ma part, je pense qu’au contraire, cela a été le fruit d’un travail réfléchi, et d’une volonté de la production de se démarquer des précédents dessins animés. Par ailleurs, il existe des formes d’art primitifs venues d’Afrique, d’Amérique ou du Pacifique, à la plastique tout aussi anguleuse qui nous fascinent et que nous trouvons belles.

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L’Ulysse, un vaisseau inspiré du steam punk et de Jules Verne – Source: Voracinéphile
  • Une ambiance particulière

Je pense donc qu’il serait injuste de considérer le travail comme bâclé quand nous en voyons l’ensemble. En effet, l’atmosphère et les décors ont été très travaillés. On y trouve une certaine influence du steam punk (pour faire simple, du rétro-futurisme) dans le style vestimentaire des membres de l’expédition et dans leur équipement aux proportions démesurées. C’est particulièrement notable avec l’Ulysse, un sous-marin monumental aux mécanismes mécaniques apparents que l’on verrait tout à fait dans une adaptation de Vingt-Mille lieues sous les mers.

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Milo s’émerveillant à bord de l’Ulysse – Source: Allociné.fr

La plupart d’entre nous n’est pas sans connaître le mythe de l’Atlantide – le philosophe grec Platon fait mention d’une cité fabuleuse engloutie par les flots, punition des dieux pour l’orgueil de ses habitants. En effet, ceux-ci auraient eu accès à d’immenses connaissances et à une longévité exceptionnelle. Mais contrairement à bien des interprétations fictives (films et livres d’aventures), l’équipe de production n’a pas voulu en faire une civilisation grecque avec temples à colonnes ioniennes. Elle s’est donc inspirée de l’architecture maya et cambodgiennes, pour créer une cité hybride. Cela a pour résultat des vues impressionnantes de la cité, établie sur une éminence au milieu des eaux, émergeant au milieu d’un nuage d’écume.

Le style vestimentaire de ses habitants, qui semblent de type européen avec leurs cheveux d’un blond très clair et leurs yeux bleus, peut nous faire penser aux Indiens d’Amérique du Sud, ainsi qu’aux costumes des peuples du Pacifique avec leurs paréos. D’ailleurs, on retrouve le bleu comme dominante principale, qu’il soit sombre ou très lumineux, ou un simple reflet sur le visage des personnages. Tout cela contribue à ancrer les Atlantes dans un univers aquatique très pittoresque et exotique, pour un résultat impressionnant à l’écran qui diffère de tout ce que Disney avait jusque là produit.

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Milo et Kida, dominant la cité avec le reste de l’expédition – Source: W12.fr

Mais l’ambiance visuelle n’est pas le seul effort de recherche faits par la production. L’élaboration de la civilisation atlante a été encore plus poussée. Ne serait-ce qu’au niveau technologique, on retrouve un peuple très avancé, détenteur d’une source d’énergie inépuisable qui garantit, même sous terre, un cycle jour nuit, ainsi que santé et longévité aux habitants de la cité (pour exemple, Kida a plus de huit-milles ans, puisqu’elle a assisté à l’engloutissement de l’Atlantide) ainsi qu’une protection de la cité dans son ensemble en cas de menace. Ce cristal se retrouve autour du cou de chaque Atlante, servant à la fois de médicament, de source de lumière ou de clé de contact pour les véhicules de la cité. Mais cela a un prix: en effet, à chaque danger important, le cristal, doté d’une volonté propre et de capacités de destruction phénoménale, puise sa puissance dans l’assimilation du corps humain – plus précisément, une femme de sang royal. C’est à cette scène que l’on assiste au début, lorsque la mère de Kida est engloutie par le cristal, et vers les deux tiers du film quand Kida elle-même, possédée, est absorbée par le cristal et embarquée dans un container par Rourke.

On se rend compte au début du film, dans la séquence d’ouverture, qu’il s’agit d’une société dotée d’armes puissantes envoyant des décharges, de véhicules autopropulsés et d’automates géants qui génèrent un champ de force protecteur autour de la cité. Fait amusant pour ces Atlantes si proches de la mer, leurs véhicules, qu’ils montent comme des sooters des mers, ont la forme de poissons et autres crustacés mécaniques.

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La scène la plus connue du film: Kida, possédée par le cristal avant assimilation par celui-ci – Source: Allociné.fr

Une langue spécifique, une sorte de synthèse indo-européenne – selon la théorie en cours dans le film, l’Atlantide serait le berceau de toutes les langues – a même été mise au point, avec son alphabet, par… Marc Okrand. Ce linguiste américain n’est autre que le père du klingon (cela parle aux fans de Star Trek, surtout!).

La bande originale fait également beaucoup. Composée par James Newton Howard, elle comprend des thèmes épiques – particulièrement dans la première partie du film, et dans les scènes d’action finales – et des morceaux aux sons très typés. On y trouve des carillons, cloches et gongs qui apportent une touche d’exotisme, une fluidité et une douceur, voire une certaine sérénité que l’on associe au milieu aquatique. Cela est particulièrement visible dans la séquence sous-marine mettant en scène Kida et Milo déchiffrant l’histoire de l’Atlantide dans des vestiges engloutis. La musique peut donc rendre certaines scène vraiment envoûtantes… Ce à quoi ne seraient pas parvenus les numéros chantés des autres classiques des studios Disney.

Si l’ambiance est très fouillée, et somme toute captivante, qu’en est-il du storytelling?

  • Scénario et clichés

Comme évoqué plus haut, on retrouve les schémas classiques des récits d’aventure, avec des antagonismes et clichés maintes fois explorés dans le cinéma: amour de la science et protection des populations locales opposées à la cupidité des uns, idéalisme et moralité irréprochables des personnages principaux qui parviennent à ramener à leur vue le plus grand nombre et qui se fait respecter des locaux, « héros » qui sauve la jolie fille et la cité entière au passage, le méchant qui ne récolte que ce qu’il mérite.  C’était pourtant le premier Disney avec un scénario aussi complexe et aux enjeux si multiples – des questions de préservation de population sont évoquées, un peu dans la veine de Pocahontas.

Il en résulte donc quelques clichés agaçants à mon goût comme la belle Kida qui fait figure de la « bonne sauvage » (évidemment canon, sinon elle ne ferait pas battre le coeur du héros) alors qu’elle est l’héritière d’une civilisation brillante. J’ai également trouvé étrange qu’étant vivante depuis des millénaires et fille de roi, elle n’ait jamais appris à lire malgré sa volonté afficher de redonner tout son lustre à sa cité (en même temps, comment voulez-vous faire rayonner un endroit totalement isolé?).

Milo qui une fois qu'il s'est énervé, devient aussi musclé qu'il est burné - Source: DisneyCentralPlaza.com
Milo qui une fois qu’il s’est énervé, devient aussi musclé qu’il est burné – Source: DisneyCentralPlaza.com

Quant à Milo, ma foi… Je ne sais pas ce qu’a le cinéma américain avec les gens instruits ou intelligents qui sont toujours dépeints comme maladroits et socialement inaptes et dont il semble légitime de se moquer – en témoignent les taquineries à répétition des différents membres de l’équipe, et ces diverses situations où le jeune homme est tourné en ridicule. Ce traitement du personnage de Milo Thatch me dérange, d’autant plus que du ridicule le plus total, il devient un véritable leader quand il s’agit d’aller sauver la princesse, après avoir pris la grosse tête à apprendre à lire à Kida. Il eût été plus drôle qu’il reste une sorte d’anti-héros, ou que sa transformation soit plus progressive. En même temps, c’est Disney et le film ne dure qu’une heure et demie…

Je lisais récemment des critiques assez dures arguant que les personnages d’Atlantide ne sont pas attachants. Je n’irais pas jusque là, mais je pense – sans compter que les ressorts psychologiques des personnages chez Disney ne sont jamais très, très subtils – qu’à force d’avoir travaillé sur un scénario un peu plus complexe que d’habitude, on en a négligé les personnages qui s’ils sont amusants, sont très « clichés ». C’est particulièrement vrai pour les personnages féminins – Helga la vénéneuse femme fatale, Placard la vieille peau aigrie, Audrey le garçon manqué, et Kida la belle princesse valeureuse. Après, hein, c’est comme tout, quand on veut absolument voir le mal quelque part, on le trouve!

Cela ne devrait pas empêcher de regarder le film et de l’apprécier, comme c’est mon cas, mais j’imagine que cela donne du grain à moudre à plus d’un anti-Américain ou d’un anti-Disney…

  • Conclusion: Une réussite graphique pour une histoire inégale

A la base, j’avais pris une bonne claque en allant le voir au cinéma, car les studios Disney ne m’avaient pas habituée à ça. Si je goûtais certains contes comme La Belle au Bois Dormant et Aladin pour leur beauté graphique, La Belle et la Bête pour son romantisme (oui, c’est affreux, je suis romantique) ou Mulan pour son humour, les productions Disney ont fini par me lasser car leurs bons sentiments dégoulinants et les clichés véhiculés m’agaçaient. C’était déjà vrai à l’adolescence. On pourrait me reprocher d’avoir perdu mon âme d’enfant, mais quand je vois à quel point les princesses sont idolâtrées, ou des personnages complètement idiots qui servent de faire-valoir comme Olaf dans La Reine des Neiges, je me demande quel « merveilleux » j’ai envie de montrer à mes enfants…

Atlantide: l’Empire perdu m’avait fait un bien fou quand je le comparais aux autres production du même studio. On y voyait ce que j’aimais – de la technologie, de l’action, de l’aventure, un univers graphique complètement différent et captivant avec ses décors somptueux et ses personnages typés. La scène de la caverne au cristal, où la belle Kida possédée marche et lévite au-dessus de l’eau, servie par une bande originale magnifique, m’avait coupé le souffle. Bref, j’avais adoré. J’en apprécie toujours autant la beauté formelle, mais je pense que la production n’a pas bien maitrisé la création de ses personnages, à force d’un scénario complexe dont elle n’avait pas l’habitude, et que les bonnes idées n’ont pas été explorées à fond.

Cela dit, et malgré ses faiblesses, il a le mérite d’être une création originale et non-pas l’adaptation d’un conte ou d’une légende et d’avoir un scénario et un graphisme un peu moins prévisibles que la moyenne. Il y a eu un réel effort d’imagination, et ce malgré le schéma du récit d’aventures classique.

Mais je pense que concernant les dessins animés, hormis pour les amateurs de manga, le public n’aime pas trop les incursions dans l’univers de la science-fiction – on y est quand même un peu avec le contexte technologique du film, ou du moins dans le rétro-futurisme. En témoignent les échecs commerciaux non seulement d’Atlantide, mais aussi de La Planète au Trésor et de Titan A.E. (celui-là produit par la Fox). Finalement, si un tel dessin animé est oublié, c’est aussi du fait des goût du public, et malheureusement, de certaines habitudes qui ont été prises, et qui ont fermé l’esprit des spectateurs à autre chose qu’un univers de princesses en jolies robes et de chansons.

Ainsi donc, il serait grand temps de ressortir notre DVD du placard et de le faire redécouvrir aux petits cousins, neveux, frères et soeurs, enfants en vacances! Car même si on y trouve certains clichés, ce dessin animé reste à prendre pour ce qu’il est… un récit d’aventure pour un public en quête d’évasion, un divertissement tout de bleu et d’eau, avec une musique à couper le souffle, qui fait la part belle à l’action et à l’exotisme. Un petit film à regarder l’été, quoi!

J’espère en tout cas vous avoir donné envie de le (re)découvrir.

Blanche Mt.-Cl.

Film Fantastique Jeunesse – « L’Apprentie Sorcière » (1971)

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Affiche (Source: Disney.fr)

Titre: L’Apprentie Sorcière (Bedknocks and Broomsticks)
Année de production: 1971
Réalisation: Robert Stevenson
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h53 (2h14 pour la version rallongée
Distribution: Angela Lansbury, David Tomlinson, Cindy O’Callaghan, Ian Weighill, Roy Snart…

Comme c’est mercredi, certains enfants n’ont peut-être pas école cet après-midi. En réalité, j’ai du mal à retenir le nouveau rythme scolaire. Mais peu importe. Si vous souhaitez distraire vos têtes blondes, voici l’un des films que je préférais étant enfant: L’Apprentie Sorcière, adaptations de livres pour enfants britannique, sorti bien avant les adaptations cinéma de Narnia ou Harry Potter, mais un peu après Mary Poppins… mais qui ravira les amateurs de ces différents genres. Et pourtant, il fut un échec commercial relatif, qui fit que les studios Disney ne produisirent plus de comédies musicales. Le film eut plus de succès lorsqu’il ressortit à la fin des années 1970 et au début des années 1980.

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Carrie, Charlie et Paul lors de leur première rencontre avec Miss Price (Source: Notonbluray.com)

De quoi est-il question? Durant la Seconde Guerre Mondiale, Carrie, Charlie et leur petit frère Paul, sont, comme des milliers d’enfants britanniques, envoyés à la campagne pour échapper aux bombardements des grandes villes. Après la mort de leur tante dans une explosion, ils arrivent dans un charmant village côtier et confiés contre son gré à Miss Eglantine Price (Angela Lansbury), une jeune femme légèrement excentrique, mais aussi appréciée que convoitée, qui, au grand étonnement de son entourage, ne s’est jamais mariée. Ce qu’ils ne savent pas, et que les enfants vont bientôt découvrir alors qu’ils tentent de s’enfuir de chez elle, c’est que la dame s’amuse, pendant la nuit, à voler sur des balais et à pratiquer la magie dans sa remise. Ils décident de rester et de lui faire acheter leur silence quant à son secret. En effet, Miss Price suit des cours de sorcellerie par correspondance, afin de développer de nouveaux talents de magicienne et de contribuer ainsi à l’effort de guerre. Mais quand elle apprend par courrier qu’en raison de la guerre, ses cours vont cesser, elle ne peut accepter d’interrompre son cursus de sorcière et d’abandonner ses projets pour repousser les Allemands. La lettre est signée professeur Emélius Browne (David Tomlinson – vous savez, Monsieur Banks dans Mary Poppins!)Elle use un sort pour gagner Londres avec Carrie, Charlie et Paul à bord d’un lit volant et de chercher le professeur… qui se révèle être un imposteur et un pleutre, un escroc qui squatte une maison abandonnée à Londres, et qui n’a fait dans ses « cours » que recopier les sorts d’un vieux grimoire. Or il manque une partie du livre – la vraie raison de la fin des cours. Commence alors une folle aventure à travers Londres et autres lieux magiques, à la recherche des pages manquantes et du fameux sort qu’elles abritent…

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Eglantine Price et Emélius Browne, dansant sous l’océan (Source: Fanpop.com)

Voici donc, à mon avis, une histoire prenante qui n’a rien à envier à certains chefs d’oeuvre de la littérature jeunesse! Pour ma part, je pense qu’on peut l’apprécier aussi bien quand on est enfant qu’adulte! Dans la veine de Mary Poppins, ce film mélange habilement quelques séances musicales – dont la mémorable scène de Portobello Road avec ces numéros de danses exotiques dont nous gratifient les régiments du Commonwealth stationnés à Londres, un peu cliché mais sympathique, ou la séquence en animation sous la mer – film traditionnel et animation – les aventures sur l’île magique de Naboombu et cet hilarant match de foot avec des animaux parlants, arbitré par Emelius Browne!

Les personnages sont très sympathiques, et comme d’habitude, Angela Lansbury joue très bien. Elle y campe une « vieille fille » convoitée et excentrique, avec du caractère, qui n’hésite pas à recourir à des sorts pour obtenir ce qu’elle veut. Cela lui vaut d’ailleurs quelques déconvenues, puisque n’usant pas de magie noire, ses sorts ne sont pas bien méchants, et ont, au vu de sa maladresse de débutante, des résultats parfois inattendus. Elle évolue beaucoup, puisqu’elle découvre ce qu’est la « vie de famille » avec les trois garnements qu’on lui a confiés, et à qui, au fil de ses aventures, elle finit par s’attacher. J’ai d’ailleurs pu lire qu’elle était bien plus charmante dans le film que dans le livre… Les trois enfants sont, quant à eux, plutôt futés: Charlie, l’aîné sceptique et pragmatique marqué par la guerre qui redécouvre son âme d’enfant et un papa de substitution avec le professeur, la douce et coquette Carrie (la petite a une bobine trop mignonne!), et le plus jeune, Paul, qui s’émerveille de tout. Quant au professeur Emelius Browne, comme on s’y attend, il s’améliore au fur et à mesure de l’histoire… sous l’influence d’Eglantine et de leur idylle naissante, bien sûr!

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Miss Price expérimentant le sort de « substitutiari-locomotion » sur ses propres affaires (Source: Pinterest.com)

Le film a reçu un Oscar pour ses effets spéciaux en 1972 et je dois avouer que ces fameux effets – hormis le défilé de lumières psychédéliques lors du voyage en lit – n’ont pas pris une ride. Ce qui est étonnant quand on compare à certains films plus récents! D’ailleurs, sur ce sujet, je ne peux pas vous en dire plus sans un léger petit spoiler, mais certaines scènes sont vraiment du grand art, comme celle où Eglantine anime des objets! Après des années j’aime toujours autant Emelius Browne se battre avec une paire de gants de jardinages pour danser avec la chemise de nuit d’Eglantine! Quant à la scène finale… elle est vraiment à couper le souffle, et à elle seule vaut la peine de voir le film!

Bref, c’est un film que je vous recommande vivement, pour vous, vos petits frères, vos petits cousins ou vos enfants… et même pour vous-même, histoire d’animer vos soirées ou après-midi! Pour ma part, même lorsque j’étais enfant, mon frère et moi ne voyions pas les deux heures du film passer! Je vous laisse avec sa bande annonce, et vous souhaite de passer un bon moment avec Miss Price et ses chenapans:

(A noter que l’image est bien plus belle sur l’édition DVD…)

Blanche Mt.-Cl.

S-F. à l’ancienne – D’une « Princesse de Mars » à « John Carter » – Mars 2015

Il y a un peu plus de deux ans, alors que je travaillais en Angleterre, j’ai eu l’occasion de lire Une Princesse de Mars, un vieux coucou de science-fiction publié en 1912, et écrit par Edgar Rice Burrows. En effet, ma curiosité avait été éveillée par un film de 2012… John Carter, l’adaptation de ce même roman, realisé par Andrew Stanton. Comme j’avais un chèque cadeau chez Waterstone, je me suis empressée d’acquérir Une Princesse de Mars.

Un tel titre a quelque chose de kitsch, et n’est pas sans nous évoquer le desert rouge de Mars, le ciel orange (en fait, rosé), ces extraterrestres étrangement humanoïdes aux brushings laqués et aux vêtements moulants, ces courageux voyageurs de l’espace avec de gros pistolets bruyant qui envoient des décharges… En résumé, tous les clichés véhiculés par la science-fiction des années 50 et 60, films et comics réunis. C’est en partie vrai, car il est à parier que ce livre a dû inspirer le space opera par la suite… mais quand vous lirez ce roman, il vaut mieux oublier absolument tout ce que vous savez sur la science-fiction « à l’ancienne », et laisser complètement aller votre imagination.

Le livre comme le film sorti un siècle plus tard, nous raconte l’histoire de John Carter, un vétéran de la Guerre de Secession, qui se retrouve instantanément transporté sur Mars – Barsoom en langage martien. Je vais commencer par la présentation du livre…

  • L’oeuvre d’Edgar Rice Burroughs : Un roman d’aventures avant toute chose

A l’époque où Une Princesse de Mars a été publié, il était courant de donner à un roman d’aventure ou à un roman l’apparence de la vérité, en impliquant l’auteur lui-même. Je m’explique: l’histoire est présentée comme un fait réel, comme le témoignage d’Edgar Rice Burroughs à propos de John Carter, un ami de sa famille qui aurait vécu de nombreuses aventures à travers le monde. Burroughs nos présente Carter comme un homme fort, bien de sa personne, bon et chevaleresque, le parfait type du gentlemen de Virginie – ce qui, pour le lecteur actuel, sonnerait comme un oxymore, mais nous y reviendrons plus tard. Burroughs rapporte en tout début de roman que Carter, qu’il considère comme son oncle, l’a mandé auprès de lui pour une affaire importante. Or quand enfin le jeune homme arrive sur place, le grand homme est mort et son corps, retrouvé sans vie mais aussi sans aucune marque de violence, a été enfermé dans un mausolée. En inspectant ses affaires, Burroughs découvre alors un vieux manuscrit qui va constituer la trame du roman…

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Couverture d’une édition anglaise publiée chez Penguin

Alors que John Carter, un courageux vétéran de la Guerre de Sécession, prospecte à la recherche d’or dans le désert d’Arizona avec un ami, ils sont attaqués par des Indiens. Alors que son compagnon est tué, il parvient à trouver refuge dans une grotte. Il s’y retrouve bientôt engourdi et incapable de bouger… avant de se réveiller sur Mars, avec la pleine conscience d’où il se trouve.

Et ce n’est que le début de l’aventure… Car Carter découvre un monde nouveau, exotique, sur une planète chaude, désertique et mourante, avec différentes tribus se livrant une guerre sans merci. Il se découvre également un nouveau « talent »: à cause de la faible gravité régnant sur Mars, il n’est jamais entravé dans ses mouvements. Le voici donc doué d’une force étonnante et de la capacité de bondir à plusieurs mètres de haut. Peu après son réveil, il est capturé par la tribu des Martiens verts, les Tharks, une bande de guerriers insectoïdes de plus de trois mètres de haut, avec quatre bras. Ils sont extrêmement violents et ignorent tout sentiment d’amour et de compassion, mais Carter gagne leur respect grâce à ses dons incroyables. Il apprend auprès d’eux la langue de Barsoom et devient un grand guerrier, gagnant peu à peu ses ornements métalliques qui témoignent de son rang – car j’ai oublié de vous dire que sur Mars, tout le monde va nu à cause de la chaleur, à l’exception de ces bijoux placés aux endroits stratégiques.

Il fait pourtant la connaissance de « dissidents » parmi les Tharks: le jed (un noble guerrier) Tars Tarkas, plus juste, plus raisonnable et moins violent que ses congénères, capable d’empathie et ouvert d’esprit, et Sola, une jeune femme verte extrêmement douce qui prend soin de lui à son arrivée, mais qui est aussi victime de brimades de la part des autres. Elle cache également un terrible secret qu’elle va bientôt révéler à Carter… mais que je vous laisse découvrir si la lecture de l’ouvrage vous tente.

Mais les Tharks ont des ennemis: les deux tribus humanoïdes de Mars, les « hommes rouges » – les Héliumites et les Zodangans, habitant de deux cités rivales qui se combattent également. La situation se complique donc quand les Tharks capturent un vaisseau volant d’Hélium transportant à son bord la petite-fille du roi, la splendide princesse à peau rouge appelée Dejah Thoris – la fameuse « princesse de Mars ». John Carter en tombe immédiatement amoureux et s’arrange pour l’intégrer dans sa suite avec Sola qui les protège. Auprès de sa belle compagne, il apprend les secrets de ce monde mourant, en particulier celui de la production d’atmosphère dans des usines dédiées, enjeu de la guerre entre Hélium et Zodanga. Quand les tourtereaux décident de quitter les Tharks en compagnie de Sola qui n’a plus de place parmi les siens, ils sont alors pourchassés par la tribu et séparés au beau milieu du désert. Désespéré, capturé par les Tharks blancs, encore plus brutaux que les Verts, John Carter décide alors de mettre tout en oeuvre pour retrouver celle qu’il aime, et ses aventures le mèneront jusqu’aux plus grandes cités de la planète rouge…

Et je ne vous en dirai pas plus, pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, car ce livre est FOISONNANT, plein d’intrigues et de combats, de cités et de populations plus exotiques les unes que les autres. De plus, Edgar Rice Burrough a rédigé de nombreuses suites, créant ainsi le « cycle de Barsoom » aussi connu en français sous le titre de Sous les Lunes de Mars et relatant les péripéties des enfants de John Carter sur Mars.

  • Adapter de la S.-F. à l’ancienne

Je ne vous mentirai pas, John Carter, la récente adaptation d’Andrew Stanton pour les studios Disney, bien que les personnages soient les mêmes – on y retrouve Carter (Taylor Kitsch), Dejah Thoris (Lynn Collins), Kantos Kan (James Purefoy), Tars Takas (doublé par Willem Defoe), le prince de Zodanga Sab Than (Dominic West), et une trame sensiblement similaire – un type planqué dans une grotte qui se réveille sur Mars, avant d’être attrapé par les Tharks verts et de vivre de grandes aventures – est assez différente de l’ouvrage d’origine.

On pourrait dire, au vu du résumé que je vous ai fait, qu’Une Princesse de Mars  suit un schéma classique. Hormis le Cycle de Tschaï de Jack Vance et Dune de Frank Herbert, je n’avais pas lu énormément de Space Opera quand j’ai abordé les aventures de John Carter. J’étais vraiment très curieuse de savoir ce que donnerait un space opera de 1912, avant l’ère de l’exploration spatiale. Il est clair que l’oeuvre de Burroughs a vieilli, et peut paraître très exotique à un lecteur contemporain. Comme je l’ai lu après avoir vu le film, j’ai été très surprise par ce héros sans le moindre défaut, capable d’apprendre tout à une rapidité tout sauf crédible – comme la langue de Barsoom – et par le caractère de Dejah Thoris, très passive en comparaison de la brunette combattive du film. Je sais que certains trouveront qu’il s’agit juste d’un macho sur Mars combattant pour une belle femme dont la « possession » le mettrait en valeur, et tuant à tour de bras des bonshommes verts comme il zigouillerait sans état d’âme toute une troupe d’Appaches. Mais ce serait, selon moi, beaucoup trop réducteur: il faut prendre en compte la mentalité de l’époque où le livre a été écrit, en particulier concernant les relations homme-femme. J’ajouterais que Dejah Thoris, en comparaison d’autres héroïnes créées à cette période, n’est pas dépourvue de caractère. Elle est courageuse et résolue, capable de prendre des décisions difficiles de son propre chef. Quant à dire qu’Une Princesse de Mars est raciste, je ne suis pas vraiment d’accord: John Carter va tout de même encourager la paix entre les différents peuples de Mars qui se méprisent les uns les autres, et être capable de tomber amoureux d’une femme issue d’un peuple et d’une planète différents, et dont la physionomie n’est pas sans rappeler celle de certaines tribus amérindiennes.

Selon certains experts du cycle de Barsoom (et oui, pour ça aussi il y a des experts…), cités dans la préface de l’édition de chez Penguin, Une Princesse de Mars est une sorte de transposition de l’histoire américaine, avec ce mythe du final frontier typique de la mentalité pionnière. Carter est donc une sorte de John Smith mythifié, un pionnier qui part à la découverte d’un monde inconnu, et Dejah Thoris sa Pocahontas. Pour moi, cela paraît capilotracté, mais l’idée est là: Carter est un combattant et un médiateur. J’ai éprouvé un grand plaisir à partager l’étonnement du héros, à me plonger dans sa description des peuplades martiennes, de leurs mentalités, des paysages colorés et des cités chamarrées de la planète rouge, de la surprise du héros. C’est peut-être bien ce côté kitsch qui fait le charme du livre… Et j’ajouterais que j’ai été positivement surprise par la description de la planète Mars quand on sait où en étaient les connaissances de l’époque à ce sujet – en particulier le problème de la gravité.

Il est clair que le lecteur du XXIe siècle aura du mal à s’identifier au personnage créé en 1912. Il a beau être un aventurier courageux et dans son genre, assez chevaleresque, vétéran de la Guerre de Sécession (1861-1865), sa description en tant que « gentleman du Sud » venant de Virginie ne nous parle pas vraiment. De plus, nous associons les Sudistes avec l’esclavagisme, le racisme et le conservatisme, donc tout sauf des valeurs positives. Quand bien même John Carter est un archétype, il véhicule pourtant des idées positives, prenant la défense des faibles, et n’aimant pas spécialement la violence, capable de douceur et de gentillesse… Mais pouvez-vous vous l’imaginer en héros de film, à notre époque? Ressentiriez-vous de l’empathie envers un type qui fait des bonds sur Mars, qui n’a peur de rien et paraît invulnérable? Honnêtement… Si vous voulez qu’un film marche, il faut s’adapter aux goûts du public… Cela s’applique particulièrement aux personnages.

Depuis longtemps, les studios Disney souhaitaient s’atteler à une adaptation d’Une Princesse de Mars, afin de faire concurrence à de gros succès comme Star Wars ou Conan le Barbare, mais adapté au public de Disney. Dans John Carter, le héros est toujours un vétéran, mais c’est un homme tourmenté: il a perdu femme et enfant, il n’a plus rien, souffre d’un gros problème avec l’autorité et quand il se cache dans une grotte au beau milieu du désert, c’est pour fuir la cavalerie qui le poursuit après son évasion d’une prison militaire. Il est donc plus proche de nos critères moraux actuels, il est plus vulnérable – ce qui offre plus de possibilités d’identification. Il nous est ainsi plus sympathique, et Stanton le décrit volontiers comme un « Indiana Jones sur Mars ».

Quant à Dejah Thoris, elle est devenue une charmante brunette athlétique et tatouée, avec un tempérament de feu, une combattante farouche, capable de se défendre par elle-même, capturée par les Tharks alors qu’elle a volé un vaisseau pour fuir un mariage arrangé avec un ennemi d’Hélium, le prince Zan Than. Sa jolie apparence cache également une grande instruction puisqu’elle est aussi membre de l’académie des sciences d’Hélium et est en train de mettre au point une arme capable de mettre fin à la guerre et à la faim sur Barsoom. Plus que la demoiselle en détresse – qu’elle est aussi à l’occasion – c’est une femme du XXIe siècle, instruite et indépendante, mais aussi désireuse de dégoter un compagnon digne d’elle, et pas le sale con qu’on lui impose.

Dans cette adaptation, je suis particulièrement fan de Tars Tarkas, le guerrier des Tharks verts. Je sais, les Tharks sont censés être incapables d’amour et plus portés sur la baston et les coups tordus, mais je m’en fiche. J’ADORE CE TARS TARKAS. C’est en quelque sorte l’adversaire éclairé, qui montre plus de curiosité que d’hostilité à l’égard de Carter lorsqu’il le voit faire ses sauts de cabri pour lui échapper. Il joue un rôle plus important que dans le livre, tout comme Sola. D’ailleurs, dans le film, Tars Tarkas connaît les secrets de cette jeune femme qu’à de diverses occasions, il protège des brimades de la tribu, au risque de se compromettre. Il va jusqu’à couvrir son évasion avec John Carter et Dejah Thoris. Il n’est donc pas seulement l’adversaire sympathique, mais aussi le protecteur.

  • Une histoire sensiblement différente
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Affiche du film John Carter (AllôCiné)

Hormis le fait – notable à l’écran – que les personnages ne sont pas nus (c’est un Disney, après tout!), il y a d’autres variations dans la trame de l’histoire. Si certains éléments demeurent, comme l’intervention du jeune Edgar Rice Burroughs (Daryl Sabara) au début du film, que l’on voit explorer l’étrange collection d’objets archéologiques rassemblée par John Carter qui, apprend-on, a passé les dix dernières années de sa vie à arpenter le monde à la recherche d’un mystérieux artéfact. C’est ainsi que le jeune homme se plonge dans le journal de Carter.

D’autres protagonistes sont ajoutés, les Therns – une sorte de prêtres protéiformes aux crânes rasés et aux robes blanches, dirigés par un certain Matai Shang (Mark Strong – le méchant de Kick-Ass). Ces personnages ne sont pas présents dans le premier volet du cycle de Barsoom et on ne les voit jamais dans Une Princesse de Mars.  C’est d’ailleurs après avoir tué l’un de ces Therns dans la grotte où il se cache, que Carter, en lui prenant son bijou, se retrouve transporté sur Mars. Ce bijou devient un élément de l’histoire à part entière puisque Tars Tarkas s’en emparera comme trophée quand il capturera John Carter. Celui-ci n’aura de cesse de chercher à le récupérer, car il y voit la clé de son retour sur Terre. De plus, on y voit le Prince Zan Than, prétendant malheureux de la belle Dejah Thoris, soutenu par les Therns qui s’emploient à faire échouer les recherches de la belle. C’est en fuyant la perspective de ce mariage qu’elle vole un vaisseau et passe au-dessus du camp Tark où elle est faite prisonnière et gardée par John Carter et Sola. C’est après que la Princesse ait aidé Carter à déchiffrer de vieilles inscriptions dans les ruines d’un temple interdit à la recherche d’une solution pour retourner sur Terre qu’ils sont jetés en prison, d’où Tars Tarkas va les tirer. Les fuyards seront rattrapés après avoir visité l’antique caverne d’Iss, puis séparés pour que l’histoire reprenne son cours comme dans le livre, l’intervention des Therns en plus.

Quant au twist final, ma foi, je ne vous en dirai pas plus, mais il était vraiment pas mal, surprenant, et en même temps celui que les spectateurs attendaient. Il laissait même penser à une suite qui malheureusement, n’a pas été tournée.

  • Conclusion

Comme vous l’avez constaté, le film, assez différent du livre, pourrait presque passer pour une création originale impliquant des personnages littéraires. Je dois même admettre que je préfèrerais presque l’histoire telle que l’a ré-écrite Disney, puisqu’elle aurait paru trop linéaire et un peu trop « macho » si elle avait été suivie à la lettre. Car si cette dimension surannée et kitsch participe du charme du livre, tout comme les nombreuses descriptions anthropologiques des différentes cultures et peuplades de Barsoom qui sont un vrai plaisir à lire. Mais dans un film, cela ne fonctionnerait pas.

Il faut prendre en compte les changements dans notre culture, dans nos goûts: nous sommes plus enclins à aller au cinéma pour en avoir plein les yeux, pour des histoires palpitantes, de l’action, de belles images, des rebondissements qu’on ne trouve pas forcément dans une histoire suivant un schéma classique. Surtout quand certaines sections du livre ne sont qu’une succession de combats gores contre de grosses bêtes martiennes, et de rencontres étranges. C’est intéressant et spectaculaire, mais peut-être pas suffisant pour produire un film hollywoodien et pour s’attacher aux personnages. De plus, les filles et les femmes aiment également les films d’action, et ne sont plus seulement là pour faire office d’épouse et de mère, tout comme les hommes ne sont pas censés être le prototype du mâle alpha comme un héros du XIXe siècle tel que l’est le John Carter du livre. Si vous avez lu des livres de Jules Verne, vous vous êtes aperçu qu’ils ne comptaient que peu de femmes, et que celles-ci, hormis Nadia dans Michel Strogoff, ne sont jamais impliquées dans les aventures des héros. Mais dans certaines adaptations télévisuelles et cinématographiques, des personnages féminins ont été étoffés ou ajoutés comme la veuve du Docteur Göteborg dans Voyage au Centre de la Terre qui accompagne le professeur Lindenbrook, Hans et Alex dans leur périple. De même, dans son Seigneur des Anneaux, Peter Jackson a donné plus d’importance aux personnages féminins, plus combattifs et plus présents, tout comme Stanton l’a fait avec Dejah Thoris et Sola qui se découvre un courage insoupçonné.

Et pourtant, ré-adapter l’histoire et les personnages était-il suffisant?… Le film n’est pas fidèle à cent pour cent au livre, et des puristes ont détesté le résultat, dénonçant la dimension trop commerciale de l’adaptation. Le fait est que le film a été un échec, et a reçu des critiques mitigées. En général, je ne m’axe jamais sur les critiques dans mes choix cinématographiques, parce que j’aime bien, de temps en temps, regarder de gros nanars avec mon frère, plutôt que des films qui me paraissent intellos, prétentieux ou surfaits. J’ai entendu John Carter qualifié de nanar – critique que je trouve un peu dur quand on prend en compte la direction artistique de qualité – mais j’ai eu la surprise de lire des critiques positives dans une certaine presse française habituellement réputée pour son exigence intellectuelle, et qui prend un malin plaisir à démonter les productions hollywoodiennes, le qualifiant de divertissement agréable. Et pour ma part, je suis assez d’accord: quand bien même il prend des libertés avec l’histoire originale, il est visuellement plaisant – que ce soit les paysages désertiques de Mars ou ses cités immenses, les créatures vertes comme les Tarks et autres bébêtes étranges… L’histoire est efficace, les personnages attachants et l’interprétation des acteurs plutôt bonne! Pour preuve, quand je l’ai vu, je n’ai pas senti ses deux heures passer! Et même mes grand-parents ont bien accroché!

Mais je pense qu’adapter de la vieille science-fiction est un exercice difficile. Je ne suis pas certaine, par exemple, qu’un film adapté d’un roman de Jules Verne aurait le même impact aujourd’hui que dans les années 1950, car notre monde, nos technologies, ont très vite évolué et ont changé notre vie. Il en est de même du point de vue des connaissances. Cela pourrait expliquer la réception mitigée de John Carter: si l’histoire se passe à la fin du XIXe siècle, et quand bien même l’auteur était très bien informé des connaissances de son temps sur la planète rouge, cela ne semble pas fonctionner. En effet, nous savons maintenant que Mars est bel et bien morte, avec une atmosphère très mince, et surtout FROIDE. Mais à l’époque d’Edgar Rice Burroughs, on avait eu vent de canaux observés par Schiaparelli à la surface de Mars, qui pouvaient laisser penser que des civilisations de bâtisseurs étaient à l’oeuvre sur la planète. Burroughs avait beaucoup lu sur la planète, sur sa faible gravité et sur son atmosphère trop mince.

C’est le même problème avec l’oeuvre de Jules Verne. En revanche, elle a su, de nos jours, inspirer le rétro-futurisme, les uchronies et la mouvance steampunk. Peut-être aurait-il été intéressant de prendre l’histoire de John Carter sous cet angle?… Pour ma part, je ne serais pas si dure dans mon jugement avec John Carter, et j’espère vous avoir donné l’envie d’y voir de plus près, aussi bien avec le livre que le film.

Blanche Mt.-Cl.

Si le coeur vous en dit:

Titre: John Carter
Année de production: 2012
Réalisation: Andrew Stanton
Origine: Etats-Unis
Durée: 2h13
Distribution: Taylor Kitsch, Lynn Collins, Willem Dafoe, Mark Strong, James Purefoy, Ciarán Hinds…