Retour aux sources – Brisée (Effacée t. 3, Teri Terry)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

71yCV0nBFFLAvant d’entamer cette chronique livre, je voudrais d’abord vous remercier pour le très bon démarrage du mois d’août sur le blog. 🙂 Ça faisait longtemps qu’il n’avait pas eu une telle fréquentation! 🙂 J’imagine que le lancement du roman et la fréquence des articles publiés n’y sont pas pour rien, mais tout de même, vous êtes vraiment fidèles et ça me touche quand on voit le boulot que représente ce blog! 🙂

Et maintenant, entrons dans le vif du sujet. J’ai enfin (c’est un bien grand mot, ce n’est pas comme si cette lecture avait été un supplice, non-plus!) terminé la trilogie young adult signée Teri Terry, Effacée. Après Effacée et Fracturée, je vous présente aujourd’hui Brisée, le troisième et ultime tome… C’est parti pour un voyage dans les tréfonds de sa mémoire et de ses origines… Chronique garantie SANS SPOILER quant aux tomes précédents! 🙂 Même si je développe un peu plus que le quatrième de couverture sur le pitch, histoire de vous mettre un peu plus l’eau à la bouche!… Car oui, après ça, cette sympathique trilogie ne squattera plus mes chroniques livre!

Je vous présenterai le résumé de cet opus, ce qui m’a plu, et en conclusion, un avis sur l’ensemble de la série.

Bonne lecture à vous! 🙂

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Réminiscences et suspicion – Fracturée (Effacée t.2, Teri Terry)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

51CYL5xmfHLAprès le premier tome de la série Effacée, j’ai eu très envie de connaître la suite et n’ai pas tardé à me lancée  dans la lecture du second tome, Fracturée, que j’ai terminé la semaine dernière dans le train. Pourvu que ces vacances studieuses me permettent de continuer mes lectures tranquillement (en même temps, j’ai quand même fini entretemps un intéressant ouvrage sur Paris au Moyen-Âge… Eh oui, j’ai aussi dans ma PAL ce genre d’ouvrage que vous ne verrez pas sur le blog!) 😉

C’est également par hasard que j’ai reçu ce second tome, avec le premier, à la place d’un autre ouvrage qui n’était plus disponible. Mais suite à ma surprise positive à la lecture du premier volume, je n’ai fait qu’une bouchée de celui-ci. En revanche, et je regrette un peu ce point car j’ai horreur de faire ça, vous aurez quelques spoilers quant au premier volume, pour mieux comprendre cette suite.

Nous allons donc retrouver Kyla, plus hantée que jamais par son passée malgré l’effacement de sa mémoire, et en proie à de terribles dilemmes…

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La docilité par l’amnésie – Effacée (Teri Terry)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

51J-Z-f0RELLe livre que je vais vous présenter ici est un peu différent de ce que j’ai mis en ligne récemment, c’est très loin de ressembler à Damnés ou à Merlin, car je reviens un peu au young adult avec Effacée de Teri Terry. À dire vrai, si je m’étais baladée en libraire, je n’aurais pas fait attention à ce livre dont le titre et la couverture m’évoquent surtout ces terribles livres de témoignages de victimes de maltraitances en tout genre. Bref, pas du tout ce que j’affectionne de lire.

Mais un beau jour, mes parents ayant un livre à commander à leur « club livresque » (si j’ose dire), et ne trouvant pas leur bonheur dans le catalogue, m’ont demandé de jeter un œil pour voir si je pouvais dégoter quelque chose leur évitant de recevoir le livre de la saison qui ne les intéressait pas outre mesure. Et finalement, le résumé d’Effacée m’a un peu intriguée, au point que j’ai fait la commande.

Et ce roman de S.F. young adult nous emmène dans un futur pas si lointain que ça, dans une Angleterre dictatoriale…

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Une dystopie d’amour et de homard – The Lobster (Yórgos Lánthimos, 2015)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Affiche du film – Source: Wikipedia

La chronique film de cette semaine revient avec un opus un peu particulier. Une réalisation récente. Une dystopie cruelle et sans concession que j’ai vue il y a quelques temps déjà et qu’il m’a fallu le temps de digérer avant d’en parler (j’avoue l’avoir vu dans une très, très mauvaise passe).

Il s’agit du film The Lobster, dont les affiches où les personnages semblent étreindre un fantôme, m’intriguaient beaucoup. Bon, en plus, un film intitulé « le homard » (en même temps, je suis persuadée d’avoir déjà vu un court-métrage répondant au doux nom du Homard… mais je m’égare), avec une affiche qui semble suinter la solitude, il faut s’attendre à quelque chose d’étrange..

Je vous en dis plus par ici…

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Education à la dure – « Battle Royale » (Kōshun Takami, 1999)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Comme je suis en plein dans ma « période japonaise » (j’ai découvert le manga il y a quelques mois seulement et je dévore allègrement Monster et Death Note), j’ai décidé de vous présenter un livre que j’ai lu il y a quelques temps déjà, j’ai nommé Battle Royale, de Kōshun Takami, sorti au Japon en 1999. Livre violent à souhait, qui aurait (je dis bien « aurait », au conditionnel) inspiré les Hungers Games, déjà présentés sur ce blog. Mais âmes sensibles, laissez-moi vous prévenir: les Hunger Games sont un véritable parcours de santé comparés à la Battle Royale. Il s’agit, d’après ce que j’ai tiré de mes recherches, d’un terme de catch, la battle royale désignant un combat à plusieurs, au cours duquel il est possible de s’allier temporairement… jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un.

Ceci dit, j’avoue avoir lu le livre après avoir vu le film, qu’une camarade de fac m’avait prêté.

Maintenant que ce principe est posé, accrochez-vous, parce que ça va décoiffer…

  • La survie à tout prix
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Couverture du livre en édition de poche

L’histoire se passe dans un futur proche, dans un état fictif connu sous le nom de République d’Extrême-Orient. Dans une société où circulation des biens, des humains et des informations est strictement contrôlée, la population s’est soumise à un gouvernement autoritaire, qui a donné un pouvoir sans égal à l’armée et à la police. Dans le cadre d’une politique de la terreur éprouvée et très bien rodée, s’est installée une sorte une méfiance, voire une haine générationelle qui a pour cible la jeunesse, et les adolescents en particulier.

Ainsi, chaque année, cinquante classes de seconde sont sélectionnées pour participer à un programme spécial lancé en 1947 – j’aurais dû préciser que nous étions dans le futur d’une réalité alternative – une expérimentation militaire, donc sans caméra de télé-réalité comme dans Hunger Games, destinée à « recueillir des statistiques » sur les capacités de survie des « champions », c’est à dire sur la vitesse à laquelle ils exterminent leurs camarades de classe. En effet, ce programme consiste à emmener, dans le plus grand secret, une classe sur une île, et d’ordonner aux élèves de s’entretuer. Le dernier survivant gagne ainsi le droit de vivre aux frais de l’Etat et un mot de la main du président. Les règles sont les suivantes: une fois arrivé sur l’île, chaque élève reçoit un numéro et une arme, ainsi qu’un collier avec balise, qui explose si son porteur tente de s’enfuir ou si celui-ci se trouve à un moment donné dans un secteur interdit.

Le roman suit une classe de seconde d’une trentaine d’élève, dont deux « éléments perturbateurs »: Shôgo Kawada,  et Kasuo Kiriyama. Les adolescents croient partir en voyage scolaire, et ne comprenant pas la présence des militaires, s’affolent, ce qui donne lieu à des catastrophes quand on leur explique le véritable objet de leur excursion. Une fois le début de la compétition lancée, on assiste à différentes stratégies de survie. Le personnage principal du roman, Shûya Nanahara, qui refuse la tuerie et voit son meilleur ami Yoshitoki Kuninobu tué des mains de leur professeur principal M. Sakamochi au début du programme, cherche à s’allier avec d’autres élèves. Il décide de protéger la douce Noriko Nakagawa, le béguin de son ami assassiné. Le chemin des deux adolescents va bientôt croiser celui de Shôgo Kawada, dont ils apprennent qu’il a survécu à une précédente édition du programme. Avec lui, ils vont tenter d’échapper au redoutable Kasuo Kiriyama, un tueur particulièrement retors…

Les alliances se font et se défont, chacun lutte pour sa survie, choisit de se rebeller ou de jouer le jeu. Mais il ne devra en rester qu’un…

  • Une violence institutionnalisée

Je n’aime pas trop parler politique car mon esprit passionné s’échauffe vite, et j’ai trop tâté des ressorts de la science politique pendant la dernière partie de mes études pour ne pas être écoeurée par le sujet. Mais il faut quand même l’aborder, même très succinctement.

Dans les recherches que j’ai pu faire sur Battle Royale, les critiques et bloggueurs littéraires se sont beaucoup perdus en réflexion sur le système politique de la République d’Extrême-Orient. Si l’on en croit les « exégètes » de Battle Royale, cette république qui tient plus que l’empire serait le résultat d’un véritable sentiment de revanche suite à la défaite de 1945. Ainsi on suppose que la famille impériale a été renversée par l’armée, qui exalte les vertus guerrières, jusqu’à glorifier la plus extrême violence.

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Petit aperçu des pages

Dans la politique de la terreur instaurée par cet état, les jeunes font partie des ennemis de l’intérieur et ont, à travers le programme, le privilège de montrer leurs propres mérites mais aussi de prouver par une victoire l’efficacité du système dans lequel ils ont grandi. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec l’éducation des jeunes Spartiates dans l’Antiquité: pour simplifier, la cité de Sparte, Etat militaire de la Grèce antique, donnait une solide éducation sportive et militaire aux jeunes garçons (aussi un peu aux filles) et à un certain âge, les livrait à une sorte d’épreuve connue sous le nom de la Kryptie – je crois qu’il en est fait mention dans les 300. Ce rite de passage consistait à laisser seul, en pleine nature et livré à lui-même, l’adolescent spartiate, pendant toute une année. La société spartiate étant extrêmement élitiste, ils n’étaient pas nombreux, recrutés parmi les plus hautes castes de la cité. Ainsi, durant un an, tous les coups étaient, paraît-il, permis pour survivre – vol, meurtres… Selon certaines interprétations extrêmes de l’éducation spartiate, on estimait que ceux qui ne survivaient pas n’étaient tout simplement pas dignes de vivre. Cela est bien sûr à relativiser, car les sources à ce sujet sont divergentes, et les historiens ne sont pas sûrs de son caractère solitaire. Et si certains y voient une préparation à la vie militaire, d’autres un genre de rite d’initiation comme on en trouve dans les sociétés secrètes. Beaucoup de mythes entourent donc cette épreuve.

Mais comme dans Battle Royale, cela est orchestrée par les autorités, et l’enjeu en est de prouver sa capacité à se débrouiller seul. Certains régimes politiques autoritaires, comme le IIIe Reich par exemple, s’en sont inspiré: en effet, on apprenait aux jeunes garçons des Jeunesses Hitlériennes, non seulement à s’endurcir physiquement pour devenir un redoutable combattant, mais aussi à mépriser toute forme de faiblesse. Tant et si bien que vers la fin du IIIème Reich, certains garçons jugés trop « faibles » n’étaient plus intégrés et leurs parents mis au ban de la société. Battle Royale n’est qu’une autre des interprétations de ces mythes d’éducation poussés à leur extrême.

Mais si le but de ces « exercices » pour les régimes susmentionnés étaient de gommer l’individualité pour faire corps avec le reste de l’armée – n’oubliez pas, comme je l’ai dit, qu’on n’est toujours pas sûr que la Kryptie se faisait en solitaire… Pour le coup, j’ai vraiment du mal à saisir le but de ce massacre dans Battle Royale. Au contraire des autres systèmes, cette compétition pousse l’individualisme à son extrême. Il s’agit d’exterminer des personnes qui ont pu être vos camarades, vos amis… comment apprendre à faire corps avec quelque organisme que ce soit?

  • Violence – Absurdité ou logique imparable?

Dans Battle Royale, la violence nous parait d’autant plus absurde qu’elle touche aux enfants. Ces enfants – on a beau dire, à quatorze ou quinze ans, on se conduit encore et on pense encore certaines choses comme des gamins – auxquels on aime à associer l’innocence et l’insouciance. Et ces êtres délicats et rêveurs se révèlent être de véritables machines à tuer. C’est déjà un point qui pose problème à la plupart des lecteurs, qui n’aiment pas se confronter à cela, et qui n’aiment pas plus voir des enfants maltraités et tués. Encore moins par leurs pairs. Ce massacre paraît atrocement inutile. Même dans une société telle que celle de Battle Royale: pourquoi s’amuser à zigouiller la jeunesse puisqu’elle représente l’avenir et la pérennité du système, plutôt qu’à lui laver le cerveau?

Dans le roman, on a une ébauche de réponse, lors de conversations entre le héros, Shûya et Shôgo, le survivant du programme. Après l’épreuve qu’il a traversée, il en est venu à penser qu’il s’agit d’une façon de briser l’esprit de résistance en acculant les « concurrents » à leur propre mort. Bien sûr, quand on voit la façon dont le professeur des enfants, M. Sakamochi, prend plaisir à les regarder se massacrer, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a là une bonne dose du sadisme de la part des adultes. Et pourtant, même si cela est très malheureux à dire… ces actes innommables ont une part de logique.

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Quatrième de couverture. Comme vous le voyez, j’ai un peu étoffé le pitch car on n’apprend pas grand chose pour le moment…

Je m’explique. Il ne s’agit absolument pas de cautionner ce survival morbide orchestré par un état dictatorial! Il y a presque trois ans, quand j’étais rédactrice en Angleterre et que je rédigeais des articles d’introduction à la géopolitique pour des jeunes, j’ai pondu un topo sur les enfants soldats. En fait, dans certaines pays en guerre, les chefs recrutent ou raflent des enfants pour en faire des soldats pour différentes raisons – pas d’obligation de les pays, plus insouciants et moins conscients de la mort, plus malléables. Pour s’assurer leur loyauté, les chefs de guerre  exploitent la volonté de survie de ces jeunes recrues et les soumettent souvent ces enfants à des épreuves terribles – par exemple à les obligeant à exécuter des proches, en les soumettant à des traitements dégradants pour s’assurer leur loyauté. Ainsi, le traumatisme de la violence subie et infligée – les psychologues insistent souvent sur le fait que la plupart d’entre nous ne prennent aucun plaisir à infliger la violence – brise les jeunes moralement, et en fait des marionnettes entre les mains de ceux qui sont à la fois leurs supérieurs et leurs bourreaux.

Battle Royale suit quelque peu la même logique. Ces lycéens deviennent des enfants guerriers par la force des choses, se voient obligés de reconsidérer leur système de valeurs, de choisir entre leur propre vie et celle d’amis proches. Certains ne supportent pas cet état de fait et se suicident (c’est le cas d’un petit couple d’amoureux qui saute de la falaise de l’île), et tentent tout de même de créer des alliances avec des camarades. Je pense à la bande de filles réfugiées dans le phare, ou aux geeks qui magouillent pour fuir. Quant aux autres… malheureusement, la situation fait aussi ressortir la bassesse de certains écoliers. Cela représente pour eux l’occasion d’écraser les autres, de prendre de petites revanches. On découvre ainsi quelques sadiques, garçons ou filles, prêts à toutes les brutalités et à toutes les ruses pour prendre les autres au piège. Car l’une des caractéristiques des enfants guerriers, du fait de leur jeunesse, est qu’il n’ont pas de limites…

  • Des personnages attachants et une narration qui vous tient en haleine

De courses poursuites en scènes intimistes, entre de nombreux personnages, on pourrait ne plus savoir où donner de la tête! Mais que nenni. L’histoire est terriblement bien ficelée, menée avec une rare énergie. Si la violence nous effraie, les aventures des différents protagonistes crée une sorte d’addiction, et ce jusqu’au final éclatant.

On assiste à plusieurs intrigues parallèles qui sortent un peu du lot, et nous amènent à mieux connaître certains des personnages: les progrès de Shûya pour amener Shôgo de son côté, peut-être la naissance d’un profond attachement entre Shûya et Noriko, les tentatives pour faire la jonction avec Shinji Mimura qui lui aussi est un ami de Shûya.

Ah… Shinji Mimura. Shinji Mimura, le nerd surdoué, populaire et mignon de la classe (dans la version filmée, l’interprète était si mignon que je me suis demandé dans chaque séquence où il apparaissait: « Mais pourquoi diable n’ai-je pas eu un gars comme ça dans ma classe au lycée? » – en même temps, nul ne sert de se faire du mal… jamais un gars comme ça n’aurait même posé les yeux sur moi! 😉 ) , s’installe quant à lui avec sa bande de copains dans un local informatique pour tenter de détourner le système de sécurité de l’île, s’échapper et libérer leurs camarades survivants, tout en tentant d’échapper au pervers sadique qu’est Kasuo Kiriyama.

Car oui, certains personnages sont extrêmement attachants. Ne serait-ce que le duo formé par Noriko et Shûya, handicapés par les pauvres « armes » qu’on leur a fournies, deux jeunes gens plutôt doux de nature, et même le côté rebelle et écorché vif de Shûya se révèle très touchant. Quant à leur improbable allié, le très dur et taciturne Shôgo, on découvre au fur et à mesure de ses révélations une personnalité tourmentée qui a cherché à s’endurcir à cause des épreuves traversées.

Concernant les personnages secondaires, vous avez dû comprendre que j’avais beaucoup apprécié la bande de Shinji et de ses potes. Et en plus, sérieusement, un SURDOUÉ, MIGNON, NERD ET POPULAIRE, ça nous change du bon élève qui se fait casser la gueule à la récré qui sert souvent de souffre-douleurs aux personnages plus « en vue » que lui. Plus l’histoire progresse plus on en apprend sur l’histoire du famille de ce petit génie, un peu plus vulnérable qu’il en a l’air, avec ses regrets…

  • Conclusion – Un brin dérangeant quand même
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Envie de vous y plonger plus en avant?

Pour les questions qu’il pose, et aussi pour cette bande d’adolescents qui essaient de rester intègres envers et contre tout, j’ai ADORÉ ce livre que j’ai dévoré en moins de trois jours. Il m’a tenue accrochée de bout en bout à ses pages.

Au final, je trouve qu’il pourrait également se lire comme une critique de notre société où la violence, si elle n’est pas physique, est aussi morale. Cela peut paraître un peu personnel comme grille de lecture, mais je ne peux m’empêcher de constater à quel point notre environnement est violent. Nous ne sommes pas dans un pays en guerre, donc j’entends MORALEMENT violent. Il faut toujours montrer qu’on est le plus fort, se battre, même pour quelque chose d’aussi basique qu’un job, pour se faire aimer – à titre amical ou romantique. Les gens se font culpabiliser dès qu’ils échouent quelque part ou que tout simplement ils ne fait pas les mêmes choix que les autres, ils sont moqués dès qu’ils ont des idées un peu différentes, ou parce qu’ils n’ont pas les dernières fringues à la mode… Bref, tous les coups sont permis, tout semble pensé pour écraser et encourager la malveillance. Cela donne à réfléchir sur ce à quoi nous sommes prêts ou non pour « survivre » et « exister » en ce monde.

Pour cette raison, Battle Royale est dérangeant car il nous met face à notre propre bassesse. Je n’en suis pas exempte, car moi-même en lisant ces lignes, je m’imaginais dans le jeu avec ma classe de terminale, faisant payer à toutes ces personnes qui m’avaient rabaissée (ça paraît bateau dit comme ça, mais je n’étais pas vraiment populaire à l’école et j’ai un peu souffert de mes goûts différents, de mes bonnes notes… c’est tellement cliché, quand j’y pense! 😉 ) les souffrances qu’elles m’avaient infligées. Bref, de quoi me poser la question de ma propre moralité! J’ai dépassé ce cap depuis longtemps, mais à cette époque, ces pensées m’avaient faite un peu flipper. Comme quoi finalement, même la littérature de fiction, et en plus des sous-genres comme l’anticipation, mène à la réflexion! 🙂

Ce livre a été décliné en deux films Battle Royale et Battle Royal II. A part la fin qui part un peu en sucette avec un Takeshi Kitano complètement barré, le premier opus est relativement fidèle au livre… Mais quand j’ai vu le début du deuxième, ça sentait tellement le réchauffé et la surenchère, à coup d’éclaboussures de sang et de gamines qui gueulent comme des ânes, que je n’ai pas tenu dix minutes… En revanche, maintenant que j’ai commencé à lire des mangas, je suis très curieuse de la déclinaison manga de Battle Royale, et de Blitz Royale, sa suite…  Si vous les avez lus, je serai très curieuse de connaitre votre avis à ce sujet!

Sinon, j’espère vous avoir donner envie de découvrir Battle Royale, le roman, et d’ouvrir ces pages qui vont vous électriser!

Titre: Battle Royale (バトル・ロワイアル, Batoru Rowaiaru)
Auteur: Kōshun/Koushun Takami
Editions: Le Livre de Poche
Collection: Littérature et Documents
864 p.
Parution: Mars 2008
Prix: 8,60 €

Blanche Mt.-Cl.

Redécouvrir sa propre humanité – « Equilibrium » (2002)

Titre: Equilibrium
Année de production: 2002
Réalisation: Kurt Wimmer
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h47
Distribution: Christian Bale, Emily Watson, Taye Diggs, Sean Bean…

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Affiche – Source: Imdb.com

Derrière le slogan quelque peu pompeux d’ « Oubliez Matrix » se cache l’un des films de science-fiction qui m’ait le plus marqué ces dernières années: Equilibrium, dirigé par Kurt Wimmer en 2002, qui a eu la malchance de sortir à peu près en même temps que les suites de Matrix. Eh bien même si cela peut sonner comme une hérésie, ce film m’a vraiment fait oublier Matrix dont les suites m’avaient beaucoup déçue – à mon avis, les Wachovski ont eu un peu de mal à trouver l’équilibre entre action pure et délire pseudo-phylosophique qui faisait le plaisir de mes potes « pseudo-intello » d’alors. Bref. Bien qu’étant fan  de Christian Bale (à la fois question de performance et de packaging, si j’ose dire), j’ai d’abord considéré Equilibrium avec méfiance, et j’ai attendu de le voir sur le câble pour acheter le DVD. Le sujet, l’histoire, l’esthétique, et ces enjeux liés à l’humanité et à l’émotion – absolument tout m’avait séduite.

Car l’émotion est l’essence-même d’Equilibrium, et ce pour une raison simple: imaginez une société futuriste et dystopique, où les citoyens ne sont pas autorisés à éprouver le moindre sentiment, la moindre émotion, et doivent absorber à intervalle régulier une drogue appelée le Prozium… et vous aurez une petite idée de ce qui se joue à Libria pour l’Ecclésiaste John Preston interprété par Christian Bale.

  • Libria
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La police de Libria – Source: equilibriumfans.com

L’histoire se passe donc dans la cité-Etat de Libria, vers la fin du XXIe siècle. Après une Troisième Guerre mondiale particulièrement meurtrière, les survivants ont élaboré la théorie suivante: ce cataclysme a été provoqué par la haine que les humains éprouveraient les uns pour les autres. Il s’agit donc d’attaquer le mal par la racine, en éradiquant la capacité des hommes à ressentir la haine. Pour cela, une seule solution: inhiber complètement les émotions des hommes – peine, douleur, jalousie, haine, mais aussi remords, joie, amour – par l’utilisation massive d’une drogue spécifique, le Prozium. Les citoyens de Libria ne peuvent donc pas être jaloux d’un autre, mais ne peuvent pas non-plus tomber amoureux ou prendre du plaisir à regarder une oeuvre d’art. Ils ne pleurent pas, ne cherchent pas l’accomplissement personnel ou la différenciation. Toute forme d’expression individuelle, dont l’art, est interdite. Tout cela est renforcée par l’uniformité des vêtements, des appartements et de l’aménagement des bureaux. Car l’uniformité est la base de cette société, afin de préserver la paix dans le monde. Ainsi, à différents moments de ma journée, les citoyens s’injectent du Prozium, et les objets classés E-101, c’est-à-dire à contenu émotionnels – films, enregistrements musicaux, oeuvres d’art, parfum, parfois de simple accessoires du quotidien – sont automatiquement incinérés. L’uniformité et la disparition de l’individualité est renforcée par la disparition des visages: en effet, les gardes ou agents de la police politique qui accompagnent parfois les Ecclésiastes en missions, ainsi que les bourreaux qui amènent les transgresseurs à l’incinérateur, sont toujours masqués ou casqués, comme si l’individualité était niée au point de refuser que les êtres aient des visages différents les uns des autres.

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Une vue du centre-ville de Libria – Source: tboake.com

Equilibrium fait sienne cette citation d’Heinrich Heine qui veut que: « Là où l’on brûle les livres, on finit par brûler des hommes. » Puisque Libria compte des ennemis en son sein: les « transgresseurs » (sense offender en version originale) refusent de prendre le Prozium. La plupart d’entre eux vivent dans les champs de ruines à l’extérieur de Libria surnommés les Enfers, ou dans des bases souterraines. Ils protègent différentes oeuvres d’arts et animaux de la police politique, le Tetra-Grammaton. Ses officiers, les Ecclésiastes, sont un genre de super-combattants pratiquant un art martial particulier, le « gun-cata », et sont en mesure d’identifier et d’arrêter les transgresseurs qui sont soit fusillés, soit incinérés vifs. L’Etat est dirigé par le Père (Sean Pertwee), qui s’adresse quotidiennement à la foule par le biais d’écrans géants et même d’images projetés sur des dirigeables.

Les lecteurs de science-fiction ou les curieux y reconnaîtront des éléments issus de différentes oeuvres, comme 1984 d’Orwell pour la dimension totalitaire et la dénonciation des transgresseurs, Farenheit 451 pour la destruction des biens culturels – et tout comme dans ces histoires, le personnage principal est censé être un acteur et un protecteur du système. Le Meilleur des Deux mondes ferait aussi partie des sources d’inspiration, mais comme je ne l’ai pas encore lu…

  • L’histoire
Partridge et Preston au siège du Tetra-Grammaton - Source: Allôciné.fr
Partridge et Preston au siège du Tetra-Grammaton – Source: Allôciné.fr

Le film commence quand John Preston (Christian Bale), un Ecclésiaste haut-gradé, vient arrêter un groupe de transgresseurs aux Enfers avec son co-équipier Errol Partridge (Sean Bean). Après avoir fait brûler la Joconde que les trangresseurs sus-mentionnés protégeaient, Preston exprime quelque suspicion quant à son collaborateur qu’il a surpris s’emparant d’un recueil de poésie lors de l’opération. Réalisant que celui-ci ne l’incinèrera jamais, il le suit jusqu’aux Enfers en pleine nuit et le trouve assis dans une cathédrale en ruine, à lire et déclamer du Yeats. Comme d’habitude, Sean Bean ne reste pas vivant jusqu’à la fin du film, car Preston exécute Patridge sans état d’âme. Pourtant, durant la nuit suivante, il rêve de sa défunte épouse, morte exécutée par incinération pour transgression, et au réveil, brise accidentellement sa capsule de Prozium. Avant même de pouvoir la remplacer, il fait la connaissance du remplaçant de Partridge, un Ecclésiaste consciencieux du nom de Brandt (Taye Diggs). Ensemble, ils arrêtent la transgresseuse Mary O’Brien (Emily Watson). Sans Prozium, assailli par des sentiments profondément enfouis qui remontent à la surface, Preston empêche Brandt de tirer sur Mary alors que celle-ci se défend. En fouillant dans ses affaires, il comprend que Mademoiselle O’Brien était la compagne de Partridge… Il se rapproche peu à peu des milieux de la Résistance et fait la connaissance de son chef, Jurgen (William Fichtner).

Interrogatoire de Mary - Source: equilibriumfans.com
Interrogatoire de Mary – Source: equilibriumfans.com

Très vite, il doit faire face à la suspicion de son propre fils éduqué à l’école de Libria et de Brandt, au moment où le Vice-Consul (Angus McFadyen) confie à Preston la mission de trouver un traitre parmi les Ecclésiastes et de tuer les chefs de la Résistance. En parallèle, Jurgen, dont Preston a gagné la confiance, lui demande de participer à une opération visant à détruire les stocks de Prozium et à tuer le Père… Mais dans un état totalitaire, rien ne peut aller facilement.

  • Une atmosphère fascinante et captivante

Bien que le film, une série B, souffre de quelques faiblesses dont plusieurs faux raccords, et ne puisse être considéré comme un chef d’oeuvre, il peut fasciner de par sa reconstitution d’une dictature du future. A mon sens, le résultat est esthétiquement très plaisant, avec des couleurs dé-saturées, voire quasiment inexistantes – noir, gris, gris-bleu, bleu sombre. Il n’y a quasiment pas de couleur associée à des sentiments comme le rouge, l’orange, le jaune or, le bleu soutenu ou le vert à Libria. Même les gyrophares des Ecclésiastes sont blancs.

L’architecture de la cité, très massive, est assez impressionnante – j’aime à l’appeler « dictatoriale ». Bien que les vues de Libria soient pour la plupart en image de synthèse, plusieurs scènes ont été tournées à Berlin pour ce mélange d’architecture fasciste (les arcades du stade olympique construit pour les Jeux de 1936, notamment) et massives. D’autres scènes ont été tournées près de la Porte de Brandebourg, de la Deutschlandshalle ou du Bundestag. Les intérieurs, comme ceux du Tetra-Grammaton, sont assez grandioses – on y voit des sculptures et des colonnades massives dans cette scène où le Vice-Consul convoque Brandt et Preston – et très ordonnés, symétriques, aseptisés, et les fenêtres des appartements sont obstruées par une pellicule translucide qui ne laisse pas voir le paysage.

Preston arrachant cette pellicule qui obstrue sa vue - Source: equilibriumfans.com
Preston arrachant cette pellicule qui obstrue sa vue – Source: equilibriumfans.com

C’est d’ailleurs vers sa fenêtre que se dirige Preston, à peine réveillé d’un cauchemar où il revoyait l’arrestation puis l’exécution de sa femme, pour arracher cette pellicule: s’offre alors à lui une vue surprenante de Libria dans la lumière dorée de l’aube. J’en arrive donc à cet autre aspect visuel du film, à savoir l’utilisation de couleurs chaudes dans les scènes à fort contenu émotionnel – comme la découverte de cette vue de Libria que jusque là le spectateur n’avait vu que grise, et qui la re-découvre en même temps que Preston. Il en est de même lors de la découverte de la planque où Mary O’Brien cache ses souvenirs de couleurs soutenus comme le bleu roi ou le rouge de flacon de verre, l’orange cuivré d’un vieux gramophone à la lumière dorée d’une lampe à pétrole. J’ai également noté, la seconde fois que j’ai vu le film, que même le teint des personnages change selon qu’ils soient ou non transgresseurs: en effet, si les visages semblent légèrement gris et neutres, on perçoit l’afflux sanguin montant au visage d’un Preston en colère ou désespéré: un exemple particulièrement marquant en est le souvenir de l’Ecclésiaste associé à l’arrestation de son épouse. Lorsque celle-ci se dégage des Ecclesiastes et se jette au cou de son mari pour l’embrasser, elle lui murmure de ne pas l’oublier. A cet instant, on voit les joues de Preston rougir, ce qui montre bien cette capacité à ressentir, enfouie au plus profond de lui-même…

Quant à la bande-originale, elle sonne… dictatoriale elle aussi. Bon, vous n’êtes pas sans connaître ce cliché qui associe la musique de Wagner et les choeurs de l’Armée rouge au nazisme et au communisme d’URSS – ce qui semble avoir inspiré Klaus Badelt dans la composition de la musique d’Equilibrium. Elle est très caractéristique, grave, solennelle, à la fois lente et rythmée, s’accordant parfaitement à l’environnement visuel de Libria, si l’on met à part des morceaux électro lors des scènes d’action.

Mais ce qui fait la puissance du film, c’est surtout le parcours personnel du héros, un individu qui redécouvre sa propre humanité…

  • Un parcours individuel

En faisant quelques recherches sur le film, j’ai été touchée en apprenant que Kurt Wimmer avait trouvé l’inspiration dans sa propre vie. Diplômé en arts, il aurait été dégoûté par la pédanterie du milieu artistique et aurait décidé de ne plus ressentir quoi que ce soit à la vue d’une oeuvre artistique. Il aurait finalement redécouvert le plaisir de l’art après être devenu père. C’est un peu le parcours de Preston qui dans Equilibrium redécouvre une part oubliée de son humanité: sa capacité à éprouver des sentiments.

Preston découvrant un disque de Beethoven dans une cachette de transgresseurs - Source: equilibriumfans.com
Preston découvrant un disque de Beethoven dans une cachette de transgresseurs – Source: equilibriumfans.com

Il y parvient, tout d’abord accidentellement, lorsqu’il brise sa capsule de Prozium, et se redécouvre lors de ses rencontres avec Mary et Jurgen, à travers ses souvenirs et la découverte d’oeuvres d’art. Les premières larmes que nous voyons Preston verser sont dues à la musique, particulièrement à l’écoute du premier mouvement de la Neuvième Symphonie de Beethoven – pas l’Hymne à la Joie. J’ai adoré cette scène, que j’ai trouvé très belle et extrêmement touchante – sans doute parce que j’aime Beethoven aussi! On retrouve également cette relation à l’art du côté de Partridge qui peut avant son exécution, récite un poème de Yeats: « Mais moi, je suis pauvre, je n’ai que mes rêves/ J’ai déroulé mes rêves à tes pieds,/Marche doucement car tu marches sur mes rêves… » (But I, being poor, have only my dreams; /
I have spread my dreams beneath your feet;
/ Tread softly because you tread on my dreams…) avant d’ajouter: « Assume ton rêve, Preston. » Il comprend donc déjà que Preston a cette chose inscrite en lui-même, ses sentiments, sa personnalité, et peut-être des envies et des rêves.

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Preston faisant face à un Brandt soupçonneux – Source: equilibriumfans.com

La découverte de l’émotion ne se fait pas sans heurt: en effet, comment mettre un mot sur des émotions qu’on n’est pas censé ressentir, et que l’on a jamais ressenties avant? En effet, comme l’a fait remarquer Partridge à Preston se disant désolé de devoir l’exécuter, celui-ci n’a aucune idée de ce qu’est avoir du remords. Cette éducation émotionnelle, si j’ose dire, permet de mieux d’identifier au personnage, tout d’abord froid, presque mécanique, de John Preston, cet Ecclésiaste sans la moindre émotion, qui se débat avec des sentiments qu’il ne parvient à identifier.

Le fait est que Christian Bale, mes goûts esthétiques mis à part, est un très bon acteur. S’il en jette dans son uniforme sombre, impassible avant de massacrer des transgresseurs, il est transfiguré par ces moments où son personnage découvre sa propre émotivité, par cette tension où il se débat, entre ses sentiments, cette nouvelle capacité d’empathie à l’encontre des transgresseurs – et même d’un chiot qu’il ne laisse pas abattre lors d’une descente aux Enfers, et cette peur de se faire prendre. La différente entre ce Preston agent du système et ce Preston pris en tant qu’individu, est tangible lors d’une scène où il visionne, horrifié, une vidéo de l’exécution de sa femme et remarque sa propre impassibilité à ce moment-là. L’expressivité de Bale est juste impeccable, et fait un pendant parfait à toutes ces agents du Tetra-Grammaton qui sont autant de silhouettes casquées et masquées, telles des fantômes.

Mary O'Brien - Source: equilibriumfans.com
Mary O’Brien – Source: equilibriumfans.com

D’autant plus que son personnage se trouve en butte, et ce en peu de temps, à tous les types d’émotion – peur d’être pris, tristesse en repensant à sa femme, solitude, tendresse envers ses enfants, étonnement face à un lever de soleil, haine et dégoût de ses supérieurs, chagrin à la perte d’un être dont il s’était immédiatement épris… à savoir Mary O’Brien avec qui il redécouvre une certaine forme d’amour, puisqu’il fera tout pour la sauver. Ce qui, comme on s’en doute, lui vaudra des ennuis car il craque. D’ailleurs, chapeau bas pour le choix d’Emily Watson dans le rôle de Mary: j’ai toujours été fascinée par l’expressivité et l’intensité de son regard qui a dû captiver notre Ecclésiaste.

Mais Preston, à peine ses émotions découvertes, va devoir les juguler pour mener à bien une mission politique, et apprendre que se laisser aller à celles-ci est un privilège, un luxe qu’il ne peut se permettre. C’est ce que lui enseigne Jurgen, le chef de la Résistance, car il sait que des choix difficiles imposent de mettre ses propres sentiments de côté. Y parviendra-t-il? C’est ce que vous saurez en regardant Equilibrium

En revanche, j’avoue m’être posé une question un peu tirée par les cheveux, et peut-être que Kurt Wimmer lui-même n’y a pas vraiment pensé. Il semble, à la lumière des rêves de Preston relatifs à sa femme, que le Prozium ne touche pas l’inconscient, et laisse cette marge aux êtres humains. Comme s’il soignait le symptôme mais pas la cause elle-même, et qu’au final, les sentiments ne peuvent totalement disparaitre, qu’ils sont là, tapis quelque part, et que chaque citoyen de Libria a en lui-même cette étincelle. Si tel n’était pas le cas, comment Preston, tout juste sorti de la torpeur du Prozium, aurait-il été capable de ré-arranger la disposition de son bureau à son propre goût, quand, depuis sa naissance, il n’a jamais eu aucune idée de ce que signifie développer des préférences personnelles et les exprimer? Comment peut-il savoir qu’un simple décalage de sa boîte de trombones le mettrait plus à l’aise?

  • Conclusion
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On termine avec Preston, juste pour le plaisir… – Source: equilibriumfans.com

Comme vous avez pu le lire dans cette critique – plus qu’une analyse – ce film m’a beaucoup touchée. J’ai beaucoup aimé l’histoire et me suis attachée au personnage principal, et aussi parce qu’adolescente, quand j’ai songé à écrire de la science-fiction, je me suis demandé ce que donnerait un monde où les émotions seraient bannies et inexistantes, et surtout, quelles en seraient les conséquences et les applications – guerre, manipulation des masses, exploitation au travail. Ça me faisait froid dans le dos, rien que d’imaginer jusqu’où « l’imaginaire despotique » peut aller.

Bien sûr, Equilibrium a ses faiblesses, ses faux-raccords, et les critiques ne sont pas nécessairement tendres avec cette série B à la mise en scène impeccable et de bonne facture, qui n’a pas bénéficié des budgets d’un blockbuster. Toujours est-il que pour certaines communautés de fans, il est considéré comme un film culte. Et quand on arrive à déchiffrer son code visuel, il devient possible et même très amusant de voir les réactions, subtiles, de chaque personnages, et de comprendre qui ressent ou non quelque chose. Pour ma part, je pense que l’univers exploré par Kurt Wimmer aurait mérité d’être approfondi, voire développé, avec des intrigues secondaires et plus de personnages féminins. Inutile de vous dire que je rêverais d’une version longue de ce film!

Je recommande donc ce film beaucoup plus riche qu’il n’y paraît, pour son atmosphère particulière et ses très bons acteurs, et pour son scénario plutôt sympathique qui aurait mérité un traitement plus en profondeur. Je vous souhaite donc un bon visionnage, ainsi qu’une bonne nuit!

Blanche Mt.-Cl.