Conte onirique et surréaliste – La Belle et la Bête (Jean Cocteau, 1946)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Une très belle affiche du film – Source: AlloCiné

Me voici de retour avec la chronique cinéma de la semaine! 🙂 Il y a quelques temps, j’évoquais Peau d’Âne de Jacques Demy, et cela m’a rappelé une autre adaptation de conte, tout aussi française et tout aussi culte. Ainsi j’ai décidé de vous faire redécouvrir un classique qui, je l’espère, vous ravira: La Belle et la Bête, réalisé par Jean Cocteau et sorti en 1946, avec l’irremplaçable Jean Marais.

La Belle et la Bête était un film-phare de la vidéothèque de mes parents quand j’étais toute petite, et je l’ai même vu avant le dessin animé de Disney (une jolie réussite également). Il est très intéressant de voir comment Jean Cocteau a adapté cette histoire intemporelle.

Je vous emmène donc en un endroit où, quand les bêtes reviennent de la chasse et croisent une jeune fille innocente, la honte du sang versé fait fumer leurs mains…

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Bâtisseurs de rêves – « Inception » (Christopher Nolan, 2010)

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Logo du film – Source: Wikipedia

Titre: Inception
Année de sortie: 2010
Réalisation: Christopher Nolan
Origine: Etats-Unis, Royaume-Uni
Durée: 2h28
Distribution: Leonardo DiCaprio, Joseph Gordon-Levitt, Ken Watanabe, Michael Caine, Ellen Page, Tom Hardy, Cillian Murphy, Tom Berenger, Marion Cotillard…

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Me voici de retour avec la chronique cinéma de la semaine qui va vous plonger en plein rêve… Vous l’avez deviné, il s’agit bien sûr de l’un des plus gros succès cinématographiques de ces dernières années, Inception. J’avais déjà fait la connaissance de Christopher Nolan quelques temps auparavant grâce à Batman: Begins (ben oui, Batman et Christian Bale dans le même film, vous ne croyiez quand même pas que j’allais résister!) et Memento.

Très fan de sa puissante ré-interprétation du mythe de Batman, et subjuguée par les bande-annonces, j’ai décidé d’aller le voir au cinéma à sa sortie. Suivez-moi au royaume des rêves, dans une autre réalité, celle de l’esprit, où absolument TOUT est possible…

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Redécouvrir sa propre humanité – « Equilibrium » (2002)

Titre: Equilibrium
Année de production: 2002
Réalisation: Kurt Wimmer
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h47
Distribution: Christian Bale, Emily Watson, Taye Diggs, Sean Bean…

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Affiche – Source: Imdb.com

Derrière le slogan quelque peu pompeux d’ « Oubliez Matrix » se cache l’un des films de science-fiction qui m’ait le plus marqué ces dernières années: Equilibrium, dirigé par Kurt Wimmer en 2002, qui a eu la malchance de sortir à peu près en même temps que les suites de Matrix. Eh bien même si cela peut sonner comme une hérésie, ce film m’a vraiment fait oublier Matrix dont les suites m’avaient beaucoup déçue – à mon avis, les Wachovski ont eu un peu de mal à trouver l’équilibre entre action pure et délire pseudo-phylosophique qui faisait le plaisir de mes potes « pseudo-intello » d’alors. Bref. Bien qu’étant fan  de Christian Bale (à la fois question de performance et de packaging, si j’ose dire), j’ai d’abord considéré Equilibrium avec méfiance, et j’ai attendu de le voir sur le câble pour acheter le DVD. Le sujet, l’histoire, l’esthétique, et ces enjeux liés à l’humanité et à l’émotion – absolument tout m’avait séduite.

Car l’émotion est l’essence-même d’Equilibrium, et ce pour une raison simple: imaginez une société futuriste et dystopique, où les citoyens ne sont pas autorisés à éprouver le moindre sentiment, la moindre émotion, et doivent absorber à intervalle régulier une drogue appelée le Prozium… et vous aurez une petite idée de ce qui se joue à Libria pour l’Ecclésiaste John Preston interprété par Christian Bale.

  • Libria
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La police de Libria – Source: equilibriumfans.com

L’histoire se passe donc dans la cité-Etat de Libria, vers la fin du XXIe siècle. Après une Troisième Guerre mondiale particulièrement meurtrière, les survivants ont élaboré la théorie suivante: ce cataclysme a été provoqué par la haine que les humains éprouveraient les uns pour les autres. Il s’agit donc d’attaquer le mal par la racine, en éradiquant la capacité des hommes à ressentir la haine. Pour cela, une seule solution: inhiber complètement les émotions des hommes – peine, douleur, jalousie, haine, mais aussi remords, joie, amour – par l’utilisation massive d’une drogue spécifique, le Prozium. Les citoyens de Libria ne peuvent donc pas être jaloux d’un autre, mais ne peuvent pas non-plus tomber amoureux ou prendre du plaisir à regarder une oeuvre d’art. Ils ne pleurent pas, ne cherchent pas l’accomplissement personnel ou la différenciation. Toute forme d’expression individuelle, dont l’art, est interdite. Tout cela est renforcée par l’uniformité des vêtements, des appartements et de l’aménagement des bureaux. Car l’uniformité est la base de cette société, afin de préserver la paix dans le monde. Ainsi, à différents moments de ma journée, les citoyens s’injectent du Prozium, et les objets classés E-101, c’est-à-dire à contenu émotionnels – films, enregistrements musicaux, oeuvres d’art, parfum, parfois de simple accessoires du quotidien – sont automatiquement incinérés. L’uniformité et la disparition de l’individualité est renforcée par la disparition des visages: en effet, les gardes ou agents de la police politique qui accompagnent parfois les Ecclésiastes en missions, ainsi que les bourreaux qui amènent les transgresseurs à l’incinérateur, sont toujours masqués ou casqués, comme si l’individualité était niée au point de refuser que les êtres aient des visages différents les uns des autres.

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Une vue du centre-ville de Libria – Source: tboake.com

Equilibrium fait sienne cette citation d’Heinrich Heine qui veut que: « Là où l’on brûle les livres, on finit par brûler des hommes. » Puisque Libria compte des ennemis en son sein: les « transgresseurs » (sense offender en version originale) refusent de prendre le Prozium. La plupart d’entre eux vivent dans les champs de ruines à l’extérieur de Libria surnommés les Enfers, ou dans des bases souterraines. Ils protègent différentes oeuvres d’arts et animaux de la police politique, le Tetra-Grammaton. Ses officiers, les Ecclésiastes, sont un genre de super-combattants pratiquant un art martial particulier, le « gun-cata », et sont en mesure d’identifier et d’arrêter les transgresseurs qui sont soit fusillés, soit incinérés vifs. L’Etat est dirigé par le Père (Sean Pertwee), qui s’adresse quotidiennement à la foule par le biais d’écrans géants et même d’images projetés sur des dirigeables.

Les lecteurs de science-fiction ou les curieux y reconnaîtront des éléments issus de différentes oeuvres, comme 1984 d’Orwell pour la dimension totalitaire et la dénonciation des transgresseurs, Farenheit 451 pour la destruction des biens culturels – et tout comme dans ces histoires, le personnage principal est censé être un acteur et un protecteur du système. Le Meilleur des Deux mondes ferait aussi partie des sources d’inspiration, mais comme je ne l’ai pas encore lu…

  • L’histoire
Partridge et Preston au siège du Tetra-Grammaton - Source: Allôciné.fr
Partridge et Preston au siège du Tetra-Grammaton – Source: Allôciné.fr

Le film commence quand John Preston (Christian Bale), un Ecclésiaste haut-gradé, vient arrêter un groupe de transgresseurs aux Enfers avec son co-équipier Errol Partridge (Sean Bean). Après avoir fait brûler la Joconde que les trangresseurs sus-mentionnés protégeaient, Preston exprime quelque suspicion quant à son collaborateur qu’il a surpris s’emparant d’un recueil de poésie lors de l’opération. Réalisant que celui-ci ne l’incinèrera jamais, il le suit jusqu’aux Enfers en pleine nuit et le trouve assis dans une cathédrale en ruine, à lire et déclamer du Yeats. Comme d’habitude, Sean Bean ne reste pas vivant jusqu’à la fin du film, car Preston exécute Patridge sans état d’âme. Pourtant, durant la nuit suivante, il rêve de sa défunte épouse, morte exécutée par incinération pour transgression, et au réveil, brise accidentellement sa capsule de Prozium. Avant même de pouvoir la remplacer, il fait la connaissance du remplaçant de Partridge, un Ecclésiaste consciencieux du nom de Brandt (Taye Diggs). Ensemble, ils arrêtent la transgresseuse Mary O’Brien (Emily Watson). Sans Prozium, assailli par des sentiments profondément enfouis qui remontent à la surface, Preston empêche Brandt de tirer sur Mary alors que celle-ci se défend. En fouillant dans ses affaires, il comprend que Mademoiselle O’Brien était la compagne de Partridge… Il se rapproche peu à peu des milieux de la Résistance et fait la connaissance de son chef, Jurgen (William Fichtner).

Interrogatoire de Mary - Source: equilibriumfans.com
Interrogatoire de Mary – Source: equilibriumfans.com

Très vite, il doit faire face à la suspicion de son propre fils éduqué à l’école de Libria et de Brandt, au moment où le Vice-Consul (Angus McFadyen) confie à Preston la mission de trouver un traitre parmi les Ecclésiastes et de tuer les chefs de la Résistance. En parallèle, Jurgen, dont Preston a gagné la confiance, lui demande de participer à une opération visant à détruire les stocks de Prozium et à tuer le Père… Mais dans un état totalitaire, rien ne peut aller facilement.

  • Une atmosphère fascinante et captivante

Bien que le film, une série B, souffre de quelques faiblesses dont plusieurs faux raccords, et ne puisse être considéré comme un chef d’oeuvre, il peut fasciner de par sa reconstitution d’une dictature du future. A mon sens, le résultat est esthétiquement très plaisant, avec des couleurs dé-saturées, voire quasiment inexistantes – noir, gris, gris-bleu, bleu sombre. Il n’y a quasiment pas de couleur associée à des sentiments comme le rouge, l’orange, le jaune or, le bleu soutenu ou le vert à Libria. Même les gyrophares des Ecclésiastes sont blancs.

L’architecture de la cité, très massive, est assez impressionnante – j’aime à l’appeler « dictatoriale ». Bien que les vues de Libria soient pour la plupart en image de synthèse, plusieurs scènes ont été tournées à Berlin pour ce mélange d’architecture fasciste (les arcades du stade olympique construit pour les Jeux de 1936, notamment) et massives. D’autres scènes ont été tournées près de la Porte de Brandebourg, de la Deutschlandshalle ou du Bundestag. Les intérieurs, comme ceux du Tetra-Grammaton, sont assez grandioses – on y voit des sculptures et des colonnades massives dans cette scène où le Vice-Consul convoque Brandt et Preston – et très ordonnés, symétriques, aseptisés, et les fenêtres des appartements sont obstruées par une pellicule translucide qui ne laisse pas voir le paysage.

Preston arrachant cette pellicule qui obstrue sa vue - Source: equilibriumfans.com
Preston arrachant cette pellicule qui obstrue sa vue – Source: equilibriumfans.com

C’est d’ailleurs vers sa fenêtre que se dirige Preston, à peine réveillé d’un cauchemar où il revoyait l’arrestation puis l’exécution de sa femme, pour arracher cette pellicule: s’offre alors à lui une vue surprenante de Libria dans la lumière dorée de l’aube. J’en arrive donc à cet autre aspect visuel du film, à savoir l’utilisation de couleurs chaudes dans les scènes à fort contenu émotionnel – comme la découverte de cette vue de Libria que jusque là le spectateur n’avait vu que grise, et qui la re-découvre en même temps que Preston. Il en est de même lors de la découverte de la planque où Mary O’Brien cache ses souvenirs de couleurs soutenus comme le bleu roi ou le rouge de flacon de verre, l’orange cuivré d’un vieux gramophone à la lumière dorée d’une lampe à pétrole. J’ai également noté, la seconde fois que j’ai vu le film, que même le teint des personnages change selon qu’ils soient ou non transgresseurs: en effet, si les visages semblent légèrement gris et neutres, on perçoit l’afflux sanguin montant au visage d’un Preston en colère ou désespéré: un exemple particulièrement marquant en est le souvenir de l’Ecclésiaste associé à l’arrestation de son épouse. Lorsque celle-ci se dégage des Ecclesiastes et se jette au cou de son mari pour l’embrasser, elle lui murmure de ne pas l’oublier. A cet instant, on voit les joues de Preston rougir, ce qui montre bien cette capacité à ressentir, enfouie au plus profond de lui-même…

Quant à la bande-originale, elle sonne… dictatoriale elle aussi. Bon, vous n’êtes pas sans connaître ce cliché qui associe la musique de Wagner et les choeurs de l’Armée rouge au nazisme et au communisme d’URSS – ce qui semble avoir inspiré Klaus Badelt dans la composition de la musique d’Equilibrium. Elle est très caractéristique, grave, solennelle, à la fois lente et rythmée, s’accordant parfaitement à l’environnement visuel de Libria, si l’on met à part des morceaux électro lors des scènes d’action.

Mais ce qui fait la puissance du film, c’est surtout le parcours personnel du héros, un individu qui redécouvre sa propre humanité…

  • Un parcours individuel

En faisant quelques recherches sur le film, j’ai été touchée en apprenant que Kurt Wimmer avait trouvé l’inspiration dans sa propre vie. Diplômé en arts, il aurait été dégoûté par la pédanterie du milieu artistique et aurait décidé de ne plus ressentir quoi que ce soit à la vue d’une oeuvre artistique. Il aurait finalement redécouvert le plaisir de l’art après être devenu père. C’est un peu le parcours de Preston qui dans Equilibrium redécouvre une part oubliée de son humanité: sa capacité à éprouver des sentiments.

Preston découvrant un disque de Beethoven dans une cachette de transgresseurs - Source: equilibriumfans.com
Preston découvrant un disque de Beethoven dans une cachette de transgresseurs – Source: equilibriumfans.com

Il y parvient, tout d’abord accidentellement, lorsqu’il brise sa capsule de Prozium, et se redécouvre lors de ses rencontres avec Mary et Jurgen, à travers ses souvenirs et la découverte d’oeuvres d’art. Les premières larmes que nous voyons Preston verser sont dues à la musique, particulièrement à l’écoute du premier mouvement de la Neuvième Symphonie de Beethoven – pas l’Hymne à la Joie. J’ai adoré cette scène, que j’ai trouvé très belle et extrêmement touchante – sans doute parce que j’aime Beethoven aussi! On retrouve également cette relation à l’art du côté de Partridge qui peut avant son exécution, récite un poème de Yeats: « Mais moi, je suis pauvre, je n’ai que mes rêves/ J’ai déroulé mes rêves à tes pieds,/Marche doucement car tu marches sur mes rêves… » (But I, being poor, have only my dreams; /
I have spread my dreams beneath your feet;
/ Tread softly because you tread on my dreams…) avant d’ajouter: « Assume ton rêve, Preston. » Il comprend donc déjà que Preston a cette chose inscrite en lui-même, ses sentiments, sa personnalité, et peut-être des envies et des rêves.

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Preston faisant face à un Brandt soupçonneux – Source: equilibriumfans.com

La découverte de l’émotion ne se fait pas sans heurt: en effet, comment mettre un mot sur des émotions qu’on n’est pas censé ressentir, et que l’on a jamais ressenties avant? En effet, comme l’a fait remarquer Partridge à Preston se disant désolé de devoir l’exécuter, celui-ci n’a aucune idée de ce qu’est avoir du remords. Cette éducation émotionnelle, si j’ose dire, permet de mieux d’identifier au personnage, tout d’abord froid, presque mécanique, de John Preston, cet Ecclésiaste sans la moindre émotion, qui se débat avec des sentiments qu’il ne parvient à identifier.

Le fait est que Christian Bale, mes goûts esthétiques mis à part, est un très bon acteur. S’il en jette dans son uniforme sombre, impassible avant de massacrer des transgresseurs, il est transfiguré par ces moments où son personnage découvre sa propre émotivité, par cette tension où il se débat, entre ses sentiments, cette nouvelle capacité d’empathie à l’encontre des transgresseurs – et même d’un chiot qu’il ne laisse pas abattre lors d’une descente aux Enfers, et cette peur de se faire prendre. La différente entre ce Preston agent du système et ce Preston pris en tant qu’individu, est tangible lors d’une scène où il visionne, horrifié, une vidéo de l’exécution de sa femme et remarque sa propre impassibilité à ce moment-là. L’expressivité de Bale est juste impeccable, et fait un pendant parfait à toutes ces agents du Tetra-Grammaton qui sont autant de silhouettes casquées et masquées, telles des fantômes.

Mary O'Brien - Source: equilibriumfans.com
Mary O’Brien – Source: equilibriumfans.com

D’autant plus que son personnage se trouve en butte, et ce en peu de temps, à tous les types d’émotion – peur d’être pris, tristesse en repensant à sa femme, solitude, tendresse envers ses enfants, étonnement face à un lever de soleil, haine et dégoût de ses supérieurs, chagrin à la perte d’un être dont il s’était immédiatement épris… à savoir Mary O’Brien avec qui il redécouvre une certaine forme d’amour, puisqu’il fera tout pour la sauver. Ce qui, comme on s’en doute, lui vaudra des ennuis car il craque. D’ailleurs, chapeau bas pour le choix d’Emily Watson dans le rôle de Mary: j’ai toujours été fascinée par l’expressivité et l’intensité de son regard qui a dû captiver notre Ecclésiaste.

Mais Preston, à peine ses émotions découvertes, va devoir les juguler pour mener à bien une mission politique, et apprendre que se laisser aller à celles-ci est un privilège, un luxe qu’il ne peut se permettre. C’est ce que lui enseigne Jurgen, le chef de la Résistance, car il sait que des choix difficiles imposent de mettre ses propres sentiments de côté. Y parviendra-t-il? C’est ce que vous saurez en regardant Equilibrium

En revanche, j’avoue m’être posé une question un peu tirée par les cheveux, et peut-être que Kurt Wimmer lui-même n’y a pas vraiment pensé. Il semble, à la lumière des rêves de Preston relatifs à sa femme, que le Prozium ne touche pas l’inconscient, et laisse cette marge aux êtres humains. Comme s’il soignait le symptôme mais pas la cause elle-même, et qu’au final, les sentiments ne peuvent totalement disparaitre, qu’ils sont là, tapis quelque part, et que chaque citoyen de Libria a en lui-même cette étincelle. Si tel n’était pas le cas, comment Preston, tout juste sorti de la torpeur du Prozium, aurait-il été capable de ré-arranger la disposition de son bureau à son propre goût, quand, depuis sa naissance, il n’a jamais eu aucune idée de ce que signifie développer des préférences personnelles et les exprimer? Comment peut-il savoir qu’un simple décalage de sa boîte de trombones le mettrait plus à l’aise?

  • Conclusion
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On termine avec Preston, juste pour le plaisir… – Source: equilibriumfans.com

Comme vous avez pu le lire dans cette critique – plus qu’une analyse – ce film m’a beaucoup touchée. J’ai beaucoup aimé l’histoire et me suis attachée au personnage principal, et aussi parce qu’adolescente, quand j’ai songé à écrire de la science-fiction, je me suis demandé ce que donnerait un monde où les émotions seraient bannies et inexistantes, et surtout, quelles en seraient les conséquences et les applications – guerre, manipulation des masses, exploitation au travail. Ça me faisait froid dans le dos, rien que d’imaginer jusqu’où « l’imaginaire despotique » peut aller.

Bien sûr, Equilibrium a ses faiblesses, ses faux-raccords, et les critiques ne sont pas nécessairement tendres avec cette série B à la mise en scène impeccable et de bonne facture, qui n’a pas bénéficié des budgets d’un blockbuster. Toujours est-il que pour certaines communautés de fans, il est considéré comme un film culte. Et quand on arrive à déchiffrer son code visuel, il devient possible et même très amusant de voir les réactions, subtiles, de chaque personnages, et de comprendre qui ressent ou non quelque chose. Pour ma part, je pense que l’univers exploré par Kurt Wimmer aurait mérité d’être approfondi, voire développé, avec des intrigues secondaires et plus de personnages féminins. Inutile de vous dire que je rêverais d’une version longue de ce film!

Je recommande donc ce film beaucoup plus riche qu’il n’y paraît, pour son atmosphère particulière et ses très bons acteurs, et pour son scénario plutôt sympathique qui aurait mérité un traitement plus en profondeur. Je vous souhaite donc un bon visionnage, ainsi qu’une bonne nuit!

Blanche Mt.-Cl.

Entre kitsch et chef d’oeuvre lyrique – « Excalibur » (1981)

« The Dark Ages. The Land was divided and without a King. Out of those lost Centuries Rose a Legend… Of the Sorcerer, Merlin; of the Coming of a King; of the Sword of Power… Excalibur. »

Titre: Excalibur
Année de production: 1981
Réalisation: John Boorman
Origine: Etats-Unis, Royaume-Uni
Durée: 2h15
Distribution: Nigel Terry, Helen Mirren, Nicol Williamson, Cherie Lunghi…

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Affiche – Source: Imdb.com

Oyez, oyez, gentes dames et damoiseaux, voici – une fois n’est pas coutume – un film fantasy. En général, je ne goûte pas énormément la fantasy, sauf Autre-Monde de Chattam, et les histoires assez « viriles » comme les aventures de Conan le Cimmérien.

Mais s’il est bien quelque chose qui me réconcilie avec la fantasy, c’est la légende arthurienne. J’ai d’ailleurs Les Brumes d’Avalon et Le Cycle de Pendragon qui m’attendent encore dans ma PAL. Mais Excalibur, vu pour la première fois à cinq ou six ans (alerte aux parents irresponsables!), à peu près compris vers dix ans, fascinant à l’adolescence, adoré à l’âge adulte, a durablement parasité ma perception du mythe d’Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde. C’est d’ailleurs à cause de sa dimension épique et passablement burnée, que je me suis ennuyée comme un rat mort quand j’ai tenté de lire Les Brumes d’Avalon de Marion Zimmer Bradley (que j’ai laissé tomber pour re-tenter le coup quatorze ans plus tard), que j’ai détesté Kaamelot et démonté Merlin (avant d’adorer ladite série quand j’en ai saisi les allusions au mythe, la mise en scène et l’interprétation). Bref, c’est l’une de mes « madeleines » de Proust…

Mais de quoi s’agit-il exactement?

  •  La légende du roi Arthur

Le film s’inspire d’un grand classique de la littérature anglaise (que j’aimerais lire) Le Morte d’Arthur de Thomas Malory, en anthologie du XVe siècle compilant récits anglais et français relatifs aux aventures du roi Arthur et de ses chevaliers, à la quête du Graal et aux amours de Guenièvre et Lancelot. Le film part des origines d’Arthur jusqu’à son dernier combat. Désolée pour les éventuels spoilers, mais quiconque s’intéresse au mythe arthurien sait comment cela se finit. Bref, de quoi alimenter mon imaginaire « chevaleresque ». Car si les récits varient d’une époque à l’autre, d’un auteur à l’autre, Excalibur explore plusieurs dimensions de la légende, à savoir l’épée dans la roche, les origines magiques d’Arthur, les enchantements de Merlin, la liaison de Guenièvre avec Lancelot, Perceval et la quête du Graal… Boorman nous conte une histoire à la fois tragique, magique et épique, une épopée pour l’amour et le pouvoir.

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Flammes éclairant un champ de bataille, en tout début de film – Source: dvdclassik.com

L’histoire commence sur un champ de bataille quand Merlin (Nicol Williamson) donne à Uther Pendragon (Gabriel Byrne) l’épée du pouvoir, Excalibur – forgée dans le souffle d’un dragon et offerte par la Dame du Lac – juste avant que celui-ci ne conclue une trêve avec le comte de Cornouailles, Gorlois (Corin Redgrave). Or un problème survient: lors du banquet célébrant la paix, Igraine (Katrine Boorman), l’épouse de Gorlois, gratifie les invités d’une danse. Dès qu’il la voit, Uther est pris d’un violent désir pour cette femme très belle. Ne pouvant le contenir, il exige de Merlin que celui-ci l’aide à passer une nuit d’amour avec la belle. Grâce à un sortilège, Uther peut attirer Gorlois hors du chateau et prendre son apparence avant de monter dans les appartements d’Igraine. Si la jeune femme ne se doute de rien, sa fille Morgane, dotée du pouvoir de clairvoyance, a senti la supercherie. Or cette nuit passée avec Igraine a suffi pour concevoir un enfant, un fils – le futur Arthur, que Merlin va prendre avec lui pour le mettre à l’abri quand les chevaliers de Gorlois prennent Uther en chasse. Ce dernier est alors tué, mais a le temps, avant de mourir, d’enfoncer son épée enchantée, Excalibur, dans un rocher, en clamant que seul le roi légitime pourra l’en extirper…

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Le jeune Arthur retirant l’épée du rocher – Source: dvdclassik.com

Bien des années plus tard, on retrouve le jeune Arthur (Nigel Terry), accompagnant son père adoptif et protecteur et son fils Kay à un tournois. Servant d’écuyer, le jeune homme réalise qu’il a oublié l’épée de Kay et décide de lui en trouver une coûte que coûte. En lisière de forêt, il aperçoit une épée fichée dans la roche et sans réfléchir, s’en empare pour l’apporter à Kay. Stupeur chez les concurrents quand la nouvelle est connue: un écuyer a retiré Excalibur du rocher! Ces nobles messieurs et chevaliers, s’empressent de lui faire remettre l’épée à sa place, avant d’essayer chacun leur tour de la retirer, espérant devenir roi. Mais seul Arthur y parvient. Il apprend alors de Merlin, réapparu pour l’occasion, ses origines et sa destinée, celle de devenir roi. La bataille pour unifier le royaume et asseoir sa légitimité commence alors. C’est au cours de ces combats qu’il rencontre Guenièvre (Cherie Lunghi), fille du Sire Leondegrance (Patrick Stewart), dont il tombe amoureux. Malgré les avertissements de Merlin, il l’épouse…

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Arthur et les Chevaliers à la Table Ronde brillant de milles feux – Source: dvdclassik.com

Le règne d’Arthur constitue alors un véritable âge d’or, attirant autour de lui les plus valeureux guerriers, comme Lancelot (Nicholas Clay) avec qui Arthur est lié par une rivalité bon enfant avant l’incident Guenièvre, ou encore Perceval (Paul Geoffrey), un jeune homme au coeur pur qui se lancera à la quête du Graal. Mais tous ne sont pas satisfaits par cet ordre nouveau. Tapie dans l’ombre, Morgane (Helen Mirren) est devenue une femme à la beauté troublante ainsi qu’une puissante enchanteresse. Deisciple de Merlin, elle parvient à piéger le sorcier, et va, par ses sortilèges, accomplir des actes qui vont jeter une ombre sur le royaume de Camelot. Arthur, déjà éprouvé par l’aventure de Guenièvre avec Lancelot, sombre dans la mélancolie. Seule une nouvelle quête, celle du Graal, pourrait donner un souffle nouveau à son règne… Plusieurs chevaliers se lancent à sa recherche, alors que Morgane prépare en secret sa revanche avec Mordred (Robert Addie), son fils conçu lors d’une relation incestueuse avec Arthur…

  • Un visuel fascinant

Si la légende arthurienne est en soi une histoire riche en péripéties et contient tous les ingrédients pour raconter une histoire captivante, John Boorman en a fait un film assez personnel, une sorte d’épopée lyrique au visuel onirique, qui se prête aussi bien aux quêtes chevaleresques qu’à la magie noire. De plus, on y a vu débuter de grands acteurs avant leurs rôles les plus emblématiques comme Gabriel Byrne, Patrick Stewart (toujours la même tête – pour anecdote, quand il a commencé au théâtre à dix-neuf ans, il perdait déjà ses cheveux, ce qui, raconte-t-il plus tard, l’a aidé à s’imprégner de rôle très différents les uns des autres, car devant porter des perruques sur scène!), Liam Neeson (en Galaad), et l’éblouissante Helen Mirren. C’est encore une femme très belle, mais dans ce film, elle campe une Morgane aussi vénéneuse que sexy.

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Certains ont mal fini leur quête du Graal – Source: dvdclassik.com

Parlons du visuel. Il est clair que pour nous, spectateurs du XXIe siècle, ces images, assez marquées par le début des années 80 et ces effets spéciaux datés pourraient d’abord prêter à sourire… Et pourtant, cela participe au charme quelque peu suranné du film, et met en avant sa très grande poésie, qu’il s’agisse de la violence magnifiée des scènes de combat, ou de la sensualité des passages érotiques. D’un bout à l’autre du film, la photographie fait la part belle à la verdeur des forêts, à la brillance des armures ou de certains ornements de costume. Le rayonnement vert irradiant d’Excalibur (très probablement un spot vert braqué sur la lame), n’est pas sans rappeler cette espèce de lumière verdâtre, putride et vénéneuse du Nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud (1986), où évoluent, dans un monastère crasseux à l’atmosphère oppressante des moines sales, vicieux et hypocrites, ou encore les lumières fluorescentes propres aux films d’horreur des années 80 en général.

La lumière en elle-même semble être une composante capitale de la mise en scène d’Excalibur. Elle est très typée, clairement colorée, comme pour caractériser certains objets ou personnages – c’est particulièrement vrai avec l’épée, comme évoqué plus haut. Elle se reflète partout, sur les lames et les pointes de lance, sur les cuirasses et les cotes de maille, sur les corps nus des amants. On retiendra la lumière sanglante d’un soleil rouge se levant sur le champ de bataille de Camlann, éclairant des monceaux de cadavres aux armures luisantes en fin de film. La lumière est absolument partout, si bien que l’armure de Lancelot semble plus faite de diamant que de métal, et que dans certaines scènes comme le mariage d’Arthur et Guenièvre, l’environnement ruisselle littéralement de relets d’or et d’argent.

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Arthur et Guenièvre en tenue de mariés, suivi du cortège des chevaliers, avec Lancelot sur la gauche – Source: dvdclassik.com

Quand certains critiques ont vu dans le film un bazar monstre mélangeant plusieurs influences comme l’art byzantin et les tableaux de Klimt où l’or était très présent, la créativité en matière de décor et de costume on fait l’objet de louanges. Les armures, rutilantes, semblent sorties de manuscrits enluminés occidentaux, quand les femmes, comme la Dame du Lac, portent des cotes de maille fines et délicates qui en effet, rappellent celles des soldats byzantins. Bien évidemment, comme j’adore les armures en général, ces costumes ne m’ont pas laissée indifférente, et participent à ce visuel onirique. A cela s’ajoutent des éléments plus modernes qui pourraient troubler des puristes, mais qui pour moi, ne sont que le reflet de la créativité du réalisateur et de son équipe. Que Morgane porte une queue de cheval ne me trouble pas outre mesure, pas plus que la résille de perle faisant office de voile à Guenièvre lors de ses épousailles avec Arthur. En revanche, le brushing « choucroutesque » très marqué années 80 de la reine constitue l’un des quelques détails du film qui m’arrache les yeux.

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La troublante Morgane – Source: dvdclassik.com

Mention spéciale à Merlin et Morgane dont les costumes sont tout à fait éblouissant, à l’image des deux personnages. A Merlin, doté non-seulement de grands pouvoirs mais aussi d’un sens aigu de la répartie, des capes sombres et un casque métallique qui lui donnent un côté très rock’n’roll. On l’imagine aussi bien chevaucher un dragon qu’une grosse cylindrée! Quant à Morgane, sa garde-robe nous ferait pâlir de jalousie. Outre des armures très seyantes, on y trouve des voiles vaporeux ou des robes en résille d’une texture arachnéenne. Son style est tout simplement inoubliable, et magnifie la plastique de la jeune Helen Mirren.

  • Une bande originale somptueuse

Mais cette poésie filmée ne serait rien si elle n’était pas sublimée par une bande originale de folie. Plutôt que faire composer des morceaux, Boorman a utilisé des chefs d’oeuvre du classique, signés Richard Wagner (1813-1883) et Carl Orff (1895-1982). C’est par Excalibur que j’ai découvert ces compositeurs, qui donnent une coloration épique à l’ensemble. Chaque leit-motive est repris dans des situations spécifiques et constituent des sortes de « jingle », si j’ose dire.

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Soleil rouge sang se levant sur le champ de bataille de Camlann – Source: dvdclassik.com

Par exemple, quand nous entendons certaines mesures de la « Marche funèbre de Siegfried », extraites du Crépuscule des Dieux, on sait qu’Arthur se saisit d’Excalibur, ou encore qu’il renonce à elle avant de mourir et de rejoindre Avalon, sa dépouille escortée par les dames du Lac. Les notes particulièrement graves de ce morceau, les trompettes tonitruantes ajoutent encore une dimension grandiose à cette aube sanglante qui voit la fin du règne d’Arthur, comme un flamboyant final d’opéra. Wagner est également utilisé pour les scènes intimistes entre Guenièvre et Lancelot – prélude de Tristan et Isolde qui est longtemps resté dans ma mémoire comme la « musique de Lancelot et Guenièvre » – ou pour la quête du Graal par Perceval – j’ai d’ailleurs récemment réalisé que le prélude de Parsifal accompagnait les exploits du jeune chevalier.

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Arthur menant ses chevaliers sous les arbres en fleur. Nigel Terry, dans la trentaine, interprète Arthur de dix-huit à plus de cinquante ans. Et c’est qu’il est convainquant! – Source: dvdclassik.com

Mais le plus fameux morceau du film, puisqu’il est présent dans sa bande-annonce, reste sans conteste « O Fortuna », extrait du chef d’oeuvre de Carl Orff Carmina Burana, inspirée par la vision romancée de son compositeur pour la période médiévale. Il accompagne la chevauchée d’Arthur et de ses chevaliers sous une pluie de pétales tombant d’arbres en fleur, après la découverte du Graal.

Ainsi, la puissance, la profondeur, la noirceur et la magnificence qui imprègnent cette musique pourraient paraître pompeux à certains, mais participent à la poésie d’Excalibur. Ils en feraient presque un opéra filmé. Il faut dire qu’un morceau d’Orff ou de Wagner pourrait rendre épique n’importe quelle scène d’un ennui mortel!

  • Un film qui a mal vieilli?

J’ai lu il y a quelques temps une critique écrite par quelqu’un préférant le Sacré Graal des Monty Python ou la série Kaamelot (ah, sacrilège!). Il y démontait littéralement non-seulement le visuel et les effets spéciaux, mais aussi le jeu des acteurs, qui faisaient d’Excalibur un film particulièrement vieillot.

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La Dame du Lac récupérant Excalibur – Source: dvdclassik.com

On ne peut pas nier que certains effets spéciaux prêtent à sourire. Je mentionnais plus haut le spot vert sur l’épée, mais il peut aussi s’agir de la scène où Uther court sur le souffle du dragon, matérialisé par des fumigènes au ras du sol, alors qu’il est censé courir dans les airs! Mais pour moi, le plus drôle reste celui de la Dame du Lac vue à travers l’eau, sans la moindre torsion de perspective, telle une projection! On a beau aimer sa très belle armure blanche, ça passe tout de même moyennement à l’écran! Tout comme son bras sortant de l’eau pour récupérer Excalibur à la fin du film, paraît incrusté plus tard dans l’image et très peu naturel! Quant aux yeux rougeoyant de Merlin lorsqu’il invoque le souffle du dragon, ils ressemblent aux yeux rouges des photographies!

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Morgane lançant des rumeurs sur Guenièvre lors d’un banquet à la Cour… Et Galaad, vous le reconnaissez? – Source: dvdclassik.com

Parlons maintenant du jeu des acteurs… Pour ma part, je dirais qu’il correspond à ce qu’est le film: une interprétation emphatique (ce terme n’a rien de péjoratif en l’occurrence!) du mythe, plein de répliques passionnées par des acteurs shakespeariens comme Gabriel Byrne et Patrick Stewart haranguant les hommes avant la bataille, et du jeu fiévreux des interprètes féminines comme celles d’Igraine, de Morgane et parfois de Guenièvre, généralement plus en retenue et plus douce. Mais il est vrai que c’est une façon de jouer que l’on attendrait plus dans une pièce de théâtre qu’au cinéma. C’est aussi propre à l’époque, comme je le disais, et certains films aujourd’hui cultes n’échappent pas à cette règle de la déclamation.

Je peux donc comprendre que ces détails troublent certaines personnes de ma génération et d’autres plus jeunes, habitués à des effets numériques et à un jeu d’acteur un peu moins théâtral. Et encore, heureusement qu’ils n’ont pas vu Moby Dick ou des péplums comme Quo Vadis?, parce que niveau déclamation et gestuelle tragique, il y avait de quoi faire!

  • Conclusion: intemporel ou daté?
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Le très rock’n’roll Merlin – Source: dvdclassik.com

J’ai terminé avec les quelques faiblesses d’Excalibur, mais sachez que je ne perds jamais mon temps à écrire sur des choses que j’aime pas. Je préfère me faire plaisir! Le fait est que j’aime beaucoup Excalibur. Il a alimenté pendant des années mon imaginaire fantasy plein d’armures étincelantes, d’hommes aux prises avec des enjeux de pouvoir, des hommes valeureux et amoureux, et surtout de femmes de caractère – ce qui pour moi manquait cruellement dans l’univers de Tolkien que je ne goûte pas particulièrement. Avec le temps, et sans doute l’âge adulte aidant, j’ai de plus en plus apprécié certaines subtilités du film, sa poésie sombre, son visuel onirique, sa violence magnifiée, sa musique, son casting de rêve et certaines images lumineuses ou morbides. J’ai souri aux répliques bien senties de Merlin et je connaissais par coeur ses incantations quand j’étais ado (d’ailleurs, je devrais demander à ma mère, je suis sûre qu’elle connaît encore le sortilège d’invocation du souffle du dragon…). J’ai admiré les paysages magnifiques, les chateaux aux hautes murailles et les forêts très vertes de l’Irlande où Excalibur fut filmé. C’est pour moi comme un somptueux livre d’images illustrant l’une des plus belles histoires jamais contées.

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Morgane dans une très seyante cuirasse de femme – Source: dvdclassik.com

Les effets spéciaux et l’acting datent un peu, certes, mais j’aime ça. Je suis toujours les aventures d’Arthur et des chevaliers avec un grand intérêt. Tant et si bien qu’ensuite, je me suis monstrueusement ennuyée en lisant Les Dames du Lac de Marion Zimmer Bradley (je vais ré-essayer de les lire, après treize-quatorze ans, mes goûts ont évolué!), et que la dimension « historique » du Roi Arthur de Fuqua m’a royalement barbée (en fait, j’ai regardé le film pour Clive Owen et Ray Stevenson!) – en effet, pourquoi vouloir spéculer de manière historique sur le roi Arthur quand on en sait si peu et ne pas se contenter d’en relater la dimension légendaire? Ma « culture Excalibur » m’a même fait haïr la série Merlin, avant que je l’adore – bien que regrettant la B.O. signée Wagner – et qu’elle réveille à nouveau mon intérêt pour la légende arthurienne. Et c’est toujours l’oeuvre de Boorman qui m’a inspirée dans mes croquis ou mes peintures fantasy art.

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Arthur, solennel, et Guenièvre – Source: dvdclassik.com

S’il est marqué par les goûts du début des années 1980,  si j’en crois mes parents qui à l’époque on été voir Excalibur au cinéma, c’était très novateur en termes d’imagination, de costumes, de décors et de mise en scène de la violence. C’était très différent ce qu’ils voyaient à la télévision et au cinéma. Même ma mère, qui n’est pas une adepte de la « sortie cinéma » et préfère se caler dans un fauteuil devant un DVD, est allée le voir trois fois en une semaine, quand elle révisait pour son bac. C’est aussi pour ça que j’aime ce film. Il est étrange et captivant, il change de ce que je peux voir ailleurs. C’est une sorte d’OVNI basé sur le mythe arthurien, une fiction avec du sang et du sexe qui préfigurait Conan le Barbare (dont mes parents sont également fans) et même  Game of Thrones. C’est une vision de réalisateur, une ode à l’imagination humaine. Une formidable plongée dans un monde de magie noire, de batailles et d’honneur chevaleresque…

Je vous laisse donc avec sa bande-annonce, si le coeur vous en dit… Je m’excuse d’avance de Et si ce post vous a donné envie, je vous souhaite un bon visionnage, tranquille et dans le noir… 🙂 Et je vous conseille une édition DVD ou blu-ray pour faire ressortir la photographie sublime de l’ensemble!

Blanche Mt.-Cl.