Plus égaux que les autres – La Ferme des animaux (George Orwell)

Ceux-ci avaient pour plus fidèles disciples les deux chevaux de trait, Malabar et Douce. Tous deux éprouvaient une grande difficulté à se faire une opinion par eux-mêmes, mais une fois les cochons devenus leurs maîtres à penser, ils assimilèrent tout leur enseignement, et le transmirent aux autres animaux avec des arguments d’une honnête simplicité.
George Orwell, La Ferme des animaux

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Suite à une singulière baisse de plaisir dans mes lectures (pour cause de panne et de déception sur lesquelles je ne voulais pas rédiger d’article), ce blog a pu vous paraître un peu abandonné ces derniers temps. Qu’à cela ne tienne, je reviens avec un ouvrage court lu en moins d’une journée, intéressant, mais aussi effrayant que drôle – enfin, avec le sens de l’humour plus que douteux qui m’est propre.

Car il s’agit de rien de moins que du grand classique de George Orwell, à qui l’on doit aussi le magnifique 1984, La Ferme des animaux. Fable politique grinçante publiée dans les années 1945, elle dépeint l’installation d’un système dictatorial à l’échelle d’une ferme où les animaux se sont rebellés… Continuer la lecture de Plus égaux que les autres – La Ferme des animaux (George Orwell)

Contes sombres et glauques – Deux recueils à (re)découvrir

« Et, pour la première fois de mon existence innocente et confinée, je perçus en moi-même des possibilités de dépravation qui me coupèrent le souffle. »

Angela Carter, « Le Cabinet Sanglant » in: La Compagnie des Loups

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Attention, attention, voici une petite chronique surprise, avec laquelle on retrouve la vocation première du blog: la littérature SFFF! Enfin une re-chronique, puisque j’avais déjà parlé de ces deux ouvrages, aux tout débuts du blog, lorsque celui-ci n’avait que quelques abonnés. Voici qu’après en avoir parlé en #MardiConseil j’ai décidé de consacrer à nouveau un petit article à ces deux livres qui gagnent à être connus.

En effet, ces dernières années, les réécritures de contes ont eu le vent en poupe, les vieilles histoires ont été revues, ré-explorées, recyclées de manière plus ou moins heureuse, à tel point que, il y a trois ans, j’y ai consacré une semaine thématique sur Les Mondes de Blanche! Ceci dit, les deux recueils de contes que je vais vous présenter ne sont pas pour les enfants! 🙂 Ils sont emprunts de noirceur et même parfois d’une certaine sensualité. Ils abordent parfois des sujets dérangeants, extrêmement dérangeants, et il arrive également qu’ils prêtent à sourire…  Venez découvrir non pas un, mais deux livres dont je vous offre une petite lecture comparée! Continuer la lecture de Contes sombres et glauques – Deux recueils à (re)découvrir

Retour aux sources – Brisée (Effacée t. 3, Teri Terry)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

71yCV0nBFFLAvant d’entamer cette chronique livre, je voudrais d’abord vous remercier pour le très bon démarrage du mois d’août sur le blog. 🙂 Ça faisait longtemps qu’il n’avait pas eu une telle fréquentation! 🙂 J’imagine que le lancement du roman et la fréquence des articles publiés n’y sont pas pour rien, mais tout de même, vous êtes vraiment fidèles et ça me touche quand on voit le boulot que représente ce blog! 🙂

Et maintenant, entrons dans le vif du sujet. J’ai enfin (c’est un bien grand mot, ce n’est pas comme si cette lecture avait été un supplice, non-plus!) terminé la trilogie young adult signée Teri Terry, Effacée. Après Effacée et Fracturée, je vous présente aujourd’hui Brisée, le troisième et ultime tome… C’est parti pour un voyage dans les tréfonds de sa mémoire et de ses origines… Chronique garantie SANS SPOILER quant aux tomes précédents! 🙂 Même si je développe un peu plus que le quatrième de couverture sur le pitch, histoire de vous mettre un peu plus l’eau à la bouche!… Car oui, après ça, cette sympathique trilogie ne squattera plus mes chroniques livre!

Je vous présenterai le résumé de cet opus, ce qui m’a plu, et en conclusion, un avis sur l’ensemble de la série.

Bonne lecture à vous! 🙂

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Écriture – Une nouvelle chronique dédiée à mon roman « Le Sang des Wolf »!

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Et peut-être futurs lecteurs du Sang des Wolf,

swch11001Je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous ma joie! En effet, lafontmagali, rédactrice du blog Lectures Familiales, un blog livresque où elle nous livre ses coups de coeur, m’a fait l’honneur d’une chronique dédiée à mon roman en ligne Le Sang des Wolf.

Je l’en remercie de tout coeur. Et ce d’autant plus que ce blog, hormis une ou deux amies à moi, avait peiné à trouver des lecteurs jusqu’à il y a quelques mois. C’est au hasard de la blogosphère que ces lectrices ont trouvé leur chemin vers mon « oeuvre », et je suis très heureuse qu’elle leur ait fait passer un bon moment, et de constater qu’elles ont pris autant de plaisir à lire cette histoire que moi à l’écrire.

Aussi je vous invite à jeter un oeil à la chronique de lafontmagali. Non seulement parce que vous pourriez peut-être bien succomber à la tentation de découvrir mes écrits et les aventures de mes personnages, mais aussi pour découvrir un blog au principe sympathique tenu par une rédactrice qui semble d’une grande gentillesse, et qui a la bonne humeur communicative.

Bonne nuit à vous tous, et bonne lecture!

Blanche Mt.-Cl.

Vengeance et secrets dans l’Angleterre du XIXe – « La Nuit de l’Infamie » (Michael Cox)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Je reviens aujourd’hui avec, une fois n’est pas coutume, un livre qui n’appartient pas à la littérature de l’imaginaire, mais qui par son histoire et son ambiance fascinantes qui peuvent ravir les amateurs de fantastique et de thriller. Il s’agit de La Nuit de l’Infamie, où l’on suit Edward Glyver dans ses pérégrinations entre le brouillard de Londres et la magnificence des manoirs campagnards. Comme je l’ai dit dans mon précédent post, j’essaie, pour la régularité, d’être un peu plus concise.

Vous êtes prêts? Tout commence avec un coup de poignard…

  • Vengeance

Par une sombre nuit de 1854, quand dans une ruelle de Londres, un homme est froidement assassiné par un inconnu. Le défunt a eu la malchance de servir de test à Edward Glyver qui, par ce geste, souhaitait s’assurer de sa capacité à tuer… Car depuis des années, il prépare sa vengeance. Contre le poète Phoebus Daunt. Glyver revient sur sa propre histoire, sur les raisons de cette haine qui le consume, sur le chemin parcouru pour devenir un meurtrier…

Bien des années auparavant, Edward Glyver, un jeune boursier amoureux de livres et de littérature (comme la plupart d’entre nous ici…), est accepté dans une prestigieuse université et passe son temps à la bibliothèque à classer et répertorier des livres. C’est sans compter sur un jeune homme arrogant et sans talent, Phoebus Daunt, à cause de qui la vie d’Edward bascule. Suite à un mensonge de Daunt qui l’accuse d’avoir dérobé un précieux ouvrage, il est renvoyé. Cela met fin à ses espoirs de mener la vie d’universitaire à laquelle il aspirait… Obligé de travailler à Londres, loin du confort du monde académique, il prend un faux nom et parvient à s’approcher de la famille de Lord Tansor, aristocrate mécène, sans héritier et surtout… protecteur de l’odieux Phoebus Daunt qui a su se frayer un chemin dans le monde alors que Glyver évolue encore au bas de l’échelon.

Car à la mort de sa mère, Edward a découvert un secret. Un terrible secret. Car non-content de lui avoir volé son destin, Daunt pourrait bien aussi lui avoir volé sa vie…

  • Pourquoi je le recommande
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Couverture de l’édition de poche de La Nuit de l’Infamie – Source: Amazon.fr

À la base, je l’avais plus ou moins pris par dépit en même temps qu’un Grangé, parce que pour bénéficier de je ne sais plus trop quelle remise, il me fallait un second livre et ma mère avait attiré mon attention sur cet ouvrage. Je me suis alors dit: « Pourquoi pas? » en m’attendant au plus à un agréable passe-temps. C’est finalement le Grangé qui m’a déçue, alors que La Nuit de l’Infamie m’a véritablement captivée.

L’auteur, Michael Cox, décédé en 2009, étant à la base un universitaire qui a produit des essais et des études, a signé avec cette oeuvre son tout premier roman. On aurait pu craindre que le style d’écriture soit un peu sec, comme c’est parfois le cas quand des historiens ou autres intellectuels se lancent dans la fiction – pour avoir un peu testé, certains sont si habitués à s’adresser à des spécialistes que même leurs romans sont obscurs, ou atrocement mal écrits!… Je n’ai pas eu l’honneur de lire La Nuit de l’Infamie en VO, mais au vu de la traduction, je pense que Michael Cox devait avoir une très belle plume.

En effet, il arrive, à travers ce récit à la première personne, à capter l’attention du lecteur en le plongeant dès le début au coeur de l’action avec ce meurtre gratuit, mais aussi directement dans l’esprit de l’assassin. Ainsi, j’ai suivi avec une fascination mêlée d’effroi, et même de tristesse, le pourrissement de cette âme. Car c’est cela, un véritable chemin vers la damnation, pour ce héros tragique qu’est Edward Glyver. C’est un homme qui n’a plus rien à perdre, qui hait sa vie et qui a perdu sa mère, la seule personne qui ait véritablement compté pour lui. On sent la mélancolie, la tristesse et la frustration de cet homme à qui la route du succès a été fermée, et cela à la suite d’une terrible injustice, dans une société où il était déjà difficile de s’élever quand on n’était pas « bien né ». Et c’est finalement là qu’est le tour de force de Cox: si dans les premières pages nous voyons un monstre qui tue un autre home, nous nous prenons finalement à ressentir de l’empathie pour cet être en souffrance, à se demander ce qui aurait pu l’empêcher de se laisser envahir par ce désir de revanche.

Cette empathie que nous ressentons à la lecture des mésaventures d’Edward Glyver, privé de la vie qu’il espérait avoir, et d’une autre vie que celle qu’il avait toujours eue, nous mène à nous poser cette question dérangeante: et nous-même, comment aurions-nous réagi en perdant tout cela?

Cette histoire parait bien éloignée des livres que je présente d’habitude. Et pourtant… L’ambiance feutrée et sombre, des somptueuses bibliothèques des universités anglaises dont les rayons croulent sous les livres anciens, des demeures aristocratiques avec leurs parcs et leurs folies, de la maison d’enfance non-loin de la mer, et du brouillard londonien, a une dimension quasi-surnaturelle qui ne déparerait pas dans un roman fantastique, ou un film d’horreur. Je parlais de Wolfman, cette semaine… eh bien ces décors auraient tout à fait convenu à une telle histoire. Cette atmosphère est d’autant plus captivante que le personnage principal, tout occupé à ses sombres desseins et à sa souffrance, semble y flotter comme dans une réalité parallèle… C’est peut-être mon imagination qui me joue des tours, mais ce livre me donnait parfois l’impression d’un délire onirique, vaguement « romantique » (au sens littéraire et non pas amoureux du terme!) et propice aux apparitions inquiétantes de nos cauchemars.

Quant à la personnalité d’Edward Glyver, elle n’est pas sans rappeler celle de créatures fantastiques que nous avons croisés dans la littérature, vampires, loups-garou ou autre « monstres » qui se sont soit battu contre leur propre nature, soit abandonnés à elle par amertume et mépris de leur propre condition.

En conclusion, donc, un opus brillant, tout en passion, mais aussi en nuances et en descriptions si nettes qu’on croirait voir l’histoire se dérouler sous nos yeux, et également très surprenant, qui peut aussi convenir à des inconditionnels du fantastique. J’espère en tout cas vous avoir envie de regarder d’un peu plus près dans ces pages envoûtantes, quasi-hypnotiques…

Blanche Mt.-Cl.

Titre: La Nuit de l’Infamie – Une Confession (The Meaning of Night)
Auteur: Michael Cox
Editions: Points
Collection: Points Thriller
567 p.
Parution: Mai 2008
Prix: 8,60 €

Blanche Mt.-Cl.

Science-Fiction pour la Jeunesse – « Hunger Games » de Suzanne Collins

Très chers lecteurs,

Me voici de retour ce dimanche avec un avis lecture.

Ayant manqué la lecture d’Harry Potter et ayant délaissé Le Seigneur des Anneaux après seulement la moitié de la trilogie (je sais: HONTE A MOI mais c’est le seul livre que j’aie arrêté avec Les Dames du Lac de Marion Zimmer Bradley), j’ai mis un point d’honneur à me rattraper sur certaines séries pour la jeunesse. Et ce malgré mes vingt-huit printemps. Mais j’ai lu il y a peu que, ces dernières années, 55% du lectorat des best-sellers destinés aux jeunes étaient… des adultes. Certains coincés y verraient un refus de grandir, mais pour ma part, je pense que les histoires prenantes sont partout. J’ai lu Twilight, qui, même si ce n’était pas une claque littéraire et pour peu qu’on évite les films, ne mérite pas nécessairement l’acharnement des critiques (qui pour beaucoup ne l’ont pas lu). Pour Hunger Games, j’ai hésité un moment, de peur d’être déçue. Je n’aime pas être déçue par de la science-fiction…

Je me suis toujours refusé de voir les films tant que je n’aurais pas lu les livres. Et un jour je me suis décidée. Et à l’heure où les films avec la délicieuse Jennifer Lawrence font recette, j’ai souhaité parler de ce livre avec la « naïveté » de celle qui n’a pas vu l’adaptation ciné…

  • L’histoire

Revenons un peu sur le « pitch » des trois volumes, que vous connaissez sans doute si vous avez vu les films.

Le contexte – Dans un futur que j’ai du mal à situer, l’Etat de Panem, en Amérique du Nord, se divise en treize districts chacun spécialisé dans la production d’une ressource (pêche, mine, agriculture, luxe…). Suite à une ancienne guerre contre le pouvoir central du Premier District, le Treizième District a été décimé et n’est plus qu’un amas de ruine qui doit servir d’exemple à ceux qui seraient tentés de se révolter. Les Pacificateurs, une sorte de police politique, se livre à une répression terrible. Ainsi, chaque année, les districts offrent en tribut un adolescent et une adolescente tirés au sort, afin de participer aux Hunger Games (littéralement les « Jeux de la Faim »), une sinistre téléréalité diffusée par le District Un dans tout Panem. La règle: un seul survivant, un seul vainqueur.

L’intrigue – Racontée à la première personne, l’histoire suit le parcours de Katniss Everdeen, une jeune fille issue des bas-fonds du District Douze, qui prend la place de sa jeune soeur Prim, tirée au sort pour participer aux Jeux. Dans le premier volume, Hunger Games, elle quitte donc sa famille et Gale, son meilleur ami, pour se rendre au District Un avec Peeta Mellarck, fils de boulanger issu lui de la petite bourgeoisie du District. Tout les oppose. Elle est petite, frêle, et brune, avec un caractère dur forgé par des années de lutte pour sa survie, lui est grand, blond, loin d’être laid et semble plutôt « bon garçon ». Ils sont accompagnés par Effie Trinket, une quinqua fashionista affublée de perruques colorées, et par Haymitch Abernathy, ivrogne notoire et vainqueur d’une ancienne édition des Jeux. Autant dire que Katniss et Peeta ne partent pas avec tous les atouts pour réussir… Ils découvrent alors une société hédoniste, entièrement dédiée au plaisir et à l’amusement, et ce sur le dos des autres district. La haine de Katniss n’en est que plus forte, d’autant qu’elle fait la connaissance du monde des média, de la mise en scène… et rencontre le styliste Cinna, un être brillant et talentueux, en charge de son image auprès de la population du District Un. Inutile de dire que leur présentation dans l’arène, à Peeta et elle, fait sensation. La méfiance de la jeune fille, qui ne sait plus à qui se fier, monte encore d’un cran lorsque Peeta, sous les conseils d’Haymitch, annonce sur un plateau télé qu’il est amoureux d’elle… Et pourtant, les jeux commencent bientôt, pour un combat sans merci.

Dans le second tome, L’Embrasement (Catching Fire), Katniss et Peeta, marqués dans leur chair, ont regagné le District Douze ou l’Etat leur a octroyé à chacun une vaste demeure dans le village des vainqueurs. La jeune fille s’y est installée avec sa mère et sa soeur. Mais son répit est de courte durée, car suite à son coup d’éclat des Hunger Games qui a vu la victoire de deux tributs, elle et Peeta, elle est étroitement surveillée par le dirigeant de Panem lui-même, le président Snow. En effet, son acte désespéré a créé des velléités de révolte dans différents districts. Au cours d’une visite, il exhorte Katniss à calmer le jeu au cours de sa tournée de la victoire. Outre cette pression, Katniss doit composer avec son meilleur ami, Gale, amoureux d’elle et jaloux de sa proximité avec Peeta. C’est alors qu’est lancé le tirage au sort des nouveaux Hunger Games… Il s’agit d’une édition spéciale, celle des Jeux de l’Expiation qui a lieu tous les Vingt-Cinq ans, comme une sorte de jubilé. Tous les vingt-cinq ans, les organisateurs prévoient quelque chose d’exceptionnel… Et cette année-là, les participants sont sélectionnés parmi les anciens vainqueurs. Katniss et Peeta repartent donc pour le District Un, où des dissidences ont vu le jour. Katniss retrouve l’arène, alors qu’elle doit être un symbole d’apaisement… mais est devenu celui de la révolte.

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La trilogie, bien visible dans ma bibliothèque…

Au début du troisième opus, La Révolte (Mockingjay), tout est parti en « queue de poisson ». Suite aux derniers jeux, le District Douze a été décimé. Parmi les survivant, on compte Gale, la mère et la soeur de Katniss. Celle-ci a été secourue par la rébellion… basée dans le sous-sol du District Treize. Car la population y vit encore, et leur présidente mène la rébellion. Tandis que Katniss, apathique, se remet de sa dernière expérience de l’arène, Gale devient un combattant, et sa jeune soeur Prim offre ses services à l’hôpital du district. Mais la jeune fille se retrouve encore une fois happée dans un combat qui la dépasse, quand la présidente du District Treize décide de faire d’elle l’égérie de la révolte, dans la guerre des média éclate entre la Rébellion et le président Snow. Quant à Peeta, il est retenu prisonnier du District Un, soumis à une torture systématique et à un lavage de cerveau…

  • Ce que j’ai aimé

J’ai dévoré cette trilogie en quelques jours, tant le désir de connaître la suite était grand. Il faut dire que l’intrigue est particulièrement prenante et efficace. Et même si je ne suis pas friande des récits à la première personne, le récit de Katniss m’a vraiment touchée. Je lisais il y a peu un article dans le Guardian, où il était expliqué comment la lecture de fiction développait chez le lecteur la capacité d’empathie. Je pense que Suzanne Collins, avec Hunger Games, s’est essayé à cet exercice avec brio. Certains pourraient arguer qu’il s’agit encore d’une histoire d’ado, se sentir ennuyés par les dilemmes de l’héroïne quant à l’usage de la violence ou à ses sentiments pour Gale et Peeta. Or, il est quand même à prendre en compte qu’elle est très jeune – et honnêtement, ne nous sommes-nous jamais pris la tête quant à nos relations aux autres? et même en tant qu’êtres humains, ne nous sommes-nous jamais trouvés indécis face à une situation hors-norme?

Ce livre m’a plu à bien des égards. Tout d’abord, le contexte. L’univers du District Un était beaucoup plus coloré et kitsch que ce à quoi je m’attendais. Pour les connaisseurs, je dirais que ce fameux district, avec son luxe, son clinquant, sa profusion de biens, ses orgies de nourritures, ses couleurs criardes et sa recherche sans cesse plus poussée du plaisir, n’est pas sans rappeler les sociétés hédonistes du Cinquième Elément ou de L’Age de Cristal. Les membres nous en semblent étrangement futiles et indifférents à ce qui se passe dans les autres districts et pourtant, comme Katniss, il nous est impossible, à quelques exceptions près, de les détester. Après tout, son équipe de maquilleuses, esthéticiennes et stylistes ne sont que des êtres humains… Quant à la description des tenues créées pour Katniss par Cinna pour sa présentation lors des Hunger Games et absolument époustouflante. Bref, je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus austère à la Equilibrium, mais finalement j’ai pas mal accroché à cette ambiance.

Par ailleurs, cette vision des média et de leur capacité à présenter au public ce qu’il a envie de voir et de déformer la réalité, voire de mentir, est plus que jamais pertinente. J’aimerais croire que le trait est forcé pour les besoins de l’histoire, mais quand je vois de nos jours les insanités vomies par la téléréalité, ou les bêtises qui font le buzz, dans une quête de plaisir immédiat toujours plus poussée, j’en viens à penser que cette description des mises en scène autour de Katniss et Peeta est à peine exagérée… Et finalement, dans ce surenchérissement, nul ne vaut mieux que l’autre, et la Rébellion, comme le District Un, exploite l’image de Katniss. Et de Peeta.

De plus, les relations humaines sont explorées en profondeur – c’est quelque chose que j’apprécie, car cela met un peu de piment dans l’histoire. Par exemple, Katniss fait la différence entre sa haine du système, et les individus qui l’entourent, et qui d’une certaine façon, la touche. Cela est intéressant car de prime abord, elle paraît froide et sombre, imperméable au moindre sentiment. Et pourtant, son refus à ressentir quoi que ce soit – notamment pour les garçons qui l’entourent – ne signifie pas qu’elle n’a pas de coeur. Elle a simplement connu des difficultés qui l’on fait mûrir très vite et lui ont donné ce qu’il fallait pour la survie en milieu hostile, mais pas pour la douceur. Finalement, elle se révèle vulnérable. Ses difficultés à montrer ce qu’elle ressent la rend d’autant plus attachante.

Quant aux personnages principaux comme Haymitch ou Peeta, l’histoire ne serait pas la même sans eux. Haymitch est un larron antipathique et imbibé en permanence, que Katniss et Peeta passent leur temps à surveiller dans les premiers chapitres de l’histoire. Mais après la « révélation Katniss », il se révèle être un mentor dur mais efficace, qui prend soin de ses protégés. Quant à Peeta, si l’on est d’abord méfiant à son égard, on découvre, sous ses airs affables et sa gentillesse, un garçon possédant des talent artistiques, malin et assez courageux dans son genre. Et ce qui ne gâche rien, ses descriptions laissent à penser qu’il est assez mignon – j’ai notamment retenu une description de Katniss l’observant à la lumière du soleil, et notant les reflets dorés dans ses cils blonds. Il est vrai que j’aime bien les blondinets, et que j’aime à imaginer en Peeta un adolescent mignon et tout blond, comme une version beaucoup plus jeune d’Arthur dans la série Merlin. En tout cas, son personnage manque beaucoup dans le troisième opus. Mais trêve de digression au sujet de la « plastique » de Peeta Mellarck…

Les personnages secondaires sont également intéressants, et plus profonds qu’ils en ont l’air de prime abord. Mention spéciale pour le mystérieux Cinna, le styliste attitré de Katniss – sexy en diable, au passage, et pour Finnick le beau gosse du District Quatre, qui se révèle finalement plus brave que futile, et qui cache en lui énormément de souffrance. J’ai quand même un gros bémol: le personnage de Gale, l’ami masculin de Katniss. Par goût personnel, je n’aime pas les personnages de « l’ami d’enfance » dans la fiction, et pour moi, le retour avec ou une romance avec cet ami d’enfance n’est autre qu’un retour en arrière pour l’héroïne. Gale cristallise tout ce que je déteste: c’est l’ami qui est un peu plus âgé que l’héroïne et qui a des sentiments pour elle, sa haine aveugle, sa dureté et sa propension à juger sans savoir, quand il adresse des reproches à son amie alors que contrairement à elle, il n’a pas connu les horreurs des Jeux. En fait, il donne l’impression d’aimer l’idée de Katniss, ce qu’elle représente pour lui. Elle est un peu sa chose. Pour moi, il est, comme l’est souvent l’ami d’enfance, un frein à la réalisation du destin de l’héroïne, qui après avoir eu ses propres expériences, a changé. Changements que ledit ami ne peut jamais tolérer. Et ça m’énerve!

Parce que Katniss, bien qu’habituée à des conditions de vie rude, n’en était pas pour autant préparée à l’utilisation de la violence comme elle l’a vue dans l’arène. Une violence gratuite et retorse. D’ailleurs, sur ce sujet, j’ai vu l’avis de plusieurs personnes qui avaient moins aimé le troisième opus de la série, et ce pour plusieurs raisons – l’absence de Peeta dans la première partie et l’apathie de Katniss notamment. Or, justement, je trouve que la baisse de rythme dans la première partie de La Révolte rend l’intrigue plus crédible à mes yeux. C’est en effet le moment où Katniss, ainsi que le personnage de Finnick, accusent le coup de toute la violence subie et infligée. Dans bien des fictions, les héros tuent sans état d’âme, et quand ils éprouvent du remords cela ne dure pas. Ou l’enjeu est vite passé sous silence. Là, Katniss et les autres sont véritablement TRAUMATISÉS – ils font des cauchemars, sont indifférents à ce qui les entourent. Katniss sèche ses cours et se cache pour dormir ou broyer du noir, le beau Finnick perd momentanément la raison. J’ai donc apprécié que la dimension traumatique de la violence ait été présente.

  • Pourquoi je le recommanderais

Outre cet univers complètement fou et cette cruauté, Hunger Games n’est pas parfait et souffre des faiblesses imputables à la littérature pour la jeunesse, notamment une certaine naïveté dans le traitement de la romance, mais c’est un des livres que j’aurais aimé avoir lu quand j’étais adolescente. Bien sûr, comme pour toute série littéraire devenue culte, il y aura toujours des critiques pour dire que cette trilogie n’a pas mérité son succès et que ses fans sont des crétins. C’est certes une affaire de goût, mais je pense qu’il serait vraiment injuste de démonter ce livre comme cela a été le cas pour Twilight. Hunger Games pose de bonnes questions sur l’utilisation des média et de la violence, sur la peur, la survie. Sur la condition humaine. C’est un genre de récit initiatique où l’héroïne devient adulte en se confrontant à la violence.

Et ce n’est pas la seule chose qui fait grandir Katniss, la jeune fille sombre et renfermée qui braconne hors du grillage du District. Elle fait la découverte d’une amitié autre que celle basée sur la ressemblance, comme avec Gale. Elle sort de son milieu et rencontre des gens différents d’elle, avec qui elle est capable de s’entendre, à qui elle s’attache, comme son équipe cosmétique, ou d’autres combattant. Et Peeta, que tout oppose à elle. Elle va connaître une autre part d’elle-même, capable de désir et de sentiments qui la dépassent.

Et c’est justement pour Katniss, que je conseillerais Hunger Games à de toutes jeunes filles. A l’heure où nombre de filles, au nom du respect de la femme veulent se conduire et être traitées « comme des princesses », elles ne font que véhiculer des poncifs qui font encore passer les femmes pour des neuneus, pour ces éternelles enfants qu’elles étaient aux yeux de la loi dans la France du XIXe siècle. Je pense que certaines féministes extrêmes trouveraient l’ébauche de romance présente dans le livre ridicule car une vraie femme indépendante n’a pas besoin d’un homme et peu s’en sortir par elle-même. Bien que je pense que Katniss puisse être un modèle pour tous les jeunes, je m’adresse aux jeunes filles. Ne devenez pas des princesses. Soyez débrouillardes et astucieuses, comme Katniss, sans doute l’héroïne pour la jeunesse la plus débrouillarde que j’aie vue ces dernières années. C’est une battante qui fonce sans se poser de question, une instinctive dotée d’une passion qu’elle cache bien, qui va devoir accepter une part de vulnérabilité présente en chacun de nous, homme ou femme. Elle n’est pas une demoiselle en détresse. Elle est une guerrière, et c’est elle qui, à la fin, sauve toujours un damoiseau en détresse.

Blanche Mt.-Cl.

Légendes médiévales: Deux livres intéressants – Février 2015

Très chers lecteurs de ce blog,

J’espère que ce post ravira les amoureux de contes, mythes et légendes!… Et qu’il donnera envie aux autres d’y regarder de plus près.

J’ai longtemps hésité avant de rédiger une critique littéraire. Je voulais quelque chose qui sorte un peu de l’ordinaire, mais qui reste attaché aux univers de l’imaginaire. J’ai donc pensé à ce que l’on appelle le « merveilleux » (contes, fées, lutins, etc. …), et à la vogue de celui-ci au Moyen-Âge. C’est ainsi que j’ai dégoté pour vous, dans les tréfonds de ma bibliothèques, deux livres d’introduction, deux courts essais sur le sujet. Il s’agit du Fantastique au Moyen-Âge de Samuel Sadaune, et de Héros et merveilles du Moyen Âge: Arthur, la licorne et les fées dirigé par l’illustre historien médiéviste Jacques LeGoff.

IMG_3890J’ai redécouvert il y a quelques années mon intérêt pour le Moyen-Âge, et en particulier pour le mythe arthurien. Cela m’a amenée à regarder les autres contes et légendes… pour retrouver des histoires encore présentes dans la culture populaire. En effet, qui ne connaît pas la légende d’Arthur et des Chevaliers de la Table ronde – au moins à travers Kaamelot (pas du tout mon trip, je préfère vous le dire), Merlin ou le cultissime Excalibur? Quel grand romantique n’a pas rêvé au récit des amours de Tristan et Iseult? Qui n’a pas entendu, au moins une fois dans sa vie, le nom de la fée Mélusine, mère de la lignée des Lusignan?… Ces contes sont abordés, avec leurs différentes variantes, dans l’ouvrage dirigé par Le Goff. Le livre de Sadaune, quant à lui, explore les peurs et les croyances des médiévaux, liées au religieux avec une sorte de bestiaire divin et une conception de l’au-delà empreinte de christianisme, et également liées à la connaissance du monde. En effet, on croyait à cette époque à des lieux mythiques comme le pays de Cocagne, le Royaume du Prêtre Jean ou encore des terres habitées par de mystérieuses peuplades comme les Cynocéphales (hommes à tête de chien).

Ainsi ces deux livres se complètent merveilleusement bien et citent des sources d’époque abondantes comme des romans ou des récits de voyage, nous plongeant dans la pensée des hommes et femmes du Moyen-Âge. À une époque où la frontière entre le réel et l’imaginaire était mince, les mémoires d’explorateurs tels que Marco Polo ne pouvaient paraître crédible que s’il n’y était fait mention d’animaux merveilleux, et il n’était pas rare que ceux-ci fassent état de ouï-dires quant à des monstres qu’ils pensaient être des dragons ou des licornes. De même, la « matière de Bretagne » sur laquelle fut bâtie le mythe arthurien (sur lequel je pense revenir dans un prochain post), faisait figure de récit historique qui a pris une ampleur légendaire quand la noblesse européenne a cherché de nouveaux idéaux de bravoure à travers les romans. Romans qui sont d’ailleurs compilés dans des bibliographies abondantes pour ceux qui souhaitent lire dans le texte les exploits du roi Arthur, ou des sires Lancelot et Perceval.

Doit-on pour autant conclure que les médiévaux étaient une bande de naïfs sans cervelle?… Que nenni. Avant d’entrer dans ces livres, il est important de sortir de cette idée qui veut que les hommes du Moyen-Âge n’étaient qu’un ramassis de fous de dieu obscurantistes, complètement abrutis par ce que leur disaient leurs prêtres. Les connaissances n’étant pas celles que nous avons aujourd’hui, le monde concret était rempli d’irrationnel, ce qui laissait une place au mystérieux dans la vie quotidienne. N’oublions pas que cette époque est aussi celle de grandes prouesses comme la construction des cathédrales, ainsi que d’esprits brillants, de voyageurs et de conteurs… passés à la trappe par les hommes de la Renaissance pour mettre en valeur leurs propres réalisations artistiques ou autres. Car il est à parier que les médiévaux eux-mêmes n’ont plus beaucoup cru au merveilleux qui a déserté la littérature à la fin du Moyen-Âge, à moins d’être traité sur un mode parodique.

En fait, ces deux livres nous font voyager dans une époque où les hommes et les femmes avaient contrairement à nous, assez d’humilité pour accepter l’irrationnel dans leur vie. Je vous conseille donc ces livres qui vous plongeront dans des récits merveilleux, faits d’armures étincelantes, de combats épiques, d’êtres surnaturels, d’épées portant des noms évocateurs et d’étonnantes métamorphoses. 🙂 De plus, ils sont courts et abondamment illustrés, ce qui vous permet de partager la perception de ces gens, et de voir comment ils représentaient le merveilleux.

Titre: Le Fantastique au Moyen-Age
Auteur: Samuel Sadaune
Editions: Ouest France
Collection: Histoire-Mémoire
144 p.

Titre: Héros et Merveilles du Moyen-Age
Auteur: Jacques Le Goff (Dir.)
Editions: L’Histoire
Collection: Illustré Histoire
96 p.

Blanche Mt.-Cl.

Sacrilège pour « briller » en société: « Non, ‘Twilight’ n’est pas si nul! »

« Dire qu’un livre est moral ou immoral n’a pas de sens, un livre est bien ou mal écrit c’est tout. »
Oscar Wilde

Voilà une sagesse à méditer, venant de l’un des plus brillants esprits d’Angleterre – ce cher Oscar Wilde, auteur du brillant Portrait de Dorian Gray déjà présenté sur ce blog. Pour compléter cette maxime, si un livre est bien ou mal écrit « et c’est tout », j’ajouterais qu’un livre, surtout s’il s’agit d’une fiction, n’est donc ni bon ni mauvais, mais qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, et qu’il peut être bien ou mal écrit.

Qu’en est-il donc de cette saga que se sont arrachée adolescents (oui, parce que même s’ils ne l’assument pas nécessairement, des garçons l’ont lu…) et adultes curieux, j’ai nommé Twilight? Tour à tour encensé et bousillé, il est difficile de ce faire une opinion sur une saga, voire sur un phénomène, qui ont déchainé tant de passions. « Romantique », « Bien imaginé », « Niais », « Crétin », « pour les midinettes »… On aura tout entendu, et le sujet semble épuisé. Aussi je souhaite revenir sur ces quatre livres, avec le recul des années. Il ne s’agit pas de raconter l’histoire, mais de revenir sur quelques thèmes abordés dans la série.

  • Pourquoi je l’ai lu?

parallon-le-nouveau-twilightIl y a cinq ans, alors que les premiers films étaient déjà sortis, j’ai mis à profit un intersemestre pour lire les quatre volumes – Fascination, Tentation, Hésitation et Révélation (respectivement Twilight, New Moon, Eclipse et Breaking dawn en V.O.). En effet j’avais constaté que plusieurs personnes de mon entourage lançaient des critiques acerbes sur le travail de Stephenie Meyer, sans pour autant l’avoir lu. La meilleure étant que ces livres étaient « cons », « tartes » ou « pour les midinettes » – de la part de personne se prenant pour de grands penseurs et aimant la « vraie » littérature et pas des inepties pour pré-pubères avides de sensations. J’ai donc décidé de me faire mon propre avis sur la question, alors qu’à la base, je ne suis pas très fan d’histoire de vampires.

Petit rappel, bref, car la plupart d’entre vous connaissez déjà l’histoire. Il s’agit donc d’une romance entre Bella, une jeune fille assez solitaire et introvertie, qui arrive à Forks pour vivre chez son père, et Edward, un « jeune » (à peine plus de cent ans, ce n’est rien à l’échelle de l’éternité) vampire installé dans les environs avec sa famille. L’affaire se transforme en triangle amoureux avec la mise en avant de Jacob, un jeune Indien de la réserve d’à côté, descendant d’une lignées de loups-garou et proche ami de Bella. Au fur et à mesure, des complications apparaissent avec les Volturi, ancienne famille de vampires soucieux du respect des lois vampiriques, qui voient d’un mauvais oeil la relation d’Edward avec une fille de « l’extérieur »…

N.B. : Je tiens d’abord à préciser qu’hormis Dracula de Bram Stocker que j’aime beaucoup, les histoires de vampire ne me fascinent pas plus que ça. Je n’ai pas lu l’oeuvre d’Ann Rice, pas plus que la série des True Blood – j’ai arrêté l’adaptation télé au bout de deux épisodes car je n’aimais pas l’héroïne et trouvais ces vampires dépravés plus comiques que glamour. Et comme je préfère les histoires de loup-garou, adolescente, j’ai lâché Buffy contre les vampires quand Oz est parti, à l’époque où toutes mes copines fantasmaient sur cet emmerdeur de Spike…

  • Ce que j’en ai pensé, finalement…
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Un petit conseil, si je peux me permettre: ne pas regarder les films avant de lire les livres…

J’ai eu une période de rejet, environ deux-trois ans après la lecture de Twilight, sans doute quand je me suis décidée à regarder le premier film – que j’ai détesté. À mon humble avis, il y avait des erreurs de casting en cascades, et le choix pour l’héroïne d’une actrice que je trouve aussi expressive qu’une douzaine d’huîtres. Certains effets, comme la peau scintillante des vampires, rendent vraiment très mal à l’écran, et les cheveux de la famille vampirique ne sont pas sans rappeler des versions blondes de ces perruques dont on affublait les acteurs de films d’arts martiaux hong-kongais des années 60 et 70.

Et pourtant, j’ai passé un agréable moment en lisant ces lignes. Et le plaisir de voir des regards méprisants quand je me baladais, avec mes vêtements noirs de poupée gothique, et le livre en évidence dans le métro parisien, n’était pas des moins. C’était vraiment intéressant du point de vue de l’étude de l’attitude humaine. Certains de mes amis, et même les deux ados auxquelles je donnais des cours d’allemand à cette époque, se sont ouvertement moqués de moi, arguant que je lisais de la merde alors qu’eux-mêmes n’avaient pas même ouvert ces pages! Et alors quand en plus je disais que ce n’était pas le torchon que j’attendais et que ce n’était pas si mal, j’ai vu bien des visages se décomposer.

Je pense avoir eu accès à une bonne traduction, car j’ai trouvé l’histoire relativement bien écrite. J’ai bien sûr apprécié certains personnages – au début, j’aimais bien Jacob aussi, mais sa jalousie et son amertume m’a très vite saoulée. C’est le problème des amis masculins, dans les fictions… L’histoire d’amour est bien sûr l’enjeu central de cette histoire, mais il y en a d’autres – ne pas révéler sa nature au grand jour, lutter contre ses pulsions de prédateur, être bloqué entre une communauté exigeante et son propre bonheur, la rivalité entre vampires et loups, l’épée de Damoclès des Volturi qui peuvent décider à tout moment que Bella est une nuisance. Somme toute, cette histoire a un bon potentiel, même si j’ai regretté quelques baisses de rythme qui l’ont rendue un peu « molle du genoux », et un certain manque d’humour.

Bien sûr, il ne faut pas oublier que ces ouvrages s’adressent avant tout à la jeunesse, et à une génération qui comme nous n’avait pas vu Buffy contre les Vampires ou Entretien avec un vampire, et les dépravations vampiriques qui vont avec.

  • L’effort d’imagination sur des vieux mythes

Mais toutes les idées de Stephenie Meyer ne sont pas bonnes à jeter, loin s’en faut, et j’ai moi-même eu quelques surprises.

Et la première n’était pas des moindres: où étaient passés ces vampires tout de sombre vêtus qui se terrent dans des cryptes et dorment dans des cercueils? Cette noirceur m’a un peu manqué, mais l’auteur a tout de même brisé un sacré cliché en faisant de la fratrie Cullen des ados presque comme les autres, si l’on exclut leur fascinante beauté et le fait qu’il soient riches, qui portent des couleurs claires et vivent dans une maison ouverte sur l’extérieur par de grandes baies vitrées. Il est clair que cette famille modèle de vampires a quelque chose d’agaçant dans sa perfection, mais ils ne me semblaient pas plus grotesques que l’archétype du vampire juste méchant qui prend plaisir à tuer ses victimes. Le vampire est devenu fréquentable, et tout à fait capable de maîtriser ses instincts de prédateur pour vivre parmi les humains, voire pour aimer un être humain.

Autre variation du mythe du vampire: cette peau marmoréenne qui à la lumière brille comme les veines de certaines pierres – et qui malheureusement n’est pas du tout bien rendue à l’écran – et cette idée de prédation. Le vampire est un prédateur, génétiquement parlant, comme l’est un lion, un requin ou un serpent: il est attirant pour mieux attraper ses proies, émet des phéromones et transforme sa victime grâce au venin sécrété par des glandes près de ses canines. La victime se transforme donc si elle ne s’est pas vidée de son sang. Par ailleurs, les gens qui avaient des prédispositions particulières en tant qu’humains en trouvent ces capacités décuplées en devant vampire – la télépathie d’Edward, la clairvoyance d’Alice… C’est un peu tiré par les cheveux, mais après tout, pourquoi pas. On a déjà lu plus étrange.

57794085Concernant les loups-garou. J’adore les loups-garous, pour diverses raisons que j’étofferai plus tard sur ce blog et parce que j’ai fait de la lycanthropie l’un des enjeux de mes écrits de fiction. Si j’avais déjà vu la métamorphose « homme-loup » liée aux Amérindiens dans la série Wolf Lake, j’ai aimé découvrir dans le second volume de Twilight que certains habitants de la réserve indienne en étaient. Même si cela peut paraître clichesque, qui mieux que les Indiens, dont on sait que leur culture les porte vers le respect et la compréhension de la nature qui les entoure et des animaux, pouvaient être des loups-garous?… Et cela donne un souffle nouveau à Tentation qui commençait méchamment à trainer en longueur. Evidemment, mon enthousiasme a été quelque peu émoussé par les crises de jalousie de Jacob, son amertume et son attitude détestable envers Edward. A sa décharge, il semble génétiquement déterminé à le détester, il n’y peut rien… en même temps, ce déterminisme a quelque chose de très dérangeant quand on y pense. Avec le recul, je me rend compte que l’auteur a aussi dépeint un mode de vie influencé par ce penchant pour la vie de meute Jacob, de ses amis et de ses cousins qui rappellent parfois ces images de louveteaux en train de batifoler en pleine nature. En ce sens, la « société » de ces « loups » est intéressante et surprenante.

Enfin, les trouvailles se poursuivent avec les lois vampiriques incarnées par les Volturi, toute cette législation liée à la « création » de vampires à un âge beaucoup trop jeune – je parle de « vampiriser » des enfants, par exemple. Elle sert bien sûr de prétexte à l’affrontement du quatrième opus, lui donnant un souffle nouveau, plus noir et un peu plus mâture.

  • Un roman moralisateur, réducteur, aseptisé et édulcoré?

J’en arrive aux critiques un peu plus « intellectualisantes » que j’ai connues, notamment en ce qui concerne l’image de la femme et la sexualité. Attention, attention… Pour ma part, je trouve que Bella est un brin passive, surtout dans les trois premiers tomes où son père, Edward et Jacob passent leur temps à la couver. Quant à sa dépression suite à la rupture avec Edward… Ma foi… Si la tristesse de la jeune fille est palpable, quel exemple affreux pour les ados faisant face à un chagrin d’amour! Est-ce à mettre sur le compte de sa jeunesse et de sa vulnérabilité? Mystère. Seule l’auteure pourrait nous en dire plus. Il n’en reste pas moins que de nombreuses jeunes filles manquant d’assurance – être un héros est tout de même très difficile! – pourraient s’identifier à Bella. Ce qui est déjà capital pour qu’une histoire fonctionne.

Qui plus est, j’ai entendu plusieurs jeunes adultes exprimer leur frustration quant à l’absence d’érotisme jusqu’au mariage de Bella et Edward dans le quatrième opus. J’ai moi-même été un peu frustrée sur ce point. Certains ont pointé l’appartenance de Stephenie Meyer à la mouvance mormonne pour en faire une méchante conservatrice transmettant l’image de la jeune fille soumise à sa famille et aux hommes obligée de rester sage et pure jusqu’à ses noces… Paradoxalement, celles – j’ai surtout abordé cette question avec des femmes – qui formulent cette critique sont aussi celles qui disent que les hommes ne sont que de gros pervers avec qui ils ne faut pas coucher… et qui rient de celles qui justement ne couchent pas car elles les pensent incapables de se faire plaisir (ou trop moches pour attirer un mec). Donc là, il y a double standard dans la pensée de certaines de mes contemporaines.

S’il est claie que Stephenie Meyer nous offre une image fort romancée et un brin vieillotte de l’accouplement comme ultime preuve d’amour après l’officialisation par le mariage, elle n’en ignore pas moins la sexualité et le désir dans les trois premiers opus. Plusieurs fois l’héroïne en ressent. Elle est frustrée et ne se prive pas de le faire savoir à son compagnon, et j’ai souvenir d’une scène où les deux tourtereaux échangent des papouilles sur un lit et où elle invite clairement Edward à coucher avec elle. Bella Swan est une jeune femme de chair et de sang, qui éprouve du désir, ce n’est pas une bonne soeur. Confirmation lors du voyage de noces lorsqu’elle fait tout pour allumer Edward qui après leur première nuit ne veut plus rien faire avec elle avant sa transformation, de peur de la blesser. Donc Bella n’est pas totalement niaise. Elle révèle d’ailleurs des ressources insoupçonnées dans le quatrième opus, en devenant une jeune femme forte et capable d’initiative. C’est une évolution sur le long terme.

Twilight-hesitationBien que je trouve moi aussi cette approche du sexe dans le mariage très réductrice, je ne suis pas du tout choquée par le fait que l’héroïne soit encore vierge – elle fait ce qu’elle veut de son corps, merde! De plus, si Edward n’a pas voulu coucher avec Bella, il tenait aussi à elle de « le faire » avec Jacob derrière son dos. Or, elle n’en a rien fait (Je sais, c’est peut-être aussi l’idéal mormon de l’auteure qui parle…) – alors qu’entre nous, il serait plus tentant de partager son lit avec un loup-garou au corps chaud et au coeur palpitant qu’avec un vampire dont la température corporelle doit avoisiner les 11°C. Si tant est qu’un vampire puisse « mécaniquement » être capable de cela. (J’ai une théorie sur la question, dans une réponse humoristique à Twilight dans le Chapitre IX de mon roman Le Sang des Wolf…) De plus, quand bien même un peu d’érotisme n’aurait pas nui, il ne s’agissait pas d’un livre érotique et l’abondance de scènes crues et détaillées n’aurait rien apporté à l’histoire.

Et pour information, la saga reste dans l’air du temps, puisqu’on a une cougar dans Twilight. Il s’agit de Renée, la mère de Bella, qui après un mariage désastreux avec le père de sa vie, partage sa vie avec un homme plus jeune qui la rend heureuse. C’est un point de détail, mais si ce n’est pas un personnage important, ça n’en fait pas une femme de moins de valeur car Bella aime tendrement sa mère.

  • Un petit divertissement sympathique

Je ne vais pas vous mentir, ce n’est peut-être pas mon livre préféré, et entretemps, j’ai lu d’autres ouvrages qui m’ont réellement transportée et autrement marquée. Il souffre de quelques faiblesses, quand bien même il peut faire passer un bon moment à qui le lit. Mais je voulais vraiment revenir sur ce phénomène car encore maintenant, dans la bouche de beaucoup, la comparaison à Twilight sonne comme une insulte. Alors que la plupart des gens qui la profèrent n’ont même pas lu la saga, comme une personne qui a, après un seul chapitre comparé mon roman l’oeuvre de Stephenie Meyer (puisse mes écrits remporter autant de succès, je touche du bois!) sans savoir de quoi il retournait et sans se dire que j’essayais peut-être de brouiller les pistes. Surtout qu’elle est très différente et comporte de nombreux enjeux absents de la série vampirique, et que le surnaturel n’y est pas aussi « hollywoodien ».

J’ai rarement vu une histoire autant décriée que celle de Twilight, et il est devenu de bon ton de la mépriser. Au fond, je pense qu’avant de juger sans savoir, il convient de prendre cette saga pour ce qu’elle est: une romance destinée à de très jeunes lecteurs. Et se souvenir que certains d’entre nous ont rêvé de vivre un amour absolu comme celui-ci.

On pourrait dire que l’histoire est stéréotypée, mais à bien y regarder, c’est un peu ce qui a remis le vampire à la mode ces dernières années, donc il n’est pas étonnant que livres pour la jeunesse et séries reprennent les mêmes ingrédients, puisque c’est devenu très vendeur.

Pour ma part, je ne trouve pas l’histoire de Bella et Edward plus grotesque que ces vampires qui passent leur temps à copuler à tort et à travers dans chaque extrait de True Blood sur lequel j’ai zappé par hasard en dernière partie de soirée (alors que bon… il suffit de se souvenir de ses cours de biologie du collège pour savoir qu’un vampire ne peut, en théorie, pas avoir d’érection!). Un peu d’érotisme n’aurait pas été du luxe, mais il n’y avait pas besoin d’en faire des caisses à ce niveau non-plus. Qui plus est, outre l’amour, d’autres thèmes y sont abordés, comme la différence, le rapport à l’autre – qui il est vrai, auraient mérité un traitement plus en profondeur.

Mais essayez un soir pour voir. 🙂 Essayez de placer, dans une conversation lecture avec des proches ou des amis, que vous avez, apprécié Twilight à l’époque où vous l’avez lu. Et je peux vous garantir que vous allez voir des visages s’allonger et des narines se pincer! 😉

Sur ce, je vous souhaite un bon dimanche.

Blanche Mt.-Cl.

Le Fantôme de l’Opéra – Roman et adaptations

« Il est d’une prodigieuse maigreur et son habit noir flotte sur une charpente squelettique. Ses yeux sont si profonds qu’on ne distingue pas bien les prunelles immobiles. On ne voit, en somme, que deux grands trous noirs comme au crâne des morts. »
Gaston Leroux, Le Fantôme de l’Opéra, 1910

S’il est une histoire qui m’aura inspirée et marquée pour longtemps… c’est bien celle du Fantôme de l’Opéra. Après les nombreux dessins que j’y ai consacrés, je ne pouvais passer à côté de cette présentation! Vu les nombreuses adaptations qui en ont été faites, vous en avez très certainement eu vent! Mais avant d’être un film ou une comédie musicale, Le Fantôme de l’Opéra était un roman. Ecrit par Gaston Leroux entre 1909 et 1910, il est d’abord paru comme feuilleton dans un journal avant d’être édité en un volume chez Pierre Lafitte.

  • Le roman
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Couverture de l’édition « Livre de Poche » – Avec l’image du film de 2004 pour un visuel plus « glamour »

Paris, fin XIXe siècle. Alors que deux nouveaux directeurs arrivent à la tête de l’Opéra Garnier, les événements étranges s’accumulent dans ce cadre somptueux – les deux hommes reçoivent des demandes incongrues émanant d’un inconnu signant F. de l’O., on retrouve l’un des techniciens pendus dans les sous-sols, le lustre de la salle de spectacle se décroche en pleine représentation, et Christine Daaé, une jeune et prometteuse soprano susceptible d’éclipser la grande Carlotta, disparaît mystérieusement.
Elle a en fait été enlevée par l’auteur de ces méfaits, le fameux Fantôme, qui se présente à elle sous le simple nom d’Erik. Il la retient dans sa demeure, dans les sous-sols de l’Opéra. Celui-ci, musicien et inventeur de génie qui cache son visage sous un masque, est tombé fou amoureux de Christine et de sa voix. Il souhaite se faire aimer de la jeune fille, mais réalise, lorsqu’elle parvient à lui retirer son masque et voit sa laideur, qu’elle ne l’aimera jamais. Comptant d’abord la garder près de lui, il la laisse repartir mais lui fait promettre de lui rester fidèle et de porter la bague qu’il lui offre. C’est sans compter sur le vicomte Raoul de Chagny, ami et amour d’enfance de Christine, à qui celle-ci avoue sa mésaventure, qui est bien déterminé à libérer sa belle de l’emprise de son mystérieux protecteur.
Quand Christine disparaît à nouveau, Raoul met tout en oeuvre pour aller la récupérer dans les sous-sols de l’Opéra, en se faisant aider d’un individu mystérieux: le Persan…

Bien sûr, le style narratif est gentiment suranné, on oscille constamment entre les points de vue des différents personnages, extraits des journaux de ceux-ci. C’est un vieux roman avec ce qui va avec – notamment dans les rapports homme-femme et la description assez simpliste des personnages féminins avec d’un côté cette garce gâtée qu’est la Prima Dona Carlotta, et la blanche colombe qu’est Christine (c’est mon seul bémol concernant l’intrigue).
L’histoire compte également de nombreux personnages secondaires – l’ouvreuse Madame Giry, le rat d’opéra Meg Giry, les deux directeurs de l’Opéra, Philippe, frère de Raoul et mécène – aussi truculents et comiques les uns que les autres. En fait, le devant de la scène – si j’ose dire – est occupé par la présence fascinante du Fantôme, un être dont la monstruosité n’a d’égale que la cruauté dont la vie a fait preuve envers lui depuis son enfance, à cause de sa laideur. C’est une individualité forte, pleine de noirceur et de profondeur, qui à travers son amour fou pour Christine, redécouvre une part de lumière en lui-même.
Bref, si le début de l’intrigue est quelque peu déroutant, voire angoissant (la nuit où j’ai commencé le livre, j’avais jeté sur la chaise près de mon lit la robe blanche que je portais qui, dans la semi-pénombre, ressemblait à un spectre – je suppose que ça n’aidait pas) s’y plonger devient un vrai plaisir au bout de quelques pages. On se laisse captiver par le décor somptueux, la musique classique et cette noirceur qui reste toujours présente en arrière-plan.

  • Les adaptations

Quand j’ai fini par lire le livre à quinze ans, je connaissais plus ou moins l’histoire. J’avais vu Babar et le Fantôme de l’Opéra, ainsi qu’une adaptation télévisuelle assez luxueuse de 1990. J’avais même eu vent d’une certaine comédie musicale… qui fut adaptée en 2004 par Joel Schumacher.

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Affiche du film britannique de 1962, par Hammer Production

Bien sûr, l’histoire ne pouvait être adaptée telle quelle. D’autant plus qu’elle a beaucoup vieilli, notamment en ce qui concerne les rapports amoureux et la perception de la femme, qui a acquis un peu plus de caractère et de volonté dans au fil du temps. Et hormis le passage du lustre, l’ambiance somme toute assez feutrée des lieux n’offre pas assez d’adrénaline aux spectateurs du XXe et du XXIe siècle…
On compte cependant quelques adaptations très fidèles et de facture classique comme celles de 1925 et 1943 (tout en technicolor, où Christine a des anglaises bien blondes à la limite du jaune…) où les noms sont changés pour leur donner un air un peu plus « français ». Dans la version de 1962 réalisée par Terence Fisher et produite par les studios Hammer, les noms sont anglicisés et l’histoire transposée dans le Londres victorien. Par contre, entre les décors en carton-pâte, un éclairage complètement blafard qui donne un teint grisâtre aux acteurs, et un manque d’imagination navrant au niveau de la mise en scène, ce film a très, TRÈS mal vieilli… Mais bon, il reste tout de même distrayant, et la fin du Fantôme est un peu plus spectaculaire que dans le livre.

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L’esthétique kitsch et colorée du film de De Palma

Or comme vous vous en doutez, étant donné le contexte et les nombreuses références à la musique classique, les adaptations sous forme d’opéra ou de comédies musicales ne se sont pas faite attendre, sur scène et ensuite au cinéma. L’une des plus notables en est la ré-interprétation de Brian de Palma, Phantom of the Paradise (1974). Dans cette transposition dans les Etats-Unis des années 1970, Swan, un producteur mégalo qui a conclu un pacte avec le Démon, cherche des musiciens pour inaugurer sa salle de spectacle, le Paradise, et fait passer de nombreuses auditions: il y croise Leach, un jeune compositeur de génie très maladroit et piètre interprète, et la rafraichissante Phoenix qui tape également dans l’oeil de Leach. Mais celui-ci est évincé par Swan, qui lui vole sa musique et s’arrange, après l’avoir fait défigurer et perdre sa voix, pour le faire emprisonner. Mais Leach, passionné de musique jusqu’à la folie, revient, masqué et tout de cuir vêtu, assoiffé de vengeance, hanter les couloirs du Paradise et saboter les numéros des groupes médiocres qui s’enchaînent en ces lieux… et tenter de conquérir Phoenix. Et le mélange de rivalité musicale et amoureuse est explosif. Bien que l’esthétique du film soit un peu datée, il n’en reste pas moins un classique.

En effet, on trouve dans cette adaptation, non-seulement une dimension fantastique, mais également parodique dans tous ces groupes grotesques produisant une musique alors standardisée – mais dont le son gentiment rétro ne déplait pas au spectateur d’aujourd’hui – ou cette scène hilarante où le Fantôme cloue le bec d’un faux angelot grassouillet affublé d’une charlotte sous sa douche pour ne pas mettre à mal sa permanente, à l’aide d’une ventouse débouche-chiottes. Mais la bande originale est tout simplement inoubliable, et nous offre quelques beaux morceaux mélancoliques et très sobres, aux paroles très touchante. Elle est d’ailleurs composée et interprétée par Paul Williams… qui joue le rôle du méchant Swan. Et fait intéressant: Phoenix, notre « Christine », n’a rien de l’oie blanche de l’histoire originelle. Sous ses airs frais et naturels, la demoiselle sait ce à quoi elle est prête pour réussir…

Les années 80 voient démarrer un autre monument consacré au Fantôme de l’Opéra: la comédie musicale signée Andrew Lloyd Webber, sortie en fanfare en 1986, The Phantom of the Opera. Il avait à l’origine écrit le rôle de Christine pour la chanteuse Sarah Brightman, son épouse de l’époque, qui a failli me tuer avec le sirupeux « Time to say goodbye » que ma prof de musique du collège s’efforçait de nous faire apprendre, et qui me restait dans la tête. Vous imaginez la tête de mes parents fans de Pink Floyd et Depeche Mode quand ils m’entendaient fredonner une telle guimauve? Bref, je m’égare. 🙂 The Phantom of the Opera simplifie considérablement l’histoire, et oublie certains personnages pour se concentrer sur le triangle amoureux Christine-le Fantôme-Raoul. Le succès a été tel que le spectacle a été adapté dans plusieurs langues et se joue encore à guichet fermé à Londres et à New York. Andrew Lloyd Webber s’est même permis il y a quelques années – et je lui en veux d’avoir dénaturé l’histoire à ce point – de composer la suite, Love Never Dies dont l’histoire – des retrouvailles en Amérique avec le Fantôme et la fille Giry, une salle de spectacle, un rejeton du Fantôme et de Christine – est complètement capillotractée.

Ceci dit, la chanson-titre est un tel carton, d’une efficacité tellement redoutable, qu’elle a été maintes fois reprises, et ce même par des groupes de metal symphonique comme Nightwish, ou, pour ma version préférée, par Lacrimosa. Et la voix éraillée du chanteur, presque d’outre-tombe, Tilo, se prête merveilleusement à l’univers noir et froid du Fantôme… Mmmmm… En même temps, c’est une histoire tellement rock’n’roll…

Ceci dit, Andrew Lloyd Webber a pris un autre compositeur de vitesse, Arthur Kopit, dont le spectacle Phantom, n’a jamais pu être monté. Sa comédie musicale est finalement adaptée sous forme d’une mini-série en 1990, où le personnage du Fantôme est quelque peu adouci, sa relation avec Christine approfondie et le personnage de Raoul remplacé par celui de son frère aîné Philippe. Cette adaptation somptueuse est la seule véritablement tournée à Paris, entre les murs de l’Opéra Garnier… Et c’est celle qui m’a fait découvrir la merveilleuse histoire d’un génie défiguré hantant les sous-sols de l’Opéra…
Quant à l’oeuvre de Webber, elle a été finalement adaptée au cinéma en 2004 par Joel Schumacher. Son Phantom of the Opera, quand bien même ce n’est pas un chef d’oeuvre, est un bon moyen de découvrir la comédie musicale, et on y voit l’acteur Gerard Buttler (vous savez, le roi Leonidas dans les 300, le truand de Rock’n’Rolla…) dans un registre complètement différent, puisqu’on découvre sa belle voix de ténor dans le rôle du Fantôme. Quant aux décors et aux costumes, ils sont très luxueux, ce qu’il faut pour une série B haut de gamme. Ni plus, ni moins.

  • Conclusion

Pour ma part, j’attends encore l’adaptation qui me fera complètement chavirer, complètement rock et déjantée, noire au possible, et toujours proche de l’esprit du texte d’origine… (Si vous cherchez une scénariste, je suis preneuse, j’ai de pures idées à ce sujet) et je ne désespère pas de produire une nouvelle série de dessins consacrés à cette histoire intemporelle qui fait sa part belle à la musique.
En attendant, je peux toujours aller vérifier la légende selon laquelle, chaque soir à l’Opéra Garnier, une loge est, comme dans le roman, laissée libre à l’attention d’Erik… et je vous souhaite de beaux rêves avec ce bon vieux morceau d’Iron Maiden, « Phantom of the Opera ».

Blanche Mt.-Cl.