Ouvrez grand votre esprit… – Hypnose (David Koepp, 1999)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

hypnose-film-16855Je reviens enfin avec une vraie chronique cinéma après tout ce temps de tops et de chroniques série… quand ce n’est pas sans chronique tout court! Le fait est que je n’ai pas vraiment consacré d’article avec un film en particulier depuis le mois de mai, figurez-vous! Mine de rien, ça faisait vraiment un bail! Et je ne reviens pas avec n’importe quel opus! En effet, si Hypnose n’est pas considéré comme un film majeur, il est pour moi au cinéma fantastique ce que les histoires de robot sont à la science fiction: le pur coup de flippe!

En effet, je l’ai visionné pour la première fois il y a bien longtemps, peu après sa sortie en vidéo, à l’époque où nous avions encore le VHS à la maison! 😉 Je l’avais regardé dans le salon plongé dans le noir total avec mes parents et mon frère, et j’ai eu quelques soucis pour m’endormir par la suite… 🙂 Ceci dit, je l’avais beaucoup apprécié malgré ce froid dans le dos qu’il me laissait, cette impression de glauque et de danger rampant.

Aussi, j’ai décidé que je devais vous parler brièvement d’Hypnose, un film à mon sens trop souvent négligé…

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Petit quart d’heure geek et nostalgique – Star Wars: Episode VII – Le Réveil de la Force (2015)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Logo du film – Source: Wikipedia

Je vous retrouve pour une courte chronique cinéma garantie 100% sans aucun spoiler et 100% sans objectivité, où je ne développe pas trop sur l’histoire! 🙂 Juste ce qu’il faut pour vous intriguer, et ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte.
En effet, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller enfin voir le dernier Star Wars le week-end dernier. Eh oui, malgré ma grande déception quant à la trilogie de prequels des épisodes I, II et III (j’avais une haine inextinguible envers Jar Jar Binks), j’ai passé des semaines à éviter de lire les critiques, au cas où quelque moment clé de l’action filtre, histoire de ne pas me laisser influencer!

En effet, comme vous vous en doutez si vous suivez ce blog, je suis assez amatrice de ce genre de choses.
Mes parents  avaient fait l’acquisition de la trilogie en VHS quand j’étais enfant et eux-mêmes étaient déjà de grands fans. Je connaissais Luke Skywalker, la princesse Leia et ses macarons glamour au possible, Han Solo et Chewbacca, les Ewoks avec leurs sales petites têtes de nounours vicieux, les petits bonhommes du désert en burnous sombre, Darth Vador, l’Étoile de la Mort, les sabres laser et bien sûr cet inoubliable intro signée John Williams… Quand l’Épisode I est sorti, mes copines qui n’avaient pas vu l’ancienne trilogie sont venues les voir à la maison se faire une idée. J’ai été avec un ami voir le London Royal Orchestra reprendre la B.O. de Star Wars à Bercy en 2010. J’ai même poussé le vice jusqu’à succomber à l’appel des pyjamas Star Wars chez Undiz (je dors donc avec un tee-shirt Darth Vador!). Oui, oui. Et maintenant, j’ai cédé à l’appel de Star Wars: Épisode 7 – Le Réveil de la Force

Je ne présenterai plus la saga, devenue un monument de la culture pop, qui narre le combat entre le côté obscur et le côté lumineux de la Force, entre République et Fédération, entre l’Empire et les Rebelles, etc. … Si vous ne connaissez pas encore la saga, vous trouverez très facilement des informations, des résumés, ou des fiches de personnages. Et si vous souhaiter en apprendre plus sur l’univers de Star Wars en vous amusant, vous pourrez trouver les romans des films chez Pocket Jeunesse! 🙂

Qu’ai-je donc à vous raconter sur le dernier opus de la saga?

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Le plus grand film de S.F. (vraiment) jamais sorti – « Jodorowsky’s Dune » (2013)

Titre: Jodorowsky’s Dune
Année de production: 2013
Réalisation: Frank Pavich
Origine: Etats-Unis, France
Durée: 1h30
Distribution: Alejandro Jodorowsky, Michel Seydoux, Amanda Lear, Chris Foss…

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Affiche du film – Source: Wikipedia

Maintenant que je suis de nouveau très bavarde sur ce blog, je vous propose, pour le film du jeudi, une critique assez courte sur… un documentaire. Mais pas n’importe lequel… Connaissant mon intérêt pour la saga Dune, mon jeune frère m’a offert à Noël dernier un cadeau un peu insolite: le Blu-Ray de Jodorowsky’s Dune, sous-titré The Greatest Science Fiction Movie Never Made, qui retrace l’élaboration par le réalisateur chilien Alejandro Jodorowsky, d’une très ambitieuse adaptation de la saga de Frank Herbert…

Comme il s’agit d’un documentaire, je ne peux pas vraiment vous faire un résumé exhaustif. Après un retour sur la carrière d’Alejandro Jodorowsky (né en 1928), un réalisateur de films d’avant-garde aussi perchés que lui, d’après ce que j’ai cru comprendre. Dans les années 1970, avant David Lynch, « Jodo » se met en tête de réaliser une adaptation somptueuse de Dune, et le moins que l’on puisse dire est qu’il voyait très, très grand. Rassemblant une équipe créative à Paris, il travaille avec les illustrateurs Chris Foss, Moebius et même avec le regretté Giger (vous savez, le mec à qui l’on doit la créature d’Alien!), pour préparer une sorte de « bible » du projet, avec dessins de décors, personnages, costumes… Le tout dans un style très BD, tour à tour sombre et chatoyant.

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TAG – Liebster Award ! ! ! – « Mais quelle surprise! Je tiens tout d’abord à remercier… »

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Nouveaux venus sur ce blog,

Bien le bonjour. 🙂

Liebster AwardVoici que je me suis rendue compte un peu à retardement que j’ai été nominée par MiHaM à l’adorable blog geek et féminin sans être cucul, pour le Liebster Award. Je suis, bien sûr, extrêmement flattée de cette attention, et je me prête au jeu avec plaisir. D’autant plus que son nom qui sonne un peu germanique me plait bien! Mais en quoi cela consiste-t-il au juste?… Il faut:

  • Écrire 11 choses sur soi
  • Répondre aux 11 questions de la personne qui vous a nominée
  • Taguer 11 blogs et leur poser 11 questions
  • Mettre le lien vers leurs blogs sur l’article
  • Les tenir au courant de leur nomination
  • Informer la personne qui vous a nominée que vous avez rempli votre tâche

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Si la magie était un film – « L’Illusionniste » (Neil Burger, 2006)

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Affiche du film – Source: Wikipedia.org

Titre: L’Illusionniste (The Illusionist)
Année de production: 2006
Réalisation: Neil Burger
Origine: Etats-Unis, République tchèque
Durée: 1h50
Distribution: Edward Norton, Jessica Biel, Paul Giamatti, Rufus Sewell

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Certains d’entre vous sont en vacances, et ont probablement envie de buller devant un bon film… Voici donc une nouvelle chronique cinéma. Comme vous l’avez déjà vu sur ce blog, je ne fais pas nécessairement l’apologie de grands classiques, car j’ai des goûts plutôt étranges. Donc voici un film qui pourrait faire figure d’OVNI sur ce blog… J’ai nommé L’Illusionniste, réalisé par Neil Burger en 2006. Une histoire de magie, de jalousie et de meurtre dans la Vienne impériale…

  • Le pitch

L’Illusionniste nous amène dans le Vienne de 1900, à l’époque de l’empire austro-hongrois. Les foules se passionnent pour les numéros d’Eisenheim (Edward Norton). L’inspecteur en chef Walter Uhl (Paul Giamatti), ne fait pas exception à cette règle et assiste régulièrement aux spectacles de cette illusionniste à la notoriété grandissante. Mais un soir l’héritier présomptif du trône, le prince Léopold (Rufus Sewell), présent à une représentation, envoie sur scène sa fiancée, l’archiduchesse Sophie von Teschen (Jessica Biel) quand Eisenheim cherche un volontaire pour l’un de ses tours. Mais si sur scène Eisenheim ne veut rien laisser paraître, il a bien reconnu Sophie, son amour d’adolescence dont il avait été séparé à cause de leurs rangs respectifs. La jeune femme l’a elle aussi reconnu, et décide de le revoir en secret, d’abord à titre amical.

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En coulisses, Uhl demande ses « trucs » à Eisenheim… – Source: Imdb.com

Quant à l’ombrageux prince Léopold, d’abord admiratif du talent d’Eisenheim, devient peu à peu jaloux de sa notoriété. D’autant plus que d’un naturel soupçonneux, il a chargé Uhl de faire suivre sa fiancé et a découvert que celle-ci avait des fréquentations peu adaptées à son rang. Léopold ne recule devant rien pour décrédibiliser Eisenheim et le faire passer pour un imposteur aux yeux de tous, et l’éloigner de Sophie. Celle-ci n’a jamais oublié son amour d’adolescence et entame bientôt une liaison avec lui. L’inspecteur Uhl, pour sa part, est mal à l’aise. En effet, il ne souhaite pas causer le moindre tort à un homme de spectacle qu’il admire, et n’a de cesse de le mettre en garde sur ses amitiés avec une dame de haut rang, et sur les conséquences de celles-ci.

Eisenheim semble prendre la chose avec sérénité… Jusqu’à ce qu’une tragédie arrive, et que la capitale bruisse de rumeurs sur ses pouvoirs surnaturels… Alors, l’illusionniste est-il détenteur de dons particulier, ou bien, comme il aime à le rappeler à Uhl, tout n’est-il qu’illusion?

  • Un film d’ambiance
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Retrouvailles scéniques d’Eisenheim et Sophie von Teschen – Source: Imdb.com

Comme le savent certains lecteurs, je suis fan d’histoire germanique, Allemagne et Autriche comprises. J’aime l’Art Nouveau et son pendant viennois, le Jugendstil emmené par le célèbre Gustav Klimt, dont les tableaux dégoulinant d’or et de sensualité me séduisent, j’aime l’architecture d’Otto Wagner… Donc je ne pouvais qu’être séduite par le contexte global du film, qui s’ancre dans les dernières années du régime impérial, à l’époque de Freud et de Klimt, quand Vienne était une ville pionnière dans bien des domaines de la culture et des arts. Certes, le film a principalement été tourné en République tchèque, à Tábor et à Prague. Mais la République tchèque est, au niveau de l’environnement et de l’architecture, ce qui ressemble le plus au Vienne du début XXe. Donc la plupart des films se déroulant à Vienne à l’époque impériale sont tournés en République tchèque – ce fut par exemple, le cas du monumental Amadeus de Milos Forman.

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Le mystérieux et fascinant Eisenheim – Source: Imdb.com

Ainsi, ce film vaut surtout pour son atmosphère si particulière. Visuellement, cela se trahit par un passage d’images extrêmement lumineuse à d’autres plus sombres, avec un effet, presque brumeux qui, hormis pour les dorés et les rouges, donne à certaines séquences un aspect rappelant les photos sépia. On y retrouve l’influence du mouvement Jugendstil, ce qui donne des décors extrêmement typés. Le début du film est très lumineux, chaleureux et certaines ambiances semblent correspondre aux personnages. Les ors et la lumière pour Eisenheim, paré d’une aura sombre dans les scènes intimistes et au fur et à mesure qu’il sombre dans la mélancolie. La belle Sophie – Jessica Biel est juste sublime dans ce rôle avec son sourire adorable – apparait toujours dans des tenues 1900 très claires, tandis que son fiancé Léopold porte toujours des uniformes et vit dans un château sombre décoré de morbides trophées de chasse (personnellement, je déteste ça, pour moi ça revient à exposer un cadavre dans son salon, ça me fout les boules). Quant à l’inspecteur Uhl, qui fait un peu l’intermédiaire entre les autres personnages, ses couleurs sont plus froides et plus nuancées.

On passe des intérieurs somptueux et des flashbacks bucoliques dans la jeunesse d’Eisenheim et de Sophie,  à des perspectives droites très « viennoises », à des scènes de spectacles flamboyantes, puis à un environnement forestier très brumeux très surnaturel. Le tout est servi par une bande originale magnifique signée Philip Glass. Auteur de plusieurs musiques de film, il est aussi l’un des compositeurs contemporains les plus influents, chantre de la musique minimaliste qui a influencé de grands noms comme Danny Elfman ou encore… Depeche Mode à leurs débuts. D’ailleurs, de générique de début nous hypnotise dès les premières mesures.

Je vous laisse donc, pour cette partie avec une scène qui pour moi reste la plus belle du film. Image, musique… tout y est! C’est en V.O. non-sous-titré, mais qu’importe. L’image parle d’elle-même. C’est magique!

  • Une intrigue bien ficelée qui capte l’attention

Heureusement, l’ambiance n’est pas tout. L’intrigue elle-même est fascinante. Je ne l’ai appris qu’il y a peu, mais L’Illusionniste est adapté d’une nouvelle signée Steven Milhauser, « Eisenheim the Illusionist ». Je ne l’ai malheureusement pas lue, mais d’après ce que j’ai compris, certaines libertés ont été prises avec l’histoire. Ne vous attendez pas à des scènes d’action, à des courses poursuites et à de la bagarre dans ce film somme toute assez contemplatif. Mais contemplatif ne veut pas nécessairement statique et ennuyeux. En effet, le film a un schéma narratif très particulier, qui joue avec les questionnements du spectateur, reconstituant le fil du mystère sur lequel enquête Uhl – la fameuse tragédie que je mentionnais – ainsi que l’histoire personnelle d’Eisenheim par le biais d’habiles flashbacks qui renforcent encore la légende autour de l’illusionniste. Bref, il ne fait que renforcer l’énigme Eisenheim quand on croit l’avoir déchiffrée.

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Le vénéneux prince Léopold – Source: Imdb.com

Des intrigues secondaires intéressantes permettent de garder le spectateur en haleine jusqu’au plan final (un final surprenant, d’ailleurs!). Nous avons bien sûr cet acharnement de Léopold envers Eisenheim qui, discrètement provocateur, prend un malin plaisir à titiller le chanceux fiancé à son grand amour, et la romance entre Sophie et son magicien. Quant à l’enquête d’Uhl, on nage en plein rêve.

Mais ce ne sont pas les seuls. Une sorte de complicité se noue peu à peu entre l’inspecteur Uhl et Eisenheim – je ne parlerai pas de bromance, ce serait tiré par les cheveux! Mais leur relation va bien plus loin que la simple fascination de la part de l’inspecteur pour un homme de talent, car on sent qu’ils n’ont rien l’un contre l’autre et s’estiment mutuellement. Cela permet également d’aborder la question sociale. En effet, tous deux sont des roturiers évoluant au milieu des « grands » – puisque les performances d’Eisenheim attirent l’aristocratie viennoise, et parce que l’inspecteur chef Uhl est en charge de la sécurité du prince Léopold. Tout au long de l’histoire, le policier n’a de cesse de rappeler au grand prodige de l’illusion qu’il souffrira nécessairement de cet amour pour une femme de haut rang, que des hommes comme eux ne pourront jamais nouer d’amitié sincère avec des gens de ce milieu. Je cite Uhl: « Ils n’oublieront jamais que je ne suis que le fils d’un boucher. »

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L’inspecteur Walter Uhl, songeur – Source: Imdb.com

Entre ces deux hommes qui peuvent se parler librement, la magie devient elle aussi un enjeu. Je vous montrais la fameuse scène de l’oranger qui émerveillait l’inspecteur, que l’on voit s’extasier dans le public. Eh bien le « truc » de l’oranger, ce numéro magnifique, fait l’objet d’un pari entre eux… mais vous n’en saurez l’issue qu’à la fin du film!

  • Des personnages captivants campés par des acteurs au poil

Pour finir les personnages sont eux aussi captivants, portés par des acteurs convaincus et convaincants.

Edward Norton est un acteur que j’aime beaucoup, capable de jouer sur des registres variés et qui incarne un Eisenheim… disons-le, sombre, magnétique et même sexy – alors qu’en soi, Ed’ n’est pas laid mais il n’est pas non-plus Apollon. Il magnifie ce personnage mélancolique et tourmenté, mais également espiègle et sûr de ses prouesses. Son seul point faible, qui nous rend ce « sur-homme » plus sympathique et humain, est son amour pour Sophie von Teschen.

Sophie, ah Sophie. Merveilleuse Jessica Biel. Bon, soyons honnêtes, je l’ai toujours trouvée très jolie. Dans L’Illusionniste, elle l’est encore plus lorsqu’elle sourit, délicate dans ses robes crème. Notre empathie vient du fait qu’aristocrate, elle se doit de faire un mariage d’intérêt et Elle campe une jeune archiduchesse très douce mais aussi déterminée et lucide sur les difficultés auxquelles elle doit faire face pour voir celui qu’elle aime réellement.

Car danger il y a… Je soulignais la personnalité difficile de Son Altesse Léopold. Dans le rôle nous retrouvons une vraie « tête de méchant/tête de con » – rappelez-vous Jasper dans The Holiday, ou Adhémar dans ChevalierRufus Sewell. Le fait est que cet homme, avide de pouvoir et de contrôle, complote non-seulement contre son oncle l’empereur, mais est aussi un véritable tyran dans l’intimité. C’est là que nous pouvons craindre pour la vie de la belle Sophie: en effet, ses deux précédentes fiancées seraient mortes rouées de coups… Bref, Rufus Sewell est au mieux de sa forme dans ce rôle d’enfoiré que l’on adore détester.

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La belle Sophie von Teschen – Source: Imdb.com

Enfin, le seul personnage réellement ou devrais-je dire, inconditionnellement sympathique est sans conteste l’inspecteur Walter Uhl, incarné par un Paul Giamatti débordant de bonhomie. Il a beau être lucide et méfiant, il n’en est pas blasé pour autant. Confronté de par son métier à des faits graves, il garde pourtant sa capacité d’émerveillement. Il n’est pas qu’un sous-fifre ou une machine au service du froid Léopold, il ne pousse jamais son professionnalisme jusqu’à faire un zèle injustifié, mais les conventions sociales du régime impérial ne lui donnent pas vraiment le choix. D’autant plus qu’il a à rendre des comptes aux membres de la famille impériale, dont le pouvoir est alors absolu. Je ne dirais pas qu’il incarne le « bon sens populaire » (en plus je n’aime pas cette expression) Sa lucidité l’oblige à se rappeler d’où il vient, et à appréhender les risques qu’il prend s’il venait à manquer à ses devoirs. Il respecte son « adversaire » par obligation, Eisenheim, tout en essayant de conserver sa froide distance d’enquêteur, et en se montrant bienveillant. Même s’il ne distille pas autant de mystère qu’Eisenheim, il reste un personnage profondément humain aux multiples facettes, ce qui le rend aussi complexe que l’illusionniste, quand bien même la distance entre lui et le spectateur est moindre.C’est finalement à lui que le spectateur est le plus susceptible de s’identifier, dont il partage les inquiétudes et la fascination.

  • Conclusion

J’ai pu voir sur Internet que les avis sur ce film sont assez mitigés, mais qu’il est généralement mieux noté par les spectateurs que par la presse (en même temps, hormis quelques magazines sympas, la presse culturelle se plait souvent à « péter plus haut que son cul »). Pour ma part, je ne trouve pas que L’Illusionniste révolutionne le genre, mais pour en avoir parlé avec quelques amis, j’ai pu constater que nous avions tous été séduits par les mêmes choses – l’atmosphère, la prestation des acteurs et ce final déroutant. Bref, c’est un tour de magie d’une heure cinquante, esthétiquement plaisant qui nous berce et nous fait passer une bonne soirée dans un univers feutré, agrémenté d’images oniriques et hors du temps.

Bref, j’espère vous avoir donné l’envie de découvrir, ou de redécouvrir cette histoire à la beauté fascinante, qui vous emmène dans un univers sombre et beau…

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Eisenheim en pleine réflexion – Source: Imdb.com

Et en plus, je me rends compte, à écrire dessus, que dès que j’ai les moyens, j’aurais bien envie de me refaire un petit voyage en Autriche, et de visiter Vienne sur la trace du Sang des Wolf. Arpenter ces belles avenues et voir ces belles perspectives, m’émerveiller devant la magie des lieux et imaginer Eisenheim quelque part là-bas… D’autant plus que ça me ferait retrouver un peu d’inspiration pour mes écrits, car je bloque un petit peu en ce moment… Et un voyage créatif sur ces terres légendaires d’Europe Centrale, ce serait un super sujet de post, non? 🙂

Mais en attendant, que diriez-vous d’un film de loup-garou pour la prochaine chronique ciné?

Blanche Mt.-Cl.

Redécouvrir sa propre humanité – « Equilibrium » (2002)

Titre: Equilibrium
Année de production: 2002
Réalisation: Kurt Wimmer
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h47
Distribution: Christian Bale, Emily Watson, Taye Diggs, Sean Bean…

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Affiche – Source: Imdb.com

Derrière le slogan quelque peu pompeux d’ « Oubliez Matrix » se cache l’un des films de science-fiction qui m’ait le plus marqué ces dernières années: Equilibrium, dirigé par Kurt Wimmer en 2002, qui a eu la malchance de sortir à peu près en même temps que les suites de Matrix. Eh bien même si cela peut sonner comme une hérésie, ce film m’a vraiment fait oublier Matrix dont les suites m’avaient beaucoup déçue – à mon avis, les Wachovski ont eu un peu de mal à trouver l’équilibre entre action pure et délire pseudo-phylosophique qui faisait le plaisir de mes potes « pseudo-intello » d’alors. Bref. Bien qu’étant fan  de Christian Bale (à la fois question de performance et de packaging, si j’ose dire), j’ai d’abord considéré Equilibrium avec méfiance, et j’ai attendu de le voir sur le câble pour acheter le DVD. Le sujet, l’histoire, l’esthétique, et ces enjeux liés à l’humanité et à l’émotion – absolument tout m’avait séduite.

Car l’émotion est l’essence-même d’Equilibrium, et ce pour une raison simple: imaginez une société futuriste et dystopique, où les citoyens ne sont pas autorisés à éprouver le moindre sentiment, la moindre émotion, et doivent absorber à intervalle régulier une drogue appelée le Prozium… et vous aurez une petite idée de ce qui se joue à Libria pour l’Ecclésiaste John Preston interprété par Christian Bale.

  • Libria
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La police de Libria – Source: equilibriumfans.com

L’histoire se passe donc dans la cité-Etat de Libria, vers la fin du XXIe siècle. Après une Troisième Guerre mondiale particulièrement meurtrière, les survivants ont élaboré la théorie suivante: ce cataclysme a été provoqué par la haine que les humains éprouveraient les uns pour les autres. Il s’agit donc d’attaquer le mal par la racine, en éradiquant la capacité des hommes à ressentir la haine. Pour cela, une seule solution: inhiber complètement les émotions des hommes – peine, douleur, jalousie, haine, mais aussi remords, joie, amour – par l’utilisation massive d’une drogue spécifique, le Prozium. Les citoyens de Libria ne peuvent donc pas être jaloux d’un autre, mais ne peuvent pas non-plus tomber amoureux ou prendre du plaisir à regarder une oeuvre d’art. Ils ne pleurent pas, ne cherchent pas l’accomplissement personnel ou la différenciation. Toute forme d’expression individuelle, dont l’art, est interdite. Tout cela est renforcée par l’uniformité des vêtements, des appartements et de l’aménagement des bureaux. Car l’uniformité est la base de cette société, afin de préserver la paix dans le monde. Ainsi, à différents moments de ma journée, les citoyens s’injectent du Prozium, et les objets classés E-101, c’est-à-dire à contenu émotionnels – films, enregistrements musicaux, oeuvres d’art, parfum, parfois de simple accessoires du quotidien – sont automatiquement incinérés. L’uniformité et la disparition de l’individualité est renforcée par la disparition des visages: en effet, les gardes ou agents de la police politique qui accompagnent parfois les Ecclésiastes en missions, ainsi que les bourreaux qui amènent les transgresseurs à l’incinérateur, sont toujours masqués ou casqués, comme si l’individualité était niée au point de refuser que les êtres aient des visages différents les uns des autres.

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Une vue du centre-ville de Libria – Source: tboake.com

Equilibrium fait sienne cette citation d’Heinrich Heine qui veut que: « Là où l’on brûle les livres, on finit par brûler des hommes. » Puisque Libria compte des ennemis en son sein: les « transgresseurs » (sense offender en version originale) refusent de prendre le Prozium. La plupart d’entre eux vivent dans les champs de ruines à l’extérieur de Libria surnommés les Enfers, ou dans des bases souterraines. Ils protègent différentes oeuvres d’arts et animaux de la police politique, le Tetra-Grammaton. Ses officiers, les Ecclésiastes, sont un genre de super-combattants pratiquant un art martial particulier, le « gun-cata », et sont en mesure d’identifier et d’arrêter les transgresseurs qui sont soit fusillés, soit incinérés vifs. L’Etat est dirigé par le Père (Sean Pertwee), qui s’adresse quotidiennement à la foule par le biais d’écrans géants et même d’images projetés sur des dirigeables.

Les lecteurs de science-fiction ou les curieux y reconnaîtront des éléments issus de différentes oeuvres, comme 1984 d’Orwell pour la dimension totalitaire et la dénonciation des transgresseurs, Farenheit 451 pour la destruction des biens culturels – et tout comme dans ces histoires, le personnage principal est censé être un acteur et un protecteur du système. Le Meilleur des Deux mondes ferait aussi partie des sources d’inspiration, mais comme je ne l’ai pas encore lu…

  • L’histoire
Partridge et Preston au siège du Tetra-Grammaton - Source: Allôciné.fr
Partridge et Preston au siège du Tetra-Grammaton – Source: Allôciné.fr

Le film commence quand John Preston (Christian Bale), un Ecclésiaste haut-gradé, vient arrêter un groupe de transgresseurs aux Enfers avec son co-équipier Errol Partridge (Sean Bean). Après avoir fait brûler la Joconde que les trangresseurs sus-mentionnés protégeaient, Preston exprime quelque suspicion quant à son collaborateur qu’il a surpris s’emparant d’un recueil de poésie lors de l’opération. Réalisant que celui-ci ne l’incinèrera jamais, il le suit jusqu’aux Enfers en pleine nuit et le trouve assis dans une cathédrale en ruine, à lire et déclamer du Yeats. Comme d’habitude, Sean Bean ne reste pas vivant jusqu’à la fin du film, car Preston exécute Patridge sans état d’âme. Pourtant, durant la nuit suivante, il rêve de sa défunte épouse, morte exécutée par incinération pour transgression, et au réveil, brise accidentellement sa capsule de Prozium. Avant même de pouvoir la remplacer, il fait la connaissance du remplaçant de Partridge, un Ecclésiaste consciencieux du nom de Brandt (Taye Diggs). Ensemble, ils arrêtent la transgresseuse Mary O’Brien (Emily Watson). Sans Prozium, assailli par des sentiments profondément enfouis qui remontent à la surface, Preston empêche Brandt de tirer sur Mary alors que celle-ci se défend. En fouillant dans ses affaires, il comprend que Mademoiselle O’Brien était la compagne de Partridge… Il se rapproche peu à peu des milieux de la Résistance et fait la connaissance de son chef, Jurgen (William Fichtner).

Interrogatoire de Mary - Source: equilibriumfans.com
Interrogatoire de Mary – Source: equilibriumfans.com

Très vite, il doit faire face à la suspicion de son propre fils éduqué à l’école de Libria et de Brandt, au moment où le Vice-Consul (Angus McFadyen) confie à Preston la mission de trouver un traitre parmi les Ecclésiastes et de tuer les chefs de la Résistance. En parallèle, Jurgen, dont Preston a gagné la confiance, lui demande de participer à une opération visant à détruire les stocks de Prozium et à tuer le Père… Mais dans un état totalitaire, rien ne peut aller facilement.

  • Une atmosphère fascinante et captivante

Bien que le film, une série B, souffre de quelques faiblesses dont plusieurs faux raccords, et ne puisse être considéré comme un chef d’oeuvre, il peut fasciner de par sa reconstitution d’une dictature du future. A mon sens, le résultat est esthétiquement très plaisant, avec des couleurs dé-saturées, voire quasiment inexistantes – noir, gris, gris-bleu, bleu sombre. Il n’y a quasiment pas de couleur associée à des sentiments comme le rouge, l’orange, le jaune or, le bleu soutenu ou le vert à Libria. Même les gyrophares des Ecclésiastes sont blancs.

L’architecture de la cité, très massive, est assez impressionnante – j’aime à l’appeler « dictatoriale ». Bien que les vues de Libria soient pour la plupart en image de synthèse, plusieurs scènes ont été tournées à Berlin pour ce mélange d’architecture fasciste (les arcades du stade olympique construit pour les Jeux de 1936, notamment) et massives. D’autres scènes ont été tournées près de la Porte de Brandebourg, de la Deutschlandshalle ou du Bundestag. Les intérieurs, comme ceux du Tetra-Grammaton, sont assez grandioses – on y voit des sculptures et des colonnades massives dans cette scène où le Vice-Consul convoque Brandt et Preston – et très ordonnés, symétriques, aseptisés, et les fenêtres des appartements sont obstruées par une pellicule translucide qui ne laisse pas voir le paysage.

Preston arrachant cette pellicule qui obstrue sa vue - Source: equilibriumfans.com
Preston arrachant cette pellicule qui obstrue sa vue – Source: equilibriumfans.com

C’est d’ailleurs vers sa fenêtre que se dirige Preston, à peine réveillé d’un cauchemar où il revoyait l’arrestation puis l’exécution de sa femme, pour arracher cette pellicule: s’offre alors à lui une vue surprenante de Libria dans la lumière dorée de l’aube. J’en arrive donc à cet autre aspect visuel du film, à savoir l’utilisation de couleurs chaudes dans les scènes à fort contenu émotionnel – comme la découverte de cette vue de Libria que jusque là le spectateur n’avait vu que grise, et qui la re-découvre en même temps que Preston. Il en est de même lors de la découverte de la planque où Mary O’Brien cache ses souvenirs de couleurs soutenus comme le bleu roi ou le rouge de flacon de verre, l’orange cuivré d’un vieux gramophone à la lumière dorée d’une lampe à pétrole. J’ai également noté, la seconde fois que j’ai vu le film, que même le teint des personnages change selon qu’ils soient ou non transgresseurs: en effet, si les visages semblent légèrement gris et neutres, on perçoit l’afflux sanguin montant au visage d’un Preston en colère ou désespéré: un exemple particulièrement marquant en est le souvenir de l’Ecclésiaste associé à l’arrestation de son épouse. Lorsque celle-ci se dégage des Ecclesiastes et se jette au cou de son mari pour l’embrasser, elle lui murmure de ne pas l’oublier. A cet instant, on voit les joues de Preston rougir, ce qui montre bien cette capacité à ressentir, enfouie au plus profond de lui-même…

Quant à la bande-originale, elle sonne… dictatoriale elle aussi. Bon, vous n’êtes pas sans connaître ce cliché qui associe la musique de Wagner et les choeurs de l’Armée rouge au nazisme et au communisme d’URSS – ce qui semble avoir inspiré Klaus Badelt dans la composition de la musique d’Equilibrium. Elle est très caractéristique, grave, solennelle, à la fois lente et rythmée, s’accordant parfaitement à l’environnement visuel de Libria, si l’on met à part des morceaux électro lors des scènes d’action.

Mais ce qui fait la puissance du film, c’est surtout le parcours personnel du héros, un individu qui redécouvre sa propre humanité…

  • Un parcours individuel

En faisant quelques recherches sur le film, j’ai été touchée en apprenant que Kurt Wimmer avait trouvé l’inspiration dans sa propre vie. Diplômé en arts, il aurait été dégoûté par la pédanterie du milieu artistique et aurait décidé de ne plus ressentir quoi que ce soit à la vue d’une oeuvre artistique. Il aurait finalement redécouvert le plaisir de l’art après être devenu père. C’est un peu le parcours de Preston qui dans Equilibrium redécouvre une part oubliée de son humanité: sa capacité à éprouver des sentiments.

Preston découvrant un disque de Beethoven dans une cachette de transgresseurs - Source: equilibriumfans.com
Preston découvrant un disque de Beethoven dans une cachette de transgresseurs – Source: equilibriumfans.com

Il y parvient, tout d’abord accidentellement, lorsqu’il brise sa capsule de Prozium, et se redécouvre lors de ses rencontres avec Mary et Jurgen, à travers ses souvenirs et la découverte d’oeuvres d’art. Les premières larmes que nous voyons Preston verser sont dues à la musique, particulièrement à l’écoute du premier mouvement de la Neuvième Symphonie de Beethoven – pas l’Hymne à la Joie. J’ai adoré cette scène, que j’ai trouvé très belle et extrêmement touchante – sans doute parce que j’aime Beethoven aussi! On retrouve également cette relation à l’art du côté de Partridge qui peut avant son exécution, récite un poème de Yeats: « Mais moi, je suis pauvre, je n’ai que mes rêves/ J’ai déroulé mes rêves à tes pieds,/Marche doucement car tu marches sur mes rêves… » (But I, being poor, have only my dreams; /
I have spread my dreams beneath your feet;
/ Tread softly because you tread on my dreams…) avant d’ajouter: « Assume ton rêve, Preston. » Il comprend donc déjà que Preston a cette chose inscrite en lui-même, ses sentiments, sa personnalité, et peut-être des envies et des rêves.

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Preston faisant face à un Brandt soupçonneux – Source: equilibriumfans.com

La découverte de l’émotion ne se fait pas sans heurt: en effet, comment mettre un mot sur des émotions qu’on n’est pas censé ressentir, et que l’on a jamais ressenties avant? En effet, comme l’a fait remarquer Partridge à Preston se disant désolé de devoir l’exécuter, celui-ci n’a aucune idée de ce qu’est avoir du remords. Cette éducation émotionnelle, si j’ose dire, permet de mieux d’identifier au personnage, tout d’abord froid, presque mécanique, de John Preston, cet Ecclésiaste sans la moindre émotion, qui se débat avec des sentiments qu’il ne parvient à identifier.

Le fait est que Christian Bale, mes goûts esthétiques mis à part, est un très bon acteur. S’il en jette dans son uniforme sombre, impassible avant de massacrer des transgresseurs, il est transfiguré par ces moments où son personnage découvre sa propre émotivité, par cette tension où il se débat, entre ses sentiments, cette nouvelle capacité d’empathie à l’encontre des transgresseurs – et même d’un chiot qu’il ne laisse pas abattre lors d’une descente aux Enfers, et cette peur de se faire prendre. La différente entre ce Preston agent du système et ce Preston pris en tant qu’individu, est tangible lors d’une scène où il visionne, horrifié, une vidéo de l’exécution de sa femme et remarque sa propre impassibilité à ce moment-là. L’expressivité de Bale est juste impeccable, et fait un pendant parfait à toutes ces agents du Tetra-Grammaton qui sont autant de silhouettes casquées et masquées, telles des fantômes.

Mary O'Brien - Source: equilibriumfans.com
Mary O’Brien – Source: equilibriumfans.com

D’autant plus que son personnage se trouve en butte, et ce en peu de temps, à tous les types d’émotion – peur d’être pris, tristesse en repensant à sa femme, solitude, tendresse envers ses enfants, étonnement face à un lever de soleil, haine et dégoût de ses supérieurs, chagrin à la perte d’un être dont il s’était immédiatement épris… à savoir Mary O’Brien avec qui il redécouvre une certaine forme d’amour, puisqu’il fera tout pour la sauver. Ce qui, comme on s’en doute, lui vaudra des ennuis car il craque. D’ailleurs, chapeau bas pour le choix d’Emily Watson dans le rôle de Mary: j’ai toujours été fascinée par l’expressivité et l’intensité de son regard qui a dû captiver notre Ecclésiaste.

Mais Preston, à peine ses émotions découvertes, va devoir les juguler pour mener à bien une mission politique, et apprendre que se laisser aller à celles-ci est un privilège, un luxe qu’il ne peut se permettre. C’est ce que lui enseigne Jurgen, le chef de la Résistance, car il sait que des choix difficiles imposent de mettre ses propres sentiments de côté. Y parviendra-t-il? C’est ce que vous saurez en regardant Equilibrium

En revanche, j’avoue m’être posé une question un peu tirée par les cheveux, et peut-être que Kurt Wimmer lui-même n’y a pas vraiment pensé. Il semble, à la lumière des rêves de Preston relatifs à sa femme, que le Prozium ne touche pas l’inconscient, et laisse cette marge aux êtres humains. Comme s’il soignait le symptôme mais pas la cause elle-même, et qu’au final, les sentiments ne peuvent totalement disparaitre, qu’ils sont là, tapis quelque part, et que chaque citoyen de Libria a en lui-même cette étincelle. Si tel n’était pas le cas, comment Preston, tout juste sorti de la torpeur du Prozium, aurait-il été capable de ré-arranger la disposition de son bureau à son propre goût, quand, depuis sa naissance, il n’a jamais eu aucune idée de ce que signifie développer des préférences personnelles et les exprimer? Comment peut-il savoir qu’un simple décalage de sa boîte de trombones le mettrait plus à l’aise?

  • Conclusion
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On termine avec Preston, juste pour le plaisir… – Source: equilibriumfans.com

Comme vous avez pu le lire dans cette critique – plus qu’une analyse – ce film m’a beaucoup touchée. J’ai beaucoup aimé l’histoire et me suis attachée au personnage principal, et aussi parce qu’adolescente, quand j’ai songé à écrire de la science-fiction, je me suis demandé ce que donnerait un monde où les émotions seraient bannies et inexistantes, et surtout, quelles en seraient les conséquences et les applications – guerre, manipulation des masses, exploitation au travail. Ça me faisait froid dans le dos, rien que d’imaginer jusqu’où « l’imaginaire despotique » peut aller.

Bien sûr, Equilibrium a ses faiblesses, ses faux-raccords, et les critiques ne sont pas nécessairement tendres avec cette série B à la mise en scène impeccable et de bonne facture, qui n’a pas bénéficié des budgets d’un blockbuster. Toujours est-il que pour certaines communautés de fans, il est considéré comme un film culte. Et quand on arrive à déchiffrer son code visuel, il devient possible et même très amusant de voir les réactions, subtiles, de chaque personnages, et de comprendre qui ressent ou non quelque chose. Pour ma part, je pense que l’univers exploré par Kurt Wimmer aurait mérité d’être approfondi, voire développé, avec des intrigues secondaires et plus de personnages féminins. Inutile de vous dire que je rêverais d’une version longue de ce film!

Je recommande donc ce film beaucoup plus riche qu’il n’y paraît, pour son atmosphère particulière et ses très bons acteurs, et pour son scénario plutôt sympathique qui aurait mérité un traitement plus en profondeur. Je vous souhaite donc un bon visionnage, ainsi qu’une bonne nuit!

Blanche Mt.-Cl.