Il était une fois… la cruauté – Tale of Tales (Matteo Garrone, 2015)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Affiche du film – Source: AlloCiné

Cela fait un petit moment que je ne vous ai pas gratifiés d’une chronique cinéma… Aussi c’est avec un certain plaisir je reviens en ce jour vous parler de cinéma. Et par la même occasion, je fais à nouveau une incursion dans le monde des contes avec un opus assez luxueux qu’étrange. J’ai nommé Tale of Tales, sorti en 2015 et dirigé par Matteo Garrone. Pour vous faire une idée du visuel du film, je vous conseille de vous reporter à l’affiche ci-contre, qui vous donnera une idée de ce que vous allez voir à l’écran…

Mais oubliez romantisme, princes charmants, gentilles fées, preux chevaliers et grandeur d’âme car toutes ces histoires ont un point commun: elles sont empreintes de la cruauté la plus noir. Laissez-moins maintenant vous amener en un monde aussi beau que sombre…

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L’Amour plus fort que la mort – The Crow (Alex Proyas, 1994)

« Maman est le deuxième nom de Dieu, dans la bouche de tous les enfants. »

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Puisque j’évoquais vampires, loups-garous et morts-vivants, ainsi que corbeaux, j’ai décidé de revenir, pour la chronique cinéma, sur un film fantastique qui m’a beaucoup marquée il y a quelques années. Fans d’histoires sombres et d’esthétique néo-gothique, amateurs d’action et de rock, mais aussi grands romantiques, ce film s’adresse à vous: The Crow.

Je l’ai découvert il y a quelques années, alors que j’étais étudiante, à la grande époque où avec mes parents et mon frère, nous passions des soirées entières devant les chaînes cinéma à la découverte de classiques ou de nouveautés. Nous connaissions déjà l’éphémère série The Crow (1998-99) dont le costume du héros m’avait inspirée pour une soirée d’Halloween au lycée, mais un ami nous avait parlé du film d’Alex Proyas de façon… Comment dire?… Dithyrambique. Aussi lorsque The Crow est repassé à la télévision, nous nous sommes fait un devoir de le visionner.

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Entre kitsch et chef d’oeuvre lyrique – « Excalibur » (1981)

« The Dark Ages. The Land was divided and without a King. Out of those lost Centuries Rose a Legend… Of the Sorcerer, Merlin; of the Coming of a King; of the Sword of Power… Excalibur. »

Titre: Excalibur
Année de production: 1981
Réalisation: John Boorman
Origine: Etats-Unis, Royaume-Uni
Durée: 2h15
Distribution: Nigel Terry, Helen Mirren, Nicol Williamson, Cherie Lunghi…

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Affiche – Source: Imdb.com

Oyez, oyez, gentes dames et damoiseaux, voici – une fois n’est pas coutume – un film fantasy. En général, je ne goûte pas énormément la fantasy, sauf Autre-Monde de Chattam, et les histoires assez « viriles » comme les aventures de Conan le Cimmérien.

Mais s’il est bien quelque chose qui me réconcilie avec la fantasy, c’est la légende arthurienne. J’ai d’ailleurs Les Brumes d’Avalon et Le Cycle de Pendragon qui m’attendent encore dans ma PAL. Mais Excalibur, vu pour la première fois à cinq ou six ans (alerte aux parents irresponsables!), à peu près compris vers dix ans, fascinant à l’adolescence, adoré à l’âge adulte, a durablement parasité ma perception du mythe d’Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde. C’est d’ailleurs à cause de sa dimension épique et passablement burnée, que je me suis ennuyée comme un rat mort quand j’ai tenté de lire Les Brumes d’Avalon de Marion Zimmer Bradley (que j’ai laissé tomber pour re-tenter le coup quatorze ans plus tard), que j’ai détesté Kaamelot et démonté Merlin (avant d’adorer ladite série quand j’en ai saisi les allusions au mythe, la mise en scène et l’interprétation). Bref, c’est l’une de mes « madeleines » de Proust…

Mais de quoi s’agit-il exactement?

  •  La légende du roi Arthur

Le film s’inspire d’un grand classique de la littérature anglaise (que j’aimerais lire) Le Morte d’Arthur de Thomas Malory, en anthologie du XVe siècle compilant récits anglais et français relatifs aux aventures du roi Arthur et de ses chevaliers, à la quête du Graal et aux amours de Guenièvre et Lancelot. Le film part des origines d’Arthur jusqu’à son dernier combat. Désolée pour les éventuels spoilers, mais quiconque s’intéresse au mythe arthurien sait comment cela se finit. Bref, de quoi alimenter mon imaginaire « chevaleresque ». Car si les récits varient d’une époque à l’autre, d’un auteur à l’autre, Excalibur explore plusieurs dimensions de la légende, à savoir l’épée dans la roche, les origines magiques d’Arthur, les enchantements de Merlin, la liaison de Guenièvre avec Lancelot, Perceval et la quête du Graal… Boorman nous conte une histoire à la fois tragique, magique et épique, une épopée pour l’amour et le pouvoir.

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Flammes éclairant un champ de bataille, en tout début de film – Source: dvdclassik.com

L’histoire commence sur un champ de bataille quand Merlin (Nicol Williamson) donne à Uther Pendragon (Gabriel Byrne) l’épée du pouvoir, Excalibur – forgée dans le souffle d’un dragon et offerte par la Dame du Lac – juste avant que celui-ci ne conclue une trêve avec le comte de Cornouailles, Gorlois (Corin Redgrave). Or un problème survient: lors du banquet célébrant la paix, Igraine (Katrine Boorman), l’épouse de Gorlois, gratifie les invités d’une danse. Dès qu’il la voit, Uther est pris d’un violent désir pour cette femme très belle. Ne pouvant le contenir, il exige de Merlin que celui-ci l’aide à passer une nuit d’amour avec la belle. Grâce à un sortilège, Uther peut attirer Gorlois hors du chateau et prendre son apparence avant de monter dans les appartements d’Igraine. Si la jeune femme ne se doute de rien, sa fille Morgane, dotée du pouvoir de clairvoyance, a senti la supercherie. Or cette nuit passée avec Igraine a suffi pour concevoir un enfant, un fils – le futur Arthur, que Merlin va prendre avec lui pour le mettre à l’abri quand les chevaliers de Gorlois prennent Uther en chasse. Ce dernier est alors tué, mais a le temps, avant de mourir, d’enfoncer son épée enchantée, Excalibur, dans un rocher, en clamant que seul le roi légitime pourra l’en extirper…

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Le jeune Arthur retirant l’épée du rocher – Source: dvdclassik.com

Bien des années plus tard, on retrouve le jeune Arthur (Nigel Terry), accompagnant son père adoptif et protecteur et son fils Kay à un tournois. Servant d’écuyer, le jeune homme réalise qu’il a oublié l’épée de Kay et décide de lui en trouver une coûte que coûte. En lisière de forêt, il aperçoit une épée fichée dans la roche et sans réfléchir, s’en empare pour l’apporter à Kay. Stupeur chez les concurrents quand la nouvelle est connue: un écuyer a retiré Excalibur du rocher! Ces nobles messieurs et chevaliers, s’empressent de lui faire remettre l’épée à sa place, avant d’essayer chacun leur tour de la retirer, espérant devenir roi. Mais seul Arthur y parvient. Il apprend alors de Merlin, réapparu pour l’occasion, ses origines et sa destinée, celle de devenir roi. La bataille pour unifier le royaume et asseoir sa légitimité commence alors. C’est au cours de ces combats qu’il rencontre Guenièvre (Cherie Lunghi), fille du Sire Leondegrance (Patrick Stewart), dont il tombe amoureux. Malgré les avertissements de Merlin, il l’épouse…

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Arthur et les Chevaliers à la Table Ronde brillant de milles feux – Source: dvdclassik.com

Le règne d’Arthur constitue alors un véritable âge d’or, attirant autour de lui les plus valeureux guerriers, comme Lancelot (Nicholas Clay) avec qui Arthur est lié par une rivalité bon enfant avant l’incident Guenièvre, ou encore Perceval (Paul Geoffrey), un jeune homme au coeur pur qui se lancera à la quête du Graal. Mais tous ne sont pas satisfaits par cet ordre nouveau. Tapie dans l’ombre, Morgane (Helen Mirren) est devenue une femme à la beauté troublante ainsi qu’une puissante enchanteresse. Deisciple de Merlin, elle parvient à piéger le sorcier, et va, par ses sortilèges, accomplir des actes qui vont jeter une ombre sur le royaume de Camelot. Arthur, déjà éprouvé par l’aventure de Guenièvre avec Lancelot, sombre dans la mélancolie. Seule une nouvelle quête, celle du Graal, pourrait donner un souffle nouveau à son règne… Plusieurs chevaliers se lancent à sa recherche, alors que Morgane prépare en secret sa revanche avec Mordred (Robert Addie), son fils conçu lors d’une relation incestueuse avec Arthur…

  • Un visuel fascinant

Si la légende arthurienne est en soi une histoire riche en péripéties et contient tous les ingrédients pour raconter une histoire captivante, John Boorman en a fait un film assez personnel, une sorte d’épopée lyrique au visuel onirique, qui se prête aussi bien aux quêtes chevaleresques qu’à la magie noire. De plus, on y a vu débuter de grands acteurs avant leurs rôles les plus emblématiques comme Gabriel Byrne, Patrick Stewart (toujours la même tête – pour anecdote, quand il a commencé au théâtre à dix-neuf ans, il perdait déjà ses cheveux, ce qui, raconte-t-il plus tard, l’a aidé à s’imprégner de rôle très différents les uns des autres, car devant porter des perruques sur scène!), Liam Neeson (en Galaad), et l’éblouissante Helen Mirren. C’est encore une femme très belle, mais dans ce film, elle campe une Morgane aussi vénéneuse que sexy.

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Certains ont mal fini leur quête du Graal – Source: dvdclassik.com

Parlons du visuel. Il est clair que pour nous, spectateurs du XXIe siècle, ces images, assez marquées par le début des années 80 et ces effets spéciaux datés pourraient d’abord prêter à sourire… Et pourtant, cela participe au charme quelque peu suranné du film, et met en avant sa très grande poésie, qu’il s’agisse de la violence magnifiée des scènes de combat, ou de la sensualité des passages érotiques. D’un bout à l’autre du film, la photographie fait la part belle à la verdeur des forêts, à la brillance des armures ou de certains ornements de costume. Le rayonnement vert irradiant d’Excalibur (très probablement un spot vert braqué sur la lame), n’est pas sans rappeler cette espèce de lumière verdâtre, putride et vénéneuse du Nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud (1986), où évoluent, dans un monastère crasseux à l’atmosphère oppressante des moines sales, vicieux et hypocrites, ou encore les lumières fluorescentes propres aux films d’horreur des années 80 en général.

La lumière en elle-même semble être une composante capitale de la mise en scène d’Excalibur. Elle est très typée, clairement colorée, comme pour caractériser certains objets ou personnages – c’est particulièrement vrai avec l’épée, comme évoqué plus haut. Elle se reflète partout, sur les lames et les pointes de lance, sur les cuirasses et les cotes de maille, sur les corps nus des amants. On retiendra la lumière sanglante d’un soleil rouge se levant sur le champ de bataille de Camlann, éclairant des monceaux de cadavres aux armures luisantes en fin de film. La lumière est absolument partout, si bien que l’armure de Lancelot semble plus faite de diamant que de métal, et que dans certaines scènes comme le mariage d’Arthur et Guenièvre, l’environnement ruisselle littéralement de relets d’or et d’argent.

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Arthur et Guenièvre en tenue de mariés, suivi du cortège des chevaliers, avec Lancelot sur la gauche – Source: dvdclassik.com

Quand certains critiques ont vu dans le film un bazar monstre mélangeant plusieurs influences comme l’art byzantin et les tableaux de Klimt où l’or était très présent, la créativité en matière de décor et de costume on fait l’objet de louanges. Les armures, rutilantes, semblent sorties de manuscrits enluminés occidentaux, quand les femmes, comme la Dame du Lac, portent des cotes de maille fines et délicates qui en effet, rappellent celles des soldats byzantins. Bien évidemment, comme j’adore les armures en général, ces costumes ne m’ont pas laissée indifférente, et participent à ce visuel onirique. A cela s’ajoutent des éléments plus modernes qui pourraient troubler des puristes, mais qui pour moi, ne sont que le reflet de la créativité du réalisateur et de son équipe. Que Morgane porte une queue de cheval ne me trouble pas outre mesure, pas plus que la résille de perle faisant office de voile à Guenièvre lors de ses épousailles avec Arthur. En revanche, le brushing « choucroutesque » très marqué années 80 de la reine constitue l’un des quelques détails du film qui m’arrache les yeux.

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La troublante Morgane – Source: dvdclassik.com

Mention spéciale à Merlin et Morgane dont les costumes sont tout à fait éblouissant, à l’image des deux personnages. A Merlin, doté non-seulement de grands pouvoirs mais aussi d’un sens aigu de la répartie, des capes sombres et un casque métallique qui lui donnent un côté très rock’n’roll. On l’imagine aussi bien chevaucher un dragon qu’une grosse cylindrée! Quant à Morgane, sa garde-robe nous ferait pâlir de jalousie. Outre des armures très seyantes, on y trouve des voiles vaporeux ou des robes en résille d’une texture arachnéenne. Son style est tout simplement inoubliable, et magnifie la plastique de la jeune Helen Mirren.

  • Une bande originale somptueuse

Mais cette poésie filmée ne serait rien si elle n’était pas sublimée par une bande originale de folie. Plutôt que faire composer des morceaux, Boorman a utilisé des chefs d’oeuvre du classique, signés Richard Wagner (1813-1883) et Carl Orff (1895-1982). C’est par Excalibur que j’ai découvert ces compositeurs, qui donnent une coloration épique à l’ensemble. Chaque leit-motive est repris dans des situations spécifiques et constituent des sortes de « jingle », si j’ose dire.

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Soleil rouge sang se levant sur le champ de bataille de Camlann – Source: dvdclassik.com

Par exemple, quand nous entendons certaines mesures de la « Marche funèbre de Siegfried », extraites du Crépuscule des Dieux, on sait qu’Arthur se saisit d’Excalibur, ou encore qu’il renonce à elle avant de mourir et de rejoindre Avalon, sa dépouille escortée par les dames du Lac. Les notes particulièrement graves de ce morceau, les trompettes tonitruantes ajoutent encore une dimension grandiose à cette aube sanglante qui voit la fin du règne d’Arthur, comme un flamboyant final d’opéra. Wagner est également utilisé pour les scènes intimistes entre Guenièvre et Lancelot – prélude de Tristan et Isolde qui est longtemps resté dans ma mémoire comme la « musique de Lancelot et Guenièvre » – ou pour la quête du Graal par Perceval – j’ai d’ailleurs récemment réalisé que le prélude de Parsifal accompagnait les exploits du jeune chevalier.

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Arthur menant ses chevaliers sous les arbres en fleur. Nigel Terry, dans la trentaine, interprète Arthur de dix-huit à plus de cinquante ans. Et c’est qu’il est convainquant! – Source: dvdclassik.com

Mais le plus fameux morceau du film, puisqu’il est présent dans sa bande-annonce, reste sans conteste « O Fortuna », extrait du chef d’oeuvre de Carl Orff Carmina Burana, inspirée par la vision romancée de son compositeur pour la période médiévale. Il accompagne la chevauchée d’Arthur et de ses chevaliers sous une pluie de pétales tombant d’arbres en fleur, après la découverte du Graal.

Ainsi, la puissance, la profondeur, la noirceur et la magnificence qui imprègnent cette musique pourraient paraître pompeux à certains, mais participent à la poésie d’Excalibur. Ils en feraient presque un opéra filmé. Il faut dire qu’un morceau d’Orff ou de Wagner pourrait rendre épique n’importe quelle scène d’un ennui mortel!

  • Un film qui a mal vieilli?

J’ai lu il y a quelques temps une critique écrite par quelqu’un préférant le Sacré Graal des Monty Python ou la série Kaamelot (ah, sacrilège!). Il y démontait littéralement non-seulement le visuel et les effets spéciaux, mais aussi le jeu des acteurs, qui faisaient d’Excalibur un film particulièrement vieillot.

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La Dame du Lac récupérant Excalibur – Source: dvdclassik.com

On ne peut pas nier que certains effets spéciaux prêtent à sourire. Je mentionnais plus haut le spot vert sur l’épée, mais il peut aussi s’agir de la scène où Uther court sur le souffle du dragon, matérialisé par des fumigènes au ras du sol, alors qu’il est censé courir dans les airs! Mais pour moi, le plus drôle reste celui de la Dame du Lac vue à travers l’eau, sans la moindre torsion de perspective, telle une projection! On a beau aimer sa très belle armure blanche, ça passe tout de même moyennement à l’écran! Tout comme son bras sortant de l’eau pour récupérer Excalibur à la fin du film, paraît incrusté plus tard dans l’image et très peu naturel! Quant aux yeux rougeoyant de Merlin lorsqu’il invoque le souffle du dragon, ils ressemblent aux yeux rouges des photographies!

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Morgane lançant des rumeurs sur Guenièvre lors d’un banquet à la Cour… Et Galaad, vous le reconnaissez? – Source: dvdclassik.com

Parlons maintenant du jeu des acteurs… Pour ma part, je dirais qu’il correspond à ce qu’est le film: une interprétation emphatique (ce terme n’a rien de péjoratif en l’occurrence!) du mythe, plein de répliques passionnées par des acteurs shakespeariens comme Gabriel Byrne et Patrick Stewart haranguant les hommes avant la bataille, et du jeu fiévreux des interprètes féminines comme celles d’Igraine, de Morgane et parfois de Guenièvre, généralement plus en retenue et plus douce. Mais il est vrai que c’est une façon de jouer que l’on attendrait plus dans une pièce de théâtre qu’au cinéma. C’est aussi propre à l’époque, comme je le disais, et certains films aujourd’hui cultes n’échappent pas à cette règle de la déclamation.

Je peux donc comprendre que ces détails troublent certaines personnes de ma génération et d’autres plus jeunes, habitués à des effets numériques et à un jeu d’acteur un peu moins théâtral. Et encore, heureusement qu’ils n’ont pas vu Moby Dick ou des péplums comme Quo Vadis?, parce que niveau déclamation et gestuelle tragique, il y avait de quoi faire!

  • Conclusion: intemporel ou daté?
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Le très rock’n’roll Merlin – Source: dvdclassik.com

J’ai terminé avec les quelques faiblesses d’Excalibur, mais sachez que je ne perds jamais mon temps à écrire sur des choses que j’aime pas. Je préfère me faire plaisir! Le fait est que j’aime beaucoup Excalibur. Il a alimenté pendant des années mon imaginaire fantasy plein d’armures étincelantes, d’hommes aux prises avec des enjeux de pouvoir, des hommes valeureux et amoureux, et surtout de femmes de caractère – ce qui pour moi manquait cruellement dans l’univers de Tolkien que je ne goûte pas particulièrement. Avec le temps, et sans doute l’âge adulte aidant, j’ai de plus en plus apprécié certaines subtilités du film, sa poésie sombre, son visuel onirique, sa violence magnifiée, sa musique, son casting de rêve et certaines images lumineuses ou morbides. J’ai souri aux répliques bien senties de Merlin et je connaissais par coeur ses incantations quand j’étais ado (d’ailleurs, je devrais demander à ma mère, je suis sûre qu’elle connaît encore le sortilège d’invocation du souffle du dragon…). J’ai admiré les paysages magnifiques, les chateaux aux hautes murailles et les forêts très vertes de l’Irlande où Excalibur fut filmé. C’est pour moi comme un somptueux livre d’images illustrant l’une des plus belles histoires jamais contées.

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Morgane dans une très seyante cuirasse de femme – Source: dvdclassik.com

Les effets spéciaux et l’acting datent un peu, certes, mais j’aime ça. Je suis toujours les aventures d’Arthur et des chevaliers avec un grand intérêt. Tant et si bien qu’ensuite, je me suis monstrueusement ennuyée en lisant Les Dames du Lac de Marion Zimmer Bradley (je vais ré-essayer de les lire, après treize-quatorze ans, mes goûts ont évolué!), et que la dimension « historique » du Roi Arthur de Fuqua m’a royalement barbée (en fait, j’ai regardé le film pour Clive Owen et Ray Stevenson!) – en effet, pourquoi vouloir spéculer de manière historique sur le roi Arthur quand on en sait si peu et ne pas se contenter d’en relater la dimension légendaire? Ma « culture Excalibur » m’a même fait haïr la série Merlin, avant que je l’adore – bien que regrettant la B.O. signée Wagner – et qu’elle réveille à nouveau mon intérêt pour la légende arthurienne. Et c’est toujours l’oeuvre de Boorman qui m’a inspirée dans mes croquis ou mes peintures fantasy art.

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Arthur, solennel, et Guenièvre – Source: dvdclassik.com

S’il est marqué par les goûts du début des années 1980,  si j’en crois mes parents qui à l’époque on été voir Excalibur au cinéma, c’était très novateur en termes d’imagination, de costumes, de décors et de mise en scène de la violence. C’était très différent ce qu’ils voyaient à la télévision et au cinéma. Même ma mère, qui n’est pas une adepte de la « sortie cinéma » et préfère se caler dans un fauteuil devant un DVD, est allée le voir trois fois en une semaine, quand elle révisait pour son bac. C’est aussi pour ça que j’aime ce film. Il est étrange et captivant, il change de ce que je peux voir ailleurs. C’est une sorte d’OVNI basé sur le mythe arthurien, une fiction avec du sang et du sexe qui préfigurait Conan le Barbare (dont mes parents sont également fans) et même  Game of Thrones. C’est une vision de réalisateur, une ode à l’imagination humaine. Une formidable plongée dans un monde de magie noire, de batailles et d’honneur chevaleresque…

Je vous laisse donc avec sa bande-annonce, si le coeur vous en dit… Je m’excuse d’avance de Et si ce post vous a donné envie, je vous souhaite un bon visionnage, tranquille et dans le noir… 🙂 Et je vous conseille une édition DVD ou blu-ray pour faire ressortir la photographie sublime de l’ensemble!

Blanche Mt.-Cl.

Science-Fiction pour la Jeunesse – « Hunger Games » de Suzanne Collins

Très chers lecteurs,

Me voici de retour ce dimanche avec un avis lecture.

Ayant manqué la lecture d’Harry Potter et ayant délaissé Le Seigneur des Anneaux après seulement la moitié de la trilogie (je sais: HONTE A MOI mais c’est le seul livre que j’aie arrêté avec Les Dames du Lac de Marion Zimmer Bradley), j’ai mis un point d’honneur à me rattraper sur certaines séries pour la jeunesse. Et ce malgré mes vingt-huit printemps. Mais j’ai lu il y a peu que, ces dernières années, 55% du lectorat des best-sellers destinés aux jeunes étaient… des adultes. Certains coincés y verraient un refus de grandir, mais pour ma part, je pense que les histoires prenantes sont partout. J’ai lu Twilight, qui, même si ce n’était pas une claque littéraire et pour peu qu’on évite les films, ne mérite pas nécessairement l’acharnement des critiques (qui pour beaucoup ne l’ont pas lu). Pour Hunger Games, j’ai hésité un moment, de peur d’être déçue. Je n’aime pas être déçue par de la science-fiction…

Je me suis toujours refusé de voir les films tant que je n’aurais pas lu les livres. Et un jour je me suis décidée. Et à l’heure où les films avec la délicieuse Jennifer Lawrence font recette, j’ai souhaité parler de ce livre avec la « naïveté » de celle qui n’a pas vu l’adaptation ciné…

  • L’histoire

Revenons un peu sur le « pitch » des trois volumes, que vous connaissez sans doute si vous avez vu les films.

Le contexte – Dans un futur que j’ai du mal à situer, l’Etat de Panem, en Amérique du Nord, se divise en treize districts chacun spécialisé dans la production d’une ressource (pêche, mine, agriculture, luxe…). Suite à une ancienne guerre contre le pouvoir central du Premier District, le Treizième District a été décimé et n’est plus qu’un amas de ruine qui doit servir d’exemple à ceux qui seraient tentés de se révolter. Les Pacificateurs, une sorte de police politique, se livre à une répression terrible. Ainsi, chaque année, les districts offrent en tribut un adolescent et une adolescente tirés au sort, afin de participer aux Hunger Games (littéralement les « Jeux de la Faim »), une sinistre téléréalité diffusée par le District Un dans tout Panem. La règle: un seul survivant, un seul vainqueur.

L’intrigue – Racontée à la première personne, l’histoire suit le parcours de Katniss Everdeen, une jeune fille issue des bas-fonds du District Douze, qui prend la place de sa jeune soeur Prim, tirée au sort pour participer aux Jeux. Dans le premier volume, Hunger Games, elle quitte donc sa famille et Gale, son meilleur ami, pour se rendre au District Un avec Peeta Mellarck, fils de boulanger issu lui de la petite bourgeoisie du District. Tout les oppose. Elle est petite, frêle, et brune, avec un caractère dur forgé par des années de lutte pour sa survie, lui est grand, blond, loin d’être laid et semble plutôt « bon garçon ». Ils sont accompagnés par Effie Trinket, une quinqua fashionista affublée de perruques colorées, et par Haymitch Abernathy, ivrogne notoire et vainqueur d’une ancienne édition des Jeux. Autant dire que Katniss et Peeta ne partent pas avec tous les atouts pour réussir… Ils découvrent alors une société hédoniste, entièrement dédiée au plaisir et à l’amusement, et ce sur le dos des autres district. La haine de Katniss n’en est que plus forte, d’autant qu’elle fait la connaissance du monde des média, de la mise en scène… et rencontre le styliste Cinna, un être brillant et talentueux, en charge de son image auprès de la population du District Un. Inutile de dire que leur présentation dans l’arène, à Peeta et elle, fait sensation. La méfiance de la jeune fille, qui ne sait plus à qui se fier, monte encore d’un cran lorsque Peeta, sous les conseils d’Haymitch, annonce sur un plateau télé qu’il est amoureux d’elle… Et pourtant, les jeux commencent bientôt, pour un combat sans merci.

Dans le second tome, L’Embrasement (Catching Fire), Katniss et Peeta, marqués dans leur chair, ont regagné le District Douze ou l’Etat leur a octroyé à chacun une vaste demeure dans le village des vainqueurs. La jeune fille s’y est installée avec sa mère et sa soeur. Mais son répit est de courte durée, car suite à son coup d’éclat des Hunger Games qui a vu la victoire de deux tributs, elle et Peeta, elle est étroitement surveillée par le dirigeant de Panem lui-même, le président Snow. En effet, son acte désespéré a créé des velléités de révolte dans différents districts. Au cours d’une visite, il exhorte Katniss à calmer le jeu au cours de sa tournée de la victoire. Outre cette pression, Katniss doit composer avec son meilleur ami, Gale, amoureux d’elle et jaloux de sa proximité avec Peeta. C’est alors qu’est lancé le tirage au sort des nouveaux Hunger Games… Il s’agit d’une édition spéciale, celle des Jeux de l’Expiation qui a lieu tous les Vingt-Cinq ans, comme une sorte de jubilé. Tous les vingt-cinq ans, les organisateurs prévoient quelque chose d’exceptionnel… Et cette année-là, les participants sont sélectionnés parmi les anciens vainqueurs. Katniss et Peeta repartent donc pour le District Un, où des dissidences ont vu le jour. Katniss retrouve l’arène, alors qu’elle doit être un symbole d’apaisement… mais est devenu celui de la révolte.

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La trilogie, bien visible dans ma bibliothèque…

Au début du troisième opus, La Révolte (Mockingjay), tout est parti en « queue de poisson ». Suite aux derniers jeux, le District Douze a été décimé. Parmi les survivant, on compte Gale, la mère et la soeur de Katniss. Celle-ci a été secourue par la rébellion… basée dans le sous-sol du District Treize. Car la population y vit encore, et leur présidente mène la rébellion. Tandis que Katniss, apathique, se remet de sa dernière expérience de l’arène, Gale devient un combattant, et sa jeune soeur Prim offre ses services à l’hôpital du district. Mais la jeune fille se retrouve encore une fois happée dans un combat qui la dépasse, quand la présidente du District Treize décide de faire d’elle l’égérie de la révolte, dans la guerre des média éclate entre la Rébellion et le président Snow. Quant à Peeta, il est retenu prisonnier du District Un, soumis à une torture systématique et à un lavage de cerveau…

  • Ce que j’ai aimé

J’ai dévoré cette trilogie en quelques jours, tant le désir de connaître la suite était grand. Il faut dire que l’intrigue est particulièrement prenante et efficace. Et même si je ne suis pas friande des récits à la première personne, le récit de Katniss m’a vraiment touchée. Je lisais il y a peu un article dans le Guardian, où il était expliqué comment la lecture de fiction développait chez le lecteur la capacité d’empathie. Je pense que Suzanne Collins, avec Hunger Games, s’est essayé à cet exercice avec brio. Certains pourraient arguer qu’il s’agit encore d’une histoire d’ado, se sentir ennuyés par les dilemmes de l’héroïne quant à l’usage de la violence ou à ses sentiments pour Gale et Peeta. Or, il est quand même à prendre en compte qu’elle est très jeune – et honnêtement, ne nous sommes-nous jamais pris la tête quant à nos relations aux autres? et même en tant qu’êtres humains, ne nous sommes-nous jamais trouvés indécis face à une situation hors-norme?

Ce livre m’a plu à bien des égards. Tout d’abord, le contexte. L’univers du District Un était beaucoup plus coloré et kitsch que ce à quoi je m’attendais. Pour les connaisseurs, je dirais que ce fameux district, avec son luxe, son clinquant, sa profusion de biens, ses orgies de nourritures, ses couleurs criardes et sa recherche sans cesse plus poussée du plaisir, n’est pas sans rappeler les sociétés hédonistes du Cinquième Elément ou de L’Age de Cristal. Les membres nous en semblent étrangement futiles et indifférents à ce qui se passe dans les autres districts et pourtant, comme Katniss, il nous est impossible, à quelques exceptions près, de les détester. Après tout, son équipe de maquilleuses, esthéticiennes et stylistes ne sont que des êtres humains… Quant à la description des tenues créées pour Katniss par Cinna pour sa présentation lors des Hunger Games et absolument époustouflante. Bref, je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus austère à la Equilibrium, mais finalement j’ai pas mal accroché à cette ambiance.

Par ailleurs, cette vision des média et de leur capacité à présenter au public ce qu’il a envie de voir et de déformer la réalité, voire de mentir, est plus que jamais pertinente. J’aimerais croire que le trait est forcé pour les besoins de l’histoire, mais quand je vois de nos jours les insanités vomies par la téléréalité, ou les bêtises qui font le buzz, dans une quête de plaisir immédiat toujours plus poussée, j’en viens à penser que cette description des mises en scène autour de Katniss et Peeta est à peine exagérée… Et finalement, dans ce surenchérissement, nul ne vaut mieux que l’autre, et la Rébellion, comme le District Un, exploite l’image de Katniss. Et de Peeta.

De plus, les relations humaines sont explorées en profondeur – c’est quelque chose que j’apprécie, car cela met un peu de piment dans l’histoire. Par exemple, Katniss fait la différence entre sa haine du système, et les individus qui l’entourent, et qui d’une certaine façon, la touche. Cela est intéressant car de prime abord, elle paraît froide et sombre, imperméable au moindre sentiment. Et pourtant, son refus à ressentir quoi que ce soit – notamment pour les garçons qui l’entourent – ne signifie pas qu’elle n’a pas de coeur. Elle a simplement connu des difficultés qui l’on fait mûrir très vite et lui ont donné ce qu’il fallait pour la survie en milieu hostile, mais pas pour la douceur. Finalement, elle se révèle vulnérable. Ses difficultés à montrer ce qu’elle ressent la rend d’autant plus attachante.

Quant aux personnages principaux comme Haymitch ou Peeta, l’histoire ne serait pas la même sans eux. Haymitch est un larron antipathique et imbibé en permanence, que Katniss et Peeta passent leur temps à surveiller dans les premiers chapitres de l’histoire. Mais après la « révélation Katniss », il se révèle être un mentor dur mais efficace, qui prend soin de ses protégés. Quant à Peeta, si l’on est d’abord méfiant à son égard, on découvre, sous ses airs affables et sa gentillesse, un garçon possédant des talent artistiques, malin et assez courageux dans son genre. Et ce qui ne gâche rien, ses descriptions laissent à penser qu’il est assez mignon – j’ai notamment retenu une description de Katniss l’observant à la lumière du soleil, et notant les reflets dorés dans ses cils blonds. Il est vrai que j’aime bien les blondinets, et que j’aime à imaginer en Peeta un adolescent mignon et tout blond, comme une version beaucoup plus jeune d’Arthur dans la série Merlin. En tout cas, son personnage manque beaucoup dans le troisième opus. Mais trêve de digression au sujet de la « plastique » de Peeta Mellarck…

Les personnages secondaires sont également intéressants, et plus profonds qu’ils en ont l’air de prime abord. Mention spéciale pour le mystérieux Cinna, le styliste attitré de Katniss – sexy en diable, au passage, et pour Finnick le beau gosse du District Quatre, qui se révèle finalement plus brave que futile, et qui cache en lui énormément de souffrance. J’ai quand même un gros bémol: le personnage de Gale, l’ami masculin de Katniss. Par goût personnel, je n’aime pas les personnages de « l’ami d’enfance » dans la fiction, et pour moi, le retour avec ou une romance avec cet ami d’enfance n’est autre qu’un retour en arrière pour l’héroïne. Gale cristallise tout ce que je déteste: c’est l’ami qui est un peu plus âgé que l’héroïne et qui a des sentiments pour elle, sa haine aveugle, sa dureté et sa propension à juger sans savoir, quand il adresse des reproches à son amie alors que contrairement à elle, il n’a pas connu les horreurs des Jeux. En fait, il donne l’impression d’aimer l’idée de Katniss, ce qu’elle représente pour lui. Elle est un peu sa chose. Pour moi, il est, comme l’est souvent l’ami d’enfance, un frein à la réalisation du destin de l’héroïne, qui après avoir eu ses propres expériences, a changé. Changements que ledit ami ne peut jamais tolérer. Et ça m’énerve!

Parce que Katniss, bien qu’habituée à des conditions de vie rude, n’en était pas pour autant préparée à l’utilisation de la violence comme elle l’a vue dans l’arène. Une violence gratuite et retorse. D’ailleurs, sur ce sujet, j’ai vu l’avis de plusieurs personnes qui avaient moins aimé le troisième opus de la série, et ce pour plusieurs raisons – l’absence de Peeta dans la première partie et l’apathie de Katniss notamment. Or, justement, je trouve que la baisse de rythme dans la première partie de La Révolte rend l’intrigue plus crédible à mes yeux. C’est en effet le moment où Katniss, ainsi que le personnage de Finnick, accusent le coup de toute la violence subie et infligée. Dans bien des fictions, les héros tuent sans état d’âme, et quand ils éprouvent du remords cela ne dure pas. Ou l’enjeu est vite passé sous silence. Là, Katniss et les autres sont véritablement TRAUMATISÉS – ils font des cauchemars, sont indifférents à ce qui les entourent. Katniss sèche ses cours et se cache pour dormir ou broyer du noir, le beau Finnick perd momentanément la raison. J’ai donc apprécié que la dimension traumatique de la violence ait été présente.

  • Pourquoi je le recommanderais

Outre cet univers complètement fou et cette cruauté, Hunger Games n’est pas parfait et souffre des faiblesses imputables à la littérature pour la jeunesse, notamment une certaine naïveté dans le traitement de la romance, mais c’est un des livres que j’aurais aimé avoir lu quand j’étais adolescente. Bien sûr, comme pour toute série littéraire devenue culte, il y aura toujours des critiques pour dire que cette trilogie n’a pas mérité son succès et que ses fans sont des crétins. C’est certes une affaire de goût, mais je pense qu’il serait vraiment injuste de démonter ce livre comme cela a été le cas pour Twilight. Hunger Games pose de bonnes questions sur l’utilisation des média et de la violence, sur la peur, la survie. Sur la condition humaine. C’est un genre de récit initiatique où l’héroïne devient adulte en se confrontant à la violence.

Et ce n’est pas la seule chose qui fait grandir Katniss, la jeune fille sombre et renfermée qui braconne hors du grillage du District. Elle fait la découverte d’une amitié autre que celle basée sur la ressemblance, comme avec Gale. Elle sort de son milieu et rencontre des gens différents d’elle, avec qui elle est capable de s’entendre, à qui elle s’attache, comme son équipe cosmétique, ou d’autres combattant. Et Peeta, que tout oppose à elle. Elle va connaître une autre part d’elle-même, capable de désir et de sentiments qui la dépassent.

Et c’est justement pour Katniss, que je conseillerais Hunger Games à de toutes jeunes filles. A l’heure où nombre de filles, au nom du respect de la femme veulent se conduire et être traitées « comme des princesses », elles ne font que véhiculer des poncifs qui font encore passer les femmes pour des neuneus, pour ces éternelles enfants qu’elles étaient aux yeux de la loi dans la France du XIXe siècle. Je pense que certaines féministes extrêmes trouveraient l’ébauche de romance présente dans le livre ridicule car une vraie femme indépendante n’a pas besoin d’un homme et peu s’en sortir par elle-même. Bien que je pense que Katniss puisse être un modèle pour tous les jeunes, je m’adresse aux jeunes filles. Ne devenez pas des princesses. Soyez débrouillardes et astucieuses, comme Katniss, sans doute l’héroïne pour la jeunesse la plus débrouillarde que j’aie vue ces dernières années. C’est une battante qui fonce sans se poser de question, une instinctive dotée d’une passion qu’elle cache bien, qui va devoir accepter une part de vulnérabilité présente en chacun de nous, homme ou femme. Elle n’est pas une demoiselle en détresse. Elle est une guerrière, et c’est elle qui, à la fin, sauve toujours un damoiseau en détresse.

Blanche Mt.-Cl.

Peinture – Chevalier et sa Dame – Avril 2014

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Chevalier et sa Dame

Enfin, voici le résultat final de mon étude quant au Chevalier et sa Dame.

Je vous avais prévenu, c’est assez différent de l’étude, et c’est beaucoup plus coloré que ce à quoi je m’attendais à la base… En fait, j’ai dû prendre en compte les goûts de mes amis, et leur intérieurs. Déjà, ils aiment la peinture et possèdent plusieurs toiles d’Anne-Marie Zylberman. Il fallait tout de même éviter que la toile fasse tache au milieu de cette collection, et en même temps, il m’a fallu sortir de ma zone de confort. En effet, j’aime rester dans la même gamme de couleurs et utiliser des couleurs voisines (ah bon Dieu, ça y est, je vais finir par parler comme une graphiste…), et là, voici mes personnages propulsés dans un univers multicolore…

La position a changé par rapport aux études préliminaires, je pense m’être pas mal inspirée de Klimt et de son baiser, quand bien même ces deux-là ne s’embrassent pas et semblent juste profiter d’un moment rien qu’à eux, enlacés et les yeux fermés, au milieu d’une pluie de fleurs aux couleurs chatoyantes. L’armure de l’homme est très ornementées, comme vous pouvez le voir au niveau du gorgerin qui ressemblerait presque à un collier pectoral aux reflets bleutés, tandis qu’il porte cet ornement en plumes blanches des cavaliers ailés que j’affectionne tant. J’ai ajouté quelques rehauts rouges sur la robe de la femme (fond bleu de prusse, que j’aime particulièrement avec des ornements bleu cobalt qui en jettent) pour qu’elle ne paraisse pas trop terne.

Là où je suis fière, c’est que la peinture a vraiment plu à ses destinataires qui l’exposent aujourd’hui dans leur salle à manger, auprès d’une toile assez monumentale de leur peintre fétiche Anne-Marie Zylberman. Et franchement, ça en jette! 😉

Blanche Mt.-Cl.

Fiction Rétro-Futuriste en Egypte – Duo énigmatique – 2012

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Fiction égyptienne – Hedjet et Snéfrou

Peut-être vous rappelez-vous le duo de cette fiction égyptienne, ces deux personnages avec une face sombre. Bien que j’aie abandonné cette histoire, j’ai continué, histoire de ne pas perdre la main, à dessiner des personnages.

Dans cette version, les deux personnages sont visibles avec et sans perruque.

Comme vous pouvez le voir, les tenues de la dame restent très, très sexy, tandis que son regard reste invisible. J’ai affiné les traits de l’homme pour lui donner un air encore plus énigmatique.

En fait, ce sont surtout les costumes qui m’intéressaient à ce moment-là, car j’avais bien d’autres choses en tête (je crois que je croulais sous le poids des dossiers géopolitiques à rendre).

Blanche Mt.-Cl.

Etudes – Projet Elyseum – Jeune femme balafrée – 2010

Il fut un temps où je souhaitais écrire une histoire d’anticipation politique, sombre et violente, sur fond de dictature en France. Les personnages en étaient ambigus et assez monstrueux dans leur genre – sadiques, mégalomanes, renfermés, froids, toujours à se tirer dans les pattes.

Deux m’intéressaient particulièrement, car ils sortaient du lot. Je les désignais sous le nom de code Thêta et Mu, comme les lettres grecques et en référence aux initiales de leurs prénoms. La jeune femme était brune, avec une âme aussi sombre que ses cheveux, incroyablement belle mais le visage balafré.

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Projet Elyseum – Personnage Thêta en déplacement en Russie

Encore une fois, j’ai fait très attention à l’apparence de celle-ci. Outre son visage marqué, j’ai dessiné ses vêtements de style byzantin.

Sur ce deuxième feuillet, il s’agit d’une étude entre le personnage Thêta et le personnage Mu, un genre d’alter-ego masculin à l’apparence avantageuse et terriblement froid.

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Projet Elyseum – Personnages Thêta et Mu

Il s’agissait de travailler sur les poses et les vêtements, et de faire ressortir leurs relations ambivalentes.

Blanche Mt.-Cl.