Science-Fiction chez les Gamers – « Player One » d’Ernest Cline

Très chers lecteurs,

Je tiens à commencer cette semaine EN BEAUTÉ, avec un livre que, pour une fois, je viens juste de finir. En effet, je prends un peu le temps de m’intéresser à des ouvrages plus récents depuis quelques temps, et de varier les plaisirs dans ma bibliothèque SFFF. Et j’ai trouvé une véritable petite perle – ou bien, pour reprendre la terminologie des jeux vidéos, j’ai, dans les méandres des rayons librairies d’un Espace Culturel (je tairai le nom de l’enseigne), fait la découverte d’un « oeuf de Pâques ». J’ai nommé Player One, d’Ernest Cline. Paru en France en 2013, il a été édité en poche récemment, et je suis passée plusieurs fois devant la couverture. En hésitant, car ma PAL atteint déjà des proportions dantesques. Finalement, je me le suis pris pour le dévorer immédiatement.

Et je vais vous en dire un peu plus… Ready, player one?

  • L’intrigue

Nous sommes en 2044. Le monde est à l’agonie. Outre la pollution et le dérèglement climatique, la crise énergétique laisse de nombreux hommes, femmes et enfants dans la misère. C’est dans un bidonville des Etats-Unis où les mobile-homes s’empiles en énormes tours, que vit le jeune Wade, dix-sept ans. Pour fuir son quotidien pénible, il passe son temps connecté à l’OASIS, un univers virtuel dont l’accès est gratuit et où il peut non-seulement aller au lycée mais aussi faire partie de salons de discussion, échanger, participer à des jeux, des quêtes et faire ce qu’il veut, explorer des dizaines de mondes. Si à l’école virtuelle il est Wade3, dans le reste de l’OASIS, il est Parzival.

Or, quand James Hallyday, patron de Gregarious Simulation Systems (GSS) et créatueur de l’OASIS vient à mourir sans héritier, on découvre grâce à un testament vidéo qu’il a organisé un gigantesque concours, une véritable chasse au trésor à la recherche d’un « oeuf de Pâques » caché dans l’OASIS. Celui qui le découvrira se trouvera à la tête des milliards de dollar de Hallyday, et prendra le contrôle de l’OASIS. Pour ce faire, les joueurs doivent trouver trois clés pour ouvrir trois portails et parvenir à la victoire. Etant donné l’enjeu, les utilisateurs de l’OASIS se lancent en masse dans l’aventure, décryptant les indices laissés par le magnat du virtuel non seulement dans ses biographies, mais aussi dans tout un corpus de films, séries, tubes et jeux vidéos des années 80, la période de son adolescence. Wade s’y met lui aussi, depuis sa planque dans les bidonvilles, et passe tout son temps libre à décortiquer textes, films ou même boîtiers de jeux à la recherche d’indice sur la localisation des clés.

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Couverture de l’édition poche de Gamer One

Durant cette quête, Wade alias Parzival, entretient une rivalité bon enfant avec son meilleur ami dans l’oasis, un avatar du nom d’Aech, un rigolard fan de bons mots qui se lance souvent dans des débats enflammés sur les jeux et films préférés d’Hallyday. Notre jeune héros va également, alors qu’il est sur la piste de la première clé, faire la rencontre d’un avatar particulier, celui de son « cyber-béguin », une bloggeuse gaming connue sous le nom d’Art3mis, redoutablement futée et déterminée… C’est sans compter sur l’entreprise International Online Innovative (IOI), qui compte mettre la main sur la fortune et l’empire de Hallyday, ainsi que sur les données personnelles des utilisateurs de l’OASIS dont l’anonymat est garanti par GSS. Ils envoient des hordes entières d’avatars sur-armés et surpuissants, appelés les « Sixers », véritable armée privée à l’intérieur de l’OASIS.

Les ennuis ne fond donc que commencer pour Wade, quand il découvre la première clé. Dans l’OASIS, mais aussi dans le monde réel…

  • Le jeu vidéo « rétro » à l’honneur

On ne peut pas vraiment dire que je sois une grande « gameuse », n’ayant jamais possédé de console.

Et pourtant… Au début de la gloire de jeux PC comme Atlantis, Versailles ou Egypte, et même Zork: Nemesis ou jeux à dégommer comme Deadly Tide,  je ne loupais pas un épisode de Des Souris et des Rom sur Canal J. J’expédiais mes devoirs vite fait, et quand nous avons eu notre premier PC à la maison, outre la lecture et le dessin, je l’allumais. Dès mes douze ans et jusqu’à à peu près vingt-cinq ans (après je n’avais plus le temps), je passais le plus clair de mes vacances assise davant l’ordinateur, à bâtir des civilisations ou mener des batailles sur Age of Empires II, Empire Earth, Age of Empires III ou Age of Mythology, ou à inventer des histoires hilarantes sur Les Sims 2 (je détestais les Sims 3 – sur le coup, il y avait des idées intéressantes, mais c’était beaucoup moins amusant!). J’ai donc passé assez de temps rivée à mon PC sur des jeux de stratégie et de simulation, et j’ai eu assez de potes et travaillé avec assez de gamers (quand je travaillais en Angleterre, je partageais mon bureau avec la graphiste et le gars de la rubrique jeux vidéos) pour comprendre la fascination exercée par cette univers, ainsi que sa grande richesse. D’ailleurs, même si mon esprit est occupé autrement à présent, je ne peux pas m’empêcher de jeter un oeil à l’actualité des jeux, ou à regarder, tard le soir, Retro-Game One pour une plongée fascinante dans l’histoire du jeu vidéo.

J’ai donc adhéré à fond. Car même si je ne connais pas tout à fond et que je n’ai toute ma vie qu’effleuré le sujet, je ne me suis pas sentie larguée quand, dans le livre, il est fait référence aux modèles de consoles anciennes présentes dans l’OASIS sur lesquelles s’entraînent Parzival et Aech, ou aux jeux mythiques que même des non-initiés peuvent connaître. Qui n’a pas entendu parler du mythique Pac-Man ou même de Dungeons and Dragons? Ou de Space Invaders avec ses graphismes en 2D pixellisés? De Zork? Pour peu que l’on se plonge à fond dans l’histoire, ne pas être un gamer n’est pas en soit très handicapant. Cela peut aider mais ça n’est, à mon avis, nullement indispensable, car le livre a d’autres richesse. En effet, Player One nous ramène donc dans un univers un peu nostalgique et haut en couleurs: celui des années 1980!

  • Culture des eighties

Qu’on adhère à l’ambiance eigthies ou non, il faut bien avouer que les productions filmées ou musicales de cette période (années 80 mais aussi fin des années 70) sont assez typées, et marquées par leur époque au niveau du visuel et des sonorités. Dans cette chasse à l’oeuf, James Hallyday entraîne les joueurs de l’OASIS dans le monde de son enfance et de son adolescence, qu’il s’agisse de jeux vidéos, de musique ou même de films. Il faut dire que cette période a vu émerger des genres comme les films teenager comme Breakfast Club ou Créature de Rêve, des films d’horreur, d’aventure ou de fantasy comme Legend ou Conan le Barbare, des comédies S-F comme Retour vers le Futur ou des classiques de la science-fiction comme Blade Runner! Outre ceux-ci, on retrouve des films aux thèmes marqués par la cybernétique comme WarGames ou encore de la science-fiction jeunesse comme Explorers (avec Ethan Hawke et River Phoenix quand ils étaient des p’tits bouchons!).

IMG_4064Bref, des films que même des générations plus jeunes ont vus, soit par curiosité, soit parce que leurs parents leur auront montré! Pour des gens comme moi qui approchent doucement de la trentaine, c’est toute leur enfance! 🙂 Donc, ce n’est pas sans un sourire que j’ai lu un passage où Wade/Parzifal entend pendant une partie très corsée dans l’OASIS pour récupérer la deuxième clé, la bande originale – épique! – de Conan le Barbare en fond sonore! (Désolée, les aventures de ce bon vieux Conan, c’est culte pour moi!)

Petit détail amusant concernant ces références à la culture populaire des années 80: le récit est à la première personne, raconté du point de vue de Wade, et chaque film ou morceau de musique cité est suivi d’une parenthèse avec le nom du réalisateur/groupe avec l’année de production. Donc, des infos utiles quand on ne connaît pas ladite réalisation! Pour ma part, cela m’a permis de découvrir le groupe de hard-rock Rush! Donc, même si vous ne connaissez pas toutes les références, c’est une occasion de (re)découvrir certains classiques ou des choses un peu plus alternatives dans les années 80!

  • Un monde de tous les possibles

Player One ne nous décrit pas une réalité très réjouissante. Outre les multi-milliardaires comme Hallyday ou les multinationales comme IOI, la plupart des humains vivent dans une grande misère matérielle et sociale. Wade lui-même n’est qu’un gamin mal dans sa peau, un orphelin que sa tante garde dans un mobile-home pour toucher ses tickets de rationnement. Difficile de se faire des amis quand c’est chacun pour soi, quand on vit dans des quartiers décrépis où l’on se bat pour le moindre bidon de carburant ou pour le moindre composant électronique à revendre – à cet égard, on assiste au début à une scène où Wade est découvert par sa tante et le compagnon de celle-ci dans un recoin de la caravane en train de regarder un film sur son vieux PC, celui-ci lui est confisqué pour être revendu.

L’OASIS constitue une parade au manque d’intimité et de perspective – ce n’est d’ailleurs pas sans rappeler le postulat de départ du film Avalon. Son accès est gratuit. Elle constitue une formidable banque de données où l’on peut trouver tous les livres, films et jeux possibles et imaginables, où il est possible d’aller à l’école en ligne sur le monde de Ludus, dans des bâtiments somptueux et propres bordés de parcs et de forêts. Il est possible de créer un avatar super glamour, de porter une armure ou d’avoir la peau verte, de se faire passer pour un homme. On crée, en guise de fenêtre tchat, des salons de discussion privés et personnalisés, comme ce sous-sol aménagé où lui et Aech passent du temps à lire, discuter et à s’entraîner sur de vielles bornes ou consoles. Ils créent leurs petits cocons, comme avec le holodeck de Star Trek. Pour ceux qui acquièrent des points d’expérience, ou qui ont des « crédits » – la monnaie d’échange d’OASIS, les avatars acquièrent de la puissance, de nouveaux pouvoirs, des artéfacts qui décuplent les éventualités… mais qui mettent aussi en avant des inégalités persistantes dans le monde virtuel.

  • Des questions assez pertinentes

C’est une platitude que de dire qu’un ouvrage de science-fiction pose des questions sur le monde qui nous entoure. Car l’univers d’OASIS n’est pas si utopique que ça, finalement, et reflète les inégalités du monde réel. En début de roman, Wade/Wade3/Parzival est pauvre comme Job et ne dispose pas de crédits suffisants pour se déplacer sur OASIS et pour acquérir des artéfact magiques ou high-tech. Il n’a d’autre choix que de dégommer lapins et écureuils pour faire augmenter son niveau d’expérience, accumulant peu à peu des points en vue de quêtes futures. Face à lui, d’autres avatars « riches » possèdent toutes sortes objets mis aux enchères entre utilisateurs qui les avantagent par rapport aux autres. S’agit-il d’une critique déguisée envers ces développeurs de jeux « gratuits » dont les joueurs paient pour avoir accès à la suite? Où de jeux payants avec encore d’autres contenus payants que le joueur addict aura envie d’acquérir?

Question des données personnelles aussi – d’actualité récemment. Dans l’OASIS, l’anonymat est garanti, les données protégées quelles que soient les circonstances. C’est donc le seul espace réellement libre auquel aient accès Wade et les autres chassoeufs, le seul havre de paix de bien des hommes et des femmes. Le but d’IOI qui cherche à accaparer le contrôle d’OASIS, est d’avoir non-seulement accès aux données des usagers, mais aussi de faire de la simulation un service payant, coupant ainsi l’accès à une large frange de la population et creusant encore plus les inégalités entre les privilégiés et les autres. De plus, ils se débrouillent pour pirater ces données et récolter des informations sur les chassoeufs dangereux… La vision de la multinationale comme véhicule de l’exploitation en vue de plus de profit, bref de l’injustice et du mal absolu est un peu bateau. Mais en somme, nous sommes dans une société dystopique et il faut bien que tout se ligue contre les héros pour les pousser à se dépasser!

  • Conclusion

Pour moi, Player One est une très, très belle découverte. Je suis certes assez bon public, mais pour le coup, j’ai adoré. J’ai trouvé une histoire prenante, captivante, aussi addictive que l’OASIS elle-même. L’univers, cette réalité virtuelle où l’on peut en un clin d’oeil se créer sa propre forteresse pour donner un QG à son avatar, où l’on peut partager des aventures avec d’autres. J’ai aimé l’idée de replonger le lecteur dans cette culture des années 80 haute en couleurs, de se référer à des classiques. J’ai fait de réelles découvertes, et la quête de ces jeunes m’a tenue en haleine jusqu’à la dernière ligne. Aussi je le conseille aussi bien aux gamers qu’aux non-gamers.

Le seul bémol, c’est qu’on fait encore du gamer un ado solitaire et mal dans sa peau, qui ne réussit à avoir une vie « sociale » épanouissante à travers son avatar quand il est en ligne. Plus on en apprend sur les jeunes qui se cachent derrière Parzival, Aeach, Art3mis, Daito et Shoto, plus cette impression se renforce. Je trouve ça un peu dommage… En même temps, comment être bien dans un monde appauvri,  violent, crasseux et sans perspective? Si l’on y réfléchit bien, l’histoire s’appuie sur cette envie, cette aspiration à l’accomplissement – fort humaine au demeurant. Après tout, n’a-t-on jamais rêvé d’être un héros? D’être quelqu’un de plus brave? De plus beau? D’avoir une vie plus palpitante?

Le cliché du gamer solitaire est une vision assez réductrice, voire carrément méprisante. La plupart des gamers que je connais, la plupart sont bien dans leur baskets, ont des potes et une vie sociale – n’oubliez pas que sur une console, on peut jouer à plusieurs avec des amis. Ce ne sont pas de petits gars moches, binoclard (pourquoi diable est-ce si mal de porter des lunettes?) boutonneux qu’on nous présente dans les films, et certains sont même absolument canons (je parle de ceux que je connais). Ce ne sont pas des ados attardés chez Papa-Maman, mais des jeunes hommes brillants et indépendants. D’ailleurs, il existe des chiffres très intéressants sur le sujets! Mais pour ma part, si je peste après le cliché du gamer solitaire, j’étais une jeune fille plutôt différente et solitaire, et mes parents, inquiets, me voyant plongée dans mes parties de Sims interminables au lieu de sortir avec des copains comme tout le monde, se sont même demandé si je n’étais pas dépendante aux jeux. En fait, pas vraiment, je pouvais arrêter quand je voulais, j’avais des tas d’autres centres d’intérêt. Mais bon, puisque je n’avais pas énormément de sorties ou de camarades avec qui partager des activités, j’avais du temps à tuer, et les jeux le remplissaient bien! Et puis, c’était cool de développer des civilisations, des stratégies et des plans de bataille, de voir des cités florissantes se développer sur mon écran, incroyablement distrayant de regarder mes Sims s’amuser et se battre…

En revanche, s’il est un point que j’ai apprécié dans ce livre, c’est cette prise avec la réalité, le monde concret. J’aurais regretté que tout se passe dans l’OASIS. L’OASIS crée un environnement mais les enjeux sont dans la vraie vie: avec tous ces milliards de dollars, ces jeunes veulent sortir de leur condition, s’élever, ne plus connaître les pénuries, le froid, les risques d’écroulement des bidonvilles. Il y a donc un but concret. Les passages dans le monde réel sont assez sombres et statiques, comme pour renforcer ce sentiment de mal-être du héros – son action dans le monde réel se résume à s’occuper de ses besoins physiques et de son hygiène. Cela change peu à peu au fur et à mesure de l’histoire, et – je tente de ne pas spoiler – quand il se rend compte des implications de ses actions de chassoeuf pour lui, pour sa propre vie, et pour celle des jeunes qui se cachent derrière les autres avatars. C’est ce qui le pousse à se reprendre en main après un coup du sort qui le laisse complètement seul. Et c’est finalement dans le « monde réel », dans ce monde qu’il exècre que Wade va se dépasser, jouer son plus gros coup, le plus audacieux.

Et peut-être découvrir, comme je l’ai découvert plus tard, que finalement, le jeu le plus addictif n’a pas besoin de borne et de console, qu’il n’est pas en pixel… qu’il est la vie elle-même.

Titre: Player One
Auteur: Ernest Cline
Editions: Pocket
Collection: Pocket Science Fiction
624 p.
Parution: Mars 2015 (pour l’édition de poche)
Prix: 9,80 €

Blanche Mt.-Cl.

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Entre kitsch et chef d’oeuvre lyrique – « Excalibur » (1981)

« The Dark Ages. The Land was divided and without a King. Out of those lost Centuries Rose a Legend… Of the Sorcerer, Merlin; of the Coming of a King; of the Sword of Power… Excalibur. »

Titre: Excalibur
Année de production: 1981
Réalisation: John Boorman
Origine: Etats-Unis, Royaume-Uni
Durée: 2h15
Distribution: Nigel Terry, Helen Mirren, Nicol Williamson, Cherie Lunghi…

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Affiche – Source: Imdb.com

Oyez, oyez, gentes dames et damoiseaux, voici – une fois n’est pas coutume – un film fantasy. En général, je ne goûte pas énormément la fantasy, sauf Autre-Monde de Chattam, et les histoires assez « viriles » comme les aventures de Conan le Cimmérien.

Mais s’il est bien quelque chose qui me réconcilie avec la fantasy, c’est la légende arthurienne. J’ai d’ailleurs Les Brumes d’Avalon et Le Cycle de Pendragon qui m’attendent encore dans ma PAL. Mais Excalibur, vu pour la première fois à cinq ou six ans (alerte aux parents irresponsables!), à peu près compris vers dix ans, fascinant à l’adolescence, adoré à l’âge adulte, a durablement parasité ma perception du mythe d’Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde. C’est d’ailleurs à cause de sa dimension épique et passablement burnée, que je me suis ennuyée comme un rat mort quand j’ai tenté de lire Les Brumes d’Avalon de Marion Zimmer Bradley (que j’ai laissé tomber pour re-tenter le coup quatorze ans plus tard), que j’ai détesté Kaamelot et démonté Merlin (avant d’adorer ladite série quand j’en ai saisi les allusions au mythe, la mise en scène et l’interprétation). Bref, c’est l’une de mes « madeleines » de Proust…

Mais de quoi s’agit-il exactement?

  •  La légende du roi Arthur

Le film s’inspire d’un grand classique de la littérature anglaise (que j’aimerais lire) Le Morte d’Arthur de Thomas Malory, en anthologie du XVe siècle compilant récits anglais et français relatifs aux aventures du roi Arthur et de ses chevaliers, à la quête du Graal et aux amours de Guenièvre et Lancelot. Le film part des origines d’Arthur jusqu’à son dernier combat. Désolée pour les éventuels spoilers, mais quiconque s’intéresse au mythe arthurien sait comment cela se finit. Bref, de quoi alimenter mon imaginaire « chevaleresque ». Car si les récits varient d’une époque à l’autre, d’un auteur à l’autre, Excalibur explore plusieurs dimensions de la légende, à savoir l’épée dans la roche, les origines magiques d’Arthur, les enchantements de Merlin, la liaison de Guenièvre avec Lancelot, Perceval et la quête du Graal… Boorman nous conte une histoire à la fois tragique, magique et épique, une épopée pour l’amour et le pouvoir.

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Flammes éclairant un champ de bataille, en tout début de film – Source: dvdclassik.com

L’histoire commence sur un champ de bataille quand Merlin (Nicol Williamson) donne à Uther Pendragon (Gabriel Byrne) l’épée du pouvoir, Excalibur – forgée dans le souffle d’un dragon et offerte par la Dame du Lac – juste avant que celui-ci ne conclue une trêve avec le comte de Cornouailles, Gorlois (Corin Redgrave). Or un problème survient: lors du banquet célébrant la paix, Igraine (Katrine Boorman), l’épouse de Gorlois, gratifie les invités d’une danse. Dès qu’il la voit, Uther est pris d’un violent désir pour cette femme très belle. Ne pouvant le contenir, il exige de Merlin que celui-ci l’aide à passer une nuit d’amour avec la belle. Grâce à un sortilège, Uther peut attirer Gorlois hors du chateau et prendre son apparence avant de monter dans les appartements d’Igraine. Si la jeune femme ne se doute de rien, sa fille Morgane, dotée du pouvoir de clairvoyance, a senti la supercherie. Or cette nuit passée avec Igraine a suffi pour concevoir un enfant, un fils – le futur Arthur, que Merlin va prendre avec lui pour le mettre à l’abri quand les chevaliers de Gorlois prennent Uther en chasse. Ce dernier est alors tué, mais a le temps, avant de mourir, d’enfoncer son épée enchantée, Excalibur, dans un rocher, en clamant que seul le roi légitime pourra l’en extirper…

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Le jeune Arthur retirant l’épée du rocher – Source: dvdclassik.com

Bien des années plus tard, on retrouve le jeune Arthur (Nigel Terry), accompagnant son père adoptif et protecteur et son fils Kay à un tournois. Servant d’écuyer, le jeune homme réalise qu’il a oublié l’épée de Kay et décide de lui en trouver une coûte que coûte. En lisière de forêt, il aperçoit une épée fichée dans la roche et sans réfléchir, s’en empare pour l’apporter à Kay. Stupeur chez les concurrents quand la nouvelle est connue: un écuyer a retiré Excalibur du rocher! Ces nobles messieurs et chevaliers, s’empressent de lui faire remettre l’épée à sa place, avant d’essayer chacun leur tour de la retirer, espérant devenir roi. Mais seul Arthur y parvient. Il apprend alors de Merlin, réapparu pour l’occasion, ses origines et sa destinée, celle de devenir roi. La bataille pour unifier le royaume et asseoir sa légitimité commence alors. C’est au cours de ces combats qu’il rencontre Guenièvre (Cherie Lunghi), fille du Sire Leondegrance (Patrick Stewart), dont il tombe amoureux. Malgré les avertissements de Merlin, il l’épouse…

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Arthur et les Chevaliers à la Table Ronde brillant de milles feux – Source: dvdclassik.com

Le règne d’Arthur constitue alors un véritable âge d’or, attirant autour de lui les plus valeureux guerriers, comme Lancelot (Nicholas Clay) avec qui Arthur est lié par une rivalité bon enfant avant l’incident Guenièvre, ou encore Perceval (Paul Geoffrey), un jeune homme au coeur pur qui se lancera à la quête du Graal. Mais tous ne sont pas satisfaits par cet ordre nouveau. Tapie dans l’ombre, Morgane (Helen Mirren) est devenue une femme à la beauté troublante ainsi qu’une puissante enchanteresse. Deisciple de Merlin, elle parvient à piéger le sorcier, et va, par ses sortilèges, accomplir des actes qui vont jeter une ombre sur le royaume de Camelot. Arthur, déjà éprouvé par l’aventure de Guenièvre avec Lancelot, sombre dans la mélancolie. Seule une nouvelle quête, celle du Graal, pourrait donner un souffle nouveau à son règne… Plusieurs chevaliers se lancent à sa recherche, alors que Morgane prépare en secret sa revanche avec Mordred (Robert Addie), son fils conçu lors d’une relation incestueuse avec Arthur…

  • Un visuel fascinant

Si la légende arthurienne est en soi une histoire riche en péripéties et contient tous les ingrédients pour raconter une histoire captivante, John Boorman en a fait un film assez personnel, une sorte d’épopée lyrique au visuel onirique, qui se prête aussi bien aux quêtes chevaleresques qu’à la magie noire. De plus, on y a vu débuter de grands acteurs avant leurs rôles les plus emblématiques comme Gabriel Byrne, Patrick Stewart (toujours la même tête – pour anecdote, quand il a commencé au théâtre à dix-neuf ans, il perdait déjà ses cheveux, ce qui, raconte-t-il plus tard, l’a aidé à s’imprégner de rôle très différents les uns des autres, car devant porter des perruques sur scène!), Liam Neeson (en Galaad), et l’éblouissante Helen Mirren. C’est encore une femme très belle, mais dans ce film, elle campe une Morgane aussi vénéneuse que sexy.

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Certains ont mal fini leur quête du Graal – Source: dvdclassik.com

Parlons du visuel. Il est clair que pour nous, spectateurs du XXIe siècle, ces images, assez marquées par le début des années 80 et ces effets spéciaux datés pourraient d’abord prêter à sourire… Et pourtant, cela participe au charme quelque peu suranné du film, et met en avant sa très grande poésie, qu’il s’agisse de la violence magnifiée des scènes de combat, ou de la sensualité des passages érotiques. D’un bout à l’autre du film, la photographie fait la part belle à la verdeur des forêts, à la brillance des armures ou de certains ornements de costume. Le rayonnement vert irradiant d’Excalibur (très probablement un spot vert braqué sur la lame), n’est pas sans rappeler cette espèce de lumière verdâtre, putride et vénéneuse du Nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud (1986), où évoluent, dans un monastère crasseux à l’atmosphère oppressante des moines sales, vicieux et hypocrites, ou encore les lumières fluorescentes propres aux films d’horreur des années 80 en général.

La lumière en elle-même semble être une composante capitale de la mise en scène d’Excalibur. Elle est très typée, clairement colorée, comme pour caractériser certains objets ou personnages – c’est particulièrement vrai avec l’épée, comme évoqué plus haut. Elle se reflète partout, sur les lames et les pointes de lance, sur les cuirasses et les cotes de maille, sur les corps nus des amants. On retiendra la lumière sanglante d’un soleil rouge se levant sur le champ de bataille de Camlann, éclairant des monceaux de cadavres aux armures luisantes en fin de film. La lumière est absolument partout, si bien que l’armure de Lancelot semble plus faite de diamant que de métal, et que dans certaines scènes comme le mariage d’Arthur et Guenièvre, l’environnement ruisselle littéralement de relets d’or et d’argent.

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Arthur et Guenièvre en tenue de mariés, suivi du cortège des chevaliers, avec Lancelot sur la gauche – Source: dvdclassik.com

Quand certains critiques ont vu dans le film un bazar monstre mélangeant plusieurs influences comme l’art byzantin et les tableaux de Klimt où l’or était très présent, la créativité en matière de décor et de costume on fait l’objet de louanges. Les armures, rutilantes, semblent sorties de manuscrits enluminés occidentaux, quand les femmes, comme la Dame du Lac, portent des cotes de maille fines et délicates qui en effet, rappellent celles des soldats byzantins. Bien évidemment, comme j’adore les armures en général, ces costumes ne m’ont pas laissée indifférente, et participent à ce visuel onirique. A cela s’ajoutent des éléments plus modernes qui pourraient troubler des puristes, mais qui pour moi, ne sont que le reflet de la créativité du réalisateur et de son équipe. Que Morgane porte une queue de cheval ne me trouble pas outre mesure, pas plus que la résille de perle faisant office de voile à Guenièvre lors de ses épousailles avec Arthur. En revanche, le brushing « choucroutesque » très marqué années 80 de la reine constitue l’un des quelques détails du film qui m’arrache les yeux.

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La troublante Morgane – Source: dvdclassik.com

Mention spéciale à Merlin et Morgane dont les costumes sont tout à fait éblouissant, à l’image des deux personnages. A Merlin, doté non-seulement de grands pouvoirs mais aussi d’un sens aigu de la répartie, des capes sombres et un casque métallique qui lui donnent un côté très rock’n’roll. On l’imagine aussi bien chevaucher un dragon qu’une grosse cylindrée! Quant à Morgane, sa garde-robe nous ferait pâlir de jalousie. Outre des armures très seyantes, on y trouve des voiles vaporeux ou des robes en résille d’une texture arachnéenne. Son style est tout simplement inoubliable, et magnifie la plastique de la jeune Helen Mirren.

  • Une bande originale somptueuse

Mais cette poésie filmée ne serait rien si elle n’était pas sublimée par une bande originale de folie. Plutôt que faire composer des morceaux, Boorman a utilisé des chefs d’oeuvre du classique, signés Richard Wagner (1813-1883) et Carl Orff (1895-1982). C’est par Excalibur que j’ai découvert ces compositeurs, qui donnent une coloration épique à l’ensemble. Chaque leit-motive est repris dans des situations spécifiques et constituent des sortes de « jingle », si j’ose dire.

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Soleil rouge sang se levant sur le champ de bataille de Camlann – Source: dvdclassik.com

Par exemple, quand nous entendons certaines mesures de la « Marche funèbre de Siegfried », extraites du Crépuscule des Dieux, on sait qu’Arthur se saisit d’Excalibur, ou encore qu’il renonce à elle avant de mourir et de rejoindre Avalon, sa dépouille escortée par les dames du Lac. Les notes particulièrement graves de ce morceau, les trompettes tonitruantes ajoutent encore une dimension grandiose à cette aube sanglante qui voit la fin du règne d’Arthur, comme un flamboyant final d’opéra. Wagner est également utilisé pour les scènes intimistes entre Guenièvre et Lancelot – prélude de Tristan et Isolde qui est longtemps resté dans ma mémoire comme la « musique de Lancelot et Guenièvre » – ou pour la quête du Graal par Perceval – j’ai d’ailleurs récemment réalisé que le prélude de Parsifal accompagnait les exploits du jeune chevalier.

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Arthur menant ses chevaliers sous les arbres en fleur. Nigel Terry, dans la trentaine, interprète Arthur de dix-huit à plus de cinquante ans. Et c’est qu’il est convainquant! – Source: dvdclassik.com

Mais le plus fameux morceau du film, puisqu’il est présent dans sa bande-annonce, reste sans conteste « O Fortuna », extrait du chef d’oeuvre de Carl Orff Carmina Burana, inspirée par la vision romancée de son compositeur pour la période médiévale. Il accompagne la chevauchée d’Arthur et de ses chevaliers sous une pluie de pétales tombant d’arbres en fleur, après la découverte du Graal.

Ainsi, la puissance, la profondeur, la noirceur et la magnificence qui imprègnent cette musique pourraient paraître pompeux à certains, mais participent à la poésie d’Excalibur. Ils en feraient presque un opéra filmé. Il faut dire qu’un morceau d’Orff ou de Wagner pourrait rendre épique n’importe quelle scène d’un ennui mortel!

  • Un film qui a mal vieilli?

J’ai lu il y a quelques temps une critique écrite par quelqu’un préférant le Sacré Graal des Monty Python ou la série Kaamelot (ah, sacrilège!). Il y démontait littéralement non-seulement le visuel et les effets spéciaux, mais aussi le jeu des acteurs, qui faisaient d’Excalibur un film particulièrement vieillot.

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La Dame du Lac récupérant Excalibur – Source: dvdclassik.com

On ne peut pas nier que certains effets spéciaux prêtent à sourire. Je mentionnais plus haut le spot vert sur l’épée, mais il peut aussi s’agir de la scène où Uther court sur le souffle du dragon, matérialisé par des fumigènes au ras du sol, alors qu’il est censé courir dans les airs! Mais pour moi, le plus drôle reste celui de la Dame du Lac vue à travers l’eau, sans la moindre torsion de perspective, telle une projection! On a beau aimer sa très belle armure blanche, ça passe tout de même moyennement à l’écran! Tout comme son bras sortant de l’eau pour récupérer Excalibur à la fin du film, paraît incrusté plus tard dans l’image et très peu naturel! Quant aux yeux rougeoyant de Merlin lorsqu’il invoque le souffle du dragon, ils ressemblent aux yeux rouges des photographies!

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Morgane lançant des rumeurs sur Guenièvre lors d’un banquet à la Cour… Et Galaad, vous le reconnaissez? – Source: dvdclassik.com

Parlons maintenant du jeu des acteurs… Pour ma part, je dirais qu’il correspond à ce qu’est le film: une interprétation emphatique (ce terme n’a rien de péjoratif en l’occurrence!) du mythe, plein de répliques passionnées par des acteurs shakespeariens comme Gabriel Byrne et Patrick Stewart haranguant les hommes avant la bataille, et du jeu fiévreux des interprètes féminines comme celles d’Igraine, de Morgane et parfois de Guenièvre, généralement plus en retenue et plus douce. Mais il est vrai que c’est une façon de jouer que l’on attendrait plus dans une pièce de théâtre qu’au cinéma. C’est aussi propre à l’époque, comme je le disais, et certains films aujourd’hui cultes n’échappent pas à cette règle de la déclamation.

Je peux donc comprendre que ces détails troublent certaines personnes de ma génération et d’autres plus jeunes, habitués à des effets numériques et à un jeu d’acteur un peu moins théâtral. Et encore, heureusement qu’ils n’ont pas vu Moby Dick ou des péplums comme Quo Vadis?, parce que niveau déclamation et gestuelle tragique, il y avait de quoi faire!

  • Conclusion: intemporel ou daté?
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Le très rock’n’roll Merlin – Source: dvdclassik.com

J’ai terminé avec les quelques faiblesses d’Excalibur, mais sachez que je ne perds jamais mon temps à écrire sur des choses que j’aime pas. Je préfère me faire plaisir! Le fait est que j’aime beaucoup Excalibur. Il a alimenté pendant des années mon imaginaire fantasy plein d’armures étincelantes, d’hommes aux prises avec des enjeux de pouvoir, des hommes valeureux et amoureux, et surtout de femmes de caractère – ce qui pour moi manquait cruellement dans l’univers de Tolkien que je ne goûte pas particulièrement. Avec le temps, et sans doute l’âge adulte aidant, j’ai de plus en plus apprécié certaines subtilités du film, sa poésie sombre, son visuel onirique, sa violence magnifiée, sa musique, son casting de rêve et certaines images lumineuses ou morbides. J’ai souri aux répliques bien senties de Merlin et je connaissais par coeur ses incantations quand j’étais ado (d’ailleurs, je devrais demander à ma mère, je suis sûre qu’elle connaît encore le sortilège d’invocation du souffle du dragon…). J’ai admiré les paysages magnifiques, les chateaux aux hautes murailles et les forêts très vertes de l’Irlande où Excalibur fut filmé. C’est pour moi comme un somptueux livre d’images illustrant l’une des plus belles histoires jamais contées.

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Morgane dans une très seyante cuirasse de femme – Source: dvdclassik.com

Les effets spéciaux et l’acting datent un peu, certes, mais j’aime ça. Je suis toujours les aventures d’Arthur et des chevaliers avec un grand intérêt. Tant et si bien qu’ensuite, je me suis monstrueusement ennuyée en lisant Les Dames du Lac de Marion Zimmer Bradley (je vais ré-essayer de les lire, après treize-quatorze ans, mes goûts ont évolué!), et que la dimension « historique » du Roi Arthur de Fuqua m’a royalement barbée (en fait, j’ai regardé le film pour Clive Owen et Ray Stevenson!) – en effet, pourquoi vouloir spéculer de manière historique sur le roi Arthur quand on en sait si peu et ne pas se contenter d’en relater la dimension légendaire? Ma « culture Excalibur » m’a même fait haïr la série Merlin, avant que je l’adore – bien que regrettant la B.O. signée Wagner – et qu’elle réveille à nouveau mon intérêt pour la légende arthurienne. Et c’est toujours l’oeuvre de Boorman qui m’a inspirée dans mes croquis ou mes peintures fantasy art.

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Arthur, solennel, et Guenièvre – Source: dvdclassik.com

S’il est marqué par les goûts du début des années 1980,  si j’en crois mes parents qui à l’époque on été voir Excalibur au cinéma, c’était très novateur en termes d’imagination, de costumes, de décors et de mise en scène de la violence. C’était très différent ce qu’ils voyaient à la télévision et au cinéma. Même ma mère, qui n’est pas une adepte de la « sortie cinéma » et préfère se caler dans un fauteuil devant un DVD, est allée le voir trois fois en une semaine, quand elle révisait pour son bac. C’est aussi pour ça que j’aime ce film. Il est étrange et captivant, il change de ce que je peux voir ailleurs. C’est une sorte d’OVNI basé sur le mythe arthurien, une fiction avec du sang et du sexe qui préfigurait Conan le Barbare (dont mes parents sont également fans) et même  Game of Thrones. C’est une vision de réalisateur, une ode à l’imagination humaine. Une formidable plongée dans un monde de magie noire, de batailles et d’honneur chevaleresque…

Je vous laisse donc avec sa bande-annonce, si le coeur vous en dit… Je m’excuse d’avance de Et si ce post vous a donné envie, je vous souhaite un bon visionnage, tranquille et dans le noir… 🙂 Et je vous conseille une édition DVD ou blu-ray pour faire ressortir la photographie sublime de l’ensemble!

Blanche Mt.-Cl.