Dracula chez les ploucs – Salem (Stephen King)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Après vous avoir gratifié d’un petit article déco de Noël, je vais revenir dans l’univers de l’horreur et du macabre, le temps d’un roman. J’ai beau avoir une PAL de compétition, je n’avais pas envie de me plonger dans un truc trop sérieux, j’avais besoin de me changer les idées. C’était peu de temps avant Halloween, alors je me suis dit: « Pourquoi pas un petit Stephen King? » Ni une, ni deux, j’ai fait un petit tour dans la bibliothèque de mon frère pour dégoter dans sa collection de King le volume qu’il me fallait!

Résultat des courses: j’ai opté pour… Salem. Amateurs de fantastique, je vous emmène dans la petite ville de Jerusalem’s Lot, dans le Maine (territoire cher à l’auteur, comme on le sait…) pour une drôle de chasse au monstre…

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Sacrilège pour « briller » en société: « Non, ‘Twilight’ n’est pas si nul! »

« Dire qu’un livre est moral ou immoral n’a pas de sens, un livre est bien ou mal écrit c’est tout. »
Oscar Wilde

Voilà une sagesse à méditer, venant de l’un des plus brillants esprits d’Angleterre – ce cher Oscar Wilde, auteur du brillant Portrait de Dorian Gray déjà présenté sur ce blog. Pour compléter cette maxime, si un livre est bien ou mal écrit « et c’est tout », j’ajouterais qu’un livre, surtout s’il s’agit d’une fiction, n’est donc ni bon ni mauvais, mais qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, et qu’il peut être bien ou mal écrit.

Qu’en est-il donc de cette saga que se sont arrachée adolescents (oui, parce que même s’ils ne l’assument pas nécessairement, des garçons l’ont lu…) et adultes curieux, j’ai nommé Twilight? Tour à tour encensé et bousillé, il est difficile de ce faire une opinion sur une saga, voire sur un phénomène, qui ont déchainé tant de passions. « Romantique », « Bien imaginé », « Niais », « Crétin », « pour les midinettes »… On aura tout entendu, et le sujet semble épuisé. Aussi je souhaite revenir sur ces quatre livres, avec le recul des années. Il ne s’agit pas de raconter l’histoire, mais de revenir sur quelques thèmes abordés dans la série.

  • Pourquoi je l’ai lu?

parallon-le-nouveau-twilightIl y a cinq ans, alors que les premiers films étaient déjà sortis, j’ai mis à profit un intersemestre pour lire les quatre volumes – Fascination, Tentation, Hésitation et Révélation (respectivement Twilight, New Moon, Eclipse et Breaking dawn en V.O.). En effet j’avais constaté que plusieurs personnes de mon entourage lançaient des critiques acerbes sur le travail de Stephenie Meyer, sans pour autant l’avoir lu. La meilleure étant que ces livres étaient « cons », « tartes » ou « pour les midinettes » – de la part de personne se prenant pour de grands penseurs et aimant la « vraie » littérature et pas des inepties pour pré-pubères avides de sensations. J’ai donc décidé de me faire mon propre avis sur la question, alors qu’à la base, je ne suis pas très fan d’histoire de vampires.

Petit rappel, bref, car la plupart d’entre vous connaissez déjà l’histoire. Il s’agit donc d’une romance entre Bella, une jeune fille assez solitaire et introvertie, qui arrive à Forks pour vivre chez son père, et Edward, un « jeune » (à peine plus de cent ans, ce n’est rien à l’échelle de l’éternité) vampire installé dans les environs avec sa famille. L’affaire se transforme en triangle amoureux avec la mise en avant de Jacob, un jeune Indien de la réserve d’à côté, descendant d’une lignées de loups-garou et proche ami de Bella. Au fur et à mesure, des complications apparaissent avec les Volturi, ancienne famille de vampires soucieux du respect des lois vampiriques, qui voient d’un mauvais oeil la relation d’Edward avec une fille de « l’extérieur »…

N.B. : Je tiens d’abord à préciser qu’hormis Dracula de Bram Stocker que j’aime beaucoup, les histoires de vampire ne me fascinent pas plus que ça. Je n’ai pas lu l’oeuvre d’Ann Rice, pas plus que la série des True Blood – j’ai arrêté l’adaptation télé au bout de deux épisodes car je n’aimais pas l’héroïne et trouvais ces vampires dépravés plus comiques que glamour. Et comme je préfère les histoires de loup-garou, adolescente, j’ai lâché Buffy contre les vampires quand Oz est parti, à l’époque où toutes mes copines fantasmaient sur cet emmerdeur de Spike…

  • Ce que j’en ai pensé, finalement…
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Un petit conseil, si je peux me permettre: ne pas regarder les films avant de lire les livres…

J’ai eu une période de rejet, environ deux-trois ans après la lecture de Twilight, sans doute quand je me suis décidée à regarder le premier film – que j’ai détesté. À mon humble avis, il y avait des erreurs de casting en cascades, et le choix pour l’héroïne d’une actrice que je trouve aussi expressive qu’une douzaine d’huîtres. Certains effets, comme la peau scintillante des vampires, rendent vraiment très mal à l’écran, et les cheveux de la famille vampirique ne sont pas sans rappeler des versions blondes de ces perruques dont on affublait les acteurs de films d’arts martiaux hong-kongais des années 60 et 70.

Et pourtant, j’ai passé un agréable moment en lisant ces lignes. Et le plaisir de voir des regards méprisants quand je me baladais, avec mes vêtements noirs de poupée gothique, et le livre en évidence dans le métro parisien, n’était pas des moins. C’était vraiment intéressant du point de vue de l’étude de l’attitude humaine. Certains de mes amis, et même les deux ados auxquelles je donnais des cours d’allemand à cette époque, se sont ouvertement moqués de moi, arguant que je lisais de la merde alors qu’eux-mêmes n’avaient pas même ouvert ces pages! Et alors quand en plus je disais que ce n’était pas le torchon que j’attendais et que ce n’était pas si mal, j’ai vu bien des visages se décomposer.

Je pense avoir eu accès à une bonne traduction, car j’ai trouvé l’histoire relativement bien écrite. J’ai bien sûr apprécié certains personnages – au début, j’aimais bien Jacob aussi, mais sa jalousie et son amertume m’a très vite saoulée. C’est le problème des amis masculins, dans les fictions… L’histoire d’amour est bien sûr l’enjeu central de cette histoire, mais il y en a d’autres – ne pas révéler sa nature au grand jour, lutter contre ses pulsions de prédateur, être bloqué entre une communauté exigeante et son propre bonheur, la rivalité entre vampires et loups, l’épée de Damoclès des Volturi qui peuvent décider à tout moment que Bella est une nuisance. Somme toute, cette histoire a un bon potentiel, même si j’ai regretté quelques baisses de rythme qui l’ont rendue un peu « molle du genoux », et un certain manque d’humour.

Bien sûr, il ne faut pas oublier que ces ouvrages s’adressent avant tout à la jeunesse, et à une génération qui comme nous n’avait pas vu Buffy contre les Vampires ou Entretien avec un vampire, et les dépravations vampiriques qui vont avec.

  • L’effort d’imagination sur des vieux mythes

Mais toutes les idées de Stephenie Meyer ne sont pas bonnes à jeter, loin s’en faut, et j’ai moi-même eu quelques surprises.

Et la première n’était pas des moindres: où étaient passés ces vampires tout de sombre vêtus qui se terrent dans des cryptes et dorment dans des cercueils? Cette noirceur m’a un peu manqué, mais l’auteur a tout de même brisé un sacré cliché en faisant de la fratrie Cullen des ados presque comme les autres, si l’on exclut leur fascinante beauté et le fait qu’il soient riches, qui portent des couleurs claires et vivent dans une maison ouverte sur l’extérieur par de grandes baies vitrées. Il est clair que cette famille modèle de vampires a quelque chose d’agaçant dans sa perfection, mais ils ne me semblaient pas plus grotesques que l’archétype du vampire juste méchant qui prend plaisir à tuer ses victimes. Le vampire est devenu fréquentable, et tout à fait capable de maîtriser ses instincts de prédateur pour vivre parmi les humains, voire pour aimer un être humain.

Autre variation du mythe du vampire: cette peau marmoréenne qui à la lumière brille comme les veines de certaines pierres – et qui malheureusement n’est pas du tout bien rendue à l’écran – et cette idée de prédation. Le vampire est un prédateur, génétiquement parlant, comme l’est un lion, un requin ou un serpent: il est attirant pour mieux attraper ses proies, émet des phéromones et transforme sa victime grâce au venin sécrété par des glandes près de ses canines. La victime se transforme donc si elle ne s’est pas vidée de son sang. Par ailleurs, les gens qui avaient des prédispositions particulières en tant qu’humains en trouvent ces capacités décuplées en devant vampire – la télépathie d’Edward, la clairvoyance d’Alice… C’est un peu tiré par les cheveux, mais après tout, pourquoi pas. On a déjà lu plus étrange.

57794085Concernant les loups-garou. J’adore les loups-garous, pour diverses raisons que j’étofferai plus tard sur ce blog et parce que j’ai fait de la lycanthropie l’un des enjeux de mes écrits de fiction. Si j’avais déjà vu la métamorphose « homme-loup » liée aux Amérindiens dans la série Wolf Lake, j’ai aimé découvrir dans le second volume de Twilight que certains habitants de la réserve indienne en étaient. Même si cela peut paraître clichesque, qui mieux que les Indiens, dont on sait que leur culture les porte vers le respect et la compréhension de la nature qui les entoure et des animaux, pouvaient être des loups-garous?… Et cela donne un souffle nouveau à Tentation qui commençait méchamment à trainer en longueur. Evidemment, mon enthousiasme a été quelque peu émoussé par les crises de jalousie de Jacob, son amertume et son attitude détestable envers Edward. A sa décharge, il semble génétiquement déterminé à le détester, il n’y peut rien… en même temps, ce déterminisme a quelque chose de très dérangeant quand on y pense. Avec le recul, je me rend compte que l’auteur a aussi dépeint un mode de vie influencé par ce penchant pour la vie de meute Jacob, de ses amis et de ses cousins qui rappellent parfois ces images de louveteaux en train de batifoler en pleine nature. En ce sens, la « société » de ces « loups » est intéressante et surprenante.

Enfin, les trouvailles se poursuivent avec les lois vampiriques incarnées par les Volturi, toute cette législation liée à la « création » de vampires à un âge beaucoup trop jeune – je parle de « vampiriser » des enfants, par exemple. Elle sert bien sûr de prétexte à l’affrontement du quatrième opus, lui donnant un souffle nouveau, plus noir et un peu plus mâture.

  • Un roman moralisateur, réducteur, aseptisé et édulcoré?

J’en arrive aux critiques un peu plus « intellectualisantes » que j’ai connues, notamment en ce qui concerne l’image de la femme et la sexualité. Attention, attention… Pour ma part, je trouve que Bella est un brin passive, surtout dans les trois premiers tomes où son père, Edward et Jacob passent leur temps à la couver. Quant à sa dépression suite à la rupture avec Edward… Ma foi… Si la tristesse de la jeune fille est palpable, quel exemple affreux pour les ados faisant face à un chagrin d’amour! Est-ce à mettre sur le compte de sa jeunesse et de sa vulnérabilité? Mystère. Seule l’auteure pourrait nous en dire plus. Il n’en reste pas moins que de nombreuses jeunes filles manquant d’assurance – être un héros est tout de même très difficile! – pourraient s’identifier à Bella. Ce qui est déjà capital pour qu’une histoire fonctionne.

Qui plus est, j’ai entendu plusieurs jeunes adultes exprimer leur frustration quant à l’absence d’érotisme jusqu’au mariage de Bella et Edward dans le quatrième opus. J’ai moi-même été un peu frustrée sur ce point. Certains ont pointé l’appartenance de Stephenie Meyer à la mouvance mormonne pour en faire une méchante conservatrice transmettant l’image de la jeune fille soumise à sa famille et aux hommes obligée de rester sage et pure jusqu’à ses noces… Paradoxalement, celles – j’ai surtout abordé cette question avec des femmes – qui formulent cette critique sont aussi celles qui disent que les hommes ne sont que de gros pervers avec qui ils ne faut pas coucher… et qui rient de celles qui justement ne couchent pas car elles les pensent incapables de se faire plaisir (ou trop moches pour attirer un mec). Donc là, il y a double standard dans la pensée de certaines de mes contemporaines.

S’il est claie que Stephenie Meyer nous offre une image fort romancée et un brin vieillotte de l’accouplement comme ultime preuve d’amour après l’officialisation par le mariage, elle n’en ignore pas moins la sexualité et le désir dans les trois premiers opus. Plusieurs fois l’héroïne en ressent. Elle est frustrée et ne se prive pas de le faire savoir à son compagnon, et j’ai souvenir d’une scène où les deux tourtereaux échangent des papouilles sur un lit et où elle invite clairement Edward à coucher avec elle. Bella Swan est une jeune femme de chair et de sang, qui éprouve du désir, ce n’est pas une bonne soeur. Confirmation lors du voyage de noces lorsqu’elle fait tout pour allumer Edward qui après leur première nuit ne veut plus rien faire avec elle avant sa transformation, de peur de la blesser. Donc Bella n’est pas totalement niaise. Elle révèle d’ailleurs des ressources insoupçonnées dans le quatrième opus, en devenant une jeune femme forte et capable d’initiative. C’est une évolution sur le long terme.

Twilight-hesitationBien que je trouve moi aussi cette approche du sexe dans le mariage très réductrice, je ne suis pas du tout choquée par le fait que l’héroïne soit encore vierge – elle fait ce qu’elle veut de son corps, merde! De plus, si Edward n’a pas voulu coucher avec Bella, il tenait aussi à elle de « le faire » avec Jacob derrière son dos. Or, elle n’en a rien fait (Je sais, c’est peut-être aussi l’idéal mormon de l’auteure qui parle…) – alors qu’entre nous, il serait plus tentant de partager son lit avec un loup-garou au corps chaud et au coeur palpitant qu’avec un vampire dont la température corporelle doit avoisiner les 11°C. Si tant est qu’un vampire puisse « mécaniquement » être capable de cela. (J’ai une théorie sur la question, dans une réponse humoristique à Twilight dans le Chapitre IX de mon roman Le Sang des Wolf…) De plus, quand bien même un peu d’érotisme n’aurait pas nui, il ne s’agissait pas d’un livre érotique et l’abondance de scènes crues et détaillées n’aurait rien apporté à l’histoire.

Et pour information, la saga reste dans l’air du temps, puisqu’on a une cougar dans Twilight. Il s’agit de Renée, la mère de Bella, qui après un mariage désastreux avec le père de sa vie, partage sa vie avec un homme plus jeune qui la rend heureuse. C’est un point de détail, mais si ce n’est pas un personnage important, ça n’en fait pas une femme de moins de valeur car Bella aime tendrement sa mère.

  • Un petit divertissement sympathique

Je ne vais pas vous mentir, ce n’est peut-être pas mon livre préféré, et entretemps, j’ai lu d’autres ouvrages qui m’ont réellement transportée et autrement marquée. Il souffre de quelques faiblesses, quand bien même il peut faire passer un bon moment à qui le lit. Mais je voulais vraiment revenir sur ce phénomène car encore maintenant, dans la bouche de beaucoup, la comparaison à Twilight sonne comme une insulte. Alors que la plupart des gens qui la profèrent n’ont même pas lu la saga, comme une personne qui a, après un seul chapitre comparé mon roman l’oeuvre de Stephenie Meyer (puisse mes écrits remporter autant de succès, je touche du bois!) sans savoir de quoi il retournait et sans se dire que j’essayais peut-être de brouiller les pistes. Surtout qu’elle est très différente et comporte de nombreux enjeux absents de la série vampirique, et que le surnaturel n’y est pas aussi « hollywoodien ».

J’ai rarement vu une histoire autant décriée que celle de Twilight, et il est devenu de bon ton de la mépriser. Au fond, je pense qu’avant de juger sans savoir, il convient de prendre cette saga pour ce qu’elle est: une romance destinée à de très jeunes lecteurs. Et se souvenir que certains d’entre nous ont rêvé de vivre un amour absolu comme celui-ci.

On pourrait dire que l’histoire est stéréotypée, mais à bien y regarder, c’est un peu ce qui a remis le vampire à la mode ces dernières années, donc il n’est pas étonnant que livres pour la jeunesse et séries reprennent les mêmes ingrédients, puisque c’est devenu très vendeur.

Pour ma part, je ne trouve pas l’histoire de Bella et Edward plus grotesque que ces vampires qui passent leur temps à copuler à tort et à travers dans chaque extrait de True Blood sur lequel j’ai zappé par hasard en dernière partie de soirée (alors que bon… il suffit de se souvenir de ses cours de biologie du collège pour savoir qu’un vampire ne peut, en théorie, pas avoir d’érection!). Un peu d’érotisme n’aurait pas été du luxe, mais il n’y avait pas besoin d’en faire des caisses à ce niveau non-plus. Qui plus est, outre l’amour, d’autres thèmes y sont abordés, comme la différence, le rapport à l’autre – qui il est vrai, auraient mérité un traitement plus en profondeur.

Mais essayez un soir pour voir. 🙂 Essayez de placer, dans une conversation lecture avec des proches ou des amis, que vous avez, apprécié Twilight à l’époque où vous l’avez lu. Et je peux vous garantir que vous allez voir des visages s’allonger et des narines se pincer! 😉

Sur ce, je vous souhaite un bon dimanche.

Blanche Mt.-Cl.