Une fantasy brute et sans fard – Conan le Cimmérien (Robert E. Howard)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Je reviens en ce début de semaine avec, à ma grande surprise, une chronique livre. Pas que j’aie achevé le tome I des Magicians (ceci dit, j’ai bien avancé, et je trouve cela assez fascinant, j’ai hâte de vous en parler!), mais je me suis souvenu d’un ouvrage lu il y a un petit moment déjà (j’étais encore en Angleterre) et que j’ai A-DO-RÉ…

Pour vous re-situer, alors que mes parents venaient d’aménager en Normandie et que j’étais en Christmas break chez eux, mon frère m’a fait un très beau présent livresque pour Noël: les aventures de Conan le Cimmérien, signées par Robert E. Howard, considéré avec Lovecraft comme l’un des pères de la littérature de l’imaginaire américaine. Je vous invite donc à me suivre dans un monde aussi cruel que fascinant, avec un héros brutal et sans scrupule…

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Le retour du Bourbon Kid – L’Œil de la Lune

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

J’ai le grand plaisir de revenir aujourd’hui avec une toute nouvelle chronique littéraire. Car oui, alors que je me débattais avec mes devoirs graphiques, je suis tout de même parvenue à avancer un peu dans mes lectures! 🙂

Peut-être vous rappelez-vous ma chronique du Livre sans Nom, premier volet des aventures du Bourbon Kid. Les trois premiers livres m’avaient été offerts lors de mon pot de départ, à la fin de mon stage de 2015, et sont restés dans ma PAL un moment. Je vous présente aujourd’hui la suite, L’Œil de la Lune.

Nous retournons à Santa Mondega, à la veille d’Halloween!

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Faites pas chier le Bourbon Kid – Le Livre sans Nom

« Première leçon: à Santa Mondega, quand quelqu’un tient des propos un peu délirants, il y a fort à parier que c’est vrai. »

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Enfin, enfin une chronique livre, après ce looooooong moment sans!

Je reviens cette semaine, et brièvement, avec un opus que plusieurs d’entre vous devez déjà connaître, à savoir… Le Livre sans Nom. Ma mère, qui avait beaucoup apprécié, m’en avait parlé à plusieurs reprises… Et quelque chose m’a plus ou moins obligée à le lire: on me l’a offert! 🙂 En effet, lors du pot de départ qui a clôturé mon précédent stage (ah qu’ils me manquent) en décembre dernier, mes collègues m’ont offert cet ouvrage, avec deux de ces suites.

J’étais très curieuse, malgré mon appréhension car on m’avait souvent comparé ce livre à des films de Tarentino – et franchement, à part une ou deux exception, je ne suis pas du tout une inconditionnelle de Tarentino dont les auto-clins d’œil ont plutôt tendance à me gonfler. Mais bon! 🙂 Je me devais tout de même d’y jeter un coup d’œil, car on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise… La chronique sera brève, car si j’ai bien aimé (je n’écris jamais sur ce que je n’aime pas…), je ne pense pas que cet ouvrage se prête à une véritable analyse. D’autant plus que l’auteur est anonyme et qu’il est difficile de savoir quelles sont ses motivations, quelle interprétation donner à son texte.

Suivez-moi donc à Santa Mondega, pour boire un verre au Tapioca, servi par Sanchez…

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Espiègleries en armure et roi de légende – Merlin (série, 2008-2012)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Tout d’abord, je tiens à m’excuser du retard accusé avec cette chronique. Le fait est que j’ai été plus fatiguée que prévu cette semaine, et je n’ai pas réussi à veiller assez longtemps le soir pour écrire… Mais qu’à cela ne tienne, voici une petite chronique tout en légèreté! Après la noirceur de ma dernière lecture, je vous emmène dans un « pays de légende, au temps de la magie », où tout commence par trois lettres magiques: B… B… C…

Peut-être cela vous donnera-t-elle l’envie de vous lancer dans une session de rattrapage ce week-end, qui sait? 😉 Bref, tout ça pour vous dire que j’ai décidé de m’y coller, suite à la lecture, sur le blog Mon Univers en Séries et en Livres, d’un article dédié au château de Pierrefonds, où fut partiellement tournée ladite série: Merlin.

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Arthur (mon futur mari) et Merlin, duo de choc de la série – Source: Allociné.fr

Série fantasy de cinq saisons diffusée entre 2008 et 2012 sur BBC One, elle a été créée par Julian Jones, Jake Michie, Johnny Capps et Julian Murphy, inspirés par le principe de Smallville (que je n’ai jamais regardé), dédié à la jeunesse de Superman. Ainsi, Merlin explore de manière très libre la légende arthurienne, par le biais de la jeunesse de deux personnages mythiques: le sorcier Merlin et le roi Arthur Pendragon. Pour anecdote, ce n’est pas moi qui ai commencé à suivre la série, mais mes parents, quand j’étais étudiante. Si eux ont tout de suite accroché lors de la première diffusion sur SyFy, j’ai d’abord eu du mal à adhérer avant de devenir la fan numéro un à la maison.

Je vous emmène donc dans un pays de légende, pour l’une de mes meilleurs surprises TV de ces dernières années…

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Mitigée mais pas horrifiée – Batman v Superman: L’Aube de la Justice (Zack Snyder, 2016)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Affiche du film – Source: Wikipedia

Je reviens cette semaine avec une chronique film… qui pourrait en étonner plus d’un tant l’œuvre présentée à été démontée. Pour ma part, j’ai souhaité vous présenter une petite réaction à froid concernant une sortie relativement récente: Batman vs. Superman: L’Aube de la Justice.

J’ai été le voir il y a un petit moment déjà avec mon frère qui, très curieux, me tannait depuis un moment pour l’y accompagner. Comme je suis chez mes parents en attendant de revivre une aventure parisienne, et que le frangin y vit aussi (bien qu’il fasse le déplacement tous les jours sur Paris – nous ne sommes qu’à 40 min en train, après tout!), nous nous sommes rendus un soir à l’improviste au petit cinoche du coin, et armés de nos popcorns, nous avons suivi les aventures de nos deux super-héros.

Comme je n’ai malheureusement pas lu les comics se rapportant à la rivalité du monsieur à la cape noir et de celui à la cape rouge (voilà, j’adore Batman, mais l’invincibilité de Superman me saoule un tantinet…), j’essaierai d’avoir un avis aussi nuancé que possible, sur ce qui m’a plu et déplu, dans une chronique assez brève.

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Ghetto alien au pays de l’Apartheid – « District 9 » (Neill Blomkamp, 2009)

Titre: District 9
Année de production: 2009
Réalisation: Neill Blomkamp
Origine: Etats-Unis, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud
Durée: 1h53
Distribution: Charlto Copley, Jason Cope, Nathalie Bollt…

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

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Logo du film – Source: Wikipedia

Tout d’abord, je tiens à vous présenter encore une fois mes plus plates excuses pour les décalages de cette semaine qui a été bizarre pour nombre d’entre nous, et je ferai en sorte de me recaler dans la semaine qui viens.

Mais je reviens tout de même avec un opus vu pour la première fois il y a peu de temps: District 9. Mon frère avait déjà tenté de me le montrer un soir où malheureusement, j’étais si fatiguée que j’ai sombré dans le sommeil au bout d’une vingtaine de minutes. 🙂 J’ai finalement remis le couvert, peu après avoir visionné Chappie du même réalisateur, qui m’avait bien plu.

Encore une fois, Neill Blomkamp nous amène à Johannesburg, dans une réalité alternative plus que troublée…

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Quand la Turquie parodie les classiques S.F. – « G.O.R.A. – A Space Movie » (Ömer Faruk Sorak)

Titre: G.O.R.A. – A Space Movie (G.O.R.A. – Bir Uzay Filmi)
Année de production: 2004
Réalisation: Ömer Faruk Sorak
Origine: Turquie
Durée: 2h05
Distribution: Cem Yılmaz, Özge Özberk, Rasim Öztekin, Özkan Uğur, Ozan Güven…

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche, attention, attention…

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Affiche de G.O.R.A. – Source: Imdb.com

Le film que je vais vous présenter ici n’est pas pour les petits joueurs. En effet, il nécessite des conditions spéciales de visionnage, avec quelques neurones au repos, une bonne bande de potes ou de frangins, le saladier de M&M’s et le pack de bière. Si vous cherchez de quoi passer une soirée philosophique et vous égarer dans les hautes sphères de la pensée… alors G.O.R.A. n’est pas fait pour vous. À la base, mes parents l’avaient vu sur le câble un soir, et nous avaient conseillé, morts de rire, à mon frère et à moi-même, d’en regarder une rediff’.

Comme vous l’avez sans doute déjà vu avec Iron Sky, j’aime parfois à regarder des films à l’humour pas très fin et au mauvais goût assumé pour me détendre (au passage, vous avez regardé les Sharknado sur SyFy?… Leur bêtise confine presque au génie!). Et sauf cas exceptionnel, je n’écrirais pas sur quelque chose que je n’aime pas.

Bref, laissez-moi vous présenter, si cette introduction ne vous a pas refroidis, une curiosité cinématographique qui ne m’a pas, et vous embarquer sur un vaisseau spatial vers les confins de la galaxie…

  • Un marchand de tapis dans le cosmos

Arif (Cem Yılmaz) est une grande gueule à la petite moustache, qui porte des chemises fantaisistes, un escroc à la petite semaine tour à tour marchand de tapis, guide touristique et bricoleur de fausses photos d’OVNIs. Un beau jour, il se fait enlever par des extraterrestres et se retrouve, en compagnie d’hommes des quatre coins de la planète, à bord d’un immense vaisseau spatial à l’équipage turcophone (!) en route vers la planète GORA, commandé par le « méchant » commandant Logar (interprété lui aussi par Cem Yılmaz).

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Parce qu’Arif, c’est aussi une classe et un style inimitables… – Source: Kino.de

Une fois arrivé à destination, Arif ne se départ pas de sa décontraction habituelle et sympathiqe avec d’autres esclaves, ainsi qu’avec un adorable androïde gay, 216 (Ozan Güven). Mais ses aventures ne font que commencer, quand un météore approche la planète et menace de tout détruire. Logar, décidément diabolique et machiavélique, profite de la panique pour faire chanter le maître de GORA, Tocha: il lui demande sa fille, la belle princesse Ceku (Özge Özberk), en mariage s’il réussit à sauver leur planète de la destruction. Tout cela dans le but d’accéder au pouvoir suprême. Mais après son échec à arrêter le météore, c’est par l’intervention d’Arif qui embrasse Ceku au milieu d’un cercle de pierres sacrées (ça ne vous rappelle pas un film de Luc Besson avec Bruce Willis?), que le danger est écarté. Notre sympathique escroc est, malgré sa prouesse, condamné à mort à cause du chantage exercé par Logar sur Tocha, qui lui promet la main de sa fille.

Mais la jeune femme ne l’entend pas de cette oreille et décide de fuir avec Arif et 216. Durant leur cavale, ils découvriront en eux une force et un courage qui devrait leur permettre de renverser Logar…

  • Un gros succès
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Ceku, Arif et un autre personnage, Bob Marley Faruk, en cavale – Source: Kino.de

Il est assez difficile de trouver des informations sur ce film si vous ne lisez pas le turc ou l’allemand – et encore… Je vais donc rester assez concise. G.O.R.A. – A Space Movie a été réalisé par  Ömer Faruk Sorak, qui est aussi l’auteur de plusieurs comédies. Superproduction sortie en 2004, il a été un très grand succès au box-office et est même sorti en Allemagne où vit une importante communauté turque. C’est bien sûr un cas exceptionnel en Europe de l’Ouest, où, outre nos propres productions, nous diffusons comédies et blockbusters américains, et où la connaissance du cinéma turc ou moyen-oriental se cantonne aux films d’auteurs – donc beaucoup plus intellectuels comme des documentaires, des critiques de la société et certainement pas des comédies ou de la science-fiction.

J’ajouterais qu’au vu des quelques extraits de cinéma fantastique turcs des années 70 et 80 que j’ai vus dans Escale à Nanarland (je ne suis pas du tout une grande connaisseuse de cinéma turc, je le reconnais), il n’est pas étonnant que la mayonnaise n’ait pas pris avec le public occidental, habitués aux gros budgets et à des effets spéciaux plus élaborés. En même temps, il est très possible que cela soit dû aux différences culturels et que nous ne comprenions pas certaines références ou traits d’esprit que seuls nos amis turcs peuvent saisir et apprécier.

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216, le confident de la princesse Ceku – Source: Kino.de

Mais selon plusieurs critiques, G.O.R.A.  permis de réintroduire les films de genre turcs sur le marché international. L’une des raisons de ce succès à l’étranger peut s’expliquer par des références à la culture populaire et à de gros succès de la science-fiction comme Star Wars, La Folle Histoire de l’Espace, Matrix (d’ailleurs, j’adore la façon dont Arif allume sa cigarette « à la Néo ») ou encore Le Cinquième Elément. Il permet donc au public occidental de s’y retrouver. Sans compter que les effets spéciaux sont plutôt beaux, le design et l’ambiance visuelle du monde de GORA plutôt recherchés et la direction artistique de qualité. Même si le reste du film nous paraît pour le moins… « exotique ».

  • Schémas narratifs et clichés

Outre ses effets spéciaux et ses références, G.O.R.A. reprend également des schémas narratifs présents dans des films qui « marchent », allant à l’essentiel. On y retrouve donc des thèmes comme l’escroc sympathique – ou plutôt le combinard – qui devient un héros à l’image de Han Solo dans Star Wars, le méchant directement reconnaissable à sa tenue sombre et à ses rires machiavéliques quand il médite un plan diabolique avec son assistant, la belle princesse courageuse et déterminée… Et naturellement, tout se termine bien.

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Le méchant Logar avec son assistant personnel (et amant), entouré de leurs gardes du corps – Source: Kino.de

Outre cette construction efficace émaillée de scènes parodiant des films cultes, les personnages sont aussi de vrais clichés, voire des caricatures, qui facilitent encore la lecture de l’histoire, mais qui prêtent plus à sourire qu’autre chose. Arif, le héros, est quand même marchand de tapis – un peu le cliché du Turc en Europe de l’Ouest, soyons honnêtes – et tente d’escroquer son entourage, mais il nous est quand même sympathique, avec cette décontraction et cette légère provocation qui ne le quitte jamais. Je disais que l’évolution de son personnage rappelle un peu celle de Han Solo, mais Arif incarne aussi ce que certains aiment à appeler le « bon sens populaire »: son côté escroc le rend débrouillard, et il est le seul à qui le spectateur puisse vraiment s’identifier, c’est l’homme ordinaire qui ne fait que réagir à des circonstances extraordinaire, prenant les choses avec calme. De même, on a Logar, l’archétype du méchant, tout de noir vêtu (vous avez noté que les méchants, depuis quelques années, on toujours des looks de « métalleux » un peu comme les Wraiths de Stargate: Atlantis? Je proteste!), qui fait le mal pour le plaisir et soigne ses entrées, les acolytes faire-valoir comme l’assistant de Logar ou encore 216 – une sorte de C3PO maquillé comme l’homme de Fer-Blanc du Magicien d’Oz, qui sont là pour servir de ressorts comiques, ou encore le « vieux sage », Garavel (Özkan Uğur – présent dans la seconde partie du film, quand Arif et Ceku partent en cavale), une sorte de mentor à la maître Yoda ou Morpheus qui enseigne aux héros à se battre. Ce sont finalement ces clichés qui nous amusent, d’autant plus que le scénario les a un peu « épicés » de quelques excentricités (auriez-vous imaginé un personnage nommé « Bob Marley Faruk »?).

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216, Bob Marley Faruk et Arif suivant les enseignements de Garavel – Source: Kino.de

J’imagine que certains n’apprécieraient pas franchement cette dimension du film, mais pour ma part, cela contribue à son impact: en effet, je ne pense pas que cela soit une carence, mais qu’au contraire, cela a été prévu dès le début. N’oublions pas qu’on est dans le registre de la comédie, et que le plus simple est encore d’utiliser des archétypes que tous vont reconnaître.

  • Conclusion

Plus qu’une simple parodie, G.O.R.A. – A Space Movie est un divertissement peu ordinaire, avec des acteurs qui visiblement s’en donnent à coeur joie, et qui  s’il les utilise et les détourne de façon plutôt jouissive, change des standards hollywoodiens. Certes, il ne révolutionne en rien le genre (comme la plupart des films que je présente ici, d’ailleurs), mais il a le mérite d’être différent de ce que nous avons l’habitude de voir. Je pense qu’il est à visionner au moins une fois, par curiosité, et pour passer un bon moment. Ainsi  G.O.R.A., malgré la simplicité de son scénario et quelques poncifs de bon aloi, se révèle être une bonne surprise, avec ses décors colorés. Il y a fort probablement des subtilités – si j’ose dire – que je n’ai pas saisies, et je ne prétends pas en faire un film intello, mais je pense que la comédie et la science-fiction ne sont pas les seuls enjeux de ce film: plusieurs fois, les personnages font allusion aux difficultés de l’industrie du cinéma turque face aux productions hollywoodiennes. Cela sonne donc, quand on connaît le succès de ce film, une petite revanche sur la toute-puissance d’Hollywood. Et pour une fois dans l’univers de la science-fiction, la galaxie parle turc et non anglais!

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Que de chemin parcouru pour Arif depuis ses chemises chatoyantes… – Source: Imdb.com

Toujours dans cet esprit, G.O.R.A. est particulièrement rafraichissant quand on le compare à certaines productions américaines au caractère assez manichéen, avec des personnages physiquement et moralement parfaits, aux scénars prévisibles et débordants de bons sentiments qui se prennent un peu trop au sérieux.(Ceci dit, j’aime le cinéma américain – mes parents m’ont élevée avec les films d’action avec Schwarzie en vedette… c’est juste que je préfère quand ce genre de film, grosse production d’action ou de SF ne se prennent pas trop au sérieux!).

Enfin, si vous avez envie deux heures à tuer avec de bons potes (avec qui on peut rire de tout, j’entends!), j’espère vous avoir donné envie d’y regarder de plus près. Pas sûre que vous adhériez, c’est comme toujours avec ce genre de films, ou on aime, ou on déteste, mais pour vous faire une idée… Moi je dis que ce réalisateur quand même été gonflé, il a OSÉ et … moi, j’ose dire que je me suis bidonnée!

Je vous souhaite donc de passer un aussi agréable moment que moi!

Bonne journée!

Blanche Mt.-Cl.

 

Redécouvrir sa propre humanité – « Equilibrium » (2002)

Titre: Equilibrium
Année de production: 2002
Réalisation: Kurt Wimmer
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h47
Distribution: Christian Bale, Emily Watson, Taye Diggs, Sean Bean…

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Affiche – Source: Imdb.com

Derrière le slogan quelque peu pompeux d’ « Oubliez Matrix » se cache l’un des films de science-fiction qui m’ait le plus marqué ces dernières années: Equilibrium, dirigé par Kurt Wimmer en 2002, qui a eu la malchance de sortir à peu près en même temps que les suites de Matrix. Eh bien même si cela peut sonner comme une hérésie, ce film m’a vraiment fait oublier Matrix dont les suites m’avaient beaucoup déçue – à mon avis, les Wachovski ont eu un peu de mal à trouver l’équilibre entre action pure et délire pseudo-phylosophique qui faisait le plaisir de mes potes « pseudo-intello » d’alors. Bref. Bien qu’étant fan  de Christian Bale (à la fois question de performance et de packaging, si j’ose dire), j’ai d’abord considéré Equilibrium avec méfiance, et j’ai attendu de le voir sur le câble pour acheter le DVD. Le sujet, l’histoire, l’esthétique, et ces enjeux liés à l’humanité et à l’émotion – absolument tout m’avait séduite.

Car l’émotion est l’essence-même d’Equilibrium, et ce pour une raison simple: imaginez une société futuriste et dystopique, où les citoyens ne sont pas autorisés à éprouver le moindre sentiment, la moindre émotion, et doivent absorber à intervalle régulier une drogue appelée le Prozium… et vous aurez une petite idée de ce qui se joue à Libria pour l’Ecclésiaste John Preston interprété par Christian Bale.

  • Libria
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La police de Libria – Source: equilibriumfans.com

L’histoire se passe donc dans la cité-Etat de Libria, vers la fin du XXIe siècle. Après une Troisième Guerre mondiale particulièrement meurtrière, les survivants ont élaboré la théorie suivante: ce cataclysme a été provoqué par la haine que les humains éprouveraient les uns pour les autres. Il s’agit donc d’attaquer le mal par la racine, en éradiquant la capacité des hommes à ressentir la haine. Pour cela, une seule solution: inhiber complètement les émotions des hommes – peine, douleur, jalousie, haine, mais aussi remords, joie, amour – par l’utilisation massive d’une drogue spécifique, le Prozium. Les citoyens de Libria ne peuvent donc pas être jaloux d’un autre, mais ne peuvent pas non-plus tomber amoureux ou prendre du plaisir à regarder une oeuvre d’art. Ils ne pleurent pas, ne cherchent pas l’accomplissement personnel ou la différenciation. Toute forme d’expression individuelle, dont l’art, est interdite. Tout cela est renforcée par l’uniformité des vêtements, des appartements et de l’aménagement des bureaux. Car l’uniformité est la base de cette société, afin de préserver la paix dans le monde. Ainsi, à différents moments de ma journée, les citoyens s’injectent du Prozium, et les objets classés E-101, c’est-à-dire à contenu émotionnels – films, enregistrements musicaux, oeuvres d’art, parfum, parfois de simple accessoires du quotidien – sont automatiquement incinérés. L’uniformité et la disparition de l’individualité est renforcée par la disparition des visages: en effet, les gardes ou agents de la police politique qui accompagnent parfois les Ecclésiastes en missions, ainsi que les bourreaux qui amènent les transgresseurs à l’incinérateur, sont toujours masqués ou casqués, comme si l’individualité était niée au point de refuser que les êtres aient des visages différents les uns des autres.

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Une vue du centre-ville de Libria – Source: tboake.com

Equilibrium fait sienne cette citation d’Heinrich Heine qui veut que: « Là où l’on brûle les livres, on finit par brûler des hommes. » Puisque Libria compte des ennemis en son sein: les « transgresseurs » (sense offender en version originale) refusent de prendre le Prozium. La plupart d’entre eux vivent dans les champs de ruines à l’extérieur de Libria surnommés les Enfers, ou dans des bases souterraines. Ils protègent différentes oeuvres d’arts et animaux de la police politique, le Tetra-Grammaton. Ses officiers, les Ecclésiastes, sont un genre de super-combattants pratiquant un art martial particulier, le « gun-cata », et sont en mesure d’identifier et d’arrêter les transgresseurs qui sont soit fusillés, soit incinérés vifs. L’Etat est dirigé par le Père (Sean Pertwee), qui s’adresse quotidiennement à la foule par le biais d’écrans géants et même d’images projetés sur des dirigeables.

Les lecteurs de science-fiction ou les curieux y reconnaîtront des éléments issus de différentes oeuvres, comme 1984 d’Orwell pour la dimension totalitaire et la dénonciation des transgresseurs, Farenheit 451 pour la destruction des biens culturels – et tout comme dans ces histoires, le personnage principal est censé être un acteur et un protecteur du système. Le Meilleur des Deux mondes ferait aussi partie des sources d’inspiration, mais comme je ne l’ai pas encore lu…

  • L’histoire
Partridge et Preston au siège du Tetra-Grammaton - Source: Allôciné.fr
Partridge et Preston au siège du Tetra-Grammaton – Source: Allôciné.fr

Le film commence quand John Preston (Christian Bale), un Ecclésiaste haut-gradé, vient arrêter un groupe de transgresseurs aux Enfers avec son co-équipier Errol Partridge (Sean Bean). Après avoir fait brûler la Joconde que les trangresseurs sus-mentionnés protégeaient, Preston exprime quelque suspicion quant à son collaborateur qu’il a surpris s’emparant d’un recueil de poésie lors de l’opération. Réalisant que celui-ci ne l’incinèrera jamais, il le suit jusqu’aux Enfers en pleine nuit et le trouve assis dans une cathédrale en ruine, à lire et déclamer du Yeats. Comme d’habitude, Sean Bean ne reste pas vivant jusqu’à la fin du film, car Preston exécute Patridge sans état d’âme. Pourtant, durant la nuit suivante, il rêve de sa défunte épouse, morte exécutée par incinération pour transgression, et au réveil, brise accidentellement sa capsule de Prozium. Avant même de pouvoir la remplacer, il fait la connaissance du remplaçant de Partridge, un Ecclésiaste consciencieux du nom de Brandt (Taye Diggs). Ensemble, ils arrêtent la transgresseuse Mary O’Brien (Emily Watson). Sans Prozium, assailli par des sentiments profondément enfouis qui remontent à la surface, Preston empêche Brandt de tirer sur Mary alors que celle-ci se défend. En fouillant dans ses affaires, il comprend que Mademoiselle O’Brien était la compagne de Partridge… Il se rapproche peu à peu des milieux de la Résistance et fait la connaissance de son chef, Jurgen (William Fichtner).

Interrogatoire de Mary - Source: equilibriumfans.com
Interrogatoire de Mary – Source: equilibriumfans.com

Très vite, il doit faire face à la suspicion de son propre fils éduqué à l’école de Libria et de Brandt, au moment où le Vice-Consul (Angus McFadyen) confie à Preston la mission de trouver un traitre parmi les Ecclésiastes et de tuer les chefs de la Résistance. En parallèle, Jurgen, dont Preston a gagné la confiance, lui demande de participer à une opération visant à détruire les stocks de Prozium et à tuer le Père… Mais dans un état totalitaire, rien ne peut aller facilement.

  • Une atmosphère fascinante et captivante

Bien que le film, une série B, souffre de quelques faiblesses dont plusieurs faux raccords, et ne puisse être considéré comme un chef d’oeuvre, il peut fasciner de par sa reconstitution d’une dictature du future. A mon sens, le résultat est esthétiquement très plaisant, avec des couleurs dé-saturées, voire quasiment inexistantes – noir, gris, gris-bleu, bleu sombre. Il n’y a quasiment pas de couleur associée à des sentiments comme le rouge, l’orange, le jaune or, le bleu soutenu ou le vert à Libria. Même les gyrophares des Ecclésiastes sont blancs.

L’architecture de la cité, très massive, est assez impressionnante – j’aime à l’appeler « dictatoriale ». Bien que les vues de Libria soient pour la plupart en image de synthèse, plusieurs scènes ont été tournées à Berlin pour ce mélange d’architecture fasciste (les arcades du stade olympique construit pour les Jeux de 1936, notamment) et massives. D’autres scènes ont été tournées près de la Porte de Brandebourg, de la Deutschlandshalle ou du Bundestag. Les intérieurs, comme ceux du Tetra-Grammaton, sont assez grandioses – on y voit des sculptures et des colonnades massives dans cette scène où le Vice-Consul convoque Brandt et Preston – et très ordonnés, symétriques, aseptisés, et les fenêtres des appartements sont obstruées par une pellicule translucide qui ne laisse pas voir le paysage.

Preston arrachant cette pellicule qui obstrue sa vue - Source: equilibriumfans.com
Preston arrachant cette pellicule qui obstrue sa vue – Source: equilibriumfans.com

C’est d’ailleurs vers sa fenêtre que se dirige Preston, à peine réveillé d’un cauchemar où il revoyait l’arrestation puis l’exécution de sa femme, pour arracher cette pellicule: s’offre alors à lui une vue surprenante de Libria dans la lumière dorée de l’aube. J’en arrive donc à cet autre aspect visuel du film, à savoir l’utilisation de couleurs chaudes dans les scènes à fort contenu émotionnel – comme la découverte de cette vue de Libria que jusque là le spectateur n’avait vu que grise, et qui la re-découvre en même temps que Preston. Il en est de même lors de la découverte de la planque où Mary O’Brien cache ses souvenirs de couleurs soutenus comme le bleu roi ou le rouge de flacon de verre, l’orange cuivré d’un vieux gramophone à la lumière dorée d’une lampe à pétrole. J’ai également noté, la seconde fois que j’ai vu le film, que même le teint des personnages change selon qu’ils soient ou non transgresseurs: en effet, si les visages semblent légèrement gris et neutres, on perçoit l’afflux sanguin montant au visage d’un Preston en colère ou désespéré: un exemple particulièrement marquant en est le souvenir de l’Ecclésiaste associé à l’arrestation de son épouse. Lorsque celle-ci se dégage des Ecclesiastes et se jette au cou de son mari pour l’embrasser, elle lui murmure de ne pas l’oublier. A cet instant, on voit les joues de Preston rougir, ce qui montre bien cette capacité à ressentir, enfouie au plus profond de lui-même…

Quant à la bande-originale, elle sonne… dictatoriale elle aussi. Bon, vous n’êtes pas sans connaître ce cliché qui associe la musique de Wagner et les choeurs de l’Armée rouge au nazisme et au communisme d’URSS – ce qui semble avoir inspiré Klaus Badelt dans la composition de la musique d’Equilibrium. Elle est très caractéristique, grave, solennelle, à la fois lente et rythmée, s’accordant parfaitement à l’environnement visuel de Libria, si l’on met à part des morceaux électro lors des scènes d’action.

Mais ce qui fait la puissance du film, c’est surtout le parcours personnel du héros, un individu qui redécouvre sa propre humanité…

  • Un parcours individuel

En faisant quelques recherches sur le film, j’ai été touchée en apprenant que Kurt Wimmer avait trouvé l’inspiration dans sa propre vie. Diplômé en arts, il aurait été dégoûté par la pédanterie du milieu artistique et aurait décidé de ne plus ressentir quoi que ce soit à la vue d’une oeuvre artistique. Il aurait finalement redécouvert le plaisir de l’art après être devenu père. C’est un peu le parcours de Preston qui dans Equilibrium redécouvre une part oubliée de son humanité: sa capacité à éprouver des sentiments.

Preston découvrant un disque de Beethoven dans une cachette de transgresseurs - Source: equilibriumfans.com
Preston découvrant un disque de Beethoven dans une cachette de transgresseurs – Source: equilibriumfans.com

Il y parvient, tout d’abord accidentellement, lorsqu’il brise sa capsule de Prozium, et se redécouvre lors de ses rencontres avec Mary et Jurgen, à travers ses souvenirs et la découverte d’oeuvres d’art. Les premières larmes que nous voyons Preston verser sont dues à la musique, particulièrement à l’écoute du premier mouvement de la Neuvième Symphonie de Beethoven – pas l’Hymne à la Joie. J’ai adoré cette scène, que j’ai trouvé très belle et extrêmement touchante – sans doute parce que j’aime Beethoven aussi! On retrouve également cette relation à l’art du côté de Partridge qui peut avant son exécution, récite un poème de Yeats: « Mais moi, je suis pauvre, je n’ai que mes rêves/ J’ai déroulé mes rêves à tes pieds,/Marche doucement car tu marches sur mes rêves… » (But I, being poor, have only my dreams; /
I have spread my dreams beneath your feet;
/ Tread softly because you tread on my dreams…) avant d’ajouter: « Assume ton rêve, Preston. » Il comprend donc déjà que Preston a cette chose inscrite en lui-même, ses sentiments, sa personnalité, et peut-être des envies et des rêves.

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Preston faisant face à un Brandt soupçonneux – Source: equilibriumfans.com

La découverte de l’émotion ne se fait pas sans heurt: en effet, comment mettre un mot sur des émotions qu’on n’est pas censé ressentir, et que l’on a jamais ressenties avant? En effet, comme l’a fait remarquer Partridge à Preston se disant désolé de devoir l’exécuter, celui-ci n’a aucune idée de ce qu’est avoir du remords. Cette éducation émotionnelle, si j’ose dire, permet de mieux d’identifier au personnage, tout d’abord froid, presque mécanique, de John Preston, cet Ecclésiaste sans la moindre émotion, qui se débat avec des sentiments qu’il ne parvient à identifier.

Le fait est que Christian Bale, mes goûts esthétiques mis à part, est un très bon acteur. S’il en jette dans son uniforme sombre, impassible avant de massacrer des transgresseurs, il est transfiguré par ces moments où son personnage découvre sa propre émotivité, par cette tension où il se débat, entre ses sentiments, cette nouvelle capacité d’empathie à l’encontre des transgresseurs – et même d’un chiot qu’il ne laisse pas abattre lors d’une descente aux Enfers, et cette peur de se faire prendre. La différente entre ce Preston agent du système et ce Preston pris en tant qu’individu, est tangible lors d’une scène où il visionne, horrifié, une vidéo de l’exécution de sa femme et remarque sa propre impassibilité à ce moment-là. L’expressivité de Bale est juste impeccable, et fait un pendant parfait à toutes ces agents du Tetra-Grammaton qui sont autant de silhouettes casquées et masquées, telles des fantômes.

Mary O'Brien - Source: equilibriumfans.com
Mary O’Brien – Source: equilibriumfans.com

D’autant plus que son personnage se trouve en butte, et ce en peu de temps, à tous les types d’émotion – peur d’être pris, tristesse en repensant à sa femme, solitude, tendresse envers ses enfants, étonnement face à un lever de soleil, haine et dégoût de ses supérieurs, chagrin à la perte d’un être dont il s’était immédiatement épris… à savoir Mary O’Brien avec qui il redécouvre une certaine forme d’amour, puisqu’il fera tout pour la sauver. Ce qui, comme on s’en doute, lui vaudra des ennuis car il craque. D’ailleurs, chapeau bas pour le choix d’Emily Watson dans le rôle de Mary: j’ai toujours été fascinée par l’expressivité et l’intensité de son regard qui a dû captiver notre Ecclésiaste.

Mais Preston, à peine ses émotions découvertes, va devoir les juguler pour mener à bien une mission politique, et apprendre que se laisser aller à celles-ci est un privilège, un luxe qu’il ne peut se permettre. C’est ce que lui enseigne Jurgen, le chef de la Résistance, car il sait que des choix difficiles imposent de mettre ses propres sentiments de côté. Y parviendra-t-il? C’est ce que vous saurez en regardant Equilibrium

En revanche, j’avoue m’être posé une question un peu tirée par les cheveux, et peut-être que Kurt Wimmer lui-même n’y a pas vraiment pensé. Il semble, à la lumière des rêves de Preston relatifs à sa femme, que le Prozium ne touche pas l’inconscient, et laisse cette marge aux êtres humains. Comme s’il soignait le symptôme mais pas la cause elle-même, et qu’au final, les sentiments ne peuvent totalement disparaitre, qu’ils sont là, tapis quelque part, et que chaque citoyen de Libria a en lui-même cette étincelle. Si tel n’était pas le cas, comment Preston, tout juste sorti de la torpeur du Prozium, aurait-il été capable de ré-arranger la disposition de son bureau à son propre goût, quand, depuis sa naissance, il n’a jamais eu aucune idée de ce que signifie développer des préférences personnelles et les exprimer? Comment peut-il savoir qu’un simple décalage de sa boîte de trombones le mettrait plus à l’aise?

  • Conclusion
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On termine avec Preston, juste pour le plaisir… – Source: equilibriumfans.com

Comme vous avez pu le lire dans cette critique – plus qu’une analyse – ce film m’a beaucoup touchée. J’ai beaucoup aimé l’histoire et me suis attachée au personnage principal, et aussi parce qu’adolescente, quand j’ai songé à écrire de la science-fiction, je me suis demandé ce que donnerait un monde où les émotions seraient bannies et inexistantes, et surtout, quelles en seraient les conséquences et les applications – guerre, manipulation des masses, exploitation au travail. Ça me faisait froid dans le dos, rien que d’imaginer jusqu’où « l’imaginaire despotique » peut aller.

Bien sûr, Equilibrium a ses faiblesses, ses faux-raccords, et les critiques ne sont pas nécessairement tendres avec cette série B à la mise en scène impeccable et de bonne facture, qui n’a pas bénéficié des budgets d’un blockbuster. Toujours est-il que pour certaines communautés de fans, il est considéré comme un film culte. Et quand on arrive à déchiffrer son code visuel, il devient possible et même très amusant de voir les réactions, subtiles, de chaque personnages, et de comprendre qui ressent ou non quelque chose. Pour ma part, je pense que l’univers exploré par Kurt Wimmer aurait mérité d’être approfondi, voire développé, avec des intrigues secondaires et plus de personnages féminins. Inutile de vous dire que je rêverais d’une version longue de ce film!

Je recommande donc ce film beaucoup plus riche qu’il n’y paraît, pour son atmosphère particulière et ses très bons acteurs, et pour son scénario plutôt sympathique qui aurait mérité un traitement plus en profondeur. Je vous souhaite donc un bon visionnage, ainsi qu’une bonne nuit!

Blanche Mt.-Cl.

Science-Fiction chez les Gamers – « Player One » d’Ernest Cline

Très chers lecteurs,

Je tiens à commencer cette semaine EN BEAUTÉ, avec un livre que, pour une fois, je viens juste de finir. En effet, je prends un peu le temps de m’intéresser à des ouvrages plus récents depuis quelques temps, et de varier les plaisirs dans ma bibliothèque SFFF. Et j’ai trouvé une véritable petite perle – ou bien, pour reprendre la terminologie des jeux vidéos, j’ai, dans les méandres des rayons librairies d’un Espace Culturel (je tairai le nom de l’enseigne), fait la découverte d’un « oeuf de Pâques ». J’ai nommé Player One, d’Ernest Cline. Paru en France en 2013, il a été édité en poche récemment, et je suis passée plusieurs fois devant la couverture. En hésitant, car ma PAL atteint déjà des proportions dantesques. Finalement, je me le suis pris pour le dévorer immédiatement.

Et je vais vous en dire un peu plus… Ready, player one?

  • L’intrigue

Nous sommes en 2044. Le monde est à l’agonie. Outre la pollution et le dérèglement climatique, la crise énergétique laisse de nombreux hommes, femmes et enfants dans la misère. C’est dans un bidonville des Etats-Unis où les mobile-homes s’empiles en énormes tours, que vit le jeune Wade, dix-sept ans. Pour fuir son quotidien pénible, il passe son temps connecté à l’OASIS, un univers virtuel dont l’accès est gratuit et où il peut non-seulement aller au lycée mais aussi faire partie de salons de discussion, échanger, participer à des jeux, des quêtes et faire ce qu’il veut, explorer des dizaines de mondes. Si à l’école virtuelle il est Wade3, dans le reste de l’OASIS, il est Parzival.

Or, quand James Hallyday, patron de Gregarious Simulation Systems (GSS) et créatueur de l’OASIS vient à mourir sans héritier, on découvre grâce à un testament vidéo qu’il a organisé un gigantesque concours, une véritable chasse au trésor à la recherche d’un « oeuf de Pâques » caché dans l’OASIS. Celui qui le découvrira se trouvera à la tête des milliards de dollar de Hallyday, et prendra le contrôle de l’OASIS. Pour ce faire, les joueurs doivent trouver trois clés pour ouvrir trois portails et parvenir à la victoire. Etant donné l’enjeu, les utilisateurs de l’OASIS se lancent en masse dans l’aventure, décryptant les indices laissés par le magnat du virtuel non seulement dans ses biographies, mais aussi dans tout un corpus de films, séries, tubes et jeux vidéos des années 80, la période de son adolescence. Wade s’y met lui aussi, depuis sa planque dans les bidonvilles, et passe tout son temps libre à décortiquer textes, films ou même boîtiers de jeux à la recherche d’indice sur la localisation des clés.

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Couverture de l’édition poche de Gamer One

Durant cette quête, Wade alias Parzival, entretient une rivalité bon enfant avec son meilleur ami dans l’oasis, un avatar du nom d’Aech, un rigolard fan de bons mots qui se lance souvent dans des débats enflammés sur les jeux et films préférés d’Hallyday. Notre jeune héros va également, alors qu’il est sur la piste de la première clé, faire la rencontre d’un avatar particulier, celui de son « cyber-béguin », une bloggeuse gaming connue sous le nom d’Art3mis, redoutablement futée et déterminée… C’est sans compter sur l’entreprise International Online Innovative (IOI), qui compte mettre la main sur la fortune et l’empire de Hallyday, ainsi que sur les données personnelles des utilisateurs de l’OASIS dont l’anonymat est garanti par GSS. Ils envoient des hordes entières d’avatars sur-armés et surpuissants, appelés les « Sixers », véritable armée privée à l’intérieur de l’OASIS.

Les ennuis ne fond donc que commencer pour Wade, quand il découvre la première clé. Dans l’OASIS, mais aussi dans le monde réel…

  • Le jeu vidéo « rétro » à l’honneur

On ne peut pas vraiment dire que je sois une grande « gameuse », n’ayant jamais possédé de console.

Et pourtant… Au début de la gloire de jeux PC comme Atlantis, Versailles ou Egypte, et même Zork: Nemesis ou jeux à dégommer comme Deadly Tide,  je ne loupais pas un épisode de Des Souris et des Rom sur Canal J. J’expédiais mes devoirs vite fait, et quand nous avons eu notre premier PC à la maison, outre la lecture et le dessin, je l’allumais. Dès mes douze ans et jusqu’à à peu près vingt-cinq ans (après je n’avais plus le temps), je passais le plus clair de mes vacances assise davant l’ordinateur, à bâtir des civilisations ou mener des batailles sur Age of Empires II, Empire Earth, Age of Empires III ou Age of Mythology, ou à inventer des histoires hilarantes sur Les Sims 2 (je détestais les Sims 3 – sur le coup, il y avait des idées intéressantes, mais c’était beaucoup moins amusant!). J’ai donc passé assez de temps rivée à mon PC sur des jeux de stratégie et de simulation, et j’ai eu assez de potes et travaillé avec assez de gamers (quand je travaillais en Angleterre, je partageais mon bureau avec la graphiste et le gars de la rubrique jeux vidéos) pour comprendre la fascination exercée par cette univers, ainsi que sa grande richesse. D’ailleurs, même si mon esprit est occupé autrement à présent, je ne peux pas m’empêcher de jeter un oeil à l’actualité des jeux, ou à regarder, tard le soir, Retro-Game One pour une plongée fascinante dans l’histoire du jeu vidéo.

J’ai donc adhéré à fond. Car même si je ne connais pas tout à fond et que je n’ai toute ma vie qu’effleuré le sujet, je ne me suis pas sentie larguée quand, dans le livre, il est fait référence aux modèles de consoles anciennes présentes dans l’OASIS sur lesquelles s’entraînent Parzival et Aech, ou aux jeux mythiques que même des non-initiés peuvent connaître. Qui n’a pas entendu parler du mythique Pac-Man ou même de Dungeons and Dragons? Ou de Space Invaders avec ses graphismes en 2D pixellisés? De Zork? Pour peu que l’on se plonge à fond dans l’histoire, ne pas être un gamer n’est pas en soit très handicapant. Cela peut aider mais ça n’est, à mon avis, nullement indispensable, car le livre a d’autres richesse. En effet, Player One nous ramène donc dans un univers un peu nostalgique et haut en couleurs: celui des années 1980!

  • Culture des eighties

Qu’on adhère à l’ambiance eigthies ou non, il faut bien avouer que les productions filmées ou musicales de cette période (années 80 mais aussi fin des années 70) sont assez typées, et marquées par leur époque au niveau du visuel et des sonorités. Dans cette chasse à l’oeuf, James Hallyday entraîne les joueurs de l’OASIS dans le monde de son enfance et de son adolescence, qu’il s’agisse de jeux vidéos, de musique ou même de films. Il faut dire que cette période a vu émerger des genres comme les films teenager comme Breakfast Club ou Créature de Rêve, des films d’horreur, d’aventure ou de fantasy comme Legend ou Conan le Barbare, des comédies S-F comme Retour vers le Futur ou des classiques de la science-fiction comme Blade Runner! Outre ceux-ci, on retrouve des films aux thèmes marqués par la cybernétique comme WarGames ou encore de la science-fiction jeunesse comme Explorers (avec Ethan Hawke et River Phoenix quand ils étaient des p’tits bouchons!).

IMG_4064Bref, des films que même des générations plus jeunes ont vus, soit par curiosité, soit parce que leurs parents leur auront montré! Pour des gens comme moi qui approchent doucement de la trentaine, c’est toute leur enfance! 🙂 Donc, ce n’est pas sans un sourire que j’ai lu un passage où Wade/Parzifal entend pendant une partie très corsée dans l’OASIS pour récupérer la deuxième clé, la bande originale – épique! – de Conan le Barbare en fond sonore! (Désolée, les aventures de ce bon vieux Conan, c’est culte pour moi!)

Petit détail amusant concernant ces références à la culture populaire des années 80: le récit est à la première personne, raconté du point de vue de Wade, et chaque film ou morceau de musique cité est suivi d’une parenthèse avec le nom du réalisateur/groupe avec l’année de production. Donc, des infos utiles quand on ne connaît pas ladite réalisation! Pour ma part, cela m’a permis de découvrir le groupe de hard-rock Rush! Donc, même si vous ne connaissez pas toutes les références, c’est une occasion de (re)découvrir certains classiques ou des choses un peu plus alternatives dans les années 80!

  • Un monde de tous les possibles

Player One ne nous décrit pas une réalité très réjouissante. Outre les multi-milliardaires comme Hallyday ou les multinationales comme IOI, la plupart des humains vivent dans une grande misère matérielle et sociale. Wade lui-même n’est qu’un gamin mal dans sa peau, un orphelin que sa tante garde dans un mobile-home pour toucher ses tickets de rationnement. Difficile de se faire des amis quand c’est chacun pour soi, quand on vit dans des quartiers décrépis où l’on se bat pour le moindre bidon de carburant ou pour le moindre composant électronique à revendre – à cet égard, on assiste au début à une scène où Wade est découvert par sa tante et le compagnon de celle-ci dans un recoin de la caravane en train de regarder un film sur son vieux PC, celui-ci lui est confisqué pour être revendu.

L’OASIS constitue une parade au manque d’intimité et de perspective – ce n’est d’ailleurs pas sans rappeler le postulat de départ du film Avalon. Son accès est gratuit. Elle constitue une formidable banque de données où l’on peut trouver tous les livres, films et jeux possibles et imaginables, où il est possible d’aller à l’école en ligne sur le monde de Ludus, dans des bâtiments somptueux et propres bordés de parcs et de forêts. Il est possible de créer un avatar super glamour, de porter une armure ou d’avoir la peau verte, de se faire passer pour un homme. On crée, en guise de fenêtre tchat, des salons de discussion privés et personnalisés, comme ce sous-sol aménagé où lui et Aech passent du temps à lire, discuter et à s’entraîner sur de vielles bornes ou consoles. Ils créent leurs petits cocons, comme avec le holodeck de Star Trek. Pour ceux qui acquièrent des points d’expérience, ou qui ont des « crédits » – la monnaie d’échange d’OASIS, les avatars acquièrent de la puissance, de nouveaux pouvoirs, des artéfacts qui décuplent les éventualités… mais qui mettent aussi en avant des inégalités persistantes dans le monde virtuel.

  • Des questions assez pertinentes

C’est une platitude que de dire qu’un ouvrage de science-fiction pose des questions sur le monde qui nous entoure. Car l’univers d’OASIS n’est pas si utopique que ça, finalement, et reflète les inégalités du monde réel. En début de roman, Wade/Wade3/Parzival est pauvre comme Job et ne dispose pas de crédits suffisants pour se déplacer sur OASIS et pour acquérir des artéfact magiques ou high-tech. Il n’a d’autre choix que de dégommer lapins et écureuils pour faire augmenter son niveau d’expérience, accumulant peu à peu des points en vue de quêtes futures. Face à lui, d’autres avatars « riches » possèdent toutes sortes objets mis aux enchères entre utilisateurs qui les avantagent par rapport aux autres. S’agit-il d’une critique déguisée envers ces développeurs de jeux « gratuits » dont les joueurs paient pour avoir accès à la suite? Où de jeux payants avec encore d’autres contenus payants que le joueur addict aura envie d’acquérir?

Question des données personnelles aussi – d’actualité récemment. Dans l’OASIS, l’anonymat est garanti, les données protégées quelles que soient les circonstances. C’est donc le seul espace réellement libre auquel aient accès Wade et les autres chassoeufs, le seul havre de paix de bien des hommes et des femmes. Le but d’IOI qui cherche à accaparer le contrôle d’OASIS, est d’avoir non-seulement accès aux données des usagers, mais aussi de faire de la simulation un service payant, coupant ainsi l’accès à une large frange de la population et creusant encore plus les inégalités entre les privilégiés et les autres. De plus, ils se débrouillent pour pirater ces données et récolter des informations sur les chassoeufs dangereux… La vision de la multinationale comme véhicule de l’exploitation en vue de plus de profit, bref de l’injustice et du mal absolu est un peu bateau. Mais en somme, nous sommes dans une société dystopique et il faut bien que tout se ligue contre les héros pour les pousser à se dépasser!

  • Conclusion

Pour moi, Player One est une très, très belle découverte. Je suis certes assez bon public, mais pour le coup, j’ai adoré. J’ai trouvé une histoire prenante, captivante, aussi addictive que l’OASIS elle-même. L’univers, cette réalité virtuelle où l’on peut en un clin d’oeil se créer sa propre forteresse pour donner un QG à son avatar, où l’on peut partager des aventures avec d’autres. J’ai aimé l’idée de replonger le lecteur dans cette culture des années 80 haute en couleurs, de se référer à des classiques. J’ai fait de réelles découvertes, et la quête de ces jeunes m’a tenue en haleine jusqu’à la dernière ligne. Aussi je le conseille aussi bien aux gamers qu’aux non-gamers.

Le seul bémol, c’est qu’on fait encore du gamer un ado solitaire et mal dans sa peau, qui ne réussit à avoir une vie « sociale » épanouissante à travers son avatar quand il est en ligne. Plus on en apprend sur les jeunes qui se cachent derrière Parzival, Aeach, Art3mis, Daito et Shoto, plus cette impression se renforce. Je trouve ça un peu dommage… En même temps, comment être bien dans un monde appauvri,  violent, crasseux et sans perspective? Si l’on y réfléchit bien, l’histoire s’appuie sur cette envie, cette aspiration à l’accomplissement – fort humaine au demeurant. Après tout, n’a-t-on jamais rêvé d’être un héros? D’être quelqu’un de plus brave? De plus beau? D’avoir une vie plus palpitante?

Le cliché du gamer solitaire est une vision assez réductrice, voire carrément méprisante. La plupart des gamers que je connais, la plupart sont bien dans leur baskets, ont des potes et une vie sociale – n’oubliez pas que sur une console, on peut jouer à plusieurs avec des amis. Ce ne sont pas de petits gars moches, binoclard (pourquoi diable est-ce si mal de porter des lunettes?) boutonneux qu’on nous présente dans les films, et certains sont même absolument canons (je parle de ceux que je connais). Ce ne sont pas des ados attardés chez Papa-Maman, mais des jeunes hommes brillants et indépendants. D’ailleurs, il existe des chiffres très intéressants sur le sujets! Mais pour ma part, si je peste après le cliché du gamer solitaire, j’étais une jeune fille plutôt différente et solitaire, et mes parents, inquiets, me voyant plongée dans mes parties de Sims interminables au lieu de sortir avec des copains comme tout le monde, se sont même demandé si je n’étais pas dépendante aux jeux. En fait, pas vraiment, je pouvais arrêter quand je voulais, j’avais des tas d’autres centres d’intérêt. Mais bon, puisque je n’avais pas énormément de sorties ou de camarades avec qui partager des activités, j’avais du temps à tuer, et les jeux le remplissaient bien! Et puis, c’était cool de développer des civilisations, des stratégies et des plans de bataille, de voir des cités florissantes se développer sur mon écran, incroyablement distrayant de regarder mes Sims s’amuser et se battre…

En revanche, s’il est un point que j’ai apprécié dans ce livre, c’est cette prise avec la réalité, le monde concret. J’aurais regretté que tout se passe dans l’OASIS. L’OASIS crée un environnement mais les enjeux sont dans la vraie vie: avec tous ces milliards de dollars, ces jeunes veulent sortir de leur condition, s’élever, ne plus connaître les pénuries, le froid, les risques d’écroulement des bidonvilles. Il y a donc un but concret. Les passages dans le monde réel sont assez sombres et statiques, comme pour renforcer ce sentiment de mal-être du héros – son action dans le monde réel se résume à s’occuper de ses besoins physiques et de son hygiène. Cela change peu à peu au fur et à mesure de l’histoire, et – je tente de ne pas spoiler – quand il se rend compte des implications de ses actions de chassoeuf pour lui, pour sa propre vie, et pour celle des jeunes qui se cachent derrière les autres avatars. C’est ce qui le pousse à se reprendre en main après un coup du sort qui le laisse complètement seul. Et c’est finalement dans le « monde réel », dans ce monde qu’il exècre que Wade va se dépasser, jouer son plus gros coup, le plus audacieux.

Et peut-être découvrir, comme je l’ai découvert plus tard, que finalement, le jeu le plus addictif n’a pas besoin de borne et de console, qu’il n’est pas en pixel… qu’il est la vie elle-même.

Titre: Player One
Auteur: Ernest Cline
Editions: Pocket
Collection: Pocket Science Fiction
624 p.
Parution: Mars 2015 (pour l’édition de poche)
Prix: 9,80 €

Blanche Mt.-Cl.