Secret de fabrication des personnages

Ceci était à l’origine un article « bonus » du précédent blog dédié au Sang des Wolf… remis à jour pour le site.

Il y a trois ans et demi, je posais le point final au premier jet du Sang des Wolf. Comme je n’en étais pas satisfaite, je l’ai ré-écrit avant de le mettre en ligne sous la forme du d’un premier blog, avant de le rapatrier ici. L’un des atouts de cette histoire est, sans me vanter, sa galerie de personnages. De Zoé à l’inspecteur Georg Terwull, en passant par JanLukas, ou encore l’excentrique Wolfgang Wagner, j’ai pris un très grand plaisir à les créer. Mais d’où viennent-ils? Comment les ai-je créés, en particulier les fascinants cousins Finsterwald?

  • Une galerie de personnages étoffée au cours du temps

Notre héroïne. Avec ses faux airs de lolita gothique, elle n'est pas toujours très dégourdie et c'est un peu une "victime". Elle a pourtant un caractère bien trempé et le sens de la répartie, même si elle manque terriblement de confiance en elle. Des choses vraiment extraordinaires vont lui arriver, notamment dans le Parc d'Augarten...

Retour sur la genèse du Sang des Wolf. A l’origine, il s’agissait d’un délire entre potes – j’avais écrit une longue nouvelle d’une centaine de pages, racontant les péripéties d’étudiants français passant un an à Vienne, rien que pour amuser la galerie. Je l’ai gardée sous le coude pour mes instants nostalgiques… jusqu’à y voir un tout nouvel intérêt. En effet, ma culture s’étoffant au cours de mes lectures et de mes découvertes cinématographiques, j’ai fait la connaissance des super-héros, des histoires fantastiques… et j’étais déjà une toute jeune adulte. J’avais donc eu l’idée de croiser ma nouvelle avec une histoire de super-héros foireux dans Vienne, mais trouver un nom de super-héros qui ne sonne pas ridicule en allemand me paraissait un peu difficile. Et « Super-Viennois », ça faisait un peu nom de dessert…

J’ai finalement fondu le tout avec du vrai fantastique, des secrets de famille et des métamorphoses, puisque les vastes forêts d’Europe centrale en Allemagne et en Autriche se prêtaient plutôt bien à mon attrait pour le surnaturel et la noirceur (voir Les Partis Pris). Mais je ne pouvais me satisfaire d’une sombre affaire de lycantropie avec une romance, et j’ai, après des réflexions intenses en termes de narration, j’ai opté pour un roman à différents enjeux dont une enquête policière impliquant les jeunes héros et leurs familles. Comment les lier?

J’ai gardé une héroïne française qui terminait ses études à Vienne, comme dans le « délire » initial, inspirée de… votre humble narrateur qui aurait aimé passer une partie de mes études à Vienne (ça ne s’est malheureusement pas fait!). Bien sûr, ma Zoé Vifchesney a un plus fort potentiel de cool-attitude, même si je n’y suis pas très attachée car je trouve que c’est une « petite chose » sans consistance… Fort heureusement, elle évolue d’une jeune fille un peu dans la Lune, un brin naïve – parfois niaise, vers une jeune femme plus sûre d’elle même et de ses atouts, qui découvre un monde nouveau loin de son pays d’origine, qui s’intègre dans un nouveau groupe d’amis.

Je lui ai donné un passé un peu tourmenté en France, où elle était en butte à des soucis d’intégration à l’école qui l’on laissée très peu confiante en elle-même et en ses capacités, qu’il s’agisse de son intellect ou de son pouvoir de séduction. Mais ne croyez pas que parce qu’elle n’est pas sûre d’elle, parce qu’elle est très sensible et pleure beaucoup, elle manque de caractère. Bien au contraire! Comme vous le verrez avec les cousins Finsterwald, elle ne se laisse pas faire! Vienne est donc pour elle le territoire de tous les possibles, où elle construit sa vie, au gré de ses études et de ses rencontres. Les aventures qu’elle va vivre dans Le Sang des Wolf vont lui révéler ses propres ressources.

Elle connait l’inspecteur Georg Terwull par la force des choses: en effet, il n’est autre que le père de sa meilleure amie autrichienne Tristana – inspirée à la fois de mon ancienne correspondante autrichienne quand j’étais lycéenne et de l’une de mes meilleures amies de lycée. 🙂 Mais voyons les deux autres lascars qui, gravitant dans l’entourage de Zoé, vont également devenir des suspects…

  • Les cousins Finsterwald

Autre meilleur ami de Zoé. Ne vous fiez pas à ses costards. Car derrière ce dandy se cache un geek qui aime passer des soirées à regarder "Doctor Who" ou "La Quatrième Dimension". Issu d'une famille au passé très, très lourd, il est pourtant la joie de vivre incarnée. Ou est-ce une façade?

Ayant quelques lectrices – les lecteurs dans ce cas ne s’étant pas encore signalés! – fascinées par la plastique de rêve, les cicatrices et l’attitude à peine supportable du blondinet de service, Lukas Finsterwald, j’ai décidé de vous conter sa création… Je peux vous dire qu’il y a eu de nombreux revirements. Imaginez un grand brun, peu bruyant, svelte et ténébreux… c’était Lukas il y a quatre ans, quand l’idée de cette histoire a commencé à me trotter dans la tête. D’un naturel ombrageux, il était flanqué de son très charmant cousin Jan, un beau blond à la plaisanterie facile, et ils avaient fait ensemble la connaissance de Zoé à l’université. Dans la première mouture que j’avais commencé à rédiger dans de gros cahiers il y a plusieurs années, la jeune fille ne pouvait d’ailleurs se départir d’un certain malaise à la vue de Lukas, dont elle se méfiait terriblement.

Au vu du scénario qui s’étoffait et de la place occupée par le surnaturel dans les aventures de mes héros, j’ai quelque peu revu les relations de famille. Lukas était censé avoir une soeur aînée qui gérait un immense hôtel de luxe avec leur mère, veuve. Mais j’ai décidé d’en faire un fils unique avec un parent seul, son père, ce qui me fournissait un terreau plus fertile en termes de storytelling. En particulier pour tout ce qui touchait aux secrets de famille! Jan, le cousin dévoué à l’humour développé, partageait déjà un étage de la somptueuse demeure viennoise des Finsterwald avec Lukas. J’ai finalement créé une relation privilégiée entre Zoé et Jan, camarades d’université, qui partagent des centres d’intérêt communs, pour faire de Lukas un jeune héritier, et un acteur prometteur à Vienne, un brin fermé et prétentieux qui, plus que de mettre Zoé mal à l’aise, l’irriterait au plus haut point.

  • Mention spéciale pour Lukas, la « lumière »

J’avais du mystère et de la noirceur, une pincée de surnaturel, mais je trouvais qu’il manquait tout de même quelque chose chez les Finsterwald, et Lukas ne me satisfaisait toujours pas.

Et un déclic s’est fait. Et assez bêtement. Il y a quelques années (alerte au neu-neu! attention!), j’ai commencé à suivre la série anglaise Merlin, que j’ai tout d’abord détestée. La raison? ARTHUR PENDRAGON, un merdeux, arrogant, prétentieux, avec un magnifique sourire de frimeur. J’ai su, au fur et à mesure de l’évolution de ce personnage, alors que je devenais méchamment accro à la série, que je tenais MON Lukas. Je le tenais ENFIN. L’apparence physique de l’acteur Bradley James – alias ce très cher et chiant prince Arthur – en elle-même, cette blondeur à la limite du doré, cette morphologie athlétique, ce sourire, ce joli nez et ce regard expressif, cet air de gendre idéal pour toutes les mamans. TOUT COLLAIT PARFAITEMENT AVEC CE QUE J’AVAIS FAIT DE LUKAS. Et voici que j’ai changé l’apparence physique du garçon. Ça parait trivial dit comme ça, mais c’était le détail qui me troublait en fait: l’apparence et l’attitude de Lukas ne cadraient plus du tout avec ce que j’en avais fait. Il convenait à présent qu’il nous éblouisse dès le premier regard… et Jan, du coup, n’est pas resté blond, pour contraster avec son cousin, et pour éblouir les lecteurs d’une autre façon.

Acteur et étoile montante de la scène viennoise, il est aussi beau qu'ombrageux, arrogant et difficilement déchiffrable. C'est le cousin favori de Jan. Il aime à se balader avec des lunettes de soleil, même la nuit (oui, bon, pas sur le dessin, mais il fallait montrer sa jolie tête!). La question qui se pose: est-il con ou joue-t-il au con pour ne pas risquer de trahir de terribles secrets de famille? Et qu'a-t-il bien pu faire pour que tous s'en méfient comme de la peste?

Lukas était donc blond, ne serait-ce que pour porter sur lui la « lumière » déjà présente dans son prénom – Lukas signifie « lumière » en latin. Les cheveux blonds, ça ressort tout de même mieux à la lumière des spots! La lumière, c’est la gloire! Lukas est acteur et mannequin. Il a un sourire qui fait fondre des tas de groupies, et ne passe pas inaperçu. C’est aussi un héritier, celui d’une famille riche et puissante avec un passé trouble, quand son père Markus Finsterwald, un notable viennois, qui peine à mener une vie discrète. Son fils Lukas affiche une assurance des plus iritantes, hautain derrière ses Ray Ban, conscient de son apparence avantageuse, éclatant dans sa beauté arrogante, trop souriant pour être honnête.

La blondeur collait également avec l’histoire de la famille Finsterwald, trouble, avec les ancêtres nazis et leurs étranges magouilles. Il est difficile de faire plus cliché qu’un blond concernant les Nazis, mais j’avais envie d’en jouer avec Lukas. Il est l’héritier de ces gens aux opinions plus que discutables… Donc, sa blondeur lumineuse et ses yeux bleus qui pétillent constituent également un gage de noirceur. Il s’appelle d’ailleurs « Finsterwald » – littéralement « forêt ténébreuse », un contraste plus que parfait avec son prénom. Serait-il la lumière qui cache les ténèbres?… 

  • Humour et noirceur

Cependant j’aime les personnages hauts en couleur, et c’est du côté des forces de l’ordre qu’on les trouve dans Le Sang des Wolf… J’ai nommé le trio infernal formé par l’inspecteur Georg Terwull, la commissaire Ulrike Huber et leur consultant Wolfgang Wagner. Car si les moments d’émotion et de légèreté sont présents, certains passages sont très sombres. Pour contrebalancer, il me fallait des flics avec de l’humour.

La commissaire est une jolie cinquantenaire athlétique, avec le « sens de la formule », au juron et au cri très facile. Toujours tirée à quatre épingles, portée sur l’encens et la musique New Age, communicante hors-pair dévouée à ses « gars » (et filles aussi) du commissariat, elle est une sorte de mélange entre Debrah Morgan et La Guerta dans Dexter.

Et de l’humour, elle va en avoir besoin dans l’affaire qui va l’occuper… surtout quand on sait qu’il va lui falloir jouer avec les bizarreries de Wolfgang Wagner, un consultant au moins aussi excentrique qu’elle, un grand gothique affublé d’un doctorat en biologie, spécialiste du comportement animal et du trafic de bêtes sauvages en Europe. J’en ai fait un garçon, non-pas sombre comme la plupart des gens s’imaginent les « gothiques », mais très joyeux, heureux de vivre, prompt aux mots d’esprit, enclin à raconter des anecdotes truculentes et à rire de ses propres blagues quand tout le monde le regarde avec suspicion… Georg Terwull en tête.

Car la marotte du vaillant inspecteur, c’est de se croire dans des films noirs… En effet, son métier est pour lui un véritable sacerdoce: policier, tout comme son grand-père, il fait confiance à son pif à l’heure de la police scientifique…

Vous trouverez d’autres personnages secondaires incarnant la noirceur, mais sur ceux-ci, je ne peux rien dire sans trop vous en révéler sur l’histoire.

  • Conclusion

J’espère vous avoir donné envie, par la description des protagonistes, de lire ce roman que j’ai adoré écrire. Au fur et à mesure, je me suis attachée à mes personnages, et j’espère de tout coeur susciter en vous le même attachement. Quels moment d’émotion vous réservent donc Zoé, Tristana, Jan et Lukas? Par quelles épreuves Zoé, notre héroïne, devra-t-elle passer pour découvrir sa propre force? Quels dangers vont affronter Terwull et Wagner sur le chemin de la vérité? Et quoi, de la lumière ou des ténèbres, triomphe en Lukas Finsterwald?

Blanche Mt.-Cl