Fantastique et Histoire pour la jeunesse: « La Grande Croisade » (2006)

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Affiche – Source: Wikipedia Commons

Titre: La Grande Croisade (Connu aussi sous le titre La Croisade en jeans – Kruistocht in spijkerbroek)
Année de production: 2006
Réalisation: Ben Sombogaart
Origine: Belgique, Pays-Bas
Durée: 2h05
Distribution: Johnny Flynn, Emily Watson, Stephanie Leonidas…

En ce mercredi, alors que certains enfants et ados sont en vacances scolaires, me voici de retour avec un film d’aventures qui, s’il n’est pas considéré comme une oeuvre majeure, n’en reste pas moins un petit opus qui ravira jeunes et moins jeunes: La Grande Croisade, réalisé en 2006 par Ben Sombogaart. Développons un peu le pitch, car il y a beaucoup à dire…

  • L’histoire

Le jeune Dolf Vega (Johnny Flynn) est un petit prodige du foot qui joue en équipe nationale junior. Il vit avec sa  mère, Mary Vega (Emily Watson), chercheuse. En effet, celle-ci travaille dans un laboratoire de Rotterdam où elle effectue les premiers tests réussis de voyage dans le temps. Elle passe des heures au boulot, laissant souvent Dolf livré à lui-même. Les choses basculent pour lui quand, lors d’un championnat de foot à Speyer, il rate un tire décisif, qui conduit à l’élimination de son équipe. L’adolescent supporte mal cette défaite dont il se sent responsable, mais quand il s’en ouvre à sa mère, celle-ci lui répond qu’il ne s’agit que d’un match et qu’il se rattrapera au prochain championnat. Mais Dolf ne l’entend pas de cette oreille. Il décide de réparer son erreur: à la faveur de la nuit, il vole le passe du labo de sa mère et quitte la maison. Il passe le contrôle de sécurité et ayant plusieurs fois assisté aux expériences de sa mère, prend les précautions nécessaires en prenant un bocal de pillules censées préserver son intégrité physique durant son court séjour dans le passé. Avant d’être pris par la sécurité du laboratoire, il parvient à monter dans le téléporteur temporel et disparaît…

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Jenna et Dolf – Source: Kino.de

Mais Dolf réalise bientôt que dans la précipitation, il a fait une fausse manoeuvre… Il se retrouve en pleine forêt où une jolie brunette au tempérament explosif le sauve de justesse d’une bande de maraudeurs qui en avaient après ses étranges habits. La jeune fille, Jenna (Stephanie Leonidas) invitant Dolf à la plus grande prudence sur la route, lui propose de se joindre à elle et à quelques gamins, pour rallier la Croisade des Enfants. Car si Dolf est bel et bien arrivé dans les environs de Speyer, il a débarqué en 1212, en pleine période des croisades. Dolf refuse l’offre de Jenna et attend sur place la réouverture du couloir temporel douze heures plus tard, afin de rentrer chez lui. Mais un orage violent l’en empêche. Par la force des choses, il retrouve Jenna et rallie les millers d’enfants allemands et néerlandais en route à travers l’Europe. Outre par ses étranges vêtements du XXIe siècle qui le font passer pour un excentrique, il se fait remarquer en sauvant de la noyade un certain Carolus (Jake Kedge) et en demandant audience à Nicolas de Cologne (Robert Timmins), le garçon qui dirige la croisade, pour améliorer le quotidien des enfants qui souffrent de la faim et des maladies. Il découvre que les jeunes nobles croisés vivent dans des tents somptueuses et dînent de mets succulents. Mais il trouve une oreille attentive en Carolus, le jeune homme qu’il avait sauvé et qui se révèle être un jeune prince du nord de l’Allemagne. Ils deviennent très vite amis, et Dolf peut affirmer ses qualités de leader – il négocie pour obtenir des vivres, il se sert des connaissances du XXIe siècle pour endiguer une épidémie et n’hésite pas à se mettre en danger physiquement pour défendre tous ces gens auxquels il s’attache. En particulier Jenna et Carolus. Mais il est souvent en butte à l’autorité du père Anselmus (Michael Culkin), le conseiller et mentor de Nicolas, dont les motivations ne lui semblent pas très claires, surtout qu’il n’hésite pas à donner des enfants en otage aux chefs locaux pour passer à travers la forêt helvète…

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Dolf et le fidèle Carolus – Source: Kino.de

Pendant ce temps-là (si je puis me permettre l’expression) au XXIe siècle, Mary Vega, la mère de Dolf, perd son travail suite aux incartades de son fils. Mais avec l’aide d’un collègue, elle mène de véritables recherches historiques, pour trouver la trace de son fils dans le passé: elle prend alors connaissance d’un jeune héros de la Croisade des Enfants, et grâce aux renseignements accumulés, parvient à lui faire parvenir, à intervalle régulier, des messages et des pilules pour le garder en vie. Car si le séjour dans le passé se prolonge, Dolf pourrait en mourir…

  • L’Histoire en toile de fond

Voici un film d’aventure somme toute assez captivant, mélangeant paysages magnifiques de montagne et de forêt, fantastique et science-fiction – l’enjeu du voyage dans le temps en particulier – adressé aux enfants, que même des plus grands pourront apprécier. En effet: quel enfant passionné d’histoire et amoureux d’une période en particulier, n’a pas rêvé de voyager dans le temps pour voir vivre les pharaons ou les chevaliers, et même participer à leur quête? 🙂 C’est l’aventure que vit le jeune Dolf d’abord malgré lui, avant de prendre à coeur ces événements. Car il assiste à un événement historique avéré, la Croisade des Enfants, initiée en 1212.

Elle compte parmi les croisades dites « populaires », menées d’abord par des gens « du peuple » pour délivrer Jérusalem. Plusieurs cortèges sont partis, l’un de France et l’autre d’Allemagne, dirigé par un jeune berger de la région de Cologne, Nicolas, âge de quatorze ans grand maximum. Il affirmait avoir eu la vision d’un ange lui enjoignant de partir avec des enfants pour délivrer Jérusalem. Le cortège traverse l’Europe et à la lisière des Alpes, les rangs des pèlerins ont considérablement grossi. On en perd trace à Gênes, où il semble s’être dispersé. Mais contrairement à ce qui est montré dans le film, le gros de ces croisés était constitué de paysans pauvres plus que d’enfants. Mais dans la culture populaire, l’image de milliers d’enfants parcourant les routes en direction de la Terre Sainte est bien plus émouvante, et offre des ressorts dramatiques capables de toucher les plus jeunes dans la fiction. D’autant plus que La Grande Croisade est l’adaptation du roman pour enfant éponyme paru en 1973…

  • L’aventure et la découverte
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Anselmus et Nicolas de Cologne attendant que la mer s’ouvre pour marcher jusqu’en Terre Sainte – Source: Cinema.de

Outre les faits historiques intéressants, on assiste à une véritable aventure humaine. Le jeune Dolf, adolescent certes habitué au confort de la vie moderne, mais livré à lui-même et très solitaire, va connaître non seulement la misère la plus atroce, au milieu d’enfants et d’adolescent fuyant la pauvreté, ou dans le cas de Jenna un mari imposé. Tous forment une sorte de famille de substitution au sein de laquelle Dolf va faire l’expérience du partage, de l’amitié, de l’amour, au-delà des messages du christianisme, puisque les religieux comme Anselmus sont dépeints comme exploitant la naïveté, la foi et l’innocence des enfants pour leurs intérêts personnels. C’est contre cette injustice, et contre les inégalités entre les jeunes pèlerins eux-mêmes que va s’élever notre jeune croisé en jean, quitte à désobéir aux consignes et à se mettre en danger de mort, ce qui le rend populaire parmi les enfants dont il prend soin.

J’ai trouvé son personnage extrêmement touchant. Sa réaction face à sa défaite peut paraître excessive et puérile, d’autant plus que son acte a des conséquences terribles pour sa mère en particulier. Mais bon le gamin n’a pas de père, et son seul parent, sa mère, n’est jamais là pour lui! Sa solitude fait vraiment peine à voir, on en prend toute la mesure en réalisant que sa mère ne comprend pas que son match lui tenait à coeur – alors que Madame ne cesse de rabâcher que son job est important! C’est donc l’histoire d’un conflit avec les parents, comme on en a tous connu… Ce sont en même temps tous ces éléments qui nous le rendent plus humain, qui permettent de nous identifier à lui.

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« Mars, et ça repart… » Dolf faisant découvrir la barre chocolatée à ses petits compagnons de « calvaire » (ah le mot d’esprit!) – Source: Kino.de

Il suit par ailleurs un parcours qui le fait évoluer, puisqu’il est amené, durant cette croisade qu’il considère d’abord avec ironie, à se préoccuper d’autres que de lui-même, à s’ouvrir aux autres, à se faire entendre. En un sens, il mûrit… et ses coups de gueule donnent parfois lieu à des situations vraiment amusantes, anachroniques. Quand par exemple il réclame le droit auprès des nobles d’une grande cité allemande de pouvoir nourrir les enfants quand les jeunes croisés nobles et Nicolas sont accueillis à la table des seigneurs, et reçoit l’autorisation de prendre ce qu’il trouve jusqu’à l’aube, on assiste à une scène d’ANTHOLOGIE. Dolf négocie chez un boulanger le droit d’emporter tous les pains que lui et les enfants auront fait à l’atelier pendant la nuit en échange de son iPod sur lequel il joue « We Will Rock You » (petit clin d’oeil à Chevalier?). De même quand il apprend aux enfants à jouer au foot, au grand dam d’Anselmus et de ses sbires qui feront tout pour se débarrasser de lui, mais avec le soutien indéfectible de Jenna et Carolus…

Outre l’évolution de Dolf, on assiste aussi à la prise de conscience de sa mère qui fera tout pour le retrouver et l’aider, pour finalement se réconcilier avec lui et parvenir à le comprendre dans une des dernières séquences du film (mais je ne vous en dirai rien, car là, elle fait preuve de BEAUCOUP de compréhension!). C’est donc aussi un film sur les rapports parents-enfants, parfois difficiles et sur le besoin de repères, et surtout d’affection chez certains jeunes gens.

Enfin, et ceci n’est pas le moindre attrait de ce film, il nous offre toute une galerie de personnages secondaires sympathiques comme le très fidèle et valeureux Carolus, la jolie et tempêtueuse Jenna qui n’hésite pas à servir une décoction laxative à Anselmus pour l’effrayer et l’obliger à arrêter le cortège pour soigner les malades, l’illuminé mais trop malléable Nicolas. Tout comme Dolf, on ne peut que s’y attacher! S’y ajoute le très intéressant père Thaddeus (Benno Fürmann), une sorte d’intellectuel qui accompagne les enfants et écrit la chronique de ce qui se passe entre eux. Thaddeus entretient une relation particulière avec Dolf, essayant de savoir qui il est et d’où il vient, et va bientôt comprendre que ce garçon vient de vraiment loin, mais ne va jamais l’accuser de sorcellerie. C’est d’ailleurs grâce à ses écrits que Mary Vega retrouve la trace de son garçon au Moyen-Âge!

  • Conclusion
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Dolf apparaissant à l’aube avec des vivres sous les yeux du père Thaddeus… – Source: Kino.de

Voici donc un film qu’en tant que jeune adulte, j’ai beaucoup apprécié et que je conseillerais aux plus jeunes. Honnêtement, je n’ai pas vu ses deux heures passer tant l’histoire est riche en rebondissements et en très belles images – paysages de montagne, forêt, cités méridionales sous le soleil. Certains esprits chagrins le regarderont avec dédain et tourneront en ridicule la foi des protagonistes, comme Dolf le fait au début, et voudront croire qu’il s’agit de prosélytisme – ce n’est à mon sens, absolument pas le cas – mais pour ma part j’aime à penser qu’il s’est agi de restituer la mentalité des Croisades et un véritable choc culturel pour Dolf. C’est dans l’ensemble une jolie histoire, celle d’un adolescent qui découvre en lui-même des ressources inattendues, du courage et de la détermination, et devenir un héros. Ce qui a été à tous notre rêve à un moment donné de notre existence!

De plus j’y vois une très bonne initiation à l’histoire en tant que discipline – et ayant fait une partie de mes études en histoire je vais prêcher pour ma paroisse… car si Dolf la vit en direct, il s’avère que sa mère effectue un véritable travail d’historienne pour le retrouver. En effet, l’historien est une sorte d’enquêteur qui peut passer des heures, des jours, des mois dans la paperasse à compulser des documents, recouper des informations, éplucher des écrits, des images, des objets, les ronger jusqu’à l’os pour y trouver ne serait-ce qu’un infime détail significatif. Bien sûr Mary Vega trouve assez vite ce qu’elle cherche, mais l’idée est bien là. Si cela peut éveiller des vocations! 🙂

Bref, un petit film sympa, à regarder à l’heure du goûter!

Blanche Mt.-Cl.

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Le Livre qui m’a réconciliée avec la fantasy – La saga « Autre-Monde » de M. Chattam

Depuis la récente création de ce blog, me voici de retour avec une autre saga pour la jeunesse. Mais est-ce de ma faute si tant de choses intéressantes ont commencé alors que j’étais déjà une jeune adulte? En effet, adolescente, je ne jurais que par les romans historiques (et je ne vous parle pas de Christian Jacq, mais de VRAIS livres de dur à cuire comme le Néropolis d’Hubert Montheillet par exemple!), mais avec Autre-Monde, j’ai découvert une série qui aurait pu changer ma vie de lectrice si je l’avais connue avant! Après avoir dévoré en enfilade L’Alliance des Trois, Malronce et Le Coeur de la Terre, j’ai ensuite attendu les sorties d’Entropia, Oz et Neverland… Et j’attend l’ultime volume avec impatience. Je ne détaillerai pas l’intrigue de chaque opus, mais voici en gros de quoi il s’agit…

  • Le « Pitch » – Une saga pour deux cycles

L’Alliance des Trois commence de nos jours, à New York, la veille de Noël. On y fait la connaissance de Matt qui s’apprête à passer son dernier Noël avec ses parents en instance de divorce et de Tobias, son meilleur ami, un adorable petit binoclard un brin peureux qui partage ses goûts pour les jeux de rôle et la fantasy. Or après une violente tempête pendant la nuit, ils se réveillent le matin de Noël pour voir leur environnement complètement chamboulé… et les adultes ont disparus. Ils échappent alors à des monstres et à d’étranges créatures mécaniques, pour s’enfoncer dans une forêt dense aux arbres géants qui a soudainement recouvert la terre. Au cours de leurs aventures, ils vont rencontrer différentes communautés d’enfants qui organisent leurs survis dans les décombres des grandes villes ou dans les profondeurs de la forêts, affrontent des animaux géants et toute sorte d’aberrations de la Nature. Ils font également la connaissance d’Ambre, une belle jeune fille débrouillarde et curieuse à laquelle Matt s’attache beaucoup… et forment ensemble l’Alliance des Trois. Mais ce n’est pas tout. 🙂 Car cet « Autre Monde » est extraordinaire. Outre le gigantisme des plantes et des animaux, on assiste à des phénomènes étranges parmi les enfants et adolescents: ils développent ce qu’ils appellent des « altérations », pour des raisons de survie – Matt une force surhumaine suite à une grave blessure, Tobias une grande rapidité à cause de son hyperactivité, Ambre la télékynésie pour lutter contre sa maladresse. D’autres manipulent l’électricité ou le feu, communiquent avec les animaux…

Au fil des volumes suivants comme Malronce et Le Coeur de la Terre, on assiste au développement de la société des Pans – c’est ainsi que se nomment les enfants et adolescents – et l’on fait la connaissance des adultes restants qui n’ont pas été changés en ces créatures répugnantes surnommées les Gloutons. Les enfants les appellent les Cyniks: ceux-ci ont eux aussi créé un royaume dans le Sud et mènent une lutte sans merci contre les enfants. La mystérieuse reine Malronce, en particulier, et une créature effrayante qui phagocyte tout sur son passage, le Raupéroden, cherche à mettre la main sur Matt, tandis que lui et ses compagnons Tobias et Ambre avancent dans leur compréhension du nouveau monde et de ses mécanismes, quand peu à peu la vie et la nature ont repris le dessus sur des constructions humaines. Par ailleurs, le danger s’installe à l’intérieur de la communauté pan, quand les adolescents plus âgés ne trouvent plus leur place et sont tentés par la vie avec les Cyniks… Gare aux traitrises!

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Ma collection, occupant l’une des places d’honneur de ma bibliothèque…

Un cycle nouveau s’ouvre avec le quatrième opus, Entropia, soufflant un vent nouveau sur la saga. Alors que les Pans ont instauré une paix fragile avec les Cyniks, que Matt, Ambre et Tobias vivent une vie tranquille à Eden, la capitale Pan, surgit un nouveau danger. Les trois compagnons partent en exploration dans ce qui était le Canada où oeuvre une affreuse créature synthétique, toute de câble et de carbone. Elle avance depuis le Nord en générant une tempête appelée Entropia, fruit de ce que l’humanité a créé de plus affreux… Ils l’appellent Ggl. Devant l’ampleur de la catastrophe qui s’annoncent, les Pans décident de partir à la recherche du second Coeur de la Terre (le premier ayant aidé à faire la guerre aux Cyniks)… Les deux volumes suivants, Oz et Neverland, racontent leur voyage incroyable vers et à travers l’Europe. Alors que le Buveur d’Innocence, un Cynik qui les suit de loin et qui souhaite saper la paix avec les Pans, le navire qui vogue vers l’Europe est incendié. Après une arrivée chaotique, nos jeunes héros sont séparés et découvrent une société où les adultes, appelés Ozdults, ont réduit les enfants en esclavages et se servent d’eux pour produire un Elixir leur permettant de profiter de leurs altérations… Ils tentent de se retrouver et de joindre un noyau de résistance en Europe centrale, quand Entropia gagne les îles britanniques…

  • Ce que j’en pense

Bien sûr, je ne peux vous en dire plus sans spoiler, mais parler un peu de l’histoire est primordial pour vous mettre l’eau à la bouche… Car cette série vaut vraiment le coup. Elle a changé ma perception de la fantasy, qui à la base n’est pas un genre que j’affectionne. J’ai donc beaucoup aimé l’idée de faire d’adolescents d’aujourd’hui, habitués à leur petit confort et à leurs écrans, les héros d’une véritable épopée dans un monde de forêts denses et de papillons géants. Par ailleurs, les clins d’oeil à la culture populaire, et même à la culture geek (Matt et Tobias ont un petit côté geek, d’ailleurs…) m’ont faite sourire. Par exemple: Matt possède une réplique de l’épée d’Aragorn offerte par ses parents, dont il se sert comme arme et qui devient, en quelque sorte, son talisman! 🙂

Les jeunes héros sont assez attendrissants et attachants. Pour une fois, j’aime beaucoup le personnage principal, Matt, qui me rappelle un peu mon frère au même âge dans sa façon d’être, et même physiquement. Quant à Tobias, le gamin timoré du premier tome, j’aime son évolution, les ressources qu’il trouve en lui-même pour au final être capable de se débrouiller sans Matt et Ambre. Ceci dit, j’ai un petit bémol avec Ambre que je trouve un peu trop parfaite – non-seulement elle est très belle et intelligente, douce et pondérée, mais en plus c’est une sorte d’élue… Alors que je l’aurais trouvée plus intéressante avec des défauts, ou des traits de caractère un peu irritants (je ne sais pas, la rendre un peu plus pète-sec, étourdie, colérique…) qui l’auraient rendue plus humaine. C’est une charmante enfant, mais je la trouve trop lisse. J’aime bien quand les Elus ont des défauts, justement! Ça les oblige à se transcender, à aller au-delà de leurs propres failles! Finalement, elle a fini par me sembler humaine et normale, avec des réactions de frustration légitime à partir du cinquième tome, quand une tragédie la frappe.

Si les « méchants » comme le Buveur d’Innocence semblent un brin caricaturaux, certains rôles secondaires sont plutôt intéressants – comme les Pans de l’île Carmichael, Gaspar, le fascinant chef de la résistance enfantine dans le dernier tome, ou encore le capitaine Jahrim, l’adulte le plus stylé de l’histoire… Et l’on voit émerger une sympathique petite bande d’explorateurs et de combattant autour de Matt et Tobias, en même temps qu’un véritable courant de dévotion autour d’Ambre.

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Couvertures

Mais ce qui fait la force de cette histoire passionnante, c’est la force de l’imagination de Maxime Chattam. Le seul truc pour lequel je lui en veux en la matière, c’est qu’il a écrit le livre que j’aurais aimé écrire – au début de mes études, avant de lâcher l’affaire avec l’écriture pour quelques années, je commençais à penser à une sorte d’épopée adolescente et urbaine, ou des gamins vivaient des aventures à l’ancienne! Méchant Maxime! 😉 Après, n’est pas auteur de talent qui veut. Bref. Ce nouveau monde créé par Chattam est tout bonnement fascinant, avec ces immenses forêts qui couvrent le globe, ces dangers présents à tous les coins, cette énergie qui libère des forces complètement irrationnelles qui rendent l’environnement magique. J’ai aimé à voir Matt et Tobias s’enfoncer dans des forêts aux dimensions impressionnantes, Ambre chevaucher un papillon géant, la végétation envahir les ruines des grandes métropoles, des scarabées lumineux parcourir les anciennes autoroutes américaines, les enfants développer leurs altérations pour en faire des armes redoutables… On nage dans l’extraordinaire…

Et s’il n’y avait que cela! Ce monde est foisonnant… En effet, adulte comme enfants ont organisé la survie, chacun à leur manière et créé des sociétés complexes avec des moeurs spécifiques. Chez les Pans, on retrouve des bandes de gamins armés de crosses de hockey qui subsistent en s’alimentant dans les anciennes réserves de centres commerciaux, les dits « Kloropanphyles » qui se sont fondus avec la forêt et vivent dans les arbres en harmonie avec la nature, les résistants d’Europe centrale qui vivent en communauté dans un château somptueux (que je soupçonne d’être celui de Neuschwannstein en Bavière)… Les sociétés adultes sont extrêmement intéressantes aussi, créées par des hommes et des femmes qui se sont réveillées amnésiques et effrayés. Toutes sont basées sur la peur et même la haine de l’enfant, et tendent à faire de l’enfant de véritables esclaves au service de leurs aînés, voire de jouets par le biais de l’anneau ombilicale qui annihile toute volonté en eux, ou d’un collier spécial…

Je parlais des clins d’oeil à la culture populaire et de ces enfants de maintenant faisant face à ce qui parait sorti d’un film de fantasy, ceci est valable également pour les lieux. J’ai fait allusion au château de Neuschwannstein, mais si on retrouve des lieux comme des mégalopoles américaines avec leurs buildings, on visite les ruines de Disney World en Floride, on voit ce que sont devenus Londres et Paris… Et pour quelqu’un qui comme moi connais plutôt bien Paris et sa proche banlieue, la Défense est devenu un véritable enfer (déjà que…). Mais je n’en dirai pas plus sur ce point!

  • Conclusion: quel Pan aurai-je aimé être?

Imagination, histoire captivante dans un monde fascinant, personnages attachants… Bref, carton plein pour Autre-Monde, que je n’ai de cesse de conseiller à mes petits cousins et cousines (oui, il y a un sacré écart d’âge entre mes jeunes cousin/es et moi). Pourtant tout n’était pas gagné. En effet, j’avais – j’ignore pourquoi – pris la saga pour une simple trilogie, et j’avais peu accroché à la fin du troisième volume que je trouvais un peu plate. J’ai donc été à reculons pour lire le quatrième. Qu’à cela ne tienne, en trois jours, j’avais dévoré Entropia. Les trois derniers volumes sont encore meilleurs que les premiers, et même le style d’écriture semble y gagner! Je ne remets pas en cause le talent de conteur du grand Chattam, mais je trouve Oz et Neverland encore mieux écrits que les précédents opus. Donc, juste une chose: ne vous découragez pas si le troisième tome vous déçoit, car le reste est, à mon humble avis, un niveau au-dessus!

Je finirai donc cette conclusion avec un petit délire… A la fin de chaque volume, Maxime Chattam proposait aux lecteurs d’envoyer des suggestions de Pans, des genres d’avatars des lecteurs… Cher Maxime, tu ne liras JAMAIS ces lignes, et le dernier livre est fort probablement en cours de rédaction et pratiquement terminé… Mais voici le Pan que j’aurais aimé être. Une jeune fille d’environ seize ou dix-sept ans, petite et athlétique, avec de longs cheveux bruns, épais, frisés, et de grands yeux couleur ambre, un teint anormalement clair – bref, un visage d’icône byzantine (plus belle que moi, je vous rassure!). Je me serais appelée Zoé car c’est ainsi que j’ai appelé l’héroïne de mon roman, et j’adore ce prénom. Au Noël de mes seize ans, j’étais en famille avec mon frère (vous savez, le mec qui ressemble à Matt), et je prenais soin de ma cousine d’un an qui ne parlait pas encore. A devoir me planquer pour survivre avec un bébé incapable de garder le silence, j’aurais développé la capacité de communiquer par télépathie avec les enfants en bas âge ne maitrisant pas le langage, pour les rassurer, les calmer en cas de problème ou de danger. Et surtout, ce « superpouvoir » m’aurait préservé du destin de Cynik.

Et vous alors, quel genre de Pan auriez-vous aimé être?

Blanche Mt.-Cl.

Film Fantastique Jeunesse – « L’Apprentie Sorcière » (1971)

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Affiche (Source: Disney.fr)

Titre: L’Apprentie Sorcière (Bedknocks and Broomsticks)
Année de production: 1971
Réalisation: Robert Stevenson
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h53 (2h14 pour la version rallongée
Distribution: Angela Lansbury, David Tomlinson, Cindy O’Callaghan, Ian Weighill, Roy Snart…

Comme c’est mercredi, certains enfants n’ont peut-être pas école cet après-midi. En réalité, j’ai du mal à retenir le nouveau rythme scolaire. Mais peu importe. Si vous souhaitez distraire vos têtes blondes, voici l’un des films que je préférais étant enfant: L’Apprentie Sorcière, adaptations de livres pour enfants britannique, sorti bien avant les adaptations cinéma de Narnia ou Harry Potter, mais un peu après Mary Poppins… mais qui ravira les amateurs de ces différents genres. Et pourtant, il fut un échec commercial relatif, qui fit que les studios Disney ne produisirent plus de comédies musicales. Le film eut plus de succès lorsqu’il ressortit à la fin des années 1970 et au début des années 1980.

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Carrie, Charlie et Paul lors de leur première rencontre avec Miss Price (Source: Notonbluray.com)

De quoi est-il question? Durant la Seconde Guerre Mondiale, Carrie, Charlie et leur petit frère Paul, sont, comme des milliers d’enfants britanniques, envoyés à la campagne pour échapper aux bombardements des grandes villes. Après la mort de leur tante dans une explosion, ils arrivent dans un charmant village côtier et confiés contre son gré à Miss Eglantine Price (Angela Lansbury), une jeune femme légèrement excentrique, mais aussi appréciée que convoitée, qui, au grand étonnement de son entourage, ne s’est jamais mariée. Ce qu’ils ne savent pas, et que les enfants vont bientôt découvrir alors qu’ils tentent de s’enfuir de chez elle, c’est que la dame s’amuse, pendant la nuit, à voler sur des balais et à pratiquer la magie dans sa remise. Ils décident de rester et de lui faire acheter leur silence quant à son secret. En effet, Miss Price suit des cours de sorcellerie par correspondance, afin de développer de nouveaux talents de magicienne et de contribuer ainsi à l’effort de guerre. Mais quand elle apprend par courrier qu’en raison de la guerre, ses cours vont cesser, elle ne peut accepter d’interrompre son cursus de sorcière et d’abandonner ses projets pour repousser les Allemands. La lettre est signée professeur Emélius Browne (David Tomlinson – vous savez, Monsieur Banks dans Mary Poppins!)Elle use un sort pour gagner Londres avec Carrie, Charlie et Paul à bord d’un lit volant et de chercher le professeur… qui se révèle être un imposteur et un pleutre, un escroc qui squatte une maison abandonnée à Londres, et qui n’a fait dans ses « cours » que recopier les sorts d’un vieux grimoire. Or il manque une partie du livre – la vraie raison de la fin des cours. Commence alors une folle aventure à travers Londres et autres lieux magiques, à la recherche des pages manquantes et du fameux sort qu’elles abritent…

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Eglantine Price et Emélius Browne, dansant sous l’océan (Source: Fanpop.com)

Voici donc, à mon avis, une histoire prenante qui n’a rien à envier à certains chefs d’oeuvre de la littérature jeunesse! Pour ma part, je pense qu’on peut l’apprécier aussi bien quand on est enfant qu’adulte! Dans la veine de Mary Poppins, ce film mélange habilement quelques séances musicales – dont la mémorable scène de Portobello Road avec ces numéros de danses exotiques dont nous gratifient les régiments du Commonwealth stationnés à Londres, un peu cliché mais sympathique, ou la séquence en animation sous la mer – film traditionnel et animation – les aventures sur l’île magique de Naboombu et cet hilarant match de foot avec des animaux parlants, arbitré par Emelius Browne!

Les personnages sont très sympathiques, et comme d’habitude, Angela Lansbury joue très bien. Elle y campe une « vieille fille » convoitée et excentrique, avec du caractère, qui n’hésite pas à recourir à des sorts pour obtenir ce qu’elle veut. Cela lui vaut d’ailleurs quelques déconvenues, puisque n’usant pas de magie noire, ses sorts ne sont pas bien méchants, et ont, au vu de sa maladresse de débutante, des résultats parfois inattendus. Elle évolue beaucoup, puisqu’elle découvre ce qu’est la « vie de famille » avec les trois garnements qu’on lui a confiés, et à qui, au fil de ses aventures, elle finit par s’attacher. J’ai d’ailleurs pu lire qu’elle était bien plus charmante dans le film que dans le livre… Les trois enfants sont, quant à eux, plutôt futés: Charlie, l’aîné sceptique et pragmatique marqué par la guerre qui redécouvre son âme d’enfant et un papa de substitution avec le professeur, la douce et coquette Carrie (la petite a une bobine trop mignonne!), et le plus jeune, Paul, qui s’émerveille de tout. Quant au professeur Emelius Browne, comme on s’y attend, il s’améliore au fur et à mesure de l’histoire… sous l’influence d’Eglantine et de leur idylle naissante, bien sûr!

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Miss Price expérimentant le sort de « substitutiari-locomotion » sur ses propres affaires (Source: Pinterest.com)

Le film a reçu un Oscar pour ses effets spéciaux en 1972 et je dois avouer que ces fameux effets – hormis le défilé de lumières psychédéliques lors du voyage en lit – n’ont pas pris une ride. Ce qui est étonnant quand on compare à certains films plus récents! D’ailleurs, sur ce sujet, je ne peux pas vous en dire plus sans un léger petit spoiler, mais certaines scènes sont vraiment du grand art, comme celle où Eglantine anime des objets! Après des années j’aime toujours autant Emelius Browne se battre avec une paire de gants de jardinages pour danser avec la chemise de nuit d’Eglantine! Quant à la scène finale… elle est vraiment à couper le souffle, et à elle seule vaut la peine de voir le film!

Bref, c’est un film que je vous recommande vivement, pour vous, vos petits frères, vos petits cousins ou vos enfants… et même pour vous-même, histoire d’animer vos soirées ou après-midi! Pour ma part, même lorsque j’étais enfant, mon frère et moi ne voyions pas les deux heures du film passer! Je vous laisse avec sa bande annonce, et vous souhaite de passer un bon moment avec Miss Price et ses chenapans:

(A noter que l’image est bien plus belle sur l’édition DVD…)

Blanche Mt.-Cl.

Science-Fiction pour la Jeunesse – « Hunger Games » de Suzanne Collins

Très chers lecteurs,

Me voici de retour ce dimanche avec un avis lecture.

Ayant manqué la lecture d’Harry Potter et ayant délaissé Le Seigneur des Anneaux après seulement la moitié de la trilogie (je sais: HONTE A MOI mais c’est le seul livre que j’aie arrêté avec Les Dames du Lac de Marion Zimmer Bradley), j’ai mis un point d’honneur à me rattraper sur certaines séries pour la jeunesse. Et ce malgré mes vingt-huit printemps. Mais j’ai lu il y a peu que, ces dernières années, 55% du lectorat des best-sellers destinés aux jeunes étaient… des adultes. Certains coincés y verraient un refus de grandir, mais pour ma part, je pense que les histoires prenantes sont partout. J’ai lu Twilight, qui, même si ce n’était pas une claque littéraire et pour peu qu’on évite les films, ne mérite pas nécessairement l’acharnement des critiques (qui pour beaucoup ne l’ont pas lu). Pour Hunger Games, j’ai hésité un moment, de peur d’être déçue. Je n’aime pas être déçue par de la science-fiction…

Je me suis toujours refusé de voir les films tant que je n’aurais pas lu les livres. Et un jour je me suis décidée. Et à l’heure où les films avec la délicieuse Jennifer Lawrence font recette, j’ai souhaité parler de ce livre avec la « naïveté » de celle qui n’a pas vu l’adaptation ciné…

  • L’histoire

Revenons un peu sur le « pitch » des trois volumes, que vous connaissez sans doute si vous avez vu les films.

Le contexte – Dans un futur que j’ai du mal à situer, l’Etat de Panem, en Amérique du Nord, se divise en treize districts chacun spécialisé dans la production d’une ressource (pêche, mine, agriculture, luxe…). Suite à une ancienne guerre contre le pouvoir central du Premier District, le Treizième District a été décimé et n’est plus qu’un amas de ruine qui doit servir d’exemple à ceux qui seraient tentés de se révolter. Les Pacificateurs, une sorte de police politique, se livre à une répression terrible. Ainsi, chaque année, les districts offrent en tribut un adolescent et une adolescente tirés au sort, afin de participer aux Hunger Games (littéralement les « Jeux de la Faim »), une sinistre téléréalité diffusée par le District Un dans tout Panem. La règle: un seul survivant, un seul vainqueur.

L’intrigue – Racontée à la première personne, l’histoire suit le parcours de Katniss Everdeen, une jeune fille issue des bas-fonds du District Douze, qui prend la place de sa jeune soeur Prim, tirée au sort pour participer aux Jeux. Dans le premier volume, Hunger Games, elle quitte donc sa famille et Gale, son meilleur ami, pour se rendre au District Un avec Peeta Mellarck, fils de boulanger issu lui de la petite bourgeoisie du District. Tout les oppose. Elle est petite, frêle, et brune, avec un caractère dur forgé par des années de lutte pour sa survie, lui est grand, blond, loin d’être laid et semble plutôt « bon garçon ». Ils sont accompagnés par Effie Trinket, une quinqua fashionista affublée de perruques colorées, et par Haymitch Abernathy, ivrogne notoire et vainqueur d’une ancienne édition des Jeux. Autant dire que Katniss et Peeta ne partent pas avec tous les atouts pour réussir… Ils découvrent alors une société hédoniste, entièrement dédiée au plaisir et à l’amusement, et ce sur le dos des autres district. La haine de Katniss n’en est que plus forte, d’autant qu’elle fait la connaissance du monde des média, de la mise en scène… et rencontre le styliste Cinna, un être brillant et talentueux, en charge de son image auprès de la population du District Un. Inutile de dire que leur présentation dans l’arène, à Peeta et elle, fait sensation. La méfiance de la jeune fille, qui ne sait plus à qui se fier, monte encore d’un cran lorsque Peeta, sous les conseils d’Haymitch, annonce sur un plateau télé qu’il est amoureux d’elle… Et pourtant, les jeux commencent bientôt, pour un combat sans merci.

Dans le second tome, L’Embrasement (Catching Fire), Katniss et Peeta, marqués dans leur chair, ont regagné le District Douze ou l’Etat leur a octroyé à chacun une vaste demeure dans le village des vainqueurs. La jeune fille s’y est installée avec sa mère et sa soeur. Mais son répit est de courte durée, car suite à son coup d’éclat des Hunger Games qui a vu la victoire de deux tributs, elle et Peeta, elle est étroitement surveillée par le dirigeant de Panem lui-même, le président Snow. En effet, son acte désespéré a créé des velléités de révolte dans différents districts. Au cours d’une visite, il exhorte Katniss à calmer le jeu au cours de sa tournée de la victoire. Outre cette pression, Katniss doit composer avec son meilleur ami, Gale, amoureux d’elle et jaloux de sa proximité avec Peeta. C’est alors qu’est lancé le tirage au sort des nouveaux Hunger Games… Il s’agit d’une édition spéciale, celle des Jeux de l’Expiation qui a lieu tous les Vingt-Cinq ans, comme une sorte de jubilé. Tous les vingt-cinq ans, les organisateurs prévoient quelque chose d’exceptionnel… Et cette année-là, les participants sont sélectionnés parmi les anciens vainqueurs. Katniss et Peeta repartent donc pour le District Un, où des dissidences ont vu le jour. Katniss retrouve l’arène, alors qu’elle doit être un symbole d’apaisement… mais est devenu celui de la révolte.

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La trilogie, bien visible dans ma bibliothèque…

Au début du troisième opus, La Révolte (Mockingjay), tout est parti en « queue de poisson ». Suite aux derniers jeux, le District Douze a été décimé. Parmi les survivant, on compte Gale, la mère et la soeur de Katniss. Celle-ci a été secourue par la rébellion… basée dans le sous-sol du District Treize. Car la population y vit encore, et leur présidente mène la rébellion. Tandis que Katniss, apathique, se remet de sa dernière expérience de l’arène, Gale devient un combattant, et sa jeune soeur Prim offre ses services à l’hôpital du district. Mais la jeune fille se retrouve encore une fois happée dans un combat qui la dépasse, quand la présidente du District Treize décide de faire d’elle l’égérie de la révolte, dans la guerre des média éclate entre la Rébellion et le président Snow. Quant à Peeta, il est retenu prisonnier du District Un, soumis à une torture systématique et à un lavage de cerveau…

  • Ce que j’ai aimé

J’ai dévoré cette trilogie en quelques jours, tant le désir de connaître la suite était grand. Il faut dire que l’intrigue est particulièrement prenante et efficace. Et même si je ne suis pas friande des récits à la première personne, le récit de Katniss m’a vraiment touchée. Je lisais il y a peu un article dans le Guardian, où il était expliqué comment la lecture de fiction développait chez le lecteur la capacité d’empathie. Je pense que Suzanne Collins, avec Hunger Games, s’est essayé à cet exercice avec brio. Certains pourraient arguer qu’il s’agit encore d’une histoire d’ado, se sentir ennuyés par les dilemmes de l’héroïne quant à l’usage de la violence ou à ses sentiments pour Gale et Peeta. Or, il est quand même à prendre en compte qu’elle est très jeune – et honnêtement, ne nous sommes-nous jamais pris la tête quant à nos relations aux autres? et même en tant qu’êtres humains, ne nous sommes-nous jamais trouvés indécis face à une situation hors-norme?

Ce livre m’a plu à bien des égards. Tout d’abord, le contexte. L’univers du District Un était beaucoup plus coloré et kitsch que ce à quoi je m’attendais. Pour les connaisseurs, je dirais que ce fameux district, avec son luxe, son clinquant, sa profusion de biens, ses orgies de nourritures, ses couleurs criardes et sa recherche sans cesse plus poussée du plaisir, n’est pas sans rappeler les sociétés hédonistes du Cinquième Elément ou de L’Age de Cristal. Les membres nous en semblent étrangement futiles et indifférents à ce qui se passe dans les autres districts et pourtant, comme Katniss, il nous est impossible, à quelques exceptions près, de les détester. Après tout, son équipe de maquilleuses, esthéticiennes et stylistes ne sont que des êtres humains… Quant à la description des tenues créées pour Katniss par Cinna pour sa présentation lors des Hunger Games et absolument époustouflante. Bref, je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus austère à la Equilibrium, mais finalement j’ai pas mal accroché à cette ambiance.

Par ailleurs, cette vision des média et de leur capacité à présenter au public ce qu’il a envie de voir et de déformer la réalité, voire de mentir, est plus que jamais pertinente. J’aimerais croire que le trait est forcé pour les besoins de l’histoire, mais quand je vois de nos jours les insanités vomies par la téléréalité, ou les bêtises qui font le buzz, dans une quête de plaisir immédiat toujours plus poussée, j’en viens à penser que cette description des mises en scène autour de Katniss et Peeta est à peine exagérée… Et finalement, dans ce surenchérissement, nul ne vaut mieux que l’autre, et la Rébellion, comme le District Un, exploite l’image de Katniss. Et de Peeta.

De plus, les relations humaines sont explorées en profondeur – c’est quelque chose que j’apprécie, car cela met un peu de piment dans l’histoire. Par exemple, Katniss fait la différence entre sa haine du système, et les individus qui l’entourent, et qui d’une certaine façon, la touche. Cela est intéressant car de prime abord, elle paraît froide et sombre, imperméable au moindre sentiment. Et pourtant, son refus à ressentir quoi que ce soit – notamment pour les garçons qui l’entourent – ne signifie pas qu’elle n’a pas de coeur. Elle a simplement connu des difficultés qui l’on fait mûrir très vite et lui ont donné ce qu’il fallait pour la survie en milieu hostile, mais pas pour la douceur. Finalement, elle se révèle vulnérable. Ses difficultés à montrer ce qu’elle ressent la rend d’autant plus attachante.

Quant aux personnages principaux comme Haymitch ou Peeta, l’histoire ne serait pas la même sans eux. Haymitch est un larron antipathique et imbibé en permanence, que Katniss et Peeta passent leur temps à surveiller dans les premiers chapitres de l’histoire. Mais après la « révélation Katniss », il se révèle être un mentor dur mais efficace, qui prend soin de ses protégés. Quant à Peeta, si l’on est d’abord méfiant à son égard, on découvre, sous ses airs affables et sa gentillesse, un garçon possédant des talent artistiques, malin et assez courageux dans son genre. Et ce qui ne gâche rien, ses descriptions laissent à penser qu’il est assez mignon – j’ai notamment retenu une description de Katniss l’observant à la lumière du soleil, et notant les reflets dorés dans ses cils blonds. Il est vrai que j’aime bien les blondinets, et que j’aime à imaginer en Peeta un adolescent mignon et tout blond, comme une version beaucoup plus jeune d’Arthur dans la série Merlin. En tout cas, son personnage manque beaucoup dans le troisième opus. Mais trêve de digression au sujet de la « plastique » de Peeta Mellarck…

Les personnages secondaires sont également intéressants, et plus profonds qu’ils en ont l’air de prime abord. Mention spéciale pour le mystérieux Cinna, le styliste attitré de Katniss – sexy en diable, au passage, et pour Finnick le beau gosse du District Quatre, qui se révèle finalement plus brave que futile, et qui cache en lui énormément de souffrance. J’ai quand même un gros bémol: le personnage de Gale, l’ami masculin de Katniss. Par goût personnel, je n’aime pas les personnages de « l’ami d’enfance » dans la fiction, et pour moi, le retour avec ou une romance avec cet ami d’enfance n’est autre qu’un retour en arrière pour l’héroïne. Gale cristallise tout ce que je déteste: c’est l’ami qui est un peu plus âgé que l’héroïne et qui a des sentiments pour elle, sa haine aveugle, sa dureté et sa propension à juger sans savoir, quand il adresse des reproches à son amie alors que contrairement à elle, il n’a pas connu les horreurs des Jeux. En fait, il donne l’impression d’aimer l’idée de Katniss, ce qu’elle représente pour lui. Elle est un peu sa chose. Pour moi, il est, comme l’est souvent l’ami d’enfance, un frein à la réalisation du destin de l’héroïne, qui après avoir eu ses propres expériences, a changé. Changements que ledit ami ne peut jamais tolérer. Et ça m’énerve!

Parce que Katniss, bien qu’habituée à des conditions de vie rude, n’en était pas pour autant préparée à l’utilisation de la violence comme elle l’a vue dans l’arène. Une violence gratuite et retorse. D’ailleurs, sur ce sujet, j’ai vu l’avis de plusieurs personnes qui avaient moins aimé le troisième opus de la série, et ce pour plusieurs raisons – l’absence de Peeta dans la première partie et l’apathie de Katniss notamment. Or, justement, je trouve que la baisse de rythme dans la première partie de La Révolte rend l’intrigue plus crédible à mes yeux. C’est en effet le moment où Katniss, ainsi que le personnage de Finnick, accusent le coup de toute la violence subie et infligée. Dans bien des fictions, les héros tuent sans état d’âme, et quand ils éprouvent du remords cela ne dure pas. Ou l’enjeu est vite passé sous silence. Là, Katniss et les autres sont véritablement TRAUMATISÉS – ils font des cauchemars, sont indifférents à ce qui les entourent. Katniss sèche ses cours et se cache pour dormir ou broyer du noir, le beau Finnick perd momentanément la raison. J’ai donc apprécié que la dimension traumatique de la violence ait été présente.

  • Pourquoi je le recommanderais

Outre cet univers complètement fou et cette cruauté, Hunger Games n’est pas parfait et souffre des faiblesses imputables à la littérature pour la jeunesse, notamment une certaine naïveté dans le traitement de la romance, mais c’est un des livres que j’aurais aimé avoir lu quand j’étais adolescente. Bien sûr, comme pour toute série littéraire devenue culte, il y aura toujours des critiques pour dire que cette trilogie n’a pas mérité son succès et que ses fans sont des crétins. C’est certes une affaire de goût, mais je pense qu’il serait vraiment injuste de démonter ce livre comme cela a été le cas pour Twilight. Hunger Games pose de bonnes questions sur l’utilisation des média et de la violence, sur la peur, la survie. Sur la condition humaine. C’est un genre de récit initiatique où l’héroïne devient adulte en se confrontant à la violence.

Et ce n’est pas la seule chose qui fait grandir Katniss, la jeune fille sombre et renfermée qui braconne hors du grillage du District. Elle fait la découverte d’une amitié autre que celle basée sur la ressemblance, comme avec Gale. Elle sort de son milieu et rencontre des gens différents d’elle, avec qui elle est capable de s’entendre, à qui elle s’attache, comme son équipe cosmétique, ou d’autres combattant. Et Peeta, que tout oppose à elle. Elle va connaître une autre part d’elle-même, capable de désir et de sentiments qui la dépassent.

Et c’est justement pour Katniss, que je conseillerais Hunger Games à de toutes jeunes filles. A l’heure où nombre de filles, au nom du respect de la femme veulent se conduire et être traitées « comme des princesses », elles ne font que véhiculer des poncifs qui font encore passer les femmes pour des neuneus, pour ces éternelles enfants qu’elles étaient aux yeux de la loi dans la France du XIXe siècle. Je pense que certaines féministes extrêmes trouveraient l’ébauche de romance présente dans le livre ridicule car une vraie femme indépendante n’a pas besoin d’un homme et peu s’en sortir par elle-même. Bien que je pense que Katniss puisse être un modèle pour tous les jeunes, je m’adresse aux jeunes filles. Ne devenez pas des princesses. Soyez débrouillardes et astucieuses, comme Katniss, sans doute l’héroïne pour la jeunesse la plus débrouillarde que j’aie vue ces dernières années. C’est une battante qui fonce sans se poser de question, une instinctive dotée d’une passion qu’elle cache bien, qui va devoir accepter une part de vulnérabilité présente en chacun de nous, homme ou femme. Elle n’est pas une demoiselle en détresse. Elle est une guerrière, et c’est elle qui, à la fin, sauve toujours un damoiseau en détresse.

Blanche Mt.-Cl.

Sacrilège pour « briller » en société: « Non, ‘Twilight’ n’est pas si nul! »

« Dire qu’un livre est moral ou immoral n’a pas de sens, un livre est bien ou mal écrit c’est tout. »
Oscar Wilde

Voilà une sagesse à méditer, venant de l’un des plus brillants esprits d’Angleterre – ce cher Oscar Wilde, auteur du brillant Portrait de Dorian Gray déjà présenté sur ce blog. Pour compléter cette maxime, si un livre est bien ou mal écrit « et c’est tout », j’ajouterais qu’un livre, surtout s’il s’agit d’une fiction, n’est donc ni bon ni mauvais, mais qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, et qu’il peut être bien ou mal écrit.

Qu’en est-il donc de cette saga que se sont arrachée adolescents (oui, parce que même s’ils ne l’assument pas nécessairement, des garçons l’ont lu…) et adultes curieux, j’ai nommé Twilight? Tour à tour encensé et bousillé, il est difficile de ce faire une opinion sur une saga, voire sur un phénomène, qui ont déchainé tant de passions. « Romantique », « Bien imaginé », « Niais », « Crétin », « pour les midinettes »… On aura tout entendu, et le sujet semble épuisé. Aussi je souhaite revenir sur ces quatre livres, avec le recul des années. Il ne s’agit pas de raconter l’histoire, mais de revenir sur quelques thèmes abordés dans la série.

  • Pourquoi je l’ai lu?

parallon-le-nouveau-twilightIl y a cinq ans, alors que les premiers films étaient déjà sortis, j’ai mis à profit un intersemestre pour lire les quatre volumes – Fascination, Tentation, Hésitation et Révélation (respectivement Twilight, New Moon, Eclipse et Breaking dawn en V.O.). En effet j’avais constaté que plusieurs personnes de mon entourage lançaient des critiques acerbes sur le travail de Stephenie Meyer, sans pour autant l’avoir lu. La meilleure étant que ces livres étaient « cons », « tartes » ou « pour les midinettes » – de la part de personne se prenant pour de grands penseurs et aimant la « vraie » littérature et pas des inepties pour pré-pubères avides de sensations. J’ai donc décidé de me faire mon propre avis sur la question, alors qu’à la base, je ne suis pas très fan d’histoire de vampires.

Petit rappel, bref, car la plupart d’entre vous connaissez déjà l’histoire. Il s’agit donc d’une romance entre Bella, une jeune fille assez solitaire et introvertie, qui arrive à Forks pour vivre chez son père, et Edward, un « jeune » (à peine plus de cent ans, ce n’est rien à l’échelle de l’éternité) vampire installé dans les environs avec sa famille. L’affaire se transforme en triangle amoureux avec la mise en avant de Jacob, un jeune Indien de la réserve d’à côté, descendant d’une lignées de loups-garou et proche ami de Bella. Au fur et à mesure, des complications apparaissent avec les Volturi, ancienne famille de vampires soucieux du respect des lois vampiriques, qui voient d’un mauvais oeil la relation d’Edward avec une fille de « l’extérieur »…

N.B. : Je tiens d’abord à préciser qu’hormis Dracula de Bram Stocker que j’aime beaucoup, les histoires de vampire ne me fascinent pas plus que ça. Je n’ai pas lu l’oeuvre d’Ann Rice, pas plus que la série des True Blood – j’ai arrêté l’adaptation télé au bout de deux épisodes car je n’aimais pas l’héroïne et trouvais ces vampires dépravés plus comiques que glamour. Et comme je préfère les histoires de loup-garou, adolescente, j’ai lâché Buffy contre les vampires quand Oz est parti, à l’époque où toutes mes copines fantasmaient sur cet emmerdeur de Spike…

  • Ce que j’en ai pensé, finalement…
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Un petit conseil, si je peux me permettre: ne pas regarder les films avant de lire les livres…

J’ai eu une période de rejet, environ deux-trois ans après la lecture de Twilight, sans doute quand je me suis décidée à regarder le premier film – que j’ai détesté. À mon humble avis, il y avait des erreurs de casting en cascades, et le choix pour l’héroïne d’une actrice que je trouve aussi expressive qu’une douzaine d’huîtres. Certains effets, comme la peau scintillante des vampires, rendent vraiment très mal à l’écran, et les cheveux de la famille vampirique ne sont pas sans rappeler des versions blondes de ces perruques dont on affublait les acteurs de films d’arts martiaux hong-kongais des années 60 et 70.

Et pourtant, j’ai passé un agréable moment en lisant ces lignes. Et le plaisir de voir des regards méprisants quand je me baladais, avec mes vêtements noirs de poupée gothique, et le livre en évidence dans le métro parisien, n’était pas des moins. C’était vraiment intéressant du point de vue de l’étude de l’attitude humaine. Certains de mes amis, et même les deux ados auxquelles je donnais des cours d’allemand à cette époque, se sont ouvertement moqués de moi, arguant que je lisais de la merde alors qu’eux-mêmes n’avaient pas même ouvert ces pages! Et alors quand en plus je disais que ce n’était pas le torchon que j’attendais et que ce n’était pas si mal, j’ai vu bien des visages se décomposer.

Je pense avoir eu accès à une bonne traduction, car j’ai trouvé l’histoire relativement bien écrite. J’ai bien sûr apprécié certains personnages – au début, j’aimais bien Jacob aussi, mais sa jalousie et son amertume m’a très vite saoulée. C’est le problème des amis masculins, dans les fictions… L’histoire d’amour est bien sûr l’enjeu central de cette histoire, mais il y en a d’autres – ne pas révéler sa nature au grand jour, lutter contre ses pulsions de prédateur, être bloqué entre une communauté exigeante et son propre bonheur, la rivalité entre vampires et loups, l’épée de Damoclès des Volturi qui peuvent décider à tout moment que Bella est une nuisance. Somme toute, cette histoire a un bon potentiel, même si j’ai regretté quelques baisses de rythme qui l’ont rendue un peu « molle du genoux », et un certain manque d’humour.

Bien sûr, il ne faut pas oublier que ces ouvrages s’adressent avant tout à la jeunesse, et à une génération qui comme nous n’avait pas vu Buffy contre les Vampires ou Entretien avec un vampire, et les dépravations vampiriques qui vont avec.

  • L’effort d’imagination sur des vieux mythes

Mais toutes les idées de Stephenie Meyer ne sont pas bonnes à jeter, loin s’en faut, et j’ai moi-même eu quelques surprises.

Et la première n’était pas des moindres: où étaient passés ces vampires tout de sombre vêtus qui se terrent dans des cryptes et dorment dans des cercueils? Cette noirceur m’a un peu manqué, mais l’auteur a tout de même brisé un sacré cliché en faisant de la fratrie Cullen des ados presque comme les autres, si l’on exclut leur fascinante beauté et le fait qu’il soient riches, qui portent des couleurs claires et vivent dans une maison ouverte sur l’extérieur par de grandes baies vitrées. Il est clair que cette famille modèle de vampires a quelque chose d’agaçant dans sa perfection, mais ils ne me semblaient pas plus grotesques que l’archétype du vampire juste méchant qui prend plaisir à tuer ses victimes. Le vampire est devenu fréquentable, et tout à fait capable de maîtriser ses instincts de prédateur pour vivre parmi les humains, voire pour aimer un être humain.

Autre variation du mythe du vampire: cette peau marmoréenne qui à la lumière brille comme les veines de certaines pierres – et qui malheureusement n’est pas du tout bien rendue à l’écran – et cette idée de prédation. Le vampire est un prédateur, génétiquement parlant, comme l’est un lion, un requin ou un serpent: il est attirant pour mieux attraper ses proies, émet des phéromones et transforme sa victime grâce au venin sécrété par des glandes près de ses canines. La victime se transforme donc si elle ne s’est pas vidée de son sang. Par ailleurs, les gens qui avaient des prédispositions particulières en tant qu’humains en trouvent ces capacités décuplées en devant vampire – la télépathie d’Edward, la clairvoyance d’Alice… C’est un peu tiré par les cheveux, mais après tout, pourquoi pas. On a déjà lu plus étrange.

57794085Concernant les loups-garou. J’adore les loups-garous, pour diverses raisons que j’étofferai plus tard sur ce blog et parce que j’ai fait de la lycanthropie l’un des enjeux de mes écrits de fiction. Si j’avais déjà vu la métamorphose « homme-loup » liée aux Amérindiens dans la série Wolf Lake, j’ai aimé découvrir dans le second volume de Twilight que certains habitants de la réserve indienne en étaient. Même si cela peut paraître clichesque, qui mieux que les Indiens, dont on sait que leur culture les porte vers le respect et la compréhension de la nature qui les entoure et des animaux, pouvaient être des loups-garous?… Et cela donne un souffle nouveau à Tentation qui commençait méchamment à trainer en longueur. Evidemment, mon enthousiasme a été quelque peu émoussé par les crises de jalousie de Jacob, son amertume et son attitude détestable envers Edward. A sa décharge, il semble génétiquement déterminé à le détester, il n’y peut rien… en même temps, ce déterminisme a quelque chose de très dérangeant quand on y pense. Avec le recul, je me rend compte que l’auteur a aussi dépeint un mode de vie influencé par ce penchant pour la vie de meute Jacob, de ses amis et de ses cousins qui rappellent parfois ces images de louveteaux en train de batifoler en pleine nature. En ce sens, la « société » de ces « loups » est intéressante et surprenante.

Enfin, les trouvailles se poursuivent avec les lois vampiriques incarnées par les Volturi, toute cette législation liée à la « création » de vampires à un âge beaucoup trop jeune – je parle de « vampiriser » des enfants, par exemple. Elle sert bien sûr de prétexte à l’affrontement du quatrième opus, lui donnant un souffle nouveau, plus noir et un peu plus mâture.

  • Un roman moralisateur, réducteur, aseptisé et édulcoré?

J’en arrive aux critiques un peu plus « intellectualisantes » que j’ai connues, notamment en ce qui concerne l’image de la femme et la sexualité. Attention, attention… Pour ma part, je trouve que Bella est un brin passive, surtout dans les trois premiers tomes où son père, Edward et Jacob passent leur temps à la couver. Quant à sa dépression suite à la rupture avec Edward… Ma foi… Si la tristesse de la jeune fille est palpable, quel exemple affreux pour les ados faisant face à un chagrin d’amour! Est-ce à mettre sur le compte de sa jeunesse et de sa vulnérabilité? Mystère. Seule l’auteure pourrait nous en dire plus. Il n’en reste pas moins que de nombreuses jeunes filles manquant d’assurance – être un héros est tout de même très difficile! – pourraient s’identifier à Bella. Ce qui est déjà capital pour qu’une histoire fonctionne.

Qui plus est, j’ai entendu plusieurs jeunes adultes exprimer leur frustration quant à l’absence d’érotisme jusqu’au mariage de Bella et Edward dans le quatrième opus. J’ai moi-même été un peu frustrée sur ce point. Certains ont pointé l’appartenance de Stephenie Meyer à la mouvance mormonne pour en faire une méchante conservatrice transmettant l’image de la jeune fille soumise à sa famille et aux hommes obligée de rester sage et pure jusqu’à ses noces… Paradoxalement, celles – j’ai surtout abordé cette question avec des femmes – qui formulent cette critique sont aussi celles qui disent que les hommes ne sont que de gros pervers avec qui ils ne faut pas coucher… et qui rient de celles qui justement ne couchent pas car elles les pensent incapables de se faire plaisir (ou trop moches pour attirer un mec). Donc là, il y a double standard dans la pensée de certaines de mes contemporaines.

S’il est claie que Stephenie Meyer nous offre une image fort romancée et un brin vieillotte de l’accouplement comme ultime preuve d’amour après l’officialisation par le mariage, elle n’en ignore pas moins la sexualité et le désir dans les trois premiers opus. Plusieurs fois l’héroïne en ressent. Elle est frustrée et ne se prive pas de le faire savoir à son compagnon, et j’ai souvenir d’une scène où les deux tourtereaux échangent des papouilles sur un lit et où elle invite clairement Edward à coucher avec elle. Bella Swan est une jeune femme de chair et de sang, qui éprouve du désir, ce n’est pas une bonne soeur. Confirmation lors du voyage de noces lorsqu’elle fait tout pour allumer Edward qui après leur première nuit ne veut plus rien faire avec elle avant sa transformation, de peur de la blesser. Donc Bella n’est pas totalement niaise. Elle révèle d’ailleurs des ressources insoupçonnées dans le quatrième opus, en devenant une jeune femme forte et capable d’initiative. C’est une évolution sur le long terme.

Twilight-hesitationBien que je trouve moi aussi cette approche du sexe dans le mariage très réductrice, je ne suis pas du tout choquée par le fait que l’héroïne soit encore vierge – elle fait ce qu’elle veut de son corps, merde! De plus, si Edward n’a pas voulu coucher avec Bella, il tenait aussi à elle de « le faire » avec Jacob derrière son dos. Or, elle n’en a rien fait (Je sais, c’est peut-être aussi l’idéal mormon de l’auteure qui parle…) – alors qu’entre nous, il serait plus tentant de partager son lit avec un loup-garou au corps chaud et au coeur palpitant qu’avec un vampire dont la température corporelle doit avoisiner les 11°C. Si tant est qu’un vampire puisse « mécaniquement » être capable de cela. (J’ai une théorie sur la question, dans une réponse humoristique à Twilight dans le Chapitre IX de mon roman Le Sang des Wolf…) De plus, quand bien même un peu d’érotisme n’aurait pas nui, il ne s’agissait pas d’un livre érotique et l’abondance de scènes crues et détaillées n’aurait rien apporté à l’histoire.

Et pour information, la saga reste dans l’air du temps, puisqu’on a une cougar dans Twilight. Il s’agit de Renée, la mère de Bella, qui après un mariage désastreux avec le père de sa vie, partage sa vie avec un homme plus jeune qui la rend heureuse. C’est un point de détail, mais si ce n’est pas un personnage important, ça n’en fait pas une femme de moins de valeur car Bella aime tendrement sa mère.

  • Un petit divertissement sympathique

Je ne vais pas vous mentir, ce n’est peut-être pas mon livre préféré, et entretemps, j’ai lu d’autres ouvrages qui m’ont réellement transportée et autrement marquée. Il souffre de quelques faiblesses, quand bien même il peut faire passer un bon moment à qui le lit. Mais je voulais vraiment revenir sur ce phénomène car encore maintenant, dans la bouche de beaucoup, la comparaison à Twilight sonne comme une insulte. Alors que la plupart des gens qui la profèrent n’ont même pas lu la saga, comme une personne qui a, après un seul chapitre comparé mon roman l’oeuvre de Stephenie Meyer (puisse mes écrits remporter autant de succès, je touche du bois!) sans savoir de quoi il retournait et sans se dire que j’essayais peut-être de brouiller les pistes. Surtout qu’elle est très différente et comporte de nombreux enjeux absents de la série vampirique, et que le surnaturel n’y est pas aussi « hollywoodien ».

J’ai rarement vu une histoire autant décriée que celle de Twilight, et il est devenu de bon ton de la mépriser. Au fond, je pense qu’avant de juger sans savoir, il convient de prendre cette saga pour ce qu’elle est: une romance destinée à de très jeunes lecteurs. Et se souvenir que certains d’entre nous ont rêvé de vivre un amour absolu comme celui-ci.

On pourrait dire que l’histoire est stéréotypée, mais à bien y regarder, c’est un peu ce qui a remis le vampire à la mode ces dernières années, donc il n’est pas étonnant que livres pour la jeunesse et séries reprennent les mêmes ingrédients, puisque c’est devenu très vendeur.

Pour ma part, je ne trouve pas l’histoire de Bella et Edward plus grotesque que ces vampires qui passent leur temps à copuler à tort et à travers dans chaque extrait de True Blood sur lequel j’ai zappé par hasard en dernière partie de soirée (alors que bon… il suffit de se souvenir de ses cours de biologie du collège pour savoir qu’un vampire ne peut, en théorie, pas avoir d’érection!). Un peu d’érotisme n’aurait pas été du luxe, mais il n’y avait pas besoin d’en faire des caisses à ce niveau non-plus. Qui plus est, outre l’amour, d’autres thèmes y sont abordés, comme la différence, le rapport à l’autre – qui il est vrai, auraient mérité un traitement plus en profondeur.

Mais essayez un soir pour voir. 🙂 Essayez de placer, dans une conversation lecture avec des proches ou des amis, que vous avez, apprécié Twilight à l’époque où vous l’avez lu. Et je peux vous garantir que vous allez voir des visages s’allonger et des narines se pincer! 😉

Sur ce, je vous souhaite un bon dimanche.

Blanche Mt.-Cl.