De la boue plein les genoux! – Une Equipe hors du commun (Penny Marshall, 1992)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Vous cherchez une idée de film à regarder ce soir ou ce Week-end? Qu’à cela ne tienne, les copinautes!

Aujourd’hui, alors que nous sommes encore confinés (et honnêtement, j’ai beau me languir de sortir, je pense qu’on ne devrait pas autant précipiter le déconfinement), je vous propose un tout nouvel article, avec une autre suggestion de film. Encore une fois, il s’agit d’un film non-SFFF, tourné dans les années 1990, qui a réellement bercé mon enfance, et qui a été l’une des premières grandes découvertes cinéma que mes parents aient faites sur le câble.

Après vous avoir emporté en pleine Première Guerre mondiale au fin fond du Pays de Galles, je vous propose un autre voyage, au temps de la Seconde Guerre mondiale, aux Etats-Unis, alors que les femmes sont sollicitées pour remplacer les hommes… sur les terrains de base ball avec Une Equipe hors du commun!

Camaraderie féminine en temps de guerre

En 1988, une vieille dame du nom de Dottie Hinson (Geena Davis) s’apprête à entreprendre un voyage un peu particulier: se rendre à une réunion d’anciennes camarades baseballeuses, pour l’ouverture d’une exposition dédiée aux joueuses de la toute première ligue sportive de base ball féminin. Sur le chemin, les souvenirs remontent jusqu’en 1943, alors que sa jeune sœur et elle sont repérées par un recruteur alors qu’elles jouent pour s’amuser…

Dottie et sa petite soeur Kit arrivant sur le terrain – Source: Imdb

En effet, tandis que son mari est parti au front, Dottie et sa sœur Kit (Lori Petty) sont approchées pour intégrer la première ligue de base ball féminine, lancée par un magnat de la barre chocolatée, Walter Harvey (Garry Marshall), en attendant que les hommes reviennent sur les terrains de sport quand la guerre sera finie. Si Dottie est satisfaite de sa vie dans la ferme et la laiterie familiales, Kit, complexée par rapport à son aînée, s’ennuie ferme et ne demande qu’à s’en aller. Or le recruteur les ayant vu sur le terrain et étant intéressé principalement par Dottie, dit à la jeune fille qu’il l’autorise à venir si elle convainc aussi sa sœur. Elles partent donc toutes les deux pour des sessions de recrutement où, au sein de leur nouvelle équipe, les Peaches de Rockfort, elles font la rencontre de personnages hauts en couleurs tels que: Marla Hooch (Megan Cavanagh), la danseuse Mae Mordabito (Madonna), Doris Murphy (Rosie O’Donnell) ou encore Evelyn Gardner (Bitty Schram).

Dottie Hinson, sur la touche avec son « charmant » entraîneur Jimmy Dugan, l’homme qui apprend à ne pas pleurer au base ball! – Source: Imdb

Mais elles vont surtout devoir faire face à un entraineur détestable en la personne de Jimmy Dugan (Tom Hanks), ancien joueur star porté sur la boisson qui prend très mal de devoir coacher des « gonzesses », et à un public moqueur, voir hostile. Attitudes qui changent peu à peu dès lors qu’elles montrent ce qu’elles ont dans les tripes…

Entre sport et spectacle

Ne mâchons pas nos mots: voici un film que j’adore, et que je ne manque jamais de regarder à chaque fois qu’il passe, tant il m’éclate! Je suis fan de cette bande de fille et de leur entraîneur has been qui s’attache finalement à elle et qui fait tout pour les hisser au sommet. Une Equipe hors du commun parle de tas de choses, drôles ou graves, et nous offre avec ses héroïnes des femmes très différentes les unes des autres, dans leur manière d’être ou dans leurs aspirations, ainsi qu’une peinture assez pittoresque et malgré tout, pleine d’énergie et de bonne humeur, d’une période difficile. Car si l’on est loin du champ de bataille, la vie à l’arrière reste difficile pour les femmes qui bossent comme des folles, et qui pour certaines, s’inquiètent du sort d’un époux partis à la guerre. Pour les fans de vintage, l’esthétique du film et la mode vestimentaire et musicale des années 1940 feront certainement mouche. Pour ma part, j’adore.

Pour réaliser cette œuvre de fiction, l’actrice et réalisatrice Penny Marshall se base sur l’histoire de la création de l’All-American Girls Professional Baseball League (AAGPBL) en 1943. Et croyez-moi, comme on peut le voir dans le film, intégrer cette ligue n’est pas une sinécure: car en ces temps-là, non-seulement, les jeunes femmes doivent savoir manier la batte, mais elles doivent en plus se soumettre à un code de conduite stricte en se conduisant en « dames ». Elles doivent donc faire preuve de rigueur dans le sport, tout en offrant aux spectateurs une image d’élégance féminine rêvée. Discipline sportive, apparence et attitude irréprochables… Rien ne leur est passé, et cela leur pèse souvent. Par exemple, au début du film, Dottie et Kit menacent de planter là leur recruteur, Capadino (Jon Lovitz), lorsque celui-ci se rétracte devant Marla, une joueuse douée, au motif qu’elle ne serait pas assez jolie. Celle-ci est finalement prise pour les sélections, sur l’insistance de son père, un veuf désolé de ne pas avoir fait de sa fille une lady selon les critères communément admis. Ce que tout le monde ignore à ce moment, et qui est révélé lors d’une soirée arrosée où elle chante son amour pour lui, c’est que la « moche » et « masculine » Marla est fiancée à Nelson, un mec fou d’elle, encourageant, et est très heureuse sur un plan personnel. Mais alors les débuts à la Ligue nous paraissent, à nous spectateurs du XXIe siècle, aussi ridicule que cocasse: non contente de devoir porter comme uniforme des robes courtes où elles ne sont pas à l’aise, les filles reçoivent des cours de maintien et de savoir-vivre, et ont un même un chaperon en la personne de Madame Cuthbert (Pauline Brailsford). Comme on s’en doute, certaines étant de bonnes gaillardes, elles en profitent surtout pour le thé et les petits fours mais… Eh, pourquoi se priver? 🙂

Quand les demoiselles Alice, Mae et Doris faisant le mur après avoir donné un puissant vomitif à Madame Cuthbert – Source: Imdb

Non-contentes de subir toute cette pression sans avoir le droit de se distraire – ce dont elles ne se privent pas non-plus car on les voit faire le mur – voici qu’elles doivent également faire face aux moqueries des média, à une époque où, les hommes étant absents, on interroge la place des femmes dans la société, et la « masculinisation » de celle-ci. Et pourtant, celles-ci, si elles sont d’abord sifflées et singées comme de petites choses fragiles, conquièrent les cœurs par leur coup de batte et leurs personnalités mises en avant dans les actualités filmées, et ce ne sont pas nécessairement les plus « belles plantes » qui deviennent les idoles des garçons, comme Doris le verra. Dottie quant à elle, malgré son manque d’empressement et son aspiration à rentrer en Oregon et à revoir son époux, est le véritable talent de son équipe, dont elle assume même le leadership quand Jimmy Dugan est trop saoul pour les diriger sur le terrain, quitte à se disputer avec lui et à lui dire ses quatre vérités devant l’équipe entière. Car Jimmy Dugan est un frustré: une blessure a mis subitement fin à sa carrière, à la suite de quoi il a plongé dans l’alcool et a vu son enthousiasme à revenir comme entraîneur refroidi par le fait qu’il s’agisse de femmes. Bref, il se conduit comme un con et les ignore, quand bien même ces débuts chaotiques donnent lieu à des scènes hilarante (lorsqu’il traverse le vestiaire pour aller aux urinoirs pisser devant elle et que Doris le chronomètre). Ce sont finalement ses confrontations avec Dottie, une femme de caractère et de talent, qui le pousse à s’intéresser à ses coéquipières, et à s’impliquer auprès d’elle, donnant lieu à des remontrances… hautes en couleurs: à ce titre, je donne une mention très, très spéciale au monologue MAGIQUE du « On ne pleure pas au base ball! » servi à Evelyn lorsqu’elle éclate en sanglots après une remarque sur son jeu. Un pur moment d’anthologie que cette explication riche en anecdotes de Jimmy Dugan (je ris rien que d’y repenser!)… et Evelyn ne pleurera plus jamais.

« Est-ce que j’ai pleuré?… NON! Et tu sais pourquoi?… PARCE… QU’ON… NE… PLEURE… PAS… AU… BASE BALL! » Pigé, Evelyn? – Source: Imdb

Outre ces écueils auxquels se heurtent les filles, on aime ce film pour les relations entre les personnages, qu’il s’agisse des joueuses, de leurs maris, de leurs superviseurs. Amour, amitié, rivalité, tout y passe.

Dès le début du film, les bases d’une rivalité entre sœurs sont posées avec Dottie Kit: Dottie est une femme satisfaite de sa vie simple dans l’Oregon, sincèrement amoureuse de son époux, qui prend plus le base ball pour un hobby malgré son talent évident en la matière, tandis que la petite Kit fait un véritable complexe d’infériorité par rapport à elle. Parce que leurs parents sont fiers d’elle, parce qu’elle est plus douée au base ball… Pour elle, partir intégrer la ligue est l’occasion de s’affirmer par elle-même, de faire ses expériences hors de l’ombre de sa sœur, mais les tensions ne disparaissent pas pour autant, tant elle a des choses à prouver, jusqu’à contester une décision de l’entraîneur et accuser Dottie de ne pas la soutenir. La rivalité existe également avec les autres joueuses, lors des épreuves de sélection et les deux sœurs se heurtent à un autre duo très uni: Mae et Doris, qui se connaissent depuis l’adolescence, travaillant toutes deux dans un dancing, l’une en tant que danseuse pro et l’autre en tant que videuse, elles aussi très douées dans leur domaine. Finalement, lorsque l’équipe est formée, c’est une véritable entr’aide qui se développe: Mae apprend à lire à une certaine Shirley, Betty compose l’hymne de l’équipe, Kit découvre les joies du maquillage et des jolies robes avec ses copines – ça parait crétin, mais je comprends que ça lui plaise après avoir passé sa vie en salopette à la ferme, elle n’a toujours été qu’en tenue de travail. Peu à peu, les carapaces se fendent et les confidences commencent entre ces femmes aux vies et aux aspirations différentes… Au sein de l’équipe, une amitié fort improbable, teintée d’admiration et de respect, se noue entre Dottie et leur entraîneur, à partir du moment où il comprend le potentiel des filles, et il aurait même du mal à comprendre que la jeune femme, si douée, ne veuille pas faire carrière dans le base ball. Après avoir passé les premiers matches ivre mort, il sort de sa coquille pour s’intéresser à ses joueuses, jusqu’à les apprécier, les guider, et même les taquiner gentiment.

Les autres grandes personnalités de l’équipe, Doris et Mae – Source: Imdb

Les rapports avec les hommes sont particuliers, mais dans l’ensemble elles ne les craignent pas, même si c’est parfois compliqué. Elles sont certes loin des héroïnes bad ass des films de ces dernières années, elles portent des robes et sont coquettes, aiment leurs maris, mais rappelez-vous que nous sommes dans les années 1940 et que peu de femmes avant la guerre pensaient pouvoir se démerder sans monsieur. Elles peuvent, au sein de l’équipe, s’affirmer sans les hommes et même leur montrer qu’elles sont aussi douées qu’eux. Beaucoup d’entre elles, comme je le disais, sont amoureuses de leur époux, comme Dottie, ou encore Betty qui attend toujours de ses nouvelles du Pacifique avec impatience. Marla est fiancée et ravie, son homme la soutient dans sa carrière et est fier d’elle. Kit n’est pas vraiment concernée par tout ça, mais elle commence à se sentir assez à l’aise avec ses nouvelles amies pour faire le mur avec elles et flirter avec des garçons, pour le plaisir. Quant à Doris et Mae, la première évoque son excentricité qui la pénalise dans ses rapports avec un petit copain con (la scène où elle montre sa photo: « C’est dommage qu’elle soit floue… /-Non, c’est sa vraie tête. ») qu’elle ne veut plus revoir, et Mae, si elle assume son désir avec les hommes, ne veut plus de sa vie de danseuse avec les lourdauds qui gravitent autour d’elle. Ainsi pour certaines, ces mois de matches sont une vraie bouffée d’air, en particulier pour celles qui ne sont pas mariées qui découvrent d’autres façons de vivre leur vie. Par exemple, Kit ne rentre pas en Oregon à la fin et décide de s’installer avec quelques collègues base balleuses pour trouver du boulot en attendant la prochaine saison. Un cas à part est celui de la douce et gentille Evelyn, qui pleure au base ball, et dont le mari chômeur lui fout leur gosse dans les pattes et celle-ci doit se trainer cet affreux petit Stilwell en tournée, et celui-ci est une vraie terreur qui fait des misères aux joueuses et à l’entraîneur. Ceci dit, nous verrons que le gamin aura toujours été reconnaissant à sa mère de s’être occupée de lui à cette période – d’autant que nous l’apprenons en fin de film, sa carrière a continué. Mais je peux vous assurer que les scènes avec le gosse sont gratinées! 😀

Conclusion – Sous le charme des Peaches!

Aussi, je vous recommande vivement ce film plein d’espoir et de bonne humeur, avec des héroïnes fortes, et surtout adorables et humaines, qui trouvent à s’affirmer hors du foyer ou de l’usine, et qui gagnent durement le respect des unes et des autres, mais aussi celui des hommes qui gravite autour d’elle: qu’il s’agisse de Jimmy Dugan qui s’attache à elle et réalise à quel point cet entraînement de femmes est gratifiant, tout comme le président de la League, Ira Levinstein (David Strathaim) qui tient à préserver l’organisation même après le retour des hommes à la fin de la Guerre.

Bref, c’est une petite pépite avec une pléiade de super personnages hauts en couleurs, les héroïnes comme leurs compères masculins, très rafraichissante, qui ne manquera pas de vous faire rire ou de vous toucher. Je vous laisse avec la bande-annonce d’Une Equipe hors du commun, en espérant vous donner l’envie d’y jeter un œil! Je vous souhaite une très belle journée, et un excellent Week-end.

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Une Equipe hors du commun
Année de sortie: 1992
Réalisation: Penny Marshall
Origine: Etats-Unis
Durée: 2h08
Distribution: Geena Davis, Tom Hanks, Madonna, Megan Cavanagh, Rosie O’Donnell, Bitty Schram…

Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse de livres et de films SFFF mais pas que (de tout ce qui raconte de bonnes histoires, en général), auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

3 réflexions au sujet de “De la boue plein les genoux! – Une Equipe hors du commun (Penny Marshall, 1992)”

  1. Mais que tu fais bien de parler de ce film! Je l’avais complètement oublié, et pourtant je l’adorais quand j’étais plus jeune et je l’ai vu plein de fois. Du pur feel-good parfait pour la période!

    Aimé par 1 personne

    1. Il est tellement génial! 🙂 Le casting est dingue, les personnages tellement attachants… Je ne sais pas si tu connais le livre « Sagesse Geek – Les Enseignements sacrés » (que j’ai chroniqué sur le blog), mais la raison pour laquelle je l’ai acheté, c’est qu’en le feuilletant au hasard, je suis tombée sur « There’s no crying in base ball! » dans les références. Je me suis donc dit que ça ne pouvait qu’être un bon livre. 😀

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