Autumn Of Antique #3 – Introduction à la civilisation hittite

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Comme cela faisait longtemps que je n’avais pas publié d’articles à ce sujet, nous poursuivons avec l’Autumn of Antique, une thématique que j’ai choisi de dédier à deux civilisations anciennes. Et ouais, le mois de l’imaginaire, et je lis de l’histoire. Allez comprendre.

On ne présente plus l’Égypte pharaonique dont je vous ai déjà parlé à travers divers ouvrages de feu Christiane Desroches-Noblecourt, période et culture abondamment documentée, qui a laissé de fastueux témoignages.

Mais que sait-on de ceux qui ont donné du fil à retordre à la glorieuse Égypte, comme les Hittites?… Civilisation peu connue, elle a pourtant été un acteur incontournable de la scène internationale aux XIVe et XIIIe siècles avant J.-C., disputant par son système d’États-vassaux des zones d’influence à l’Égypte au Moyen-Orient. Ce sont pourtant de grands oubliés de l’Histoire qui ont laissé peu de traces de leurs civilisations, et dont le nom mentionné dans la Bible serait une confusion – le texte biblique ayant été rédigé des siècles après la disparition de la civilisation hittite, il est compliqué de savoir à quelle population il est fait allusion. Mais c’est lorsqu’à la fin du XIXe siècle, lorsque sont découvertes en Égypte les lettres d’Amarna, à savoir une importante correspondance diplomatique antique comprenant les messages du roi hittite Soupilouliouma Ier à Amenhotep III et à Akhenaton, que l’intérêt est lancé, et les fouilles sur les sites anatoliens de Boğazköy, ancienne capitale hittite d’Hattusa, et du sanctuaire rupestre de Yazılıkaya deviennent systématique. Less découvertes se poursuivent alors tout au long du XXe siècle.

Je vais donc vous présenter, de façon succincte, quelques généralités sur la géographie et l’histoire hittite,s avec un petit aperçu de cette culture. Je me base sur trois ouvrages d’introduction, à la fois concis et intéressants, dont je partagerai les références en fin d’article. Et je tenterai d’éviter le plus possible de « jargonner » quand mon enthousiasme se manifestera!

Qui sont les Hittites?

Les Hittites sont l’un des plus anciens peuples connus de langue indo-européenne – famille de langues comprenant, entre autres langues les langues germaniques, romanes, anglo-iraniennes – installés en Anatolie au cours du IIe millénaire av. J.C., et cohabitant avec une peuplade locale connue sous le nom de Hattis qui laissent leur empreinte dans la religion et la liturgie hittite. Les Hittites quant à eux, imposent peu à peu leur langue, le « hittite-nésite », originaire de la ville de Nesa.

Moins aride qu’aujourd’hui, le paysage anatolien de cette époque est varié, vallonné, parcouru de cours d’eau, avec de la forêt, comme l’explique André H. Kaplun. Une particularité qui se prête à l’agriculture et à l’élevage, malgré des étés chauds et des hivers rigoureux, mais aussi un relief qui influence grandement l’organisation des villes, comme c’est le cas d’Hattusa, qu’Isabelle Klock-Fontanille décrit comme une « ville type de montagne ». Les Hittites voisinent avec différentes peuplades, comme les Palaïtes à l’ouest, les Hourrites au sud-est ou les tribus Gasgas au nord qui n’ont de cesse, tout au long de l’histoire hittite, de lancer des attaques sur les frontières, ainsi qu’avec différents comptoirs assyriens établis en Anatolie.

Mais comment les Hittites sont-ils devenus la puissance que l’on connaît?

Une brève histoire des Hittites

Une volonté d’unité politique se fait jour au XVIIe siècle av. J.C. sous l’égide des rois  de Kussar, qui conquièrent la Cappadoce, et qui installent leur capitale à Nesa, en instaurant un système de vassalité avec des principautés indépendantes – système qui sera la base de la politique étrangère hittite tout au long de l’Empire. Par la suite, je vais m’appuyer sur la chronologie d’Isabelle Klock-Fontanille.

Les débuts de l’Ancien Royaume (1650-1465 av. J.C.) sont peu connus. Le territoire hittite s’étend malgré des échecs militaires face aux Hourrites à l’est, et la capitale est installée à Hattusa. Il est question d’un roi T/Labarna, dont on ignore s’il a vraiment existé, dont le nom devient le titre des rois hittites, tout comme le nom d’une reine appelée Tawananna donne son titre aux souveraines. Un souverain notable en est Hattusili I, roi conquérant qui aurait ramené du nord de l’actuelle Syrie des scribes maîtrisant la langue akkadienne qui devient celle des échanges diplomatiques. Par la suite, la mort des souverains donnant lieu à de véritables querelles successorales qui se terminent en bain de sang et déstabilisent le pays, le roi Telipinu établit une loi faisant du fils aîné d’une épouse royale principale l’héritier désigné (le tukhanti).

La période précédant les débuts de l’Empire (1465-1350 av. J.C.) voit un changement dynastique, avec une famille ayant des attaches hourrites – c’est à dire avec le territoire du Kizzuwtana, au sud-est de l’Anatolie. Ainsi, chaque roi devient connu sous un double nom, celui hourrite reçu à la naissante et le nom hittite sous lequel il règne. Cette période est pourtant marquée par divers conflits avec le Kizzuwatna, et l’on renoue avec la tradition des rois conquérants, alors que les invasions Gasgas au nord obligent la famille régnante à quitter Hattusa. Au fur et à mesure des règnes de Tudhaliya II (1425-1390 av. J.C.), d’Arnuwanda I (1400-1370 av. J.C.), et de Tudhaliya III (1370-1350 av. J.C.), le pouvoir hittite semble décliner.

C’est sans compter sur Soupilouliouma I (1350-1319 av. J.C.), qui inaugure la période de l’Empire (1350-1185 av. J.C.). Durant son long règne, dont nous reparlerons demain avec un autre livre 😉, il parvient à repousser diverses invasions et signe de nombreux traités de vassalité avec différents territoires annexés. C’est là qu’il se frotte à l’Égypte en lui disputant ses zones d’influence le long du couloir syro-palestinien – en profitant de l’inaction du règne d’Akhenaton en la matière. Il établit ses fils comme rois de différentes villes-États, avant de mourir… non pas de vieillesse, mais de la peste répandue par les déplacements de prisonniers égyptiens, suite au conflit suscité par un incident diplomatique grave. Son petit-fils Muwatalli II (1295-1272 av. J.C.) est connu pour avoir mené la bataille de Qadesh en 1274 av. J.C. contre Ramsès II. Après qu’Urhi-Teshub, fils de Muwatalli II soit évincé sur le trône par son oncle Hattusili II (1265-1240 av. J.C.), ce dernier conclut un traité de paix avec Ramsès II, stabilisant ainsi le pouvoir hittite. Quant à son fils Tudhaliya IV (1240-1215), il est connu pour être l’artisan d’une importante réforme religieuse. Mais l’empire s’effrite peu à peu sous le coup de famine, d’invasions et de saccages – et éventuellement, d’une déforestation massive. Hattusa est détruite vers 1185 av. J.C.

Après l’Empire, ce sont des royaumes dits « néo-hittites » (1100-700 av. J.C.) qui émergent, avec des dirigeants issus de familles hittites – Karkemish, par exemple, est gouvernée par une branche cadette descendante de Piyassilis, l’un des fils de Soupilouliouma I. Ces cités connaissent une relative prospérité, mais la langue hittite est peu à peu supplantée par le louvite et l’araméen.

Société et croyances

Le système politique hittite tel qu’on le connaît à l’apogée de cette civilisation s’appuie sur un couple royal, le roi – le L/Tabarna – et la reine – la Tawananna – qui, outre leur rôle politique, on un rôle religieux non-négligeable, s’assurant de la bonne marche des cultes afin d’attirer la bienveillance divine sur leurs personnes et leur pays. Le roi est à la fois le juge suprême du royaume, chef des armées et de la diplomatie. S’il n’est pas considéré comme un dieu vivant à l’image de Pharaon en Égypte, il est cependant souverain de droit divin, et n’a de comptes à rendre qu’aux dieux. Quant à son épouse, si celle-ci a surtout le devoir de donner des héritiers, cela ne signifie pas qu’elle n’ait aucun pouvoir. Elle est en effet une figure incontournable de la royauté, non-seulement dans le culte officiel, mais aussi en tant que co-régente. Il faut savoir que le printemps et l’été sont les périodes où le Labarna/Tabarna part en campagne pour s’assurer de la loyauté des vassaux, pacifier les frontières et occuper quelques personnages hauts placés qui pourraient comploter contre lui dans ce monde à part qu’est la Cour. C’est ainsi que la Tawananna gouverne en son absence. Elle peut même prendre une part active dans la diplomatie, comme en témoigne la correspondance de la Tawananna Pudukhepa, épouse d’Hattusili II avec la Grande Épouse Royale Néfertari en Égypte.

Au niveau diplomatique, il a été fait allusion à un système de vassalité avec les États frontaliers moins importants qu’il faut sauvegarder par des campagnes et une politique de mariage avec des princesses hittites – avec pour obligation de les mettre en avant en en faisant les épouses principales des princes concernés. Aussi la conception de la « paix » chez les Hittites est-elle celle d’un État pacifié à l’intérieur, les conflits avec l’extérieur, étant codifiés, ne représentant pas un état d’anarchie comme nous le concevrions de nos jours. A l’intérieur, le Tabarna et son épouse sont suppléés par une administration nombreuse et des notables locaux, ainsi que par le clergé des « mille dieux » vénéré en pays hittite. La loi hittite est intéressante du fait qu’elle repose essentiellement sur un système de compensations, la peine de mort étant peu courante. Également, il semble que la justice hittite ait fait grand cas des faibles et des déshérités à protéger face aux plus puissants le cas échéant.  Dans ce que j’ai pu lire, les Hittites sont vus comme un peuple de législateurs et de procéduriers très pragmatiques et conscients de la faillibilité de l’humain.

La société hittite ne peut être divisée en classes à proprement parler, mais comprend une masse de paysans, marchands et artisans, ainsi que de groupes de populations étrangères déplacées après les conflits pour servir sur des domaines à exploiter, et d’esclaves dans une économie peu développée, principalement appuyée sur l’agriculture ou l’élevage, où l’autarcie n’a jamais été de mise et où le rôle du commerce est important. Les relations internationales y jouent un grand rôle, afin de s’assurer un accès à la mer par les ports de cités alliées. Cette dépendance à l’extérieur est de plus en plus importante au fur et à mesure que l’Empire décline.

Ce n’est pas faute de vénérer « mille dieux », comme il est couramment dit dans les prières… Comme il a été dit plus haut, les populations hittites sont arrivées en Anatolie où elles se sont acculturées, et ont cohabité avec différentes peuplades. Le panthéon s’en ressent, intégrant divers divinités locales – hatties, louvites – qui font « doublon » avec les dieux tutélaires des rois et reines, qui varient parfois au gré des dévotions personnelles des souverains. Mais il en ressort deux divinités principales, un couple divin formé du Dieu de l’Orage, et de la Déesse-Soleil d’Arinna (une localité au sud-est d’Hattusa), qui seront appelés Teshub et Hebat, de leurs noms louvites, sous le règne d’Hattusili II qui partage le trône avec une reine-prêtresse de culture louvite. Ceux-ci ont de nombreux enfants, dont le célèbre Telipinu, dieu protecteur de l’agriculture et de la nature. C’est sous l’un des successeurs d’Hattusili III, Tudhaliya IV, que le syncrétisme entre les différentes divinités est fixé pour de bon. Mais il n’en reste pas moins une myriade de divinités protectrices de la nature, louvites, syriennes, de dieux guerriers, de déesses reines, de démons… Inutile de préciser que le calendrier des fêtes religieuses est chargé, imposant parfois au roi de revenir de campagne pour assurer celles-ci, en particulier les plus importantes au Nouvel An et à l’automne. Les relations aux dieux sont très codifiées, ceux-ci protégeant le royaume et ses habitants mais ne rechignant pas à les juger et à leur envoyer une calamité en cas de manquement ou d’attitude sacrilège.

Les Hittites ont laissé derrière eu de nombreux écrits religieux, législatifs, annales historiques, une importante correspondance diplomatique et des traités, mais il semble qu’ils n’aient pas eu de littérature à proprement parler, comme les autres civilisations connues de cette époque. Leur art et leurs architectures semblent aussi, en comparaison, plus massifs et plus grossiers. Dans le cas de la capitale Hattusa, entourée de murailles cyclopéennes, et abritant un habitat clairsemé sur différentes terrasses, il semble que les constructions se soient surtout adaptées au reliefs accidentés des lieux, et qu’elles devaient sans doute dégager une impression de puissance lorsque l’on entrait dans la ville en passant sous les différentes poternes ornées de statues monumentales (sphynx, lions, rois…). Ceci dit, si certaines œuvres d’art hittites semblent peu flatteuses, les reliefs muraux sont plus fins, et le travail des métaux, qu’il s’agisse d’orfèvrerie ou d’armement, est très riche.

Conclusion – Une civilisation à redécouvrir

Les Hittites paraissent sans doute moins raffinés et imaginatifs que les Égyptiens qui ont laissé des traces fastueuses. Point de littérature, de poésie ou autre œuvre de pure création. Pour ma part, je pense qu’ils n’en ont pas eu le temps, au vu de la brièveté de leur histoire en comparaison de certaines autres civilisations: qui sait ce qu’ils auraient pu créer… et quels mystères ils cachent encore! N’oublions pas que la découverte des Hittites étant encore récente, il y a peut-être encore beaucoup de choses à apprendre sur eux: nous ne sommes peut-être pas à l’abri d’une surprise dans les années à venir! Pour ma part, j’en ai encore beaucoup à lire, sur les Hittites et le contexte anatolien en général, mais je ne pourrai pas tout traiter sur le blog.

Je ne remercierai donc jamais assez le Louvre pour son exposition Royaumes oubliés: De l’empire hittite aux Araméens, qui a pu nous faire partager l’univers visuel des Hittites, que nous ne connaissons malheureusement que trop peu, et Les Cahiers de Science et Vie dont le dernier numéro a dédié un article au sanctuaire de Yazılıkaya, posant une nouvelle hypothèse qui laisserait penser que le « retard » des Hittites en astronomie était moindre que ce que l’on pensait. Il ressort en tout cas de ce que j’ai lu des Hittites une mentalité certes un peu terre-à-terre, mais celle d’individus attachés à leurs dieux et à leur environnement.

Voili-voilà, j’espère vous avoir donné envie d’en connaître un peu plus sur cette civilisation méconnue qui continue de m’intriguer, après différentes lectures qui ont changé ma vision des choses. Quoi qu’il en soit, nous en reparlons demain, cette fois-ci avec une fiction dédiée au roi Souppilouliouma, initiateur de ce que nous connaissons comme l’Empire…

Blanche Mt.-Cl.


Pour découvrir les Hittites:

  • Isabelle Klock-Fontanille, Les Hittites, Paris, PUF, coll. « Que sais-je? », 2008
  • André H. Kaplun, Les Hittites – Un empire évanoui, Genève, Slatkine, 2014
  • Vincent Blanchard (dir.), Royaumes oubliés : De l’empire hittite aux Araméens, Paris, Louvre Éditions – Lienart,

Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse de livres et de films SFFF mais pas que (de tout ce qui raconte de bonnes histoires, en général), auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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