Il était une fois sur Tatooine – Kenobi (John Jackson Miller)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

J’espère que ces derniers jours vous ont apporté des lectures distrayantes et merveilleuses en ce Mois de l’imaginaire… De mon côté, alors que j’aurais bien aimé faire comme tout le monde et me remettre à fond à la SFFF – qui était, de base, mon « fond de commerce » – mais l’idée de l’Autumn of Antique (qui se poursuit, m’est tombée dessus). Cependant, j’ai quand même cédé à la tentation d’une petite novellisation Star Wars alors que je piétine d’impatience à la veille de la sortie de l’Episode IX au cinoche – et du final de mon chouchou « Kylo Ben ».

Et en parlant d’un « Ben », c’est d’un tout autre « Ben », au style indéniablement différent, que je vais vous parler. Car si vous suivez la saga depuis le début, vous n’ignorez pas que « Ben » est le petit nom sous lequel nous faisons la connaissance d’Obi-Wan Kenobi dans Un Nouvel espoir. Nous allons donc assister dans Kenobi au retour de notre Jedi préféré sur Tatooine, qui, après avoir déposé Luke chez son tonton, va être rattrapé par l’aventure…

L’ermite du désert en quête de rédemption

Palpatine a gagné, et a fondé un Empire. Les Jedi ont été massacrés. Obi-Wan Kenobi a eu la douleur de voir Anakin Skywalker, qu’il considérait comme son frère, passer du Côté Obscur. Il lui reste cependant une petite étincelle d’espoir, incarnée par les jumeaux nouveau-nés d’Anakin, Leia, confiée au roi d’Alderaan Bail Organa, et Luke, confiée à la famille de Lars, époux de la défunte mère d’Anakin, sur Tatooine. Autant Obi-Wan sait la petite Leia entre de bonnes mains, autant il tient à rester sur Tatooine pour veiller de loin sur le petit Luke. Mais afin de protéger l’enfant au mieux, Obi-Wan, se présentant sous le nom de « Ben », ne doit en aucun cas se faire remarquer…

C’est sans compter sur les déboires des fermiers des environs, aux prises avec les redoutables Tuskens du clan d’A’Yark, un peuple farouche de guerriers du désert, qui voient d’un mauvais œil l’usage des vaporateurs pour extraire l’eau de l’air. Un système d’entraide s’est même organisé sous la houlette d’Orrin Gault et de ses deux enfants, Mullen et Veeka, qui a créé une caisse et une milice chargée de repousser les attaques venues des sables. Tous gravitent autour de l’oasis de Pika, où Annileen Calwell, veuve et mère de deux adolescents turbulents, Kallie et Jabe, tient d’une main de fer sa concession – entre épicerie, quincaillerie, poste, bar, location de véhicules et d’animaux, lieu de rencontre… Mais alors que la jeune femme se lance à la poursuite de sa fille Kallie, partie sur le dos d’un dewpack emballé, elle croise la route de Ben en plein désert, et cet homme solitaire pique sa curiosité.

Car si celui-ci tient à rester tranquille, il n’a guère d’autre choix que de se rendre à la boutique d’Annileen pour faire ses courses. Les ennuis des fermiers vont bientôt devenir les siens, entre les attaques Tusken et les hommes de main de Jabba très intéressés par la Caisse des colons.

Western galactique

Pour tout vous dire, j’ai mon « fiancé fictif » dans chacune des trilogies Star Wars… Et l’ami Obi-Wan est celui de la Prélogie, qu »il soit tout choupinet en Padawan ou plus sûr de lui et sage dans les Episodes II et III. Quelle classe. Et j’avais bien envie de retrouver ce pote-là dans une petite aventure dédiée. Et c’est un Obi-Wan plus triste et mélancolique, désireux de s’adonner à la contemplation et à la méditation plus qu’à une action quelconque, culpabilisant de ne pas avoir vu avant sur quelle mauvaise pente glissait Anakin. Mais voilà, la tranquillité, ça n’était pas pour tout de suite… comme dans tout bon western, où le solitaire en quête de rédemption finit toujours par devoir user de ses talents pour aider tout le monde. Mais il est temps de plonger un peu plus en profondeur derrière cette couverture kitschouille où notre Obi-Wan galactique ressemble à un Jésus de brochure des témoins de Jéhovah.

Si en lisant l’introduction du roman, où il était question de l’auteur qui voulait rédiger une sorte de western dans l’univers de Star Wars, j’étais un peu sceptique car très précautionneuse avec ce genre de comparaison, eh ben… on est bel et bien dans un schéma de western. Et ouais! Je parlais de la quête de rédemption et de la volonté de solitude d’Obi-Wan mais il n’y a pas que cela: il débarque en un lieu paumé, habité par une communauté de péquenauds fermés comme des huîtres qui oscillent entre curiosité et rejet envers l’étranger, avec parmi eux une femme visiblement trop talentueuse pour ces ploucs qui ressent un vif intérêt pour le nouveau venu, le tout dans une nature radine où sévissent des autochtones hostiles (les Tuskens) et des bandits (hommes de main de Jabba venus de Mos Esley). Et comme un fait exprès, c’est cet « étranger » qui contre toute attente, et contre sa propre volonté, va faire montre de bienveillance envers eux, jusqu’à les protéger malgré eux de leurs ennemis. Et Obi-Wan étant aussi un Jedi, donc tenant d’une philosophie du respect de tous, il tentera également de mieux comprendre les habitants du désert, les redoutables Tuskens.

Notre Jedi déchu et surtout déçu, qui souhaite avant tout conserver l’anonymat, n’aura d’autre choix que de se frotter à la communauté locale. Et il découvre des êtres hauts en couleurs, la plupart humains, d’autres non-humains, gravitant autour des fermes et de la Concession possédée par Annileen dans l’oasis de Pika, à la fois soudés et sujets à des tensions internes. Les deux personnages les plus importants sont Orrin Grault, un fermier aisé, dont le plus jeune fils a été tué lors d’un raid tusken sur ses terres. Avec sa progéniture restante, Veeka, jumelle du jeune défunt qui se plait à boire avant de mettre le souk, et Mullen, un garçon brutal gonflé de son importance, il veille sur la communauté. En effet, il a créé une Caisse des Colons à laquelle il invite ses voisins à souscrire, qui a permis de financer la mise en place d’une milice chargée de repousser les raids et d’un tocsin qui sonne dès qu’une ferme est attaquée. C’est un beau parleur souriant qui désespère de voir Wyle Ulbrek, le vieux radin du coin, souscrire à la Caisse, et qui accueille « Ben » Kenobi avec chaleur – en partie par intérêt car l’étranger a visiblement les moyens de rejoindre sa petite organisation. Mais une famille en particulier a toute l’attention d’Orrin Grault: les Calwell. Autrefois ami avec Dannar Calwell, propriétaire de la Concession de l’oasis de Pika, il s’est mis en tête de veiller sur sa veuve, Annileen, et sur leurs deux enfants Kallie et le turbulent Jabe, ingérable depuis la mort de son père et prompt à aller mettre la pagaille avec les jeunes Grault. Annileen est une femme avec la tête sur les  débordée, entre son métier prenant, ses inquiétudes pour Jabe et l’énergie de Kallie. Et au fur et à mesure qu’on la découvre, on comprend que si elle a profondément aimé son mari, elle n’est pas satisfaite de la vie qu’elle mène dans l’oasis, qu’elle a d’autres talents qu’elle aurait pu exercer ailleurs. Femme avec du bien du fait de son travail et de ses comptes méticuleux, estimée de tous, elle est pour ainsi dire « convoitée » par Orrin Grault, qui du fait de la proximité de leurs deux familles, la tient pour acquise. D’ailleurs, la plupart des habitants de l’oasis les considèrent comme quasiment mariés, mais la dynamique Annileen a d’autres chats à fouetter…

D’autant plus qu’avec l’arrivée de Ben Kenobi, elle fait la connaissance d’un être différent et moins rustre, qui voit plus loin que les autres. Et parce que Ben la fascine et lui laisse entrevoir autre chose, cela ne peut que ressusciter des interrogations sur son existence, et le sens de celle-ci. Et parce qu’elle commence à ressentir qu’elle peut aspirer à autre chose, à un bonheur plus personnel, à la hauteur de ses capacités… Car un être comme elle – on apprend que vingt ans auparavant, cette grande amoureuse des animaux dont elle s’occupe avec sa fille, avait rempli une demande pour intégrer un cursus universitaire en exobiologie, qu’elle n’avait jamais envoyée car des problèmes familiaux l’avaient rattrapée à ce moment. Ceci dit, n’imaginez pas que les aventures de Kenobi dégénèrent en romance. Oh non, de cela, même s’il y a une visible attirance entre les deux protagonistes, il n’est jamais question. Ceci dit, petit point UE Star Wars: Obi-Wan Kenobi, pour sage et rusé qu’il soit, a bien failli quitter l’Ordre Jedi par amour dans sa jeunesse, c’est du moins ce que l’on apprend dans la série Star Wars: The Clone Wars, qu’il a vécu une romance avec la duchesse Satine Kryze, il n’est donc pas froid et peut ressentir de l’affection pour certaines personnes en particulier, ce qui nous le rend plus humain. En particulier dans ses méditations, où d’adressant à Qui-Gon Jin, il évoque à mots couverts ses pensées allant vers Annileen. C’est drôle mais la relation entre Obi-Wan/ »Ben » et Annileen n’est pas sans me rappeler, en plus light, celle de Jill et de l’Homme à l’harmonica dans Il était une fois dans l’Ouest (l’un de mes films favoris de tous les temps, avec une B.O. qui décoiffe): la femme de caractère, qui en a dans le citron, au milieu des ploucs, et qui voit débarquer un étranger solitaire, différent des autres, qui l’attire et qu’elle ne laisse pas indifférent, mais avec qui toute romance réelle est impossible. Allergiques aux love stories, rassurez-vous donc.

La petite communauté et la femme de caractère sont bien sûr paumés en pleine pampa, dans un environnement hostile, aussi bien au niveau climatique que « géopolitique », si j’ose dire. Car il y a bien sûr, dans ces zones isolées, des criminels qui rackettent les colons et les fermiers sous prétexte de leur offrir leur protection, comme c’est le cas avec les hommes de Jabba, mais aussi des habitants déjà bien installés qui, en toute légitimité, voient d’un mauvais œil les nouveaux arrivants qui commettent des actes sacrilèges dans leur habitat. C’est ainsi que nous en arrivons à découvrir un autre peuple de la « galaxie » Star Wars: après les Hutts dans la Trilogie Yan Solo, je vous présente les Tuskens de Tatooine. Oubliez les Jawas, petits bonhommes encapuchonné aux voix aigües, mais remettez-vous plutôt en mémoire ces grands individus en robe, scrutant le désert du haut des falaises, enveloppés dans des robes marrons, portant lunettes et filtres à air sur leurs visages hermétiquement emmaillotés dans des bandelettes. Guerriers redoutables qui ne souhaitent pas voir les fermiers manquer de respect au désert. On les découvre à travers le clan d’A’Yark, sans conteste le personnage le plus ambigu de l’histoire, qui dévoile les croyances de son peuple, en particulier la mythologie associée aux deux soleils de Tatooine, la conception de la vie comme souffrance, le respect absolu du désert… Mais plus fascinantes sont les façons d’agrandir les clans par les enlèvements, où les prisonniers sont assimilés, d’abord comme esclave et parfois comme membres de la famille, qu’ils emmaillottent complètement et vêtent comme eux – montrer le moindre bout de chair est obscène selon eux. C’est à la fois effrayant et représentatif de la grande variété et de l’inventivité de l’univers de Star Wars.

Conclusion – Une petite friandise pour fans

Voili-voilà! Vous savez l’essentiel de cette petite novellisation (enfin, façon de parler, elle fait quand même 500 pages) des familles, qui reprend un schéma de western dans l’univers de Star Wars. Et pas avec n’importe quel personnage, un mec que l’on peut vraiment définir comme « un bon » pour reprendre l’expression de mon frère (il ne l’a employée que pour Obi-Wan et pour Bail Organa dans toute la saga), un type que l’on recroise volontiers dans l’UE de la saga: Obi-Wan Kenobi. Une histoire qui retrace son parcours entre la fin de l’Episode III où il laisse Luke en sécurité chez son oncle et sa tante par alliance, et sa décision de devenir l’ermite que l’on connait dans l’Episode IV.

Si ce roman ne m’a pas autant emballée que Liens du Sang dont l’intrigue est vraiment bien construite et captivante, ou que la Trilogie Yan Solo lue l’an dernier, il n’en reste pas moins que Kenobi m’a fait passer un très agréable moment et que j’ai apprécié ce retour dans le désert de Tatooine. J’ai pris un très grand plaisir à suivre les différents habitants de l’oasis de Pika, en particulier Annileen qui a toute ma sympathie, car jonglant entre son boulot, ses enfants, un soupirant un peu pressant qui la tient pour acquise, et surtout parce qu’elle vaut beaucoup mieux que la place qu’elle occupe. Bref, petit coup de cœur pour cette femme sympathique qui ne pouvait que tomber sous le charme d’Obi-Wan – même si, on s’en doute, rien ne peut se passer – qui a beaucoup d’estime pour elle. Bref, une histoire que les fans savoureront comme une petite douceur exotique en attendant la sortie du prochain épisode.

J’espère en tout cas que cette chronique vous aura fait passer un bon moment et titillera gentiment les quelques starwarsiens qui suivent ce blog. Je vous souhaite un excellent week-end et vous dis à bientôt pour de nouvelles aventures livresques.

Blanche Mt.-Cl.


Le thé idéal pour l’accompagner: Pas de thé, mais un bon café noir de cowboy pour apprécier au mieux l’univers rude de Tatooine.

Titre: Kenobi
Auteurs: John Jackson Miller
Editions: Pocket
512 p.
Parution: Août 2015
Prix: 8,95 €

Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse de livres et de films SFFF mais pas que (de tout ce qui raconte de bonnes histoires, en général), auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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