Meurtres en musique – Opéra (Dario Argento, 1987)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

J’espère que vous allez bien! Tout d’abord, je tiens à vous remercier pour vos réactions très positives aux premiers articles de l’Autumn of Antique, une thématique dédiée à l’histoire ancienne que j’ai lancée il y a quelques jours sur le blog. Je ne m’attendais pas à susciter autant d’intérêt, et j’espère que la suite de la saga « égypto-hittite » vous plaira tout autant! Car l’automne verra encore bien des présentations de livre sur l’une et l’autre de ces civilisations, ainsi qu’une ou deux vidéos de synthèse sur Instagram.

Affche – Source: DVDClassik

Mais en attendant, j’ai eu envie de parler à nouveau de cinéma… avec un petit opus visionné début juin, si je me souviens bien, et que j’avais totalement oublié – parce qu’il y a eu une période où j’ai bouffé tellement de cinéma que certaines œuvres me sont sorties de la tête. Mouais, si j’ai oublié, vous vous attendez sans doute à un film qui craint, mais pas tout à fait. Je dirais plutôt qu’il s’agit d’un film bien WTF, parce que ce n’est ni plus ni moins qu’une variation du Fantôme de l’Opéra signée Dario Argento… Opéra, sorti en 1987. Mais commençons par le début: de quoi ça cause?

Carnage « parmesan »

Nous sommes dans les années 1980, à Parme. Un grand opéra de Verdi, Macbeth, est monté au Teatro Regio, et sa mise en scène confiée à Marco (Ian Charleson), un réalisateur de films d’horreur. Mais la cantatrice, Mara Cecova, est renversée par une voiture et son rôle est alors attribué à Betty (Cristina Marsillach).

La jeune femme se retrouve donc soudainement sous les projecteurs, et le soir de la première, alors que la mise en scène de Marco est décriée, sa performance à elle est saluée de manière unanime. Cependant, à la fin de la représentation, on retrouve le corps d’un ouvreur. C’est durant cette nuit qu’un mystérieux tueur s’introduit chez Stefano (William McNamara), le petit ami de Betty qui passe la nuit chez lui. Attachant la jeune femme, il l’oblige à assister à l’assassinat de Stefano… Torturée par des visions particulièrement violentes, refoulées depuis l’enfance et qui reviennent suite à ces scènes horribles, Betty choisit de ne pas prévenir la police. Au lieu de cela, elle se confie à Marco, le metteur en scène, et lui raconte que le tueur pourrait bien l’avoir connue, elle ou sa mère, des années auparavant.

Betty dans Macbeth – Source: Imdb

Alors qu’on est en droit de se demander si l’opéra est aussi maudit que le prétend la rumeur, arrive l’inspecteur Alan Santini (Urbano Barberini) pour enquêter sur le meurtre de l’ouvreur assassiné pendant la première…

Folie baroque bien WTF

Si je vous en parle, c’est parce qu’il s’agit de mon tout premier Dario Argento. Et oui, à bientôt 33 ans, j’ai vu Opéra, mon premier Dario Argento, en entier du moins – car j’ai eu la bêtise de tenter Suspiria un soir où j’étais particulièrement fatiguée et je me suis endormie après avoir vaguement vu des asticots partout. Et si je vous parle d’Opéra, c’est également parce que j’ai beau aimer les trucs barrés, eh bien, il est tellement WTF que je ne sais pas vraiment quoi en penser. Il m’a fallu faire deux-trois recherches sur Dario Argento avant de rédiger cette chronique, et même là, je connais trop peu sa filmo pour m’étaler et raconter des conneries.

Décor de Macbeth – Source: DVDClassik

Opéra sort donc en 1987, et l’accueil est plutôt mitigé en Italie – certains disent que le réal s’y auto-parodie, mais n’ayant qu’entr’aperçu Suspiria, je ne saurais trop vous le dire. Toujours est-il qu’en France, le film ne sortira jamais en salle, et débarquera directement en vidéo en 1990. Le réalisateur dira lui-même que le tournage aura été difficile, une des pires expériences qu’il ait vécues, entre accidents, difficultés à travailler avec Cristina Marsillach, l’interprète de Betty.

Mais il est clair que dans Opéra, Dario Argento a des vues spécifiques sur la réalisation, concevant le cinéma comme un art total, où la séparation des genres est assez poreuse. C’est ce qu’il se permet dans Opéra. En effet, le film s’inscrit dans la tradition du giallo, genre dans lequel Argento débute. Il s’agit d’un genre de série B d’exploitation, très en vogue en Italie des années 1960 à 1980, qui mêle policier, horreur et même érotisme. Entre le serial killer qui place des pointes sous les paupières de Betty pour l’empêcher de fermer les yeux lorsqu’il massacre tout le monde devant elle, ce qui donne des visuels bien gore dignes de films d’horreur, Opéra flirte avec l’érotisme, non pas en faisant le paradis du nibard comme c’était le cas dans pas mal de séries B des eighties, mais avec la relation tendue de l’héroïne avec ses propres désirs, parasités par des réminiscences sombres.

Betty, comme la poupée dans sa boîte, spectatrice impuissante de tous ces meurtres – Source: DVDClassik

Mais Opéra, ce n’est pas que ça. Parce qu’Opéra, c’est aussi un gros bordel, un gros délire visuel et narratif. Il semble d’au travers du personnage de Marco, metteur en scène incompris, Argento cherche à régler ses comptes avec le milieu de la musique classique, deux après que son propre projet de mise en scène pour Rigoletto de Verdi, n’ait avorté, tellement son affaire partait dans tous les sens. Et lorsque l’on voit la scène au décor post-apo de Macbeth, avec Betty vêtue d’une tenue noir et or clinquante qu’on croirait mixée entre du Paco Rabane et un tableau de Klimt, au milieu de ruines qu’on croirait être celle d’un bombardement, tandis que des corbeaux vivants sont lâchés sur scène… eh bien on nage dans un délire film d’horreur et fantastique, avec un côté très rock’n’roll à faire dresser les cheveux sur la tête des puristes. Pour ma part, j’ai beaucoup aimé le visuel baroque et chargé de la mise en scène de Macbeth (vous me connaissez, le minimalisme et moi, ça fait quatre! ☺️), et c’est peut-être ce que j’ai préféré regarder dans le film. Car pour le coup, il est évident, à la vue, que le film entier est un exercice de style d’1h47, avec des effets atmosphériques, sonores et visuels qui exacerbent encore la nervosité de la mise en scène… souvent au détriment du jeu des acteurs. 😂

La salle de l’Opéra de Parme – Source: Imdb

Car la présence des interprètes, aux mimiques souvent caricaturales, s’efface face à l’outrance des effets de caméra et de très gros plans sur une balle dans le canon d’un pistolet ou sur le reflet de la salle de l’opéra dans l’œil d’un corbeau. Argento use et abuse des mouvements de caméras rapides avec des angles incongrus, pour mettre en avant la subjectivité – on dit bien que l’on voit par les yeux de quelqu’un d’autre – et également l’impuissance de la spectatrice forcée à travers Betty, ses yeux sont comme en cage derrière les aiguilles placées par le tueur, elle devient voyeuse malgré elle lorsque sont trucidés sous ses yeux son petit copain ou une malheureuse costumière. Une réelle esthétique gore et masochiste se met en place, autour d’une héroïne qui, quelque part, n’est pas elle-même exempte de masochisme: elle se complait dans le milieu de l’opéra en suivant les traces de sa mère, malgré la violence des souvenirs qui lui sont associés. Je ne dis pas qu’elle cherche la merde qui lui arrive, loin de là, mais elle a elle aussi sa dose malsaine, comme il est peu à peu révélé dans le film.

Un film est certes un spectacle, mais ici nous assistons à différents spectacles dans le spectacle, alternant les point et les angles de vue à une vitesse étourdissante, avec un goût parfois assez douteux dans les éclats sanglants. Les attitudes restent très théâtrales, qu’il s’agisse de Marco, Betty, ou même le tueur une fois que celui-ci est démasqué (si vous avez vu Opéra, vous me direz si vous ne l’aviez pas grillé de suite vous aussi!). Tout comme Marco cherche des spectateurs pour sa mise en scène post-apo de Macbeth, le tueur cherche lui aussi une spectatrice, de préférence passive, qui ne pourra que regarder car elle n’aura pas d’autre choix. Il est donc question d’une quête d’absolu et de l’incompréhension qui va avec. Mais en fin de compte, Opéra souligne sans arrêt que le spectacle est partout et n’est pas que sur la scène, comme à la quête de regards, et que ces regards se baladeront toujours, jusqu’à se poser, pour juger un acte ou une mise en scène, jauger un être… ou juste pour se rincer l’œil. Brrrrr…

Spectacle dans l’œil du corbeau – Source: DVDClassik
Le regard emprisonné de Betty – Source: DVDClassik
Conclusion – Spectacle dans le spectacle

Vous savez donc l’essentiel de ce qu’il y a à savoir sur Opéra, cette variation en roue libre totalement WTF sur le thème du Fantôme de l’Opéra sauce thriller spaghetti. Dario Argento y malmène ses personnages comme ses spectateurs, étourdis par les effets visuels outranciers et la nervosité de la mise en scène, les mettant à la fois à la place de spectateurs et de voyeurs. C’est hyper malaisant, d’autant plus que la forme empiète souvent sur le fond – car au final, émotionnellement, eh bien… l’héroïne a beau être terrifiée, l’atmosphère est telle, avec son esthétique papier glacé très artificielle, qu’il se crée – du moins je trouve – une sorte de distanciation du spectateur avec la folie ambiante. Pour tout vous dire, j’en ai tellement tellement pris dans les yeux et les oreilles que, les nerfs vrillés par cette débauche d’effets, j’ai fini par me détacher progressivement de ce qui se jouait. Et pour moi qui adore Le Fantôme de l’Opéra, eh bien… autant je peux apprécier qu’on prenne des libertés avec l’interprétation du thème, mais je ne suis pas convaincue par l’harmonie de l’ensemble, et encore moins par la tournure de la fin, encore plus WTF que tout le reste.

Je vous laisse avec la bande-annonce de la « chose » – qui je trouve avec son son rock a presque une portée comique, sans savoir si je vous le recommande ou non… 😂 Pour le moment, je laisse à votre sagacité le choix de le regarder, tout ce que je peux vous dire c’est que le film est bien WTF, et que, que vous aimiez ou non, il ne vous laissera pas indifférent. En tout cas, il aurait sa place dans Opération Frisson de Yannick Dahan! 😂 La prochaine fois que je vous reparle de Dario Argento, il s’agira de sa vraie adaptation du Fantôme de l’Opéra sortie en 1998, ou de Suspiria!

Je vous souhaite une bonne découverte, ainsi qu’une excellente fin de journée!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Opéra
Année de production: 1987
Réalisation: Dario Argento
Origine: Italie
Durée: 1h47
Distribution: Ian Charleson, Cristina Marsillach, William McNamara, Urbano Barberini…

Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse de livres et de films SFFF mais pas que (de tout ce qui raconte de bonnes histoires, en général), auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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