Autumn Of Antique #2 – L’Egypte de Christiane Desroches Noblecourt en trois livres

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

© CNRS Photothèque / OROP – Source: CNRS

Me voici de retour avec l’Autumn of Antique sur le blog. J’espère que vous avez apprécié l’ouverture du bal avec La Femme au temps des pharaons de Christiane Desroches Noblecourt (1913-2011).

Et j’ai décidé, dans ce second article dédié à l’antiquité, de rendre hommage à cette grande dame de l’égyptologie française, tout en vous faisant une petite sélection de trois ouvrages que j’ai eus l’occasion de lire. Et vous verrez que certains de ses textes remontent à loin! Car qui, en France, s’est de plus ou moins loin intéressé à l’Égypte pharaonique, ne connaît pas, au moins de nom, cette femme à la carrière d’archéologue et d’égyptologue qui a traversé les décennies en rendant sa discipline accessible au grand public? Après un rapide portrait de la dame, je vous présenterai succinctement les livres!

Installez-vous bien confortablement avec un petit thé à portée de main… et c’est parti! 🍵

Portrait de la « grande prêtresse »

Christiane Desroches naît le 17 novembre 1913 (Yeah! Scorpion Power! 😎) dans un milieu bourgeois cultivé. Pour preuve, Papa Louis, licencié ès Lettres, est avocat, et Maman Madeleine est l’une des premières femmes à obtenir une licence de Lettres classiques à la Sorbonne. Petite fille, elle se passionne pour la découverte du tombeau de Toutankhamon en 1922. Elle décroche une licence en lettres égyptiennes à l’École Pratique des Hautes Études, et fait des études à l’École du Louvre, avant de rejoindre en 1936 le Département des Antiquités égyptiennes du Louvre. Elle entre très vite, malgré le tollé de l’époque (n’oubliez pas qu’elle est une femme!), à l’Institut français d’archéologie orientale au Caire, où elle fréquente le gratin de l’égyptologie, et dirige ses premières fouilles en 1938-39. Au cours de ses voyages d’études, elle remonte le Nil jusqu’en Nubie, vers Abou Simbel, dont elle sauvera le temple dans les années 1960.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle parvient à cacher des pièces égyptiennes du Louvre en Province, avant de se lancer dans des projets d’envergure à partir des années 1950, en conservant son nom de jeune fille à côté de celui de son mari, André Noblecourt. Elle lance l’idée de surélever les temples de Nubie, dont l’impressionnant monument de Ramsès II et Nefertari, afin de les préserver de l’engloutissement suite à la construction du barrage d’Assouan. Mais c’est en 1967 qu’elle « starise » littéralement l’égyptologie. Pour ce faire, elle obtient le soutien du président Charles de Gaulle, qu’elle avait quelques années auparavant mis dans l’embarras en prenant des engagements au nom de la France pour la sauvegarde d’Abou Simbel, et de son ministre de la culture André Malraux, ainsi qu’avec celui du président égyptien Nasser, pour l’organisation de l’exposition Toutankhamon au Petit Palais. C’est un succès phénoménal, qui avec les travaux d’Abou Simbel, resserre les liens diplomatiques entre la France et l’Égypte mis à mal par l’intervention française du canal de Suez en 1956. Par la suite, ce sera une exposition dédiée à Ramsès II en 1976. À tel point que le gouvernement el-Sadate, succédant à Nasser, offre au Louvre un buste d’Akhénaton.

Continuant de fouiller et de publier dans les années 1980 et 1990, elle reste une figure connue du milieu archéologique et du grand public français. Si bien que c’est avec une certaine tristesse que j’ai appris en 2011, le décès de cette mamie de l’égypto au parcours passionnant. Elle aura su intéresser les gens à sa discipline, et reçu cinq distinctions de la République, dont la Médaille de la Résistance, celle de Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres, et  Grand Croix de la Légion d’Honneur. Je vais maintenant vous parler de trois de ses publications…

Toutankhamon et son temps (Petit Palais, 1967)

Cet ouvrage est un peu particulier. Tout d’abord parce que c’est le premier Christiane Desroches-Noblecourt que j’ai eu en ma possession, et que Toutankhamon, c’est un genre de lien fantasmé avec elle. Car si je suis du même signe astrologique et du même décan que la dame, c’est à l’âge qu’elle avait quand elle a appris la découverte de la tombe de Toutankhamon, que j’ai vu mon premier documentaire sur le sujet et qu’une grande passion est née, pour ne pas me quitter pendant toute mon adolescence. Et ce livre est également particulier parce que c’est un de mes anciens professeurs du collège qui me l’a offert, après l’avoir trouvé chez un bouquiniste à Paris. Et c’est un collector car Toutankhamon et son temps n’est rien de moins que le catalogue de l’exposition qui s’est tenue au Petit Palais en 1967. Plusieurs de mes professeurs du collège nous en avaient parlé en cours, car ils y avaient été enfants et avaient été émerveillés par la scénographie autour du masque. Pour ma part, je me suis refusée à aller à la dernière, pour un prétexte émotionnel et idiot: l’absence du masque. Et en plus, j’avais peur de me mettre à chialer ou de me taper une bonne crise du « syndrome de Stendhal » devant telle ou telle pièce! 😂 Vous imaginez le tableau?…

Toujours est-il que ce livre, abondamment illustré – regardez la délicatesse de la couverture! – rend compte non seulement des magnifiques pièces exposées, mais également du contexte historique et du règne de Toutankhamon, qui arrive après une période troublée. Si aujourd’hui les connaissances sur l’enfant-roi ont évolué, Toutankhamon et son temps reste une pièce inestimable qui a rendu cette période mieux connue du grand public.

Le fabuleux héritage de l’Égypte ancienne (Télémaque, 2004)

Quand j’étais plus jeune, j’aimais à penser que les Égyptiens avaient inventé des tas de trucs captivants dont sans le savoir nous avions hérité! Aussi me suis-je fait offrir, à un Noël, Le Fabuleux héritage de l’Égypte. Je l’ai relu et ramené de mon ancienne bibliothèque de chez mes parents il y a peu de temps, dans le cadre de mes recherches pour le fameux « projet d’écriture parallèle ». 😂 Alors, cet héritage, c’est quoi-t-est-ce?

Christiane Desroches Noblecourt dresse dans son livre un panorama des disciplines égyptiennes qui ont laissé leur empreinte jusque dans le monde occidental: sciences et techniques , philosophie et sagesse, médecine, iconographie, linguistique… A travers quatorze chapitre (Le calendrier/ Le lion et les sauterelles / La grenouille, de la protohistoire jusqu’aux églises chrétiennes / Poissons, tabous et résurrection / Le jeu de l’oie « renouvelé des Grecs » / Saint-Georges et Saint-Christophe / Des mines de turquoise à l’alphabet / La médecine égyptienne / L’architecture et son héritage / Les mots voyageurs / Le legs de l’Égypte à Israël ou Joseph et l’Égypte / La sagesse / Théogamie, Mythe de la déesse mère et la Barque sacrée / Dans le secret des sanctuaires). Avec une plume enthousiaste, et d’une façon très ludique, elle rend compte de la portée de certaines inventions empiriques que les Égyptiens n’ont jamais théorisées, de symboles spéciaux tels les poissons ou les motifs de chasseurs harponneurs qui auraient inspiré l’imagerie de saints chrétiens (comme Isis allaitant aurait influencé les représentations de la Vierge à l’Enfant). Mon chapitre favori est sans conteste celui sur les poissons – oui, oui! 😂 – qui rendent compte non-seulement d’un tabou alimentaire mais aussi des enjeux sous-jacents, autre que décoratifs, aux scènes de pêche peintes dans les tombes. J’ai également assez apprécié tout ce qui touchait à la médecine et à la linguistique – avec les mots qui nous viennent de l’Égyptien.

Un ouvrage sympathique, même accessible aux profanes… quoique je pense que certaines théories soient un peu capillotractées!

Lorsque la nature parlait aux Égyptiens (Points, 2004)

Lorsque la nature parlait aux Égyptiens est petit livre court, que j’ai lu en une matinée. Encore une fois d’une lecture agréable, il revient sur l’environnement naturel de l’Égypte antique, auquel les habitants ont souhaité donner un sens. Dans l’ensemble, j’ai beaucoup aimé, quand bien même j’ai trouvé les chapitres assez inégaux – je pense que c’est plus une question de goûts personnels qu’autre chose. Il y est question de végétation, de formations rocheuses étranges qui correspondraient à des symboles ou des incarnations divines, de l’inondation, de chimères telles le sphinx… Un parti pris qui m’a beaucoup interpelée.

Pour ma part, trois choses en particulier m’ont plu. Le chapitre sur « La Grotte sacrée de la Vallée des Reines » nous emmène à l’ouest de Thèbes, dans une grotte aménagée en bassin dédié à la déesse Hathor, où s’écoulaient les eaux d’un ouadi local durant les périodes de pluie, avec l’entrée pile dans l’alignement du pylône du temple d’Amenhotep III avec les fameuses « statues chantantes » des colosses de Memnon. Dans « Deux centrales divines à Abou Simbel », il est question du lien entre la signification « astronomique » du temple où Nefertari est représentée en incarnation de l’étoile Sothis qui annonce le retour de la crue chaque année. Mais mon préféré de tous reste le chapitre dédié aux plantes du Nil – faux lys, papyrus, lotus – à ce qu’elles représentent dans la symbolique royale et religieuse, notamment le lotus blanc, symbole de résurrection.

Conclusion – Une mine de connaissances

Comme vous l’avez vu, entre les portes qu’elle a ouvertes, en tant que femme, savante et égyptologue, ses projets audacieux et son enthousiasme à partager ses connaissances, Christiane Desroches Noblecourt aura marqué la perception de l’Égypte qu’aura eu le public français. Sa plume est accessible, pleine de passion pour son sujet… ou plutôt pour ses sujets, car ses publications recouvrent plusieurs aspects de la civilisation pharaonique. Aussi, si vous souhaitez en apprendre plus sur l’Égypte ancienne, vous pouvez toujours piocher parmi ses diverses publications, et si le personnage vous intéresse, vous trouverez toujours des entretiens qu’elle a donnés. Pour ma part, plusieurs de ses livres figurent dans ma wish-list – sur Hatshepsout, Ramsès II, le mythe de la Déesse Lointaine…

Bref, c’est autant un incroyable destin à découvrir qu’une mine de connaissances où creuser! J’espère en tout cas vous avoir fait passer un bon moment en compagnie de cette pionnière, et donné envie de jeter un œil à ses livres. Sur ces bonnes paroles, je vous quitte et vous retrouve bientôt pour un autre article dédié à l’Antiquité… pourquoi pas aux Hittites cette fois-ci? 😉 À très bientôt pour d’autres chroniques!

Blanche Mt.-Cl.

Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse de livres et de films SFFF mais pas que (de tout ce qui raconte de bonnes histoires, en général), auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

4 réflexions au sujet de “Autumn Of Antique #2 – L’Egypte de Christiane Desroches Noblecourt en trois livres”

  1. Eh bien ! Tu sembles retrouver le goût de la lecture et c’est super 😊 Une question d’intérêt ? En tout cas, ça fait envie et je me note tout ces ouvrages que tu proposes dans ce nouveau RDV (que je suis contente que tu le fasses!) pour le jour où je voudrais me replonger dans de tels ouvrages ! (C’est cyclique, chez moi)

    Aimé par 1 personne

    1. J’avoue que le goût de la lecture ne m’a pas vraiment quittée, et c’est pour ça que j’ai été si décontenancée par ma récente succession de déceptions, car c’était justement à un moment où j’avais très envie de lire. Et finalement ce sont des lectures « utilitaires » pour mes recherches qui m’ont le plus bottée ces derniers temps, alors autant en faire profiter le blog avec des posts historiques! Comme en plus l’histoire fait partie de ma formation avant le graphisme, c’est très intéressant de renouer avec la « méthode » historique, de jeter un autre regard sur les civilisations autres que celle biaisée par nos conceptions actuelles, qu’il s’agisse de négatif ou même de positif.

      Mais là, je ne pouvais pas parler d’Égypte sans mentionner cette chère Christiane! 🙂 Je suis vraiment ravie, et très agréablement surprise des réactions quant à cette thématique historique, j’avais très peur que cela ennuie les gens où qu’ils pensent que je me la pète un peu avec mes sociétés antiques. Finalement je devrais craquer mon slip plus souvent avec les thématiques! 😊

      Bonne soirée à toi!

      Aimé par 1 personne

      1. Mais oui, les gens aiment les thématiques il me semble, alors n’hésite pas ! Et puis tes articles sont toujours très intéressants, c’est poussé… Alors un peu longs pour lire durant une pause mais justement, c’est ça que j’aime car c’est développé, c’est pas juste des articles en surface 😊

        Aimé par 2 personnes

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