Planet Opera à l’ancienne – Une Princesse de Mars (Edgar Rice Burroughs)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

J’espère que vous allez bien, que ceux qui sont bientôt en vacances ne sont que joie et que ceux qui s’apprêtent à retourner bosser sont bien reposés… Pour moi le retour de quelques jours de vacances est un peu morne: il fait gris dehors, je n’ai pas d’extérieur dont je peux profiter… Afin d’égayer un peu cette dernière journée de juillet, j’ai décidé de vous parler, ou plutôt de vous re-parler d’un roman lu il y a longtemps, un vieil ouvrage de SF paru pour la première fois en 1913… En effet, pourquoi ne pas vous reparler d’Une Princesse de Mars d’Edgar Rice Burroughs, maintenant qu’il y a plus de monde sur ce blog? Et surtout, pour donner plus de couleurs à ce milieu d’été un peu morne après la canicule!

Je vais donc vous présenter ce roman dégoté et lu alors que je travaillais en Angleterre il y a quelques années, et c’était l’une de mes premières lectures en V.O. depuis l’université. Préparez-vous à suivre John Carter sur la planète Mars où, de prisonnier, il va devenir un héros… Pour vous parler de tout ça, je vais changer la structure habituelle de l’article, afin d’évoquer l’œuvre de Rice Burroughs ainsi que l’adaptation – que vous connaissez peut-être – tirée de son roman, et par la même occasion, je vous ferais part de ce qui me passe par la tête concernant l’adaptation de SF à l’ancienne.

Une aventure interplanétaire parue en 1913

Ah… Une Princesse de Mars. Un tel titre a quelque chose de kitsch, et n’est pas sans nous évoquer le désert rouge de Mars, le ciel orange (en fait, rosé d’après les photos des sondes), ces extraterrestres étrangement humanoïdes aux brushings laqués et aux vêtements moulants, ces courageux voyageurs de l’espace avec de gros pistolets bruyant qui envoient des décharges… En résumé, tous les clichés véhiculés par la science-fiction des années 50 et 60, films et comics réunis. C’est en partie vrai, car il est à parier que ce livre a dû inspirer le space opera par la suite. Ray Bradbury lui-même a admis s’être inspiré de son œuvre « martienne » pour ses Chroniques. Aussi, quand vous lirez, je vous recommande d’oublier absolument tout ce que vous savez sur la science-fiction « à l’ancienne », et laisser complètement aller votre imagination.

Le livre comme le film, John Carter, sorti un siècle plus tard, nous raconte l’histoire de John Carter (ouais logique), un vétéran de la Guerre de Secession, qui se retrouve instantanément transporté sur Mars – Barsoom en langage martien – alors qu’il se réfugie dans une grotte pour échapper à des poursuivants. A l’époque où Une Princesse de Mars a été publié, il était courant de donner à un roman d’aventure ou à un roman l’apparence de la vérité, en impliquant l’auteur lui-même. Je m’explique: l’histoire est présentée comme un fait réel, comme le témoignage d’Edgar Rice Burroughs à propos de ce fameux John Carter, un ami de sa famille qui aurait vécu de nombreuses aventures à travers le monde. Burroughs nos présente Carter comme un homme fort, bien de sa personne, bon et chevaleresque, le parfait type du gentlemen de Virginie – ce qui, pour le lecteur actuel, sonnerait comme un oxymore, mais nous y reviendrons plus tard. Burroughs rapporte en tout début de roman que Carter, qu’il considère comme son oncle, l’a mandé auprès de lui pour une affaire importante. Or quand enfin le jeune homme arrive sur place, le grand homme est mort et son corps, retrouvé sans vie mais aussi sans aucune marque de violence, a été enfermé dans un mausolée. En inspectant ses affaires, Burroughs découvre alors un vieux manuscrit qui va constituer la trame du roman…

Alors que John Carter, un courageux vétéran de la Guerre de Sécession, prospecte à la recherche d’or dans le désert d’Arizona avec un ami, ils sont attaqués par des Indiens. Alors que son compagnon est tué, il parvient à trouver refuge dans une grotte. Il s’y retrouve bientôt engourdi et incapable de bouger… avant de se réveiller sur Mars, avec la pleine conscience d’où il se trouve. Et ce n’est que le début d’une grande aventure. Car Carter découvre un monde nouveau, exotique, sur une planète chaude, désertique et mourante, avec différentes tribus se livrant une guerre sans merci. Il se découvre également un nouveau « talent »: à cause de la faible gravité régnant sur Mars, il n’est jamais entravé dans ses mouvements. Le voici donc doué d’une force étonnante et de la capacité de bondir à plusieurs mètres de haut. Peu après son réveil, il est capturé par la tribu des Martiens verts, les Tharks, une bande de guerriers insectoïdes de plus de trois mètres de haut, avec quatre bras. Ils sont extrêmement violents et ignorent tout sentiment d’amour et de compassion, mais Carter gagne leur respect grâce à ses dons incroyables et ses prouesses au combat. Il apprend auprès d’eux la langue de Barsoom et devient un grand guerrier, gagnant peu à peu ses ornements métalliques qui témoignent de son rang – car j’ai oublié de vous dire que sur Mars, tout le monde va nu à cause de la chaleur, à l’exception de ces bijoux placés aux endroits stratégiques.

Il fait pourtant la connaissance de « dissidents » parmi les Tharks: le jed (un noble guerrier) Tars Tarkas, plus juste, plus raisonnable et moins violent que ses congénères, capable d’empathie et ouvert d’esprit, et Sola, une jeune femme verte extrêmement douce qui prend soin de lui à son arrivée, mais qui est aussi victime de brimades de la part des autres. Elle cache également un terrible secret qu’elle va bientôt révéler à Carter, et qui pourrait lui coûter la vie si ses semblables l’apprenaient.

Mais les Tharks ont des ennemis: les deux tribus humanoïdes de Mars, les « hommes rouges » – les Héliumites et les Zodangans, habitant de deux cités rivales qui se combattent également. La situation se complique donc quand les Tharks capturent un vaisseau volant d’Hélium transportant à son bord la petite-fille du roi, la splendide princesse à peau rouge appelée Dejah Thoris – la fameuse « princesse de Mars ». John Carter en tombe immédiatement amoureux et s’arrange pour l’intégrer dans sa suite avec Sola qui les protège. Auprès de sa compagne, il apprend les secrets de ce monde mourant, en particulier celui de la production d’atmosphère dans des usines dédiées, enjeu de la guerre entre Hélium et Zodanga. Quand les tourtereaux décident de quitter les Tharks en compagnie de Sola qui n’a plus de place parmi les siens, ils sont alors pourchassés par la tribu et séparés au beau milieu du désert. Désespéré, capturé par les Tharks blancs, encore plus brutaux que les Verts, John Carter décide alors de mettre tout en œuvre pour retrouver celle qu’il aime, et ses aventures le mèneront jusqu’aux plus grandes cités de la planète rouge…

Et je ne vous en dirai pas plus, pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, car ce livre est FOISONNANT, plein d’intrigues et de combats, de cités et de populations plus exotiques les unes que les autres. De plus, Edgar Rice Burrough a rédigé de nombreuses suites, créant ainsi le « cycle de Barsoom » aussi connu en français sous le titre de Sous les Lunes de Mars et relatant les péripéties des enfants de John Carter sur Mars. Si j’ai bonne mémoire, France Loisirs a publié une intégrale il y a quelques années, mais boudant l’enseigne pour cause d’offre littéraire qui ne me convient plus et de mises en page de plus en plus moches et illisibles, j’ai renoncé. Bref. Le monde présenté regorge de couleurs et d’énigmes, au gré d’une intrigue plutôt rythmée pour un roman aussi ancien. Il n’est donc pas étonnant que des projets d’adaptations aient très vite titillé les studios, et si l’histoire vous semble vaguement familière, c’est peut-être qu’il y a quelques années, vous avez entendu parler de John Carter, production Disney adaptant librement l’œuvre d’Edgar Rice Burroughs.

Comment adapter Une Princesse de Mars, cent ans plus tard?

Je ne vous mentirai pas, John Carter, la récente adaptation d’Andrew Stanton pour les studios Disney, bien que les personnages soient les mêmes – on y retrouve Carter (Taylor Kitsch), Dejah Thoris (Lynn Collins), Kantos Kan (James Purefoy), Tars Takas (doublé par Willem Defoe), le prince de Zodanga Sab Than (Dominic West), et une trame sensiblement similaire – un type planqué dans une grotte qui se réveille sur Mars, avant d’être attrapé par les Tharks verts et de vivre de grandes aventures – est assez différente de l’ouvrage d’origine.

On pourrait dire, au vu du résumé que je vous ai fait, qu’Une Princesse de Mars  suit un schéma classique. Hormis le Cycle de Tschaï de Jack Vance et Dune de Frank Herbert, je n’avais pas lu énormément de space opera quand j’ai abordé les aventures de John Carter. J’avais déjà visionné John Carter, et apprendre qu’il s’agissait de l’adaptation d’un roman paru cent ans plus tôt avait titillé ma curiosité. J’étais vraiment très curieuse de savoir ce que donnerait un space opera de 1912, avant l’ère de l’exploration spatiale. Il est clair que l’œuvre de Burroughs a vieilli, et peut paraître très exotique à un lecteur contemporain. Comme je l’ai lu après avoir vu le film, j’ai été très surprise par ce héros sans le moindre défaut, capable d’apprendre tout à une rapidité tout sauf crédible – comme la langue de Barsoom – et par le caractère de Dejah Thoris, loin d’être une quiche mais un peu plus passive que la brunette combattive du film (1912, je vous le rappelle). Je sais que certains trouveront qu’il s’agit juste d’un macho sur Mars combattant pour une belle femme dont la « possession » le mettrait en valeur, et tuant à tour de bras des bonshommes verts comme il zigouillerait sans état d’âme toute une troupe d’Appaches. Mais ce serait, selon moi, beaucoup trop réducteur: il faut prendre en compte l’époque où le livre a été écrit, en particulier concernant les relations homme-femme, oublier ce qu’on sait maintenant. Personnellement je n’ai pas boudé mon plaisir à ce récit d’aventures chatoyant. J’ajouterais que Dejah Thoris, en comparaison d’autres héroïnes créées à cette période, n’est pas dépourvue de caractère. Elle est courageuse et résolue, capable de prendre des décisions difficiles de son propre chef, sans demander l’avis à ses parents masculins. Quant à dire qu’Une Princesse de Mars est raciste, je ne suis pas vraiment d’accord: John Carter va tout de même encourager la paix entre les différents peuples de Mars qui se méprisent les uns les autres, et être capable de tomber amoureux d’une femme issue d’un peuple et d’une planète différents, et dont la physionomie n’est pas sans rappeler celle de certaines tribus amérindiennes.

Selon certains experts du cycle de Barsoom (et oui, pour ça aussi il y a des experts), cités dans la préface de l’édition de chez Penguin, Une Princesse de Mars est une sorte de transposition de l’histoire américaine, avec ce mythe du final frontier typique de la mentalité pionnière. Carter est donc une sorte de John Smith mythifié, un pionnier qui part à la découverte d’un monde inconnu, et Dejah Thoris sa Pocahontas. Pour moi, cela paraît capillotracté, mais l’idée est là: Carter est un combattant et un médiateur, et qui plus que de se taper la belle meuf, s’intègre à ces cultures martiennes tout en y apportant sa touche, au point d’envisager une relation sérieuse avec la fille du cru et pas seulement une amusette. Pour ma part, j’ai éprouvé un grand plaisir à partager l’étonnement du héros, à me plonger dans sa description  quasi-anthropologique des peuplades martiennes, de leurs mentalités, des paysages colorés et des cités chamarrées de la planète rouge, de la surprise du héros. C’est peut-être bien ce côté kitsch qui fait le charme du livre. Et j’ajouterais que j’ai été positivement surprise par la description de la planète Mars, que j’ai trouvée très bien documentée quand on sait où en étaient les connaissances de l’époque à ce sujet – en particulier le problème de la gravité.

Il est clair que le lecteur du XXIe siècle aura du mal à s’identifier au personnage créé en 1912. Il a beau être un aventurier courageux et dans son genre, assez chevaleresque, vétéran de la Guerre de Sécession (1861-1865), sa description en tant que « gentleman du Sud » venant de Virginie ne nous parle pas vraiment. De plus, nous associons les Sudistes avec l’esclavagisme, le racisme et le conservatisme, donc tout sauf des valeurs positives. Quand bien même John Carter est un archétype, il véhicule pourtant des idées positives, prenant la défense des faibles, et n’aimant pas spécialement la violence, capable de douceur et de gentillesse… Mais pouvez-vous vous l’imaginer en héros de film, à notre époque? Ressentiriez-vous de l’empathie envers un type qui fait des bonds sur Mars, qui n’a peur de rien et paraît invulnérable? Honnêtement. Si vous voulez qu’un film marche, il faut s’adapter aux goûts du public, et cela passe, au-delà des effets spéciaux pour recréer les Tharks et autres décors martiens, par le traitement des personnages.

Depuis longtemps, les studios Disney souhaitaient s’atteler à une adaptation d’Une Princesse de Mars, afin de faire concurrence à de gros succès comme Star Wars (bon depuis, Disney s’est bien amusé avec ma saga préférée) ou Conan le Barbare, mais adapté au public de Disney. Dans John Carter, qui a finalement vu le jour dans les années 2010, le héros est toujours un vétéran, mais c’est un homme fragilisé: il a perdu femme et enfant, il n’a plus rien, souffre d’un gros problème avec l’autorité et quand il se cache dans une grotte au beau milieu du désert, c’est pour fuir la cavalerie qui le poursuit après son évasion d’une prison militaire. Il est donc plus proche de nos critères moraux actuels, il est plus vulnérable – ce qui offre plus de possibilités d’identification. Il nous est ainsi plus sympathique, et Stanton le décrit volontiers comme un « Indiana Jones sur Mars ».

Quant à Dejah Thoris, elle est devenue une charmante brunette athlétique et tatouée, avec un tempérament de feu, une combattante farouche, capable de se défendre par elle-même, capturée par les Tharks alors qu’elle a volé un vaisseau pour fuir un mariage arrangé avec un ennemi d’Hélium, le prince Zan Than. Sa jolie apparence cache également une grande instruction puisqu’elle est aussi membre de l’académie des sciences d’Hélium et est en train de mettre au point une arme capable de mettre fin à la guerre et à la faim sur Barsoom. Plus que la demoiselle en détresse – qu’elle est aussi à l’occasion – c’est une femme instruite et indépendante, mais aussi désireuse de dégoter un compagnon digne d’elle, et pas le sale con qu’on lui impose.

Dans cette adaptation, je suis particulièrement fan de Tars Tarkas, le guerrier des Tharks verts, pour qui j’ai toujours une grande sympathie dans le roman de Rice Burroughs. Je sais, les Tharks sont censés être incapables d’amour et plus portés sur la baston et les coups tordus, mais je m’en fiche. J’ADORE CE TARS TARKAS. C’est en quelque sorte l’adversaire éclairé, qui montre plus de curiosité que d’hostilité à l’égard de Carter lorsqu’il le voit faire ses sauts de cabri pour lui échapper. Il joue un rôle plus important que dans le livre, tout comme Sola. D’ailleurs, dans le film, Tars Tarkas connaît les secrets de cette jeune femme qu’à de diverses occasions, il protège des brimades de la tribu, au risque de se compromettre. Il va jusqu’à couvrir son évasion avec John Carter et Dejah Thoris. Il n’est donc pas seulement l’adversaire sympathique, mais aussi le protecteur.

Une histoire sensiblement différente

Hormis le fait – notable à l’écran – que les personnages ne sont pas nus (c’est un Disney, après tout!), il y a d’autres variations dans la trame de l’histoire. Si certains éléments demeurent, comme l’intervention du jeune Edgar Rice Burroughs (Daryl Sabara) au début du film, que l’on voit explorer l’étrange collection d’objets archéologiques rassemblée par John Carter qui, apprend-on, a passé les dix dernières années de sa vie à arpenter le monde à la recherche d’un mystérieux artéfact. C’est ainsi que le jeune homme se plonge dans le journal de Carter.

D’autres protagonistes sont ajoutés, les Therns – une sorte de prêtres protéiformes aux crânes rasés et aux robes blanches, dirigés par un certain Matai Shang (Mark Strong – le méchant de Kick-Ass). Ces personnages ne sont pas présents dans le premier volet du cycle de Barsoom et on ne les voit jamais dans Une Princesse de Mars, mais apparaissent dans le second tome des aventures de John sur Barsoom (The Gods of Mars, que je n’ai encore jamais lu).  C’est d’ailleurs après avoir tué l’un de ces Therns dans la grotte où il se cache, que Carter, en lui prenant son bijou, se retrouve transporté sur Mars. Ce bijou devient un élément de l’histoire à part entière puisque Tars Tarkas s’en emparera comme trophée quand il capturera John Carter. Celui-ci n’aura de cesse de chercher à le récupérer, car il y voit la clé de son retour sur Terre. De plus, on y voit le Prince Zan Than, prétendant malheureux de la belle Dejah Thoris, soutenu par les Therns qui s’emploient à faire échouer les recherches de la belle. C’est en fuyant la perspective de ce mariage qu’elle vole un vaisseau et passe au-dessus du camp Tark où elle est faite prisonnière et gardée par John Carter et Sola. C’est après que la Princesse ait aidé Carter à déchiffrer de vieilles inscriptions dans les ruines d’un temple interdit à la recherche d’une solution pour retourner sur Terre qu’ils sont jetés en prison, d’où Tars Tarkas va les tirer. Les fuyards seront rattrapés après avoir visité l’antique caverne d’Iss, puis séparés pour que l’histoire reprenne son cours comme dans le livre, l’intervention des Therns en plus.

Quant au twist final, ma foi, je ne vous en dirai pas plus, mais il était vraiment pas mal, surprenant, et en même temps celui que les spectateurs attendaient. Il laissait même penser à une suite qui malheureusement, n’a pas été tournée.

Un univers coloré à redécouvrir

Comme vous l’avez constaté, le film, assez différent du livre, pourrait presque passer pour une création originale impliquant des personnages littéraires. Je dois même admettre que je préfèrerais presque l’histoire telle que l’a réécrite Disney, puisqu’elle aurait paru trop linéaire et un peu trop « macho » si elle avait été suivie à la lettre. Car si cette dimension surannée et kitsch participe du charme du livre, tout comme les nombreuses descriptions anthropologiques des différentes cultures et peuplades de Barsoom qui sont un vrai plaisir à lire, cela ne fonctionnerait plus à l’écran.

Il faut prendre en compte les changements dans notre culture, dans nos goûts: nous sommes plus enclins à aller au cinéma pour en avoir plein les yeux, pour des histoires palpitantes, de l’action, de belles images, des rebondissements qu’on ne trouve pas forcément dans une histoire suivant un schéma classique. Surtout quand certaines sections du livre ne sont qu’une succession de combats gores contre de grosses bêtes martiennes, et de rencontres étranges. C’est intéressant et spectaculaire, mais peut-être pas suffisant pour produire un film hollywoodien et pour s’attacher aux personnages. De plus, les filles et les femmes aiment également les films d’action, et ne sont plus seulement là pour faire office d’épouse et de mère, tout comme les hommes ne sont pas censés être le prototype du mâle alpha comme un héros du XIXe siècle tel que l’est le John Carter du livre. Si vous avez lu des livres de Jules Verne, vous vous êtes aperçu qu’ils ne comptaient que peu de femmes, et que celles-ci, hormis Nadia dans Michel Strogoff, ne sont jamais impliquées dans les aventures des héros (et pas par une supposée misogynie de Jules Verne, comme je l’expliquais il y a deux ans). Mais dans certaines adaptations télévisuelles et cinématographiques, des personnages féminins ont été étoffés ou ajoutés comme la veuve du Docteur Göteborg dans Voyage au Centre de la Terre qui accompagne le professeur Lindenbrook, Hans et Alex dans leur périple (bien que je ne sois pas nécessairement pour la féminisation systématique de certains personnages, je préfère que l’on crée de nouvelles héroïnes). De même, dans son Seigneur des Anneaux, Peter Jackson a donné plus d’importance aux personnages féminins, plus combattifs et plus présents, tout comme Stanton l’a fait avec Dejah Thoris et Sola qui se découvre un courage insoupçonné.

Et pourtant, réadapter l’histoire et les personnages était-il suffisant?… Le film n’est pas fidèle à cent pour cent au livre, et des puristes ont détesté le résultat, dénonçant la dimension trop commerciale de l’adaptation. Le fait est que le film a été un échec, et a reçu des critiques mitigées. En général, je ne m’axe jamais sur les critiques dans mes choix cinématographiques, parce que j’aime bien, de temps en temps, regarder de gros nanars avec mon frère, plutôt que des films qui me paraissent intellos, prétentieux ou surfaits. J’ai entendu John Carter qualifié de nanar – critique que je trouve un peu dure quand on prend en compte la direction artistique de qualité, avec un univers assez soigné – mais j’ai eu la surprise de lire des critiques positives dans une certaine presse française habituellement réputée pour son exigence intellectuelle, et qui prend un malin plaisir à démonter les productions hollywoodiennes, le qualifiant de divertissement agréable. Et pour ma part, je suis assez d’accord: quand bien même il prend des libertés avec l’histoire originale, il est visuellement plaisant – que ce soit les paysages désertiques de Mars ou ses cités immenses, les créatures vertes comme les Tarks et autres bébêtes étranges… L’histoire est efficace, les personnages attachants et l’interprétation des acteurs plutôt bonne! Pour preuve, quand je l’ai vu, je n’ai pas senti ses deux heures passer! Et même mes grand-parents ont bien accroché! Je vous montre la bande-annonce pour vous en faire une idée.

Mais je pense qu’adapter de la « vieille » science-fiction est un exercice difficile. Je ne suis pas certaine, par exemple, qu’un film adapté d’un roman de Jules Verne aurait le même impact aujourd’hui que dans les années 1950, car notre monde, nos technologies, ont très vite évolué et ont changé notre vie. Il en est de même du point de vue des connaissances. Cela pourrait expliquer la réception mitigée de John Carter: si l’histoire se passe à la fin du XIXe siècle, et quand bien même l’auteur était très bien informé des connaissances de son temps sur la planète rouge, cela ne semble pas fonctionner. En effet, nous savons maintenant que Mars est bel et bien morte, avec une atmosphère très mince, et surtout FROIDE. Mais à l’époque d’Edgar Rice Burroughs, on avait eu vent de canaux observés par Schiaparelli à la surface de Mars, qui pouvaient laisser penser que des civilisations de bâtisseurs étaient à l’œuvre. Burroughs avait beaucoup lu sur la planète, sur sa faible gravité et sur son atmosphère trop mince, ce qui a eu une grande influence sur les enjeux de l’histoire.

C’est le même problème avec l’œuvre de Jules Verne. En revanche, elle a su, de nos jours, inspirer le rétro-futurisme, les uchronies et la mouvance steampunk. Peut-être aurait-il été intéressant de prendre l’histoire de John Carter sous cet angle?… Pour ma part, je ne serai pas si dure dans mon jugement avec John Carter, et j’espère vous avoir donné l’envie d’y voir de plus près, notamment en lisant Une Princesse de Mars.

Blanche Mt.-Cl.


Le thé idéal pour l’accompagner: Si contrairement à moi vous supportez encore le Roiboos (personnellement je n’en peux plus!), je vous recommande un thé rouge au caramel, aux couleurs de Barsoom.

LE LIVRE
Titre:
A Princess of Mars
Auteurs: Edgar Rice Burroughs
Editions: Penguin
224 p.
Parution: Janvier 2007
Prix: $11,00 US

LE FILM:
Titre:
 John Carter
Année de production: 2012
Réalisation: Andrew Stanton
Origine: Etats-Unis
Durée: 2h13
Distribution: Taylor Kitsch, Lynn Collins, Willem Dafoe, Mark Strong, James Purefoy, Ciarán Hinds…

Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse de livres et de films SFFF mais pas que (de tout ce qui raconte de bonnes histoires, en général), auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

4 réflexions au sujet de “Planet Opera à l’ancienne – Une Princesse de Mars (Edgar Rice Burroughs)”

    1. Franchement, je trouve que les deux se complètent assez bien… car si le fond reste le même c’est vraiment différent dans le traitement des personnages. Et c’est justement la comparaison qui est intéressante! 🙂
      Pour ma part je pense que quand j’aurai rattrapé ma PAL (c’est pas gagné! 😂), je regarderai du côté des suites. Je serais très curieuse de voir comment Burroughs a envisager la suite et les aventures des descendants de Carter sur Mars, et pour voir si les Therns sont comme dans le film.

      Aimé par 1 personne

Vos réflexions sont les bienvenues...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.