Une passionnante redécouverte – Contes choisis (les frères Grimm)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

J’espère que vous allez tous bien depuis la dernière chronique livre, et que, si vous avez participé à la « FAQ » Sang des Wolf, les réponses à vos questions vous ont satisfaits.

Je reviens aujourd’hui avec une nouvelle chronique livre. Si vous suivez ce blog depuis le début, mon intérêt pour l’univers des contes ne vous a sans doute pas échappé, puisque tout au long de l’année 2016, j’ai dédié une semaine thématique aux adaptations de contes, ainsi que divers articles aux contes « classiques » – ceux de Perrault (amusants avec leurs doubles morales), d’Andersen (parfois d’une tristesse absurde) – et un petit topo d’histoire littéraire dédiée aux contes de Grimm. Plus que des contes en eux-mêmes, il s’agissait de les remettre en contexte.

Et récemment, j’ai voulu en redécouvrir quelques uns, avec des Contes choisis par les frères Grimm. Le livre en comprend de très connus, mais aussi de moins connus, sur lesquels j’ai un peu envie de m’attarder, quitte à faire un article un peu plus court que les précédents dédié à l’univers des contes. Sortez le thé et les petits gâteaux car c’est parti…

Le recueil regroupe dix-neuf contes: De celui qui partait en quête de la peur, Le fidèle Jean, Les douze frères, Les trois nains de la forêt, Jeannot et Margot, Le vaillant petit tailleur, Cendrillon, Les sept corbeaux, Le diable aux trois cheveux d’or, La jeune fille sans mains, Les six cygnes, La Belle au Bois Dormant, Blancheneige, L’oiseau d’or, Les deux frères, Peau-de-Mille-Bêtes, L’alouette chanteuse et sauteuse, Jean le Veinard, La gardeuse d’oie.

Des contes de notre enfance…

Vous reconnaissez sans doute certains titres ou certains vous mettent déjà la puce à l’oreille… Voici donc un rapide petit récapitulatif de ces contes qui vous disent quelque chose:

    • Jeannot et Margot, on vous l’a peut-être déjà dit, n’est autre que la traduction en français des noms d’Hansel et Gretel, ces deux enfants de bûcheron abandonnés dans la forêt par un père et une belle-mère trop pauvres pour pouvoir les nourrir, qui tombent dans le piège d’une sorcière possédant une maison en pain d’épices et autres sucreries, avant de sortir victorieux de cette aventure, emportant au passage les richesses de leur geôlière.
  • Cendrillon, une orpheline de mère, qui voit la seconde épouse de son père et ses filles la traiter comme une souillon, jusqu’à vouloir l’empêcher de les accompagner à un bal royal où elles espèrent se faire repérer par le prince – ce qui arrive finalement à Cendrillon qui aidée par une bonne fée, se pointe à la fête et tourne la tête de l’héritier qui la retrouvera grâce à la chaussure tombée de son pied lorsqu’elle s’enfuit à minuit.
    • Le diable aux trois cheveux d’or, celle d’un enfant né « coiffé » dont on croit que c’est un signe de chance et à qui l’on prédit qu’il épousera la fille d’un roi, roi qui effrayé par cette prédiction, fait tout pour se débarrasser de l’enfant, puis du jeune homme, jusqu’à l’envoyer en Enfer pour y récupérer trois cheveux du diable lui-même… tâche que le jeune homme mènera à bien, car s’étant attiré l’aide bienveillante de la mère du diable.
  • La Belle au Bois Dormant, l’histoire d’une princesse maudite par une fée qui n’a pas été invitée à son baptême, condamnée à se piquer le doigt sur une quenouille, ce qui la plonge dans un long sommeil de cent ans, jusqu’à ce qu’un prince traverse les ronces entourant le château et vienne la réveiller d’un baiser.
    • Blancheneige, la princesse poursuivie par la vindicte d’une belle-mère narcissique, obligée de fuir une tentative d’assassinat mais assez bête pour ouvrir la porte à une inconnue alors que les nains qui l’ont recueillie l’avaient prévenue de ne pas le faire, et qui sera miraculeusement sauvée d’un empoisonnement par régurgitation provoquée par un prince tombant amoureux de son corps sans vie.
  • Peau de Milles Bêtes n’est pas sans faire penser à Peau-d’Âne… Normal, c’est la même histoire de princesse qui fuit le palais royal et l’amour un peu pressant d’un père qui souhaite l’épouser et est prêt à tout pour cela, notamment à lui offrir des tenues extravagantes. Mais ici, point d’âne qui chie de l’or, mais l’exigence de la princesse d’obtenir un manteau fait de la peau de mille bêtes qui vivent sur terre, dans l’espoir que son père n’y parvienne pas…
      • La gardeuse d’oie, aventure d’une princesse partie épouser un prince mais qui victime d’un chantage de sa camériste sur le chemin, se fait passer pour une domestique tandis que sa servante prend ses habits royaux et son identité auprès du prince qui envoie sa vraie fiancée garder les oies, et qui après diverses péripéties, reconnaît la jeune fille comme sa future femme.

Voilà pour les contes les plus connus, compulsés par les frères Grimm – pour la pure histoire littéraire, je vous renvoie à l’article citée en introduction. Le schéma qui en ressort est celui d’une épreuve, d’une sorte de rite de passage pour les héros et les héroïnes. Ceux-ci sont bien souvent des filles vertueuses, douces et dévouées (choses qui fait hérisser les cheveux sur la tête de lectrices actuelles qui préfèrent des écritures – à mon avis plus ou moins bien réussies où les « princesses » deviennent des rebelles bad ass), des garçons bienveillants et fils dévoués, ou encore des enfants courageux qui s’en tirent en général assez bien quand les méchants sont châtiés.

Leurs qualités les voient aidés par des forces bienveillantes et surnaturelles, comme des animaux parlants (Disney n’a rien inventé!), des fées, ou des personnages dont le cœur fond face à la gentillesse des protagonistes (les brigands dans la grotte du Diable aux trois cheveux d’or, qui échangent une lettre dans son sac, lui évitant ainsi d’être exécuté à son arrivée au château du roi). Ils s’en sorte avec les « honneurs », dus à leur rang et à leur nature foncièrement bonne: des richesses, l’assurance de sauver sa famille de la pauvreté, un beau mariage (les époux et épouses sont un peu les trophées de nos héros)… Ce sont donc des récits d’apprentissage symbolisant des étapes de la vie – telle qu’on la concevait à l’époque des Grimm – et la prise de certaines responsabilités: stase avant la maturité sexuelle (sommeil de Blancheneige ou de la Belle au Bois Dormant), gagner sa vie (acquisition de richesse, découverte du trésor des méchants) pour prendre en charge sa famille (le père d’Hansel et Gretel), fonder une famille par le mariage et la sexualité… Tout en restant droit dans ses bottes et en conservant une attitude jugée bonne selon les critères d’époque de la transcription par les Grimm: moralité sans tâche, gentillesse, bonté, humilité…

Des contes que nous connaissons moins

Là encore cette petite sélection de contes m’a permis de découvrir des histoires que je ne connaissais pas ou que j’avais complètement oubliées:

    • De celui qui partait à la recherche de la peur, raconte l’histoire d’un homme qui n’a jamais eu peur de sa vie et qui tente tout pour la connaître, jusqu’à dormir dans une maison hantée pleine de créatures effrayantes.
  • Le fidèle Jean, raconte celle d’un serviteur dévoué à son roi, puis au fils de celui-ci, victime d’un malentendu qui amènera son suzerain à le condamner à mort.
    • Les douze frères, c’est l’histoire de jeunes princes victimes d’une méchante belle-mère, sauvés par leur plus jeune sœur, obligée de ne plus prononcer un mot pendant sept ans – difficile pour clamer son innocence.
  • Les nains de la forêt, raconte l’histoire d’une jeune fille, victime de la seconde femme de son père et de la fille de celle-ci, qui pour sa bonté à l’égard de nains dans la forêt, se met à cracher de l’or et des joyaux lorsqu’elle parle.
    • Le vaillant petit tailleur, raconte celle d’un tailleur qui reçoit une ceinture portant l’inscription « Sept d’un coup », qui lui vaut des aventures au-delà de son imagination mais à la hauteur de sa vaillance.
  • Les sept corbeaux, encore une histoire de frères, cette fois-ci maudits par leur père après qu’ils n’aient pas osé rentrer chez eux pour avoir perdu dans un puits une cruche d’eau devant servir à ondoyer leur chétive petite sœur nouveau-née, et changés en corbeaux. C’est la petite fille, ne supportant pas qu’ils aient été maudits à cause d’elle, qui partira à leur recherche pour lever la malédiction.
    • Les six cygnes, une autre malédiction de fils de rois, victimes d’une belle-mère sorcière et sauvés par leur sœur. C’est en substance la même histoire que Les Cygnes sauvages, l’un de mes favoris d’Andersen.
  • L’oiseau d’or, c’est l’histoire d’un roi qui après avoir découvert un oiseau d’or volant des pommes dans son jardin, lance un à un ses fils sur ses traces. D’abord hésitant, il finit par envoyer le plus jeune, qu’il croit moins capable que les autres. Celui-ci, aidé en chemin par un renard, grâce auquel il rentrera au château avec des richesses et une épouse.
    • L’alouette chanteuse et sauteuse, est une histoire proche de La Belle et la Bête. Un père se voit obligé d’envoyer sa fille cadette chez un monstre, et celle-ci part dans une quête incroyable pour rendre à cette bête son apparence humaine.
  • Jean le veinard est un domestique un peu simple qui quitte son service pour rentrer dans son village natal auprès de sa mère, avec un lingot d’or pour paiement… En chemin, il fait une succession d’échanges peu avantageux qui le laissent sans rien, mais satisfait car rien ne l’encombre.

S’il est un point que je reproche à ceux qui ont choisi ces contes, c’est d’en mettre autant avec une trame narrative similaire alors qu’il existe de véritables perles méconnues parmi les récits transmis par les Grimm (il faudrait que je remette la main sur l’édition de poche allemande!). Ceci dit, si la trame du récit d’apprentissage persiste dans ces histoires qui nous sont moins familières, il est aussi question, dans une certaine mesure, de la psychologie des personnages et de leurs sentiments, qui deviennent de vrais enjeux de l’histoire: la recherche du grand frisson de la part de Celui qui partait à la recherche de la peur mais qui est incapable de la ressentir, la simplicité de Jean pour qui l’or est peu de chose, l’amour familial – fraternel et sororal – dans les différentes histoires présentées ici. Ceci dit, il y a dans le lot deux récits aux trames narratives intéressantes qui m’ont plus marquée que les autres.

  • La jeune fille sans mains, où la fille d’un meunier, pieuse et sans tache, connaît un sort terrible à cause d’un pacte de son père avec le Malin qui souhaite l’emporter. Or le démon n’a aucun pouvoir sur une créature si innocence et « propre », et demande à son père de ne pas la laisser se laver pendant trois jours. Mais en pleurant la jeune fille se lave les mains avec ses larmes, alors elles lui sont coupées pour que le diable puisse la prendre. Mais là encore elle pleure et lave ses moignons. Le diable s’avouant vaincu, il la laisse tranquille et la jeune femme part de chez son père. Réussissant à s’introduire dans les jardins du palais royal, elle parvient à manger sans les mains un fruit pendu à un arbre. Le roi la prend sur le fait, mais attendri, il s’éprend d’elle, lui fait faire des mains en argent et l’épouse.
    Mais tout n’est pas bien qui finit bien, du moins pas de suite, car le diable, dépité de ne pas avoir pu emporter la jeune femme avec lui, décide de se venger d’elle… S’ensuit une suite de quiproquos entre elle et son époux, au sujet de leur enfant nouveau-né, qu’elle devra lui cacher pour lui éviter la mort. Au-delà du récit d’apprentissage, peut-on y voir une symbolique des écueils du mariage?… Je pense que ce n’est pas trop tiré par les cheveux de se poser la question dans le cadre d’un récit diffusé au XIXe siècle, époque où le mariage est la norme.
  • Les deux frères me plait d’une part parce que j’aime bien les bromances, et particulièrement toute la thématique liée aux jumeaux – certains aspects m’ont rappelé la relation d’Elias et Jonah dans Tale of Tales de Matteo Garrone- et la richesse de la trame narrative en comparaison des autres histoires. Vous le verrez, c’est peut-être bien mon récit favori du recueil.
    Deux frères jumeaux, nés d’un pauvre passeur de balais, se voient doté d’un curieux don après avoir mangé par erreur le cœur d’un oiseau d’or destiné à leur cruel et riche oncle: chaque matin en se réveillant, ils trouvent une pièce d’or sous leur oreiller. Jaloux de ce don qui aurait dû être le sien, l’oncle conseille à leur père de se débarrasser d’eux car ils ont partie liée avec le diable. Ainsi voici les deux enfants abandonnés en forêt, et bientôt recueilli par un chasseur qui les prend sous son aile et leur enseigne son métier. Devenus grands, les deux jeunes gens sont devenus des chasseurs accomplis, et son déclarés libres par leur père adoptif qui les laisse partir avec chacun un fusil et un chien, ainsi que toutes les pièces d’or qu’ils souhaitent prélever sur leur pécule (n’oubliez pas leur don!), ainsi qu’un couteau à planter dans un arbre à la croisée des chemins s’il se sépare – chaque face de la lame dans la direction où chacun est parti, et rouillera si le garçon meurt. Les deux jeunes hommes recueillent plusieurs paires de bébés animaux qui les suivent sur la route, et qui se répartissent entre eux lorsqu’ils viennent à se séparer. Le premier des frères arrive dans une ville victime d’un dragon, auquel le roi des lieux doit livrer sa fille, mais le vaillant chasseur, avec l’aide de ses animaux, va vaincre le monstre et sauver la princesse. Mais un conseiller jaloux va l’assassiner, lui voler la victoire et être fiancé à la jeune femme qui demande un délai d’un an et un jour pour l’épouser… S’ensuivent de nombreux rebondissements entre résurrection, mariage, retrouvailles fraternelles…
    Selon les commentaires que j’ai pu en lire, le motif de cet histoire est connu de par le monde, en particulier pour les thèmes de la gémellité et du « signe de vie » qui permet à chacun de s’assurer ce qui est arrivé à l’autre. S’il nous est ici livré une variante germanique, il est surtout connu dans les pays slaves. Mais c’est vraiment un récit que je vous invite à découvrir!
Conclusion – Quelques perles méconnues à redécouvrir

Voili-voilà, une petite incursion dans le monde des frères Grimm qui m’a fait agréablement passer le temps à un moment où j’avais du mal à me concentrer sur une quelconque lecture. Les représentations des héros ont certes un parfum suranné, avec des valeurs qui ne sont plus les nôtres (notamment en ce qui concerne les filles), mais on aurait, je pense, tort de juger ces textes à l’aune de nos propres critères, alors qu’ils restent d’une grande richesse et d’une grande beauté. Ils nous amènent dans un monde où, au-delà de ces héros archétypaux de bons garçons et de bonnes filles, l’être humain n’a pas peur de l’irrationnel et de la nature qui l’environne. Dans un monde où les qualités et les efforts portent toujours leurs fruits et où les salauds prennent cher. Et ça, malgré tout, ça fait du bien d’y croire de temps en temps! 😄

J’espère en tout cas que cette redécouverte vous aura plu et donné envie d’y regarder d’un peu plus près. Je vous invite également, si vous n’avez encore jamais vu ces chroniques, à jeter un œil sur les articles dédiés aux Contes de ma mère l’Oye de Perrault, ainsi qu’à deux recueils d’Andersen avec La Petite Sirène et La Reine des neiges. J’ai par ailleurs repéré d’autres recueils, mais ce sera quand ma PAL aura maigri – je suis très raisonnable concernant les achats de livres ces temps-ci! ☺️ Je vous souhaite une agréable fin de jour férié, et un super week-end pour celles et ceux d’entre vous qui font le pont!

À très bientôt!

Blanche Mt.-Cl.


Le thé idéal pour l’accompagner: Il existe pléthore d’infusions se revendiquant comme « Thé Licorne »… Je ne peux pas blairer les licornes, et rien que pour ces ridicules avatars du Petit Poney avec un godemichet sur la tête (OK, désolée, je rigole déjà toute seule! 😄 ), je n’ai jamais testé ces thés, mais qui sait, certain/es d’entre vous pourraient apprécier?

Titre: Contes choisis
Auteurs: Jakob et Wilhelm Grimm
Editions: Gallimard
Collection: Folio Classique
240 p.
Parution: Juin 2000
Prix: 3,00€

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

4 réflexions au sujet de “Une passionnante redécouverte – Contes choisis (les frères Grimm)”

    1. Pour ma part, j’ai repéré ceux de Giambattista Basile qui ont inspiré « Tale of Tales », ainsi que des recueils d’Alphonse Daudet. Je verrai cela quand ma PAL aura maigri… et quand je serai venue à bout de ma chronique dédiée à « La Transition ».
      Je pense qu’un jour je lirai aussi la « Psychanalyse des contes de fées » de Bettelheim, ça doit envoyer.

      J'aime

      1. Oh j’avais bien aimé le film « Tale of Tales » ! Et « Psychanalyse des contes de fées » est également dans ma liste d’envies. Il a l’air top, quoique je me demande si ça m’apprendra vraiment quelque chose. Enfin je l’ensemble que, même si ce n’est pas le cas, c’est toujours intéressant de lire ce genre d’ouvrage. Mais voilà, tout comme toi, j’attends que ma PAL maigrisse un peu 😉

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