Maturité magique – The Magician’s Land (Lev Grossman)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Après ces quelques articles et la longue pause sans chronique livresque, je vous en propose enfin une toute nouvelle… un peu exceptionnelle, puisqu’il s’agit de clore une trilogie livresque que j’ai récemment achevée, à savoir The Magicians, de Lev Grossman. Après avoir lu le premier tome il y a un peu plus de deux ans, j’ai refermé les pages du troisième opus, The Magician’s Land, en début de mois.

Je vais donc vous présenter l’ouvrage, avec un minimum de spoilers (voire pas du tout si on a de la chance), et l’article sera beaucoup plus court que les précédent concernant autres tomes, avant de conclure sur la trilogie dans son ensemble. Je m’excuse d’avance pour les approximations de traduction de ma part, puisque comme le reste de la saga, j’ai lu ce dernier volume en V.O.!

Magie de proscrits

Nous retrouvons Quentin Coldwater à trente ans. Par un mauvais concours de circonstances, il n’est plus à Fillory. Après avoir réintégré le monde « réel », il est retourné à Brakebills où le Doyen Fogg lui a trouvé une place de professeur. Or, lorsque Plum, une étudiante en magie de dernière année, fait une blague qui tourne mal, elle est renvoyée et entraîne avec elle Quentin, intervenu pour sauver la jeune fille d’une mystérieuse apparition qu’elle a réveillée. Lui sans emploi, et elle sans diplôme, ils sont bientôt contactés pour se rendre à un mystérieux rendez-vous dans une librairie, où ils sont recrutés au sein d’une équipe de magiciens clandestins pour participer à une sorte de « casse magique ». Le but: voler une valise qui contient un très grand secret…

De leur côté, Eliot et Janet, qui règnent encore sur Fillory, doivent embarquer pour une ultime quête censée sauver leur royaume de l’extinction.

Une intrigue rythmée et plus sombre

Autant j’ai eu du mal à démarrer le tome II qui débutait à Fillory, autant je suis très vite entrée dans l’intrigue de ce troisième volet qui m’a conquise. Le premier chapitre, qui se passe sous le saut du secret et de la clandestinité dans une librairie (de quoi séduire les lecteurs que nous sommes). La structure narrative ajoute un peu de complexité, des questionnements qui donnent envie de connaître la suite, ce rythme faisant de The Magician’s Land l’opus le plus palpitant de la saga: et avouez que terminer sur le meilleur des trois c’est une option plus que plaisante.

L’histoire fait des aller-retours entre le monde « réel » où l’on suit Quentin et Plum entre New York et le New Jersey (un des meilleurs endroits du monde) après leur renvoi de Brakebills, qui participent à un casse magique et poursuivent leurs recherches magiques clandestinement, et Fillory où Janet et Eliot, laissant Josh et Poppy gouverner depuis le Palais royal, cherchent une solution pour éviter l’extinction à Fillory et ses habitants. Parallèlement, des flashbacks nous ramènent à Brakebills, peu après le retour de Quentin de Fillory, lorsqu’il décide de se poser et de retourner là-bas, tandis que Plum alors en dernière année, prépare une blague magique complexe qui va la mettre en danger.

S’il y a une chose que j’ai beaucoup aimé tout au long de la Trilogie, c’est cette noirceur sous-jacente, la découverte des sombres secrets à l’œuvre derrière un univers féérique. Elle ressort d’autant mieux dans ce troisième tome au parfum crépusculaire. Fillory en danger, la quête d’Eliot est Janet n’est pas sans rappeler celle d’Atréju dans L’Histoire sans fin, où un guerrier enfant se bat pour sauver un monde. Bien qu’Eliot et Janet soient des adultes et aient « un royaume à royaumer », on peut dire qu’ils se conduisent encore de grands adolescents. Leurs échanges restent savoureux et l’on en apprend un peu plus sur Janet, remisée en arrière-plan dans l’opus précédent car restée à Whitespire (la capitale de Fillory) pour assurer le gouvernement pendant que ses amis et royaux confrères sont partis en vadrouille: si on la retrouve super guerrière bien bad ass, on comprend mieux ses fêlures – bien que je n’aie pas plus de sympathie pour cette meuf un peu fatigante avec tous ses « fuck » et qui en fait toujours des caisses. J’ai été, dans le premier tome, plus séduite par Alice qui derrière son calme et sa vulnérabilité, cachait de puissantes ressources. Ceci dit, j’ai apprécié leur cheminement, à Eliot, Josh, Poppy et elle, sur les traces des dieux jumeaux dans un monde inversé, aussi fascinant qu’inquiétant, mais surtout étourdissant quant au respect des lois de la physique.

Du côté de Quentin et de son ancienne étudiante Plum, c’est autre chose: une ambiance feutrée, clandestine, où l’on agit de nuit, avec un brin d’absurde – par exemple, le commanditaire du casse magique n’est autre qu’un corbeau parlant. J’ai suivi avec grand intérêt leur parcours, entre Brakebills et leur incursion dans la magie border line (que l’on avait découverte avec Julia dans le précédent tome), ainsi que leur relation entre un Quentin plus posé, presque serein malgré les épreuves, et cette jeune étudiante de caractère qui voit sa vie basculer. Planqués dans une maison de Manhattan appartenant à Plum (héritière d’une riche famille dont je ne peux rien dire sans vous gâcher le plaisir) avec le butin de leur cambriolage où une autre équipe a tenté de les doublés, ils découvrent un niveau de magie, une complexité, des possibilités insoupçonnées… Par ailleurs, j’ai attrapé de vrais fou-rires tant la magie crée des situation cocasses au regard du monde que nous connaissons: lors des premiers mois de Quentin en tant qu’enseignant à la faculté de magie de Brakebills, il est question de livres qui se reproduisent dans la bibliothèque… Oui, oui, parce que les livres y sont vivants et s’y meuvent de leur propre volonté, et des étudiants choqués ont surpris les bouquins en pleine action (j’avoue qu’imaginer le bazar me fait beaucoup rire) et s’ensuit un paragraphe sur les débats d’une reproduction contrôlée des livres dont le mélange a donné une « descendance » bizarre. Autre scène, digne celle-ci d’Hocus-Pocus, celle de la course-poursuite pendant le casse, lorsque Quentin, Plum et les autres membres de l’équipe s’envolent sur tout un tas d’objets hétéroclites comme une table de billard, des fauteuils club ou encore, pour notre héros… un grand-bi. Oh la poilade, je ne vous raconte pas: déjà que j’ai du mal à imaginer un tel engin rouler, alors voler! Ceci dit, le sérieux est souvent de mise, lorsque Quentin et Plum, dans le secret du laboratoire installé dans leur grenier, découvrent un sort puissant qui pourrait faire d’eux de grands magiciens, mais qui délivrent également une force des plus inquiétantes. En fait toute cette partie repose sur une ambiance, une esthétique particulière qui a agréablement titillé mon imagination dark.

D’autant plus qu’aussi bien à Fillory qu’à New York, on découvre que le monde magique de Fillory, ainsi que la fratrie Chatwin, grands héros de cette histoire à la Narnia consignée par leur voisin Christopher Plover sous forme de romans, n’ont pas fini de livrer leurs secrets… Mais de cela je ne vais rien vous dire, de peur de trop vous en révéler, pour passer à la dernière partie de l’article.

Vers l’âge adulte

S’il est une évolution marquante dans The Magician’s Land, c’est bien celle de Quentin. Car malgré ses lâchetés, ses hésitations et ses grosses déconnades dans sa vie amoureuse, eh bien… A l’heure des jeunes héroïnes fortes et bad ass, je me suis attachée à Quentin, à sa fragilité, à sa quête de sens. Son mal-être dans le premier tome de The Magicians me touchait énormément, et me serrait le cœur. Et même si dans sa bande de potes, je reste une grande fan d’Eliot et de son style inimitable, c’est la personnalité de Quentin qui m’a tenue. Commençant comme un petit mec mal dans sa peau, brillant à l’école, bête à concours, amoureux de son amie d’enfance qui ne le lui rendait pas, préférant s’évader dans sa série littéraire favorite, il ne partait pas gagnant. Lui surdoué dans la vraie vie mais pas un magicien remarquable par rapport à son amoureuse Alice, ni une personnalité affirmée en regard de ses camarades hauts en couleur comme Eliot et Janet, pouvait se montrer irritant avec son manque de confiance en lui. Et pourtant, ses dilemmes à la con, son émotivité, le bordel dans sa tête, ses vides à comblé, il laisse transparaître un vrai tourbillon intérieur. C’est très touchant, parce qu’au final, le lecteur comme peut s’y reconnaître, en particulier s’il a traversé de telles périodes de mal-être.

Et pourtant, au fur et à mesure, on le découvre en même temps qu’il se découvre – qu’il lâche ses illusions d’enfant avec son amour non-partagé pour Julia et développer de nouveaux rêves, de nouvelles envies. Il évolue: garçon mal dans sa peau, étudiant étourdi par les plaisirs de la vie étudiante, jeune homme désœuvré qui ne sait que faire de ses pouvoirs dans un monde sans magie et brisé par de terribles chagrins, roi de Fillory, combattant, professeur, cambrioleur magicien, ami, amoureux, jeune adulte… Quentin passe par tous les stades entre Fillory et New York. Fillory qu’il aime passionnément depuis son enfance, le monde terrestre dans lequel il découvre de nouvelles beautés au fur et à mesure de ses aventures, en même temps qu’il se découvre. Quentin apprend à lâcher prise sur ce qu’il ne contrôle pas, alors qu’il survit à et prend de mieux en mieux des coups des coups durs… Je pense que ça m’a d’autant plus touchée que cela faisait écho à ma situation, parce que comme Quentin, eh bien, j’ai survécu et surtout, j’ai plutôt bien réagi à des coups durs qui m’auraient laissée à terre il y a quelques temps. Je ne sais pas si c’est ça la maturité (d’autant que j’ai encore du mal à me voir comme une adulte!), mais j’ai aimé retrouver un Quentin plus résolu et décidé, plus sûr de lui-même et surtout réconcilié avec lui-même, alors que son monde volait en éclats: exil hors de Fillory, rupture avec le passé du fait de la mort de son père, renvoi de Brakebills… Et chose amusante, son attitude bienveillante à l’égard de Plum qui n’a pas forcément besoin de protection au vu de son caractère et de sa débrouillardise, qu’il a soutenu jusqu’au renvoi. De prof et élève, ils avancent vers une sincère amitié dans le récit, et vers un réel pied d’égalité.

Et surtout, Quentin, qui ne se trouvait pas talentueux par rapport à ses amis, va découvrir ses propres capacités et leur utilité. Et surtout, il cesse de se mettre des bâtons dans les roues et de se limiter, ce qui fait un bien fou.

Conclusion sur la trilogie – Ça envoie!

J’ai donc achevé, comme je le souhaitais cette année, une des séries que j’avais commencées. Je ressors très satisfaite de cette lecture, de la découverte de cette univers qui oscille entre une réalité familière et un monde magique, j’ai même trouvé une certaine esthétique à cette trilogie, dont les descriptions m’ont complètement étourdie, parfois faite rire (voir les livres en pleine saison des amours). J’ai apprécié des personnages, ainsi que Quentin, auquel je me suis réellement attachée, et que je quitte comme un bon compagnon à qui je souhaiterais le meilleur.

Je suis obligée de m’arrêter là pour ne pas  vous en révéler trop, mais je ne peux que louer l’imagination de Lev Grossman, cette ambiance particulière, ces situations cocasses que l’on n’a jamais vues ailleurs, e mariage réussi entre le monde contemporain et un univers fantastique, entre littérature de l’imaginaire et roman d’apprentissage, à travers les yeux d’un jeune homme qui ne cesse jamais de s’émerveiller… Car l’émotion y reste très présente, rampante, aussi rageuse que la noirceur qui menace de tout dévorer. C’était en tout cas une bien belle découverte, avec le dosage qu’il fallait, à mon avis, il n’en aurait pas fallu plus.

J’espère donc vous avoir donné envie d’y regarder d’un peu plus près, en attendant d’autres chroniques! A très bientôt sur le blog!

Blanche Mt.-Cl.


Le thé idéal pour l’accompagner: Du thé Dunes de la Thé Box, mélange de thés noirs et de fleur d’oranger, un délicat mélange de force et de douceur qui convient bien à l’évolution des différents personnages…

Titre: The Magician’s Land
Auteurs: Lev Grossman
Editions: Arrow
414 p.
Parution: Janvier 2015
Prix: 10,49 €

Ou en français:
Titre:
 Les Magicien, tome III – La Terre du Magicien
Auteurs: Lev Grossman
Editions: L’Atalante
Collection: La Dentelle du Cygne
510 p.
Parution: Juin 2016
Prix: 23,90€

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse de livres et de films SFFF mais pas que (de tout ce qui raconte de bonnes histoires, en général), auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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