Quête d’absolu – La Forteresse de Tehama (Thierry Maugenest)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

De retour pour une nouvelle chronique! L’an dernier, j’avais eu le plaisir de recevoir mon premier SP, des éditions TohuBohu, avec le premier volume des Chroniques d’Ataraxia, L’Odyssée d’Amos. Un ouvrage que j’avais beaucoup aimé et dont j’attendais la suite avec une certaine curiosité.

Cette année, TohuBohu rempile avec le second tome des Chroniques, puisque ‘ai eu le plaisir de recevoir, il y a quelques jours, un nouveau courrier contenant La Forteresse de Tehama, où l’on retrouve le monde d’Ataraxia, pour une seconde aventure au rythme de la vie lente des Ataraxiens…

La recherche d’absolu

Nous sommes de retour sur Ataraxia, trois ans après l’odyssée d’Amos. Celui-ci, devenu un Initié au courant des plus grands secrets de la gouvernance de son monde, n’est, étrangement, plus que l’ombre de lui-même. Devenu mélancolique depuis qu’il a compris la portée de ses sentiment envers Ezéa, il ne parvient plus à concevoir les choses de l’amour avec le même détachement que les Ataraxiens, qui au nom du principe de Liberté, ne s’installent pas en couple et vivent de courtes amours lors de leurs voyages. De base d’un tempérament moins insouciant que ses congénères, et malgré son intégration parmi les Sages d’Ataraxia, sa tristesse du moment fait ressortir ce trait de sa personnalité alors qu’il comprend qu’il n’est qu’une étape dans la vie d’Ezéa. En effet, celle-ci, née et élevée sur une île isolée, est encore plus marginale que lui et n’est pas sujette aux mêmes tabous que les Ataraxiens sur la violence ou la recherche de dépassement de soi. Quand dans le tome I, elle a suivi Amos en quittant son île, elle a découvert la musique et est devenue depuis une mélodiste accomplie, cherchant toujours une innovation dans le son, une émotion plus intense… C’est une quête que la jeune femme doit suivre seule. Elle part donc en voyage sans Amos.

Seulement, Naxès, leur ennemi du premier tome, est encore envie et s’est donné pour but de se venger d’Amos: aussi il se lance sur les traces d’Ezéa, car il sait qu’Amos ferait tout pour la sauver.

En parallèle des aventure des protagonistes que nous connaissons déjà, un vieil Archiviste, Lœnim de Laan, et son disciple Ysmäl de Kelm, ont entrepris des recherches poussées sur un ordre secret constitué d’individus aux capacités mentales exceptionnelles…

Un second tome sous le signe de l’individualité

Petit rappel, avant d’entamer les choses sérieuses. Ataraxia est monde qui a été colonisé par les Terriens des siècles auparavant, et qui ont pris leur indépendance par rapport à la planète-mère, et créé une nouvelle société qui a banni tout ce qui ont mené les civilisations terriennes à leur perte: gaspillage des ressources, catastrophes écologiques, guerres nucléaires… Ataraxia est à l’origine un terme grec signifiant « absence de trouble ». Et il faut bien dire qu’au cours du premier tome, on découvre une utopie vivante où personne, hormis Naxès, ne rue vraiment dans les brancards. Car s’il est bien une chose qui caractérise la vie sur Ataraxia c’est bien l’absence de trouble, dont les causes ont été rejetées, comme mentionnées plus haut: la propriété et la monnaie, le consumérisme, l’individualisme, les technologies en général. Il existe donc de nombreux tabous quant à ces différentes choses, quant à la violence en générale au nom du principe de respect. La vie des Ataraxiens est donc axée sur le voyage, la découverte, le respect de la nature et de l’autre. Je développe un peu plus dans ma chronique dédiée au premier tome, pour vous rendre compte de la richesse du contexte.

On y avait découvert un Amos parfaitement intégré dans cette société, mais en proie à des questionnements suite à sa rencontre avec Ezéa qui a suscité en lui une nouvelle forme d’amour, plus absolu et exclusif que celui prôné par la « galanterie » ataraxienne », et suite à sa rencontre avec Naxès, un renégat qui souhaite rétablir la compétition et le dépassement de soi, ainsi que la monnaie. Je ne m’étais pas fait la réflexion à l’époque, mais cela s’apparente un peu au schéma classique de la dystopie où le héros, intégré dans sa société et même partie du système, est amené à se poser des questions et à se retourner. Amos n’en est pas à cette extrémité, mais déjà différent de par son caractère particulier et moins insouciant que celui des autres. J’y pense car dans ce second tome, on le voit de plus en plus en marge alors qu’avec son statut d’Initié, il est, paradoxalement, encore plus dans le rang.

Il est d’ailleurs intéressant de voir que si dans le premier tome le contexte ataraxien est évoqué avec une précision quasi anthropologique, et si l’on en apprend un peu plus sur le passé de cette société, La Forteresse de Tehama se penche un peu plus sur des individualités fortes. Ainsi, si l’action est moins palpitante à mon sens que dans L’Odyssée d’Amos, c’est l’introspection qui met en avant les aspirations d’individus qui, au moins pour trois d’entre eux, ne se sentent pas épanouis et remettent en question, de par leur attitude ou leur action, les principes fondamentaux de la société ataraxienne. Il était clair que Naxès, antagoniste intéressant dans le premier tome, qui hait le système et les habitants d’Ataraxia qui, selon lui ne progressent pas, ne vont jamais au bout de leurs capacités, de leurs idées, vivent au jour le jour comme des animaux, avait des arguments concrets qui remettaient en question la pertinence d’un tel modèle de société: en effet, une utopie, telle que l’a définie Thomas More dans son ouvrage éponyme paru en 1516, est considérée comme un système parfait. Si l’on prend le côté négatif de la chose, une utopie n’est donc pas perfectible et n’offre plus de grand défi une fois les bases posées. C’est ainsi que le ressent Naxès, qui a vu son rêve de se dégager des différents principes d’Ataraxia, carcan au développement de l’individu selon lui – argument assez sensé d’après moi, balayé par Amos. Après avoir fait montre d’une grande capacité de réflexion dans les reproches qu’il adresse au système ataraxien, il n’est ici plus que vengeance face à son ancien ennemi. Il passe d’une quête politique à une quête personnelle qui le consume.

Autres personnages consumés par leurs désirs, en contradiction avec les valeurs de leur société: Amos et Ezéa. Amos, comme évoqué dans le résumé, se détache peu à peu de la galanterie et des amours fugaces propre à la coutume de son peuple, pour un amour plus exclusif, que nous appellerions, pour certains d’entre nous, romantique. Il s’est attaché à un seul être, avec qui il souhaiterait partager sa vie. Ce qui est inconcevable sur Ataraxia,  car personne n’appartient à personne et le couple ne peut être qu’un frein à la liberté. Et pire, il imagine le future et souhaiterait faire des projets avec elle! Or cela ne se fait pas, d’autant plus qu’Ezéa, si elle est étrangère à bien des tabous (comme la violence physique face à laquelle elle ne recule pas pour défendre sa vie, par exemple), est en proie à une insatisfaction chronique quant à l’exercice de son art. Car la musique a été sa révélation: elle a fabriqué son propre instrument à cordes, et loin de se contenter de l’art musical connu, est à la recherche de nouveaux sons, de l’inspiration, de l’émotion capable de la lui apporter. Amos n’est pas sa priorité dans ce monde où elle a tant à découvrir, et où elle peine à trouver l’émotion qu’elle cherche. Il en ressort, je trouve, une sorte de tristesse et j’ai plusieurs fois conçu une certaine peine pour ces protagonistes qui, au milieu de leurs semblables si insouciants et joyeux, ne sont clairement pas heureux, pas même satisfaits. Cela aurait pu, selon moi, apporter un peu plus à l’intrigue et je suis restée sur ma faim à cet égard.

Ceci dit j’ai en revanche pris un grand plaisir à suivre l’intrigue parallèle impliquant l’Archiviste Lœnim de Laan et son disciple Ysmäl de Kelm. Peut-être du fait de ma formation d’historienne dans une de mes mille vies, ce vieux bonhomme qui fouille avec opiniâtreté les vieux papiers pour y trouver la trace d’individus solitaires aux capacités particulières, et de liens qu’ils auraient entretenu avec une certaine Donoma, des siècles auparavant, qui aurait pris sous son aile des enfants dotés de dons incroyables pour qu’ils les travaillent. Leurs recherche vont les mener sur la route de Tehama… Route qui croisera également celle du truculent et mystérieux comme Jens de Mariszka, le pisteur lancé sur les traces d’Amos dans L’Odyssée d’Amos, et dans une certaine mesure, celle d’Ezéa. Bien évidemment, je ne peux développer plus sans vous en dire trop, car concrètement, il se passe peu de choses dans le roman qui repose essentiellement sur l’intériorité des protagonistes.

Dans l’ensemble, j’ai apprécié de retrouver l’environnement ataraxien, qu’il s’agisse de la nature ou des rencontres à la veillée, quand bien même je ne l’ai pas trouvé aussi apaisant que dans le premier opus: en effet, les dilemmes intérieurs de nos héros, Amos qui peine à trouver un intérêt à sa mission d’initié si ce n’est pour surveiller Naxès, Ataraxia prend des couleurs moins vibrantes, à travers le regard de personnages qui se sentent étouffés dans cette société qui a, malgré ses principes, ses codes, tabous et carcans, au sein de laquelle certains sentiments n’ont plus, depuis l’arrivée des colons terriens, ou n’ont pas encore leur place.

Conclusion – Utopie mélancolique?

Voili-voilà! J’ai donc retrouvé avec plaisir cet environnement, quand bien même l’ambiance y est beaucoup plus propre à l’introspection qu’à l’émerveillement, au questionnement qu’à l’apaisement. J’ai quelque peu regretté qu’Amos soit moins présent et surtout, qu’il ne soit plus que l’ombre de lui-même. Car j’aurais souhaité en apprendre un peu plus sur les W points, où les Initiés ont accès à la technologie pour veiller sur la planète – ça me titillait vraiment depuis le tome I et j’avoue avoir ressenti un peu de frustration à cet égard. J’aurais bien aimé voir les Initiés à l’œuvre, Ataraxia tremblant quelque peu sur ses bases… C’est mon tempérament entier à la Naxès/Ezéa qui parle! 😁 Bref, les questions se bousculent encore dans ma tête tant j’ai envie de voir cet univers s’approfondir et connaître ce qui se joue vraiment en coulisses! Et surtout, j’ai envie de sortir de cette peine que m’a fait le destin de tous ces personnages en quête d’absolu (dans l’émotion, dans les actes, dans l’inspiration).

Nous verrons ce qui se trame dans un tome III (il va y en avoir un, tout de même?…), mais en attendant, je vous invite à découvrir cette replongée dans un univers riche, sur un ton plus mélancolique, à l’image de l’esprit tiraillé de nos héros. En attendant de vous retrouver pour une prochaine chronique, je vous souhaite une excellente fin de journée!

Blanche Mt.-Cl.


Le thé idéal pour l’accompagner: Comme pour le premier tome, le « Thé des Moines » du Palais des Thé. Ce mélange de thé vert et noir à la couleur étrange, avec des notes de fleur pour être zen, se prête parfaitement au mode de vie insouciant de la planète.

Titre: Les Chroniques d’Ataraxia II – La Forteresse de Tehama
Auteurs: Thierry Maugenest
Editions: TohuBohu Éditions
Collection: Roman
244 p.
Parution: 8 Mars 2019
Prix: 19,00 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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