Sauver Fillory – The Magician King (Lev Grossmann)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Couverture de l’édition en langue anglaise

Here I aaaaam… Born to be queeeeeen… Non je déconne, les p’tits loups! 😉 Mais bon, c’était juste histoire de faire une blagounette, rapport au titre du roman!

L’une de mes bonnes résolutions de lectrice de cette année consistant à terminer les séries que j’ai entamées, je me suis enfin décidée, pratiquement deux ans après avoir lu le premier tome de la trilogie de Lev Grossmann The Magicians, à m’attaquer au second tome, The Magician King (Le roi magicien en V.F.). Nous voici, lecteurs, de retour dans le monde magique de Fillory au côté de Quentin et de ses amis Julia, Eliot, Janet, Josh, et de la nouvelle arrivante dans la bande, Poppy…

Et je vous le fais sans spoiler! Et pour ceux qui l’auraient lu en français, je m’excuse de mes traductions ou approximations, sachant que comme le premier, je l’ai lu en V.O.!

Les rois de Fillory à la rescousse

Deux ans ont passé depuis les événements du premier tome. Quentin Coldwater, son amie Julia qui l’a retrouvé après avoir été recalée à l’examen d’entrée de l’université de magie de Brakebills, ainsi que ses anciens camarades d’études Eliott, le dandy, et Janet, la starlette bruyante, sont devenus rois et reines de Fillory, qui s’est avéré un lieu réel et pas seulement fictif. La vie est douce dans leur immense et luxueux palais, entre festins arrosés de bons vins, parties de chasse ou encore quelques remaniements fiscaux. Quentin a bien du mal à trouver son compte dans cette vie futile et monotone, d’autant plus qu’il ne se remet pas des événements de The Magicians, et de la perte d’êtres chers. Et il s’inquiète pour Julia, qui a énormément changé et qui semble très tourmentée.

Mais tout change suite à une partie de chasse et la poursuite d’un Lièvre Voyant (Seeing Hare) qui déclenche une étrange chaîne d’événements: la mort du serviteur Jolliby, l’idée de Quentin de partir pour les Îles Extérieurs dont les impôts n’ont pas été payé, le départ avec Julia et une nouvelle recrue, le cartographe Benedict, pour ces contrées éloignées, la rencontre de la petite Eleanor qui remet à Quentin un livre de conte où il est question de sept clés d’or… des clés bien réelles! Las! Quentin a trouvé sa nouvelle quête! Malheureusement, l’aventure va ramener brusquement Quentin et Julia dans le monde « réel », où ils vont devoir faire appel au réseau des magiciens underground, ainsi qu’à un ancien camarade de Brakebills, et à une jeune magicienne spécialiste en dragons. La course est lancée, des États-Unis, en passant par l’Italie et l’Angleterre, et de surprise en surprise, pour retrouver Fillory et sauver le royaume d’un grand danger.

Cursus parallèle

Pour la petite histoire, j’ai découvert la trilogie littéraire The Magicians grâce à la série qui s’en est très, très librement inspirée. Avant que l’on me ressorte le laïus sur l’abominable trahison du scénar’ à l’œuvre originale, oui, je sais que la série est très différente des livres… Pourtant, je dirais tant mieux, d’ailleurs, car je pense qu’au vu du schéma narratif, avec un démarrage assez long du premier tome, et même du second, eh bien, ç’aurait été un peu chiant à l’écran. J’ai d’ailleurs pu lire, sur Amazon ou encore Instagram, de nombreux commentaires de lecteurs qui ont été déçus par les romans après avoir vu la série. De mon côté, je n’ai visionné que la première saison, et j’attends d’avoir lu la totalité de la Trilogie pour regarder la fin – même si c’est hyper différent du livre, j’aime bien. Pour tout vous dire, mon intérêt pour la chose m’a d’ailleurs étonnée. Car jouons-la franche, parce que je pense avoir réellement pris conscience de l’étendue des dégâts en lisant The Magician King, à de rares exceptions près comme Conan le Cimmérien, je me rends compte que n’aime pas du tout la fantasy, avec le merveilleux et compagnie. À tel point que Le Paris des merveilles m’a plu vite fait sans me marquer, et à tel point que je n’ai jamais ressenti l’envie de lire les Harry Potter (et non « je ne devrais pas » les lire, je verrai si un jour j’en ai envie!).

Mais voilà, j’ai accroché avec The Magicians, quand bien même j’ai eu un peu plus de mal à entrer dans l’histoire du second tome, The Magician King. Au début, j’ai mis ça sur le compte de la lecture en V.O. Mon cerveau n’était peut-être pas « chaud » à ce moment-là… mais au final, j’y suis arrivée! 😂 En fait, j’ai réalisé que c’était Fillory mon souci dans la première partie. Le fait est que comme je le disais plus haut, je ne suis pas du tout, mais alors pas du tout fan de fantasy, et j’avais surtout apprécié dans le premier tome, les aller-retours entre le monde parallèle et magique de Brakebills/Fillory, et le monde « réel » qu’on connaît. Pas que je sois terre-à-terre ou que je manque d’imagination, loin de là, mais d’une part, je trouve que notre monde en lui-même recèle de merveilles, et paradoxalement, je n’ai jamais trouvé la fantasy hyper surprenante depuis que Tolkien ou Howards ont ouvert le chemin. Tolkien était peut être un grand génie, et je suis impressionnée par son boulot de linguiste sur l’Elfique, mais ses écrits ne me touchent pas. C’est un goût personnel, et au tout début de The Magician King, dans Fillory avec ses animaux qui parlent et ses bateaux magiques, j’avais vraiment peur de m’ennuyer.

J’ai commencé à m’y intéresser un peu plus lorsque Quentin découvre l’existence des sept clés, et grâce à de la nouveauté dans la structure narrative. Car le temps du récit alterne avec des chapitre en flashback retraçant le parcours de Julia avant qu’elle rejoigne Quentin et ses amis. YOUPI! 🎉 Car bien que n’appréciant pas particulièrement ce personnage, j’ai suivi avec intérêt les événements qui l’on menée à découvrir et à pratiquer la magie, hors du sentier académique, et comment cette intello bête à concours et sans réelle empathie pour son entourage, est devenue une outsider. En effet, Julia est, si vous vous rappelez le premier tome, l’amie de Quentin, pour qui il en pinçait au début, sans le moindre espoir d’en être aimé en retour. Les deux gamins sont surdoués, participent à des concours de culture G et semblent promis à un parcours tout tracé dans des universités prestigieuses, mais ils sont très différents: d’un côté, Quentin mal dans sa peau et se réfugiant dans le monde imaginaire de Fillory et Julia, une bosseuse jusqu’à l’obsession pour avoir tout ce qu’elle veut. Je n’aimais pas trop la larronne, car je trouvais qu’elle traitait un peu Quentin comme si tout était acquis, consciente des sentiments qu’elle lui inspirait, et j’avais été répugnée par sa jalousie envers le jeune homme quand celui-ci était entré à Brakebills. En effet, elle passe elle aussi les tests d’entrée à Brakebills, mais se plante. On la croise plus tard dans le premier tome, lorsqu’elle prend Quentin à partie quand il rend visite à ses parents. Le sort d’amnésie lancé sur ceux qui échouent aux examens n’a pas marché sur elle, et elle sait ce à côté de quoi elle est passée, elle en veut à mort à Quentin, et on apprend dans le Tome II qu’elle était même prête à coucher avec lui pour obtenir qu’il la fasse repasser les tests d’entrée à Brakebills. Elle est consumée de jalousie, alors que la magie était de base, le rêve de Quentin et non le sien, elle l’envie alors qu’elle n’était pas la dernière à le prendre de haut. Ceci dit, même si je ne l’aime pas plus et que je ne suis pas plus attachée au personnage malgré ses souffrances – que je ne souhaite à personne – et ses démons, la découverte des milieux underground de la magie, hors du cadre propret de la fac de magie, et le cursus de la jeune femme, hors des sentiers battus. Elle pousse l’étude de cet art jusqu’à l’obsession, jusqu’à rompre avec sa famille et ne plus ressentir aucune empathie pour qui que ce soit, utilisant les autres au besoin, parce qu’il lui faut toujours être la première quoi qu’il en coûte. Elle vire complètement goth et est, à Fillory, la reine en noir. Bref, je ne la trouvais pas du tout humaine, et il faut croire qu’au vu de son destin, elle n’est pas faite pour l’humanité. Mais ces chapitres dédiés à Julia ont apporté une complexité bienvenue au scénar’, si je puis dire, car on en comprend mieux les enjeux, au fur et à mesure que l’on découvre les recherches des outsiders de la magie, entre New York et le Sud de la France. Cette dernière partie en France, surtout, s’arrête sur une note vraiment dark, à la fois horrible et impressionnante, voire très dure, mais putain, quelle ambiance! C’est vraiment ce qu’on attend de la magie « pour les grands » pour glauque que ça tourne!Mais de cela, je ne peux vous dire plus sans spoiler.

Encore une fois, j’ai apprécié les aller-retours entre le monde de Fillory, et le monde réel contemporain, où un lecteur jeune adulte peut facilement se retrouver, car je pense que trop de Fillory avec ses animaux parlants et ses parties de chasse à courre m’aurait un peu saoulée. Les lieux visités par nos héros sont tout simplement magnifiques, et toute la partie où Quentin et Julia reviennent, contraints et forcés, sur Terre, m’a vraiment captivée. Et surtout, j’ai aimé deux choses:

  • Le fait que Quentin se rende compte, au cours de ce voyage, que Fillory n’est pas le seul endroit à être beau et que la Terre elle aussi, avec ses lieux aussi beaux que Venise ou la Cornouailles. C’est vrai quoi, Fillory, c’est sympathique mais c’est si parfait que c’est un brin chiant à long terme!
  • L’arrivée du personnage de Poppy, une jeune magicienne australienne spécialiste des dragons et complètement exaltée par le travail sur le terrain. De prime abord la demoiselle a des airs de Mademoiselle-je-sais-tout dès lors que ça touche au savoir magique, mais elle est hyper sympa. Vraiment, j’aime bien cette fille, quand bien même on la voit surtout à travers les yeux du mélancolique Quentin. Elle apporte vraiment un petit quelque chose de rafraichissant, avec sa curiosité à toute épreuve. Elle est savante mais pas blasée pour un sou, et apporte un peu de légèreté comparée à la distante Julia de moins en moins humaine au fur et à mesure que ses pouvoirs grandissent.
De jeunes adultes en reconstruction
Couverture de l’édition française

Nous allons à présent revenir sur les personnages du récit, que nous avions vus comme de jeunes adultes pleins de fêlures dans le premier tome. Ici, nos jeunes héros ont évolué à Fillory ou sur Terre: Eliott s’épanouit dans son rôle de roi, entre vie luxueuse faite d’étoffes délicates et de bon repas arrosés de champagne, et gestion des affaires d’état (pour lesquelles il se montre assez efficace), Janet que l’on ne voit qu’au début est égale à elle-même, Josh l’ancien camarade resté sur Terre mais propriétaire d’un palazzo à Venise où il officie en tant que « réparateur » de magie (The Fixer en V.O.), devenu sûr de lui alors que tout le monde riait un peu de son pouvoir aléatoire… Tout ce petit monde a bien changé, mais je vais m’attarder sur deux protagonistes, les seuls dont nous avons les points de vue dans la narration: Quentin et Julia. A travers ces deux êtres tourmentés, la dimension « récit d’apprentissage » est très présente dans The Magician King.

Si Quentin avait pu, parfois, m’irriter par sa lâcheté ou son indécision, je m’étais attachée à ce petit gars mal dans sa peau qui cherchait sa place, mais qui, comme Julia l’avait noté, avait changé depuis son entrée à Brakebills et à la faveur de sa relation avec Alice dans le premier tome. En effet, Quentin s’est peu à peu transformé, mais il lèche encore ses plaies. Il reste peu confiant en lui-même, mélancolique et triste après avoir perdu des êtres chers et avoir manqué de mourir suite à sa première aventure fillorienne. Il a le sentiment que quelque chose lui manque. Éternelle insatisfaction, sentiment d’inutilité, intuition?…

Face aux personnalités flamboyantes et affirmés de ses amis qui s’épanouissent en tant que souverains, ou à Julia qui a opéré un impressionnant changement, il peine à trouver sa place et s’accroche, tout le long du récit, à cette volonté d’entreprendre quelque chose par lui-même: le voyage vers les Îles Extérieures pour un prétexte futile, qui le conduit à se lancer dans la quête des sept clés, le souhait de rallier Fillory et de sauver le royaume, de s’impliquer dans la quête d’Eliott resté sur place, quitte à prendre des risques… Peu à peu, Quentin prend des initiatives, et il semble que sa pratique de la magie s’en ressente, comme si son activité le libérait de quelque chose. Il découvre de nouvelles ressources en lui-même, de nouvelles sources de satisfactions et finalement, lui qui avait toujours besoin d’être rassuré, sait montrer de la force de caractère lorsqu’il sent son amie Julia vulnérable. Car leur relation a elle aussi évoluée vers une quelque chose de moins artificiel que dans le premier tome. C’est une réelle amitié, où lui ne l’idéalise plus, tandis qu’elle ne le méprise plus.

Car Julia – et je persiste à dire que je n’ai jamais pu m’attacher à ce personnage – a elle aussi beaucoup changé, passant de la première de la classe propre sur elle à la magicienne dépressive cradingue. Fillory qui était le rêve réalisé de Quentin est devenu réel pour elle également, et la magie l’y lie encore plus étroitement que son ami, pour des raisons que vous connaîtrez à la lecture du roman. Car elle a beaucoup donné de sa personne, perdue dans son obsession pour la magie, jusqu’à une révélation finale qu’elle n’aura que trop tard…

C’est sa tragédie, et également celle de Quentin, mais je ne peux vous en dire plus sans trop vous en révéler, mais tout ce que je peux constater c’est que les deux jeunes gens, malgré leurs différences – la perte progressive de l’humanité de Janet, l’assurance de Quentin –  en viennent à se ressembler, et presque à être sur un pied d’égalité. Mais je vais de suite passer à la conclusion!

Conclusion – Une suite très intéressante

Et voili-voilà pour le Tome II de The Magicians, The Magician King, où Quentin a connu une évolution fort intéressante, ainsi que Julia, malgré le peu d’amour que j’ai pour la demoiselle. Mais le jeune homme, qui se remet encore de ses blessures psychiques en début de roman, ressent de plus en plus le besoin d’agir sans atermoyer, de se plonger à corps perdu dans ses quêtes, qui trouve sa place et prend conscience qu’il peut être satisfait de diverses façons. Et ça, c’est bon. Cette chronique est évidemment plus courte que celle concernant le premier tome, dans mon souci du non-spoiler.

J’ai hâte de savoir ce qu’il va advenir de lui dans le final, dans quelle quête il va se lancer. Et cette fois-ci, je ne vais pas attendre deux ans pour lire le volume suivant, je vais tenter d’expédier la chose avant l’été! J’espère donc vous avoir donné envie de découvrir cette trilogie de Lev Grossmann, ou de la poursuivre, pour celles et ceux d’entre vous qui ont été refroidis par le premier volume! Je vous dis à bientôt pour de nouvelles chroniques livre et/ou film! Bisous bisous!

Blanche Mt.-Cl.


Le thé idéal pour l’accompagner: Du thé noir à la vanille, pour ce mélange d’amertume et de douceur, comme le parcours de nos jeunes héros qui vont peut-être trouver en eux-mêmes ce qu’ils sont venus chercher…

Titre: The Magician King
Auteurs: Lev Grossman
Editions: Arrow
560 p.
Parution: Août 2012
Prix: 9,85 €

Ou en français:
Titre:
 Les Magicien, tome II – Le roi magicien
Auteurs: Lev Grossman
Editions: L’Atalante
Collection: La Dentelle du Cygne
510 p.
Parution: Mars 2016
Prix: 23,00 €

Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse de livres et de films SFFF mais pas que (de tout ce qui raconte de bonnes histoires, en général), auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

2 réflexions au sujet de “Sauver Fillory – The Magician King (Lev Grossmann)”

  1. Ce que j’aime cette trilogie !
    Par contre, je fais partie de ceux et celles qui n’ont jamais accroché à la série TV – même en la regardant sans penser aux livres, vu la distance prise par les scénaristes. J’ai essayé, je ne peux vraiment pas…

    J'aime

    1. En fait c’est un peu comme « Dune » de David Lynch que j’ai vu sans connaître le livre, et pour lequel le fait de les avoir lus n’a pas fait disparaître mon amour du film… Je ne savais pas que c’était un livre quand j’ai vu la série la première fois.
      Tant pis et tant mieux je dirais, car vu comme la fantasy m’emmerde, je pense que si la série avait été fidèle aux livres je me serais vraiment ennuyée! 😄

      J'aime

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