OVNI cinématographique surréaliste – Toys (Barry Levinson, 1992)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Ayant accusé un peu de retard sur une autre chronique film que je souhaite au poil, je tiens d’abord à m’excuser. Car je vais vous représenter un film dont j’ai parlé au tout début du blog, alors que celui-ci n’avait que peu d’abonnés… Mais cette œuvre, je pense, gagne à être un peu plus connue, d’où mon envie d’en reparler maintenant que le blog a plus d’abonnés. Et je gage que ce film des plus bizarres intéressera beaucoup certains d’entre vous!

Me voici donc de retour pour une chronique cinéma assez… barrée. En effet, j’ai l’honneur de vous présenter Toys, pour moi un véritable OVNI au pays du cinéma, pour les curieux avides de découverte. À la base, je l’ai vu dans mon enfance, quand mes parents commençaient à expérimenter les joies des chaînes cinéma sur le câble… Puis je l’ai revu beaucoup plus vieille avec la maturité d’une grande, et j’ai encore accroché… Enfin, comme vous connaissez à connaître certains de mes goûts, je crois que ça ne vous étonnera pas trop.

Attachez donc vos ceintures, je vous embarque pour un voyage dans l’absurde et le loufoque, dans le monde merveilleux du jouet…

Une affaire de famille

L’excentrique Kenneth Zevo, fabriquant de jouets et directeur des usines Zevo, se meurt. Contre toute attente, il décide de ne pas léguer son affaire à son fils Leslie (Robin William) ou à sa fille Alsatia (Joan Cusack) qui travaillent avec lui depuis des années, mais à son frère Leland Zevo (Michael Cambon). Militaire de carrière sans aucune fantaisie, celui-ci est un indécrottable nostalgique du Vietnam. Flanqué de son fils Patrick (LL Cool J), lui aussi soldat et expert en camouflage, il souhaite changer le concept de l’usine. Non content d’en toucher l’architecture, il décide de produire exclusivement des jouets et jeux de guerre. Il écarte Alsatia et Leslie de l’entreprise familiale et transforme la fabrique en véritable fort, avec contrôle de sécurité draconien.

Sur ces entrefaites, Leslie fait la connaissance de Gwen (Robin Wright), une employée de l’usine, qui sous ses airs réservés se révèle avoir le même grain de folie que lui. Auprès d’elle, il s’ouvre de ses inquiétudes: celles de voir son oncle Leland dénaturer la vision du jouet comme apport de douceur et d’imaginaire. Galvanisé par sa romance naissante avec Gwen, il décide de demander des comptes à son oncle. Il comprend bientôt que, plus que la simple production de petits soldats et chars miniatures, Leland Zevo médite un plan diabolique…

Univers surréaliste

L’histoire du film pourrait être une classique intrique de rivalité sur fond d’affaire familiale, avec un ton comique, mais que nenni. Cela va bien au-delà. Car vous entrez dans un monde qui semble appartenir à une dimension parallèle, sans véritable marquage par une époque ou par un espace particulier, où tout a rapport au jeu, au jouet, ou y ressemble.

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Les usines Zevo dans toute leur splendeur… – Source: DevilDead.com

Car Kenneth Zevo est une sorte de Willy Wonka du jouet, avec une usine qui ressemble à tout sauf à une fabrique. Et ouais, il semble que le chef-décorateur du film se soit éclaté… Dans la salle de production et de montage, ce sont des têtes de robot géantes jaune vif qui crachent les pièces à assembler. Quant à Alsatia, elle crée des costumes de poupée dans une pièce qui ressemble à une boîte et porte des patrons de robes et des perruques de poupée lorsqu’elle est à l’ouvrage… Et Leslie fait visiter l’usine à son oncle à bord d’une voiturette qui s’arrête pour laisser traverser une famille de canards mécaniques. Comme soirée romantique, il emmène Gwen se balader dans une miniature de grande métropole américaine… Je vous laisse imaginer le tourbillon visuel et les situations complètement loufoques dans lesquelles évoluent les personnages!

C’est du grand délire pour un univers pop et coloré, imprégné d’une culture artistique variée, dont les visuels très étudiés ne sont pas sans rappeler les peintures de Magritte (vous savez, les hommes qui flottent sur fond de ciel nuageux…), ou ces tableaux futuristes aux perspectives à la fois très tordues et très géométriques… Pareil pour les maisons: la demeure des Zevo ressemble à une carte en pop-up dépliée, tandis que dans son salon trône une miniature avec une reconstitution de la pièce en mode « maison de poupée »… tout comme la salle à manger où les convives s’assoient littéralement sur des châteaux jouet! Le tout filmé de manière étourdissante, avec un jeu permanent sur les perspectives et les illusions.

Qualifier le film de surréaliste est do,v bien faible! Car les situations sont tout aussi barrées que les décors, avec des personnages perchés à souhait!

Personnages délirants et situations rocambolesques
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Les étourdissantes tenues de camouflage du cousin Patrick, « fort, sportif et mystérieux » selon les mots de sa cousine Alsatia… vous avez ici la version canapé fleuri. – Source: Imdb.com

Car l’histoire ne serait rien sans ses décors et sans cette bande d’acteurs qui campent des personnages hauts en couleur. Je ne peux pas faire de mention spéciale à tel ou tel acteur, car ils sont tous assez efficaces dans le genre dingue. On retrouve bien sûr un Robin Williams au mieux de sa forme, qui campe encore un doux rêveur parfois agaçant (je vous avoue que je n’étais pas fan de son jeu) qui va révéler assez de courage pour faire face à son oncle Leland. Dans ce rôle, Michael Gambon est un méchant cartoonesque, pas plus futé que ses adversaires, tellement obsédé quand il a une idée fixe, au point de se tirer une balle dans le pied au sens littérale… Véridique, et là maintenant, voilà que je me tape une barre énorme en pensant à la scène en question!

Passons aux deux ladies. L’excellente (je l’adore) Joan Cusack joue la sœur de Leslie, Alsatia (qui a eu l’idée d’un nom pareil?), dont on comprend les excentricités lors du twist final, qui porte des tenues de poupée et mange des « sandwiches à rien du tout » à la cantine de l’usine, pour les remplir de comprimés vitaminés, et dont les propos décousus recèlent une grande sagesse. Gwen, interprétée par la talentueuse et ravissante Robin Wright, est aussi douce et gauche que folle, passe des heures à s’amuser avec Leslie et Alsatia, comme une bande de trois gamins, et a des techniques de drague bien à elle.

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Leslie en train de faire visiter l’usine de jouets familiale à l’oncle Leland – Source: Inciné.fr

Je disais plus haut qu’il n’y avait pas de mention spéciale, mais en fait… si Je pense qu’un personnage en mérite une: le cousin Patrick, interprété par LL Cool J… Militaire comme son père, il a des tas de manies bizarres (en même temps, c’est de famille) – son monologue sur les aliments « qui se touchent » est juste MAGIQUE! C’est un membre des commandos qui fait tout pour ne jamais être pris, et qui a une spécialité particulière: le camouflage. Patrick apparaît quand on ne l’attend pas et disparaît comme il est venu, en se fondant dans la nuit ou le décor… Sa première apparition dans le film est d’ailleurs un moment absolument hallucinant. Car tout au long du film, Patrick Zevo ne cessera pas de vous surprendre avec son expertise des treillis fantaisie et des leurres en tout genre! Au final, c’est comme un Action Man grandeur nature, à la fois jouet de son père, partie prenante dans un jeu de guerre coloré, et personnage qui s’intègre à merveille dans cet univers emprunt de ludique. Bref, mon favori. Il est même à l’origine de mes scènes préférés du film – « Ma position ne vous regarde pas! »

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Leslie et Gwen à la cantine de l’usine – Source: Imdb.com

Le spectateur, nage dans un comique de situation permanent, entre des gags ou des images complètement incongrues qui ne peuvent que prêter à rire. Qu’il s’agisse des leurres de Patrick ou du coup de feu dans le pied de Leland… entre autres. Le visuel étourdissant que j’évoquais n’est pas étranger à cela, car vous verrez dans cet OVNI intitulé Toys qu’il est possible de vraiment pousser des murs et de transformer une usine de jouets en véritable forteresse piégée digne des plus grands jeux de plateforme!

Mais ne vous y trompez pas, il ne s’agit pas vraiment d’un film pour les enfants. Il oppose cet univers riche en couleurs, tout en naïveté et en légèreté, à l’image des personnages principaux élevés dans une véritable bulle d’innocence, à des thèmes sérieux comme la guerre et l’exploitation de l’innocence. Il y a donc une sorte de cruauté, de noirceur sous-jacente, qui ajoute un peu plus de consistance à l’ensemble, et en ferait presque un parcours d’apprentissage pour Leslie, et même son cousin Patrick, qui en sortent plus mature. Il faut donc regarder au-delà du pur délire scénaristique et visuel, et de ces personnages qui lanent à trois milles… Et je pense que c’est ce que le public a eu du mal à faire. On connaît Barry Levinson pour Le Secret de la Pyramide (un film jeunesse produit par Spielberg, qui relate la rencontre des tout jeunes Sherlock Holmes et John Watson dans un pensionnat), Good Morning Vietnam ou Rain Man. C’est donc un grand nom du cinéma. Mais malgré l’originalité de sa vision et l’implication d’un casting de standing, et malgré une bande originale assez sympathique à laquelle a participé Hans Zimmer, Toys a été boudé par le public et les critiques, qui ne l’ont pas compris. Échec commercial et critique, il n’est pas du tout considéré comme un chef d’œuvre.

Conclusion – Un inclassable à voir absolument

Et pourtant, je pense que c’est justement son côté inclassable qui fait que ce film mérite d’être vu.

Il est vrai que je ne suis pas objective (en même temps, avez-vous déjà vu de l’objectivité sur ce blog? non, hein? 😉 ), car Toys est une de mes madeleines de Proust cinématographiques. Mais ces décors qui servent une histoire assez sympathique et déjantée ont de quoi ravir et amuser les curieux, les geeks et les cinéphiles en général. Le film a certes ses petites faiblesses et pourrait être un énième rôle de Robin Williams à faire le pitre, mais c’est une vraie bouffée d’air frais qui arrache des sourires sincères, tout ce qu’il faut pour vous remonter le moral.

À consommer donc sans modération, et je vous conseille de ne pas louper sa prochaine rediff’! Je vous laisse avec la bande-annonce (en V.O.), pour piquer votre curiosité, et vous souhaite un excellent après-midi!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Toys
Année de production: 1992
Réalisation: Barry Levinson
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h58
Distribution: Robin Williams, Michael Gambon, Joan Cusack, Robin Wright, LL Cool J

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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