Héros en détresse – Supernormal (Robert Mayer)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Tout d’abord, à celles et ceux qui auraient manqué mes précédents articles, je renouvelle mes meilleurs vœux pour cette année 2019, et je vous remercie encore pour votre soutien à ce blog et à mes projets.

Pour cette première chronique livresque de l’année, j’ai eu un « petit coup de folie » en laissant encore une fois de côté Don Quichotte pour me pencher sur un autre ouvrage. Je souhaitais lire quelque chose dédié à New York ou avec cette ville en toile de fond, tout en restant dans un registre léger et peu prise de tête. Je suis retombée sur l’un des ouvrages de ma PAL, qui pour le coup m’a fait bien envie: Supernormal. Je l’ai lu en très peu de temps, et je vous livre une petite réaction à chaud…

Superhéros sur le retour

New York, les années 1970. David Brinkley est un type on ne peut plus « normal »: la quarantaine, bedonnant, marié, père de deux enfants avec un troisième en route, avec un crédit immobilier pour sa maison de banlieue, il travaille comme rédacteur pour un journal new yorkais… Une vie sans histoire. Seulement, ce que tout le monde ignore, c’est que le larron a un sacré passé: ancien superhéros respecté et adulé, il a vécu de nombreuses aventures et sauvé la planète des centaines de fois… avant de raccrocher la cape et le masque.

Mais un beau jour, les délits se multiplient brusquement à New York, semant une véritable vague de terreur parmi la population. D’abord intéressé par ces faits étranges en tant que journaliste, David éprouve à nouveau un frisson d’exaltation, similaire à celui de sa grande époque. Au fur et à mesure de ses découvertes, l’envie de revenir va se faire plus pressante… tout comme la certitude qu’il pourrait s’agir d’un piège.

L’envers du rêve américain

J’ai fait l’acquisition de ce roman tout à fait par hasard, au gré de mes recommandations de la Fnac! OK, c’est un peu le truc qui pousse à la consommation, mais j’ai parfois découvert des livres sympas par ce biais, dont Supernormal. Je me suis donc laissée tenter par cette histoire de super-héros sur le retour, empêtré dans une routine qui l’ennuie, qui voit à nouveau le moyen de briller et de se rendre utile. Je l’ai dévoré en peu de temps.

Ce roman est publié en 1977, en pleine Guerre Froide et après le scandale du Watergate, alors que le rêve américain est mis à mal et que New York est au bord de la faillite – contexte qui se ressent dans le récit. En effet, d’après quelques petites recherches faites pour cette chronique, j’ai pu voir que les années 1970 n’ont pas été de tout repos à New York qui a vu des désordres sociaux importants, l’abandon d’infrastructures faute de subventions, ainsi qu’un taux de criminalité élevé. La « grande » histoire, celle de la Guerre Froide et des tractations secrètes avec les Russes – certes relatées sur le ton de la parodie dans Supernormal – rejoint donc une histoire locale à plus petite échelle, où certains quartiers de la ville sont en proie à un désordre endémique. Et ne fait que confirmer mon intérêt pour la Grosse Pomme et son extraordinaire histoire. Il n’est pas difficile d’y voire une critique de la société américaine, son consumérisme (à travers les nombreuses marques et pubs cités dans le livre), et cette croyance en une soi-disante supériorité idéologique. Par ailleurs, si le succès du livre n’est pas immédiat, il a beaucoup influencé les amateurs et futurs auteurs de comics de cette époque, comme le relate en préface Kurt Busiek, scénariste de comics (il a entre autres travaillé avec Marvel et D.C.) qui a adoré ce roman, qu’il a lu et relu, et où il redécouvre à chaque fois de nouveaux détails.

Il faut dire que l’ouvrage regorge de références aux séries, actualités ou encore au sport américain – heureusement cette édition de Supernormal comprend des notes explicatives pour les profanes dont je fais partie. Mais au détours de ces pages, vous rencontrerez des figures de la culture américaine, comme Mohamed Ali chauffeur de taxi, Fred Astaire comme valet de chambre du président américain, ou encore Frank Sinatra dans un bar louche, Peter Pan qui tient un bar gay, pour les plus évocatrices. Le héros de cette histoire, si j’ose dire, est lui-même une parodie de Superman, même si l’on ne connaît pas son nom de Superhéros: David Brinkley a débarqué de la planète Cronk au bord de la destruction, dans un petit vaisseau (intéressant), et a été recueilli par un couple bien veillant dans la ville de Littletown (tiens, tiens…), a occupé un poste de journaliste auprès de Peggy, collègue et premier amour qui sortait avec lui comme ça mais mais fantasmait sur son « Super-lui » (ça vous rappelle encore rien?) avant de devenir rédacteur afin d’avoir un emploi plus stable une fois marié et père de famille… David Brinkley a toujours eu des cheveux bleus, une force surhumaine, des capacités hors-norme comme celle de voir à travers les choses, de voler ou d’étouffer un incendie d’un seul souffle – capacités qu’il a mis au service du bien. Symbole de force et d’un idéal américain triomphant (à tel point que les Soviétiques s’intéressent à lui) est allergique à une roche particulière, la cronkite, qui le rend vulnérable.

Bref, tout y est… seulement, on entre aussi dans la partie la moins glamour. Le larron a quarante balais, de l’embonpoint et mène une vie atrocement normale – l’essayage de son ancien costume avec du bide en plus, au début du roman, est d’ailleurs un moment assez cocasse qui n’est pas sans évoquer Les Indestructibles. Peut-être les scénaristes du films connaissent-ils Supernormal?… Ce n’est pas à exclure, en tout cas! Bref, ce type, autrefois symbole de Force et étendard de la supériorité idéologique américaine s’emmerde, évoque ses souvenirs de bataille, ses années de lycée, ses premières amours et sa propension à utiliser sa vision gamma pour voir à travers les fringues des autres filles… Ben ouais, tout comme le rêve américain, l’image du super-héros a du plomb dans l’aile quand on voit ses petites bassesses – et jeter un œil aux nanas en fait partie. Mais à chaque fois qu’il s’adonne à ce petit penchant polisson, il se fait mal quelque part comme si une puissance supérieure le punissait pour ces intrusions malvenues…

Il est à savoir que le roman a parfois une certaine charge érotique qui, si elle ferait hérisser les cheveux sur la tête des lectrices du XXIe siècle, participe au cocasse de certaines situations, car notre protagoniste principal y apparaît bien avec tous ces défauts. Tout comme les clichés et schémas narratifs de l’histoire des super-héros sont parodiés dans des scènes prenant un tour potache ou complètement psychédélique, pour mon plus grand bonheur (j’avoue ne pas bien connaître l’univers des comics et ne pas être fan des films de superhéros – sauf Batman et les Watchmen mais bon, j’ai quelques images en tête quand même, comme le fait que personne ne reconnaît Clark Kent en Superman alors qu’il s’est juste contenté de retirer ses lunettes, et personne ne se frappe ici des cheveux bleus de Brinkley), et les manques de ces histoires, ou les questions absurdes qu’on a pu se poser à leurs sujets trouvent parfois des réponses abracadabrantesques.  Mention spéciale aux personnages secondaires, politiciens et journalistes, tous aussi absurdes les uns que les autres, mais surtout à l’attachant Max Givenchy, le vieux tailleur de costumes des super-héros… car c’est vrai qu’on est en droit de se demander comment ces messieurs-dames ont des sapes aussi nickel qui tombent pile poil. Cette volonté parodique parfois exacerbée, est au service d’un récit somme toute bien ficelé qui mêle action, investigation, intrigue politique sur fond de Guerre Froide et une réelle quête personnelle. Car Supernormal, et c’est ce qui fait le charme du roman, parvient à toucher du fait que le lecteur est capable de s’identifier au héros de cette histoire: certes, contrairement à David Brinkley, nous n’avons pas de superpouvoirs, mais il est aisé de se reconnaître dans les petits tracas du quotidien et la routine, les factures, la vaisselle, les transports, le job pas très palpitant… mais aussi dans ses dilemmes. Car s’il a envie de tout plaquer, il se sent tiraillé entre l’insouciance d’une gloire passée, son attachement et ses obligations envers sa femme et ses enfants. Sa vie est un ennui, un doute permanent qui l’accable, quant à sa utilité. Au final, à travers l’histoire d’un super-héros, c’est un peu celle de tous qui se déroule sous nos yeux.

Conclusion – L’épopée de Brinkley

Voili-voilà, pour cette première lecture de l’année, Supernormal, qui pastiche les récits de super-héros, n’est pas un coup de cœur, mais un roman aussi distrayant (j’ai vraiment ri à certaines scènes) qu’intéressant. Décor de gratte-ciels et de bas-fonds new yorkais, déclin personnel faisant écho à un déclin socio-culturel,  dans un climat crépusculaire propre à la Guerre Froide, le récit questionne différents symboles de la culture américaine, dont le super-héros et son éloge de la force brute. Un ouvrage à l’humour caustique, aussi décapant que rafraîchissant, qui se savoure comme un pudding, sans arrière-pensée. Je le recommande aux fans de comics, mais aussi à celles et ceux qui ne connaissent pas cet univers… d’autant plus que Supernormal est, d’après ce que j’ai compris, un ouvrage de grande influence dans la galaxie des comics.

Et voici donc un début d’année énergique avec un super-héros en pleine introspection, une découverte plutôt sympathique! Aussi, j’espère vous avoir donné envie d’y jeter un coup d’œil et je vous dis à bientôt pour de nouvelles aventures livresques et filmesques… je prévois du lourd, mais je vais prendre un peu de temps pour faire ça bien! 😉

Blanche Mt.-Cl.



Le thé idéal pour l’accompagner: Un tchaï épicé.

Titre: Supernormal
Auteur: Robert Mayer
Editions: J’ai Lu
Collection: J’ai Lu Thriller
382 p.
Parution: Janvier 2018
Prix: 8,00 €

Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse de livres et de films SFFF mais pas que (de tout ce qui raconte de bonnes histoires, en général), auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

Une réflexion sur “Héros en détresse – Supernormal (Robert Mayer)”

  1. J’ai vu passer la couverture de ce livre il y a peu de temps et mon attention a immédiatement été retenue. Ta critique ne fait que renforcer cette bonne impression : un livre drôle, plein de bonnes références et un sujet un peu acide, ça rend décidément curieux ! Merci pour le bon conseil, il rejoint tout de suite ma wishlist 🙂

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