Livre d’images sombres – Crimson Peak (Guillermo del Toro, 2015)

Très chers Lecteurs des Mondes de Blanche,

Je reviens en ce début de semaine avec une nouvelle chronique film. Veuillez m’excuser si, après Les Quatre Filles du Docteur March, on est beaucoup moins dans l’esprit des Fêtes, gentil et festif, que sur les autres blogs. (Même si hein, vous avez vu, entre le logo et le fond, j’ai refait un petit look au blog!) Comme vous allez le voir avec le film présenté ici – et comme vous le verrez, malgré la diversification du blog, on continue quand même à parler SFFF!

Pour l’anecdote, j’ai eu l’occasion, et le plaisir, de le découvrir à la faveur d’une petite fuite chez mes parents pour me remonter le moral, un petit film dont je n’avais vu que les affiches dans le métro lors de sa sortie: à savoir Crimson Peak de Guillermo del Toro. Nous allons suivre Edith, une jeune héritière américaine et romancière aspirante, dans un coin reculé de l’Angleterre…

Malédiction du vieux monde

Nous sommes au début du XXe siècle, à Buffalo. La jeune Edith Cushing (Mia Wasikowska) vient de rédiger son premier roman, un conte gothique, qu’elle souhaite faire publier. Son imagination est nourrie par un événement terrible qui a marqué son enfance: la mort de sa mère du choléra, suite à quoi la petite fille a développé une réceptivité au monde des morts, l’esprit de sa mère la mettant en garde contre Crimson Peak…

La jeune femme aurait pourtant tout pour être heureuse: elle est en passe de devenir romancière, elle est adorée par son père Carter Cushing (Jim Beaver), riche homme d’affaire de Buffalo, et son ami d’enfance Alan McMichael (Charlie Hunnam), très épris d’elle, souhaiterait l’épouser. Tout semble aller pour le mieux jusqu’à ce que, dans les locaux de l’entreprise de son père, elle croise le mystérieux Sir Thomas Sharpe (Tom Hiddleston), baronnet anglais venu demander un prêt à son père: en effet, il a mis au point une machine permettant de mieux extraire l’argile de son domaine d’Allerdale Hall et de se renflouer pour entretenir son manoir. Or si les deux jeunes gens semblent se plaire dès le début, Lucille (Jessica Chastain), la sœur du baronnet venue avec lui aux États-Unis, et le père d’Edith, sont très sceptiques. En effet, Carter Cushing, qui n’a pas confiance dans Sir Thomas, lui a refusé son prêt, et a demandé l’aide d’un détective pour enquêter sur cet étrange Anglais qui a jeté son dévolu sur sa fille. Il le somme de s’éloigner de sa fille, quitte à lui briser le cœur, et lui offre un gros chèque… et est retrouvé mort peu après, la tête fracassée. Dévastée, Edith trouve du réconfort auprès de Thomas, qu’elle épouse et suit en Angleterre, malgré le deuil et des cauchemars à répétition.

Sir Thomas Sharpe et Edith Cushing durant un bal à Buffalo – Source: AlloCiné

Là-bas, elle découvre la demeure de famille branlante à cause du sol meuble, et dont les murs dégoulinent d’argile rouge… raison pour laquelle, lui explique son marin, on appelle ce lieu « Crimson Peak » (crimson signifie « carmin »). Edith reconnaît alors l’étrange nom contre laquelle l’esprit de sa mère l’a mise en garde plus jeune. Inquiète malgré son amour pour son mari et son attrait pour cette  demeure qui excite ses penchants romanesques, elle est de plus en plus souvent en proie à des apparitions et à des cauchemars. Elle a beau alerter Thomas, celui-ci se veut rassurant, mais la situation ne s’arrange pas. Tandis qu’il travaille à l’extraction de l’argile, elle décide d’explorer le manoir et de découvrir les sombres secrets de Crimson Peak…

Quand les fantômes inspirent del Toro

Nous y voili, nous y voilà: mon avis! Nous retrouvons Guillermo del Toro dans un fantastique, sorti deux ans avant La Forme de l’eau (que je n’ai pas encore vu, à ma grande honte). Il prouve encore une fois son talent pour créer des ambiances visuelles particulières, qui ne sont pas sans rappeler le côté baroque du Labyrinthe de Pan. Le script est d’ailleurs écrit par del Toro et Matthew Robbins juste après la sortie du Labyrinthe en 2006. Ce n’est que quelques années plus tard que les contacts de del Toro chez Legendary Pictures sont séduits par l’histoire de Crimson Peak, entre autres idées du réalisateur. Le tournage se déroule au Canada, entre 2013 et 2014. Guillermo del Toro se paie les services de Thomas E. Sanders, chef décorateur sur les tournages du Chaperon Rouge, mais aussi sur le célèbre Dracula de Coppola.

La somptueuse demeure délabrée des Sharpe – Source: AlloCiné

Le fait est que niveau ambiance, le film est très réussi: le décor est foisonnant, baroque à souhait, entre les formes tarabiscotées et les lumières dorées de la demeure Belle Époque d’Edith lorsque celle-ci vit encore chez son père, au manoir néo-gothique des Sharpe dont les escaliers et les hauteurs sous plafond n’ont rien à envier à Poudlard dans les films. L’ensemble dégueule littéralement d’une splendeur surannée et passées, où des feuilles et de la neige tombent par des des trous dans le toit, où l’argile coule par des fissures dans les murs. Une demeure invivable, mais le décor idéal pour une tragédie familiale gothique. D’ailleurs, n’a-t-on pas l’impression, à la vue de l’argile coulant le long des murs, que la maison saigne, comme si elle souffrant? Les lumières tamisées, or ou verdâtres comme si l’image baignait dans l’absinthe, ajoutent à cette ambiance baroque certes très artificielle, à l’image de l’atelier de Thomas qui crée machines et automates, mais qui offre une image véritablement séduisante où l’on aimerait se perdre comme dans celles d’un beau livre. On nagerait presque dans un délire gothico-Art-Nouveau, où le personnage d’Edith, avec ses robes et chemises de nuit à manches gigot et avec ses longs cheveux déployés, a l’air de sortir d’une version glauque de Mucha. D’ailleurs, la comm’ du film, avec les déclinaisons d’affiches au graphisme marqué, rappelle beaucoup cette période artistique. Technologiquement et esthétiquement parlant, on est dedans aussi avec les machines ou encore les phonographes. Bémol cependant: les fantômes que je trouve moches et mal faits quand on connaît les technologies actuelles, et inutilement sanguinolents.

Lucille et Thomas, les derniers membres vivants de la famille Sharpe – Source: AlloCiné

Par ailleurs, le film met en scène trois interprètes dont, de base, je ne suis pas du tout, mais alors pas du tout fan: je trouve que Mia Wasikowska a toujours l’air triste et j’ai mal pour elle quand je la vois à l’écran, Tom Hiddleston dégage quelque chose qui me rebute un peu (désolée pour les fans de Loki – le larron n’est pas moche et sait jouer, mais y a un truc chelou je trouve!), et Jessica Chastain c’est pire, elle m’indiffère complètement quel que soit le rôle, elle m’évoque QUE DALLE. Et pourtant, bizarrement, j’ai trouvé que le trio ne fonctionnait pas mal. Surtout Mia Wasikowska que j’ai trouvé absolument délicieuse au début dans ses robes Belle-Epoque et ses petites lunettes sur le nez, je lui ai même trouvé un petit air presque malicieux, tandis que son visage mélancolique allait très bien à son personnage d’héroïne gothique tourmentée dans la seconde partie du film à Crimson Peak. Il émane véritablement quelque chose d’elle, à tel point que je ne pouvais détacher mon regard d’elle à l’écran. Pour Tom Hiddleston, je suis sans doute influencée par son rôle de Loki, il joue parfaitement les ordures mais a dans ce film quelque chose de troublant, il en émane une certaine vulnérabilité. Quant à Jessica Chastain, que je n’avais d’abord pas reconnu en brune, elle arrive à dégager quelque chose que l’on voit dans les héroïnes de Poe, entre mélancolie et dureté – mais la pauvre Lady Lucille Sharp est carrément dérangée, c’est tout ce que je peux vous dire sans spoiler.

Edith explorant le manoir des Sharpe – Source: AlloCiné

Après l’ambiance visuelle impeccable, et le casting qui s’en sort plutôt pas mal, je vais parler de l’histoire. Elle est assez simple et facile à suivre, servie par l’ambiance générale du film: une riche héritière qui s’éprend d’un homme mystérieux et tourmenté, qui le suit dans sa vaste demeure remplie de secrets… Par aspects, cela me rappelle un peu Rebecca (le film d’Hitchcock, je n’ai pas lu le livre!), et d’autres ont comparé à Au Temps de l’Innocence d’Edith Wharton, dont je ne connais l’œuvre. Pour ma part, j’y retrouve quelques ingrédients qui font l’efficacité des nouvelles d’Edgar Poe – un décor somptueux mais lugubre, une famille qui ne compte plus que des membres maudits comme dans La Chute de la maison Usher, une romance sombre reposant sur la fascination des deux parties l’une pour l’autre,  des personnages torturés et même un peu tordu… C’est assez convenu, mais cela passe agréablement le temps, quand bien même j’aurais préféré que certaines idées  sympathiques (les cylindres de phonographe, par exemple) soient plus approfondies. Cela dit, pour être honnête, je ne me suis pas ennuyée pendant les deux heures de film qui sont passées comme une lettre à la Poste.

Conclusion – Un film d’ambiance à voir

Ainsi, vous connaissez mon avis sur Crimson Peak, un film que je place dans la lignée de Wolfman ou encore La Maison des Ombres – des histoires fantastiques qui ne révolutionnent pas le genre, mais visuellement soignées, qui tiennent efficacement le spectateur en haleine pour lui faire passer un bon moment. J’ai beaucoup apprécié le visuel et la mélancolie que dégage cette histoire, ainsi que ses interprètes. C’est comme un joli petit bonbon visuel qui se savoure sans arrière-pensée, ni plus… ni moins non-plus, car j’ai réellement apprécié ce visionnage.

Je vous laisse avec la bande-annonce de Crimson Peak pour vous faire une petite idée. J’espère que vous aurez passé un bon moment avec cette chronique et qu’éventuellement, elle vous aura donné envie de jeter un œil à ce petit opus!… Je vous souhaite une jolie journée, ainsi qu’une jolie semaine à tous, et je vous dis à bientôt pour de nouvelles chroniques!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Crimson Peak
Année de production: 2015
Réalisation: Guillermo del Toro
Origine: États-Unis
Durée: 1h59
Distribution: Mia Wasikowska, Tom Hiddleston, Jessica Chastain, Jim Beaver, Charlie Hunnam…

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

5 réflexions au sujet de “Livre d’images sombres – Crimson Peak (Guillermo del Toro, 2015)”

  1. Je n’ai jamais entendu parler de ce film, mais ta chronique m’a donné envie! Surtout pour le côté visuel, d’après ce que tu en dis c’est tout à fait le genre d’ambiance qui peut me plaire. Sinon, j’avoue que j’espérais que tu allais annoncer que c’était tiré d’un livre, ça a tellement l’air du parfait roman gothique!

    Aimé par 1 personne

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