Retrouvailles avec l’Ange de la Musique – Le Fantôme de l’Opéra (Gaston Leroux)

Le fantôme de l’Opéra a existé. Ce ne fut point, comme on l’a cru longtemps, une inspiration d’artistes, une superstition de directeurs, la création falote des cervelles excitées de ces demoiselles du corps de ballet, de leurs mères, des ouvreuses, des employés du vestiaire et de la concierge.
Oui, il a existé, en chair et en os, bien qu’il se donnât toutes les apparences d’un vrai fantôme, c’est-à-dire d’une ombre.

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Vous avez vu la petite couv’, violette comme le blog?… C’est le destin, je vous dis, le destin…

J’espère que votre mois de juin a bien commencé! 🙂 C’est qu’il file et j’ai encore repoussé d’autres articles – dont le fameux article illustré sur Star Wars – et j’ai même, horreur suprême, lâché mon MOOC alors que ça m’intéresse, mais pour le coup, il est tombé au mauvais moment. Bref, ma vie est une course contre la montre et une lutte permanente pour ne pas m’endormir n’importe où, ou pour que je ne pleure pas à n’importe quelle broutille. Au bureau notamment, mais rassurez-vous j’ai enfin fait ma demande de congés, et j’espère enfin avancer dans mes projets perso malgré une fatigue persistante. Mais nous y voilà, vous avez enfin une chronique ayant trait à l’une de mes autres grandes lectures d’avril. Ou plutôt relecture.

Car, fait exceptionnel, j’ai relu un ouvrage, à savoir l’une de ces lectures absolument mythiques qui ont bercé mon adolescence : Le Fantôme de l’Opéra, auquel j’avais dédié un article quand ce blog n’en était qu’à ses balbutiements. Suite à quelques petites anecdotes que je vous conterai plus loin dans l’article, j’ai décidé de relire ce roman qui a suscité moult adaptations. Je vous emmène dont dans cette véritable ville dans la ville qu’est le Palais Garnier…

Un génie maudit à la cave

Nous sommes dans le dernier tiers du XIXe siècle, à Paris. La direction de l’Opéra échoit à deux nouveaux individus ayant fait fortune dans l’industrie: Armand Monmarchin et Firmin Richard, après le mystérieux départ de leurs prédécesseurs. C’est que les temps sont mouvementés du côté du Palais Garnier: une jeune diva talentueuse et inconnue, Christine Daaé, fait son apparition, faisant de l’ombre à la capricieuse Carlotta, et suscitant l’amour du vicomte Raoul de Chagny, accessoirement frère du comte Philippe de Chagny, mécène attitré de l’Opéra.

Mais au milieu de ces figures pittoresques – nos protagonistes principaux mais aussi les rats d’Opéra comme Meg de Giry, sa mère ouvreuse Madame de Giry ou encore d’autres maître de chant ou inspecteur en charge d’une enquête – se détache une ombre plus inquiétante. Celle d’un mystérieux F. de l’O. ou Fantôme de l’Opéra, à qui l’on prête une laideur à faire peur et toute sorte de crime, et qui semble avoir jeté son dévolu sur la jeune Christine…

Histoire d’une relecture

Le moins que l’on puisse dire… c’est que l’idée de cette relecture est une histoire en soi!

Comme je passe tous les jour à Opéra pour ma correspondance, j’ai tilté sur le nom de la sortie auprès de laquelle j’attends mon métro. Rue Scribe. Que de magie m’évoque ce nom, celle de la rue où se trouve l’une des entrées secrètes de la demeure du Fantôme, dont il donne la clé à Christine… J’ai partagé la photo sur Twitter, et ai à ce sujet échangé avec une blogueuse – et soit dit en passant, le délire est parti assez loin (et je la remercie pour m’être tapé une pure barre). Coïncidence amusante, ce jour-là, j’avais à faire entre midi et deux du côté d’Opéra. Ce qui m’a bien sûr amenée à penser que je devais absolument relire ce roman… dont je ne me souvenais plus grand-chose, et dont les nombreuses adaptations m’ont quelque peu parasité l’esprit (oui, tout le long de ma lecture, j’ai fredonné Angel of Music). Entre nous, c’est à travers l’une de ses variations, et l’une de ses adaptations que j’ai fait la connaissance avec ce Fantôme. D’une part l’épisode de Babar, Babar et Le Fantôme de l’Opéra, et d’autre part, un drame en deux parties produit par NBC et dirigé par Tony Richardson, avec Charles Dance dans le rôle-tire (et oui, c’est amusant, car la blogueuse qui m’a faite rire presque aux larmes m’en avait parlé et je n’avais pas fait le rapprochement avec ce que j’avais vu enfant – il faudrait que je revoie ça, doudiou). Et plus jeune, je souhaitais m’améliorer en dessin pour une ré-écriture sous forme de roman graphique… Bref, je DEVAIS absolument relire le roman, comme si le Destin m’appelait à le faire.

Je me suis donc jetée à nouveau sur le livre de poche acheté en grande surface il y a seize ans, quand mon romantisme adolescent m’a faite plonger corps et âme dans cette histoire. Mais cette relecture s’est assortie d’une tragédie: la perte de mon ouvrage dans le train. Oui, vous avez bien lu! C’est affreux! Je pense qu’il a dû glisser quand je me suis endormie, et que je ne l’ai pas vu!… Las! Je l’ai re-commandé, et je me suis retrouvée avec une petite couv’ reproduisant l’affiche du spectacle, sans doute une réédition pour la sortie du spectacle au Mogador – violette, comme les ton de ce blog. Un signe du Destin, manifestement. 😉

Je dois dire que si cette relecture m’a amusée et déconcertée, malgré mon âge et mes considérations esthétiques, cette redécouverte avec un œil nouveau m’a vraiment fait plaisir et j’ai passé un fabuleux moment en compagnie de ce Fantôme. Maintenant que vous connaissez l’essentiel de ma relation si particulière avec ce récit 😆 découvrez-en un peu plus sur le roman en lui-même (et regardez ma jolie galerie de photos du livre)!

Triangle amoureux en musique

Oui bon, c’est un résumé bien simpliste que ce titre, parce qu’on ne peut pas réduire ce roman à une bête romance complètement neuneu avec une héroïne passive séquestrée par un monstre et éprise d’un idiot (ouais, c’est ce que m’a dit une nana un jour, qui n’avait vu que la comédie musicale sans avoir le roman). Mais je n’avais pas plus d’inspiration que ça, et je ne voulais pas nommer cette partie « mon avis ». C’est que j’écris avec une méchante crève (comme si je n’étais pas assez fatiguée comme ça!), il ne faut pas m’en vouloir si le flow y est un peu moins. ☺ Repartons donc dans Le Fantôme de l’Opéra et cette relecture savoureuse.

Difficile de s’imaginer, quand on connaît la postérité du roman, ainsi que le succès des écrits de Gaston Leroux, père de Rouletabille (honte à moi, je n’ai pas lu ses romans policiers), que Le Fantôme de l’Opéra, publié en 1910, ait eu un succès plutôt mitigé. Le véritable succès ne vient qu’après la sortie du film hollywoodien de 1925, avec Lon Chaney dans le rôle-titre. D’après ce que j’ai pu lire dans le livret explicatif de ma nouvelle édition (tout peut servir, décidément!), le roman s’inspire de plusieurs faits réels et légendes urbaines autour desquels brode Leroux. Sans doute, si j’avais fait quelques recherches, aurais-je pu trouver tout ça, mais n’ayant eu ni le temps, ni la force, je me suis contentée de lire ce qu’il y avait dans le livre: cuve creusée dans le sous-sol de l’Opéra lors des travaux pour éviter les infiltrations d’eau que Leroux transforme en lac au milieu duquel trône la maison du Fantôme, mort d’un spectateur en 1896 à cause de la chute d’un contrepoids du lustre (spectateur n°13, le pauvre était vraiment tombé sur le numéro maudit)… et plus que tout la rumeur d’un pianiste réfugié dans le Palais Garnier, gravement brûlé au visage et sombré dans la folie suite à la mort de sa fiancée danseuse lors de l’incendie de l’Opéra Pelletier (encore un nom qui évoque mon trajet quotidien!) en 1878. Tout cela a bien sûr son romantisme. Par ailleurs, un cadavre est trouvé dans le sous-sols de l’Opéra Garnier peu avant le début de la rédaction du Fantôme, élément déclencheur du récit. Car c’est le point de départ de cette histoire: « Le fantôme de l’Opéra a existé. »

Pour certains, surtout lorsqu’ils ne connaissent que les adaptations, la lecture peut se révéler déconcertante dans les premiers chapitres. À plusieurs égards. Tout d’abord, c’est un vieux roman, avec une écriture très datée – adresses et connivence avec le lecteur de la part d’un narrateur omniscient, titres de chapitres longs comme un jour sans pain, descriptions pittoresques de moult personnage… Et deuxièmement, à cause de sa narration. Parti pris qui peut étonner dans un roman avec une aura si romantique, le récit se présente comme une rapport pour reconstituer les faits autours de l’agitation régnant à l’Opéra au début de la prise de poste de ses deux nouveaux directeurs, faits menant au meurtre du machiniste Joseph Buquet et à la disparition de Christine Daaé en pleine représentation. Aussi le livre s’ouvre-t-il sur un avant-propos où le narrateur présente ses investigations, ainsi que différents personnages l’ayant aidé dans son enquête, que l’on croisera dans l’histoire, telle que la baronne de Castelot-Barbezac, anciennement « la petite Meg », fille de l’ouvreuse Madame Giry et ancien rat d’Opéra à l’époque des fait – et plus tard « bien » mariée. Par ailleurs, le narrateur utilise des extraits fictifs de journaux mondains ou de presse spécialisée, présentant les différents protagonistes tels les directeurs de l’Opéra, ou la danseuse Sorelli, afin d’étoffer leurs portraits respectifs. Le tout dans un style journalistique truculent que Leroux connaissait bien, travaillant dans la presse avant de vivre de ses romans – et le style journalistique de son époque est plus fleuri que de nos jours, les journaux servant également de divertissement aux lecteurs de la fin XIXe/début XXe qui n’avaient ni radio ni télé. Pour ma part, j’aime beaucoup, ça me dépayse! Vraiment! ☺ Ça et les extraits de journaux comme celui de l’énigmatique « Persan », un excentrique évoluant dans le milieu de l’Opéra qui dès le début semble beaucoup en savoir sur le Fantôme.

Fait qui m’a troublée, car il m’était sorti de la mémoire, une alternance entre des moment franchement comiques et des scènes vraiment tragiques. Ainsi, hormis le triangle amoureux entre Christine, le Fantôme et Raoul, le milieu représenté dans le roman de Gaston Leroux, celui de l’Opéra et du spectacle, est croqué avec une vraie drôlerie, de façon aussi théâtrale que son sujet lui-même. Bref, marquée par le destin tragique d’Erik le Fantôme, j’en avais oublié que tant de passages m’avaient faite sourire: les caprices et les futilités de la Carlotta, artiste certes performance mais sans véritable élégance qui s’étouffe de jalousie face au talent naissant de la jeune et fraiche Christine Daaé, ou encore les deux nouveaux directeurs de l’Opéra, Monmarchin et Richard qui ne veulent pas croire en la présence d’un être mystérieux dans l’Opéra. Pour preuve, ils prennent les missives du Fantôme réclamant son salaire (!) chaque mois pour une mauvaise blague des anciens directeurs Debienne et Poligny avec la complicité de Madame Giry, ouvreuse et mère de la facétieuse petite Meg, rat d’Opéra dans le corps de ballet du Palais Garnier. On découvre deux directeurs, industriels de métier, peu coutumiers de l’art, en contraste avec leurs prédécesseurs avec leur réputation de fins mélomanes, soucieux de préserver ce qui marche pour faire de l’argent et ne prenant pas très au sérieux la présence du Fantôme malgré ses démonstrations effrayantes: le meurtre du machiniste Joseph Buquet qui racontait aux jeunes danseuses impressionnables qu’il l’avait vu et à quel point il était laid, la chute du lustre et la disparition de Christine en un claquement de doigts alors qu’elle se trouve sur scène. Béotiens et poltrons lorsqu’ils décident d’assister à un opéra depuis la loge réservée au Fantôme, où ils ne sont visiblement pas dans leurs petits souliers. Ils sont aussi ridicules que drôles, maltraitant sans vergogne les employés de l’Opéra et préférant, pour ne pas perdre la Carlotta, prima dona de la maison, se ranger à son avis et prendre la fraiche Christine pour une gourgandine et une intrigante.

Tout y est exacerbé, exagéré, qu’il s’agisse des réactions des personnages, de leur moindre excentricité – car si le Fantôme a son lot de bizarreries et de demandes étranges, les autres ne sont pas en reste. C’est parfois très fendard,  on ne va pas se mentir. Et pourtant, l’auteur le souligne dans sa narration, on est dans l’illusion, la mise en scène permanente: on évolue au milieu des corridors et des loges, au son de musiques composées par les plus grands, des costumes de scène. Erik lui-même se déguise et se masque autant pour camoufler sa laideur insolite que pour jouer le rôle du Fantôme et de cet « Ange de la Musique » qui révèle à Christine son don pour le chant. C’est un acteur, mais aussi une sorte de spectateur qui a besoin de rêver, envie de croire à une possibilité d’amour avec Christine malgré sa hideuse apparence et son esprit tordu, car il la pense capable de trouver en lui cette part de lumière qu’il exprime en musique. Ses sentiments sont sincères, mais  sa folie l’aveugle. Quant à Christine, consciente des sentiments qu’elle inspire à cet homme se faisant passer pour une ombre. Quant à son ami Raoul, qu’elle aime mais que par fidélité à son serment au Fantôme, elle compte quitter pour le rejoindre, elle joue avec lui, comme une enfant ou une actrice: ils portent déguisement et masque pour se retrouver au gala costumé de l’Opéra, simulent des fiançailles en attendant que la jeune femme rejoigne Erik, se mettent en scène en amoureux au milieu de jardins de carton-pâte et autres décors dignes des plus grandes pièces et scènes d’amour de l’opéra. Comme si leur amour mutuel, pourtant sincère, ou celui qu’Erik porte à Christine, ne pouvaient trouver leur aboutissement dans le contexte artificiel du Palais Garnier et de sa déco clinquante.

Car si elles sont traitées de façon qui aujourd’hui nous paraît vieillotte, ce sont les relations de ce triangle amoureux qui suscitent l’intérêt, avec Christine Daaé pour point central. D’ailleurs, dans mon souvenir, elle était une jolie fille talentueuse mais un brin neuneu et passive… alors ce n’est certes pas cette héroïne dite bad ass affectionné par les lectrices du XXIe siècle (ouais enfin les meuf, vous trouvez pas que ça devient cliché, ça aussi?), mais j’ai dû réaliser mon erreur. En effet, elle est un enjeu. En effet, elle a une relation d’élève à mentor avec Erik. En effet, c’est la demoiselle en détresse que Raoul vient secourir. On cumule les poncifs avec Miss Daaé – n’oubliez pas qu’on est au théâtre, les amis. Et pourtant, elle a une histoire vraiment intéressante: fille d’un talentueux violoniste de Suède patronnée par un couple de riches mécènes dont elle est restée la pupille à la mort de son père, elle a manifesté très jeune un don pour le chant, même si elle a un moment cessé après avoir perdu Papounet. Elle a connu Raoul dans l’enfance, lorsque celui-ci se trouvait avec sa famille en Bretagne pendant l’été, vadrouillant au bord de la plage avec elle et écoutant fasciné le violon et les contes nordiques du père Daaé. C’est au début du roman, lors de la première prestation de Christine en public, que Raoul, accompagnant son frère Philippe de Chagny au gala de l’Opéra, reconnait son amie d’enfance et a un véritable coup de foudre. Si Philippe de Chagny réalise bientôt les sentiments de Raoul, il considère tout cela avec attendrissement, adorant et cédant tout à son petit frère – je ne me souvenais d’ailleurs plus de cet aspect « mignon » de l’histoire. Ceci dit, il ne tardera pas à le mettre en garde lorsqu’il verra dans quel état fiévreux et dans quelles extrémités de terreur la présence du Fantôme et son emprise sur Christine jettent Raoul. Et pour son plus grand malheur, il n’aura de cesse de mettre en garde son puîné, ou de se lancer sur ses traces quand le danger va s’avérer… Ah Philippe de Chagny, je l’ai vraiment bien aimé à cette relecture!…

Mais ne nous égarons pas. Christine n’est pas juste une petite nana naïve comme on le pense au début, elle serait même presque, par moment, angoissée et manipulatrice, lorsqu’elle comprend qu’elle a été trompée par son maître de chant, cet « Ange de la Musique » qu’elle prenait pour un pur esprit mais qui se révèle être le Fantôme. Dès lors qu’elle retire le masque du Fantôme par curiosité, c’en est fini de sa liberté car celui-ci, connaissant sa propre laideur et la répulsion qu’elle inspire, ne veut plus la laisser en paix, et utilise la peur pour toucher le cœur de la jeune femme et sortir d’elle son chant le plus beau et le plus émouvant. Consciente de cet état de fait et des manœuvres de son étrange mentor pour l’éloigner de Raoul, au nom de l’art, elle sait qu’elle voudrait tout avoir: le chant, l’estime de son professeur et bien sûr, Raoul, dont elle partage les tendres sentiments. Bizarrement, elle donne souvent l’impression de mener la danse, une danse certes indécise mais qui joue sur les sentiments de ses deux prétendants, au gré de ce qui l’arrange, lorsqu’elle a peur. En tout cas, c’est grâce à elle, à son intervention, que certains personnages ne s’en sortent pas si mal à la fin…

Parlons enfin de ses deux soupirants: Raoul, et le Fantôme. Raoul est, comme Christine, très jeune et avenant, séduisant quoique dégageant beaucoup d’innocence. C’est un garçon amoureux de son amie d’enfance et qui ne souhaite qu’une chose: vivre cet amour au grand jour et qui ne comprend pas pourquoi le Fantôme l’empêcherait, et qui voit dans le Fantôme un salopard qui a profité de la naïveté de Christine en se faisant passer pour une sorte d’ange. Il voit avec horreur l’emprise de ce monstre génial mais assassin, sur la jeune fille qui oscille entre terreur et reconnaissance envers son mentor. S’il est terrifié, s’il peut paraître un peu en marsh-mallow quand il se met en tête que ses projets de fiançailles n’aboutiront jamais, cela ne le paralyse pas, car il est prêt à se mettre en danger pour libérer Christine des griffes de ce Fantôme – avec l’aide du mystérieux Persan, dont je ne peux trop vous parler sans révéler des points-clés de l’intrigue.

Car Erik, alias le Fantôme de l’Opéra, est un adversaire de taille. MAIS DE TAILLE, et je vous le dis car j’ai moi aussi fait les frais de son effet: ado, il fut mon premier vrai book crush. Oui, oui, vous avez bien lu. Le fêlé masqué tout de noir vêtu (on dirait que je parle de Batman, ma parole 😂 ), avec sa gueule de tête de mort était un de mes grands archétypes romantiques. Génie incompris pour lequel j’avais de la compassion, personnage d’anti-héros à la limite du romantisme dans ce qu’il a de plus dark, Erik a été rejeté de tous. À cause de sa laideur. Ses parents qui l’ont affublé très jeune d’un masque pour ne pas le voir et vendu à un cirque. El a connu un parcours à la fois chaotique, aventureux et exceptionnel, dont je ne peux rien vous dire car j’en écrirais volontiers des pages entières qui vous spoileraient la totalité de l’histoire en deux deux, il a développé son potentiel supérieur plus loin que la plupart des êtres ordinaires: il maitrise la musique, l’architecture… et met ses talents créatifs dans ses quelques meurtres et dans sa roublardise dès lors que s’aménageant une luxueuse demeure au bord du lac sous-terrain sous l’Opéra, il réclame sans complexe un salaire à ses directeurs. Malgré ses actions plus que discutables, meurtre, séquestration d’une jeune diva pour sa formation musicale, eh bien… une réelle empathie se crée, compte tenu de la véritable tempête dans son âme. Car notre Érik, il faut le dire, ne pète pas la joie de vivre. Déjà, laid, apparaissant comme la Mort avec son visage ressemblant à un crâne et ses longs membres décharnés, et l’odeur de putréfaction qu’il dégage (j’avoue que ça m’a freiné dans mon glamour), il rebute et n’attire pas l’affection – répulsion confortée par ses agissements… Certains passages sont vraiment déchirants, lorsqu’il évoque ses souvenirs d’une enfance privée d’affection, clamant ouvertement son envie d’amour, prêt à tout pour forcer celui de Christine. Ses émotions exacerbées, ses tourments, ce désir d’affection immature qui le pousse à idéaliser l’objet de ses vœux, il n’est que tragédie et a le chagrin dévastateur. Pourtant, quelque chose de beau et de pur en Christine pourrait bien avoir éveillé en lui une part de lumière, ténue, mais belle et bien là… Bien qu’elle ne soit pas facile à détecter chez cet Ange noir de la Musique. Chacune de ses apparitions est poignante et troublante, au point de susciter une réelle tristesse, de s’attacher à ce pauvre Erik qui voudrait tant voir son talent de musicien reconnu, et être aimé pour lui-même en dépit de tout, et qui pourrait peut-être bien en apprendre de cet amour non-partagé. On comprend pourquoi Christine, outre sa reconnaissance, peine à vouloir abandonner un être aussi fragile, dont la seule force n’est que celle de son intellect puissant et de sa connaissance des secrets de l’Opéra. Mais j’arrête là, car je vais en dire trop!

Conclusion – Un vrai, vrai plaisir

Donc voilà, vous connaissez l’essentiel de ce qu’il y a à savoir sur Le Fantôme de l’Opéra, roman culte de Gaston Leroux à la postérité abondante. Il est extrêmement rare que je relise un roman, mais je réfléchissais depuis un moment à une relecture. J’hésitais entre plusieurs livres, et il semble que le Destin se soit chargé de faire le choix pour moi – trajet à l’Opéra, délires bloguiens… (En même temps, vu mon amour fou pour les tarés masqués en cape noire, mon grand intérêt pour ce Fantôme.) Pour cette espèce de charme suranné et baroque, pour les émotions exacerbées de ce personnage complexe, ambigu, fêlé et immature qui n’aspirait qu’à être aimé. C’est peut-être ce qui m’a le plus marquée dans cette histoire, le fait que l’auteur tentait d’expliquer l’attitude de cet individu complètement inapte à la vie en société – je ne sais pas si c’était novateur à l’époque de la parution du roman, mais c’est étonnant dans un roman si ancien. Leroux parvient à faire de ce monstre un être touchant, parfois jusqu’à avoir la boule à la gorge ou la larme à l’œil. Fou. J’espère en tout cas vous avoir donné envie de découvrir cette histoire assez rock’n’roll dans son genre, baroque, tour à tour drôle ou tragique, et que Le Fantôme de l’Opéra saura vous toucher comme cela a été mon cas, si un jour vous vous décidiez à le lire.

Cette histoire a été une vraie folie dans mon adolescence, et même une véritable source d’inspiration – que de dessins et de notes pour une réécriture et un roman graphique… Cette relecture avec un regard nouveau m’a fait un bien fou, et l’envie de dessiner m’a reprise (diable, alors que je n’ai pas fini mes fan arts starwarsiens…). Le Fantôme de l’Opéra n’en a décidément pas fini avec moi, et ma tête fourmille de projets relatifs à ce récit mythique… Bref, il n’est pas exclu que vous entendiez à nouveau battre les ailes de l’Ange de la Musique. 😏 Suite au prochain épisode.

Blanche Mt.-Cl.


Le thé idéal: Un tuocha bien terreux pour aller avec la vie en sous-sol.

Titre: Le Fantôme de l’Opéra
Auteur: Gaston Leroux
Éditions: Le Livre de Poche
Collection: Policier/Thriller
342 p.
Parution: Janvier 1975 (rééd.)
Prix: 6,70 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

7 réflexions au sujet de “Retrouvailles avec l’Ange de la Musique – Le Fantôme de l’Opéra (Gaston Leroux)”

  1. Ah je me rappelle d’avoir aussi passé de bons moments avec ce livre quand j’étais plus jeune! Je ne me rappelle pas de grand-chose, à part que j’étais à 100% du côté de ce pauvre Fantôme…

    Aimé par 1 personne

    1. Oh tu sais, de mon côté, je n’ai encore jamais lu « Les Trois Mousquetaires », alors tout est possible! 🙂
      Comme lecture de plage, peut-être pas, parce qu’il faut quand même s’accrocher un peu pour suivre les quatre premiers chapitres. Donc mieux vaut être un peu concentré. Ensuite, tout roule! 🙂

      Aimé par 1 personne

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