Réinterprétation du mythe de Faust – La Beauté du Diable (René Clair, 1950)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

J’espère que vous allez tous bien sur la blogosphère… Encore une fois, je m’excuse de mon rythme assez haché sur le blog, ainsi que de mon absence sur vos blogs à tous, mais je vis à un rythme assez effréné en ce moment. Pour finir, j’ai laissé tomber un livre qui me barbait, et je bosse dur pour de futurs articles qui, je l’espère, vous plairont… (dont un qui va couronner ma première lecture commune officieuse – héhé, mais ça, vous verrez plus tard 😉 ).

Bref! Après une chronique film barrée, un classique de la littérature française avec Le Passe-Muraille, j’ai eu envie de revenir sur le fantastique à la française… mais au cinéma. Avec un vieux coucou dont Les Mondes de Blanche ont parfois le secret: La Beauté du Diable, sorti en 1950 avec Michel Simon et Gérard Philipe. Je vous emmène revisiter le mythe de Faust avec ces deux acteurs mythiques…

Savoir, richesse ou amour?
La première apparition, fracassante, de Mephistopheles (Ma foi, Gérard Philipe en mode dark…) – Source: Allociné

Dans une principauté italienne au XIXe siècle, le vieux professeur Henri Faust (Michel Simon) s’entête à déchiffrer les secrets du Monde sans y parvenir. Alors qu’il rumine sa frustration, il est suivi par une voix mystérieuse jusque chez lui, qui se matérialise en un étudiant à la fière allure, et qui se présente sous le nom de Méphistophélès (Gérard Philipe), envoyé du Diable. Il lui propose de retrouver sa jeunesse, ce que le savant accepte, et ils intervertissent leurs apparences.

Tout à la joie de cette jeunesse retrouvée, Henri Faust se détend et décide de retourner à l’essentiel et de rattraper ce qu’il a manqué dans la vie. Il prend un peu de bon temps, et au hasard de l’une de ses balades, il fait la connaissance d’une jeune bohémienne, Marguerite (Nicole Besnard). Savourant son idylle naissante avec elle, Faust comprend bientôt qu’il est difficile de profiter de sa jeunesse sans argent. Méphistophélès, toujours sous l’apparence du vieux Faust, se manifeste alors et l’emmène avec lui à la cour princière, où les crédits du Prince (Carlo Ninchi) leur permettent de mener à bien leur recherche tout en menant la grande vie…

Une vision poétique 

D’après mes recherches, René Clair, qui avait connu quelques succès dans les années 1930, n’est pas considéré comme un grand réalisateur. Je ne connais pas assez sa filmo pour me faire une idée, mais après son exil hollywoodien de la Seconde Guerre mondiale où il aurait eu du mal à accepter les nouveaux codes et la rapidité de la production cinématographique, on lui aurait reprochait un style trop passéiste et académique.

Michel Simon en Méphistophélès – Source: Imdb.com

Il est vrai qu’à l’image et dans le scénario, sa Beauté du Diable n’est pas nécessairement un monument d’audace, mais il n’en ressort pas moins une mise en scène soignée au détail, qui participe à l’ambiance si particulière et feutrée du film. Si l’on retient surtout la prestation de Michel Simon qui cabotine joyeusement en Méphistophélès, j’avoue avoir été impressionnée par la première apparition de Gérard Philipe dans ce même rôle. En effet, plus jeune, j’avais un petit faible pour Gérard Philipe, et je ne l’avais jamais vu en mode dark. Aussi ce rôle démoniaque au débit du film m’a fort impressionnée sur le coup… Mais trêves de considérations hormonales. Nous sommes en face d’une ré-interprétation du mythe de Faust, l’une de mes histoires favorites (Anecdote marrante: du côté allemand de ma famille je suis apparentée à des Faust!), que diable… (C’est le cas de le dire!) Pour monter cette production, Clair s’appuie sur une grande théâtralité, avec une profusion de décors somptueux, d’un noir et blanc dont les contrastes et effets de lumière ne sont pas sans rappeler le cinéma expressionniste. Pour beaucoup, cela participe au charme suranné du film, et à cette volonté de mettre en scène un contexte totalement imaginaire pour coller à cette histoire intemporelle et transposable en différentes époques. On parle de Faust depuis la Renaissance et beaucoup y reconnaissent la figure de Nostradamus, ce célèbre alchimiste et devin qui aurait selon certains de ses « exégètes », prédit la montée du nazisme.

Le film repose également sur la présente de deux grandes stars de l’époque: Michel Simon et Gérard Philipe, deux personnalités diamétralement opposées et deux styles très différents. Si Philipe est clairement inquiétant dans sa beauté froide au début du film, qui « offre » cette apparence avantageuse au vieux professeur, Simon de son côté, campe un Méphistophélès espiègle et volontiers blagueur, alors que l’on n’attend pas nécessairement de cette figure ambigüe qu’elle soit comme cela. Oui, dans l’œuvre de Goethe, je suis une fan inconditionnelle de l’envoyé de Lucifer, qui présente une facette comique, mais jamais sans un certain raffinement. Et à mon avis, ce n’est pas ce qui caractérise le Méphisto jouisseur de La Beauté du Diable! Il offre donc un contraste saisissant avec la douceur, la naïveté dégagées par Henri Faust redevenu jeune sous les traits de Gérard Philipe, et par Nicole Besnard, l’interprète de Marguerite. Et si le film s’ouvre d’une manière grave, il tire souvent franchement vers la comédie.

Marguerite et Faust – Source: Imdb.com

Les grands motifs faustiens comme la recherche de gloire et la cupidité, le libre-arbitre, y sont abordés. Mais Clair a aussi cherché à éclairer ces motifs à la lumière de son époque, évoquant dans des visions du futur les éventuels dommages causés par les découvertes de Faust et Méphistophélès lorsque celles-ci seront utilisées à des fins guerrières par leur riche mécène. À ce niveau-là, il y a moins de profondeur que dans la pièce de Goethe, où Méphisto initie Faust à la jouissance, et le pousse sans arrêt vers Marguerite après sa rencontre avec elle (en réalité je pense qu’à ce titre, le démon joue un rôle positif, puisqu’au moins il pousse Faust à se bouger le cul)… car la motivation première du Faust du film est de jouir de la vie avant toute chose, du plaisir. Est-ce un hasard si Marguerite, jeune fille rangée dans l’œuvre originale, est devenue une bohémienne? Cette figure romantique qui incarne la liberté, aspiration de la jeunesse? Et l’autre femme du film, la princesse, ne représente-t-elle pas l’illusion d’une gloire future quand Marguerite, dans sa fraicheur, est l’élan du cœur et n’a que faire des fausses promesses de Méphistophélès?

Conclusion – À découvrir

Voili-voilà, vous le savez à présent, hormis du fantastique et de la S.F. bien barrés, je ne rechigne jamais à revoir un vieux film (d’ailleurs, en voici un très beau que je vous conseille). La Beauté du Diable fait partie de ceux que j’affectionne particulièrement. D’une part, parce que je suis vraiment, vraiment folle de l’histoire de Faust, de sa richesse, de cette intemporalité qui en ferait encore un mythe transposable de nos jours. D’autre part, parce qu’il est un des rares chefs d’œuvres du cinéma fantastique français, et conserve un charme indéniable de part son image en noir et blanc et son atmosphère si particulière.

Il va de soi que je l’aurais encore préféré plus sombre et plus ambigu, ses interprètes ayant eu le talent nécessaire pour cela, mais il n’en reste pas moins que la naïveté apparente du propos, un film agréable à regarder… et surtout, il se termine bien, ce qui remonte le moral, entre nous… Vous ne trouvez pas? Aussi je vous invite à redécouvrir ce classique quelque peu désuet, mais clairement ancré dans l’imaginaire. Quant à moi, je n’aspire qu’à une prochaine ré-interprétation de Faust qui marquerait encore les esprits et rendrait toute sa richesse à ce mythe fabuleux!

Je vous dis à très bientôt pour de nouvelles chroniques (et quelles chroniques, j’ai toujours des momies en réserve!)  et folles aventures sur le blog!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: La Beauté du Diable
Année de sortie: 1950
Réalisation: René Clair
Origine: France
Durée: 1h36
Distribution: Michel Simon, Gérard Philipe, Nicole Besnard…

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

6 réflexions au sujet de “Réinterprétation du mythe de Faust – La Beauté du Diable (René Clair, 1950)”

    1. C’est un très joli film, avec une beauté d’image au cordeau. Et Gérard Philipe 😍 oh lala! As-tu déjà eu l’occasion de lire le « Faust » de Goethe?… Peut-être pour ton mois de la littérature allemande! ☺️ Je vais certainement poster une image de mon édition sur Instagram! Elle est minuscule, mais splendide!

      Aimé par 2 personnes

      1. J’ai hâte de voir ta photo! Bonne idée de lire Faust de Goethe pour mon mois sur la littérature allemande. J’ai déjà prévu de lire Le jeu des perles de verre d’Hermann Hesse. Je pourrai ajouter Goethe! Merci pour la suggestion! 🙂

        Aimé par 2 personnes

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