Magie du quotidien – Le Passe-Muraille (Marcel Aymé)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

J’espère que vous allez tous bien et que votre mois de mars a bien commencé, même si ce fut sous la neige et avec la reprise du boulot! Et surtout j’espère que vous avez passé de bons moments avec mes deux derniers articles, dont mon fantastique (désolée, je rabâche ce bilan, je plane encore de mes lectures de ce mois-ci!) bilan de Février 2018, au moins pour y découvrir ces deux merveilles que sont La Funambule et Silence! (Ah ouais, je suis relou avec ça, mais je vous assure que je suis encore en kiffe!).

Bref, je reviens aujourd’hui avec un petit ouvrage un peu particulier, puisqu’il s’agit d’un classique de la littérature française qui suit la ligne éditoriale SFFF du blog, à savoir… Le Passe-Muraille et autres de nouvelles de Marcel Aymé. Je vais revenir sur les trois récits teintés de fantastique de cette édition…

Trois nouvelles empreintes de fantastique

Cette édition jeunesse des classiques de Marcel Aymé comprend trois nouvelles: d’abord ce récit emblématique qu’est Le Passe-Muraille, suivi du Décret et de L’Huissier.

La première nouvelle, qui donne son titre au recueil, suit le destin de Dutilleul, un quarantenaire et fonctionnaire sans histoire habitant Montmartre, qui se découvre l’étrange capacité de passer à travers les murs. D’abord surpris par ce don dont il ne souhaite pas faire usage, il finit par en user pour faire peur à son nouveau supérieur qui le tyrannise. Grisé par son pouvoir, sa vie va prendre un tournant inattendu puisqu’il deviendra l’audacieux cambrioleur Garou-Garou…

Le Décret nous ramène dans les années de la Seconde Guerre mondiale. Les gouvernements, qui maitrisent le temps, décrètent qu’il faut accélérer celui-ci pour terminer la guerre au plus vite et lui font faire un bond de dix-sept ans. Le narrateur de l’histoire se retrouve en une fraction de seconde des années après, avec tous les souvenirs de celles-ci, quand bien même il ne les a pas vues passer. Alors qu’il commence à s’habituer à cette vie intéressante et à mieux connaître les enfants que lui et son épouse ont eus depuis, il part rendre visite à un ami souffrant dans le Jura. Mais quelle n’est pas sa surprise lorsqu’en se perdant pour rallier le village, il tombe sur un paysan accompagné de deux soldats allemand… et comprend qu’il est de retour en 1942!

Dans L’Huissier, le personnage principal se nomme Malicorne. Tout commence lorsqu’il meurt dans son sommeil et se trouve confronté à saint Pierre. Celui-ci ne souhaite pas l’envoyer au Paradis, à cause des larmes provoquées par le défunt de par sa profession. Pour cause, Malicorne est huissier et assume de bout en bout son métier qu’il a toujours exercé dans le métier de la procédure. Aussi ne comprend-il pas les hésitations de saint Pierre, et fait-il appel à Dieu lui-même. Dieu qui décide de le renvoyer sur Terre avec pour mission de faire de bonnes actions pour se racheter.

Le « réalisme magique » de Marcel Aymé

Après mes instants geek et mon incursion dans la littérature japonaise j’ai conclu mes lectures de février avec un retour aux classiques de la littérature française. ☺

J’avoue ne jamais avoir lu de Marcel Aymé avant ces trois nouvelles. Honte à moi! Tout au plus je ne connaissais Le Passe-Muraille que parce que l’un de mes professeurs de français avait choisi le début de la nouvelle dans le cadre d’une dictée. C’est récemment, dans le cadre de mon job, que j’ai appréhendé les œuvres de cet auteur, par le biais des nombreux extraits que je voyais défiler tous les jours. Ma curiosité piquée, je me suis fait offrir cette petite édition qui ne garde que trois histoires du recueil d’origine, paru en 1943 pendant la dernière Guerre mondiale. Je n’ai pas réussi à trouver (peut-être n’ai-je pas bien cherché) les sources d’inspiration de Marcel Aymé pour ces récits, mais peut-être les difficultés de la période, avec Paris occupé par les Allemands, ont-il alimenté une envie d’évasion à travers des aventures extraordinaires… Il en ressort des récits racontés dans un style simple, qui fait la part belle au quotidien et au pittoresque de Paris et des petites villes de France au temps de Marcel Aymé.

Le lecteur se trouve confronté à des personnages ordinaires, sans histoire et même sans grande excentricité, qui n’ont rien d’héroïque, mais que les circonstances absurdes vont transformer. Dutilleul, protagoniste principal du Passe-Muraille, est l’archétype-même du petit fonctionnaire procédurier, vivant dans une routine qui le rassure. Il ne daigne même pas se servir de son pouvoir extraordinaire, qui ne perturberait que trop sa vie, jusqu’à ce qu’un autre élément perturbateur intervienne. À savoir l’arrivé de M. Lécuyer, son nouveau supérieur, qui n’accepte pas ses manies et lui demande de changer les formules de salutation de ses papiers. Le jours où il met l’une de ses lettres à la poubelle, Dutilleul décide d’abord de lui jouer quelques tours pour lui faire peur grâce à ce nouveau don. Son parcours commence alors sur des farces puériles, qui elles non-plus, n’ont rien d’héroïque!… Finalement, une bouffée d’audace le pousse à entreprendre des coups de maitre comme des braquages de banque, à se faire arrêter et mieux s’évader pour narguer la police. Dutilleul alias Garou-Garou devient alors la véritable figure romanesque qu’il n’était pas sur fond du Paris d’alors, arpentant les rues de Montmartre avec panache jusqu’à tomber amoureux. Ce sera alors au faîte de sa gloire que le Destin va le rattraper! Malicorne, dans L’Huissier, n’est pas plus glorieux lorsque revenu sur Terre pour se racheter, il le fait au sens propre: à grands coups de billets et de philanthropie qu’il pratique par peur de l’Enfer, et donc par égoïsme et non pas pour faire du bien à autrui. Sa seule véritable bonne action, motivée par la détresse de l’autre, aura des conséquences tragiques pour Malicorne.

Le Décret suit un schéma un peu différent, et je la trouve très intéressante. D’une part parce qu’elle est, au contraire des deux autres, vécue par le narrateur, d’abord flegmatique puis désespéré, et parce qu’avec son enjeu temporel et même les questions du personnages sur la continuité du temps passé une fois que lui-même est retourné en arrière, préfigure des réflexions de la S.F. sur l’idée de continuum espace-temps. Le Décret a donc un petit-je-ne-sais-quoi de barjavélien, qu’on retrouve dans Le Voyageur imprudent, (dont le héros zappe aussi la fin de la Guerre, si je me souviens bien?) qui m’a séduite.

Avec ces histoires, le fantastique s’invite dans un quotidien familier au lecteur, tour à tour très terre-à-terre (ouah l’allitération que je viens de faire!) et attendrissant. Après tout, nous sommes nous-mêmes, malgré des styles de vie très différents de celui des contemporains d’Aymé, empêtrés dans nos propres habitudes et routines, et nous ne savons pas comment nous réagirions si nous nous trouvions capables de passer à travers les murs, dix-sept ans plus tard d’un seul coup ou encore face à saint Pierre (imaginez, diable, un athée face à saint Pierre, le choc! une seconde mort!). Le texte d’Aymé garde donc, malgré cette distance dans le temps par rapport au quotidien des années 1940, une force d’identification pour le lecteur contemporain.

Conclusion – Un classique à redécouvrir

Je ne suis pas du tout, mais alors pas du tout mécontente de m’être penchée sur ce classique qu’est Le Passe-Muraille. Je pense même me procurer l’intégrale du recueil, car plusieurs autres nouvelles m’intriguent, en particulier Les Sabines qui met en scène une héroïne douée du don d’ubiquité, parce que j’avoue qu’un peu plus de ce genre de récits m’aurait bien tentée. 🙂 Aussi, si vous ne l’avez jamais fait, je vous invite à vous plonger dans le Paris, et plus particulièrement le Montmartre d’Aymé, dans un quotidien empreint de merveilleux. Je vous invite à goûter la langue simple et sans fioritures de Marcel Aymé, à l’image de ses personnages.

Je vous souhaite donc une agréable (re)découverte de cet auteur, ainsi qu’une agréable lecture! Et je vous dis à bientôt pour de nouvelles chroniques livre et film, et autres petits articles sympathiques! 🙂 À très vite!

Blanche Mt.-Cl.


Le thé idéal pour l’accompagner: Pour le charme pittoresque suranné de ces récits, je recommande le bon petit Earl Grey de mamie. Avec un nuage de lait. Dans une tasse de porcelaine à fleurs. ☕

Titre: Le Passe-Muraille
Auteurs: Marcel Aymé
Editions: Folio Junior
Collection: Folio Junior
96 p.
Parution: Avril 2009
Prix: 3,00 €

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

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