Règle N°1: On ne parle jamais du… – Fight Club (Chuck Palahniuk)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Je vous salue bien bas aujourd’hui!

J’espère que vous allez bien et que vous avez passé une excellente semaine. Je m’excuse de m’être un peu plantée sur les chroniques cette semaine, et d’avoir pris du retard en général sur le programme du blog, mais là je suis un peu crevée! En effet, j’ai eu quelques ennuis de trains ces jours derniers et j’ai eu un programme chargé au boulot… donc, grosse, grosse fatigue! 😣

Je reviens avec vous avec un roman cultissime, moi qui avais besoin de légèreté après Silence qui m’avait un peu remuée, à savoir le légendaire livre de Chuck Palahniuk Fight Club. Je vous emmène donc, le temps d’une très brève chronique, à la rencontre de Tyler Durden…

La première règle du Fight Club… 

Il est extrêmement difficile de résumer Fight Club – et d’ailleurs, je ne devrais même pas le faire car comme le dit la règle: « Tu ne parles pas du Fight Club. » 😉

Tout commence lorsque notre narrateur, jeune cadre dynamique dans l’automobile, habitant un bel appartement dans un immeuble chic et meublé avec goût, souffre d’insomnie. Sur les conseils de son médecin à qui il dit souffrir, notre jeune cadre décide de se rendre à des groupes de parole pour personnes atteintes de diverses maladies, graves ou incurables. Si tout d’abord sa rencontre avec toute une galerie de personnages hauts en couleurs, « Gros Bob », atteint d’un cancer des testicules, ou avec Chloé qui se meurt d’un parasite au cerveau, l’aide à ressentir quelque émotion et à retrouver le sommeil, sa tranquillité est troublée par l’arrivée de Marla Singer, une jeune femme mystérieuse et visiblement pas très claire dans sa tête, tout aussi faussement malade que lui. Premier élément perturbateur.

Puis au cours de vacances, il fait la connaissance du mystérieux Tyler Durden sur une plage, et sa vie change du tout au tout. Tyler est un être à part. Tyler travaille beaucoup du chapeau et n’occupe que des jobs de nuit (serveur, projectionniste…) où il aime à faire des blagues douteuses. Tyler accueille notre ami lorsque celui-ci retrouve son appartement incendié, et l’installe dans sa maison en location complètement cradingue dans un quartier industriel. Là, il lui parle de la vie, des dégâts du matérialisme et du consumérisme. De la nécessité de toucher le fond pour rebondir. Ils fondent le Fight Club où le soir, des hommes en apparence respectables renouent avec une violence des plus primaires, et prennent le chemin d’une auto-destruction purificatrice…

Révolution pour une génération perdue

Ah Fight Club. À moins de vivre en ermite dans une grotte du Mont Athos ou sur une autre planète, vous en avez très certainement entendu parler. Qu’il s’agisse du roman ou de la superbe adaptation signée David Fincher, avec Brad Pitt et Edward Norton. Sorti en 1996, le roman est un véritable succès critique, bien qu’il soit également critiqué pour sa violence et son côté masculin très hétérocentré dans la philosophie de . Il est vrai qu’à part Marla Singer, complètement dérangée, il n’y a pas de figure féminine forte, et on est bien souvent, comme dirait mon frère, « entre couilles ». En même temps, j’avais déjà vu le film (que j’adoooooooore!), et ces bastons entre mâles ne m’ont pas plus surprise que ça. Il est vrai qu’on est loin d’être dans la subtilité, et pourtant, on ne peut qu’être fasciné par les considérations de Tyler sur ce monde.

Dans cette histoire portée par l’ironie grinçante de son narrateur et de cet étrange compagnon, l’auteur développe une théorie: celle de la génération perdue. Une génération qui contrairement à ses parents ou ses grand-parents, n’a eu ni guerre ni révolution dans laquelle s’engager, qui n’a fait que vivre sur des acquis. Le narrateur vit dans le confort et consomme dans son petit cocon sans se poser de questions, s’abîmant dans une vie de routine qui ne lui apporte rien, dans laquelle il tourne en rond, où il est spectateur plutôt qu’acteur, et n’a plus de prise sur sur son destin. Les groupes de soutien lui donnent l’illusion d’être écouté, juste parce qu’on le croit aux portes de la mort, comme les autres, mais ce répit est de courte durée avec l’intrusion de Marla Singer qui le renvoie à son mensonge: ce n’est pas lui que l’on écoute, c’est celui qu’on croit qu’il est.

Quoiqu’il fasse, ce n’est pas lui – dans les groupes de soutien, dans son appartement, dans les objets qu’il possède, ou plutôt qui le possèdent. La narrateur, sur les conseils de Tyler, part sur le chemin de l’auto-destruction. Qu’il s’agisse de lui-même en se battant, de sa réputation au travail, de son environnement dans le cadre du Projet Chaos. Afin de ne plus être spectateur, mais acteur du monde. De reprendre le contrôle. De soi, de son corps, en donnant et acceptant les coups. De sa vie. Et de ce monde aseptisé. La violence verbale, physique et idéologique qui prend corps dans le Fight Club et le Projet Chaos (cela pourrait être l’autre titre du roman), devient une façon de reprendre le contrôle. C’est une idée radicale, mais qui a, à la lecture, sa séduction. Car si de mon côté, la dégradation physique du narrateur m’effraie (pour moi, le corps est un temple), en particulier ce trou dans sa joue qui ne se referme jamais, je suis admirative de cette maitrise parfaite de soi, de cette absence de peur quant aux stigmates laissées par la violence sur le corps et dans l’esprit. Tout autour de cette violence qui parait primaire, se crée une dynamique  pour mettre les hommes à l’épreuve, pour voir jusqu’où ils sont prêts à aller dans la « nuisance » afin de changer le monde. C’est une nouvelle révolution qui est en marche dans le roman de Chuck Palahniuk.

Dans le style en lui-même, on est dans la tête du narrateur, très proche du langage parlé, parfois télégraphique. Parfois, on ressent un véritable comique de situation, grâce à l’ironie de la narration, à l’absurdité de certaines scène. Malgré la violence, ce moment où le narrateur menace un jeune homme avec une arme en lui disant qu’il va le surveiller pour être certain qu’il fera tout pour faire le métier de ses rêves, si elle est terrifiante, prête à sourire. Quant à l’ambiance, ma foi, je ne peux pas m’empêcher de rire en imaginant ce trentenaire dynamique abandonner sa vie de cadre décider de s’installer dans une maison pourrie, pleine d’humidité et de piles de magazine, lisant des trucs aussi cheap que les sélections du Reader’s Digest (pour avoir testé quand j’étais gamine quand je n’avais rien à lire chez une grand-tante, c’est pas le top!… et pourtant, je suis bon public!) et s’y référant plusieurs fois, fabriquer savon et bombes artisanales, raconter les « facéties » de Tyler pissant dans de la soupe lors de soirées chic. Quant à l’esquisse de romance avec Marla, elle est intéressante car pas vraiment présentée comme love interest: en effet, avant le retournement des derniers chapitres, il existe une certaine distance entre elle et le reste des protagonistes. Et pourtant, je peux vous assurer qu’elle n’est pas passive, mais de cela je ne peux vous dire plus. Je vous laisse le découvrir!

Conclusion – Un livre libérateur

On pourra critiquer cette œuvre parce qu’il n’y a que des mecs, j’ai apprécié cet humour corrosif, ces hommes qui décident de prendre leur destin en mains et ce récit qui, comme dans L’Orange mécanique, explore cette dimension fascinatoire de la violence. Non pas cette fois-ci en tant que moyen d’obtenir ce que l’on désire, mais en tant que façon de redevenir acteur de son existence. Si révolution il y a dans Fight Club, ce sont avant tout des révolutions individuelles, qui poussent les êtres à extérioriser leur amertume, leur colère et leur manque de repère dans une société où ils ne s’épanouissent plus. J’ai eu quelques frissons, j’ai souri… Il y a, dans cette radicalité, dans les considérations de Tyler Durden, une dimension jouissive. Comme des mots qu’aucun d’entre nous n’aurait osé prononcer, des intentions qu’aucun d’entre nous n’aurait osé formuler. C’est très libérateur! 😉 Seul petit bémol, quand on a vu le film, on manque un peu de surprise, et c’est très dommage. Ceci dit, j’ai vraiment passer un bon moment avec Tyler Durden et ses idées pour le moins radicales. Le fait est que le monde n’a pas vraiment changé à ce niveau-là depuis la parution du livre…

Aussi, je vous conseille vivement cet ouvrage (auquel le film est assez fidèle), même si ce n’est pas un coup de cœur et que Fight Club a souffert de mon book hangover de Silence. Et lisez ça avec de bons morceaux de rock en fond sonore, histoire de vous mettre dans l’ambiance! Je vous dis donc à très bientôt pour de nouvelles chroniques, lectures et films!

Blanche Mt.-Cl.


Le thé idéal pour l’accompagner: Prenez un thé dégueulasse, le plus cheap et le plus dégueu possible, gorgez-le de lait et de sucre… et au passage, oubliez le sachet à infuser dans la tasse, pour vous retrouver avec une mixture immonde. Et buvez-le, buvez-le jusqu’au fond malgré la nausée… Suivez le conseil de Tyler. Touchez le fond, même si ce n’est que celui de votre tasse. Il faut bien commencer quelque part! 😉

Titre: Fight Club
Auteurs: Chuck Palahniuk
Editions: Folio
Collection: Folio SF
304 p.
Parution: Novembre 2013
Prix: 8,90 €

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

Publicités

Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

7 réflexions au sujet de “Règle N°1: On ne parle jamais du… – Fight Club (Chuck Palahniuk)”

      1. Oui ça fait un bail, la « vie réelle » me tient bien occupée ces derniers temps :p
        Je note la référence du coup. Pour quand j’aurais fini ma PAL :p

        Aimé par 1 personne

Vos réflexions sont les bienvenues...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.