Œil de poupée et chat noir – Coraline (Henry Selick, 2009)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

J’espère que vous allez bien et que vous avez aimé le dernier Top Ten Tuesday dédié aux répliques de cinéma que  suis ravie de vous retrouver pour la toute première chronique cinéma de 2018 (il était temps, vous me direz!).

Elle est en corrélation avec la chronique de ma première lecture de l’année, le roman de Neil Gaiman Coraline, puisqu’il s’agit de son adaptation réalisée par Henry Selick. Si son nom vous dit quelque chose, c’est parce que vous avez certainement visionné le magnifique L’Étrange Noël de Monsieur Jack, réalisé par ses soins et produit par son ami Tim Burton également au scénario. Voilà qui est plein de promesses… 😼

Aussi, je vous emmène dans une résidence un peu particulière ou une petite fille intrépide et débrouillarde va vivre des aventures aussi intéressantes que dangereuses…

La petite porte au fond du salon

Coraline Jones vient d’aménager dans une étrange demeure avec ses parents. Dans cette maison aux murs roses délabrés divisée en plusieurs appartements, habitent mesdemoiselles Spink et Forcible, deux vielles actrices défraichies amatrices de scottish terriers et nostalgiques de leur gloire passée, Monsieur Bobinski, un vieil artiste de cirque moustachu qui dit dresser des souris… Et un jeune garçon Wybie Lovat, dit « Padbol », très bavard qui voudrait sympathiser avec Coraline et qui lui offre une drôle de poupée à son effigie, avec les mêmes cheveux au carré et le même petit imper jaune…

Coraline part en exploration dans un monde au-delà de son imagination… – Source: Imdb.com

Intrépide et désireuse d’explorer les environs, et ses parents n’ayant guère de temps à lui consacrer, elle passe le plus clair de son temps dehors. Mais par un jour de pluie, Coraline doit rester à l’intérieur. Parcourant l’appartement de fond en comble, elle découvre une minuscule porte condamnée dans le salon. Elle décide de s’y faufiler un soir et découvre avec stupéfaction un monde bizarrement semblable au sien. Plus coloré et attrayant, avec de bonnes odeurs de nourriture dans la maison et des parents semblables aux siens, à ceci près qu’ils ont les yeux en bouton cousu, et ont du temps à lui consacrer. Les vieilles actrices sont restées belles, et le dresseur de souris monte de magnifiques spectacles de rongeurs. Même Wybie est présent… et muet, avec un sourire permanent aux lèvres! Tout y est comme le souhaiterait Coraline! Tentée d’élire domicile dans ce monde avec les « Autres Parents » et avec ce chat noir si hautain dans le monde réel qui daigne ici lui parler, elle va très vite comprendre le cauchemar qui se cache derrière ce rêve et dans quel danger elle a mis sa vraie famille…

Un univers au poil… de chat!

Avis aux amateurs de L’Étrange Noël de Monsieur Jack, ou encore de James et la Pêche géanteCoraline est fait pour vous! En effet, on ne peut que voir les similitudes entre ces univers dans la conception de certains personnages, et même du chat noir qui n’est pas sans rappeler celui de Sally. Le tout est tourné en stop motion, avec marionnettes – la petite Coraline a vraiment une allure adorable avec son petit carré plongeant – et décors fabriqués en silicone, dont certains grâce à l’impression 3D. Le résultat à l’écran est saisissant, et l’on ne peut qu’applaudir la maîtrise technique de Selick et de son équipe. C’est absolument étourdissant!

Cependant, Henry Selick, qui planchait depuis un moment sur une adaptation, s’est adjoint les services de l’illustrateur Tadahiro Uesugi dont il admirait le travail, en particulier le dessin de personnages très typés, et la palette de couleurs vives et acidulées. D’où une magnifique débauche de couleurs à l’écran. Par ailleurs, le réalisateur, qui pensait, à partir du roman court de Neil Gaiman, ne parvenir qu’un moyen-métrage de trois quarts d’heure environ, a pris quelques libertés avec l’histoire originale, afin de l’enrichir et d’aller jusqu’au bout des idées de l’auteur. Il est vrai que pour moi, qui avais vu le film avant de lire le roman, j’ai parfois eu l’impression de rester sur ma faim. Ce qui est dommage… mais largement rattrapé par l’adaptation de Selick, qui ajoute le personnage de Wybie, le pré-adolescent du voisinage par qui, finalement, passent certains fils de l’intrigue: cette petite poupée de chiffon à l’effigie de Coraline qu’il donne à la jeune fille, cette connaissance des rumeurs de la demeure liées à la disparition de la propre sœur de sa grand-mère chez qui il vit… Par ailleurs, moi qui ne suis pas fan de matous sur la toile (ce qui ne signifie pas que je ne les aime pas, au contraire, je m’entends bien avec eux et je les trouve très doux…), je me suis attachée au personnage du Chat Noir, qui au bout d’un moment, va se révéler parler dans l’autre monde et qui va aider Coraline à démêler le fil de cette étrange affaire.

Coraline et ce petit bricoleur de Wybie par un jour de brume – Source: Imdb.com

Si cela enrichit considérablement l’intrigue, cela permet également, selon Selick, de développer le personnage de Coraline, qui pouvait ainsi échanger ses impression avec une personne de son âge. D’ailleurs, la petite me paraît un peu plus âgée que dans le roman, ce qui ne me choque pas tant que cela au vu des enjeux. Si au début, elle nous apparaît comme une pré-adolescente à la fois attachante et exaspérante, sa recherche d’attention trahit aussi une grande solitude qui la rend encore plus touchante – surtout une fois ses parents disparus. Coraline est encore une enfant, elle se construit… ce qui la rend vulnérable à l’attrait de l’autre monde et de ses distractions à un moment où elle souhaiterait que l’on s’occupe d’elle. Le danger et la disparition de ses parents qu’elle aime malgré leurs travers. C’est probablement une interprétation personnelle, mais il semble qu’au cours de cette histoire, outre le courage dont elle fait preuve, elle apprend surtout à apprécier les gens avec leurs défauts et leurs imperfections. Qu’il s’agisse de ses parents ou de Wybie…

Mais à la décharge de cette jeune fille solitaire, il faut bien dire que ce monde qu’elle découvre est absolument étourdissant… Fini les murs aux peintures écaillées et les cuisines ternes, les plats trop cuits, le jardin à l’abandon, le papa et la maman en permanence sur leurs ordinateurs… Dans cet autre univers, les couleurs sont plus chaudes, les teints lumineux, les individus pleins de fantaisie et de magnifiques parterres de fleurs couvrent le jardin qu’elle explore perchée sur le tracteur de son « Autre Père ». L' »Autre Mère » se montre prévenante elle aussi, et de par ses paroles, essaie de convaincre la petite de rester pour être aimée et jouer en permanence avec elle. C’est simple, entre les couleurs chatoyantes de ce monde et les yeux en bouton des doppelgänger, on a l’impression de vivre dans une maison de poupées!… Et d’ailleurs, « L’Autre Mère » ne joue-t-elle pas un peu à la poupée avec Coraline, au point de vouloir en faire devenir une en lui cousant des boutons aux yeux?…

La transformation de l’Autre Mère – Source: Imdb.com

Car malgré la beauté de cet environnement, pour moi qui ai visionné Coraline à l’âge adulte, il y avait quelques moment singulièrement… « malaisants », comme dirait mon frère. Déjà, ces yeux en bouton qui donnent la chair de poule et qui avouons-le, font mal à regarder. Quant à la prévenance de l' »Autre Mère », il y a quelque chose de tellement oppressant dans sa manière d’infantiliser Coraline, qui pourtant sait faire preuve d’une réelle autonomie… On en revient au motif de la mère vampirique, possessive, qui empêche de regarder vers l’avenir. Au fur et à mesure que les relations entre elle et Coraline changent et qu’elle se révèle être une sorcière. On dit que l’œil est le reflet de l’âme, et dans différentes civilisations, il est important au point que l’on couvre les yeux des morts. Et ces yeux en bouton… Ouch’! Outre cette couture qui fait mal à voir, on a forcément l’impression que ces « poupées » sont dénuées d’âme. Ce qui en soit est assez effrayant. L’évolution visuelle de l’environnement, qui s’assombrit et prend des teintes associées à l’univers d’horreur gothique comme le vert (putride) ou le violet fluo, avec des motifs effrayants sur les murs et des cafards mangés, ajoute à l’anxiété éventuelle du spectateur. Quant aux trouvailles visuelles censées suggérer les frontières de ce monde – des arbres très stylisés qui rappellent l’univers d’un peintre que j’aime, je les trouve au top du top. 🙂 Aussi je dois vous dire que j’ai complètement accroché malgré ce malaise qui me saisissait…

Conclusion – Un très beau film d’animation

Pour conclure, je vous dirai que cet univers visuel et cette intrigue captivante au pays de nos peurs d’enfant – l’abandon, la solitude, la peur de ne pas être aimé – m’a complètement séduite, voire envoûtée. La petite frimousse amusante de Coraline, avec son carré plongeant (une coiffure que j’ai longtemps portée ado et jeune adulte, et que j’adore pour le petit air malicieux qu’il donne), cette épreuve qu’elle traverse en croyant que ses parents ne s’intéressent pas à elle et cette aventure qui révèle son courage m’ont complètement conquise. Quant à l’esthétique, vous qui connaissez mon univers, vous vous doutez que j’ai complètement adhéré!

Je vous laisse savourer la beauté de Coraline avec cette bande-annonce (malgré sa qualité moindre) où la petite apporte une note rafraîchissante et des couleurs à cet environnement désespérément gris! Je vous encourage à découvrir ce monde merveilleux et inquiétant, où tout n’est qu’une agréable illusion, et dont il est difficile de se défaire!… Et vous, avez-vous vu Coraline? Qu’en avez-vous pensé? Je vous souhaite une excellente journée pleine de fantaisie, et je vous dis à très vite sur le blog avec de nouvelles chroniques… 😀

Blanche Mt.-Cl.


Titre: Coraline
Année de sortie: 2009
Réalisation: Henry Selick
Origine: États-Unis
Durée: 1h40
Distribution: Dakota Fanning, Teri Hatcher, John Hodgman, Ian McShane, Robert Bailey Jr., Jennifer Saunders…

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Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

4 réflexions au sujet de “Œil de poupée et chat noir – Coraline (Henry Selick, 2009)”

  1. Ah toi aussi tu as découvert le terme de « malaisant » … je trouve ce mot bizarre mais c’est un de ceux que préfère ma fille avec « genre » 😀 ! Quand au film, il est dans ma vidéothèque mais je n’ai toujours pas pris le temps de le voir

    Aimé par 1 personne

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