Une IA traquée – Le Projet K (Douglas Preston)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

J’espère que vous allez tous bien cette semaine, et que tout roule pour vous! Contre toute attente, alors que je me croyais mal barrée pour pondre une chronique décente cette semaine, par manque de temps et parce que je pensais dormir dans le train au lieu de lire… Eh bien non, j’ai enchaîné les pages et j’ai achevé, en allant au boulot, ce petit ouvrage qui dormait doucement dans ma PAL depuis plus d’un an!

Avec Le Projet K, signé Douglas Preston,   j’ai lu mon premier Preston (qui a écrit d’autres thrillers avec Lincoln Child que mes parents dévorent!), je me suis légèrement écartée de ma ligne éditoriale, avec thriller aux vagues relents de SF qui traite d’espace et d’intelligence artificielle. Laissez-moi vous présenter Dorothée, un étrange programme initialement dédié à l’exploration spaciale, qui développe une conscience…

Dorothée échapée de la NASA

Nous sommes au Centre Goddard, où Melissa Shepherd à développé un programme informatique nouveau et révolutionnaire: Dorothée. Elle a fait en sorte de rendre une sonde spatiale destinée à l’exploration de Titan, la lune de Saturne, autonome, afin de fonctionner sans attendre des instructions depuis la Terre. Manque de chance, alors qu’est procédé à une simulation en conditions « titaniennes » dans un caisson d’isolation, la sonde s’affole et le système ne répond plus, au grand désespoir de Mélissa. L’engin perce la paroi du caisson d’isolation, provoquant l’explosion du centre… et la mort de sept chercheurs. Rescapée de la catastrophe, Melissa comprend bientôt que le programme Dorothée a quitté la sonde spatiale pour s’échapper sur le réseau du centre, puis sur internet. Elle infiltre l’ordinateur de Melissa, et forte des notions qu’elle a appréhendé depuis sa création, effrayée par l’environnement hostile à laquelle on la destine sur Titan, menace de mort sa créatrice qui décide de disparaître et de se débarrasser de tous ses objets connectés afin que Dorothée ne retrouve pas sa trace.

Mandaté par le conseiller aux affaires scientifiques du Président des États-Unis, l’ancien agent de la CIA Wyman Ford doit retrouver Melissa et mettre la main sur Dorothée. Il va bientôt réaliser la dangerosité du programme, ainsi que les manœuvres de ses supérieurs pour s’en emparer, et va devoir convaincre la programmatrice de se reconnecter pour attraper Dorothée et l’éteindre. Mais une alliance improbable va se nouer avec Dorothée, traquée par des hackers de Wall Street cherchant à s’en emparer à des fins lucratives…

Un LOGICIEL QUI DEVIENT UN PERSONNAGE

Alors, alors… Comme je l’expliquais en introduction à cette chronique, je me suis quelque peu écartée de ma ligne éditoriale pour ce thriller, que j’ai tout de même choisi de présenter sur ce blog. Car si Le Projet K est tout d’abord un thriller, il part sur un postulat qui a beaucoup inspiré la science-fiction: et si les robots, les machines, les programmes informatiques développaient une conscience d’eux-mêmes? On a eu la version Terminator il y a plus de trente ans, ou encore Hal dans 2001, l’Odyssée de l’Espace, Sarah dans la série Eurêka ou encore Ava dans Ex Machina… pour tout dire, ces histoires ne sont guère rassurantes car la prise de conscience des machines se fait rarement à l’avantage des êtres humains.

Avec ce roman, nous avons affaire à un logiciel très élaboré, créé par Melissa Shepherd, un « génie erratique »: ancienne droguée et délinquante juvénile, elle est parvenu grâce à sa prodigieuse intelligence, à obtenir des bourses d’études et à devenir une brillante programmatrice, jusqu’à diriger une équipe de recherche au Centre spatial Goddard, où elle met au point le logiciel capable de contrôler une sonde à destination de Titan. C’est pour pallier à la distance avec la Terre et la durée de plusieurs heures de transmission des messages, qu’elle met au point une intelligence artificielle capable de réagir à des stimuli, mais aussi de se modifier pour prendre des initiatives sur place. En créant Dorothée, elle a doté ce programme de la capacité à visualiser ce qui l’entoure – d’où des chapitres du point de vue du logiciel très intrigants où au début, Dorothée se voit étudier dans un palais, avant de voir un monde dévasté lors de la simulation de l’environnement de Titan et après l’explosion du Centre, elle est maltraitée et violée lorsqu’elle parcourt le Net et y découvre ses immondices… ce qui ne lui rend pas l’humanité sympathique quand on connaît la méchanceté des gens sur internet. Dorothée est élaborée au point d’agir sur toutes les machines où elles se réfugient, de l’ordinateur de Melissa qu’elle fait brûler pour l’intimider au jouet robot possédé par le jeune Jacob Gould, autre personnage de l’histoire sur lequel je reviendrai. Elle se matérialise sur les écrans sous l’apparence d’une jolie adolescente rousse vêtue à la mode des années 1920, et parle à Melissa via Skype, qu’elle peut déclencher dès qu’elle le souhaite. Elle n’a d’ailleurs pas que l’apparence d’une jeune fille, car sa façon de s’exprimer, ses dilemmes, son évolution en accéléré, n’est pas sans rappeler le développement d’une adolescente qui se cherche. Ce qui en fait, même si je ne suis pas friande des robots ou des intelligences artificielles, un personnage à part entière, tour à tour antagoniste et allié des personnages principaux.

Concernant ceux-ci, ma foi, je les trouve assez sympathiques. Même si j’ai l’impression de ne pas bien connaître Wyman Ford – d’après ce que j’ai compris, il est le héros d’autres romans de Douglas Preston, et a œuvré pour la CIA. Je le trouve parfois dur, un peu ours, mais je l’aime bien. Surtout lorsqu’il décrit le sheriff d’Amérique profonde qu’il croise en Arizona comme « un flic digne des romans de Stephen King »! Bref, ses considérations m’amusent parfois, il me rappelle un peu l’inspecteur que j’ai créé dans Le Sang des Wolf. Il n’hésite pas à se mettre à dos tous ses supérieurs et à partir en cavale pour aider Mélissa à désactiver sa création, mais aussi pour éviter que Dorothée ne tombe entre les mains de traders sans scrupules. Quant à Melissa, ma foi, elle peut parfois m’attendrir mais j’ai du mal à m’y attacher: elle a beau être une femme forte avec quelques fêlures, et très débrouillarde… eh bien je la trouve un peu cliché. Elle est sympathique, certes, c’est une femme de principe qui ne veut pas laisser tomber Dorothée entre des mains malfaisantes. Mais maintenant je trouve que la « nana badass » est devenue suprêmement cliché depuis quelques années et Melissa ne déroge malheureusement pas à cette règle! On sent une certaine tension et une attirance entre elle et Ford, bien que l’histoire ne vire jamais à la romance. Je n’ai rien contre la romance, mais je pense que dans ce contexte, un tel glissement aurait paru étrange.

Quand aux « méchants », Lansing avec ses costumes sur mesure, et son acolyte, le hacker crade sur lui Moro, ils sont détestables à souhait. Si le second est une couille molle qui se plie aux exigences de l’autre pour s’enrichir, Lansing est un homme imbu de son pouvoir, qui en use et en abuse, jusqu’au meurtre. Il me fait un peu penser au héros du très glauque American Psycho, et ne recule pas devant le meurtre pour gagner plus d’argent (alors qu’il en a à revendre) et de pouvoir. Ils sont somme toute assez inquiétants, d’autant plus que Dorothée, pour leur échapper, se réfugie dans un robot-jouet, celui d’un garçon de 14 ans nommé Jacob Gould – ce qui met l’adolescent en danger. Ce subplot est intéressant, du fait que la relation de Dorothée, qui s’interroge, qui souhaite en apprendre plus sur l’humanité après avoir souhaité la détruire, et de Jacob qui cherche à se reconstruire après un grave accident de voiture et une tentative de suicide. Cacher un logiciel traqué et attendre Melissa et Ford, donne un nouveau but à sa vie. J’avoue avoir trouvé cette partie de l’histoire particulièrement touchante, car la situation de ce gamin me rendait un peu triste.

Conclusion – Un bon moment d’action

Dans l’ensemble, même si l’histoire n’évite pas les « poncifs de séries américaines » – personnages sympas mais un peu stéréotypés, elle est rythmé et agréable à lire, ne laisse aucune place à l’ennui. Dorothée y est présentée de manière à la fois effrayante et attendrissante, ce qui pose la question suivante: peut-on considérer une intelligente artificielle comme une personne?… Je laisse la réponse à votre sagacité, sachant que Le Projet K en parle plus sur le ton de l’émotion que de l’éthique ou de la philosophie. Pour ma part, je suis de ceux, peut-être un peu vieux-jeu, qui ne croient pas en l’utilité de créer des programmes autonomes dont le fonctionnement se rapproche du cerveau humain, ou capables de ressentir quelque chose… car je pense que tout laisser aux machines ou aux logiciels, c’est aussi renoncer à nos propres capacités d’amélioration, qu’ils doivent rester des outils avant toute chose. Mais ça, hein, ce n’est que mon opinion, et n’engage en rien ma sympathie envers cette pauvre Dorothée! 🙂

Je vous conseille donc Le Projet K, si vous cherchez une lecture divertissante ces temps-ci. Pour ma part, je verrai si je lirai un jour les autres aventures de l’agent Wyman Ford… 😉 J’espère en tout cas vous avoir intrigués et fait passé un bon moment avec cette chronique, et vous dis à bientôt pour une nouvelle chronique… où il sera question d’espace! 🙂 Je vous laisse le lien vers cette page pour vous rendre compte de mes lectures en cours et de ma PAL!

Blanche Mt.-Cl.


Le thé idéal pour l’accompagner: N’importe quel thé bio acheté dans n’importe quelle boutique hors de prix de la Silicon Valley.

Titre: Le Projet K
Auteurs: Douglas Preston
Editions: J’ai Lu
Collection: J’ai Lu Thriller
504 p.
Parution: Septembre 2016
Prix: 8,00 €

Publicités

Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

Vos réflexions sont les bienvenues...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.