Explorer Vénus avec les Soviets – La SF du bloc de l’Est au cinéma

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Deux cosmonautes transportés par leur robot pour échapper à une coulée de lave dans La Planète des Tempêtes – Source: Cinémotions.com

Aujourd’hui la chronique que je vais vous présenter est un peu particulière. En effet, il s’agit d’une remise à jour d’un article que j’ai rédigé aux tous débuts du blog, à l’époque où celui-ci n’était pas trop suivi, mais que j’ai tenu à re-partager avec vous pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, parce que je pense que les deux films dont il est question gagnent à être connus, et je souhaite profiter du nombre d’abonnés et du bon référencement du blog pour les faire connaître.

Et ensuite parce que quoi de mieux que les cent ans de la Révolution russe pour parler de la SF du bloc de l’Est? Car si l’on connaît les innovations que doit le cinéma à la propagande soviétique (malgré tout l’irrespect que je dois à ce régime) en termes de plans de caméra et de montage, et les chefs d’œuvre d’Eisenstein, on en sait en général beaucoup moins sur des genre cinématographiques tels que la science-fiction! Aussi j’ai souhaiter réparer cette méconnaissance maintenant que le blog a « quelques » abonnés de plus! Je vais donc vous parler de deux petits films que j’ai eu l’occasion de voir il y a quelques années sur Ciné FX (dieux que cette chaîne me manque!) dans un cycle dédié: L’Étoile du Silence et La Planète des tempêtes… Je vais vous présenter succintement chacun d’entre eux, avant de vous offrir une petite critique comparée de ceux-ci! Attention, nous entrons dans l’histoire des idées!

L’Étoile du Silence (Kurt Maetzig, 1960)

Alors qu’un groupe de scientifiques s’active sur une bobine magnétique découverte en Sibérie, ils « craquent » le code et déchiffrent un plan d’attaque: la Terre pourrait être attaquée par une civilisation extraterrestre!

Sans plus tarder, une équipe internationale sous commandement soviétique est composée. Neuf personnes, réunies pour leurs compétences dans divers domaines – biologie, mathématiques, linguistique, médecine, robotique… – prend la direction de Vénus, sous le regard ébahi du monde entier, à travers les médias soviétiques. Ils vont devoir faire appel à leurs connaissances, et à leurs ressources personnelles, pour prévenir la guerre interplanétaire qui s’annonce. Mais dès lors qu’ils atterrissent sur Vénus et commencent à explorer la planète, ils y découvrent d’étranges vestiges et la source d’une énergie colossale…

La Planète des Tempêtes (Pavel Klouchantsev, 1962)

Trois vaisseaux spatiaux soviétiques décollent depuis l’URSS pour rallier Vénus. Malgré l’explosion de l’un d’entre à l’approche de la planète, l’équipage des deux autres vaisseaux poursuit la mission. La seule cosmonaute, Macha, reste en orbite alors que cinq explorateurs et un robot atterrissent sur le sol vénusien, une terre véritablement hostile, à la recherche d’une éventuelle vie extraterrestre.

Outre leur découvertes de vestiges sous un océan, et la rencontre de créatures ressemblant à nos dinosaures, ils entendent un chant mélodieux et lancinant dont ils cherchent la source… et qui obsède Allyocha, le benjamin de l’équipage, qui rêve d’un peuple semblable aux terriens et d’une belle Vénusienne.

Critique comparée

Si les histoires de ces deux films paraissent somme toute assez classiques, on est loin, très loin des extraterrestres sexy au brushing époustouflant et des mecs ultra-gominés au sourire ultra-bright des productions américaines… Mais le spectateur échappe aux clichés hollywoodiens pour se heurter de plein fouet à ceux du bloc de l’Est, qu’il s’agisse de L’Étoile du Silence ou de La Planète des Tempêtes.

Lorsque j’ai fait des recherches sur ces films, histoire d’avoir une grille de lecture pertinente pour ces deux œuvres, je lisais sur le site de Télérama qu’il n’y avait aucun contenu de propagande dans ces films. Comment dire?… J’ai beau savoir que Télérama est une référence en matière culturelle, je ne suis pas, mais alors ABSOLUMENT pas d’accord avec cette assertion: en particulier L’Étoile du Silence , produit en Allemagne de l’Est et en Pologne, dégueule de propagande pro-soviétique, au même titre que certains blockbusters sonnent très « on-est-Américains-on-est-les-meilleurs-et-on-va-à-tous-leur-botter-le-cul »! Car s’il se veut un récit d’aventure et d’anticipation, il n’en demeure pas mois qu’à mon humble avis, le spectateur se trouve face à une production cinématographique « normée » devant respecter certains critères, approuvée par le système et dédiée à l’édification des masses. Considérons un peu les points suivants: l’intrigue se déroule dans des années 70 idéalisées, où la Guerre Froide a pris fin, où la paix mondiale s’est établie sous l’égide de l’URSS. On y retrouve cette image d’humanisme, très présente dans les visuels soviétiques (l’URSS a beaucoup œuvré en Afrique et au Moyen-Orient): une partie de l’équipage vient « de l’Ouest » avec un Américain, d’Extrême-Orient ou d’Afrique. On y trouve un mathématicien indien, une « doctoresse » japonaise (la seule femme de l’équipage), un cosmonaute soviétique (pléonasme!), un pilote (est-)allemand, un physicien nucléaire américain, un linguiste ET biologiste chinois, un expert africain en communications (en revanche et à mon grand regret, je ne me souviens plus, et impossible de retrouver sur le net, de quel pays ce garçon vient exactement). Comme de juste, le trajet se passe merveilleusement bien, aucune tension ou rivalité n’entravant les relations de ces gens si intelligent et ouverts, qui passent leur temps à philosopher et jouer aux échecs. La Calypso de Cousteau en mode intello, ne manque plus que le mec avec sa guitare.

De même, dans La Planète des Tempêtes, l’humanisme et l’ouverture de l’équipage se manifeste dans sa quête d’une civilisation vénusienne, notamment à travers le personnage d’Allyocha, qui explore cette planète avec le sourire. Dans plusieurs scènes, on l’entend en voix off se posant de nombreuses questions sur ces Vénusiens (« étaient-ils comme nous? que ressentaient-ils?… etc. Des choses que l’on se demande parfois devant la vitrine d’un musée archéologique, quand de vieux objets de tous les jours nous touchent). Il est d’ailleurs tombé amoureux du chant qui résonne parfois, qui l’amène à rêver d’une belle Vénusienne, et n’a de cesse de chercher des indices sur ce à quoi ressemblaient les membres de son peuple. Tout cela reste évidemment très « gentil », et le Soviétique – j’entend l’homme et la femme soviétiques – passe pour un philosophe en puissance.

C’est donc une tout autre époque et une toute autre culture que nous abordons quand nous visionnons L’Étoile du Silence et La Planète des Tempêtes!

Trois membres de l’équipage dans L’Etoile du Silence – Source: filmportal.de

Je nuancerai cependant ce propos, notamment avec les personnages féminins dans ces productions. On rit souvent des « femmes objets » hurlant à pleins poumons face aux monstres dans les films hollywoodiens des années 50 et 60, souvent bien fichues et en quête d’un beau mal fort pour les sortir de là, servant d’atout charme ou de love interest aux héros. Qu’en est-il ici?… Ma foi, j’ai le regret de vous dire que ce n’est pas très différent. N’en déplaise à ceux qui voyaient dans le socialisme triomphant la libération de la femme, considérée comme l’égale de l’homme en tant que travailleuse et combattante, les faits sont très différents du discours officiel. Durant mes études (à l’occasion d’un exposé sur le sujet pour l’Allemagne de l’Est), j’avais eu l’occasion d’apprendre que dans le bloc de l’Est, les femmes membres du Parti, à partir d’un certain échelon, n’occupaient que peu de poste à responsabilité, voire aucun dans les plus hautes sphères. Un documentaire sur les premières dames d’Union soviétique, récemment passé sur Arte, confirme ce rôle subalterne occupé par les femmes des dirigeants. Par ailleurs, le féminisme tel qu’on le connait en Europe de l’Est était vu avec méfiance car considéré comme né dans des classes « bourgeoises » et instruites, ce qui n’allait pas avec l’idéologie en place dans le bloc de l’Est.

Dans L’Étoile du Silence, le personnage de Sumiko Omidora, est médecin de l’équipage: en plus d’une femme de compétences, vénérée dans toute l’Asie pour son parcours exceptionnel, mais pas seulement. Il serait malhonnête de dire que son interprète, Yoko Tani, est repoussante. C’est une jolie femme, au milieu de tous ces messieurs courtois qui ont des égards pour elle, en particulier le pilote allemand Raimund Brinkmann (Günther Simon), amoureux d’elle depuis des années, et tentant des approches maintenant que la jeune dame est veuve. C’est l’un des subplots du film, où l’on entend un discours des plus traditionnels – celui de la femme apte à donner la vie et faite pour enfanter. Mouais. Même moi qui rêve d’avoir des gamins, je ne suis pas à fond dans ce discours du « ventre ». Il faut savoir qu’à partir d’une certaine époque, je ne me souviens pas exactement laquelle, une politique nataliste s’est installée en URSS, ajoutant l’obligation d’avoir des enfants aux autres, nombreuses, des femmes du bloc de l’Est. Ainsi, la travailleuse est censée être la norme, mais la mère des bons petits Soviétiques est encore mieux vue. Sumiko reste donc un genre de fantasme – de la femme, ou de la Japonaise – jolie et douce, empathique et vulnérable au milieu de tous ces messieurs…

À ce niveau, je reste assez mitigée quant au personnage de Macha dans La Planète des Tempêtes. On la voit moins que Sumiko dans l’autre film, puisqu’elle reste toute seule dans sa capsule spatiale, veillant au bon déroulement de la mission comme la maman de l’équipage, et suivant scrupuleusement des consignes qu’elle finira par enfreindre pour sauver ses collègues quand les chose se gâteront. Bon, malgré ce rôle traditionnel, elle a des responsabilités et se montre forte même si on la voit pleurer dans son petit vaisseau. La femme reste pourtant dans ce film un objet de fantasme, en témoignent le « chant » vénusien entendu par Allyocha qui imagine une belle créature. Bref, le bonhomme est humaniste et encore plus si la dame en face est mignonne!

Les fun facts

Outre ces considérations sérieuses, j’ai envie d’aborder quelques détails amusants que des spectateurs du XXIe siècle comme moi ne pourront pas manquer. Surtout en ce qui concerne les effets spéciaux qui, ma foi, ont beaucoup vieilli. Nous dirions certainement la même chose d’un film américain de la même époque, et ce dans des superproductions.

Une scène en particulier m’a arraché un fou-rire –  et je n’exagère pas! Dans L’Étoile du Silence: lorsque le vaisseau entre enfin dans l’espace extra-atmosphérique, les cosmonautes se retrouvent en apesanteur. L’un d’eux détache son harnais de sécurité pour quitter son siège et flotter dans l’habitacle… Quand les sangles flottent, on voit très, TRÈS NETTEMENT – et on ne voit QUE ça – les fils qui les tirent vers le haut! Et autre point qui m’a arraché les yeux: le mathématicien indien est tout sauf indien, on voit bien que c’est un Allemand grimé sapé en mode Nehru bien cliché… Cela m’a énormément amusée, tout comme les robots de La Planète des Tempêtes, évoluant au milieu d’une « végétation » cristalline en carton-pâte, avec coraux multicolores et gros lézards agressifs…

Et surtout, dans les deux cas: Vénus avait et abritait peut-être encore la vie. De nos jours, à la lumière de ce que nous savons, c’est tout bonnement inconcevable, mais d’après ce que j’ai pu apprendre, de nombreux auteurs de science-fiction avaient imaginé Vénus, de par sa proximité avec le soleil, comme une sorte de paradis tropical avec une flore exubérante, où il était possible de s’installer (j’ai d’ailleurs encore lu récemment un article très sérieux sur la terraformation de Vénus dans Ciel & Espace). Ce n’est pas tout à fait ce à quoi nos cosmonautes ont fait face dans ces deux films, car la vie abritée sur cette planète est très différente, et l’atmosphère, tout comme les pluies acides de Vénus, sont vraiment inhospitalières pour les êtres humains obligés de garder la combinaison.

Conclusion – Bordel, regardez-les!

Et pourtant, malgré le fait que ces films aient vieilli et peuvent nous sembler « gentillets » à la limite du sirupeux dans leurs propos, il n’en reste pas moins qu’ils sont, du fait de leurs histoires, tout à fait regardables, voire carrément sympathique – et c’est une nana très peu fan du système politique de l’URSS. La Planète des Tempêtes et L’Étoile du Silence mettent en lumière une façon de penser différente, une autre culture, d’autres « moyens ». Certes, on n’adhère pas nécessairement à la propagande des Soviétiques des années 60, mais je trouve assez intéressant de jeter un œil sur ces production.

D’autant plus qu’ils mettent en scène des récits assez prenant, malgré un rythme moins vif que celui auquel nous sommes habitués. Ils sont également très marqués par la cours à l’Espace des années 60 durant la Guerre Froide, par la passion soviétique pour l’exploration de Vénus – une première sonde est envoyée vers la planète en 1961, dans le cadre du programme Venera. Malgré les petits « moments philosophiques » évoqués plus haut, j’ai suivi avec un grand intérêt les aventures de nos cosmonautes, me demandant sans arrêt où les mènerait leur quête. Je tiens d’ailleurs à faire une mention spéciale à La Planète des Tempête, mon préféré des deux, pour son intrigue très bien ficelé, et son plan final lui confère une vraie puissance malgré des effets spéciaux datés – le genre de plan qui vous fait pousser un « PUTAIN! » ou un « NON! »

Je vous laisse avec la bande annonce de L’Étoile du Silence très vintage – malheureusement, celle de meilleure qualité que j’ai trouvée n’est pas sous-titrées, et je pense que nous ne parlons pas tous allemand, aussi, je vous invite à regarder sur Youtube celles de meilleure qualité pour vous faire une idée de l’image. Quant à La Planète des Tempêtes, je n’en ai pas trouvé et c’est bien dommage! J’espère en tout cas vous avoir donné envie de suivre ces explorateurs sur Vénus, et de découvrir ces vieux coucous comme je les affectionne! Je vous dis à bientôt pour de toutes nouvelles chroniques!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: L’Étoile du Silence (Der Schweigende Stern)
Année de production: 1960
Réalisation: Kurt Maetzig
Origine: Allemagne de l’Est, Pologne
Durée: 1h33
Distribution: Yoko Tani, Ignacy Machovski, Oldrich Lukes, Julius Ongewe…

Titre: La Planète des Tempêtes (Planeta Bur)
Année de production: 1962
Réalisation: Pavel Klouchantsev
Origine: Union Soviétique
Durée: 1h12
Distribution: Vladimir Emelianov, Gueorgi Jjenov, Guennadi Vernov…

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

Publicités

Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure en herbe, je viens de lancer mon premier roman "Le Sang des Wolf" en auto-édition chez Librinova! N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

4 réflexions au sujet de “Explorer Vénus avec les Soviets – La SF du bloc de l’Est au cinéma”

    1. Pour le coup, tu adorerais, car je pense que même à l’époque de leur sortie ils étaient vintage! 😉 Mais au-delà de ça, je les ai bien aimé, en particulier « La Planète des Tempêtes » que j’ai trouvé très bien ficelé – et quelle fin! Elle est top!

      Sinon, du côté américain, je ne sais pas si tu as vu « Planète interdite » ou « Trou noir ». Ton côté vintage devrait apprécier! 🙂

      Aimé par 1 personne

Vos réflexions sont les bienvenues...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.