Le squelette qui croyait au Père Noël – L’Étrange Noël de Monsieur Jack (Tim Burton, 1994)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

La semaine thématique Les Enfants d’Halloween va se clore aujourd’hui, et je souhaitais la terminer en beauté avec une œuvre cultissime qui part d’Halloween pour nous emmener doucement vers Noël. Je suis très heureuse de vous l’offrir aujourd’hui.

Jack Skellington découvrant la pureté de la neige – Source: Imdb.com

Je conclus donc cette thématique d’abord imprévue avec un film que certains d’entre vous attendiez peut-être de voir enfin passer sur ce blog. J’ai nommé, un véritable chef d’œuvre, un monument de l’animation: L’Étrange Noël de Monsieur Jack. Je l’ai vu pour la première fois lors de sa sortie en vidéo en France, et il est devenu depuis l’un de mes films cultes, faisant partie de ceux que je regarde à peu près à chaque fin d’année. C’est avec un grand plaisir que je vais maintenant vous le présenter. 🙂 Je vais donc pousser la porte et vous emmener, comme le dit l’introduction du film, « dans un univers dont les enfants rêvaient »…

Une vedette en pleine crise existentielle

Le squelettique épouvantail Jack Skellington a tout pour être heureux: travaillant main dans la main avec le Maire de la ville d’Halloween, il passe son année à élaborer des mises en scène époustouflantes pour épater vampires, fantômes, goules, loups-garous et sorcières durant les festivités d’Halloween. Il est apprécié de tous, et son amie Sally, créature du professeur Finlkelstein aux allures de poupée de chiffon, qui tente par tous les moyens d’échapper à son créateur, est amoureuse de lui en secret. Mais Jack est las de cette vie répétitive, de ce macabre qui l’entoure. Après un énième Halloween réussi, il arpente le vieux cimetière de la ville en compagnie du fantôme de son chien Zéro, et s’enfuit.

Jack fêtant Halloween au côté du Maire – Source: Imdb.com

Arrivant dans une clairière, il découvre un étrange cercle d’arbre avec chacun une porte colorée et de forme différente – que le spectateur reconnait comme les grandes fêtes de l’année – et est irrésistiblement attiré par l’une d’entre elle, en forme de sapin décoré. Il l’ouvre et est happé vers Christmas Town. Et là, surprise: Jack découvre un univers totalement différent du sien, tranquille, douillet et coloré, la neige, le pain d’épice, les jouets, les Elfes et surtout… le Père Noël!…

Alors qu’à Halloween tout le monde est inquiet pour lui, Jack revient et convoque les habitants de la ville pour leur faire part de ses découvertes. Obsédé par Noël, il décide que cette année, c’est lui et ses concitoyens qui devront s’en charger à la place de ceux de Christmas Town. C’est un Noël macabre qui se prépare. Mais Sally, toujours aussi amoureuse de Jack, assaillie par de sombres pressentiments, tente de mettre Jack en garde…

Un chef d’œuvre de l’animation

Inspiré d’un poème écrit par Tim Burton, L’Étrange Noël de Monsieur Jack constitue un conte musical macabre autour de la thématique de Noël, enrobé d’esthétique gothique qui fait les délice de tous à Halloween – même de ceux qui d’habitude la décrient, soit dit en passant. Tim Burton, qui a retravaillé son poème en 1990, travaille au film qui en découle. Mais retenu sur le tournage de Batman: Le Défi, Burton, scénariste et producteur, confie la réalisation de cet opus à son ami Henry Selick, et la composition de la musique à Danny Elfman, qui interprète également certaines chanson de Jack dans le film.

Réalisé en stop motion (soit image par image, comme si le film était constitué de photos prises à un court intervalle de temps), L’Étrange Noël de Monsieur Jack exige une semaine de tournage par minute de film, la construction complète de décor et la création de marionnettes très typées, ainsi que plusieurs têtes pour les différentes expressions des personnages principaux (il y en a environ 400 uniquement pour Jack!). La critique est élogieuse à la sortie du film, qui ouvre le genre de l’animation aux adultes.

Sally en train de méditer sa fuite dans la cuisine du professeur Finkelstein – Source: Imdb.com

C’est un travail de titan qui s’étale sur plus de trois ans pour le résultat que l’on connaît aujourd’hui: un conte dark et gothique, avec des univers visuels soignés et caractéristiques de chaque fête de l’année. On voit avec Halloween une ville au pavé poisseux, avec des grilles qui grincent, des nuits d’éternelle pleine lune, un soleil en forme de citrouille qui déverse une lueur malsaine sur les lieux, des créatures répugnantes, légèrement cradingues où notre Jack Skellington, avec ses petits costumes taillés fait véritablement figure de dandy. Les effets de caméra et perspectives distordues, avec des ombres allongés et de forts contrastes, ne sont pas sans rappeler les films de l’expressionnisme allemand dans les années 1920 – tout comme le dessin de personnages biscornus et bigarrés.

C’est absolument fascinant, c’est un véritable ballet d’image qui se déroule sous les yeux du spectateur étourdi, mais aussi séduit, par tant de macabre. Même le corps en insectes d’Oogie-Boogie a sa poésie dans ce monde fou aux valeurs complètement différentes du notre où la mort, la saleté et la noirceur, joyeusement assumés, ont la cote. Oute l’orange et un vert phosphorescent putride, il y a peu de couleurs à l’écran, et même Jack avec son costume classique semble être en noir et blanc. Seule véritable différence dans le lot: le cabaret d’Oogie-Boogie, l’homme-sac qui retient le père Noël pendant ses vacances forcées à Halloween, prend de joyeuses couleurs de carnaval de la Nouvelle-Orléans ou du Dia de los Muertos au Mexique. Les créatures qui peuplent la ville – Sally, le professeur Finkelstein, les vampires, les momies, les sorcières, les loups-garous ou encore la créature du Lagon Noir – sont autant d’hommages aux films d’horreur classique.

Jack découvre les joies de Noël à Christmas-Town – Source: Imdb.com

Côté Christmas-Town, c’est presque tout l’inverse: la ville a des allures de petit village propret sublimé par la pureté d’une neige blanche et immaculée, sans aucune saleté, jalonnée de bonshommes de neige, où règne une douce agitation dans le but de préparer Noël. Rouge, blanc, vert, flocons de neige, cannes de sucre d’orge rouge et blanc… tout y est! Même les Elfes vêtus de couleurs chatoyantes, travaillant consciencieusement à des chaînes de montage de jouet. Cet univers est certes plus normé que celui d’Halloween, mais il reste tout de même moins linéaire que le monde « normal » – on aperçoit en effet un lotissement de banlieue américaine très linéaire, et les décorations des maisons y sont on ne peu plus banales. Ainsi, Christmas Town, si elle paraît moins débridée qu’Halloween a elle aussi sa douce petite folie…

Le tout est sublimé par une magnifique bande originale signée Danny Elfman. Rappelez-vous, c’était aussi sa musique qui nous avait grandement émus dans Edward aux mains d’argent… qui interprète également la voix originale de Jack pour le chant, entre exubérance pour l’ouverture des festivités d’Halloween, et nostalgie poétique dans La Complainte de Jack et La Complainte de Sally.

L’adorable et nostalgique Sally, amoureuse transie de Jack – Source: Imdb.com
La fuite de jack

À l’image de nombre de films et histoires de Tim Burton (à tel point que ces dernières années on a l’impression que le réal raconte toujours la même histoire), il est question de la marginalité, de la solitude, mais aussi de la différence de valeurs d’un monde à l’autre: une heureuse espièglerie dark côté Halloween, câlin, petites histoires et joy to the world côté Christmas-Town.

Malgré la joyeuse décadence et la liberté sans entrave d’Halloween, il en est quelques uns qui ne sont pas joyeux-joyeux de flanquer la trouille aux autres. Car Jack l’Épouvantail le chante au début, il en a assez de ce rôle d’amuseur et de mascotte à Halloween, qu’il passe l’année entière à préparer. Le spectateur ne peut l’en blâmer: Halloween, c’est un peu comme Noël, c’est très sympa si ça n’a lieu qu’une fois par an! C’est ce qui rend le moment si exceptionnel! Bref, Jack est en pleine crise, quitte à vouloir devenir un autre et prendre sa place, ce qui aura des conséquences désastreuses pour Noël… et même pour lui! Car c’est par une sorte de caprice dans lequel il se conforte que Jack décide de célébrer Noël, et de se mettre dans la peau du Père Noël (un comble pour un squelette! héhé!) alors qu’au fond, il n’a pas compris grand-chose. Pas même le nom du Père Noël, qu’il appelle le « Perce-Oreille ». Et même si l’on voit bien que ses tentatives pour comprendre la fête et créer du beau se solde par des échecs, il continue. C’est tout à son honneur, mais quand on voit les cadeaux « dégueulasses » – un vieux rat écrasé pour faire un chapeau – fabriqués par les habitants d’Halloween qui n’ont pas la même conception du mignon que chez Christmas Town, on se prépare à un choc culturel gratiné! Ce qui est le cas et qui donne lieu à des situations parfois loufoques et drôles lors de la distribution des cadeaux: je revois cette scène où Jack, plein de bonne volonté, virevolte sur les toits en laissant gaiment tomber un présent dans les cheminées, suscitant des cris paniqués dans les demeures, ou encore le petit garçon déballant une tête réduite sous les yeux de ses parents horrifiés… 🙂 Ce bon Jack a donc pris un chemin pour lequel il ne semble pas être fait, ce que le « monde réel » ne lui pardonne pas, à son grand désespoir et à celui de Sally qui l’aime…

Parmi les « gentils » et l’entourage de notre drôle de héros, on trouve une jeune femme cousue aux airs de poupée de chiffon, Sally: elle n’est que la créature du docteur Finkelstein, et aspire à être autre chose que « sa chose, le fruit de ses doigts délicats ». Ne tenant pas en place, c’est souvent qu’elle drogue son créateur pour s’enfuir et assister aux diverses festivités ou événements de la ville. Elle est amoureuse de Jack en secret et se languit de lui. C’est assez émouvant, justement, que de voir cette langueur du personnage, qui semble comprendre le tourment de Jack, celui de ne pas être à sa place: elle est pâle, a les yeux cernés et le regard triste, un peu comme j’imagine certains personnages féminins de l’œuvre d’Edgar Poe. Je suis fan de la scène où elle se jette par la fenêtre de chez Finkelstein, et se retrouve au sol en plusieurs morceaux… lorsqu’elle se recoud. C’est d’une grande beauté selon moi, et fascinant de par la force qui se dégage d’elle à ce moment-là. Car sous ses dehors effacés et cet amour qu’elle ne contrôle pas pour quelqu’un qui ne la regarde pas, la petite poupée qui drogue son « maître » pour s’enfuir, a plus d’un tour dans son sac.

Car contrairement à Jack, elle quitte la demeure du savant qui l’a créé pour vivre sa vie, et non pour se glisser dans la peau de quelqu’un d’autre. On a souvent dit que Jack et Sally se ressemblaient, car seuls et marginaux parmi leur communauté, et si la romance qui éclôt entre eux est celle de deux solitudes qui se retrouvent, c’est peut-être le seul point sur lequel ils se ressemblent. Sally est certes une amoureuse tourmentée qui ne se sent pas aimée en retour, mais elle est également capable de prendre des initiatives, à l’insu de Jack qu’elle voit déjà se perdre, et pour réparer les dommages qu’il a causés. Jusqu’à un certain point dans le film, elle est bien plus héroïque que lui!

Sally et Jack, les amoureux d’Halloween – Source: Imdb.com

Parmi les antagonistes on retrouve à Halloween deux personnages: le docteur Finkelstein qui a créé Sally et empêche son évolution en la gardant sous sa coupe, dont elle parvient finalement à se défaire sans trop de difficulté, un abruti narcissique qui devra se créer une autre compagne… et Oogie-Boogie. Il est clair que pour le spectateur, la plupart de ses personnages ne sont pas bien effrayants ou méchant, mais Oogie-Boogie dégage quelque chose d’assez malsain. D’une part, il n’est pas très estimé dans un univers où même les folies les plus sanglantes et les monstres les plus cruels sont tolérés, et d’autre part, même Jack ne veut pas le mettre au courant de la présence du Père Noël, enlevé par la bande de caïd à tête de sac. Car Oogie-Boogie a un grand défaut que n’ont pas les autres: une véritable malhonnêteté et une volonté de voir les choses aller dans son sens quitte à faire preuve de mauvaise foi… et – diantre! – à nous énerver le Père Noël!

Conclusion – Une œuvre poétique et… stylée

J’ai été plus que ravie de vous présenter L’Étrange Noël de Monsieur Jack, un film merveilleux qui a été ma référence quand je voulais rentrer en école d’animation (ça ne s’est pas fait… dommage! mais c’est une autre histoire!). Il est d’ailleurs classé parmi les chefs d’œuvre dans un de mes livres dédiés à l’histoire du cinéma d’animation. Il est clair qu’au niveau technique, ce long métrage tout en stop motion est une véritable prouesse. La qualité de l’image, la fluidité des mouvements de caméra sont absolument époustouflantes. L’ensemble est merveilleusement servi par ces marionnettes typées et merveilleuses inspirées par les dessins et les histoires de Tim Burton, avec cette « patte » caractéristique du créateur – ces grands yeux disproportionnés, ces silhouettes exagérément longues ou rondes, tordues, grotesques et si mignonnes à la fois. Car même l’effrayant n’est pas méchant dans ce film plein d’humour sombre, mais aussi de mélancolie et de douceur.

Pour ma part, j’y vois une sorte de petit conte macabre et musical certes divertissant, mais où il est surtout question de se perdre pour se retrouver. Je ne suis pas adepte de l’adage disant qu’il n’y a pas besoin de chercher le bonheur, qu’il est souvent tout près (moi je pense qu’on peut le chercher partout, même loin, partout où il est possible de le trouver! donc PARTOUT!), mais le parcours de Jack est intéressant car il s’agit d’une fuite qui a ses conséquences, qui bouscule non-seulement un équilibre mais qui peine les enfants à Noël. Jack va donc faire amende honorable, aidé en cela par une héroïne aux abords vulnérables mais qui se révèle bien dégourdie, et permettre de lier deux mondes. Je trouve ça très rafraichissant! Et surtout, le « choc des cultures » entre les univers d’Halloween et de Noël

Aussi, je vous laisse avec sa jolie bande-annonce en V.F – au niveau des images, c’est celle de meilleure qualité que j’avais sous la main – en espérant vous donner envie de découvrir, ou de redécouvrir ce film d’un niveau technique époustouflant, d’une douce et sombre poésie bercée par les mélodies rythmées ou pleines de langueur de Danny Elfman, et surtout d’un style absolument incomparable! Pour ma part, Jack Skellington et Sally font partie de mes personnages préférés (j’ai eu une phase fan art pendant une époque… ça vous dirait que j’en refasse un peu pour le blog?), à tel point que je possède deux petites décorations, deux petits pantins à l’effigie de Jack et de Sally que je trouve si touchants et qui pour moi restent de vraies merveilles de créativité… Bref, j’en suis folle.

J’espère donc que ce film aura apporté une magnifique conclusion à cette semaine spéciale Les Enfants d’Halloween, et vous fera maintenant penser à l’autre fête qui s’annonce dans un peu moins de deux mois: Noël! 🙂 Je vous dis à bientôt pour de nouvelles aventures livresques et filmesques, et pourquoi pas pour quelques créations de mon cru!

Blanche Mt.-Cl.


Titre: L’Étrange Noël de Monsieur Jack (The Nightmare Before Christmas)
Année de sortie: 1993
Réalisation: Henry Selick, sur un scénario de Tim Burton
Origine: Etats-Unis
Durée: 1h16
Distribution: Patrick Stewart, Chris Sarandon, Danny Elfman, Catherine O’Hara…

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

Publicités

Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

5 réflexions au sujet de “Le squelette qui croyait au Père Noël – L’Étrange Noël de Monsieur Jack (Tim Burton, 1994)”

Vos réflexions sont les bienvenues...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s