Légendes du dessous – Métro 2034 (Dmitri Glukhovski)

Très chers lecteurs des Mondes de Blanche,

Roulements de tambours.

Et voilà, voilà… Il me le tardait, mais alors, il me tardait tellement de vous présenter ce livre-là! 🙂

Bref, je reviens en ce jour avec… Avec… Ta-ta-ta-ta-taaaaaa… Un livre, mais un livre! Oh yeah! Enfin je vais parler d’un livre qui me réjouit vraiment, sans une seule note d’ombre! Car voilà, depuis la fin du Cycle de Pendragon, je n’avais rien lu qui m’ait particulièrement emballée ou transportée. Cela fait maintenant quelques temps que je l’ai achevé mais je le gardais un peu en réserve par pur plaisir: Métro 2034, la suite de l’énormissime Métro 2033 (n’hésitez pas à vous jeter sur la chronique que j’en ai rédigée!) qui m’avait mis une claque monumentale l’an dernier. Et comme je n’y tiens plus avec mon faux suspense, je vous emmène à nouveau dans un monde dévasté par le souffle atomique, où les rescapés survivent tant bien que mal dans le métro de Moscou…

L’épopée du métro

Nous sommes en 2034, un an après les événements du premier volet. Le lecteur commence cette fois-ci son voyage dans une des stations les plus méridionales du métro moscovite: la Sevastopolskaya. L’heure y est grave: alors que les habitants se battent pour leur survie contre le danger mutant venu de la surface, la reconnaissance envoyée vers la correspondance de la ligne circulaire occupée par la Hanse, n’est jamais revenue. Pas plus que la mission envoyée à sa rencontre.

Les responsables de la Sevastopolskaya décident de renvoyer un groupe de trois homme, constitué du surnommé Hunter, mystérieusement apparu à la station où il officie comme brigadier et qui semble avoir des relations spéciales avec l’autorité, le surnommé Homère, ancien employé du métro excentrique et passionné d’histoire  qui accepte la mission pour en faire une vraie épopée du métro, et leur compagnon Ahmad qui meurt peu après leur départ. Mais Hunter et Homère sont brusquement arrêtés sur la route: au niveau de la station Toulskaya, ils sont arrêtés par des vantaux hermétiquement clos et essuient des rafales de mitraillette. Ils apprennent qu’un terrible mal y sévit, un mal qu’il faut absolument endiguer pour éviter la mort de tous les habitants du métro…

Hunter prend une décision terrible: revenir par un chemin détourné à Toulskaya, pour tout « nettoyer », par le feu s’il le faut. Solution qui horrifie Homère mais qui pour Hunter est la seule. De retour à la Sevastopolskaya, ils préviennent les responsables du danger avant avant de reprendre leur route, en combinaison protectrice cette fois-ci, par la surface et des stations exposées aux radiations. Chemin faisant, ils rencontre par hasard la jeune Alexandra, dite Sacha, qui vit en exilée depuis l’enfance… La jeune fille, fascinée par le charisme et la violence de Hunter, pense devoir venir avec eux pour le sauver de lui-même. L’odyssée que projette d’écrire Homère prend alors un tour inattendu.

Une excellente surprise

J’avais très peur pour plusieurs raisons:

  • D’une part, je m’étais attachée à Artyom dans le premier tome. Et je ne savais à quoi m’attendre avec de nouveaux personnages, qui pouvaient peut-être me décevoir.
  • D’autre part, j’en avais lu des avis très mitigés sur Internet, dont des gens qui trouvaient le niveau plus bas et jugeaient cette suite inutile. Après, hein, il y a toujours des esprits chagrins qui démontent pour le plaisir (qu’ils essaient d’écrire un livre et on en reparle…).

J’appréhendais beaucoup, et c’est la sortie de Metro 2035 cette année qui m’a décidée à me jeter à l’eau. Je n’ai pas regretté du tout. En fait… j’ai A-DO-RÉ! L’univers que l’on découvrait dans le premier tome est si riche qu’en fait, une histoire et des personnages de plus ne sont pas de trop en ce qui me concerne. Et c’est là tout le génie de Glukhovsky: d’avoir fait d’un lieu aussi ordinaire que le métro, où tout le monde passe tous les jours, le théâtre d’un récit post-apocalyptique vraiment… épique! Certes, on peut accorder à quelques critiques qu’on est moins surpris qu’en entamant le premier tome, et pourtant, j’ai retrouvé avec plaisir ce monde aussi angoissant que palpitant, où tout le monde se bat pour sa survie, dans les méandres du sous-sol moscovite. Cela a donc été pour moi un retour flippant, exaltant… C’est que le premier tome a marqué ma vie de lectrice plus que n’importe quel autre roman ces dernières années tant cet univers m’avait séduite. C’est à marquer d’une pierre blanche…

Les personnages évoluent dans un monde plein de dangers: radiations en surface, créatures mutantes toutes plus effrayantes les unes que les autres, zones de danger psychique qui génèrent de troublantes hallucinations chez les « promeneurs » de passage, factions rivales au sein du métro et autres gouvernements dictatoriaux comme celui de la Ligne Rouge gérée par des Soviétiques ou les quatre stations tenues par les néo-nazis du Quatrième Reich, maladies… C’est tout un monde en miniature, hostile et inquiétant, où l’humanité peut s’éteindre en un rien de temps, où l’on régresse parfois vers une barbarie sans nom, entre couloirs sombres résonnant de bruits suspects, créatures sans yeux nées des radiations, liaisons téléphoniques rudimentaires pour se préserver de l’isolement, architecture monumentale, stucs hérités de la splendeur passée et fresques exaltant ouvriers et soldtas de la période communiste… Tout semble avoir reculé au niveau technologique et culturel, sauf les autre stations connues sous le nom de la Polis, sises sous la Bibliothèque Lénine, d’où les stalkers remontent à la surface pour en ramener de précieux livres. Tous les courants politiques y sont représentés, comme les plus néfastes évoqués plus hauts mais aussi des confédérations commerciales comme la Hanse qui tient la ligne circulaire.

C’est aussi le territoire de légendes qui se sont façonnées avec les années, en un rien de temps dans cet espace où tout semble concentré et accéléré. Je pense notamment à la longue conversation entre Homère et le jeune musicien Léonid qui se greffe à la bande en cours de route: l’existence de stations isolées et coupées des autres, connues sous le nom de « Cité d’émeraude », dont les habitants ne vivent que pour la beauté et où il faut mériter d’entrer, ou rumeurs de poches de survivant à la surface, dans les zones industrielles du nord de la Russie… De quoi ajouter de nouveaux enjeux à l’histoire et présager un troisième tome des plus intéressants.

Créer une nouvelle mémoire de l’humanité

Parlons maintenant des protagonistes, héros involontaires de la grande œuvre que planifie Homère pour redonner à l’humanité en plein âge sombre une mémoire et une histoire. Ils courent tous après quelque chose: une solution pour sauver le métro, une rédemption, un sens à leur vie si difficile… C’est un concentré d’humanité, de l’individu le plus mesquin et barbare aux plus grands sages.

Hunter n’est pas un nom inconnu pour ceux qui ont déjà lu Métro 2033: rappelez-vous, c’est l’homme qui a « recruté » Artyom pour sa mission! Ici méconnaissable, atrocement mutilé, il semble avoir perdu son âme en même temps que les traits de son visage. Il ne recule devant rien, écarte les obstacles de passage, jusqu’à tuer un autre être humain sans état d’âme et passer par les flammes une station entière pour éliminer une maladie. Il est absolument effrayant et pourtant, il est difficile d’oublier le guerrier certes dur mais aussi bienveillant qui avait pris Artyom sous son aile. Que lui est-il arrivé? Mystère, mais il reste tout de même atrocement méthodique dans sa folie, inquiétant pour Homère dont, pour des raisons inconnues, il a exigé la présence auprès de lui.

Voyons maintenant l’ami Homère… Ah Homère! Ce vieil excentrique de la Sevastopolskaya, Nikolaï Nikolaïevitch de son nom, prenait son poste de conducteur dans le métro lorsque la catastrophe est survenue vingt ans auparavant. Sa femme et ses enfants ont péri à la surface. Il n’a pas de plus beau souvenir que la pluie sur Moscou le jour où il a appris la naissance de son premier enfant. C’est un homme qui a affronté un deuil terrible, et qui connaissait très bien le métro et ses légendes – les couloirs cachés, les bunkers secrets – bien avant que l’humanité ne s’y replie. Il est aujourd’hui à l’affût des moindres rumeurs, des moindres histoires – comme l’existence de la « Cité d’émeraude » sous l’ancienne université, les signaux radios probablement reçus de la surface… – pour maintenir l’espoir des survivants en des jours meilleurs, et surtout, pour accomplir la mission qu’il s’est assignée. Puits d’histoires et racontars de toute sorte, il collectionne et archive écrits et vieilles coupures de journaux, pour écrire l’histoire des hommes et des femmes qui survivent dans les entrailles de la Terre.

Si dans le premier tome, c’était l’enjeu de la destinée individuelle et humaine qui était fouillé avec Artyom, avec Homère, c’est celui de l’Histoire et de la mémoire qui prend le pas dans Metro 2034. Ainsi Nikolaï, affublé de ce surnom d’Homère, sentant la vieillesse venir, s’interroge sur ce qui restera de cette humanité cloitrée, si celle-ci devait s’éteindre, ou de quelle histoire il faudrait se souvenir si elle survivait. Ce qui est amusant, et j’ai beau avoir lu ce livre il y a longtemps, je m’en souviens encore, c’est que l’on retrouve de telles questions dans L’Illiade, rédigée par l’illustre homonyme de notre héros. Et comme les historiens et chroniqueurs antiques, il aspire à être témoin de cette histoire qu’il raconte, et ne refuserait pour rien au monde sa mission auprès d’Hunter qui pourtant l’effraie et le répugne – et dont il compte faire le héros de son histoire. C’est un personnage bien attachant que cet Homère, avec ses drôles de lubie de petit papi pourtant partant pour l’aventure… dimension de sa personnalité qui s’affirment en présence de Sacha.

Voici un protagoniste complexe que notre petite Sacha. Si Homère s’attendait à trouver un ressort romantique et des rebondissements à son histoire avec l’apparition de la jeune et innocente Alexandra dite Sacha, il en va bien autrement. Sacha est une sorte de sauvageonne, une vagabonde qui a grandi en marge avec son père, un dictateur renversé et expulsé de sa station. Tous deux vivaient d’objets récoltés à la surface malgré la radioactivité et échangés avec des colporteurs d’autres stations pour subsister. Son père venant de mourir des suites de son exposition aux radiations, Sacha s’est retrouvée seule et est heureuse d’être par hasard sauvée par Hunter et Homère. En effet, ces années d’exil l’ont marquée et elle souhaite plus que tout renouer avec la compagnie des autres êtres et avec la vie – les couleurs, la musique, les odeurs de nourriture – des stations habitées.

Elle se joint à Hunter et Homère et éprouve une sorte d’attirance pour Hunter, cet homme inquiétant qu’elle croit devoir sauver de lui-même, jusqu’à chercher par tous les moyens à établir un contact physique, à l’entourer d’attentions ou à lui offrir de petits cadeaux. Mais si de prime abord elle paraît d’une naïveté confondante, avec ses rêveries liées à la surface, au ciel, son attachement à quelques colifichets qui évoquent la vie d’avant, plus simple et plus belle, elle ne s’en laisse pas compter  pour autant. Car son étrange beauté éveille toute sorte de convoitises, dont celles de Léonid, un jeune musicien beau parleur qui rejoint lui aussi le groupe, elle ne se laisse pas faire. Sous ses airs d’adolescente fragile qui ne veut pas rester seule (ce que je peux comprendre, la solitude intense finit toujours par détraquer quelque peu), elle détient une immense sagesse, et une grande simplicité. Finalement, plus qu’un simple ressort romantique comme l’imaginait Homère, c’est une véritable héroïne qui se révèle, très différente des héroïnes dite bad ass qui malheureusement deviennent un cliché. Car Sacha est foutrement courageuse, c’est moi qui vous le dit!

Conclusion – Les Metro, une série à ne manquer sous aucun prétexte

Bon voilà, vous m’avez comprise: j’ai renoué avec le métro de Moscou, le coup de cœur est de retour, ce qui ne m’était pas arrivé depuis la lecture du Cycle de Pendragon, et vous comprendrez pourquoi après cet énorme book hangover, j’ai eu du mal à me plonger dans l’univers plus léger du Paris des Merveilles. Tout m’y paraissait ridiculement mignon mais les aventures d’Homère, Hunter et Sacha me restaient en tête… ainsi que le fantôme d’Artyom!

Car figurez-vous que le lecteur va brièvement recroiser le héros du premier tome, Metro 2033, affecté à la surveillance de la ligne téléphonique de la Toulskaya, la fameuse station affectée par le fléau qu’Hunter cherche à endiguer: si le jeune monsieur s’est rangé et s’est même marié, il aurait, selon les dires de son entourage, légèrement perdu la boule. Et c’est effectivement un jeune homme très fragilisé que l’on retrouve ici… Bref, sachant que Metro 2035  le concerne, qu’Homère et lui vont s’y croiser, j’ai tellement hâte de m’y plonger pour savoir ce que ce petit gars devient, et où vont le mener ces pas! En tout cas, je peux vous assurer que j’ai trouvé avec les Metro une série qui mélange action, humanité dans toute sa palette d’émotions et de motivations complexes – sans doute les livres qui m’auront le plus marquée ces dernières années. Aussi je vous encourage vivement, je vous ORDONNE même de les découvrir!

Sur ce, je vous dis à très vite sur la blogosphère pour, je l’espère, d’autres lectures aussi exaltantes.

Blanche Mt.-Cl.


Le thé idéal: Un tchaï noir bien épicé ou du thé noir en brique à casser avant de le faire infuser! A la vraie dure, à la vraie Russe, comme dans le métro!

Titre: Metro 2034
Auteur: Dmitry Glukhovsky
Éditions: L’Atalante
Collection: La Dentelle du Cygne
416 p.
Parution: Décembre 2012
Prix: 22,00 €

(Il est également disponible en Poche, mais comme j’avais le premier en grand, je voulais que tout soit assorti!)

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

Publicités

Publié par

Blanche Mt.Cl.

Blogueuse, artiste autodidacte et graphiste, amoureuse des littératures de l'imaginaire et auteure sur WattPad (Le Sang des Wolf, La Nuit de Wolf et Pourquoi les Vampires aiment Paris Plage). N'hésitez pas à vous laisser entrainer dans mon univers!

2 réflexions au sujet de “Légendes du dessous – Métro 2034 (Dmitri Glukhovski)”

  1. Mon amoureux a les deux tomes que je lirai probablement un jour tellement j’en ai entendu du bien. J’y pense, as-tu déjà parlé du film « Dark city » sur ton blog? Je l’ai vu ce week-end :).

    Aimé par 1 personne

Vos réflexions sont les bienvenues...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.